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CHUTE DO POUTOIB TEMPOREL

turpitudes d'About, de Renan, de Moquard, s'escusant sur les droits de la presse, dont d'ailleurs pourraient aussi se , prévaloir les défenseurs du pape. En somme, tout était contradiction; mais amis et ennemis étaient persuadés qu'au départ des troupes françaises Rome se soulèverait, d'accord avec les bandes révolutioanatres, et que le gouvernement italien, sous couleur de protéger la personne du pontife, occuperait Rome, puis ferait valoir le fait accompli pour n'en plus sortir, renversant ainsi cette autorité qui est le point traditionnel d'union entre le ciel et la terre.

Le souverain pontife souleva de nouvelles colères pai'ce que, pendant qu'il était resserré entre des ennemis et chaque jour menacé d'invasion, il invita les évfiques à venir à Rome solemniser le xvm* centenaire de la mort de saint Pierre et de saint Paul, martyrisés, k ce que l'on croit, sous Néron le 29 juin 67. Malgré la vieillesse, la pauvreté, les incommodités, plus de quatre craits évéques, même du centre de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique, de l'Océanie, accoururent sur ce lambeau de terre qui restait encore au pape, comme pour attester, avec leur soumission à l'autorité suprême, le besoin d'avoir un pays indépendant de toute nationalité et de tout parti, où l'Eglise ne soit pas seulement tolérée comme une étrangère, mais oîi toutes les nations puissent se réunir comme dans un lieu qui leur appartient ; ils voulaient reconnaître aussi que tandis qu'en ces dix-huit siècles le monde tout entier avait changé, seule demeurait inébranlable eette pierre sur laquelle le Christ a b&ti son Église, Pour les fêtes du 29 juin, la basilique vaticane parut trop petite ; le pontife avait une parole, un conseil, une consolation pour chaque évéque, pour les innombrables groupes de visiteurs ; dans toutes les languts on prêchait, on priait, on attestait que la foi n'est pas morte, que la société peut encore être sauvée par l'autorité.

Le pontife aux prélats réunis posa la question : Le pouvoir temporel est-il nécessaire dans fcj circonitances présentet? Unanimement ils répondirent oui; et des millions de signatures, accompagnées chacune d'une offrande, vinrent exprimer le consentement à cette affirmation. Il n'est pas de foi que le pouvoir temporel soit inséparable de ;la mission divine et indispensable à l'exercice de cette mission, bien qu'il semblât que, dans l'espèce, cette mission ne p&t être exercée que par un chef indépendant. Aujourd'hui qu'on a détruit les

140 LES IHKHTE DBKIflàRKS AinifiKS.

divers degrés de souTeraineté, qui n'est point roi est sujet. »i^ Ud tel bommage devait déplaire au gouveruement îtaliea : *" les sectaires cherchèrent à troubler les fêtes par quelque émeute à l'intérieur ou par l'iuvasioR. L'idée fixe deGarïbaldi était toujours d'occuper Rome, peut-être pour avoir le plai- „i„ sir de l'offrir au roi : ouvertement il annonçait la destruction ^ de la religion, excitait à donner le dernier coup de pied à cette canaille, à renverser dans la poussière ce sanctuaire d'idol&lrie et d'imposture , cette religion , ces prêtres qui divisent la famille humaine et en condamnent la plus grande partie à une perdition étemelle. Sorti de son repaire, il parcourait l'Italie et surtout la Vénétie, exécrant le « chancre de l'Italie, le ver rongeur, la plaie du royaume » , baptisant des enfants ; derrière lui étaient ses prédicants qui poussaient le peuple non seulement à l'apostasie, mais k la violence, aux insultes contre les prêtres, les évèques, le pape, le Christ, et toute une classe de la société, sans que l'autorité eût ou la volonté ou la force de s'y opposer.

Deux cenls garibaldiens armés passèrent les frontières, dans l'espoir que le pays se soulèverait. Garibaldi, qui les rejoint à travers les lignes de l'armée italienne, s'écrie : «Rome ou la mort! » Le gouvernement français se voit obligé, par les réclamations de tout i'Empire, d'envoyer des troupes pour l'arrêter ; elles arrivèrent à temps pour aider •Bim tes pontificaux à vaincre à Mentana (1).

Les échecs répétés ne décourageaient pas le comité révolutionnaire qui, dans Rome, préparait des mines sous les casernes et sous un grand nombre de palais ; une d'elles Bt

(I) Au momeat oli les TolontaireB da Ui ligioa dit« d'Antibes te préparant i partir pour Rome, le maréchal Randon, ministre de la guerre, écriTait i leur colonel : « Vous quittei la France, maii pour la servir encore aoua iui« antre bannière. La lâ^on que tous commandez est appelée à une haute mitaiou; lea élémeataqui la composant BODtdiguead'avoJrl'honneurda défendra la personne et l'autorité du SainC-Péra, comme le fait la division d'occupation.

K E^ décret qui acconte i. cette légion nue décoration et quatre médtùllei militaireg, est l'adieu de l'empf reur à lei braves soldats. Cet adieu leur rappelle que la regard bienveillant du souverain les suivra partout Db ils M montreront de vraie Français, par leur tenue, leur respect de la discipline, le dévouement \ leur devoir.

■ Vous avez perso onellement, cher colonel, une charge difSeile : vous trouverez la force dont tous avez besoin, dans le souvenir de votre paaté, dans la pensée que les plus vives sympathies de la France sont aHurâes à la causa que vous allai servir. Dans quelques jours, voua n'aurea plus d'ordres à recevoir que du gouvernement ponliflcal. »

GBOTE ru POUTOtB TRICPOIiKL. 141

sauter le quartier des zouaves, causant la mort de quantité de soldats et de passants.

Rome fut mise en état de siège : cependant toujours quelque incendie éclatait, quelque bombe était jetée; on préparait des complots et des armes, mais la France continuait de protester que jamais le royaume d'Italie ne prendrait possession de Rome; s'il marchait sur Rome, il trouverait de nouveau la France sur son chemin. Cependant, en toute rigueur de logique, le pape pouvait demander : « Pourquoi ne venez-vous me défendre qu'après m'avoir laissé dépouiller ? u et le gouvernement du roi pouvait dire : n Après avoir, par votre silence, consenti à mes opérations, pourquoi venez-vous maintenant me frapper moralement? u

Hais il y a une chose plus importante qu'un territoire : Limatanu c'est la foi. Pie IX avait grandement relevé l'autorité su- iil'^tEâ^ préme en proclamant le dogme de l'Immaculée Conception. Après avoir entendu le vote de toutes les églises de l'univers, il convoqua à Rome un grand nombre d'évèques poui procéder à cette définition; et ceux de France, comme en expiation des anciennes réticences gallicanes, protestèrent qu'ils ne voulaient pas mfime discuter sur les termes, déférant entièrement à la hiérarchie suprême. Le pape définit dogmatiquement que Marie est exempte du péché originel. U y eut des fêtes dans toute la chrétienté; cette soumission filiale ajouta beaucoup à l'autorité pontificale ; et il fut édifiant de voir reconnaître ainsi universellement la croyance fondamentale de la tache originelle.

Cependant le pape voyait la négation universelle et radicale se répandre partout; la religion attaquée dans ses vérités cardinales; l'absolue souveraineté de la raison humaine proclamée, puisqu'on enlevait l'objectivité à la vérité el à l'erreur, an bien et au mal; une entière irresponsabilité prèchée; et, pour unique religion, l'absence de toute religion. Coup sur coup, il avait condamné les erreurs renaissantes ; en particulier dans la bulle Quanta cura, du 8 décembre 1864, il exposait comment lui et ses prédécesseurs avaient combattu les hérésies contraires à la foi et à la morale, et surtout la doctrine que le progrès de la société doit exclure la religion, et enlever toutes limites entre l'erreur et la vérité ; que la volonté du peuple est la loi suprême ; que les faits accomplis sont le droit; que le but de la société est de se procurer richesses et plaisirs ; que la fïimiile ne subsiste

m LES TBBIITE DnniËlES ahhébs.

qu'en vertode la loi civile ; que de cette loi dépendent les droits des pères sur les enfants, et spécialement le droit de les instruire; que les lois ecclésiastiques n'obligent pas en conscience, et n'ont de valeur que selon le boa plaisir da pouvoir civil. II déclarait iniquela licence laissée à la presse, qui pouvait aller jusqu'à nier la divinité du Gbrist.

II est vrai que la raison catholique n'explique ses formules, ses vérités à la raison humaine qu'autant qu'il y a une nécessité morale de les promulguer de nouveau; mais quand un pouvoir sans frein se substitue un pouvoir corrupteur, qui détruit tout respect de l'autorité, provoque les passions intéres%ées et l'avidité des jouissances, appelle bon tout ce qui plait, mal tout ce qui résiste ; l'Église devait-elle rester impassible devant cette lutte de la liberté contre l'autorité? Pendant que les gouvernements prétendent suffire à eux seuls pour régir le monde en sécularisant la science, la politique, le travail, l'Église demande seulement à la raison humaine ne pas se révolter contre la raison divine ; elle ne [veut pas se sentir contrainte à se réconcilier avec des progrès tant vantés, ces progrès eux-mêmes pussenl-ils s'accorder avec l'Évangile ; ni & admettre que la fin justi&e les moyens, ou que l'injustice heureuse abolisse la sainteté du droit.

Gomme remède à ces maux, Pie IX demandait des prières; il annonça un jubilé.

En même temps que cette encyclique parut un catalogue {Syllabuê) des différentes lettres et allocutions du pape, où il plaçait l'autorité divine au-dessus des caprices humains, condamnant quatre-vingts erreurs, et formant ainsi comme un abrégé des doctrines sur l'Église^ ses droits vis-i-vis de l'État, les limites du pouvoir civil, l'intégrité de la famille, la foi, la raison; en somme, sur ce qu'il y a de plus vif et de plus actuel dans la société. Là étaient sans réticence condamnées l'hérésie intellectuelle du rationalisme et du panthéisme, l'hérésie sociale de la itatolâtrie, l'hérésie religieuse du divorce prétendu entre la révélation et la civilisation ; celte qui fait consister toute règle des mœurs, toute hounételé à augmenter ses richesses par n'importe quels moyens, à rechercher les plaisirs. On voulait faire revenir la civilisatioD à l'autorité ; remettre d'accord la science et la foi, la liberté et la loi, la patrie et l'Église.

Il n'est pas d'outrages que n'aient jetés à ce Syllabus lea personnes les moins compétentes ; on le dénonçait comme un

CHUTE DU romOIB TEUPOTBI,. t43

déll auprogrès,àlaphîlosophie,àIa rdigioD;fontaumomson le taxait d'fttre inopporton, car il valait mieus se taire et ne pas réveiller les anciens ennemis, ne pas en exciter de nouveaux. Cependant, interprété avec les règles de la logique, le Syllabus demande seulement à la raison- humaine de ne pas se révolter contre la raison divine; il demande non pas que l'on refonde les Codes, mais qu'on n'entrave point la liberté da bien ; que les erreurs ne s'arrogent pas les privilèges qui conviennent à la seule vérité ; que l'ingérance du gouvernement ne trouble pas la famille, dernier asile de la liberté et de la dignité morale.

S'il estdesbommes qui, effrayés de cette fureur de cbanger, de renverser, de renier le passé, se renferment en une crainte méticuleuse de toute nouveauté, de bons catholiques acceptent loyalement les institutions modernes ; résignés à la nécessité des scandales, ils se confient dans le progrès providentiel, parce qu'ils ont toujours vu l'Église marcher à la tête de la civilisation pour tout réaliser, tout sauver, tout unir. Immuable dans ses dogmes, elle avance avec la société quand celle-ci ne s'insurge pas contre les idées, immuables ellesm6mes, du droit et de la justice, de l'autorité et de l'obéissance, du vice et de la vertu.

Pendant qu'on grondait contre le pontife et qu'on mena- CMM,in çait sa dernière retraite, il voulut donner la plus grande ' "^ preuve de sa puissance en réunissant un concile œcumé- MamiubiuM. nique au Vatican.

Spectacle d'autant plus grandiose qu'il ne se reverra plus en Italie I Sur une simple invitation du pontife, des prélats de tous les points du monde accoururent dans la métropole du catholicisme. A cAté des patriarches d'Orient brillants de pierreries, on voyait d'autres évéques qui avaient dû faire à pied des centaines de milles en raccommodant eux-mêmes leurs chaussures ; mais tous se sentaient égaux par leur nom de catholiques, par leur dignité hiérarchique, et par leur vénération pour ce grand Pie IX.

A l'ouverture du concile, nous vîmes défiler, outre les cardinaux, 783 évêques sur les 931 qui sont dans l'univers; parmi eux, 134 étaient de pays anglais. Ils venaient chercher la lumière de la vérité et la force pour la répandre ensuite dans le monde. Les questions à discuter étaient distribuées aux prélats présents; les droits de la raison humaine furent énergiquemcnt soutenus; l'on étudia mieux les relations de l'ordre naturel avec l'ordre surnaturel.

D.D.t.zeabïG00glc

1i4 LES TBBItTE DEtUfitaBS AlfllÉKS.

Seule, la définition de rinfaîUibilîté du pontife rencontra de l'opposîtiOD. Si le christianisme, comme fait do^atiqne et social, doit remplir les siècles, il est besoin qu'il possède une autorité infaillible; autrement nons serions exposés à perdre l'unité de doctrine, en conservant l'unité de forme. L'hypothèse d'une autorité infaillible est plus simple , plus naturelle, plus satisfaisante, que celle du hasard, de l'anUthëse, de l'évolution, de la philosophie orientale, ou que je ne sais quelle autre hypothèse. L'Église, unique dépositaire de la foi, est infaillible en fait de dogmes; jamais elle n'introduit de nouveaux dogmes, mais elle explique la révélation etdéfiiiit en quel sens ils ont été entendus toujours, partout, et par tous.

Mais cette décision doit-elle être prononcée par toute l'Église réunie, ou peut-elle l'être par le pontife seul?

On supposa qu'on attribuait au pape un droit nouveau, celui de définir par lui seul les vérités de foi et de morale, ce qui réduirait l'Église et les évéques à n'être que ses instruments. Bt cependant les termes de la définition étaient précis : « Nous enseignons et nous définissons que c'est un dogme divinement révélé que le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'esl-à-dire quand, exerçant les fonctions de pasteur et de docteur de tons les chrétiens, il définit avec l'antorité suprême et apostolique qu'une doctrine doit être regardée par l'Église comme un dogme de foi ou de morale, possède, par la divine assistance, l'autorité même que le Christ a voulu donner à son Église dans la définition de la doctrine en matière de foi ou de moeurs. »

II demeurait donc établi :

l'Que l'Église est essentiellement infaillible;

2* Que l'organe naturel et officiel de cette infaillibilité est le pape;

3* Que ni l'Église comme Église, ni te pape comme pape, ne peuvent abuser de leur infaillibilité, soit en enseignant l'erreur, soit en imposant comme un dogme ce qui n'est pas contenu dans la révélation, soit en contredisant la raison, soU en nuisant aux peuples ou aux princes.

Tout d'abord quelques évêques hésitèrent h se soumettre à ce canon; mais bientôt (grâce encore aux malheurs de la France) tout dissentiment disparut, et jamais peut-être définition conciliaire ne fut plus unanimement acceptée.

Quelques gouvernements en prirent ombrage; ils craignaient que le pape n'aspirit à recouvrer son ancienne auto-

CHctE Dtf Fotrvoii teUporbi. lis

rite à restaurer le droit canon, et, en matière politique, i intervenir jusqu'à déposer les rois. Absurdité I quand la papauté trouvait en face d'elle cette omnipotence des gouvernements, cet accord des carrefours et des cafés à calomnier, à railler, i entraver la liberté, cette docilité des savants et des journalistes à obéir et à se soumettre à César, cette insouciance des franchises personnelles.

On confondait donc toujours le magistère étemel de l'Église infaillible avec son miniitére, variable selon les temps et les milieux, qui juge les actes particuliers des hommes et des États sans pouvoir les empêcher, et qui veut qu'on obéisse aux gouvernements m 6 me mauvais.

Restait encore à éclaircir la vraie position des évoques vi»à-vis du pape : si le pape est infaillible comme l'Eglise, il fallait définir les droits de l'Église; mais une succession de désastres ayant interrompu le concile, ces points demeurent encore sans décision.

D n'est pas dans le dessein de ce travail de montrer la grandeur de ce concile, qui eut tant de Paolo Sarpi et attend ttn Pallavicîni; mais nous ne pouvons passer sous silence cette définition de fide catko&ca : « Loin que l'Église soit contraire à l'élude des arts et des sciences humaines, elle les favorise et les étend en mille manières. Elle n'ignore ni ne dédaigne les avantages qu'on en peut Urer pour la vie des hommes ; même elle reconnaît que les sciences et les arts, venant de Dieu le maître des sciences, doivent, s'ils sont convenablement dirigés, conduire à Dieu avec l'aide de sa grflce : elle n'empêche nullement que chaque science, dans sa sphère, ne se serve de ses propres principes et de sa méthode particulière; mais, tout en reconnaissant cette liberté, elle veille avec soin k ce qu'on ne se mette point an opposition avec la ' doctrine divine, en introduisant des erreurs, ou en dépassant les limites respectives pour envahir et troubler ce qui est du domaine de la foi. »

En somme, la christianisme suppose et conserve toutes les idées métaphysiques, morales, religieuses, auxquelles peut atteindre la raison ; il y ajoute los vérités révélées, en y joignant une sanction posUiume ; on peut traiter toutes les questions, mais sans faire abstraction de la révélation; son enseignement moral, précis et slir, donne tous les fondements de la science sociale.

Pendant que cette majestueuse réunion d'évéques semblait

BIST. DMIV. — T. H. . 10

ibïGoogIc

148 LES TBKHTE DBRIflËRBS AHHÉRS.

attester de plus en plus que le pouvoir temporel est nécessaire pour le libre exercice de l'autorité spirituelle, ce pouvoir se trouvait toujours menacé, si bien que Napoléon maintenait à Civita-Vecchia uue garnison pour le défendra des envabisseurs. Toutefois, quand il déclara la fi;uerre à la Prusse, il rappela ces troupes, comprenant qu'en cas de désastre elles resteraient exposées à l'ennemi. Hais il exigea de la part du ministère italien la nouvelle assurance, qui fut donnée, et dans le parlement et à l'ambassadeur, qae le « gouvernement du roi se conformera exactement à la convention du 15 septembre 1864 ». Et lorsque quelques législateurs parlèrent à la Chambre italienne d'envahir l'État pontifical, Venosta, ministre des autres étrangères, déclara qu'on était lié par une responsabilité, dont pas mfime les États barbaresques ne se tiennent pour aOïanchis; et U reconnaissait l'obligation de ne pas attaquer et de ne pas permettre qu'on attaqu&t la frontière pontificale, et cela sous la sanction des règles ordinaires du droit des gens.

Et Lanta, le président du ministère, disait : n Croyez-vous, messieurs, qu'il soit prudent de venir à la Chambre exciter le gouvernement & occuper un État qui est reconqu par toutes les puissances européennes ... et à l'occuper sans aucun des' motifs qu'on regarde comme légitimes ? »

Mais quand les terribles défaites infligées à la France furent connues, quand le roi Victor-Emmanuel eut changé le képi français contre le casque prussien, on annonça que le ministère avait déridé « de marcher résolument à l'accomplissement des vœux nationaux en allant à Rome ».

La situation trOublée de l'Europe enlevait tout espoir du secours; mais, voyant tous les inconvénients d'un transfert du Saint-Siège, le pape résolut de rester & Rome, de ne pas abdiquer une souveraineté dont il n'était que le dépositaire, et même d'appuyer par quelque résistance le non possumaa.

Cinq divisions royales, sur pied complet de guerre, s'avancèrent contre les 8,000 pontificaux; Rome fut assaillie, une brèche ouverte à coups de canon à la porte Pia; les soldats royaux parcoururent la ville en criant victoire et invitant tous les citoyens à se réjouir. Le plébiscite, employé pour réunir à la France, en 1799, le Piémont, et, en 1860, Nice et la Savoie, légalisa encore le fait accompli. Il y eut40,835 votes favorables contre 46 contraires : ceux qui s'abstinrent furent •apposés consentir.

CBOTE DU POrVOIB TËMPOBEL. U7

Au I" janvier 1871, la capitale tut transférée à Rome, la cour établie au palais du Quirinal , et le roi disait au Municipe : « Enfin nous sommes à Rome, et personne ne nous en fera sortir (1). »

LelSmaiful publiée la loi dite (fes^fimnti'es, divisée eu deux titres. Dans le premier, relatif aux prérogatives du souverain pontife, on déclarait sa personne sacrée et inviolable ; ou lui assurait mCme la liberté de remplir toutes les fonctions de son ministère spirituel, avec une dotation de 3,335,000 livres déjà fixée précédemment, et la jouissance des palais du Vatican et de Latran, et de la villa de Gastel-Gandolfo.

Le second titre, sur les rapports de l'État avec l'Église, porte, à l'article 15, que le gouvernement renonce au droit de légation apostolique en Sicile, et, dans tout le royaume, au droit de nomination ou de proposition dans la collation des bénéfices majeurs; par l'article 16 est aboli Vexequatitr ou placet royal, ainsi que toute autre forme de consentement gouvernemental pour la publication ou l'exécution des actes de l'autorité ecclésiastique. L'article 17 n'admet pas, en maUëre spirituelle et disciplinaire,rappel comme d'abus contre les actes de l'autorité ecclésiastique. L'article 18 dit qu'il sera pourvu, par une loi postérieure, à la réorganisation, à la conservation et à l'administration des propriétés ecclésiastiques du royaume.

La Chambre restreignit ces garanties, et il en sortit une loi, bizarre alliage de privilèges entés sur le droit commun , du droit d'asile ancien sur des franchises modernes. Gen'est pas la suprématie absolue de l'État, ce n'est pas même l'Église libre dans l'État libre : les garanties données par un ministère peuvent être retirées par le ministère suivant; et dès le premier jour, on parla, dans le parlement, de les enlever ou de les modifier.

(1) En ISJl, Napoléon T" disiui nu Corpa légitlatir: * Les aflïûn* de U raligion ont éU trop souTsat mâlées et McriSies aox inUréU d'un État de troisitme ordre. Si la moilié de l'Europe «'est séparée de l'Égliaa de Rome, on pent Tattribuer spécialemeat K la contradiction qui n'a ceaié d*eziiter entre lei Téritée etlea principes de la religion, qui regardent l'univmn entier, et Ae» pnétentiona et des intéréta qui ne regardent qu'un très petit coin de l'Italie. J'ai mis fin A ces icandalei pour toujours ; j'ai réuni Rome & l'Empire, j'ù accordé des palais aux papas à Rome et t Paria. 8*il< ont à etenr les inléréta de la religion, ils voudront séjourner aouTent an centre des affuree de la chrétienté. C'est ^nsi que saint Pierre préféra Rome an séjour même de la Teiro Sainte, ■

iifi LBS THSHTB DBIlfllËnES AHITÉES.

Bien qae de tels faits paraissent répugner au droit public , les puissances, qui ont & se défendre chez elles contre la révolution, ne peuvent penser à autrui, et elles cachent leur propre faiblesse sous le tîtredenon-inter\-ention.Le ministre Venosta put donc dire : « Nous sommes venus à Rome, et on ne nous a opposé aucune protestation, aucune réserve, aucun de ces documents qui, sans être toujours suivis d'effets immédiats, restent cependant comme les germes d'une question qni peut être soulevée plus tard. »

Seule la France , protectrice du droit même au milieu de ses désastres, protesta contre la violation des conventions faites avec elle ; un grand nombre d'évéques présentèrent h l'Assemblée nationale une remontrance au nom « des catholiques qui réclamaient d'elle la liberté pour garantir la liberté de conscience de 300 millions d'&mes. C'est la gloire de la France de s'être toujours conservée catholique , et d'être considérée comme la protectrice naturelle de l'Église. La souveraineté temporelle est la sauvegarde des plus grands intérêts; elle repose non seulement, comme toutes les autres souverainetés, sur la garantie du droit, des traités des lois internationales, mais elle touche aussi aux intérêts les plus élevés et les plus grands. Le pape n'est pas plus italien qu'il n'est autrichien ou espagnol. Le pouvoir temporel est un pouvoir légitime aussi bien que tout autre pouvoir; bien plus, il est un gage de sécurité et de paix pour les autres États de l'Europe. La paix de Zurich, la convention de septembre, portaient la signature de la France; on les a violées en profitant de nos malheurs, u

Le ministère et M. Thiers, alors président de la République (1) , durent répondre que la France ne pouvait faire des réclamations qu'en les appuyant de la résolution de les lïire prévaloir, et que, pour le moment, elle n'était point en état de le faire.

Le papr se reUra au palais du Vatican , d'où il ne sortit ' plus.

Le 90 octobre, il déclara te concile suspendu ; en novembre, il adressa à tous les évèqiles une protestation contre les actes du gouvernement subalpin ; puis, dans l'allocution de mars 1877, il ne demanda autre chose « qu'une entière et

(1) Thien a toujouri défendu la BOU<reroînetâ du pape. Pie IX, en re- .□ce, lui eQToys un mkgaiQque cadeau; et l'évoque d'OrldaoB lui e lettre. (Voj.ei le Corrttpondant, 1S79, SS décembre, p. 1139.)

CUDTB DU PODTOIH TGIfPOHEL. ii9

réelle indépendaDce dans l'exercice du miuistëre apostolique ». Et cependaiit Mn député dans le parlement subalpin lui reprochait «de se donner l'attitude d'un prétendant »; un autre l'appelait calife et menteur.

Si, auparavant, tout tendait à dépouiller le pape, que restait-il à bire maintenant? On connut l'afflnnation , partie mfime de bouches catholiques, qa'une Fois les soucis temporels enlevés et les menaces de l'ennemi disparues, le pape pourrait mieux donner son attention aux affaires spirituelles, et s'occuper à défendre non plus Bologne ou Spolëte , mais le Christ et Dieu (1). Et voici, au contraire, qu'on poursuit

(I) A U Bétncfl du !5 mue ISGI, Cafoor disait que, le psp« aae fois Mponillé : > L'indépendaDca de 1& papaatâ aéra but un terrain bieo plut aolide que maintenaut. Ce n'ett pa* (ont; son anlorité deviendra aulreineut erôeace, puisqu'elle ne sera plus eachalaée i ces concordais multiples, à tous cet traités, qui étaient et sont une nécessité tant que la pontife réunit dans ses mains l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle. Toutes ces armes, dont eo Italie et i, l'étranger de<rait se munir le pon voir civil, deviendront inutiles quand U pontife se bornera sa pouvoir spirituel. Par 1& son autorité, loin d'être amoindrie, grandira dans la sphfere qui seule lui convient. Je crois que cela n'a pas besoin de démonstration, et je pense que tout catholique sincire, tout prêtre zélé pour la religion dont il est le ministre, doit préférer de beaucoup cette liberté d'action dans la sphire religieuse, à des pririlèget et même au pouvoËr souverain dans la sphère civile. Donc l'Italie, en dépouillant le pape d« l'autorité temporelle, aura fait une chose grande et sublime, dont le résultat est incalculable ; car elle aura réconcilié le pape avec l'autorité civile, elle aura signé la paii entre l'Église et l'État. Le peuple italien est éminemment catholique; le peuple italien n'a jamais voulu détruire rËglis«, il veut seulement qu'on réforme le pouvoir temporel... C«tte réforme est ardemment désirée par lltalie; mais quand elle sera accomplie, j'ose affirmer qu'aucun peuple ne sera plus ferme A maintenir l'indépendance du pontife, l'absolue liberté de l'Église : es principe de liberté est conforme an vnù caractbre de notre nation, et j'ai pleine confiance que, lorsque nos conditions seront sérieusement examinées par las plus chauds partisans de l'indépendance de l'Église, ils seront obligés de reconnaître la vérité de toDt ce que J'ai proclamé, et devront admettre que l'autorité du Pontife, rindépendance de l'Église seront bien mieux assurées par le consentement libre de vingt-six millions d'Italiens. >

Par contre, Thiers en 1SS5 disait an Corps législatif : • Que fera-tnin quand sera consommée la révolulioa qui se préparel On fera descendre 1* pape de son trêne, et alors c'en sera fait du centre de l'autorité dans l'Église universelle. On répète que le pape, descendu de son trfine, restera indépendant. Suivant moi, il ne sera plus libre. Aucune nation n'acceptera l'autorité romaine, devenue ou supposée dépendante ; plus d'unité de corn- . mandement; les débris de cette autorité se transporteront à Tolède, pour l'Espagne; i Paris, pour la France; pour l'Autriche, & Prague, à. Orati on peut-être à Vienne. Ce sejait ponr les amis de la liberté une singulière

190 LES TBEHTE DERRIËBES ARN^BS.

avec plus d'acbamemeut que jamais la guerre contre la foi

et le culte.

Dans le paroxysme d'irréligion, qui travestit les désastres politiques en questions d'É^îse, on voit se multiplier les sociétés bibliques, évangéliques , homilétiques ; les cbapelles qui s'érigent en face du Vatican; les missions hétérodoxes qui, par des collectes, des loteries, des récompenses, des salaires, travaillent à arracher du peuple la stipentition; des conflits, continuels renaissent; on abat les images sacrées ; on envahit les églises, on disperse les saint«a hosties, on insulte les prélats, on frappe les élèves des écoles ecclésiastiques , on jette des pierres aux bureaux des journaux cléricaux, on déclame et on imprime des absurdités trempées dans le fiel contre le pape, les choses sacrées, la sainte poésie de la miséricorde; ou absout les assassins des anciens gendarmes pontificaux ou des moines , et on répète dans les journaux que tous ces crimes sont des inventions de cléricaux (1).

Que de fois le pape éleva sa plainte contre ces attentats, et aussi contre la démoralisation croissante qui s'étale effrontément à Borne 1 Puis ce Priam de la cité fatale, après avoir vu sans déroger à sa dignité la mort de son spoliateur, fat appelé par Dieu à une couronne bien plus digne d'envie que ceÛe qu'il avait perdue.

Son successeur Léon XIIl, lui aussi, gémit sur l'apostasie ' de la société moderne, infidèle au Christ et & son Église. A ceux qui tiennent entre leurs mains les rênes du gouvernement des peuples, il recommande de ne point; dédaigner l'appui que seule l'Ëglise peut leur offrir dans les dangers

aotution de 1& question romaine, que de Toir l'autoriU religieoM tnuis< portée k Paris. J'ai en l'homiBur da coniutlre presque toui lei prtlate qui, de notre temps, ont ocenp4 le lâtge archiépiscopal de Paris; j'ai oonna aussi celui qui est mort sur les barricades en IS4S; je profease pour eux tous, pour réléTation de leur caractère, pour leurs vertus, pour leur talent, un grand respect, et cependant il n'en est aucun que j'eiuie Touluvoir à U t^te de l'Église catholique en France : et «avei-Toni pourquoi! Parce que Notre-Dame est trop proche des Tuileries. •

(i) Prochet, ministre et président du aoniit« d'évaug41iaati«ii de l'Bg)ie« vaudoise, s'écria dans une assemblée solennelle : ■ Hélaa I le fléau du protestantisme n'a pas été épargné iriisiie. » Hevtit chrilierme, p. 379. En tSS9 le P. Theiner éerirait sa brochure : « Délia introduiiom del proUilantttimo in llalia, lentala per le «urne dei novelli banâitori di errore nelle recenli eongiunture di Rama, oitia la ehieta eattoliea difeta olk tettiïnotmntt dei pmUtlanti. »

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qni les raenaceot; U proteste contre les entraves que le gouTemement italien apporte à l'indépendance du pouvoir spirituel; il espère le retour i la vie pour les Églises d'Orient, et la fin des persécutions en Allemagne et en Russie ; il aspire i. rétablir l'accord et la tranquillité dans les rapports entre l'Église et l'État (1). Savant, conciliant, mais ferme, il ?ise à renouer les relations avec les puissances sans abdiquer aucun droit, sans justifier l'injustice, sans faire des concessions à l'erreur ; il travaille k relever la famille chrétienne, à restaurer les bonnes études philosophiques , qui ont tant de valeur pour soutenir une lutte intelligente et utile à la moralisation; & montrer dans l'Église un édifice plus élevé que les palais des rois et les parlements, et oîi l'on n'entend point les bavardages de la politique ou les criailleries des révolutions, mais le silence de la prière et de la résignation.

L'interruption du règne visible de l'Église, — qu'elle paraisse un bien, qu'elle paraisse un mal, ou une preuve que l'unité de l'Église ne dérive pas de pouvoirs et de grandeurs mondaines, — est un fait; il faudra bien s'y résigner (2),

(1) L'âviqua d* TarentaUe ajant &draM« klAoa XIU na opiHCula intitalé LéonXlIIeltamùnoapTOvidentielle,\efApe\mrâpoadil: ■!<« Climt p«T q^ai il a plu bd Pbre éternel de réconcilier touUi choseï, l'eat propoad, en éUblisB&nt l'Église but la terre, d« rappeler à Dieu toui les hommee deveniu ennemis de Dieu, en les rameouil toit par le» anwignemenU de la doctrine ctiesta, soit par tes secours de la grAce suroaturëlla. C'est pourquoi, selon la Tolontd de son Auteur, le caractère et la nature de l'Église catholique sont tels que pln> elle voit qu'elle doit combattre énergiqnemeot, quand il en ealbe«oin, pour la foi et Injustice, plui auaai elle est portée à la bénignité et ilamiséricorde pour les hommes égarés. BteonuM rien n'est plus propre t aamrer aux hommes la tranquillité de la rie pré- ■Mite et la béatitude étemelle que l'accord affsctusoi de l'autorité religieuse et de l'autorilé ciTile, l'Église n'a rien tant t cceur que d'inviter les priftce» h «'unir a elle par l'amitié et la concorde. Or, les Papes nos prédéeestenrt ajanl totijours visé k ce but, selon le* exigences du temps et des lieux, Aous- avons jugé que Doua-méme nous ne devons pas nous écarter de cette ligue de conduite.

■ Que s'il découle de li quelque avantage pour la société humaine, il faut tout rapporter uniquement à' l'honneur et & la gloire de Celui qui a donné A SOD Église une telle vertu, n

{i) Dans un livre qui a fait du brdt dans ces derniers temps, et ob l'Église est défendue par un homme qui n'a pas le bonheur d'; croire, nous lisons : a La révoluUon et le parti catholique sont en lutte. Bientôt les qaestions de gouvernement, de liberté, de nationalité disparaîtront devant M cou&it suprême : les anciennes préférences s'évanouiront, et chacun de noua «er» obligé de prendre sa place dan* un de* deux camps qui s'at-

ISt LES THBKTB DEHHIËRES AlfKÉBS.

pour améliorer l'éUt de la société par le réUblissemeot de l'accord entre l'ordre civil et l'ordre religieux, entre l'unité italienne et l'unité catholique; et pour montrer que la foi sincère et la religion éclairée sont non seulement les compagnes, mais le fondement du vrai libéralisme, c'est-i-dire de l'égalité et de la fraternité.

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