CHAPITRE IX
"a^C^ Comme dans tonte échauffourée on trouve quelque mal- *****- veillant qui, s'il n'est pas l'instigateur du désordre, l'attise cependant, le propage et y applaudit, de m6me, dans tout bou- ' leversement et dans toute révolution , on rencontre l'Angleterre, soit offlciellement, soit officieusement ; même quand elle n'y voit pas pour elle un intérêt évident, elle cherche à vendre des armes ou à ruiner des manufactures rivales.
Sa révolution au milieu de longues alternatives sanglantes s'était accomplie il y a plus d'un siècle ; elle put donc traverser les révolutions modernes sans trop en souffrir, et souvent même en les dirigeant ou les comprimant. Seule, en Europe, elle sut échapper au malheur d'un mauvais gouvernement sans sortir des voies légales, se confiant i l'avenir, et montrant que ce n'est point la servitude qui mûrit les hommes pour la liberté, mais que par l'usage même de la liberté on apprend à se gouverner.
L'Angleterre compte 3i millions d'habitants; elle a une armée de terre de 138,000 hommes, et 81,000 marins; sa dette est de 705 millions de livres sterling.
liondres, sur une superficie de plus de 709 milles carrés, contient i millions d'habitants : parmi eux , il y a plus de juifs que dans toute La Palestine, plus de catholiques qu'à Rome, plus d'Irlandais qu'à Dublin, plus d'Écossais qu'à Edimbourg. On compte 300 naissances par jour, c'est-àdire une toutes les cinq minutes ; il y a une mort toutes les
taqueroDt avec vignaur. Si ce choc proTsnait de dÏMeniiouB ùrécAnciliableB, il fandrftit ^mir, ae réiigner et prendre un pftrti. Maie entre la rérolution et rËglÏM il y a des p&BiioDi, dei mrisiateUigeacesj tnAit pat ds déMcoord fondamental. ■ ÉrniM Olutiu, VÈglite et fÉtat.
GIANDE-BRETASHE. i 53
huit minutes. Les rues ouvertes à la circulatioa donnent une longueur totale de 38 milles ; chaque année, on consboiit 9,000 maisons nouvelles. Le port du Pont de Londres reçoit journellement 1,000 b&timents et 9,000 marins. Dans les bureaux de la poste, on distribue par an 238 millions de lettres, sans compter les journaux (1). 130,000 délinquants habituels sont inscrits sur les registres de la police, 38,000 cas d'ivrognerie sont annuellement portés devant les tribunaux. Un million d'habitants environ vit sans aucune pratique de religion (3), Le strict droit légal se développe par le principe de l'équité, qui le corrige et le perfectionne ; et dans la conscience nationale et dans les événements, qu'ils soient en accord ou en conflit, ils produisent ensemble la légalité et l'équité : l'une qui modère, l'autre qui détermine le progrès et, de ce qui précède, tire te développement de la marche
Le gouvernement agit le moias possible, permettant que toute entité sociale soit représentée; il n'étouffe point les aspirations libérales des torys ou des whigs, partis maintenant transformés. Le parlement laisse de c6té les idées abstraites et s'attache aux positives ; il s'occupe moins de réformer les lois que d'établir des chemins de fer et des télégraphes, d'émettre des billets de banque, et de veiller iL l'importation des céréales.
L'Angleterre accomplit donc une évolution pacifique au lieu d'une révolution, et toujours elle est assez patiente pour attendre et préparer ses réformes. 11 fallut plus de trente ans de débats avant d'en venir à défendre la traite des noirs ; trente autres années pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies et pour la liberté des blés (t 846) ; cinquante , pour l'émancipation des catholiques ; trente, pour faire disparaître les privilèges de l'Église officielle légale, et un long temps pour la réforme électorale de 1866 qui annulait^les restrictions du cens, évaluait les fermages des maisons et des propriétés, et en répartissait mieux les droits entre les boui^s et les comtés.
(1) Arant U Téfonns de Rowlsod HiU (mort en 1879), qui établit la taie de 10 centimM par lettre, on comptait dans tout le royanme l.OSS boite* «ni lettrei; aqjourd'hui, on en compte SS,7ST : il j a 1S,8B1 bnrMtoi d« poate arec 4S,947 employé* ; en IB7S, □□ expédia un milliard et demi de lettre» et de cartes pogtales, dont 371,000,000 pour la aeule ville de Londre*.
(2) Churth ofEngland. — Tempérance ChronUU,
1S4 LES TBBNTB DBUIIÈU8 AHHÊKS.
Le nmcs, jonroal dont l'influence est grande dans le monde entier, écrivait : « Espérons que dans cent ans l'Angleterre sera ce qu'elle est maintenant, un pays où chacun peut y parvenir jusqu'au poste le plus élevé, ou, s'il ne le veut point, il ne tient qu'à lui de rester bon, heureux, content de son propre sort, u
Que si uD système politique doit 6tre jugé d'après les hommes d'État qu'il produit, la supériorité est à l'Angleterre dont les ministres, parmi leurs nombreuses occupations, trouvent encore le temps d'expliquer Homère ou de déchiffrer les caractères cunëirormes. Peel, se détachant du parti conservateur des torys, se lança dans des réformes importantes : après avoir repoussé l'émancipation des catholiques pour des , raisons d'État, il les favorisa par. motif de justice ; il élargit le droit électoral , fit décréter la liberté du trafic des céréales, et sa mort presque subite fut un deuil national. Palmerston (!782-1865) faisait consister le mérite de l'homme d'Étal h ne pas résoudre les questions de l'intérieur, mais à les tourner par des complications extérieures; et pour cela il exdtait des troubles dans les autres pays. Plein de mépris pour les rois et les traités, il dénigrait tout le monde; il bouleversa tout pour tromper Napoléon et renverser le pape. Tandis qu'à l'intérieur il affichait le libéralisme, au dehors il était pour la répression , provoquant des désordres de tous c6té$, et ne raccommodant rien. L'opinion se prononça contre loi; malgré la faveur de la reine, il tomba, et eut pour successeur lord Derby qui s'appliqua à relevei^ son pays aux yeux des étrangers. Il suivit une ligne de conduite libérale, admit au parlement les juifs eux-mêmes, abolit l'obligation d'un cens pour l'éligibilité à la députation, et augmenta de 400,000 le nombre des électeurs; d'un autre c6té, il insistait pour qu'on observât les traités, si bien qu'il désapprouva le Piémont.
Palmerston reparut bientôt, mais il fut pourtant tenu en échec par Russell. On avait vu au ministère des hommes qui n'étaient pas sortis des rangs de la noblesse, tels que Pitt, Peel, Canning; en 1866, on y vit d'Israeli avec letiti^ de lord Beaconsfleld.
Pendant toute cette période régnait la reine Victoria (1 837), affable et loyale ; elie était appuyéepar le prince Albert, prompt à favoriser toute belle entreprise et qui mourut en 1863, âgé seulement de quarante-deux ans.
eKAHDE-BRETA&HB. 1S5
L'Angleterre, cependaDt, eut aussi ses souffrances à l'intérieur et à l'extérieur. Elle domine le monde entier par les admirables positionsi qu'elle occupe ; elle possède les seuls pays où il est encore possible de former de grandes nations : par exemple, l'extrémité de l'Afrique, la région tempérée de l'Australie, et l'Amérique septentrionale. 300 millions de sujets sont ainsi exploités par 40,000 Européens ; mais, en cas de lutte, ces derniers trouveraient là plus de danger que de secours, L'Angleterre laisse à ses colonies une liberté presque entière d'admioistratjon , et le Canada, qui a i raillions d'babitants, vit son premier parlement se réunir en 1867. Elle s'efforce d'établir des colonies dans l'archipel de la Sonde, sur les cAtes de l'Ile de Bornéo, malgré les drolLs de la Hollaude stipulés en 1842, par cela seul qu'elle trouve cette position importante comme intermédiaire entre Siogapoor et Hong- KoDg, La colonie du cap de Bonne-Espérance est toujours attaquée par les Cafres.
Ce n'est donc plus le temps oîi l'Angleterre, inattaquable derrière les lignes de ses vaisseaux, pouvait défier le continent; son immense accroissement même multiplie les points où l'on peut la blesser. Elle se trouve surtout en opposiUon avec la Russie qui, après avoir, occupé Samarcande et Khokhand, a gagné, par le traité de Berlin, la forteresse de Kars et domine la route entre Coostantinople et la Perse, grand chemin du commerce asiatique; bientAt une voie ferrée mettra par là l'Occident en communication avec l'Orient. Ce qui sera ntile à l'Angleterre plus encore que l'acquisition de l'Oe de Chypre, cependant si importante, ce sera de pouvoir rectifier ses frontières en Asie contre un adversaire qui s'avance vers elle, lent, mais irrésistible, comme la lave.
Linde l'oblige sans cesse à de nouvelles guerres. Napier soumit le Sindh qui fut oi^anisé et civilisé. En 1849, une révolte ensanglanta le Pendjab ; puis, en 185T, l'armée indigène se souleva et il y eut de grands massacres. L'année suivante, la compagnie des Indes , qui s'obstinait à ne voir dans ces pays qu'un centre de production pour les matières premières dont elle avait besoin, et qui entravait l'industrie , vit tous ses droits transférés à la couronné ; plus tard encore, la reine prit le litre d'Impératrice des Indes (1). L'Angleterre
(1) D'aprki la bilan de l'Inda angluia eomniunlqaé K la Chambre dei 1 tot&l était de 69 miUiona de livres iterling pour « 1877-78 , «t de 61, eo 167S-79 ; let dëpeniei a'ëlaToient à 63 mil-
196 LBS TBBHTE DEIHIÈIBS AHIliBS.
eut d'autres guerres à soutenir en Chine et au Japon, dans le Zanzibar contre les Asfaantees, en Abyssinie contre le roi Théodore (mort en 1868) ; elle y gagna une partie de la mer Rouge du c6té de l'Egypte. Maintenant même, elle a affaire aux Zoulous du cap de Bonne-Espérance; elle y perd ses soldats, et y dépense IS millions par semaine. En toutes ces luttes, la force oi^nisée finit par avoir le dessus, mais le plus f&cbeux résultat de ces attaques est la nécessité de s'en venger.
Lorsque l'Angleterre protestante s'empara de l'Irlande catholique, les terres ftarent confisquées au profit des lords anglais qui ne vivent pas dans te pays , et les propriétés des paroisses au profit des ministres anglicans qui jouissent ainsi d'un revenu de 11 millions. Et pourtant il y a six millions de catholiques, et seulement 700,000 dissidents de toutes sectes. Mais le peuple, poussé par la faim et par la tyrannie de ces grands propriétaires qui, pour les questions de religion et pour les élections, oppriment les fermiers jusque dans leurs propres demeui-es, se jette dans des révoltes que la force seule peut dompter. *
Parmi les millions d'Irlandais émigrés en Amérique s'est formée la société des Penians. Ils s'organisèrent dans le Canada, avec un sénat et une assemblée, et se vantaient de disposer de 200,000 soldats et de 300 canons pour obtenir l'indépendance absolue de l'Irlande. Le principe proclamé en 1848 par O'Brien et qui relia entre eux les émigrés irlandais d'Amérique sous le nom de Feniaos, fut le communisme socialiste, et les membres qui entraient dans la société, faisaient ce serment : « En présence de Dieu, je jure de rejeter tout engagement de fidélité et de soumission envers la reine d'Angleterre, et de m'employer de toutes mes forces à établir en Irlande une république indépendante. Je suis prêt i prendre les armes et à combattre au premier signal. Je promets une obéissance entière à mes supérieurs , et un secret inviolable sur tout ce qui concerne notre société. »
En octobre et en novembre 1866, on vit certains étrangers , à l'air mystérieux, parcourir l'Irlande. On parlait d'armes, de bombes incendiaires, de provisions de feu grégeois
lioDi de liTrei. La famine de 1877 causa une perte de S millions st deoù da lÎTrei, iiuii parler de 700,(100 morU, ou peut-être intma d'un million. 4,1100,000 livrai iterling forent coaaaer^M aux traTauz publics, outra lei cbemiiu de fer.
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accumulées dans des souterrains où la police les découvrit. Les pâtres du sud de l'Irlande, devenus très réservés avec les Anglais , accueillaient à bras ouverts les émissaires fenians que des vaisseaux amenaient secrètement d'Amérique, et qui semaient l'or parmi les ouvriers et les manœuvres, achetaient les agents de la police, et faisaient des prosélytes jusque dans l'armée. Quelques serviteurs avertissaient leurs maîtres de se tenir surleurs gardes, des Termiers exprimaient l'espérance de se partager bientôt entre eux les terres et les biens de leurs patrons. Ainsi l'Angleterre eut une insurrection cbez elle , après en avoir tant provoqué dans le reste de l'Eorope; mais, forte de ses triomphes dans les Indes, elle prépara une armée de 40,000 volontaires et réussit une fois encore à réprimer la sédition : toutefois restait le germe déposé par la vieille iniquité (1). Et pourtant les ministres et les journaux anglais déclamaient contre la tyrannie de Naples et de l'Autriche.
D'Israeli, juif d'origine, et Gladstone, très hostile au pouvoir du pape, appuyèrent la juste réclamation des Irlandais demandant l'abolition de l'inique confiscation , et une assemblée protestante, sur la proposition d'un fervent anglican, renversa la tyrannie du fanatisme protestant. On
(1) Stnart Uill, la Tameux éeonomUte libéral, dans ton opnacule l'Angletent et rirlandt, touche le food même de la quettion : « Une fois au noim par génération m présent» ce problème : Que fairt dt tlrlande? et, chaque foie, il trouble le jugement et la conscience de la Dation. Aujourd'hui la même question »e lonlbve, plaa redoutable et B<reo cetle (ùrconataacs ag^avante qu'elle est inattendue. Le mécontentement de* Irlandais est habituel; quelques-uns l'attribuent i je ne sais quelle taibksse originelle, propre au caracibre irlandaÎB. Mais les libéraux anglais l'ont toiuoars attribué A de lourdes injustices qui n'ont jamais été réparées. Depuis des sitcles, l'Angleterre tient sous un jong pesant l'Irlande qui a été trois foi» entièrement conquise ; une première fois, pour enrichir quelques paissants anglais et Ipurs adhérents irlandais; la seconde fois, pour dot«r une hiérarchie hostile ; la troisième fois, l'Irlande fut abandonnée à des colons anglais et écossais qui l'ont occupée comme une terre conquise pour opprimer les habitants. Si l'on excepte les fabriques de toiles^qui étaient dirigées par ces colons, les manufactures de l'Irlande furent détruites pour faire place aux manufactures anglaises.
La Irés grande majorité des Irlandais qui professait le culte catholique fat, au mépris de la capitalation deLimerick, dépouUléede ses droits poli' tiques, et t peu près de tous ses droits civils, condamnée A travailler la terre et i en payer les retenus k ses mattres. Une nation, qui traite ainsi ses sujets, peut-elle en attendre un retour d'amourl II serait inutile de discuter les oirconitancea atténuante* pour excuser oe* iniquité*. ■
150 LES TRBRTB DIBRltaES AHHÉBS.
n'y parla point, comme en Italie, de spolier quelques moines, d'empêcher quelques évdques de secourir les pauvres, de chasser des h&pitauz les sceurs de charité , et des écoles les barnabites ou les piaristes; mais de séculariser deux milliards de biens, propriété de l'Église anglicane, qui donnent une rente de 11 millions. Ce n'est pourtant pas un dépouillement absolu ; d'après le bill de disendowmenl proposé par Gladstone, les propriétaires actuels devaient conseirer la jouissance de ces biens pour toute leur vie, et, en mourant, laisser à la disposition de l'État les biens usurpés sur l'ancienne Église. Lorsqu'on proposa au clergé catholique de lui rendre cette grande quantité de biens, il reftasa, déclarant qu'il n'accepterait du gouvernement aucune rétribution , et qu'il se contenterait de vivre pauvre parmi un peuple pauvre.
Cependant, en 1869, te clergé catholique irlandais fut mis, pour les dotations, sur le même rang que le clei^é anglican. Le bill, qui défendait aux fonctionnaires publics d'assister aux cérémonies religieuses avec les insignes de leur chai^ , ayant été rapporté, le maire {magor) de la ville de Glonmel assista à la messe célébrée avec la pompe habituelle à l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul ; et le révérend Power prononça un discours sur le spectacle imposant « offert à ce peuple qui revoyait dans ce temple, pour la première fois depuis trois cents ans, le premier magistrat de la cité revêtu des insignes de ses fonctions, u II y eut plus de magnificence encore à Dublin : le dimanche 5 janvier 1868, on y vit, pour la première fois depuis la révolution de 1688 , le lord maire {Lord Mayor) catholique se rendre en grande pompe à la cathédrale, et y assister an saint sacrifice; le cardinal CuUen ofBcia pontiflcalement , et dans un touchant discours se félicita de cet heureux événement : ce triomphe de l'égalité religieuse, disait-il, n'était point dû à des sociétés secrètes, ni k la doctrine du poignard, ni à une résistance année contre l'autorité; il fallait continuer à prier et à se servir des moyens reconnus par la loi.
L'Angleterre eut beaucoup à souffrir du paupérisme en opposition avec la richesse démesurée de certaines fortunes héréditaires, des grèves fréquentes des ouvriers, de la stagnation des affaires, du manque des cotons : de là, d'énormes faillites, et l'inactivité du numéraire qui se retirait de l'industrie pour aller s'entasser à la Banque, si bien qu'en 1867 les fonds tombèrent à 2 ,/°. Il faat mentionner ici avec éloge l'as-
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sociation pour la réforme âoanciëre ; elle se proposait d'introduire, par des moyens légaux , la plus grande économie dans les dépenses publiques, et de promouvoir an système équitable d'imp6ts directs sur la propriété et le revenu, pour remplacer le système compliqué et injuste des impOts indirects. Dans une des publications faites par cette société, nous voyons que 3,140 personnes possèdent à elles seules 37,875,$22 acres de terrain, c'est-à-dire, la moitié de la superficie totale du Royaume-Uni (l'acre est de 100 mètres carrés).
Parmi ces complications des affaires et malgré une philosophie toute matérialiste, l'Angleterre conserve le sen- Ument religieux et c'est là une nouvelle source de vives discordes intestines. L'émancipation des catholiques une fois obtenue, il resta de nombreuses sectes dissidentes : dans l'Église légale elle-même, il y a la haute et la basse Ë^se, les rïtualistes, les anglo-catholiques, vers lesquels penchent les torys , pendant que les whigs sont protestants : en outre, nous trouvons les quakers et les méthodistes qui s'occupent moins de rits que d'œuvres de charité. Les puséistes, en se proposant de remonter aux premiers siècles du christianisme, se rapprochèrent forcément des croyances catholiques ; quelques-uns même les adoptèrent sans restriction. En 1859 s'établit l'union de l'Église anglaise. La question de la présence réelle donna naissance au ritualisme dont le but est d'attester la foi par des actes du culte extérieur. Puis on discuta si l'on admettrait la confession auriculaire, si l'on accepterait le symbole de saint Athanase ; et de là, des accusations, des persécutions, des procès, des pétitions, des conciles.
L'Église officielle s'effrayait encore plus des progrès du catholicisme qui, de fait, s'étend. La hiérarchie catholique, en Angleterre, avait été supprimée à la mort du docteur Thomas Watson, évèque de Lincoln, le 37 septembre 1584. Le royaume fut alors confié, pour l'administration ecclésiastique, à un vicaire apostolique [13 mars 1623), par le pape Grégoire XV; le 30 janvier 1688, Innocent XI établit dans l'Ile quatre districts, dont le nombre a depuis été porté à huit. Pie IX, le i9 septembre 18S0, rétablit la hiérarchie catholique et ordonna archevêque de Westminster le savant cardinal Wiseman à qui succéda le cardinal Manning, puséiste converti et profond penseur.
100 LES TRBRTE DBKNIÈBBS AHRtES.
Gladstone , qui baissait les pontifes romains comme il détestait les Bourbons , accusait les papistes de menacer la GonsUtulion du pays et la couronne de la reine ; il envenimait ainsi la peur officielle et les préjugés de la foule. Hanning lui répondit ;
« Une foi qu'on impose est une hypocrisie devant Dieu et devant les hommes. Si les catholiques anglais arrivaient demain au pouvoir, non-seulement ils ne promulgueraient aucune loi pénale pour contraindre à embrasser leur foi , mais ils n'enlèveraient mSme pas un seul privilège aux noncatholiques. Si les catholiques étaient demain les plus forts dans le royaume, ils n'useraient point de leur pouvoir politique pour inquiéter leurs compatriotes dans des croyances, par lesquelles ils diîlërent d'eux depuis des siècles, dans leurs églises, dans leurs collèges, dans leurs écoles. » Et récemment, dans un banquet , portant un toast au prince de Galles , il se réjouissait de voir la maison régnante et te peuple anglais se trouver si souvent en contact; on connaissait ainsi les besoins de l'un et Us qualités de l'autre, on s'unissait par la communauté des intérêts et par de mutuelles sympathies. •
L'instruction , en Angleterre, fut toujours indépendante de l'État, et'il n'y avait pas de ministère correspondant à notre ministère de l'instruction publique; seulement en 1870 on inaugura un système nouveau [Education ac(}, analogue k celui qu'en France, en Italie, en Allemagne et en Amérique, l'État B organisé au détriment des libertés de la famille. Jusqu'alors on avait admis que l'éducation se fonde sur le principe religieux : les différents dettes s'occupaient activement de l'instruction; ils y employèrent des millions de livres sterling : le clergé anglican , qui est très riche , se signala. Par la loi nouvelle on établit des bureat4x des écoles {boards of $choob), chargés de veiller à co que les écoles de leur district soient suffisantes et bien tenues; en cas de négligence, ils infligent des amendes, destinées à subvenir aux frais de l'instruction primaire.
Ces bureaux ne tardèrent pas à dépasser leurs attribu> tions, au lieu de se borner à combler les lacunes dans l'enseignement du peuple. Dans un pays oît il y a au moins ISO sectes différentes, chacune doit établir ses propres écoles. Si le devoir de les fonder revenait à l'État , quelle religion faudrait-il y enseigner? On ne pouvait qu'en exclure toutes
ghakdb-bbetaghg. 161
les religions, laissant aux parents à pourvoir & ce point, comme ils le font pour la dajise et la musique : on interdit en&n tout catéchisme spécial {Amendement Cowper Temple).
C'était une attaque systématique des dissidents contre i/iumuttni. l'Église légale anglicane ; mais elle n'aboutit qu'à déchristianiser l'éducation. On redoubla de zèle dans les écoles libres; mais la foule se portait plutbt vers les écoles ofScielles, qui ne limitaient plus leurs dépenses depuis qu'elles pouvaient les couvrir par des taxes. Chacune , en effet , peut obtenir de l'Etat une subvention allant jusqu'à 30 livres sterling par élève, à condition de se soumettre à l'inspection et aux examens du gouvernement. Et les dénominationalùtet, c'est-àdire ceux qui vont aux écoles libres, doivent payer une contribution et pour leurs écoles et pour celles de l'État. L'Église légale s'oppose à ce système de toutes ses forces. Mais bien que sur 14,500 écoles elle en ait encore 13,000, il est évident qu'elle perdra du terrain devant l'enseignement laïque, gratuit et obligatoire.
L'instruction secondaire et l'instruction supérieure étaient ecclésiastiques : c'était l'occapation du clergé anglican , de préférence même à la prédication et au soin des Ames. Les écoles laïques elles-mêmes gardent une teinte religieuse : elles ont quelque membre du clergé pour recteur ou préfet : et on comprend peu une éducation qui n'aurait point pour base la religion. Dans ces dernières années seulement on ouvrit des écoles et des collèges athées. Les six grandes écoles d'Eton, de Winchester, de Westminster, de Harrow, de fiughby et de Gharterbouse appartiennent au clergé : il accorde des bourses pour les collèges d'Oxford et de Cambridge et pourvoit de bénéfices importants les professeurs et inspecteurs. Les merveilleuses Universités d'Oxford et de Cambridge, si richement dotées, et qui sont le centre de la vie intellectuelle, appartiennent absolument à l'Église légale; jusqu'à la fin de 1854, seuls les anglicans pouvaient y occuper des postes ; c'est d'elles que sortent les membres du clergé qui veulent faire leur carrière. Beaucoup d'autres Universités indépendantes se sont établies depuis; pourtant, toutes subissent l'influence de l'Église anglicane et en répandent les idées parmi les jeunes gens de l'aristocratie qui y sont élevés avec des méthodes d'une grande largeur.
Ed conséquence, dans raristocratia, le clergé conserva son action; il choisit toujours d'excellents maîtres; il fa<
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lt>3 LES TfiBRTE DBMIlâHSS AKIIÉBS.
vorise les corporations religienses : celles-ci ont beau paraître contraires aux croyances officielles, l'Église légale les propage cependant comme une difense coptre des adversaires plus redoutables.
Quant à l'Irlande, en 1879 il Ait permis aux étudiants catholiques de subir leurs examens à la nouvelle Université, substituée à la ^en'f Univernty de Dublin, et ceU sans âtre tenus de suivre les leçons d'an enseignement sécularisé (1); mais en aucune façon on ne consentit à accorder des subsides pour l'enseignement catholique.
La lutte se livre donc dans les écoles et sur la question de l'instruction. Aujourd'hui on s'efforce d'amoindrir la puissance ecclésiastique en développant l'enseignement athée; mais si l'on y réussit, le gouvernement n'en deviendra pas,ponr cela , l'arbitre de l'instruction comme le souhaiteraient chez nous les partisans de la centralisaLion, qui foulent aux pieds les droits et les coutumes , et la liberté des pères de famille.
La littérature anglaise doit être cherchée surtout dans ]ea discours parlementaires et dans les journaux politiques. Ses admirables revues sont rédigées par les premiers savants. 11 ne meurt pas un personnage de distinction qu'on ne publie ses Memoirs et sa Gorrespondaoce. II faut signaler en ce genre la Vie du prince Albert, dictée par la reine avec autant de prudence que de sentiment. Les romanciers anglais sont moins immoraux que les romanciers français ; ils se rapprochent davantage, dans leurs descriptions, de la vie réelle (Dickens, Butwer, d'fsraëli, EUiot...) En ce qui concerne les voyages, les Anglais sont les maîtres et dans la manière de les faire et dans l'art de les raconter.
L'industrie s'opiniàtre k combler la séparation entre l'Angleterre et le continent, et à lancer ses locomotives à travers la Hanche par un chemin suspendu sur les flots ou par un tunnel sous-marin. Il ne manque pas d'économistes qui voient en noir l'avenir de cet étonnant pays, parce que les marchés que l'Angleterre va s'ouvrant toujours en de nouvelles contrées, ne suMsent plus à l'activité exubérante de sa production , et que sur les marchés plus animés , comme sont ceux de l'Inde et de la , Chine, elle rencontre la concurrence des Américains du Nord.
TURQUIE ET BUSSIE.