ESSAI BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIBE
M. César Canlù est né le S septembre 1807, àBrivio, petite bourgade du Uilaaais, située sur l'Adda. 11 est l'aîné des dix enEasta de CeUo Cantù et de Rachel Gallavresi. Sa famille était dans une condition très médiocre sous le rapport de la fortune, et César fut trop heureux , pour faire ses études, de profiter d'un bénéfice ecclésiastique que ses ancêtres avaient fondé.
n dut chercber vite à gagner le pain du jour. AIT ans, il entra comme professeur de grammaire au gymnase de Sondrio, cheMieu delà Valteline. A 22 ans, par ta mort de son pfere, il devenait chef et soutien d'une famille nombreuse. Heureusement, à cette époque même, il fut nommé à une chaire plus lucrative au gymnase de Milan, et, avec sa bieu-aïmée mbre,il put mener la tAche à bonne fin. Aujourd'hui, quand l'auteur de V Histoire universeUe, qui ne s'est point marié, laisse pénétrer dans sa retraite, il s'y montre le dimanche , dans son petit jardin, entouré des représentants de sa famille collatérale, dont les uns l'appellent tV car», les autres, tV^to joa^a, l'oncle-papa.
Quand il fut trasquiUo sur la possibilité d'accomplir des devoirs impérieux pour son cœur, H. Cantù céda à la passion des jeunes gens lettrés , surtout en Italie : il courtisa la Muse. Ses premiers vers imprimés furent une
YI CËSAB CABTU.
œuvre patriotique, poème on plutôt novelk en quatre chant3, intitulé Algiso , o la Lega Lombarda.
Brivio, patrie de M. Gantù, est située en face de Pontida, où les hommes des communes et les seigneurs partisans de la papauté jurèrent dans un couvent, ainsi qu'il le rappelait lui-même naguère k\a tribune, cette fédération des Guelfes qui sauva l'Italie du joug de Frédéric Barberousse.
Cette grande image historique , qui semble avoir présidé comme une fée au berceau de M. Cantù, fut aussi la muse de sa jeunesse ; et on pourrait dire qu'il lui emprunta l'inspiration de toute sa vie qu'on peut résumer en trois mots ; Foi, Liberté, Patrie.
C'était alors en Italie la devise d'hommes qui furent h la révolution italienne ce que les hommes de 89 furent à la nôtre , des précurseurs et des constituants ; mais qui , plus heureux que leurs devanciers de France, surent se défendre contre l'antagonisme, tant déploré par de Tocqnevllle , entre les deux grandes forces morales qui doivent régir l'homme en ce monde, la croyance religieuse et la conviction politique. Dans leurs aspirations vers la liberté civile et l'indépendance nationale, les Balbo et les Rosmini, les Silvio Pellico et les Ventura, et le roi Charles- Albert lui-même, pour ne parler que des morts qui ne se sont pas démentis plus tard, payaient une dette de recoDuaissance k la Rome pontilicale , qui avait conservé au sol italien tes traditions de la gloire et le prestige de la nationalité, en même temps que, là comme ailleurs, elle avait maintenu dans les individus la notion de la liberté et de la dignité humaines. Manzoni, le maître glorieux, introduisit dans la pléiade qui représentait à Milan cette grande école, le jeune auteur de V Algiso. Il en fît l'ami de son gendre, le marquis d'Âzeglio, poète, romancier et peintre, qui devait être un vaillant soldat de l'indépendance , et qui paraissait alors bien différent du catholique qu'on a voulu nous montrer dans des lettres posthumes. Le sentiment de l'indépendance politique et
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de la liberté religieuse à conquérir était la passion dominaote de tous ces nobles cœurs.
Ne pouvant mieux faire sous la domination autrichienne, tes patriotes milanais entretenaient par leurs préceptes et par leurs exemples un mouvement scientifique, littéraire ot artistique, qui relevait les âmes en y faisant courir la sëve et la flamme. Manzoni avait publié en 18S81es Fiancés {/ promessi Sposi},Yuiie ies meilleures productions de l'école romantique, dont les tendances religieuses sont dignes de l'écrivain qui avait répondu au protestant Sismondi par le livre de la Morale cattolica. Dana les Fiancés éclate la couleur italienne, même sous le voile d'une traduction. Son but était de montrer, au xvn* siècle, sous la domination espagnole, le Milanais qui, après son autonomie perdue, protestait encore par ses mœurs et ses sentiments vivaces contre le joug étranger. Les lecteurs saisirent dans ce tableau une allusion k laLombardie du jsx.' siècle; aussi son apparition prit-elle à Milan les proportions d'un véritable événement. Pour H. Cantù , ce fut une sorte d'étincelle électrique qui vint le surprendre au milieu de ses calmes études, en lui révélant sa véritable vocation : l'application de l'histoire et des lettres à la politique.
Il avait déj& gagné ses éperons dans un cercle restreint par l'histoire du Diocèse de Came, dans laquelle on a surtout remarqué l'épisode du saint massacre de la Valteline : réaction sanglante contre l'introduction violente de la prétendue réforme religieuse.
Mais, au sujet de son début sur un plus vaste thé&tre, laissons parler le néophyte lui-même (1). «J'envoyai, en 1833, à l'un des meiÛeurs journaux de Milan, \e Commentaire sur les Fiancés, puis un discours sur Victor Hugo et le Bomantisme en France. On les refusa, sous le prétexte que dans le premier je parlais d'un livre déjà mort et dans le second d'un auteur tout k fait inconnu. »
(1) Cronûloria, t. U, ch. t, p. 533.
Udo fois de plus, on peut dire que les joarualistes ne sont pas toujours bien informés et ne peuvent prétendre à l'infaillibilité.
Heureusement l'éditeur d'une revue de Milan {Flndicateur) y vit plus clair et consentit à publier sous ce titre, la Lombardia nelseeolo XVI, le Commentaire des Fiancés.
M. Cantù y donnait les preuves à l'appui de la thèse voilée par la action romanesque , soulignant en quelque sorte les allusions et accentuant les conclusions. Qu'on en jug:e plutât par un extrait de la dernière pa^e de ce livre , qui n'a point été traduit en français :
« Quand donc le sophisme et les b^onnettas ont-ils « vaincu la vérité, la plus irrésistible des forces? Jeunes « gens, laissez mûrir les fruits de notre âge ; restez Bdèles « k la morale, à la vérité, en mesurant la distance entre « ce qui a été accompli et ce qui reste à accomplir, it Quel progrès ne peut-on pas rêver, si la religion et la tt liberté, la morale publique et la morale privée, le droit « et la politique, conspirant ensemble et délivrés de toute [( entrave, passent de la sphère de l'intelligence dans a le domaine des faits ! Et si, impatients des retards, « vous me citez de nouveaux dommages, de nouveaux « torts, de nouveaux outragea faits à la civilisation par « ceux qui ferment les yeux aux pas que fait le siècle dans u sa voie, je vous rappellerai ce que Renzo le fiancé, de- K venu l'heureux époux, aimait à raconter, l'histoire des ana nées tristes où l'espérance s'évanouissait, oit tout semblait « perdu, afin de ramener sur le présent un regard consolé, « et vers/avenir une pensée ferme et cotifiante (1). »
M. CaDtù se servait de l'allusion comme d'une arme, la seule possible. La passion patriotique n'y faisait pas la
(1) La Lombardia nel secolo XVI Cm comprise el déTorée par ceux à qui elle s'adresiail. Elle devint eu Italie la compagne ordinaire des Promeaii Spon; elle a ilé publiée plutieun foi» à part, et ceui Je no» lectenrs & qui la langfue italienae est familière, pourront la lire dans le secood de» deni Tolnme» des SloiHe Minori de notre auteur, imprimées en IStiS à Turin, chez Pomba, ou dan» ta réimpreaiioii spéciale de Oiacomo Agnelli (HilAii,18Tt, iii-12).