CHAPITRE XVÏII
La paix religieuse qui depuis deux sièctes régnait heureusement dans les montagnes helvétiques, fut troublée par la guerre du Sunderbund, et les cantons catholiques d'Uri, de Sch«1tz, d'Untcrwald, de Lucerne, du Valais, de Zug, de Priboui^, après teur défaite, durent subir la loi des vainqueurs. Ce mouvement fut le prélude de tous ceux qui ont bouleversé l'Europe; et à tout moment il s'est renouvelé par des mesures oppressives ou par de véritables persécutions. Alors < s'établit la Constitution unitaire avec Berne pour capitale.
La Suisse, où il y a un million de catholiques et un million et demfde protestants, est divisée, comme tout autre pays, entre deux partis. Le parti conservateur s'attache aux traditions de fédéralisme avec l'autonomie de chaque canton, selon les différences d'origine , de langue, de coutumes, de culte, de topographie; l'unitarisme au contraire, auquel l'Europe va sacrifiant les libertés traditionnelles, est le rCve de l'autre parti qui attise les haines et les préjugés de religion, et veut soumettre les croyances elles-mêmes à des principes théoriques et remplacer l'arbalète de Guillaume Tel) par la carabine de Garibaldi.
A Genève, berceau et métropole du calvinisme, le catholicisme s'était introduit et se développait par les soins de l'ac^ tif évéque, H^ Hermillod ; ce prélat fut chassé, au mépris de la Constitution ; le culte catholique fut entravé ; car l'absolue séparation de l'Église et de l'État ne signifie bien souvent, on le voit, qu'une suppression des subventions. La separation enlèverait ici du moins l'appui officiel compris à la façon calviniste. Le gouvernement central se laissa aller & de violentes déclamations contre la cour romaine, contre l'infaillibilité du pape, contre ce qu'il appelait l'hypocrisie et les mensonges des catholiques ; et cela précisément au moment où il ordonnait un jeûne dans toute la Fédération, parce que « l'égolsme, le culte du dieu Mammon, l'amour des jouissances des sens menacent la prospérité publique > ; pendant ce jeûne, on devait fermer les boutiques, les cafés, les lieux de réunion; on devait faire des prêches et lire la Bible.
350 LES TRENTE DERHlftKBS ANNÉES.
L'ingérence du gouTernement s'étendit même aux églises protestantes. Déjà parla réforme de laConstiluUon.en 1865, on avait toucbë & la liberté religieuse et par 1& soulevé une vive opposition. Puis, en 1874, on déclara vouloir transformer l'église du canton de Berne en église démocratique, ' entièremeat soumise au vote des citoyens, puisque tous étaient appelés & élire leur pasteuret ses vicaires, à les réélire tous les six ans, et avaient le droit de veto relativement aux décisions doctrinales du conseil catholique et du synode protestant. Tout cela est sanctionné par un plébiscite. L'opposition la plus considérable vint de l'église protestante de Neufch&tel ; ce canton, alors qu'il relevait encore de la Prusse, s'était donné une organisation particulière. Soixante pasteurs bernois, qui réclamèrent, furent destitués ainsi que dix évêques, comme ayant failli k leur devoir de salariés du gouvernement et violé le serment prêté.
Le 29 mai 1871, l'Assemblée fédérale proclama une nouvelle cbarte établissant un conseil qui, outre ses attributions législatives, conclut les traités, déclare la guerre ou fait la pais, sanctionne les constitutions des divers cantons; les résolutions adoptées par lui doivent être soumises h un plébiscite, lorsque la demande en est faite par 30,000 citoyens. Tout Suisse est électeur à vingt ans; tout électeur laïque peut être élu député ; il y a au conseil national un député par 30,000 &mes; au conseil des États, deux députés par canton; l'Assemblée fédérale élit sept membres ; ils forment le tribunal fédéral qui Juge des délits politiques et des litiges entre cantons.
Les cantons et la confédération peuvent pourvoir au maintien de l'ordre, f&trce en agissant contre les confessions religieuses. Personne n'est obligé à supporter des charges pour le culte d'une religion qui n'est pas la sienne. Malgré de vives résistances, non seulement on a porté atteinte au droit de propriété en spoliant les communautés religieuses, mais on leur a défendu de recevoir des novices. Le souverain pontife prolesta, mais le nonce apostolique reçut son congé. On a cru que c'était faire beaucoup que d'accorder aux catholiques la nomination de leurs curés.
Toutefois les questions politiques cèdent le pas à la question sociale qui est bien accueillie on Suisse, où elle trouve des apôtres et des ouvriers.
Le chemin do fer du Saint-Gothard facilitera les commu-
nications avec l'Italie et l'Allemagne. Mais quelques-uns crai- ^ent que ces deux puissances, sous prétexte de nationalité, ne désagrègent la confédération suisse toujours si sympathique et si liospitaliëre, et qui souvent même a donné l'exemple à l'Europe.