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CHAPITRE XIX

U PÉNINSULE tBÉniQUE.

Ce pays, remarquable par sa beauté et sa fécondité, a autrefois aspiré à la domination universelle ; de nos jours, il a fait crouler la fortune de Napoléon, et donné l'exemple de la Constitution la plus libérale, en conservant le respect pour la religion et pour le chef de l'État; mais il a trop souventchange de gou\-ernements , de souverains , de partis : trop souvent une soldatesque mutinée l'a dominé.

liOS populations y diffèrent par l'origine, le langage, les institutions; on les a groupées entre elles par des Constitutions h la façon moderne, auxquelles les Catalans surtout et les Basques s'opposent dans leur opini&treté à conserver les franchises et les croyances de leurs ancêtres. De 1833 à 1840, l'Espagne fut agitée par des guerres dynastiques pour le droit de succession : don Carlos , qui tenait poar la loi salique, fut vaincu par Isabelle et les libéraux; ceux-ci bientôt se divisërMit en conservateurs, avec Narvaez, et en progressistes, avec Espartero.

lie ministère Narvaez dura dix ans : il assura la couronne <• d'Isabelle mftme au milieu des tempêtes de 1848, et rétablit le concordat avec le pape, ce qui ât crier qu'on voulait ramener l'absolutisme. Espartero, au contraire, inclinait vers la démocratie, et maintes fois il apaisa les discordes par l'épée.

Entre les deux se forma le parti de l'union libérale qui demande la réconciliation avec Rome, la décentralisation, l'amnistie complote pour les délits politiques et la prépondérance de l'élément civil sur l'élément militaire.

Mais O'Dounell, à la tète de quelques soldats, fait un pronvnciamimto : le peuple de Madrid se défend pendant trois jours avec des barricades, en criant : « Moralité et justice I »

D.D.t.zeabïGoOglc

iM LES TBEItTE DBARlâRES ANNÉES.

Espartero, entré au miDistère au milieu de grandes fêtes, réprime le soulèvement, s'efforce de réveiller le sentiment de l'ordre ;mais bientôt Narvaez, puis O'Donnell lui succèdent; l'état de siège est levé ; et un tils étant né h. Isabelle, don Carlos voit ses espérances ajournées.

Pendant ce temps, la guerre déclarée au Maroc pour réprimer les pirates est menée avec fureur jusqu'à la paix du 26 mai 1860. L'île de Saint-Domingue, qui était revenue à l'Espagne, se révolte ; il faut lutter sans cesse pour conserver Cuba, qui est le dernier reste de l'immense empire espagnol en Amérique, le centre du commerce entre celle-ci et l'Europe, et qui commande la route de la Louisiane, de la Floride, de l'Alabama, du Texas, du Hississipi. L'abolition de l'esclavage fut décrétée à Cuba et à Fernando-Po; et l'on ramena en Afrique les nègres qui ne voulurent pas rester en ces pays comme libres travailleurs. Mais les créoles réclament l'égalité des droits civils; ne l'obtenant point, ils se soulèvent. *

L'Bspagne vit tomber les Bourbons d'Italie sans leur tendre la main, bien qu'elle eût des droits de succession éventuelle ; .elle ne se remua un peu qu'en faveur du pape; puis elle en vint à une rupture avec le royaume d'Italie, qui redemandait les archives napolitaines mises à l'abri en Espagne.

Ces agitations chroniques , la part que !e pays dut prendre aux vicissitudes du Mexique, la conquête de Saint-Domingue qui dura si peu et coûta 13,000 hommes et 90 millions de francs, ruinèrent les finances et provoquèrent des troubles déplorables avec de fréquents changements dans les ministères. A celui d'O'Donnell, qu'on s'étonna de voir durer trois ans, succède celui de MiraQorës f libéral de promesses qu'il ne tient pas, comme c'est l'habitude; ensuite viennent Avazola et Mon et quatre ministres en deux ans. Narvaez rentre au ministère et il rappelle Christine qui avait été chassée. TJn article publié par le très éloquent Castelar soulève les étudiants et le peuple à leur suite ; O'Donnell revient au ministère, et promet une entière liberté pour la presse et pour les élections, la vente des biens ecclésiastiques, et un accommodement avec l'Italie. Le clergé réclame, les journalistes dénoncent la sœur Patrocinio et le confesseur Claret comme poussant la reine à la tyrannie, et les font chasser.

Ce n'est point assez pour les exaltés qui font un pi-onunciamieiUo avec Prim, demandant l'Assemblée constituante et

l'esfagne. 353

Espartero ; mais la viguear avec laquelle Narraez les réprime fait craindre le retour du despotisme : les villes sont en lutte contre les -villes, les provinces contre les provinces : les Assemblées rendent leurs décrets sous la pression des places publiques; on voit la dictature saisie successivement par Castelar, Zorilla, Martinez Campos qui, l'île de Cuba une fois reprise, renverse Canovas et s'empare du ministère. Ces hommes peuvent, avec une seule parole, un seul regard, entraîner la foule à l'héroïsme ou au crime, et cependant ils se font les esclaves de la foule ; ils donnent occasion à des menaces, à des incendies, à des actions et des résultats qu'on n'attendait point. Serrano nommé dictateur, est reconnu par les puissances, mais il n'est pas assez fort. Pendant ce temps, les finances sont gaspillées, les révolutions militaires se compliquent d'aspirations socialistes ; on crie : « Guerre à la propriété, mort aux riches I » les incendies commencent; à l'extérieur, les choses vont mal au Mexique, au Pérou, au Chili.

Les souverains d'Espagne étaient les derniers Bourbons : ils avaient donc contre eux Napoléon et l'Angleterre qui fournirent prétexte à ces révolutions de caserne. Ces violentes agitations contraignent Isabelle à sortir du pays avec les siens ; alors les communautés religieuses sont proscrites. On songe à réunir l'Espagne au Portugal, mais le roi de Portugal avait en horreur cette usurpation, patronnée par Olozaga et les autres imitateurs de l'Italie. Au milieu de ces vicissitudes, dans lesquelles magistrats et ministres se succèdent au pouvoir et dans l'exil, les bandes des carlistes s'augmentent. Prim, qui s'était signalé contre le Maroc et le Mexique (t), mendie auprès des cours d'Italie et d'Allemagne l'aumône d'un monarque ; et la candidature d'un Hohenzollem sert de motif à la guerre entre la Prusse et la France.

Amédée , duc d'Aoste , devenu rot malgré les protestations d'Isabelle en faveur de son fils , don Alphonse, et. celles de don Carlos, duc de Madrid, dut subir pendant son règne très court huit ministères avec Serrano , Zorilla , Malcampo, Sagasta , pendant que les carlistes organisaient un soulèvement général aux cris de : H Chassons l'étranger; vive Dieu, vive la patrie, vive le roit » et don Carlos, salué roi, jurait ces fueroi qui ont été la défense des libertés effectives et qu'on

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regarde maintenant comme un obstacle aux libertés conventionnelles, n Tallait donc combattre et les légitimistes et les républicains, et en même temps envoyer une expédition coiïtre Cuba révoltée; aussi Amédée, écbappé i l'attentat dirigé sur lui en pleine ville de Madrid, regarda comme une bonne fortune de pouvoir sortir sain et sauf de l'Kspagne. Aussitôt on proclame la république unitaire à Madrid , la répablique fédérabste à Barcelone, la république communiste à Malaga. PiyMargall voulait la république unitaire; Castelar, démocrate et opportuniste , dont l'éloquence transporte ses auditeurs qui pourtant le laissent toujours battu, disait que la pire des républiques vaut mieux que la meilleure monarchie et favorisait le fédéralisme plus en harmonie, semble-t-il, avec les origines de l'Espagne ; mais triste république que celle qui doit s'établir et se maintenir par les baïonnettes t

Pendant ces péripéties, Charles VU se fortifie dans les provinces basques qui, dédaigneuses de ces révolutions de palais, méprisent une liberté qu'on accorde par décret, pour s'attacher à l'indépendance municipale et provinciale; Charles Vil est pour ce motif accusé d'intolérance religieuse et de despotisme ; il s'avance victorieux avec les étonnants bataillons navarrais, mais un pronunciamiento militaire, à Sagonte, porte sur le trâne Alphonse XII en faveur de qui sa mère Isabelle avait renoncé à ses droits ; on revenait ainsi à cette dynastie pour le renvoi de laquelle tant de sang avait été versé. Alphonse, comme d'habitude, est fêté : son avènement est regardé comme un gage de paix après tant de convulsions ; le nouveau roi est reconnu par les puissances ; mais au milieu des ovations populaires un assassin attente à sa vie.

Suivant la charte du 30 juin 18T6, la religion catholique est la religion de l'État : les autres cultes sont tolérés ; le pouvoir législatif réside dans le roi et les Cortës composées d'un sénat et de députés.

Le sénat, selon la Constitution de 185S due principal»* mentàOlozaga, est électif; quelques-uns de ses membres sont dignitaires de l'État ou élus à vie; les autres sont élus par les corporations qui jouissent des droits civils et par les plus riches propriétaires. Les députés sont nommés pour six ans par les districts; et si l'un d'eux reçoit de l'État une pension, une charge, une décoration, il doit déposer son mandat. Chaque province a sa dépotation.

L BSPAGHB. iSS

Sous le ministère conciliateur de Canovas del CasUIlo, les élections se font par le sufTrage universel, tempéré par quelques égards accordés à la minorité et à des mérites exceptionnels. Les mariages religieux sont reconnus par la loi.

L'Espagne a 17 millions d'habitants, une dette de 10 milliards, 330,000 soldats en Europe, 70,000 dans les colonies : c'est elle qui possède le territoire le plus étendu ; mais la nationalité la plus répandue est la nationalité anglaise. L'Espagne a de la peine à conserver les Philippines (6 millions d'hab.), Porto-Rico (623,000 hab.), Cuba {1,100,000 hab.) et la Guinée (3-1 ,000 hab,). Elle cherche à s'affranchir des Anglais en donnant en échange de Gibraltar les forteresses qu'elle consen'e en Afrique.

La patrie de Berraguete, d'Arfé, d'Alphonse Cano ne manque point de sculpteurs; pour la peinture, la dernière Exposition universelle de Paris a fait regretter la mort prématurée de Fortuny (1820-7i),mais on a pu y constater des œuvres originales et une étude sérieuse de la vérité {Arico, Madraso, Pradilla). Avec de si beaux modèles dans l'architecture, la décoration, le théfttre, l'Espagne ne pourra que s'élever dès qu'elle aura recouvré la tranquillité. Ce pays de vertu et de foi, ce pays des oeuvres de charité , de la dignité personnelle combinée avec une douce et poétique existence et avec une imagination qui a donné naissance au proverbe : faire des ch&teaux en Espagne ; ce pays où l'on répète les chants patriotiques de Quintana, de Gallego, de Cienf\iegos, d'Arriaca ; la patrie de Donoso Certes, de Ramon de la Sagra, de Toreno, d'Emilio Castelar, du poète tragique fialaguer, et des romanciers Gaballero, Ferez, Galdos, Marta del Pilar, Trueba, ne pourra que se relever pour de magnifiques destinées ; mais plus encore que le retour des temps où le Grand Capitaine lui offi'ait de nouveaux royaumes, et le Grand Amiral un nouveau monde, nous lui souhaitons la discipline dans les partis, l'union dans les sentiments, la noblesse dans les desseins, et la fermeté pour se tenir également loin et du mépris du passé et de l'ivresse des espérances.

B. Le PorlugaL

De son antique grandeur, dans ces temps où les jeuneâ cadets de sa noblesse allaient fonder des colonies sur les rivages des deux Océans, il reste encore au Portugal les

3S6 LES tbehte: dehhièbes arsées.

Açores et Madëro dans l'Atlantique; la Sénégambîe, le Mozambique, et Angola, en Afrique; en Asie, il a Goa, et eu outre Macao où, avant les derniers traités, le Portu(;al étaitla seule nation qui eût le droit de trafiquer avec la Chine : il y était connu sous le titre de T^-saî-jon.

Le Portugal, arec une population de 4 millions d'habitants (1), sur une superficie de 90,000 kilomètres carrés, ttat longtemps agité par les questions de dynastie. Don Pedro, devenu empereur du Brésil, laissa en Portugal sa fille Maria da Gloria qui fut reine à la mort de Jean VI et régna jusqu'en 18S3 en lutte avec don Miguel : celui-ci prétendait A la succession et était à la tête du parti absolutiste qui s'appelait parti de la Foi (3). Aux termes de la Constitution de IfiSS, établissant deux Chambres et le droit de veto royal, dona Maria fut assistée par des ministres qui se succédèrent sans cesse : le principal d'entre eux fut Costa Cabrai, renversé en 1846, et remplacé par Saldanba. — Pedro V succéda à dona Maria, et mourut en février 1861, Agé seulement de vingt-quatre ans. — Don Louis I" jura de maintenir la religion et la Constitution; mais quoiqu'il fût libéral, quoiqu'il eût reconnu le royaume d'Italie et épousé Maria Pia de Savoie; quoiqu'il eût, malgré un concordat conclu en 1857 avec le Saint-Siège, supprimé les couvents et confisqué les biens ecclésiastiques, le parti opposé à don Miguel le combattit, lui aussi : le parti de la Régénération renversait les ministères les uns après les autres. Pendant ce temps, la dette publique s'augmentait.

Le duc de Saldanba, qui avait dû céder son portefeuille au duc de Terceira, fit un pronundamienlo en mars 1870 et revint au pouvoir. Mais la tranquillité n'est pas rétablie; la misère va on empirant. On songea parfois à unir l'Espagne au Portugal, mais quand on en fit la proposition h Pedro V, il répondit : « Ils croient flatter mon ambition et pensent que je les favoriserai ; ils se trompent. Outre les raisons de convenance, de politique, d'honneur qui doivent me retenir, il y a des considérations que je dois me rappeler, moi, si

(1) Le deniier recentemeqt donne 4,7iS,024 hablUots, dont 3,314, 5â3 duieie masculiD ; dont ce nombre sont compria«a leiUei Açores et Madère. Lithonne compte !D?I,681 habiltnU ; Oporlo en a 108,348.'

(3) Aprèt avoir séjourné auprti des dEffëreotai coars et avoir ilé tmcuié par la presse libérale, dou Hignel monrut en novembre 1S66 : on lui Bt de magniSques (unérnilles.

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