CHAPITRE XX
Souvent, malgré l'insuffisance des chefs, le peuple s'en tire à son honneur, et la Providence tourne au bien des efforts insensés et des faits déplorables ; c'est ainsi que l'Italie nous offre réunies la religion catholique, l'unité nationale et la monarchie démocratique.
Le royaume italien comprend 396,305 kilomètres carrés sur les 336,100 de la superficie totale (1) de la péninsule; le
(l) Le ni;>ume d'Italie a 27 millioni d'habitaDU, o'Mt-i..dira, anivaot Is rMenaamant de IBTI :
Piémont 3,899,S64
Li^nrU St3,S13
LoinbftTdie 3,iao,B2i
Vfaétie 2,6*2,807
Emilie 2,I13,82B
Ombrie Sig,S01
Harchfli 913,419
Toscane .....' 3,142,525
AbraiMa 1,382,983
Campanie 2,7Si,593
PoulUe 1,420,893
Basjlicate 510,S43
Calabre 1,206,302
Sicile 2,583,099
Sardaigne 636,660
I^ium 836,704
n ï a 13,472,213 babilauti du Mse macovlin; 13)828,893 da *«m fimi-
D.D.t.zeabïGoOglc
L'ITALIE. ÎStf
reste est divisé entre la France (Corse, !fiee), la Suisse'(c(it)ton dw Tesiin), l'Angleterre {Malte), la république de San- Harino ; le Trentin, les alpes Juliennes et le littoral illyrien appartenant à l'empire d'Autriche, avec le titre qu'on leur donne à'flalia irredenta, sont des semences d'agitation , de conspirations, d'espérances àcliaqne mouvement politique (1).
« La réalisation complète des aspirations nationales » n'a < pas apporté la tranquillité qu'on en attendait comme premier résultat ; et l'extension du royaume n'a pas développé les productions, la prospérité et le contentement. On a appliqué à toute la péninsule le Statut que le petit Piémont avait calqué sur la Charte de la France au moment même où celle-ci la répudiait. Mais ce ne sont pas tant les statuts et des lois qui font le bonheur, c'est-à-dire le repos des peuples, que la manière de les appliquer et de les observer, et de placer la justice entre celui qui commande et celui qui obéit. Le Statut lui-même fut violé dans ses points fondamentaux, avec la circonstance aggravante d'une hypocrisie qui ne voulait pas avouer cette violation ; et on vit s'y implanter l'autocratie bureaucratique, celle des avocats, celle d'un
Din;3,100,l03.eiirtuit(au-dâMonsdeBiiaiii; e,32i,i8ihab. de BàS4uit; 11,739,467 de 24 fr 60 ans; et 2,081,100 de 60 aai at an-desaui.
Qnsnt i l'état civil, il ; a IS, 190,537 célibataires; 9,537,691 peraoDDes mariées; 1,773,674 veufs ou veuves.
Sous le rapport de la profession, il; a 6, !I6S,S17 pergonnes vouées àVagri' caltura ; S6,S73 s'appliquent i la sylviculture ; 48,563 vivent de la chasse et de la pèche; 38, 178 LTBvailleat aux mines ;3,2S7,iSB sont adonnées ifiodas- Irie; 199,901 au commerce; 261,052 àl'induitrie des transporli ; 765,099 vivent du revenu de leurs biens ; 473,874 sont serviteurs, domestiques, etc.. 1,600,000 sont dans l'armée et la mariue de guerre; 136,929 dans l'administration publique ; 148,883 font partie du clergé; 25,986 de l'ordre Judiciaire; 54,400 suivent lesprofessions sanitaires; 52,677 sont dans l'initruotion; 41, ICI s'adonnent aux beaux-arts; 14, 145àla littérature et aux sciences; 22,692 aux professions nomades; 650,141 sont attachées à des emplois non Bxes; 11,773,208 sont A la charge d'autrui sans professions déterminées.
Sons le rapport de la religion, il 7 a 98,651 chrétiens dissidents; 35,396 ismélilei ; 44,S6T d'autres religioiu ou sans religion ; le reste est catholique.
(1) Le colonel Heymerlé, dans un article des ÀnnaUi milîlairei aufriehiennei de l'année 1879, intitulé Rei ilalicx, a soulevé beaucoup de passions et de bruit sur la question de Vllalia irredenta. Le général Meixacapo lui a répondu, en disant qu'il avait été mal Informé parles joumanx : « Il n'r a pas de mensonge qui ne loit sciemment émis et répaoda par eux, qtiand il peut servir la cause qu'ils ont adoptée et qu'ils soutiennent. Et même les journaux, qui s'appliquent à évit«r le mensonge, tombent pana la plus déplorable légèreté, et de bonne foi donnent crédit ft de fansies nouvelles. Quel misérable spectacle offre notr* preiie t ■
260 LES TRBRTB DEBIltiRES AintteS.
homme, c'eal-à-dire d'un nom. La liberté est un dieu; mais elle dépend d'un Dieu supérieur, parce qu'elle suppose un but honnête et des moyens raisonnables.
Quelques hommes honnêtes avaient conservé le culte de cette liberté au milieu des orages de la politique, de la persécution des forts et de l'ostracisme appliqué A des frères; ces hommes n'ont pas tardé i sonner la fanfare derrière l'armée victorieuse ; et aujourd'hui ils s'accommodent mal de l'absorbante centralisation administrative, qu'on confond, bien à tort, avec l'unité nationale ; au lieu d'un juste partage entre l'État qui gouverne et la Commune qui administre, les anUques libertés communales sont sacrifiées ; on ne retrouve plus les traditions que dans l'ordre ecclésiastique où des paroisses plus ou moins étendues sont reliées en vicariats comme les vicariats sont reliés par les évôchés ; on foule aux pieds ces coutumes qui sont un droit, et qui, au milieu des nouvelles exigences juridiques, résultant des rapports nouveaux, donnent dans les États un complément et un correctif au droit écrit, qui plie tout aux lois, aux règlements, & l'État; l'État a la prétention de créer ou de détruire les entités morales, et de faire du gouvernement l'exécuteur tout-puissant des volontés d'un parlement. Que pour refaire l'Italie on ait adopté les procédés de Machiavel, qui le nie? Quelques-uns même s'en vantent (1); mais la conséquence fut que l'étranger, qui aimait l'Italie sans la connaître, la connaît aujourd'hui et ne l'aime pas (î); il ne s'inquiète pas de savoir si elle est, mais ce qu'elle est, tandis que nous, nous voudrions qu'elle inspirilt non seulement la sympathie, mais le respect, se sentant appelée à avoir conscience d'elle-même et de ses destinées.
Les députés sont choisis par une petite partie des citoyens(3);
(1] Une des prâmibres, parmi nos trop nombreuses KtM, fut celle qn'oD célAbrgi à Florence en l'honneur de Machiavel, et à l'oceatioD de laquelle OD avait offert nne prïms pour une Adilloo et un examen de lei ouvragea.
(i) Menacapo, dont nous avons déjà parla, écrit : ■ Noua ne sommes pas considérés & l'étranger comme nous avons le droit de l'être. La sjmpathie ne va guïre an-deli de l'admiration qu'on éprouve ponr nos mounmeola artistiques ; quand on touche aux questions politiques, on parle de fiiutie italirnne, à.'kabUeti diplomaliqve.de bontenipolUiqnt; mais, quant à une véritable importance politique, on nous la refuse. De là, la diffl' culte de dërelopper notre industrie et notre commerce k l'extérieur. •
(3) Sur 13,500,000 habitants du seie masculin, 6,61S,B96 ont plus de vingt ans, plus de 3 millions savsnt lire, «t moins de 3 millions savent
tITAUE. 261
ceux-ci n'ont pas conscience de ce qu'ils font, mais se mettent à la remorque des brouillons et des journalistes qui, en réalité, sont les électeurs, et choisissent les candidats sous l'inspiration de vues personnelles, et non pour leur capacité et leur vertu. De là une Chambre baTarde, ignorante des principes et des doctrines, que domine le souci des intérêts particuliers et, plus encore, celui de la. réélection ; une Chambre où Cléophonte accuse Phocion, où un ancien courtisan insulte au caractère, à la vertu, aux croyances universelles. Beaucoup se résignent à l'abstention, attendant des circonstances meilleures où la candidature offerte par une portion du peuple ne mette pas en butte ou aux honteuses manœuvres du ministère et de ses organes, ou aux outrages écœurants des Journalistes qui, comme les démons de Hilton, acceptent dans leur pandémonium ceux seulement qui se rapetissent h leur taille.
Le sénat, qui n'émane pas du penple, est montré au doigt, et pour les hommes qui y siègent et pour ceux qui en sont exclus. En une seule matinée de 1S79, il a discuté et approuvé dix-sept lois.
Non contents de leurs attributions ordinaires, les ministres veulent avoir à leur disposition les télégraphes, les postes, les ctiemins de fer, les banques, la loterie, les douanes, et non seulement l'instruction publique, mais encore l'instruction privée et l'instruction ecclésiastique.
Les ministres, révolutionnaires quant au but, bien qu'Us se couvrent de la légalité dans l'emploi des moyens, aUiées dans le gouvernement lors même qu'ils sont honnêtes dans leurs actes, se culbutent les uns les autres par ambition, à l'aide de coalitions, non pour le bien public; glorifiés aujourd'hui, conspués demain (1), ils compromettent l'honneur et
k la fois lire et écrire. En 1S76, il j i«ait SOS, 007 élect«Qra ioscriti, c'eat-A-dira 18 •/, da la popuUtioa ; il a'j avait que 36S,T90 TotaoU, c'eat-â-dira 1,35 >/,. Lai élna ont réuni 0,9i ■/« daa toîi. Parmi les éleotcura, 100,000 &u moini raçoivent nn salaire du gonternameot. En Autricha, les dlacteura reprësenteot fl */a ie la population ; en Angleterre, B*/,; en Allemagne, 10 %; en France, 3S %. (1) Voici la liste des miaislërei depuis la publicalion dn Statut : Sous le roi Charles- Albert :
U mais 1B4S, ministère Balbo.
17 jniltat ISiS, — Casati.
16 aoAt 1848, — Atflari-PerrODe.
16 décembre ISiS, — Qiobflrti-Chiodo.
ses
IBS TBEKTB DKUn&BBS AHKÉBS.
l'oi^eil du pays, malgré des promenades trioinpbales ; ils laissent étouffer l'activité publique, le sentiment du bien et du mal, et ne font rien pour attirer l'amour au gouTernement et i. la dynastie. 11 faut avoir pitié de ces bommes ; roulant dans la révolution, condamnés à la faiblesse, livrés aux orgies d'une camaraderie factieuse et qui poursuivait certains buts sans compter avec le temps, Us ont dû tout faire dans le sens de la réaction et des représailles. Pendant ce temps on vote d'énormes budgets pour se donner des airs de grande nation (t) ; desimpAts non seulement énormes, mais contraires k toute prévoyance, et des vexations fiscales arrêtent la marche de la production en empêchant la formation des capitaui, et
Sous l« roi Victor-EIaiinaiiiiel II :
S7 mAra 1S4B, miniiUn de LMua^-AMglio.
3 noTembra 18S3, — CtlTour.
16 juillet 1SS9, — Lamirmon.
20 jftnviar 1860, — C«Tour.
Sons 1« TOjBume d'italia :
ISjninlSgi,
S mm 1U3,
Rattani.
B dMcmbre 1863.
Fuini.
33 mun 1863,
HiDgbetU.
10 Juin 186S,
Ricasoli.
10 avril 1867,
Rattasi.
37 octobre 1867,
Meaabrea.
SjanTinlBeS.
Heuabrea.
13mMlB6B,
Henabrea.
14 d^Mmbre 1869,
Lama.
10 juUlet 1873,
Uiugbetti.
37 mari IS7S,
Depretis.
Sait le ro
i Hnmbert :
37 décembre 1877,
33 mars 1878,
CairoU.
as oclobre 1878,
30 dâcMDbre 1878,
DepretU.
3juill«tlS79,
Cairol).
1» novembre 187B,
Cairoli-Depretis.
(1) Jntqu'à la ^erre de 1866 on ddpenia 7 milliards, sur lesquela 3 milliard* 700 millloas dépa«saient la revenu et constituaient le déficit qu'on couvrit par une émission de rentes, par des ventes de biens et dea emprunts, Cavonr en fit pour 730 millions, Minghalti pour un milliard; Sella, pour 7SS milliout; puis, en 1SB6, Scialoja introduisit le cours forcé dn papier, qui n'a pas cessé depuis.
l'itaue. S63
desséchaient dans sa source toute industrie rémunératrice : avec un milliard d'impAts directs et iodirects, le budget an< nuet se soldait encore par de nouvelles dettes et nationales et communales, ce qui conduit au communisme le plus périlleux ; celui qui dépouille l'individu pour tout donaer & l'État.
Les communes se rendirent ridicules par leur garde nationale, leurs démonstrations politiques, la prohibition des processions, l'exclusion du catéchisme des écoles, et, à la veille même de la faillite, par la proscription des moines qui donnent l'enseignement gratuit, par celle des religieuses hospitalières; pendant ce temps, on décrétait des monuments à la fois à Napoléon et aux victimes de Mentana; on tirait le canon pour l'anniversaire de la {M-ise de Rome et pour le sang de saint Janvier.
A peine Venise avait-elle été acquise, que le royaume faillit perdre la Sicile. Cette Ile, tout en se glorifiant d'avoir donné le premier élan & la révolution, regrette son indépendance, et supporte avec chagrin un ordre de choses où tout se concentre dans la capitale. Elle so voit frustrée de bien des privilèges dont elle jouissait; elle s'aperçoit qu'on lui impose des entraves pour la fabrication de l'alcool, la culture du tabac, la récolte du sel. La petite industj-ie est épuisée par des impAts écrasants et par la concurrence illimitée. La Sicile voit tomber sur elle une pluie de gouverneurs et de préfets, dont chacun désapprouve l'œuvre de son prédécesseur ; non seulement l'autorité du clergé^mais l'autorité en général est discréditée; d'épouvantables rigueurs sont exercées contre ceox qui se dérobent à la conscription, jusqu'alors inconnue. Au lien d'établir cet ordre k l'aide duquel la félicité nouvelle aurait effacé les traces des anciennes souDïances, on dut commencer des enquêtes contre des conspirateurs et envoyer des soldats. On prétendit qu'il se commettait un millier d'assassinats par an ; on vivait dans la crainte de voir descendre des montagnes des bandes armées qui mettraient les cités à sac et les bouleverseraient.
Lorsque éclata la guerre avec l'Autriche, Palerme se souleva, sans que l'autorité eût rien soupçonné ; il fallut beaucoup de sang pour la soumettre ; mais, loin de se la concilier, on la laissa plus irritée que jamais.
On ne manqua pas cette occasion de frapper le clergé comme auteur de la révolte, de supprimer les corporations
264 LES THBHTG BBBMIËBBS AIllTiGS.
religieuses qui subsistaient là depuis dix siècles, sans avoir subi aucune atteinte de la part des Normands, des Souabes, des Espagnols ou des Bourbons ; et de leur enlever leur immense patrimoine qui était la ressource des pauvres (1), sans, pour cela, réussira multiplier les petits propriétaires, et au contraire en augmentant la richesse des grands.
Cette chasse baineuse avait semé la désaffection dans le reste de l'Italie, gr&ce i la loi des suspects plus injurieuse encore qu'-efTrayante ; elle constituait dans chaque pays des comités de vigilance, plus acharnés encore en Vénétie qu'ailleurs, par cela même que ce pays renaissait à la liberté. Des citoyens honorables, des curés, des évèques remplirent les prisons et les lieux de déportation ; aussi fut-on obligé d'accorderune amnistie pour des délits d'un tout autre genre.
Pendant ce temps, la franc-maçonnerie et les démolissenrs travaillaient activement ; et même on alla jusqu'à dire au parlement : « Le temps est passé oii le mot de République épouvantait; nous devons maintenant discuter ce mot, le peser, l'examiner à la lumière de la réalité et de l'histoire, et décider s'il est un spectre de mort ou un flambeau de vie. »
Hazzlni exhortait à séparer a les destinées publiques des destinées de la monarchie». Les sociétés se multipliaient sous la dépendance d'un comité insurrectionnel résidant à Londres : on y excitait à se débarrasser de la monarchie « puisqu'elle ne veut point, ne peut, ne sait donner à l'Italie ni l'unité, ni l'indépendance, ni la liberté » ; à se constituer en un corps arm^ fraternellement uni à tous les peuples libres, pour préparer le triomphe de l'unité républicaine de l'Italie rendue à ses limites naturelles, de façon à proclamer le plus Utt possible la république au Gapitole.
L'éclat de la parole de Mazzini et la chaleur de ses senU-
(1) Nous avons indii^ué, pricédmtment, les Buppreaaioiii rsitea. TrentetroÎB mille inatitutioDi de bieuf&iuiiice ont une dotation s'olarant i I milliard 226 millions. Pour le» h6pitaui, les hoipicea de Ibus, lea hospices de la matarnilé, il y a 722 millions ; pour les conaerratoires, les retrùtes, les asiles pour Les enfanta, les aveugies, les sourds, lea sourds-muets; pour les maisons de correction, les prisoamert sortis de prison, les dépâts de mendicité, les orphelinats, il ; a 32! millions ; les greniers d'abondance, les aumâoes en denrées ou en aitmëraire, les monts-de-pièté , les caisses agricoles, ont 38 millions etdemi;23S millions sont afTectés & des dots, à des gages i. donner aux nourrices, à l'achat de remëdea pour les malades; il faut ajouter les 181 millions des 8,721 congrégations religieuses ou mixtes. Jusqu'à présent, ce patrimoine est intact; mais il est^menacé.
l'italie. — MAiznii. SSit
ments expliquent l'enthousiasme qu'il excita chez la jeunesse cultivée dès qu'il se montra. Il n'est pas évident qu'il faille mettre sur son compte les assassinats qu'on lui impute. Ayant lui-même des tendances bonnes et élevées, il employa d'indignes agents ; bien souvent un chef de parti ne Tait qu'obéir h ceux à qui il semble commander. Nouvel Hamlet, ses idées ne s'accordaient pas avec les faits; il se plaignait de tout et de tous; opposé à l'omnipotence de l'État, à la politique des expédients machiavéliques, aux théories théocratiques qui reculent jusqu'au moyen Age, au manque de dignité dans les projets, d'accord dans les opinions, il s'écriait : « Dans ces temps d'un scepticisme insensé et immoral, toute foi exige mon respect. » Hais sa formule « Dieu et le peuple » est trop vague et trop indéfinie. De quel Dieu s'agit-il? de quel peuple? S'agit-il d'une religion autre que les religions décrépites; mais de laquelle? Détruire les croyances des ancêtres, n'est-ce pas une idée anti- populaire ? Hazzini voulait l'action, et, pour lui, l'action se réduisait à l'insurrectioD; il pensait arriver à la démocratie par le moyen de la démagogie ; il chercha k profiter des soulèvements qu'il n'avait pas faits lui-même i-lililaa, i Palerme, k Rome; il eut la prétention d'inspirer la politique de l'Europe entière ; bien qu'il n'ait jamais intrigué avec les monarchistes, il transigea avec le pouvoir royal, en offrant, comme représentant de la nation, l'Italie k Charles-Albert, à Pie IX, et en dernier lieu à Bismark (novembre 1867), à la condition qu'ils favoriseraient ses idées (1).
Les hommes pratiques comprenaient que l'unité, l'idole de Mazzini, se conciliait mal avec la république ; ils pensèrent donc à la fédération, qui est une association d'États, comme l'État est une association de communes, la commune une association de familles ; sous ce régime, la liberté ne serait masquée ni par ta pourpre des trônes, ni par une centralisation envahissante, ni par une uniformité artificielle. Ainsi peu à peu se détachaient de Mazzini ceux qui voyaient la transformation de l'Italie se développer dans un autre sens. Los monarchistes ayant triomphé, Mazzini s'appliqua à enlever la direction du mouvement aux mains « de Cavour et à sa séquelle qui
(1) Le plua «incère et le plus complet éloge de tltminî peut le lira dant la Réforme chilt de Pielro Ëllno (Bologne, 1379). L'anteur appelle tyf- Umr vertueux le lyitbme de Hazâni, et nomme aea djaeiplee /m demiiret glûirts ligilimei de la ginératitm qui t'en va.
268 LES TBEim DBBHifeiKS ARKÊRS.
usurpaient et démembraient le droit italien », et il ezhor> tait « la nation à sauver la nation m ,
De là des tentatives dans lesquelles il s'obstina jusqu'au bout ; de là, des conspirations contre la vie de Napoléon. Au milieu de 1869, les cabinets européens s'avertirent réciproquement qu'il se préparait une révolution universelle, particulièrement dans las pays d'origine latine. Mazzini, triste de voir s'arrêter à une royauté unique cette unité qu'il avait rftvée pour le peuple, voulait, avant de fermer les yeux, contempler l'Italie républicaine : dans ce but, il avait< rassemblé les révolutionnaires de France, d'Espagne, de Portugal, de Bohême, de Moravie, des Principautés Danubiennes, il disait que « ce fï-émissement momentané se transformerait, vingtrquatre heures après, dans le hourra d'une épouvantable insurrection » ; des garibaldiens s'étaient réunis en grand nombre, sous prétexte de travailler aux chemins de fer et an percement des scaphites; il y eut des émeutes à Catanzaro et ï-Orosseto, mais les gendarmes intervinrent à temps.
Bientftt après Mazzini mourut à Pise, avant d'avoir subi la décadence sénîle de l'intelligence. Le culte qu'on avait pour lui grandit & sa mort, résultat ordinaire ; on lui décerna des apothéoses comme on n'en décerne pas aux rois. Son buste fut placé au Capitole entre ceux de Micbel-Ange et de Christophe Colomb ; la Chambre, n reconnaissant en Mazzini l'excellent écrivain et le grand patriote qui a fait tant d'honneur à l'Italie et en a si ardemment poursuivi l'unité et l'indépendance, exprimait ses sentiments de vive douleur, allégés seulement par la pensée qu'avant sa mort il avait eu le bonheur de voir achevée l'œuvre nationale à laquelle il avait consacré toute sa vie, de rendre le dernier soupir sur la terre italienne ». I^e culte de Mazzini ne finira point mOme lorsque ses adeptes auront disparu ; l'histoire dira que le premier il a prêché, et avec persévérance, l'unité de l'Italie, sans jamais en désespérer ni se laisser dégoûter par tant de désillusions , elle n'oubliera point que respectant les croyances fondamentales de ta société il s'indigna contre ces étoumeanx et ces fanfarons qui affectent de ne croire & rien, de ne rien espérer.
Il reste encore Garibaldi ; mais il fait une guerre de plume, et ii n'y brille que par des éclats de colère. L'État a richement secouru la pauvreté à laquelle il semblait réduit, sans qu'il y ait de sa faute ; le nom de Garibaldi demeure te nom
l'italU. 367
le plus connu et le plas influent. On cite de lai des actions généreuses et même vertueuses.
Tout cela nous rendrait pensif sur l'avenir de la patrie. Certains hommes, qui ne savent pas reconnaître les avantages obtenus et jettent les hauts cris & la moindre épreuve, l'appellent une Babel improvisée où personne ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il ne veut pas. Les libéraux, au vrai sens du mot, sont contents de l'Italie et mécontents des Italiens; ils aimeraient à y reconnaître une école do régénération, si l'unité était réalisée non par l'unirorroité des règlements civils et militaires (I), mais par la Tusion des esprits, par une opinion avisée et persévérante, par la vigueur des corps administratifs, par la puissante efficacité du sacrifice, par l'union intime des intérêts économiques et des intérêts moraux, par l'accord du génie qui crée et du goût qui conserve, de la science et de la conscience, de la foi et de l'action.
Le paroxysme de la lutte est traversé, et les éblouissementg de l'enthousiasme sont passés. Puisse-tron ne pas se laisser égarer par la peur ou par le fracas de réputations artificielles que crée une presse vénale et tapageuse en empiétant sur l'opinion publique. Puisse-t-on ne plus voir trois cents individus s'arroger le droit de la représenter, en brisant des verres, en battant des mains 1 Le bon sens de la nation devrait s'accoutumer k distinguer les progrès réels et nécessaires et h avouer les erreurs politiques qui les ont accompagnés ; an lieu de se renvoyer les accusations et les justifications, et de continuer, maintenant que la révolution donne ses fruits, à crier comme on criait la veille, on devrait prendre les faits, les examiner et en scruter le sens.
Le peuple se tenant à l'écart de la vie publique, & laquelle il avait dû une immense prospérité pendaot le moyen Age, le peuple, dans une longue servitude, c'est-à-dire pendaot tout le temps oil il ne contribua en rien k faire les lois et & les appliquer, se laissa aller au dolce far niente; il abandonna le soin de ses intérêts et de ses progrès aux gouvernements et à l'aristocratie ; il s'habitua aux intrigues , aux conspirations ; il s'accoutuma à faire consister la magoanimité à haïr les gouvernants, l'babileté & se soustraire aux
(1) En 1S14, rex-ministre Uinghetti diuiit aa par1«ineDt : • Combien de douleurs l'Italie «e «sr&it «pargoéas, si elle se lit coatautée de ruuilâ politique, diplomatique, militure, eo re«p«ctaiit les traditiom «pécialea an dÏTenei oontréei I »
268 LES TIEHTK BEUlftlBS AMHfiKS.
charges publiques, le patriotisme à résister à Kaalorité.
C'est de ta que vieniieat beaucoup de nos maux actuels ; mais en rejeter toute la faute sur les gouTeruements antérieurs est le Tait d'un l&cbe qui se dispense de juger dans la vérité la conduite tenue en 1859 et depuis. On accuse le destin, telle ou telle personne, les prêtres, le dernier accident arrivé ; on réclame le remède le plus prompt et le plus radical, l'absolutisme, quand l'anarchie triomphe; l'anarchie, quand l'absolutisme domine.
En vérité, il y a apoplexie au centre et paralysie aux extrémités; la fiscalité et l'empirisme remplacent la science. On oublie que les lois ne peuvent être faites pour tous sans disUnction, comme on fait des uniformes pour les soldats ; que l'égalité civile ne peut s'obtenir au milieu de toutes ces différences sociales; qn'on ne produit pas l'union en épuisant la richesse du pays, en violentant les conscïeDces, en multipliant les codes et les ordonnances; que, dans les guerres civiles, la seule gloire est la gloire de finir ces gneires, et qu'après toute révolution l'homme vraiment providentiel est celui qui la calme, en transformant les habitudes et les attitudes de combat en habitudes et en attitudes de paix et de vie sociale. Au malheureux usage qu'on fait des libertés abandonnées aux mains d'intrigants, de brouillons, de sycophantes , nous l'espérons , la liberté elle-même apportera un remède, et, en dépit des spéculateurs de révolutions, l'Italie conservera sa nationalité, comme elle l'a conservée pendant trois siècles.
Au milieu des contradictions douloureuses qui tourmentent notre génération, il faut avoir le courage de ne pas se montrer satisfait dans l'abjection, de ne pas se contenter de l'oi^nisation du mal, de ne pas étouffer les accusations sous des cris de a vive l'Italie! » Il faut sonder les plaies, bien que les folliculaires dénigrent cette finesse d'intelligence en prêchant te soupçon et l'ostracisme, voient une rébellion dansle bon sens qui réagit contre l'incapacité des gouvernants, vilipendent et dénoncent des voix écoutées par le peuple, parce qu'elles ne sacrifient pas la logique à l'opinion du jour.
De là les gens avisés sont mécontents , et il se forme des sociétés secrètes dans un pays où la publicité peut être entière, mais ne doit être tolérée que jusqu'au moment oii elle devient criminelle.
Les bons Italiens gémissent en voyant l'émigration s'aug-
menter dans des proportions désolantes, et, ce qui est pire eucore, se multiplier les suicides, les cas de folie, les crimes iudividuela ou collectifs (1) . Ces crimes demeurent impunis ou Leur répression n'est obtenue que par l'appât de récompenses abominables (3). On se borne à refréner la liberté du mal au lieu d'encourager l'activité du bien; les brigands armés de leur propre misère sont forts de la peur qu'ils inspirent au citoyen tranquille et de la protection que le riche achète d'eux à prix d'argent ; des scélérats audacieux, par la violence ouverte ou par des lettres d'escroc, se rendent redoutables jusque dans les cités; la Camorra (3), et,
(1) On préroit pour tS80 le maintien en prùoD de 37,000 condamnëi ; et pourtant la liberté pravisoire pendant la durée du procès ett dtablie.
(3) Le ministre L&uza, interpellé aor la mort d'un brigand, le 14 janvier 1873, répondit : n Le gouiernemenl avait promis S, 000 livres i quiconque l'amènerait ou mort ou vif. Ces primes ne sont pas une nouveauté : toujours, depuis 1860, on a employé ce moyen pour Taire tomber aux mains de la justice ces fameux chefs de bajide. On a, en effet, obtenu ainsi de Irëa bons résultais. »
Kn ITSl, on décréta 25,000 livres de récompense & l'occasion de cinq brigands de Palerme.
11 Alt pins étrange encore de voir publier, en mars 1B77, une liste des brigands cachés dans leurs retraites ; on les énumérait province par province, et on promettail une récompense de lOD t 5,000 livres à quiconque 1m livrerait de n'importe quelle manière.
(3) La Camorra est une ligua formée entre des hommes du peuple qui, par les menaces ou la violence, extorquent des ttiea aux riches; ils se soutiennent entre eux pour efTrayer les personnes tranquilles et pour se soustraire à la justice. La Camorra est divisée en haute, basse, infime Camorra : chacune a «es dignitaires. Dans In première on trouve des cavaliers et des dames qui travaillent dans les brelsns, font de l'espionna^, tendent la main aux voleurs, procurent des emplois et des prêts remboursables & la mort d'un père, falsifient les billets, les passeports, les certificats : la moitié d« leurs gains est versée t la caisse commune. La basse Camorra est divisée en trois sections : l'une s'occupe de falsifier les monnaies; l'autre s'emploie aux contrebandes de terre; la troisième, aux contrebandes sur mer. La Camorra infime a cinq ssclions ; la première spécule sur les mariages, les contrats de ferme, les ventes à l'encan oii elle exige un droit de lalie. La seconda pratique les jeux de hasard. La troisième a pour spécialités les loteries, la vente des numéros, l'explication des songes, la combinaison d'apparitions. La quatrième a les loteries particulières et l'usure. La cinquième s'occape des vols de tonte espèce. Les associés ont entre eux une organisation ; ils ont des chefs qui les dirigent on profitent des méloils des individus; ils se reconnaissent non par des symboles secrets, comme les francs- maçons, mais par l'uniformité de leur but qui est de piller le faible et le citoyen honnête. Ils pénètrent partout, dans la capitale comme dans le plus petit village, A la cour comme dans les collèges de chanoines, à l'armée comme dans les hospices des pauvres.
370 LES THEHTE omnâïES AHRÉBS.
ce qui est plus caractéristique encore, la Maffia, conspiration uDiverselIe, s'étend du palais à la prison, de rbomme en haillons à la femme en toilette, pour se railler de l'autorité, se protéger par le stylet ou le silence, s'appuyer sur le droit du poing fermé. Et, cependant de soi-disant hommes d'État et de prétendus politiques Urent avantage du malheur public : les dignités se vendent pour un plat de lentilles ; la faveur et la flatterie accordées par les gaiettes éclipsent le vrai mérite; des maUres menteurs, élevés par l'Étal et & son image, foulent aux pieds non seulement les croyances tradiUoanelles, mais la traditionnelle urbanité. Avec le sens moral disparaît le sens commun : on l'a bien vu, surtout à l'occasion du choléra. L'épidémie s'était déclarée, en 1867, dans les régions méridionales; pendant la première quinzaine seulement il y eut 17,713 personnes atteintes et 9,813 moururent; pendant les six premiers mois du fléau, il y eut dans les 49 provinces 63,375 cas de choléra : SS,074fu' rent mortels, et parmi les morts on compta des personnes distinguées comme le ministre Natoli, le cardinal Altieri, un frère du roi de Naples, et dix-hnit médecins. Autant fut admirable la charité des ecclésiastiques et m6me des soldais pour assister et soulager ces douleurs, autant fut déplorable l'aveuglement de la plèbe qui accusait les médecins, les préfets, le gouvernement; tandis qu'une certaine classe instruite tracassait ces religieux qui avaient généreusement exposé leur vie, et en arrivait à demander au parlement qu'on chassât des infirmeries ces sœurs de la charité, prodiges d'amour et de bienfaisance, que les protestants euxmêmes envient à nos armées. ^D'autres fléaux naturels s'ajoutèrent à ce malheur : il y eut des éruptions de volcans, des tremblements de terre, des inondations; les produits agricoles et la soie firent défaut; il y eut de nombreuses faillîtes : et ces maux trop réels s'ajoutaient aux autres maux.
Conservateurs et novateurs prirent une altitude hostile aux croyances du plus grand nombre, quelques-uns même attaquèrent la religion : aussi l'heureuse émancipation du pays n'est-elle pas couronnée par l'ordre et la paix. En recevantle résultat du plébiscite, Victor-Emmanuel avait dit : n Gomme roi et comme catholique, en proclamant l'unité de l'Italie, je demeure ferme dans ma résolutiond'assurer la liberté de l'Eglise et l'indépendance du souverain pontife ; avec cette déclaration
l'itaue. 271
solennelle, j'accepte le plébiscite de Rome et je le présente aux Italiens. Ils sauront entourer de leur respect le siège de cet empire spirituel qui a planté ses pacifiques étendards là mfime où n'avaient pas pénétré les aigles romaines (1), i> Au lieu de cela, on vit se multiplier les écoles et les églises dissidentes ; on entrava la liberté de ti millions de citoyens pour ne pas gêner quelques centaines d'hAtes ou de parasites qui savent bien qu'ils viennent dans un pays oîi le premier article du Statut considère la religion catholique comme la religion dominante. Maintenant que les Anglais tolèrent le catholicisme comme le brahmanisme, il répugne autant à la civilisation qu'à la conscience d'entendre chaque jour des insultes lâches et ignobles contre la foi universelle et les symboles et les rits du peuple. 11 est vrai qu'on est libre de répondre de la même façon ; mais les hommes sages demandent avec liéon XIII « qu'on donne h l'Église romaine ce qui est à l'Église ; qu'on reconnaisse les droits des catholiques qui forment, de beaucoup, la grande majorité de la nation ; et alors tous unis nous travaillerons ensemble à promouvoir le bien de l'Italie , notre commune patrie; mais, disons-le, il n'y a pas d'autre réaction que celle que les journalistes se fatiguent à inventer. »
C'est un grand bonheur pour l'Italie d'avoir une année où la discipline est bien gardée. L'armée, en temps de paix, compte 303,000 soldats, outre 6S0,000 hommes en congé illimité : en y ajoutant la milice mobile et l'armée territoriale, le chiffre atteint 1,212,000 hommes. Du mois d'octobre 1877 au mois d'octobre 1878, 68 soldats se sont suicidés, 3] sont morts du service, 1,914 ont succombé à des maladies di-
(1) J'ai lOiu le» jfluz une ralatiou eoalemporaiae de l'invaiion de Rome par lei Fraoçaii en 1798 ; elle contient la r^cit de bien d'autre» déTasU' tioDS et Tiolencei. It fant ; remarquer ce passage : n Le» patriote» dsclaraient que par démocratie iU D'entendaient rien autre chose que la faculté d« donner libre carrière i leur» convoitises. A ce renvartement de toute* les idées on doit l'irruption des principes tendant & délroire jusqu'à l'ombre de tout culte et de toute morale politique. La religion catholique fut outragée jusque dans bod berceau; on déifia l'athéieme; quelques malbeureni ecclésiastiques eu firent profession; des athées voulnrent faire office de pritrea, prétendant ériger leur sjstïme en tme secte plus intolérante que toute» celles qu'on eût jamais connues dans le monde. L'adulation eC^ntée de» jacobins alla jusqu'à faire frapper tine médaille avec ces mots : « Bertkier restilulor urbis, Gallia lahu generis Aumani. » = (te huitiime sue de Jtpme.)
972 LBS TIBHTB DEIHI&BES ANHËES.
verses. La Sotte compte 18 vaisseaux cuirassés représentant une force de 5,888 chevaux avec 133 canons ; il y a en outre SO navires pour les croisières et les stations, de la force de 11,409 chevaux avec 132 canons; 10 avisos de la force de li,847 chevaux avec 31 canons; 19 transports pour la remorque et servant de citernes Bottantes, de la force de 3,926 chevaux avec H canons ; l'Italie a les cuirassés les plus grands qu'on connaisse : c'est là une force capable de la rassurer contre ceux qiii voudraient porter atteinte à son indépendance (1). Mais qui pense à y attenter? Placée géographiquement en dehors de la grande route des nations, l'Italie n'aurait pas besoin de se mêler aux crises européennes et n'en serait pas menacée; et sa neutralité, bien mieux qne ces monstrueux armements et que les torpilles et autres engins, protégerait ses c&tes si étendues. Du reste, ses eûtes restent ouvertes aux flottes étrangères, comme s'ouvrent aux armées françaises ta rivière de Gènes et les Alpes Maritimes et Gottiennes, aux armées autrichiennes les Alpes Rhétiques et Juliennes, si jamais quelque puissance pensait à demander compte des conventions violées relativement à la possession de Rome et aux traitements infligés au chef de tous les catholiques. Qui veut la pais favorise la paix, tandis que le sang veut du sang.
L'indépendance politique de l'Italie est encore exposée à la servilité avec laquelle on accepte les ordres et les conseils étrangers (2). Puisse-t-on du moins assurer son indépendance commerciale et intellectuelle I
L'instruction primaire est donnée dans 38,355 établis-
(1) Le Duilio et le Dandolo (cnOtant cbncuD 17 millions) furent les premiers Taisseaui cuirmsës, de grande dimension, destiné» à*la défense de DOS ports.
L'Itaiia, qui a SO maires de plus, c'est-à-dire qui en a litt, se construit en ce moment A Castellamare ; ce sera le plus grand cuirassé du monde : tout entier en fer, avec une cuirasse de 0",5S, et de la force de 17,000 cbevaui, pouvant eatraiuer cette masse à mson de 17 milles iiTheurei 1« déplaceroeat d'eau est de 14,000 tonnes; ce navire coûtera 21 millions.
Le Lejianlo coûtera davantage; m&ÎB il est encore sur le cliantier.
Si d'un côté ces énormes dépenses pour quatre vaisseaux seulement épouvantent les Qnanciers, de l'autre, les militaires réfléchissent déjà aux innovations introduites dans les cuirasses et les canons, et qui peuvent enlever la sécurité qu'on espérait des cuirassés pour l'offensive et la défensive.
(2) Dans la séance du 27 novembre IS7S, le ministre déclarait que
l'itaub. 273
sements publics, et dans 9,1SS établissements privés, & 1,900,000 enfants, ce qui donne on élève par 13 individus ; sans compter ceui qui fréquentent les écoles du soir et du dimanche, et qui peuplent les salles d'asile : ces écoles et ces asiles, au nombre de 1,287, ont 147,978 élèves. Il faut y joindre 91 écoles supérieures et normales et 44 conférences pour former des maîtres.
L'instruction secondaire se donne dans 105 écoles normales et supérieures; dans 241 lycées du gouvernement ou collèges privés; dans 286 séminaires ecclésiastiques; dans 323 écoles professionnelles officielles ou non; dans 71 instituts professionnels du gouvernement, dans 30 instituts pour la marine marchande et écoles navales. 21 Universités et 1 8 écoles donnent l'instruction supérieure ; il faut y joindre 15 académies des beaux-arts et 5 instituts ou conservatoires de musique. Dans les 32 bibliothèques publiques officielles, le nombre des lecteurs a été, en une seule année, de 818,443; le nombre des volumes distribués a atteint le chiffre de 1 ,1 98,921 .
Mais quoique l'Italie possède 5,834 kilomètres de cAtes et i 36 ports sur la mer Tyrrhénienne, parmi lesquels ceux de la Spezzia et de la Haddalena sont les plus vastes et les plus sftrs du monde; quoiqu'elle possède les magnifiques rades de Messine, de Syracuse, d'Augnsta, de firindisi, d'AncAne, de Tarente et tant de chantiers sur la mer Supérieure et l'estuaire vénitien, elle manque de marine, et pour les constructions navales elle recourir aux étrangers qui, en cas de guerre, pourraient lui opposer un refus. On avait toujours pensé que le percement de l'isthme de Suez tournerait tout au profit de l'Italie qui lui fait face; mais ce percement s'est fait au temps de ses révolutions (1854-39); aussi n'y a-l-elle pas même une station, et on voit & peine passer quelque navire d'une société privée de Gènes, là où passent des centaines de navires anglais. C'est ainsi que le merveilleux passage de Fréjus, qui est une œuvre italienne, a profité avant tout aux Français.
Les plus riches cours d'eau ne servent qu'il mouvoir des moulins ; des plaines immenses restent incultes ou en ma-
D ntalis DOUTsIle et rAUemagne ont le mima eouami, le pape et l'Ëglûe catholique. ■ Atti uffiz., 3629.
Le jour de la fête de l'empcrenr d'Alleratigne, en 1S7T, le roi d'Italie le félicita ■ en «on nom et au nom de toute l'Italie >, protestant qu'il lui était uni H par les lieni de la plus sincbra et de la plus affectueuse amitié •■
HIST. UKIV. — T. XX. 18
S74 LES nsHTi sGBinteBs uniies.
rais : c'est la Téri table Italie irredenta (1). Un hectare de terraîa rend à peine 1 1 hectolitres de grain , tandis qu'il en rend 15 en France, 30 en Belgique, S6 en Saxe, 32 en Angleterre; d'où il résulte que nous payons par an 36 millions pour tes grains importés. Sur les trois milliards représentant laproduction totale de nos campagnes, les trois cinquièmes sont employés à la semence et à la culture ; le reste représente la rente qui serait de 15 pour 100 de la valeur des terres; mais, en
La LKtiDin 35,000 34,000
Païs de Naplea 1,217,000 676,600
Lombardie 922,000 11,000
Sard&igne SSS.OOO I6,SS0
AncisniiM prorinces. ■ iSI.DOO 12,600
Emilie et Marche* S51 ,00D I2S,00>
V^oélie 133,000 128,000
Toscane et Ombrie 86,700 l!S,Oao
Sicile 68,000
La Sila est une forêt <le 95,000 hectare« dans la proviace de Coienia et de Catantaro, sur une pente assez rapide, inhabitée, mais dans Télé pleine de bei^rs et de cultivatenre qni ta quittent au moment de l'hivernage. La ploa grande partie eerl aui pAtnrages; une partie moindre a ét^.défri' ehée : les pins et les hêtres dominent.
La Sila Abbatiale, lorsque les cïsterciensqui la possédaient forent chassés en ISOi, fut réunie à la Sila Regia. LeshabiCantsdeCoienzaet de 40 communes des environs ont le droit d'j semer, d'j faire paître, d'j faire des conpee, en paj'ant une certaine prestation.
Depuis un temps immémorial la propriété dépendait seulement du domaine royal; et il était dsrsndu d'en occuper une partie à l'eicluiion d'autres preneurs. Quelques parties furent usurpées rers l'an 1600; lea occupants obtinmit plus tord de les conserver en pajant trois années de rerenus (1S87); et alors s'introduisirent les défenses avec les prestations du pdf uroffï affermi, de la jouissance voluptuaire, du glandage (délia fida, giacatico o groTUtlterùl), qui constiluèreot des propriétés privées, établies avec le flsc et non avec les communes usufruitières. Ce genre de propriétés se prêtai des occupations nouvelles et ides cooHils avec les usuriers. Le gouvernement des Bourbons voulut; porter remède en établissant, en 1838, une Juridiction contentisuse spéciale qni en fit recouvrer au 6se plusieurs parties et en sonmil d'autres à des règles. Le fisc eo retirait 100,000 livres par an, quand Oaribaldi, le 31 aoAl 1S81, décréta que les pauvres de Cozenca 7 exerceraient gratuitement le droit de pAlurage et d'ensemencement. Le nouveau royaume «"étant constitué, on chercha en vainà rétablir les prestations; il eu résulta un déluge d'ordonnances, de procès, de sentences, qui s*eBt compliqué du brigandage dont ces contrées sont 1* re>
l'itaub. 275
déduisant les dépenses, cette rente se réduit à 6 pour 100. Chaque hectare rend en moyenne 79 livres et paye 11 1. 10 c. d'impôts; en France, chaque hectare produit 9S livres et paye 6 1. 39 c. d'impôts. La soie était notre principale richesse ; 55 millions de kilos de cocons rendaient de SOO à 280 millions de francs, avant l'invasion de la maladie et la concurrence de l'Orient. On pourrait tirer un grand produit du chanvre de l'Emilie et de la résine des forfits , du pétrole de l'Emilie et de la Sicile, du plomb de la Sardai^e, du fer de l'île d'Elbe, des soufrières de la Sicile et de la Romagne; mais on n'a que trop besoin encore des produits et de l'industrie des étrangers : on envoie le vin doux, le chanvre, la soie, la bourre, les peaux de chevreau, le liège en France, d'où ils nous reviennent façonnés.
Eu 1869, Emile de Girardinavertissaitle ministère du péril : „ « La population italienne a hesoin de pain (1). » Il aurait dû ajouter anssi « et de travail » ; car l'industrie lan^ît, tandis que l'argent s'accumule dans les caisses puhliques; et les nouveaux besoins sont hors de proportion avec les moyens de les satisfaire. Les cris d'un ventre affamé nous font craindre que le développement national n'aboutisse à une explosion et à l'entrée en scène du quatrième état qui tend non à s'unir, mais à se substituer à ce tiers état qu'on qualifie de tyrannie bourgeoise. En 1 871 , la questure de Naples saisit la trace de l'Internationale se rattachant au centre de Londres et créée par ces grands novateurs qu'on appelle Garihaldi, . Mazzini, Max, Lasalle, fiakounine (mort en 1876); à Turin, une fédération ouvrière recueillait de nombreuses adhésions ; à Rome, une société dite d'Alfieri avait pour programme de rejeter toute croyance; en 1873, Ricciotti, fils de Garihaldi, fondait dans la mfime ville la Société des Liberi Cafoni et réunissait dans le théâtre Argentina 300 personnes pour organiser la démocratie pure. On vit se renouveler très sou< vent les grèves des différents métiers ou bien les attentats communistes, principalement à Turin, & Pavie, à Milan ; on découvrit des bombes; des mots d'ordre étaient donnés pour prendre le prince comme otage et recommencer le sabbat de Sicile.
En 1877, on commença à Rome la pablication d'un journal,
(1) Un vieux provarbe disait : ■ Vïtb Franeiftl viva Lamagna, pnrcht
S76 LES TIBNTB DBBKIÉSES ANHÉBS.
ilDovere, franchement républicain, sur les traces deMazzini : « profondément persuadé que l'aTenir du pays ne peut sortir des pures contemplations et des transactions machiavéliques, mais bien de la ferme et constante afHrmation des grands principes républicains, ce qui est l'affirmation non seulement des plus importantes réformes sociales, mais de l'nnique voie qu'il faut suivre pour les atteindre- »
Les cris de colère et de rancune devinrent des titres quand, en mars 1876, les portefeuilles firent enlevés aux continuateurs de Cavour et donnés & l'opposition. Des 908 collèges électoraux, 410 (prodigieuse majorité!) attestèrent le mécontentement public en nommant des députés dans le sens du courant nouveau ; et une conspiration de sympathie et de bonne volonté gagna la nation. On vit alors se renouveler ce qui était arrivé plusieurs fois déjà : les anciens favoris succombèrent, les favoris nouveaux héritèrent de l'once de persécuteurs et le poussèrent jusqu'à l'insulte; on exagéra l'ignorance, la déloyauté, la prépotence, la malhonnêteté administrative des gouvernements précédents ; les uns étaient arrogants, les autres courtisans, les autres de rusés gloutons; il y en avait d'une stupidité étonnante, d'un cynisme impudent; dans une société d'assurance mutuelle entre des personnages inévitables ils avaient (disait-on) composé une oligarchie qui amena l'épuisement des finances, et écrasa le peuple sous des impôts qui frappaient jusqu'au pain des pauvres. On ne vit d'augmentation que dans les produits de la loterie et du tabac. On laissait le pays sans forteresse, sans marine, sans crédit, sans sympathie an dehors. En désapprouvant l'apothéose du succès, on promit une restauration. Mais on ne tarda pas à reconnaître que les nouveaux venus, eux aussi , avec leur insuffisance, faisaient excuser celle de leurs prédécesseurs et manquaient enz-mfimes à leurs promesses, disons plutôt à nos incorrigibles illusions.
> Celui-là n'a jamais tu l'histoire qui, dans un pays oîi une révolution si radicale s'est faite en si peu de temps et avec si peu de sacrifices, ne sait que ricaner avec le scepticisme à la mode, parce qu'il ne voit pas ce pays prospérer comme les nations arrivées à l'Age adulte. Il n'y a d'inévitable que ce qui est déjà arrivé ; et la conquête et l'apprentissage de la liberté, le sauvetage d'un peuple tiré d'un universel cataclysme, non seulement politique, mais religieux et social,
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ne peuvent se Taire sans peine. Il faut renoncer à l'apathie du présent et à la défiance de l'avenir : il faut un système économique qui favorise la vie du plus grand nombre; il faut tirer profit de toutes les ressources du pays, de toutes les capacités ; il faut les développer toutes ; il faut augmenter et non gaspiller le patrimoine social; il faut un parlement sérieux qui sacbe recomposer avec sagesse l'Italie, lancée dans les aventures, et qui, sans chercher pour les siens des élévations présomptueuses et usurpatrices, s'attache de la tôte et du cœur à la justice;il Tant un gouvernement qui, à tout prix, veuille la loyauté dans les relations extérieures, la moralité à l'iatérieur, l'ordre partout; il faut l'oubli, la concorde. Nous avons besoin d'économiser notre sang, nos capitaux, nos haines; il faut que l'accord entre la tradition qui est une force, et le progrès qui est une condition de la vie morale, réunisse les progressistes et les conservateurs, comme la science réunit la chaleur, la lumière, l'électricité, le magnétisme ; il ne faut pas séparer le principe économique de ce principe de la moralité d'où viennent l'énergie du travail, la puissance de l'épargne, la force des familles.
EÏQ réalité, la production s'accroît dans la péninsule; les huiles de Toscane, de Bari, de la Li^rie sont recherchées , ainsi que les fruits secs, les oranges, les limons, les citrons; nous exportons 960,000 hectolitres de vin, et, avec plus de soins, nous pourrions épargner les ilO.OOO hectolitres que nous recevons de l'étranger. En cinq ans, de 1870 à 187S, l'importation s'est élevée k 1 milliard 66 millions par an, et l'exportation à 912 millions. Notre industrie, avec l'aide d'inventions merveilleuses, produit davantage et dépense moins. Partout nous voyons les villes s'embellir, les édifices s'achever, les routes entretenues ; les théâtre*, les lieux de réunion et de récréation se multiplient.
Même au point de vue moral , il y a une amélioration. On cesse de jouirde la liberté, comme les écoliers qui s'émancipent lorsque le maître, trahissant son devoir et les parents de ses élèves, les laisse sauter, crier, jouer. Le sentiment de l'égalité et de la dignité a grandi, ainsi que l'esprit d'observation et d'analyse ; l'homme du peuple est appelé à participer & des jouissances el à dos délassements, qui étaient autrefois le privilège des riches ; on peut maintenant n'être pas frappé d'ostracisme quoiqu'on soit illustre et qu'on ait bien mérité de la patrie; on peut être l'historien de ses contemporains, etpour-
278 IKS tbbute debrièiibs AnnÉBS.
tant vivre (1). Avec l'activité politique, de quelque façon qu'elle se soit exercée, avec l'expérience de tant de méprises au milieu desquelles on a transformé l'organisation sociale, les coutumes, les esprits, on a acquis la connaissance des principes universels ; la soulI>ance mCme pousse à la perfection. Et si le gouvernement ne s'inquiète pas de se faire aimer, l'Italie, pour prendre courage, lève les yeux vers son souverain, attaché à la loi , libre de toute ambition et désireux du bien.
Répudiant ses carnavals et se réveillant maîtresse d'ellemâme, avec cette énergie et cette générosité qui restent des révolutions, l'Italie voudra remédier k l'optimisme inconsidéré et aux injustices de la révolution ; guérir les misères véritables avant de rêver des transformations imprudentes; désavouer les partis qui ne sont que des factions ; sacrifier à l'amour de !a paix, non pas la conscience, mais la tactique des disputes ; faire prévaloir la justice sur les calculs, le bon sens sur l'enthousiasme, la dignité sur l'adulation qui se traduit par des statues, des tombes, des noms donnés aux rues, des hymnes, des écoles, des festins; elle voudra amener chacun h se réformer soi-même avant de prétendre réformer le gouvernement; et croire que le premier des devoirs est de vivre comme il faut.
Les journaux voient encore parmi nous des Raphaels, des Galilées,desCujas etdesHoraces;et jem'eo réjouis, bien que je ne les connaisse pas. Hais, quoique les entraves imposées à la pensée aient disparu , les lettres et les arts se ressentent de l'anémie universelle : on est trop porté k l'imitation, h la rhétorique, & un poli superficiel sous lequel il n'y a rien, jt une critique alexandrine à laquelle manque le goût, cette lumière du cœur, et qui dénigre quiconque marche à cdté d'elle sans accepter toutes ses idées: ce n'est plus un tribunal, c'est une boutique. Nous nous inspirons des Français, lorsque nous ne nous traînons pas sur les traces des Allemands; de la sorte nous ne réussissons pas à être originaux, et nous ne méritons pas d'être connus au delà des Alpes. Les Italiens
(1) L'hûtoir* du parlement a été confiée par le roi à Angelo Bnfferio; ceUe de la monarchie a éli entrepriee par Cibrarîo, pnîs par Nicomide BiaDchi qui a ajouté ud grand nombre de particolaritéi domeatïqaea à dei poinU de vue sérieux i beaucoup ont Tait entrer daoi cette lûstoire dea épisodes ou des peraonnages de ces derniers tempe; quelques-nus ont teril aani aduUtioa et même sans rhétorique.
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ont une triple gloire : la gloire poéUque, la gloire artistique, la gloire musicale; et nous ne devons pas la laisser perdre. La sensibilité et l'imagination dominent dans le caractère italien, avec des passions vives et une spontanéité facile. Qui parlerait aujourd'hui de la primauté de l'Italie, comme en parlait le dictateur Gioberti? Mais cette langue, que de son temps quelques-uns écrivaient déjà avec une sorte d'indépendance anticipée, a acquis une grande variété d'harmonie, de prosodie, de phrases ; et si elle conserve encore une forme pédantesque, en marquant la différence entre la langue écrite et la langue parlée, on trouve qu'elle s'est améliorée par les discussions publiques. Ce sont les hautes spéculations de l'esprit qui témoignent des progrès d'une nation : une nation parait grande lorsqu'elle s'ouvre par de grandes et fortes études, la vraie source des nobles sentiments, lorsque sa littérature persévère dans les saines traditions du foyer dômes* tique et dans le culte sincère et efficace do la doctrine.
Avec son génie profond et doux, avec un esprit prompt et un sens juste, avec la conscience de ses richesses commerciales, territoriales, esthétiques, l'Italie pourra arriver à ane indépendance réelle, à la grandeur, et surtout au bonheur de la nation; elle pourra devenir médiatrice, pour la vie religieuse, scientifique et politique, entre les peuples du Nord et ceux du Midi. Les souffrances sont des leçons. Les bons citoyens, en d'ayant et en se conformant dans la pratique aux principes du droit étemel, peuvent se résigner aux incohérences d'un droit nouveau sans pour cela les approuver; ils ne profèrent ni menaces, ni clameurs; mais ils ont foi en la liberté et s'écrient : « Puisse Dieu te bénir, Italie indépendante ! Que tes vignobles et tes campagnes ne cessent de produire le raisin et le blé pour les saints mystères ; que sur tes autels, enrichis de tes marbres et embellis par tes arts, brillent toujours des lampes ot brûle l'huile de tes oliviers; que jamais, dans tes basiliques, ne se taisent tes louanges au Dieu qui t'a faite si belle ! >>
LES TBKHTB DBtHliRES Alfntes.