LES SCIENCES ET LES ABT
métier à tisser circulaire en fait 480,000; pendant qu'une couturière en fail de 25 à 30 , la machine h. coudre de Howe (1846) en fait 800. Ainsi les forces libres de la nature viennent alléger le pénible travail de l'homme. Pour arriver, par le travail manuel, au résultat que l'Angleterre obtient avec ses métiers qui tournent jusqu'à 1,000 fuseaux d'un coup, il faudrait 91 millions d'hommes. La typographie, il n'y a pas longtemps encore, paraissait faire beaucoup en imprimant 6,000 feuilles à l'heure, aujourd'hui on tire en une heure ISOjOOO exemplaires d'un journal. On utilise pour l'agriculture les phosphates, le guano, les coprolithes, les chlorures. De merveilleuses applications ont été faites à la marine, à l'imprimerie , à l'agricultupo , aux prisons ; car un autre caractère de notre époque est la propagation des connaissances et la vulgarisation des inventions, qui passent bien vite du cabinet du savant k la boutique de l'artisan. Ainsi l'industrie, cessant d'être empirique pour devenir rationnelle, sert à contrôler la valeur des théories.
Le diagnostic médical est arrivé à une exactitude merveilleuse ; les plus délicates opérations de chirurgie sont maintenant d'un succès certain [Gunther, 1866; Parehappe, Nélattm, Virchotv, Puccinotti...). Dans les recherches physiologiques, OD reconnaît, à l'aide du microscope, la composition interne des tissus, les cellules vivantes , les principes élémentaires de l'organisation cérébrale, et la composition du tout par le moyen des parties. On chercha dans les microbes la cause des maladies virulentes. Benjamin Richardson a calmé les douleurs par les anesthésiques ; on a simplifié la pharmacopée, bien que la mode soit un jour pour les affaiblissants, un autre jour pour les reconstituants : aujourd'hui le camphre, la pepsine, l'arsenic; demain, l'iodure, le goudron, le^salicilates. On s'est livré à de nouvelles études à l'occasion des maladies du cerveau qui se sont fort multipliées, de la scrofule, du .typhus, de l'empoisonnement par le tabac, et de l'affaiblissement général à propos duquel on a proscrit les saignées.
Parmi les naturalistes, on a vu Buckland, Bertolonï (f 1869), Hurchison, Sedgwick, Denotaris; Lyell a substitué k l'idée des révolutions géologiques celle des évolutions; Agassiz affirme que tes glaciers des Alpes se sont étendus jusque dans les plaines de la haute Italie.
En Angleterre, oîi les doctrines de Bacon ont toajonrs ilé
SSi LES TBEHTE DEBRIÈRES AHIIËBS.
cnltivées, Staart Hill a donaé son système de logique par indaction et par déduction (1843), et Whewell l'histoire et la philosophie des sciences indactives et le Novum Organum renovaiwn qui a la préteolioa d'être le code définitif des scieDCes naturelles.
La cÏTilisation a voulu déployer les preuves de ses progrès dans les expositions universelles de Paris (1855, 1867, iS78), de Londres (1852', 1861), de Vienne (1873), de Philadelphie (1877) : solennités pacifiques qui sont un hommage rendu à l'industrie, et une marque de la eolidarilé des peuples, puisqu'on y voit apparaître jusqu'aux Japonais, aux habitants de rOcéanie, aux Bédouins, aux Samoièdes. Chacune de ces expositions sembla si magnifique qu'elle faisait perdre l'envie d'en organiser une autre, et cependant elle était toujours dépassée par la suivante dans cette harmonie ofi chaque nation contribue au progrès universel.
L'homme, enorgueilli de ses découvertes si nombreuses et si importantes (1) par lesquelles il a soumis la nature, veut provoquer dans la science une opposition agressive contre la foi ; il va jusqu'à dire que la seule divinité de l'avenir sera
(1) OUcomo L«op&rdî, eu aJflnuant que ■ plus l'on f&it de ddcouvertea d&ni les cboMt ntitareltai, plni a'&ccrolt dans noire imagination le néanl d« l'uniTAri «, » dit d'une manière bizarre ce qu'Arthur Schopeuhauer a Toolu dAmontrar dans son lirre Die Welt al* Wilie und Vorttellung. Laopardi dtait plus sceptiqua qus Foscolo et qne Oioja parce qu'il n'avait travaillé i, rien. Hais, tout en professant le déEespoir dans ses vera et en Taea du public, il écrÎTait an particulier à son frère ; ■> J'ai besoin d'amour, d'amour, d'amour, de feu, d'euthonsiaime, de vie; le monde me sembla lUt pour moi; j'ai trouvé le diable plus laid qu'on ne 1« représente. ■ (8S novembr* 1822.)
Hartmann qui, plus que Schopenhauer, a compris l'importancs de* idées et dea peuEéss, aiamins les différentee période* de l'iltuaion par Iaqnetl« les hommes cherolient & ne pas croire que l'existence soit un mal : ■ D'abord ou s'applique à chercher la félicita dans ce monde tel qu'il est; miJi les aouroes variées des plaisirs produisent plus de douleurs que de jonisaancas; le travail est un mal auquel on se résigne pour éviter un mal plus grand ; la moralité et la grandeur d'Ame ne donnent pas le bonheur.
M Plus tard, vient une seconde période pendant laquelle la conscience s'assura du malheur de la via ; mais on espère dans uo bonheur posthume ; celte illusion se dissipe, parce qu'on reconnaît que ce bonheur est une chimère.
■ Dans la troisième période, l'humanité croit atteindre la bonheur gr&oe au progrbs ; nouvelle illusion, qui s'évanouit lorsqu'on reconnaît que les souCfhucei augmentent, au lieu de diminuer, avec le progrès de la civilisation, et que las pauvres et les ignorants sont dans une condition meilleure que celle des riohes et des savants. »
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cette science. Mais, avec l'attention, on distingnera ce qui appartient à l'analyse appliquée aux corps et à leur activité réciproque, de ce qui est dû aux facultés que nous possédons de reconnaître les analogies, de les comparer entre elles, et de procéder ainsi par induction.
En appliquant ces connaissances aux sciences morales, on a renouvelé la conception scientifique de l'homme, de son passé, de ses actions individuelles et collectives, de ses relations avec la société et avec la monde matériel : on a mieux déterminé la différence des races dans leurs caractères physiques comme dans leurs facultés ; on a précisé le mécanisme de l'intelligence, non plus par dos abstractions métaphysiques, mais d'après ses manifestations concrètes, et surtout d'après la parole par laquelle la pensée s'affirme, s'extériorise, se transmet et sans laquelle il n'y a peut-être pas d'idées et il n'y a certainement pas de progrès.
Ou a étudié la vie non seulement par l'anatomie et la pkTiiei»*^' . vivisection, mais aussi par la psychologie expérimentale {Feekner, Donders, Helmholtz, Spencer, Weèer) : on pousse l'observation physio-psychologique jusque dans les plus profonds replis du mécanisme animal , en suivant le processus secret et partant inconscient par lequel la matière brute arrive, de la connaissance, aux actes de la pensée consciente. On a analysé principalement les organes qui jettent un pont entre le moi pensant et le monde extérieur, surtout tes deux lobes du cerveau asymétriques ; on a mesuré la rapidité des sensations et la durée des actes cérébraux. Unie k la metaphysique, la physiologie a analysé l'intelligence dans son siège, dans ses manifestations, dans ses perturbations. La psychologie interne ou subjective réfléchit sur les phénomènes dont le moi a conscience, en pénétrant dans le fond de la nature humaine pour en connaître les propriétés les plus essentielles. La psychologie externe ou objective étudie les différents états de l'&me dans leur aspect extérieur, et non dans la conscience; la manifestation sensible des passions, le langage, les événements historiques, certains états psychologiques, comme rhallucination , la folie; l'instinct, la comparaison de l'homme avec les brutes.
La psychologie physiologique observe les phénomènes physiques dans leurs relations avec les phénomènes physiologiques qui y correspondent, le mouvement, la pensée : elle peut ainsi les déterminer, en mesurer la durée.
W6 LB3 TKBItTE DEUnÈBES ANRâKS.
Si chacune de ces branches de la psychologie se croit la seule légitime, la psychologie physiologique est plus arrogaote encore : elle s'attache aux seules conditions organiques sans l'analyse inlime des phénomènes. Les Allemands la préfèrent, comme les Français 4)réFèrent la psychologie interoe, et les Anglais la psychologie externe, sans qu'on puisse encore lier entre eus les résultats de l'expérience et ceux de l'analyse. En attendant, on a expliqué les éléments constitutifs de la sensation qu'auparavant on regardait comme un fait simple : on a trouvé la durée des phénomènes physiques, l'explication physiologique de la conscience {Wundt). Combien ceux qui, il y a quelques années, se distinguèrent dans la psychologie : Cousin, Maine de Biran, Jou^roy, Adolphe Garniej, seraient étonnés et déconcertés en écoutant nos auteurs vivants, par exemple Fechner, Helraholtz, Herbert Spencer, Bain, Stuart Mill, Wundt; en voyant des méthodes, des objets d'étude , des résultats si différents; en entendant dire que les phénomènes psychiques non seulement sont soumis à la loi du temps, mais encore peuvent se ramener aux formules du calcul, comme tous les phénomènes du mouvement; si bien que l'école allemande mesure un acte de la pensée comme un courant électrique ou une onde lumineuse, et en vient à énoncer avec Fechner cette formule : n La sensation croît plus lentement que l'excitation : elle est à peu près comme le logarithme de l'excitation. »
Le Russe Hertzen a été plus loin ; il a ramené l'activité mentale aux variations du système nerveux; ainsi l'identité de l'être humain se réduirait à l'unité purement collective des phénomènes psychiques; ainsi on détruirait ce concept de la personnalité, dont nous sommes tous persuadés tant que les sophismes de l'école ne viennent point nous troubler.
Les physiologistes, aidés par les plus délicates observations, tendent k démontrer que toutes les substances sont formées d'atomes de la même nature, agrégés entre eux par un mouvement de translation et de rotation {Bûckner), et se servent des dernières recherches sur la structure des éléments microscopiques et des organes, pour proclamer la lutte pour l'existence [struggle for It'fe) au moyen de laquelle la cellule se développe jusqu'à, l'organisme complet, avec lo seul concept de la force mécanique des choses existantes. Les lois de la nature sont fatales. On n'a pas épargné aux animaux de douloureuses