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LES SCIEKCE8 ET LES ARTS

expériences, afin de chercher, non pas la condition instrumentale d'une fonction, mais le secret même et la cause de la vie : on a réduit l'homme à n'être rien qu'une brute perfectionnée, commençant et Unissant comme la hrute.

L'orteil, la moins philosophique des passions, dit : n Gomment telle chose peut-elle Être, puisque je ne la comprends pas? u Par suite, on accepte seulement ce qui se voit et se touche, de sorte qu'il n'y a d'autres sciences que la physique et la chimie. Dans des livres populaires on enseigne que les peuples sont agités Ou tranquilles, forts ou énervés, courageux ou l&ches, intelligents ou stupides selon qu'ils se nourrissent de viande ou de pommes de terre ; que la main , la langue, le cffiur sont les organes de la pensée qui ne pourrait se produire sans le boire et le manger; que le phosphore est la puissance qui crée ce que l'homme a de plus noble, la pensée, la volonté; que les actions de l'homme sont l'expression d'un état de sou cerveau, un produit d'agents externes qui agissent fatalement (1). La pensée est un mouvement, dit Moleschott. Mais comment peut^on ramener à la mécanique les faits de la conscience : l'intelligence, le sentiment, la volonté , l'attention que vous me prêtez, le soin que je mets & combiner ces raisonnements, l'approbation ou la désapprobation que vous me donnez ? Est-ce le mouvement qui se comprend lui-même?

Malgré tout le prix d'une vérité, quelque petite qu'elle soit; malgré la valeur de la science, lors même qu'elle semble peu importante, pouvons-nous renoncer à l'observation intime et directe qui se fait de la conscience? pouvons-nous réduire la raison à être un attribut de l'animalité; ramener à des sciences physiques celles qui, sous le nom de sciences morales, ennoblissent l'homme et élèvent la société? Comment ne pas reconnaître, sous le scalpel de l'anatomie, quelque propriété différente de la matière, une dynamique vitale ? Le sage re-

(1) nDéBomisû, c'est pud'autrea routes que noniconiinéroDsIaTéritd : l'Ame eat dUtillée dans des alambics ; et aoui b&toos ce qu'il faut de phosphore pour produire un Dante. »

Dictro ad un uuoyo labaro

Noi couquistiamo il ver;

E difltîllàta ne' lambicchî l'anima,

EccoaappiamquaiitociTUoI difosforo

Fer fare un Alighier.

38S LBS TKENTB DEIUtl6RES ARRHES.

marqua l'aclion de l'homme sur les choses qui l'entourent ; il en calcule les perceptions, les volitions; il les distingue de l'instinct {F/ourenj, Milne Edwardt, Pagne, Virchow, Famet, Carus, Claude Bernard) ; il recoiinatt cette cause première de toute activité secondaire, qui est le passage du contingent au nécessaire , du relatir à l'absolu , du fini à l'inAni , en resserrant le champ des btalités mystérieuses.

L'attention une fois portée sur la cellule primordiale, on a cherché comment se fait le passage de l'homogénéité à l'hétérogénéité, de l'unité à la variété; comment des montres, des vibrions, on arrive à l'embryon; quand à la période d'évo- IntioD de la matière succède la période statique ; quand l'intégration remplace la différentiation. Mais les idées du juste, du vrai , mais les principes de l'ordre moral ne peuvent être donnés par les sens; et les déduire de la tradition, des habitudes, ce n'est que reculer la question.

Là où la pensée s'arrête devant ces concepts, commence le règne de la philosophie. Les préjugés de la métaphysique et du transcendantalisme mis de cÂlé, Bacon, Newton, Galilée reconnurent, dans l'observatiou et dans l'induction qui conduit des faits aux idées générales, la seule voie légitime de nos connaissances , en supposant que l'univers est dans la réalité ce qu'il apparaît k nos sens ; car on ne démontre pas l'évidence. Mais Kant et ses imitateurs, habiles à couper un cheveu en quatre, prétendirent démontrer que l'observation conduit k l'absurde, puisqu'elle admet la réalité objective de l'univers, tandis que la matière n'a d'existence que dans notre conscience.

De là deux écoles : l'une est fondée sur l'ordre naturel des faits d'oît dérivent des principes ontologiques vers lesquels se tournent tous les esprits non malades, et des lois indépendantes des spéculations humaines ; l'autre, n'observant qu'ellemême et ses propres concepts, aboutit à des idées contestées qui se perdent dans les nuages et restent stériles. Dans ces recherches, on perd le sentiment de l'idéal, on méprise la parole de Dieu, on méprise aussi la parole de l'homme et le sens commun.

La philosophie en Allemagne avait été surtout métaphysique pendant la première moitié de ce siècle; mais maintenant elle se plie au réalisme et à l'empirisme, comme en France et en Angleterre, et d'éminents naturalistes {Du Bois ReymoTxd, Helmkoltz) se sont occupés de philosophie, et comme

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Oken, Scbelling, Hegel, s'étaient occupés d'histoire naturelle, sans avoir de grands secours du côté de l'expérience et des connaissances positives. La révolution, ennemie acharnée de la méditation, tend uniquement au bien politique et économique: aussi on oublie Platon, Leibniz, saint Thomas, pour aller aux hégéliens, en proclamant le positivisme, en ne mettant entre la cellule primitive et l'être pensant et libre autre chose qu'une force, agissant par les siècles qui n'ont pas commencé et ne finiront point. « Plus de philosophie, plus de métaphysique, plus de ces subtilités; ceux qui acceptent autre chose que la matière et la force sont des ignorants et des hypocrites.» Ainsi on nie jusqu'au principe de causalité, qui est évident en logique, comme le théorème d'identité est évident en mathématiques; oa affirme l'incessante mobilité des choses; à l'ancienne raison, qui avait pour premier axiome qu'une môme chose ne peut pas, en même temps, 6tre et ne pas être, on a substitué la raison nouvelle qui enseigne l'identité de l'affirmation et de la. négation. Feuerbach vient logiquement de Hegel , quoique le panthéisme ne soit plus aujourd'hui l'idéalisme hégélien, mais un grossier réalisme. Hegel suppose une essence unique qui se développe dans la nature et dans l'humanité, et arrive, par le moyen de l'esprit, & la conscience d'elie-mSme; donc il n'y a point d'intelligence ni de volonté infinies, antérieures au monde; donc point de cause libre pour créer ce monde, point de Providence pour le diriger. Même dans l'essence infinie oa refuse la connaissance parfaite et adéquate d'elle-même. De ces négations il résulte qu'il n'y a aucune vérité indépendante de l'idéal qui se développe dans rbumanîté ; qu'il n'y a rien à espérer ni & craindre; qu'il n'y a d'autre loi que la volonté de l'homme, d'autre religion que la liberté, d'autre Dieu que l'intelligence humaine. C'est l'humanisme.

Maximilien Stimer est allé plus loin : il a fait de l'humanité une abstraction; ce qui existe, c'est l'homme individu; par là, Stimer crée l'individualisme, nie la société, substitue ï'égolsme à la philanthropie, proclame la souveraineté individuelle. Si l'homme existe pour lui-même^ il ne dépend donc qne de lui-même.

Ge problème capital : « Existe-t-il quelque chose ? » est déclaré par un de ces philosophes « la merveille la plus grande, l'absurdité la plus insensée, une énigme qui rendrait Dieu fou et désespéré s'il existait un Dieu ayant conscience de

HlSr. UNIV. — T. IX. 19

S90 LES TREirre dbbkièhes Asirtes.

lui-même (1) ». Rejetant cette idée, qui précède, de notre pari, tout &cte résultant de l'intelligence et de la volonté, sans antres limites que leur propre fantaisie ils nient (comme aatrefois les Averrholstes) l'existence de la matière; mais l'univers est compénétré par certaines Ames, qui sont des composés de forces. Par là ils prétendent éviter le dualisme de la matière et de la force ; ils échangent la force pour

(1) Hartmann, Phihiophie de CmeoUKienl, eb. iv. Qloberti et Roamiai (oat d'accord pour combattre le ««nsitme et le subjectiviime ; ils admetteot la aéceatité d'une première notion e«sentietl« et innée, en établissant la distinclion entre la vie spontanée et la vie réflexe. Hais iU h séparent quand il «'agit de déterminer ce premier élément qui constitue la Tie spontaoée. Selon Roemini, c'est l'être idéal, abalraît, indéterminé, le possible leulemeat; selon Oioberti, la première donnée psjcbologiqne eat identique au premier élément ODlologique : le premier objet de notre eonnaissaoce eat l'être réel, coocret, infini; c'est Dieu. D'après Rosmini, la connaissance primitiTe est innée; la première synthèse, que l'esprit doit décomposer et recomposer au mojen de la réfleiion, a deux termes : l'on subjectif, l'autre objectif; la faculté pensante et l'être pensé. D'après Oioberti, la BTUtlièse primitive est purement objective et se compose de trois termes:Dieu,pujet; la créature, attribut; la création, union entre les deux; de là, l'intellect, dans son premier acte, perçoit directement et immédiatement l'acle créateur. D'après Rosraioi, la perception de l'exiitence («elle de* choses créées eat un jugement qui établit une équation entre l'idée de l'être possible et la perception sensible. Pour Oioberti, nous percevons le« réalités créées dans l'acte même de la création. D'aprèi Rosmlnî, le surnatnreL est Dieu connu dans la réalité de sa nature ; pour Oioberti, c'est le supra-intelligible. Le passage de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel est, d'après Rosmiui, le passage de l'être idéal à t'étre réel, au mojen d'un sentiment produit dans l'Ame et qui est la grâce. Selon Oioberti, c'est le passage de l'être intelligible i l'être supra-sensible, au moyen de l'acte de foi, qui est l'acte d'une faculté naturelle. Ils s'accusaient réciproquement de panthéisme. Voir par simple intuition en Dieu les réalités créées, c'est confondre Dieu^vec la créature, disait Rosmini. Prétendre que l'idéat seul est intelligible, c'est identifier la pensée et son terme, disait Oioberti ; et il ajoutait : ■ Pour moi, je ne sais point panthéiste, puisque j'admela la créa^on comme un fait primitif et incontestable. ■ — «Et moi, répliquait Rosmini, comment pourrais-je être panthéiste, puisque j'admets on sblme infranchissable entre l'idéal infini et la réalité créée t n

Dans les travaux des trois philosophes italiens, Rosmini, Oioberti, Ventura, et de l'école que chacun d'eux a formée, nous trourons de quoi rivaliser avec les philosophes de l'Université de Iriiuvain, avec l'Américain BrowDSon, avec les abbés Maret, Oratr; et les autres Français, qui ont élevé la philosophie catholique, même comme science, & tout le moins an niveau de la philosophie rationaliste.

Peut-être doit-on reprocher à Oioberti et à Rosmini d'avoir tenté de démontrer ce qu'il est impossible de démontrer, c'est-à-dire l'existence de l'élre, BU lieu de chercher la loi par laquelle l'être existant est absolu ou possible, ou abstrait, ou contingent.

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Dieu, ce qui, dans l'application, revient à remplacer la force par le droit ; ils identifient l'activité physique et les propriétés vitales ; ils établissent le déterminisme rigoureux des causes immédiates de la vie. Or, pour déterminer, il faut observer; et eux, au contraire, acceptent des faits qu'ils n'ont jamais vus : par exemple, le renouvellement intérieur, continu et total, au moyen de l'absorption musculaire et de l'excrétion du résidu, pendant qu'un courant vital traverse l'organisme en renouvelant la substance, tout en conservant la forme des parties.

L'école d'Auguste Comte, vulgarisée par Littré, nie tout ci qui n'est pas expérience et observation (1 ) ; en substituant Ba-

(1) NommoiiB ici Kaner, Fucher, Samuel BuUer, Huilay, Wagner, Cotta, IlDger, Feder, Powâll, HUckel, ScbaefhauieD, RolU, Hooker, Ruge,

Vogt Bûchner est le rhapsode le plus répandu ds cette doctrine.

Vojei le Matirialitme contemporain, examen du sytièma du D. Bùch' ner, par Paul Janet, membre de l'iostl lut (Paria, ISei), dani la Bibliolhique de philoiophie contemporaine. L'auteur lermine sa prérace par ces mots : ■ Quelle Taiblesse et quelle igDorauce de limiter l'Aire réel des choses à ces fugt^veB apparences que nos eene en saisissent, de faire de notre imagination la mesure de toutes choses, et d'adorer non pa« même l'atome, qui avait au moini qnelque apparence de solidiU, mais on je ne sais quoi, qui n'a plus de nom dam aucune langue, et que l'on pourrait appeler la pouaih-e infinie I »

Les matérialistes [Ftckner, LoUe, Hdcktl, Durhing] veulent voir la vie partout. Si )e3 pierres, l'air, l'eau n'ont pas une oonscience spéciale d'enimiraes, ce «ont cependant là des parties de la vie spirituelle de l'univers, qui est plus élevée même que la vie des hommes. Ce n'est encore toutefois que l'organe d'un système plus parlait, le système planétaire ; et de ce système on s'élève i un autre, et ainsi de suite jusqu'à Dieu qui renferme tout. Ainsi on s'efforce de faire revivre le matérialisme, en «apprimant la nécessité d'an ordre moral, et par conséquent d'un législateur personnel. On a même cherché A combiner le matérialisme avec la critique de Kant (le nouveau Kantisme], comme ont fait déjà Herbart et Schopenbauer, Weiase. On réduit le rûle de la science & connaître les phénomènes de l'action mécanique des atomes, sans les expliquer; puisqu'on ne sait rien de ces atomes, sinon que c'est une idée nécessaire {Lange), nous n« pouvons comprendre comment leurs mouvements produisent la conscience «t les perceptions.

Même en regardant toute religion, populaire ou scientiSque, comme

une invention en contradiction avec ta science, un idéal indépendant des

sciences exactes est cependant nécessaire pour le progrès de l'humanité.

Hais nne religion, qu'on déclare n'être qu'une pure illusion, peut-elle

jamais amener à un bien réel, & la vérité t

Hartmann ne se rattache pas & Kant, mais plutût à Schopenbauer, lorsqu'il cherche l'origine des choses, de la raison, de la pensée, dans une force inconsciente, bien qu'elle ne soit pas absolument irrationnelle, puisque la réalité ne peut résulter que d'une volonté.

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con à Spinoza et à Hegel, elle arrive encore par le positivisme au concept panthéistique qui exclut Dieu du gouvernement du moude. L'agnosticisme veut que tout ce qui est contenu dans notre esprit ne soit qu'une simple impression, à laquelle rien de réel ne correspond. En somme, l'histoire et les sciences sont dominées par une philosophie sceptique qui ne détermine point les pensées, ne fixe pas l'intelligence, paralyse la volonté, cherche ane morale indépendante, une religion qui consiste k n'avoir aucune religion ; elle regarde le del, mais un ciel sans Dieu.

A la philosophie de Tbistoire, qui s'appuie sur les idées métaphysiques, comme les révolutions périodiques et le progrès continu, on a substitué la sociologie, science des phénomènes, qui prétend expliquer la vie du genre humain comme on explique tout composé organique, c'est-à-dire par les conditions universelles de la vie et en formulant les causes prochaines et les lois des faits sociaux.

Ainsi aux sciences morales, au développement de l'esprit humain, on applique la système des sciences naturelles, non plus avec des idées métaphysiques et dogmatiques, mais pail'expérience, sans subordonner à l'idée le phénomène qui est l'effet des transformations des forces d'un corps à un autre corps. La science explique de la sorte le phénomène, ou plutôt elle le rapporte aux propriétés ou à l'activité générale des corps dont il est le produit. Tout s'enchaîna dans l'univers, et la société qui se rapproche le plus de la société humaine est l'association animale; mais les animaux n'ont pas la vie civile, laquelle se manifeste par la morale, le droit, la religion, l'esthétique, la science. La science de cette vie constitue la sociologie qui voit là une évolution toute spéciale, examine non seulement les actions physiologiques, mais les instincts, les actes réflexes, la raison, la volonté, en somme .la sociéU', société capable d'avoir une histoire, une morale, un droit, société qui possède des traditions, un culte, un état, et qui se propose un idéal dont elle a la connaissance.

Celui qui s'attache à une science unique, s'y absorbe. Le physiologiste réduit tout à des vibrations rythmiques du cerveau; la pensée est une sécrétion comme l'urine en est une. Le géomètre prétend à une démonstration mathématique ; le théologien trouve le miracle partout ; le politique voit partout l'utilité ; le dialecticien veut atteindre à la vérité sans le secours de la foi ; le matérialiste s'arrfite à l'objet sans

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faire attention au sujet, c'est-à-dire aux affections ; pour lui, le corps est la seule fin chimique, physique, physiologique. H&ckel chercha au fond des mers la génération spontanée dans les monèret, combinaisons de carbone privées d'organisme, et qui pourtant se nourrissent, se meuvent, se reproduisent; mais Wircbow, un rationaliste, aMrme que tous les faits connus dé posent contre ta génération spontanée et l'évolution; il se moque du bathylius découvert par Huxley dans la iéfie des ancêtres de rkomme.

Avec la philologie comparée, Weber, Max Millier, Renan, ont imaginé une histoire du monde en opposition avec les monuments ; ils ont transformé les faits en idées dont les faits ne seraient plus que le développement logique; les religions ne seraient elles-mêmes qu'un produit de ce développement. Humboldt décrit le cosmos entier sans prononcer le nom de Dieu, n'y rencontrant que la matière informe, des lois aveugles et des forces que la matière possède en ello^' mAme et par elle-même; la vie naît là où les combinaisons moléculaires se prêtent à sa naissance. Plus la raison s'adore elle-même, pins elle est en décadence. Les meilleurs esprits s'indignent de l'abus qu'on fait des sciences naturelles contre les formes élevées de l'intelligence, et demandent qu'on fasse converger pour sa défense les preuves déduites des études spéciales. L'individu peut s'endormir dans le doute ; mais celui-là ne le peut, qui enseigne dans les livres ou dans une chaire.

Et qu'on ne dise point que les spéculations philosophiques sont hors de propos à une époque dont le caractère est l'indifférentisme. 11 est bon au moins de remplacer par le doute les axiomes empiriques, et ces spéculations ont beau paraître abstraites, elles exercent sur la vie sociale une action, lente peut-être et cachée, mais ef&cace. De cette négation de l'individualité du sujet pensant vient l'alanguissement universel de la liberté morale, l'affaiblissement de la responsabilité, et par là notre temps trouve des excuses à toutes les erreurs et à tous les crimes. Le matérialisme se glisse jusque dans la science qui touche de plus près aux douleurs de l'humaaité ; ïl y apporte le trouble en y introduisant des conséquences ■ tirées des théories de l'évolution et du panthéisme; avec la morale indépendante , il place l'homme seul en face de l'homme ; le devoir est mis de c6té ; la notion de la liberté morale est déclarée une chimère ; l'bérédité et l'iastinct font

l'homme criminel et l'homme héroïque , la courtisane et la martyre. Puis, passant des idées aux actes, changeant le fait en principe, on dit que l'unique progrès de la société est dans le progrès de la science ; que la dignité et le droit de l'individu doivent se sacri&er aux exigences de l'espèce, à l'amélioratioD de la race ou à l'agrandissement d'un règne; on ferme les bibles et on prétend consoler, par les livres et les arts, les Ames souffrantes; on vent rassasier les classes déshéritées par l'abondance des programmes ; on ue voit que l'intelligence et non le sentiment, la tète et non le cceur ; on aspire à renouveler l'homme et la société par des maximes et des lois, à régénérer la conscience des individus en l'arrachant à la tradition, si bien que la conscience même soit l'unique foi, la seule morale de l'avenir. Au droit ancien, étemel, fondé sur la raison, sur la justice, sur les traités, on en substitue nn nouveau qui met le temps, l'espace, la matière à la place de l'étemel, de rînftni, de l'esprit. Ce droit a eu des adeptes et des prAnours, mais il n'a pas encore une théorie, ni^'aïAw sanction que celle des faits accomplis, en vertu de laquelle ce qui a réussi est bien.

Que si la science, en étudiant exclusivement les phénomènes, prétend «voir réduit la matière à la force, tandis qu'elle n'a fait que consïMrer un élément de la matière ; d'un autre c6té, quand elle veut enlever toute distinction non seulement dans la matière, mais aussi entre la fomie organique et la forme inorganique, elle en vient avec Hegel à déclarer qu'il ne saurait y avoir de fautes morales, à soutenir que l'homme commet un crime comme un émétique produit le vomissement. Non, il n'en va pas ainsi; que la conscience soit soumise aux lois du mécanisme organique, elle ne disparaît pas pour cela sous l'aveugle actualité des faits mécaniques, comme si elle n'était autre chose que la scène où les énergies physiques viennent jouer un rftle; et quand même le cerveau ne serait qu'un physharmonica, encore faut-il une main et le souffle pour y produire le son, et le varier selon l'habileté de celui qui enjoué.

Nous, avec la meilleure des philosophies , le bon sens, appelons-en à la croyance ineffaçable de l'homme dans sa liberté morale ; notre &me, libre dans ses déterminations, peut choisir entre le bien et le mal, embrasser la vérité ou l'erreur, résister à l'ordre divin ou s'y associer, et, où cesse la puissance de l'homme, reconnaître la puissance, de l'infini.

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Les Tentés existent, eocore que l'homme ne les comprenne point.

La philosophie, qui est la religion raisonnée, et la religion, qui est la conscience de la vérité, ont la même origine et le même but : le sens du divin et le bien moral.

Le préjugé que le mérite d'un homme consiste à savoir lire et écrire, a conduit à rendre l'école obligatoire comme le cours du papier-monnaie. On s'est occupé de l'abécédaire et de la gymnastique, plutftt que de l'&me du peuple ; on a voulu mettre dans les mains du gouvernement le monopole de l'instruction, qui est devenue une puissance {/Cultttfkampf), au point qu'on en Tait une antithèse des croyances des aïeux.

La littérature, qui est l'étude du vrai dans ses manifesta- i tions scientifiques et religieuses,' une source inépuisable de plaisirs pour l'intelligence, une consolation quand nous sommes brisés ou désillusionnés par les luttes sodales (1); la littérature qui met dans l'homme le sentiment de sa propre dignité et la conscience de sa divine origine, ne peut vivre oii la délicatesse est absente ; et on ne peut espérer trouver celle-ci là où il est de mode de ne croire à rien, où il n'y a d'autres décalognes que fabriquer et vendre, gagner et jouir, tout subir, serait-ce en frémissant et en blasphémant, abdiquer l'indépendance de la pensée, trafiquer de son propre avilissement, On ne discute plus sur les classiques et les romantiques, comme il arrive lorsqu'une cause est gagnée ; mais que, par fureur de nouveauté, on ne fïisse pas litière des traditions ; qu'on ne fasse pas abstraction de la vérité et de la dignité. Au lieu des grands modèles de la pensée et du style, nous trouvons une affectation k entasser des idées folles, qui manquent de proportion et d'ordre, qui bravent le respect dû aux lecteurs et an public . Les ténèbres de notre servitude s'éclairaient lorsque paraissaient VHùtoire d^Halie (2),

(1) Onizot écrivait «n parlant da Lamartine : s Je ne parle pas dei re< vers d« aa politique, ni des épreureide aa rie privée; de noijoura, qui n'est pas tombéi qui n'a pai lubi les coupa du sort, les sn^isses de l'&ma, les détresses de la fortunel Le Irarail, le mécompte, le sacrifice, la sauffrance ont eu de tout temps st aaront toajours leur part dans les destinées humaines, dans les grandes encore plus que dans les humbles. Ce qui m'dtoDne et m'attriste, c'eet que M. de Lamartine s'en étonne et s'en irrite... Comment un spectateur qui Toit de gi baut les ëTènements esl-il si éma des accidenta qui le touchent! » {Mémoire», IV, p. ii9.)

{3) A entendre certains personnages qui se plaisent i mniliplier les rés, les résurrections, le nom dllalie n'aanût été inventé qn'en 1839.

396 LES THEHTE DEBHltRES AHHÉSS.

les Hymnes sacrés, les Fiancéi, les Lombardt croisés, le Pnmato (TltaHa, VOrigine des idées, Mes Prisons, et d'autres livres qui réveillaient le sentiment et faisaient méditer. En général, il y eut avant 1848 des noms que la postérité répétera, quoique maintenant on les méprise ou qu'on les oublie. Aujoardliui ce qui manque, c'est une tendance, un caractère commun, une conscience publique bien déterminée. Pendant que le nombre des écrivains croit démesurément, il est plus rare d'en rencontrer à qui l'on reconnaisse des talents ; et comme on trouve des liseurs et non des lecteurs, une critique sans goût solide qui devient une boutique et non un tribunal, on sautille à son caprice ; on met au monde avant terme des fragmenls décousus, sans liaison avec le passé et sans influence sur l'avenir, où l'on est dispensé de mûrir, de peser, de coutrûler les idées, et de les tempérer par les considérations élevées nécessaires lorsqu'on veut traiter quelque sujet social ou religieux. On ne scrute pas les causes, on ne passe pas d'une analyse minutieuse à une puissante synthèse. En se dépouillant de la délicatesse des Grecs, de la majesté des Romains ; en se déshabituant de la sérénité de l'art, du noble souci de la pensée, du goût des choses relevées, on a substitué une littérature toute de personnalité à cette littérature toute d'idées qui s'accorde avec le passé, raisonne avec le présent, songe à l'avenir, et ose avoir une opinion différente de celle de la place publique. Ainsi le champ reste livré à la médiocrité, au trafic, aux disputes d'amour-propre , aux manœuvres de partis. Les académies ont ét^ jadis les arènes de la littérature, maintenant celle-ci se rejette sur les querelles du barreau, les discours électoraux, les parlements; et là, non moins que dans les académies, la rhétorique remplace l'analyse, le mot se substitue à l'idée, l'assertion effrontée tient lieu d'un argument solide. L'éloquence et l'histoire ont souvent été les instruments de la politique ; toujours elles ont été influencées par elle. Il n'est pas vrai qu'Û n'y ait plus

Noua avons une bibliotlièque compoaée d'histoirea, d'annales, de deicriptioDI do l'Italie. Déjà, à la an dusibole dernier, Agostino Carli donnait une SlatUtittue de l'Italie; il fut imitd, an commencement de ce sibcle, par Serriatori (1835); Gio. Valle a sa Caria générale d'Italta (1806). Noua n« disons rien de Huratori, de Tirnboachi, des RivoluUoru d'Italie par Denina, de la Késurreefion de ntalie par Bettinalli, etc. Lca dii doigta des mùna ne Buftiraient pas & compter les histoires de l'Italie qtii ont paru dans notro «iècle, avant 18i8; et quelques-unes sont pleioM de pensées patriotique*.

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