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rien de nouyeau, que toutes les idées aient été épuisées. Le temps & enseveli dans l'oubli une foule de nobles pensées et de nobles travaux ; et l'esprit humain est ainsi fait qu'il peut fort bien répéter les pensées et les actions d'un autre temps, pourvu que le passé s'accommode au présent et qu'on trouve alors cette opportunité que les circonstances n'ont pas présentée d'autres fois, ou que la sagacité de l'auteur n'a pas su rencontrer.
An milieu de sensations corruptrices et d'imaginations débordées, on a TU paraître des écrits obscènes, des épigrammes sanglantes, des personnalités injurieuses, des scandales, des indiscrétions, avec l'intention avonée de faire le mal, sans respect ni pudeur, en bafouant la noblesse, le génie, la croix même, en calomniant le passé, corrompant le présent et compromettant l'avenir.
Une polémique bouffonne , investigatrice , soupçonneuse et calomniatrice, arme meurtrière entre les mains d'enfants, a amené l'absolutisme, l'excès, le scandale, pour se faire lire parmi l'étourdissante cohue des opinions formulées dans une parole, personnifiées dans un homme, propagées dans une société qu'obsèdent des sentiments vulgaires et des passions serviles, et qui montre toujours du respect pour qui sait la tromper.
Les gazettes sont devenues l'unique élément intellectuel, l'unique inspiration d'un temps qui ne sait ou ne veut pas penser et décider par lui-même (1), et où une plume de pie et de perroquet lient lieu d'une plume d'aigle ou de cygne. De nouveaux Lazares, qui disputent les miettes aux chiens, sont condamnés à rassasier chaque jour une curiosité dépravée ; ils rivalisent entre eux d'espionnage, d'invention, de honteuses représailles ; ils sont abjects dans leurs éloges, abjects dans leurs diffamations ; ils se glissent dans toutes les familles, même h la campagne ; ils usurpent le privilège de créer des hiérarchies arbitraires de mérites, et de substituer k la conscience nationale des velléités artificiellement provoquées, dans le but de tromper le prochain et de présenter les faits sous un aspect contraire à la vérité.
En recherchant ainsi et en gagnant un empire illimité
(1) On compta dam 1« monda 1!,00D journauz; il j an a 500 pour )'Aûe, l'Afrique et rOoiauie; Ist BUU-XJnis eu ont 4,000, es qai fait nn journal pour 7,000 babitonta; en Belgique, il y a un Journal pour 1,700 babitaott; et en AngUtetre, nn pour S,000,
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sur l'homme, appelé par antithèse animal rmtonnabk, le journal perdit sa dignité et se réduisit à n'être que l'iaterprëte d'uQ individu ou des habitués d'un café ; et les meneurs du peuple le ruinèrent par ta multiplicité et par les contradictions qui en résultèrent. Combien ont de mérite ceui qui peuvent se vanter de n'avoir jamais raillé une belle action, jamais découragé une vertu!
La sérénité des esprits ayant disparu, on recherche l'horrible, l'extraordinaire : ce n'est plus de la psychologie, c'est de la pathologie ; on ne veut plus exciter l'intérêt par l'hon* nétclé, par la générosité; ce qui est simple et délicat parait insipide à cAté de l'exagération et des poses athlétiques; on préfère Casti à Parini, la Vénus de cire au Moïse de Michel- Ange, la mandragore à la jonquille, le cloaque au ruisseau. Des romans, qui chaque jour poussent comme des champignons, représentent le monde comme un hApital, une prison ou un lupanar; avec des détails frivoles, des passions qui ne sont rien moins que naturelles, des caractères exceptionnels, des doctrines niaises, des plans d'une médiocrité universelle, des calomnies, de la lubricité, des scandales, secondant l'incurable penchant qui nous attire en bas, ils s'attachent à flatter les instincts d'une société écbevelée et l'insolence des parvenus ; à appliquer des excitants aux ramollis de la sensualité, à insulter la femme dans sa dignité, dans ses attributions, dans son bonheur, pour l'émanciper, disent-ils, de l'obsession de la foi et de la pudeur , pour rendre le monde libéral jusqu'au communisme (1). Si quelqu'un, indigné de ce qu'on laisse ces égouts sans désinfectants, s'en plaint publiquement, l'éditeur répond : « Cela se vend. »
Ce n'est pas le moyen d'avoir des hommes qui sachent régénérer la patrie quand elle succombe, la pleurer et l'aimer encore quand elle est tombée. 11 semble aussi fatal que ces outrages à la foi et h la morale ne puissent aller sans blesser et la langue et l'art. La contemplation du beau nous élève à la connaissance du vrai et à la pratique du bien, et c'est
(1) Il faut faire ans exceptioa pour beaucoup de romancier* angtaia, outre Bulwer, Diiraeli, DickeDa [f 1S70], Elliol, RhAda Brou^ton; mim« remarque pour Auerbach, pour let romaos fantailiques de Verne et eenx d'Erckmaan et Chatrian; ce» demiera âcriTaiae Boot juifs, auHi bien que Léopold Kombert {Hittoire du village), Daniel Stauben (Se^n« de la vie juive en ÀUace), et d'autres oitéi par Stauben daai loa Èttai tur la litUralure juive tt dAaa VVniveri UraiHte.
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détourner lo beau de sa fin et de son essence que d'en faire un instrument de corruption, que de ne pas chercher par les helles-lettres à gagner des ftmes à l'humanité.
Nous séparant de ceui qui ne voient l'esthétique du c6té matériel, du cAté de l'utile ou de l'agréable, nous voulons en elle la tendance au vrai, au beau, au bien ; nous voulons qu'elle rende le peuple sérieux, sincère, laborieux. La poésie avait été le charme de la vie, un moyen d'élever les sentiments, une école de morale et de courtoisie. Aujourd'hui elle a honte d'avoir à célébrer des princes et desTrimalcions; mais la mode la déprave dans les nudités du réalisme. Le beau, quoique distinct du vrai, est, comme lui, un fait divin : on doit l'accepter, sans même qu'on connaisse comment il se produit. Le vrai seul est beau, mais tout vrai n'est pas beau, et il faut le spiritualiser ; ne pas espérer le rencootrer dans des lieux communs, dans une obscénité morbide, dans la trivialité de situations et de langage.
Celui qui ne cherche que le vrai fait de l'imitation ; celui qui ne cherche que lo beau fait des caricatures ou de la fantaisie. Une imitation trop vraie de la nature ne donnerait point la perfection de l'art; et on n'arrive au beau qu'en étudiant les proportions et l'harmonie du vrai. Le style devient manière lorsqu'on copie l'art plutôt que la nature , et alors s'introduit ce qui est faux dans la personnalité.
Kt puisque la France continue à donner le ton, — surtout parce qu'en France on s'applique autant à exalter tous les auteurs, qu'on met de soin en Italie k les rabaisser ou à les cacher, — il faut signaler ici le patriarche dans ce genre de littérature, parce qu'il est immortel et qu'il a survécu à tous ses disciples. Tout entier dans les antithèses et les éclatantes énumérations de parties , matérialisant l'immatériel et spiritualisant la matière, cherchant l'effet au détriment de la vérité, voulant, non pas la vérité, non pas la morale, ni l'art, mais la vigueur, il est amené par la nécessité de ses antithèses à rechercher toujours l'extraordinaire : entre mille noms de tours qui s'offrent & lui, il prend celui de Qui qu'en grogne ; aoiTQ mille héroïnes, il prend une Borgia; entre mille révolutionnaires, un Gavroche ; entre mille êtres difformes, un personnage dont la face est cicatrisée de manière qu'il semble rire toujours; parmi tant de mots héroïques, il choisit celui de Gambronne; parmi tant de lois coercitives, il s'attache à celle qui condamne aux galères un
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malheureux à qui la faim fait voler un morceau de pain (1).
Sur les traces de V. Hugo a marché Guerrazzi. 11 y a chez lui une grande disproportion cotre l'imagination et lu jugement, de la déclamation et non de l'éloquence, des images et non des pensées ; lui aussi, avec des accusations incessantes contre la société, il dépeint l'homme comme naturellement mauvais, furieux, en colère, désespéré, en révolte contre la dignité de l'&me humaine, riant sardoniquement de l'hypocrisie et de la bassesse des héros modernes.
Et maintenant même un autre peintre habile des mœurs populaires, exposant les nudités du corps et de l'&me, nous donne le dégoût non pas des vices qu'il décrit, mais de la peinture qu'il en fait ; en montrant qu'il ignore qu'il n'y a ni méchanceté ni vertu, ni possibilité de se repentir et de se corriger dans le cloaque où il voit tombées ces classes déshéritées.
A leur suite, d'autres écrivains se plaisent à outrager la pudeur et la foi ; k témoigner de la sympathie non au peuple, mais k la partie du peuple corrompue par les villes et par les ateliers ; à blasphémer Dieu en célébrant Satan, celui qui n'a jamais aimé ; k détourner du confessionnal et du cloître pour pousser à la taverne et au lupanar.
(<} Le 15 jaQTierlSlO, Victor Hugo l'dcriait dans rABRemblêanationali) : ■ L'ongeigiiBmeDt religieuisat aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Pins l'homniâ va grandissant, plus i! doit croire. Il y a un malheur, preaquo rnnique mal daas notre tpoqae ; c'est la tendance A tont placer dans cette vie. Eu donnant t t'homms pour Bn et pour but la vie tAirestre, matérielle, on aggrave tous les maux par la négation qui est le plus grand dea maui ; on ajoute K l'accablement du malheureux le poids intolérable du néant et de la sonlTrance ; on fait du désespoir une toi divine. De 1& lei profondes ConvulsioQS looialea. Je détire améliorer l'état matériel de ceni qui Bourfreat; mais la première amélioration est de leur donner des espérances. Quant & moi, je crois profondément à ca monde meilleui' ; c'est la suprême certitude de ma raison, comme c'est la suprême joie de mon ïme. Je veux donc sincbreraent, je dirai plue : je veux ardemment l'enieignement religieux. «
Ernest Renan, que personne ne soupfontie de clériealiime, racontant ■a premiire éducation dans leg séminaires et faisant leur éloge, dit : •> J'u eu le bonheur de connaître la vertu ; je sais ce que c'est que la foi ; de ce temps passé j'ai gardé une précieuse expérience, je sens que ma vie «si toujours gouvernée par une foi que je n'ai plue. La foi a cela de particulier, qu'elle agtt même après avoir disparu. La grice survit dans l'habitude du vif sentiment qu'oQ en a. o (Soiit>«nir.i d'enfance.)
Le rapporteur d'un de nos congrit pédagogiques disait : a Enseigner i. lire, i écrire, k compter, voilà toute la tAche de l'école élémentaire ; n'importe qui peut remplir cet office, pour peu qu'il soit instruit, et il n'y » pas A s'inquiéter de la religion qu'il professe. i
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Le théâtre Uent encore un rang principal parmi les arts ; ■ et les journaux, lorsqu'ils parlent d'art et d'artistes, entendent les comiques, les chanteurs et le corps du ballet. L'art dramatique n'a pas produit en proportion de l'engouement général, du profit qu'il rapporte ot qui est considérable , de tant de troupes qui se sont formées , des applaudissements accofdés aux acteurs ; mais il a progressé en se proposant de représenter le vrai. Cependant il expose encore souvent des caricatures d'une société imaginaire, des passions et des événements qui ne sont pas dans l'ordre ordinaire; il est moins licencieux dans son langage que dans les sentiments qu'il exprime et les situations qu'il représente.
Lies Français ont la palme dans le genre dramatique. Alexandre Dumas âls a ouvert la voie ; ses analyses sont fines, mais ses thèses risquées et fausses ; il g&te souvent le naturel de ses dialogues par la recherche de L'esprit et des pensées alambîquées. Après lui sont venus lîlmile Augier, Feuillet, Sardou ; ce dernier est fertile dans l'invention de vastes intrigues, qui sont toujours vives et oh les détails sont prodigués. Quelques-uns ont ramené la comédie à n'fitre qu'une démonstration de thèses sociales ; d'autres, à la suite du grand coryphée, avec les obscénités d'une histoire falsifiée qui de chaque personnagefait un document, avec des sentiments éloignés dela vérité et poussés à l'extrême, ont entrepris la réhabilitation de Messalîne, de Cléopfltre. Quelques-uns en petit nombre ont essayé de maintenir la comédie dans son rAle de représentation morale, avec des situations raisonnables et des exemples de vertus communes, qu'on méprise trop. Quelques Vénitiens et quelques Piémontais ont élevé la comédie en dialecte national {Beneiio, Gallina) ; pourquoi la comédie en dialecte lombard ne sait-ella pas présenter sur la scène une société honnête et des larmes vertueuses ?
La musique a continué son règne. Outre le thé&tre, elle a les sociétés chorales et les orphéons ; au lieu de calmer les passions, elle les a excitées par les hymnes et les fanfares ; heureux encore quand elle a aidé l'héroïsme et les' causes justes, et non pas poussé à l'insulte et au carnage I L'éclat donné à l'opéra eu dehors de l'Italie, et les énormes dépenses faites dans cobut, ont enlevé à la Péninsule le premier rang qu'elle tenait en ce genre. Après Beethoven et Bach, et les Ueder de Hendelssohn, Meyerbeer (1791-1864) a allié l'harmonie et la mélodie; Schumann, Litolff, Chopin (f 1849), Listz se sont
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distingués daas la musique à programme; Thalber^; {f 1871) s'esl fait remarquer par ses fantaisies.
Wagner a introduit un nouveau système, tout d'harmonie ; devenu célèbre par son l^kenj/rin et son Tannhauser, il veut faire de la musique un art indépendant de la scène, des meixo termine, des coutumes, des entraves de toutes sortes, en instituant le drame-symphonie, déclamation musicale qui s'écarte du récitatif comme de l'orta, et «a substituant au beau sensible le sublime intelligible. II est toat aatnrel que ce genre soit dédaigné par les Français, qui préfèrent le dramatique (Au&er,(?ounod), et par les Italiens chezqui Verdi, Ricci, Ponchielli, Pacini, Donîzetti, Maizucato conservent l'avantage. La musique sacrée s'obstine à étouffer la parole aous des torrents d'harmonie.
Pour les beaux-arts, l'architecture qui en offre la plus remarquable réunion, a dû forcément se renouveler par l'usage de matériaux jusqu'alors peu employés, comme le fer et le verre, et pour servir aux nouveaux besoins des chemins de fer, des stations, des magasins, des bâtiments pour les expositions.
Mais, dans les cités renouvelées, l'architecte cède le pas à l'ingénieur, le crayon cède au compas; peu ont su réunir le beau et l'utile. L'Allemand Semper (f 1879], l'Anglais Barry (■}■ 1860), le Français ViolIeUe-Duc (f 1879), les lUliens Poletli (t 1869), Sambertolo (f 1869), appartiennent à l'école du passé. Comme il arrive aux époques de transition, on essaye et on mélange tous les styles.
La sculpture a encore de beaux noms à offrir : l'Anglais Gibson (l 1866), le Français David d'Angers. Chez les Italiens, après Barlolini qui a cherché la représentation du vrai, on a admiré le Spartacus de Vêla, VAbelde Dupré, le Jentier de Hontevcrde,le Sacrale de Magni ; cependant la mode recherche les groupes d'enfants, les masques, les nudités provocantes, aidée en cela par les inventions modernes et par la facilité avec laquelle on élève des mausolées et des monuments ; on les prodigue à Cavour comme à Ciceruacchio, à Manzon comme à Rovani, aux rois comme à ceux qui tuent les rois. Dans une telle abondance, on ne trouve pas de pensées originales.
Dans la peinture, on abandonne la rhétorique et le genre académicien, l'objectivité de convention, les poses de l'école ; ou veut, de la perfection plastique des anciens et du pu-