HI8T. UNIV. — T. IZ
SOfi LES TBBiraB DBBKIÈIBB AlIRÉES.
pour la Belgique ; HercolaDo, pour le Portogal ; Theiner, pour les affaires ecclésiastiques (1) ; on grand Dombre de sociétés d'histoire, pour l'Italie. Tons ces écrivains sont moins connus que n'importe quel romancier.
Toutes les sciences alliées à l'histoire lui sont venues en aide. Grâce à Lyons, à Emile fiotta, au comte de Syracuse, à Schliiiman, à Cesnola, à Hermuzd-Rassam, on a exploré les ruines de Ninive, de Khorsabad, de Troie, de Sybaris, de Chypre ; on a découvert les trésors de Priam et d'Atrée, les joyaux d'Hélène, et, — ce qu'on ne connaissait gnère mieni, — les catacombes de Rome, les tombeaux d'Étmrie, les nécropoles de Bologne, les ruines d'Acerra, de Sélinonte, et, maintenant m6me, le lit du Tibre. Des inscriptions murales ont servi k renouveler la chronologie et l'histoire, gr&ce aux études de Rawlinson, de Talbot, de Sayle, de Smith, d'Oppert, de Lenormaat, de Layard, de Schrader, de Delitsch; on a reconnu que les inscriptions cunéiformes de Bathoun et de Persépolis concordaient avec les croyances bibliques, ou ne contredisaient point le récit mosaïque, bien qu'on ne puis&e prétendre à un accord absolu (2).
Un très grand papyrus en caractères hiéroglyphiques et démotiquea, retrouvé en 1866, a confirmé l'interprétation qu'on avait faite de la langue mystérieuse de l'Egypte. La célèbre statue de Tshafra, qu'on croyait la plus ancienne du monde, a été supplantée par la figure de bois trouvée à Sakkarah et qui n'a rien de conventionnel : des tables de bronze, des épigraphes, des tablettes de cire ont éclairci le droit
(1) L'ouTrage historique stdiplomBtiqite où il y a le plus d'érudition >Br 1a doroiontioi) papale ait celui du P. Auputin Theiner, Codex diphmatiau domina lemporalit S. S«(/ù. Rome, ISSl, 3 groa volumes arec deux préfaces francises. On j trouve résumés les iSS documents qu'il a recneillia depuis 796 jusqa'i l'an iTSS. Il montre que les papes ont été de Trais BOUTerains peut-être d^ja sous les empereurs grecs, certainement depuïa la donation carolingieuae ; et que leur domaine est te patrimoine inTiolable et inaliénable de l'Église universelle dont ils ne sont qn'sdministrateura suprêmes; ajnti, ils étwent souverains comme tout autre roi, sans aueou lien létidti.
Depuis l'an 1870, le P. Theiner changea d'opinion, ou au moins d'eipressions.
(2) La Société anglaise d'archéologie biblique publie les Record» of Ihe Past, qui sont la traduclioD des monuments égyptiens et assyriens. Vojoi aussi Henry Bruoscb, Bàtoire de fÈgypte sou» le» Pharaon» (il y traite des monumeots) ; l'abbé Viaouaoux, la Bible et le* découverte» modemt» en Pale»tine, en Egypte, en Asayrie. Paris, 18TS.
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rooiaii) et renouvelé le droit grec. Quels progrès l'archéologie ne doit-elle pas à Campanari, k MomniseD (1), à Bunsen, à Gherardd 1867), àde Rossi, àKirschofT, àCorsen, àFabrettil La mythologie a été éclairée par la philologie comparée et mâme par la psychologie ; la généalogie des dieux se lie souvent & celle de la fable; on a identifié les divinités grecques avec celles des autres peuples aryens ; elles représentaient des phéaomèBe) ou des forces de la nature, et, dans cette personniflcatioQ, leur première signification avait disparu. Ainsi on passait d'un dieu à un autre ; d'un mythe on passait à un autre mythe, en suivant leurs entrelacements et leurs développements, on étudiait leur action sur les peuples, et cela , cinquante siècles plus tard : on détruisit ainsi des préjugés enracinés at des exagérations systématiques : on établit de grandes divisions ethnographiques ; on reconnut comment les divers peuples concevaient diversement les grands problèmes religieux, comment à chaque nuance des peQ|des correspondait une nuance religieuse , qui doit se chercher moins dans les symboles que dans les étymologies.
BOckh (t 1867) définit la philologie : one méthode liisto- i rique pour reproduire la vie sociale et politique d'un peuple dans une période de temps déterminée ; il la divise en philologie herméneutique et en philologie critique. Mais, dans son sens le plus restreint d'étude comparée des langues, on a démontré depuis qu'on doit 9.UX jésuites la connaissance du chinois comme du sanscrit, et que les éléments substantiels du langage datent de temps immémorial. Bopp(fl86T)a étendu
(IJ Tbtoiota MommMQ, outre soii antipathie poor la cathoUdsDM, affecta un ^rand dédûn pour l'Italie à laquelle l'archâolo^e doit tant de reconoaiiiance : ■ La Dation italienne, dit-il, n'a pae pu autrefoia et ne peut pas maintenant être comptée parmi les nationi recommandables par leur Taleur politique... La moUeaae des Italiens les rend iacapablaï de aentinientt lipuirenz. Ponr la rUtorique et la comédie, aucun peuple n'a égalé Isa ItAliens; mais pour ce qui regarde lea raiaons internea de l'art, ils n'ont jamais dépaaaé une certaine médiocrité; i aucune époque leur litlératura n'a pu montrer un poime épique ou dramatique qui fût parfait. Lea (BUTres même les plus vantées chez les Italiens, comme la Divint Comidù de Dante, les biatairei de Sallnau, de HachiaTel, de Fanta et de Colletta, témoignent plutôt'd'un exercice de rhétorique que d'un travail solide. Quoi de plust Dans la musique même, les ItaJiena ont bien montré an talenl facile et spontané, mais jamais une véritable originalilé... lia élbrent joaqu'auz nues, non de Trais lavanla dans l'art musical, mais certaina artisans de musique entièrement dépourvus de cet enthousiasme difin capable de toucher le* owura. » Hifloire romaine. In. I, ebap. u>
3A8 LBS TBEUTX DBHHlteBS AHH^ES.
l'étudo des gramniaires comparées; i. Grimm (f 1863} » fait avancer la grammaire et le dictionnaire de l'ancien allemand ; Haase (f 1SS7), Monck (f 1867), Arnold (f 1869). Windischmann l'ont suivi. L'étude des dialectes est plus récente : Ascoli, de 6oritz , s'est signalé en ce genre et a contribué & rétablir l'ancienne langue irlandaise. De la sorte, on ne voit pas seulement dans la parole une fonction organique avec des développements déterminés, mais on veut en chercher les origines, les suivre k travers les siècles et les migrations et conclure de la permanence de la racine du mot et de l'idée représentée à la parenté des peuples,avant toute donnée traditionnelle.
Thibault, Savigny ont dégagé la politique et le droit de l'abiitraction et de l'idéalisme pour les ramener à la réalité; Schal et Jering en ont donné de nouvelles théories.
La facilité des voyages a beaucoup contribué h l'avancement de l'histoire, en permettant de visiter les antiquités des pays déchus et les curiosités des pays nouveaux. Le voyageur ne peut plus débiter des fables , comme du temps oii il était seul pour en témoigner; car dès demain il peut être démenti parce que maintenant on observe sans être empêché par les obscurités de l'éloignement et des systèmes.
La géographie n'est plus une science secondaire : elle s'est agrandie, elle s'est étendue en se rattachant à la statistique, à la linguistique, à l'ethnographie, à la psychologie, et en embrassant dans son cadre la vie sauvage ; elle fait connaître les rapports de l'homme avec la nature, l'organisation progressive de la société dans la succession des temps et la variété des lieux, les richesses créées par le travail qui s'exerce sur les productions naturelles. Le grand ouvrage de Santarem (1819) sur /es Progrès de la géographie à t'aide des monuments aétë suivi par des travaux de Perthes , de Berghaus , de Schnider , de Scbwitzer, de Laborde, de Petermann ; un très grand nombre de sociétés se sont occupées de géographie et elles ont tenu un mémorable congrès; on a étudié les climats , les terrains sédimentaires qui sont la partie la plus considérable du globe ; la température, la profondeur , le pouvoir géologique des océans ; dans leurs abtmea , on a découvert une flore et une faune particulières; on a déterminé les courants de la mer comme ceux de l'air (1) , il reste prouvé par là que le monde
(1) D'après le« ptm récents calcala, la terra annut I toilliam] 3B1 mil-
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eoUer change : fleuves, conLineals, moDtagnes. On a fixé la mesure précise de la surface terrestre, et corrigeant Bessel, l'aplatissement les réduit à 152,888.
Outre les voyageurs dont nous avons déjà parlé, Anderson, Ëlton, Saines, Hohr, Ross, Halle ont cherché aux extrémités polaires le passage par lequel se réunissent les deux océans et que Nordenskiold vient de traverser avec la Véga en allant au Japon (1); on a essayé mémo les aérostats pour arriver au pâle. Ceux qui explorent des pays plus voisins et aussi peu connus n'ont pas moins de mérite: par exemple, Fawschaw Tozer pour les montagnes do la Turquie {Higklands of Turkey), de Haiin pour l'Albanie, Bore pour la Turquie d'Europe, et las collaborateurs d'Edouard Cbarton pour le Toui' du Monde.
C'est un préjugé bien bas de ne pas reconnaître l'héroïsme que déploient les missionnaires, dignes d'admiration, fussentils jésuites, et des prodiges d'intrépidité et d'abnégation qui n'ofl'rent pas moins d'intérêt que les romans les plus alléchants, dans les actions de ces héros, avant-garde de la civilisation I Us s'avancent par amour pour des peuples qu'ils ne connaissent point, chez lesquels ils ne trouvent que des souffrances , des insultes et souvent le martyre ; mais ils gagnent des ilmes k leur Christ (2).
lioD* d'bsbitaDti : l'Europe en aurait 300,350,000; l'Aiie et la llalaiiie, 19S mUIions; l'Afrique, 20,300,000 ; l'AméHque, 8i,S00,000; l'Oeéanie, l.BOO.OOO.
(!) Elisib RscLus, Nouvefb Giographit,L'iMat&»Uie« des conaaluaD* c«t topogniphiqusB a coùU cher dan* la goerre franco-iCalienae de 1SS9 «t dani la gnem franco-pruaiicnDs de 1S70. Les eipJaratioDi aux pfit«i Eoat ap4«ialetuent exposées dans le trarail da Chablbs Hmrtz, la Conquête du ghbe. Géographie eontemporttint, la Pôlei, Petarmaïui arait toiqoun reeommaiidi la voie du Spitiberg;, de la NouTelle-Zembla, et c'est parlA que Nordenakiold est arrÎTé & tourner le p61e.
Le* Anglsia ont prâfàré la nord-ouaat; et par la bais da Baffia et Is détroit de Dani, Roes ait arrivé, en ISIS, i ^^'■, Ingalfleld, en 18S9, à 7S0; Haye», en 1859, à 81" iT', poia, en IBSO, à SI* 3S'; en 1871, Hall a atteint 82° 26'; en 1S7S, Narei ait arrivé i 83" 20' SB", il n'était plug qu'à 150 lieDea du pAle qui eit é 90>.
L'Autriche, en 1872, envoya ta TegMoff qui voyagea entre 80° et 88° ; on le crut longtemps perdu; maie l'équipage le ramena aprèa d'extrêmes Boaffranees et des actes d'bérolime racontés dans une étoiinante odyssée.
Le Prançaii Lambert pensa y arriver, non plus par l'Atlantique, mats par l'Océan Paciflqna et par le détroit de Behring; mais il périt dans la guerre de 1870 ; c'est ce obamin que vent maintenant essayer Bannett, rédacteur dn Nevt-York Herald, qui avait envoyé, aux frais de ea journal, Stanley i la recherche de Livingstone ft l'équatenr.
(2) La Société fondée pour la PropagatiOD de .la foi sa aontient par des
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•■ La statistique marche de conserve avec l'histoire et la géographie; chez nous on ne l'emploie qu'à des applications pratiques, mais, en d'autres pays, elle s'élève à la dignité d'une science à part. Schubart [Statitlique de FEurope de 183S à 1848) la met au nombre des sciences fondamentales, avec des droits égaux à ceux de la géographie et de la politiqae; et, se séparant de Malthus, il se sert d'elle pour exposer les conditions effectives de l'État sans remonter aux causes ni descendre aux conséquences; sa méthode est devenue la méthode type. La statistique de l'Europe (i865] par Hausner a beaucoup de valeur. Hais sa véritable direction scientifique et sa vraie étendue a été donnée à la statistique par GQssmilch, et, d'une mani&re plus populaire, parQuételet; celui-ci a employé les mathématiques pour exprimer an moyen de chiffres et de lignes les faits matériels et les faits moraux^); il a recours aussi h la méthode d'observation comme dans les sciences naturelles, s'aidant des grands progrès de ces sciences , el tirant des faits leur conséquence philosophiqae, c'est-&-K]ire leurs lois. Il s'occupe principalement de l'homme ; il croit les phénomènes de la vie humaine subordonnés à des causes extérieures, sans nier cependant le libre ai^ bitre ; il fait aussi de la statistique un élément important de l'anthropologie. Il part de la loi de causalité générale suivant laquelle les phénomènes se succèdent dans le monde , et tout conséquent doit avoir un antécédent déterminé; il prend cette loi pour base du mécanisme de la nature comme de ta marche de l'humanité, il cherche le constant dans le variable, le régulier dans le fortuit, par la théorie des moyennes et la loi des grands nombres, introduite par BemouUi, et développée par Poisson, qui a calculé la pro-
contributioui d'un ton par eanudna, et elle arriva à recnsillii- d«« milliom. Ainsi l'Œuvre de la Sainte-Enfance, srvs no sou par semaina âoaaé par d«E enfants, rachète lei petits Chinoia «iposéa par leur« parents.
(1) Vojei QCTBTRI.RT, Lctlrei lur kt Ikiorit des probabilité» appli(juét aux tcienca moralei et potitiquet,
L. BoDia, Sulia italiitica itei rapporti colC ectmomia pubblica e CoUe altrt tcUnz, affim.
Raccioffi, Dei limiti délia statittica; Naples, IBST.
MoFtFCROO, la Stalitliea el la iciema toinale; Florence, 1S72.
WArFBAUS, Allgemrine BeuiÔlkerwigulalittilt; I^eipzig, 18G9-T1.
Uaik, la Statistica el la vila soeiale; Turin, 1879.
Adolpbb Wagubr, De l'idée, det Hmiles, dei mogent tPexéeution de la ilatùtique; Btrlin, 1S67.
LB3 SamCES HISTOUOUBS. 311
habilité jusque dans les jugements criminels ou civils (1). On a voulu par là éliminer tout événement fortuit non seulement dans les faits matériels, mais encore dans les faits sociaux, jusqu'à nier le libre arbitre, comme si dans les actes humains il n'y avait rien qu'un inévitable retour périodique ; on dépoétisait l'humanité par les chiffres, comme par les combinaisons d'atomes et par une fatalité fantastique (i).
(1) Assooier les muthtfinaliqnei i la statittiqne D'est pas choie nouvelle dD Italie. lie mdtâorologue Toau», ds Padaue, a dooaé des TabUi de vita- Hlé; Prosper. Bu,bo, des Eitais d'arilhmitique potitique; proportioru de lamorlaiiti dam les diverses régions; Cahi-o Cohti, Riflexioiu sur l'application du calcul au mouvement de» populatioru; OssaoRio Fontaha, De* hatardtel de» eaieult de probabilité, appliqué» à la vie et à la valeur de* timoignaget.
Même avant les dernières rdrolationi, des travaux Bcianliâqnas avaient Aie publiés i Hilan, en Toscane, dans les Deui-Siciles. En 1853, il s'était tenu un congrès de statistique, qne d'antres ont bientôt suivi. M. Lampertioo, voulant montrer la faiblesse de ces dtudes en ItaUe, dls^t qu'on ne pouvait pas mime connaître eiactement la. popolatiou do ce p^B (Aimalei de statittique, 1BT9, p. ISS); mais lui-même, page ITS, mantioQDait 11 les diaciUKÎonB faites en France et en Angleterre sur le total de leura habitante, et tant de procédés mdirects auxquels, dans le pass^, il fallait recourir pour dénombrer la population. i
Parmi let travaux de slatietiqne faite à l'occasion des congrès seienli- Sqnei, il a oublia le oAtre qui a pour titra Milan et son territoire. C'est li cependant le tableau la plus complet et le ploi eiact de la situation de la Lombardieilaveille des derniers changements. Les renseignements étaient ' offleiela ; et ce n'est qu'après leur publication que le vice-roi s'avisa de s'en repentir.
(2) Cela va avec les rdvolatioos cabalistiques de l'histoire qu'expose Joseph Ferrari. U n'j crojalt pag lui-même ; bien plus, par son scepticisme univateel, il oe pouvait avoir de certitude sur rien.
• Tonte la série des expériences qui se rapportent an libre arbitre, k l'êleotion, A U ddlibération, à la détermination propre, à la faculté d'agir ■î on le vent, a dté invantile pour nourrir en nous le sentiment d'une importance et d'une dignité artifloielles; on a voulu élever aux nobles fonctions de juge, d'arbitre, de souverain, l'ordre bien inférieur des motifs et des aotiona. s Bain, Mental and morai eeience; Londres, 186B.
BmuB, Hiitùry of Hvitieation in Sngland (Londres, 18B1), veut faire disparaître la liberté et la responsabilité humaines, en faisant naitre d4eesa^remeut des faits la vertu et le crime.
Autant en disent Block et Wagner, et Stuart Mill : oe dernier Dépendant, avec quelques réserves.
(Ettinobn DRoatecB, Die moralisehe ilatitlik vnd die menichlielie Willentft-eilieil {Leipiig, 1887), sontient que la liberté est forcément déterminée par les motifs : des milliers de faits recueillis ne sufBseat point pour la nier, quand il ; en a des millions qui n'ont pas été constatés.
L'école de Florence enseigne qne n la volonté est l'expression nécessaire d'un état du eervwu produit par dea inflaencaa eilérienres ; il n'^ a pas
Slî LES TIKHTB OnNlilBS ANNiBS.
M&is Gœthe lui-même déclarait : « On dit qae les chiffes gouTernent 1« monde; ils prouveot certainement que le monde est gouverné. »
Ainsi la géographie, la chronologie, la statistique, puissants instruments de conjecture, donnent à l'histoire le moyen de déterminer non seulementles origines, la manière, l'époque, mais encore la quantité.
Gr&ce à cette facilité de recherches et k la liberté de tout dire; grAce aux voyages, aux découvertes, aux sociétés éta> blies, aux matériaux des archives, ouvertes à la curiosité et à l'indiscrétion ; grflce aux recueils nationaux, non seulement on a eu de nouvelles lumières sur des événements déjà connus et des informations plus particulières et plus sûres , mais on a vu apparaître des arts , des langues , des notitms qu'on ignorait ou qu'on avait oubliés. La biographie a cessé d'être un puéril récit des actes de l'individu; elle a laissé aux nécrologies ou à la flatterie servile les éloges que le temps n'a pas contrôlés , ob l'on prend pour une étoile au firmament te grain de poussière tombé sur la lentille du télescope (1). Chaque pays voulant avoir son histoire non seulement politique, mais juridique, littéraire, morale, on s'est placé à des points de vue nouveaux, on a sondé les faits, on a révisé les jugements , reconstruit le passé ; on a abordé tous les problèmes compliqués que l'histoire doit résoudre lorsqu'elle veut être critique et non dogmatique. Hais par là s'est introduite la manie de 'réviser les traditions, de renverser les éloges et les blimes(3) distribués auparavant; on
de libre ubitre; il a'j a pu de fait d'ane volonté indépsndaats da« in- 8neDcei qui, à chaque moment, délerminent l'homme, et imposent même Ëxa plu( pniisaQtt des limitei qu'ili ne peurent Ennchir. > Houbcbott, Circvlation de la vie.
Vo^ei : Henui FBani, la Théorie de l'imputabilité et la négation dm libre arbitre (Florence, 1B7SJ; Aaiarma Oabblu, FHomme et Ut «ctencei tocialet (Florsnee, 1871) ; et Lokbboso , l'Homme coupable.
(1) Les NibceE de Muario; Saint-Cjran ; Mirabeau; Marie- Antoinette; Parinl ; Baccaria; Honli; Qiordano Bruno; Campanella; Qalîlé?—
(S) La Ligue lombarde; la Couqudte de Couitantinople par les Latins; Im Catacombes; Qerson; PanSlo C&staldi; Fernand Colomb; Diao Compagoi; CiuUo d'Alcamo; la famille Ceoci; RicordODO Halaspini; Alberieo Oentile ; I^ace ds Loyola ; le Ticomle de Lujnes ; Philippe II ; la comtesse d'Eboli ; Robespierre; Marat...; la Fondaliou des colonies américaines; tea Volontaires de la révolution. ., Signalons aortout la Aniur dcM quettiom h%*toriqvet. Aqjourd'hui Cuba et Saint-Domingue se disputent les oaaementa de Christophe Colomb.
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a ainsi secondé trop souvent la manie de détrôner les grands, ou caressé un patriotisme indiscret, flatté des morts pour glo> rifier une dynastie, enfin avili la vertu commune et même l'héroïsme pour canoniser l'injustice triomphante. Combien y a-t-il d'historiens qui, dans la multiplicité dos événements, ne se bornant pas h décrire les luttes de roi h roi , d'armée à armée, ou les nationalités reconstituées, fassent figurer le véritable acteur, je veux dire l'homme tel qu'il est aujom'd'hui réellement dans le monde des corps, aETecté et impressionné par les choses sensibles, avec te jeu des passions et les combats de l'àme ; combien en est-il qui voient les grandes idées qui s'enchaînent et se complètent & travers des désastres partiels?
Au milieu de tant de secousses déchirantes, au milieu des ruines successives de choses qu'on proclamait immortelles , dans les situations que nous avons traversées, il faut & l'historien du caractère plus que du talent , pour conserver un amour inaltérable de la vérité , de la vérité entière , de la vérité seule. Il faut qu'il ait la patience de rechercher cette vérité dans ses sources, avec un jugement loyal au milieu des convulsions des passions politiques et religieuses; qu'il ait le courage, là où elle est plus haie et plus combattue, de la déclarer avec un langage sincère, malgré les séductions des préjugés, sans craindre la calomnie des savants ou l'impopularité de la foule ; il faut qu'il renonce à défendre une cause par des affirmations et des négations téméraires ou par des subterfuges. Comme l'homme libre ne peut être ilatteur, ainsi l'historien ne peut être sceptique ; il ne peut rester incertain entre des louanges superficielles et un bl&me timide, mais il doit peindre avec sentiment les personnes qu'il aime , avec impartialité celles qu'il n'aime pas ; il doit vouloir ne pas donner seulement un aliment à la curiosité, mais faire une œuvre de moralisation ; sans en appeler aux passions , il doit citer amis et ennemis comme témoins , buriner les mérites et les torts en des pages, par lesquelles il puisse espérer obtenir l'intérêt de la postérité. Les contemporains refusent cet intérêt k l'auteur qui, recommandable par son talent et son caractère, dans la gravité sereine qu'inspire un long commerce avec les hommes , stigmatise sans peur tout ce qui est bl&mable.
Trop ordinairement l'histoire moderne se fabrique sous l'inspiration de haines récentes ou des madrigaux , avec an
su IE3 TIBHTe DBMI1ÈHE8 AMNftES.
enthousiasme pins fantastique que persuasir. On y supporte mal les gémissements de cenx qui souffrent; on y flatte le despotisme démocratique, qui a remplacé le despotisme monarcbique ; les priaces et plus encore la foule sont divintsés en vers, par des monuments, sur des monnaies, en mfime temps qu'anlis par les sycophantes qu'ils payent. Bien plus, l'bistoire est rendue presque impossible par les racontais qui, chaque jour, se font sur les places puhliques , par le télégraphe , les correspondances , sans examen , sans confrontftion, sans respect pour le bon sens, sans qu'on pèse ou la probabilité des faits ou les motifs de l'action, sans qu'on ait honte d'fitre obligé de se dédire le lendemain, sans avoir même la garantie d'un nom. Avec des réflexions qui se ressentent des passions politiques et philosophiques du moment, on fait de la science une auxiliaire des partis. Bt il y a des gens qui, avec ces matériaux qu'ils ont parcouru le cigare à la bouche, fabriquent des diatribes qu'ils intitulent histoires, martyrologes, révélations.
Ceux qui ont ét^ acteurs dans ces événements ou qui les ont vus de près pourraient avoir l'autorité de témoins' oculaires; mais comment Mre impartial quand on en a joui ou profité et quand saignent encore les blessures faites par l'envie et l'injustice? comment sur les mensonges et les légendes de trente ans faire prévaloir la vérité, toute la vérité, et la vérité seule?
La diplomatie, dés qu'elle eut vu ses secrets publiés dans des Hvres jauHe», livres verts, rouges ou bletu, ne s'est plus aventurée à dire toute la vérité, n'étant pas sAre que, dans la bascule des ministres, on ne les révélera point sans les modifications qui généralement ne les modèrent pas seulement, mais les transforment.
Tout cela rend plus graves les devoirs de l'histoire. Faire de la i^ilosophie d'une science une science à part et établir une distinction entre l'histoire et la philosophie de l'histoire elle-même (i), c'est aller à des hypothèses risquées et à des conclusions fausses {Bùckle, Lewes, J. S. Milt). Ficbte et Schelling voient dans les époques historiques le triomphe d'une faculté subjective, identique à son objet comme l'idée est identique aux phénomènes et la conscience idéale à l'acte
(1) R. FuNTB, Tke Philosophy of kùlory in Buropa; Londres, ISTi. — Stabl, dani è& Philoiophie du droit [ii, 630), a de bonnes idées soi- l'école hittorique.
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pratique. Hegel a considéré l'histoire comme une extnruécation de la raison suprême qui gouverne le monde, en sacrifiant la liberté aux nécessités du procédé dialectique duquel relèvent tous les phénomènes de l'ordre physique et de l'oMre moral. Lorsqu'on a voulu appliquer au monde moral les doctrines de l'évolution, introduites dans le monde physique, Herbert Spencer a trouvé dans la vie do l'homme et de la société l'application des principes qui gouvernent la biologie des êtres matériels; Bilckle voit la marche des nations dans les conditions de leur climat et de leur sol.
Les orthodoxes, sur les traces d'Orose, de saint Augustin, de saint Thomas, ont reconnu le Créateur qui nous a destinés à la vie domeitique par l'amour instinctif; à la vie lociale, par l'amour de nos semblables, par la nécessité de nous aider réciproquement et par le langage ; à CégalUé des droits, par la communauté d'origine ; à tinégalité hiérarchique, par une répartition inégale des facultés; au travail, par l'instinct de l'activité et la nécessité d'obliger la terre à nous nourrir; au progrès continu, par le désir de nous perfectionner et l'aptitude à y parvenir. Ils voient l'humanité progresser sous la conduite de la Providence, en cultivant la liberté humaine par les principes de l'ordre et de la justice [Boisuet, Vico, deffoHold, Bûches, SchUgel, Balmèt {{)].
La loi du progrès regarde non pas telle ou telle société humaine, mais la société humaine : là, il n'y a pas de décadence, résultat d'une composition et d'une décomposition : il y a évolution continue.
Darwin reconnaît que le procédé par sélection a eu une très grande efficacité dans les commencements de la société humaine, d'autant plus qu'alors se formaient les diverses races ; mais, ditril, cette offlcacité e$t allée en diminuant à mesure que l'homme a cessé d'être l'esclave de la nature et d'être condamné à la bitte pow fexùtenee, alors la raison l'a emporté sur les instincts.
Mais comment, dans le principe, ce procédé a-t-il pu agir de manière à transformer la brute en homme ?
Entre les associations animales et les sociétés humaines, il y a une différence non senlement de plus ou de moins, mais
(1) Vioo «carte de l'histoire le fatum mtxorabile, lei iatnrsiitiont p&rtionlitrei de la divinité, lei inflnenoe* a«tn>logique«, la forttme aredgle ; il fait unique auteur de l'histoire l'honune *oua la Provideoee. C'est U son migixaJlU.
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S16 LES TBBHTB DBBXlàBES Alffl^BS.
noe différence dans l'organisation intime : les premières ne sont point capables de se développer, tandis que dans les secondes on reconnaît l'influence graduelle et continua que les générations exercent les unes sur les anfares. L'étude de ces influences constitue l'histoire, qui, par l'examen de ces diverses couches sociales superposées l'une à l'autre, cherche quelles dispositions matérielles, intellectuelles, morales dans l'humanité, favorisent son progrès, et quelles autres la poussent à la décadence.
Dans l'histoire, tout se tient ; le présent suppose le passé dont il est une évolution , et indique un avenir dont il est le présage. Dans l'histoire on trouve les pensées des nations , la réalité humaine dans ses relations avec les diverses détermioatioqs de la nature; elle représente ce qui, de difi'érenles manières, se développe et se complète, selon le bon plaisir divin; ses données expliquent les mystères de la conscience et amènent à discuter les plus scabreuses questions humanitaires et à résoudre les plus importants problèmes philosophiques et sociaux, dans la lutte entre les forces aveugles de la nature et les éléments contradictoires de l'humanité , et dans les systèmes si variés des trois formes de ta société : l'Église, l'État, la cité. Hais nous voudrions qu'on lui conservât le caractère d'une humanité libre, où l'homme est capable d'affirmer avec conscience et réflexion et de vouloir librement; nous voudrions qu'elle embrass&t le sujet et l'objet, ce qui pense et ce qui est pensé
Celui qui voudrait aujourd'hui faire une histoire universelle ue pourrait plus commencer par les sept jours (I) de a
(1) Lonqne parut notra Hiitoirt VniverttUt, aile fat TiT«msat Kttaqaé» comme «otachà d'hdrésie, parce qu'elle ëUrgiiiait le ibiu de« lept jonra et ritendnit & sept piriodei cosmiques; umi, jadii, les acadimicinu ■'eicommnnùuent pour U rdhabilitstion du moyen Ige. Ceux qui ont vu ■(uelqu'nne de* traduction* qni en ont été faites saTent 'pourquoi notu ïnaUtoua sur l'igs préki s torique. Voyes : EaNEST Habck»., Sisloirt de ta eria- Iton de» é(rei organùis d'après lei toit naturelle), Paris, lS7i; Baochot, Pkyiict und Politiei of tke principlei of the natwal tolulion and inhtrilanee» lo pralical sociely, Londres, 1872 ; Ca. Mabtik, Valeur et Concordance dei prttives lur lesquelUt repaie la ihiorie de révolution en kittom naturelle, Paris, 4S76j H. SpsNCEa, Principetde Atolo^, Paris, IBTl.
Tbbodorb Waiti, Veber die Einheil der MentchengeictUechiet und den NalurtuiUmd de» Merachm, Leipiig, IBTT : c'est une TOlumineuss anthropologie des paaples k l'état de nature. Voyw aussi OaiiUKOHnxo, dans las Actes de l'Académie de Turin; Liov, dans les Actes de l'Inititat de Veniu, 1878, p. !91; Cavsiuii, De fantiquiti de l'homme d'après la seienee mo-
LES SCietlCES HISTORIQUES. 317
création : la paléontologie, l'archéologie préhistorique, la nouvelle théorie géogénique exigent qu'il porte ses regards au delà des limites du temps et des traditions, pour s'attacher à l'arbre généalogique de la nature.
Comment la matière la plus subtile, la matière lumineuse, fl'est-elle combinée pour former une nébuleuse , et de cette nébuleuse , des milliers de soleils et les planètes qui circulent autour d'eux? Cela reste un mystère devant lequel 4a science est confondue et la foi s'incline. Point de vue plus merveilleux encore : comment cette nébuleuse contenait-elle la puissance de toutes choses, même de l'homme avec ses facultés intellectuelles et morales? comment, sans un plan préconçu, ces atomes auraient-ils, par leur action réciproque qui ne laissait subsister que les plus utiles d'entre eux, produit l'ordre admirable que nous voyons?
11 y a des mots que la science n'explique pas , et qui cependant s'imposent. Tel est ce mot de création qui unit le fini à l'infini , qui trouve à l'origine un Être qui ne peut point ne pas être, qui est indépendant du cosmos phénoménal, et qui d'abord a pensé, puis voulu (1). Par cette volonté seule, la matière a pu sortir du néant, puis de son inertie, et l'argile s'animer. C'est un mystère impénétrable, mais si l'on supprime une cause surnaturelle nécessaire, une cause ordonnatrice Bnale, aussitôt disparaît tout droit, puisque le droit dérive d'une notion morale préexistante et supérieure; et la force reste la maîtresse et la règle des actions humaines.
Une de ces planètes qui, dans l'immense durée des siècles, d'aériformes sont devenues solides, c'est notre Terre. Elle fut d'abord de feu, puis de glace, et au milieu de ces changements, elle ensevelit dans son sein des masses énormes, des amas immenses de cailloux, de grandes couches de coquillages et de reptiles, rois détrfinés du vieux globe, des forêts carbonisées, des restes d'une fiore et d'une faune différentes
deme, daui U Revtu nationale, 1379 ; Altsed Rnsasi.- Waliacb, TA^ peographieal ditiribution nf animal» urith a itudy of tht relaliom of Uvmg and exiintt faunai at ekteidatiitg tht ptut changea of tht earth'i ntrfaee. Londrei, ISTS; Sandys, In prineipio.
(1) IIiH&Tav tif Inoifiti. npaSolin, «Cts IfliXriaï, Saint IttiMis, I, IS, i. — ■ PhiloEOpbea st théologiens se «oot bien fatignéi pour éeazter le miracle, mais ioalilemeiil, puiiqii'ili n'ont pas aa te rendre inatils ni indiquer quelle eboM pourrait la remplacer ii o& il paraitMUt indispensable. ■ Strauss, Croyaneei viHUet .-l nouveiier.
318 LBS TBBNTR BBinitaSS AlflltBS.
des nfitres, doot l'arrangement atteste depuis combien de centaines de siècles existent l'organisme et la vie.
La doctrine de l'évolution cosmique, déjà énoncée par Aristote, puis clairement fonnulée par Leibniz, fut organisée en science par Geoffroy Saint-HUaire ; celui-ci mit en évidence l'unité qui préside à la constitution des animaux : il reste prouvé qu'à travers la série des êtres on reconnaît on plan primitif, une idée suprême qui les rassemble en règnes, en classes, en ordres, en familles, en espèces, comme en autant de cadres méthodiques. Ce qui fait acceptw Darwin [Ongtne de tetpéce, 1859), c'est le besoin que la science empirique éprouve de recueillir des analogies; mais, par ces analogies elles-mêmes, on ne peut qu'arriver & la région ab règne un Créateur unique, et ceux qui ont suivi Darwûi (Huxley, Wàllace, Agaasiz) expliquent l'inconnu par l'inconDU ; ils se renferment entre les limites de l'expérience qui ne peut donner l'idiée de l'être nécessaire.
Un plan, une volonté unique dirigent les êtres dans leurs évolutions merveilleuses, mais réglées, les élevant du degré le plus bas de l'animalité par des transitions insensibles; toutefois chaque coucbe fondamentale a une limite qui fait qu'une forme nouvelle ne peut se réduire à une autre. L'ordre des vertébrés, oil se manifeste de plus l'unité de plan, ne pourrait se rattadier à aucun autre, en dépit des efforts tentés pour y arriver. Entre le plus parfait des vertébrés et rhomme il reste une distance infranchissable, qui fait de l'hoaune un être différent, un règne distinct, grAceàla pensée, & la faculté d'abstraire, au langage (1).
(1) QctTKiTAQH lUmontre qns l'homme Mt diatinct dM antres animaui par des phéDomboea caractéiistiqDeB soumis aux lois de Kepler sur le mouvement, par des phéaominM de l'ordre pb^gico-chimique, TÏtal, animal, raiaotinable. Il reflue eu pol^géniitea une connaissance complète des ecieDCM natnnllea; il distingue absolument la variabilité des racsa et la transTonnatioD de l'eapbce ; et, en oomparant le rigQ« Tsgital et 1« rigne animal, il ddduit l'unité apëciflque du i^goe qu'il nomme te rtgne humain. Les innombrables Tsriations, qu'ont subies des plantea et des animaux transportés dans d'autrea reloua, hii eifdiquent lea diffdrencea qu'on reDOoatre chez les honmea pour la couleur, lea chsTeui, la conformation du talon, l'angle facial, la taille qui rarie d'un mfetre (chet Isa Boscbimans) à l',d3 (chez les habilanta des lies de Tonga). Il confirme cee preavea psr l'hybridisme, déj& diffloile dans Jes animaux, et, qui est impossible dans l'homme, tandis que le métitage ; est commun. Ensuite & l'aide des lois générales, communes à tous les Itres organiaés, il rérula les théories fondéesBUr quelque accidentel sur la morphologia,eD dehors de la pbjaitdogîe.
LES 6CIBHCBS HISTOUQUES. 819
ha géologie, la plus récente des sciences, hésite encore sur l'ftge des stratifications de notre sphéroïde et sur l'origine des terrains diluviens ; de la théorie des cataclysmes de Guvier et d'Élie de Beaum'ont, elle passe à la théorie de révolution de Darwin et de Spencer par des causes toujours agissantes; du système d'un centre anthropologique, elle est venue à la doctrine d'un perfectionnement universel ; mais toujours on est d'accord sur une progression hiérarchique des élres inférieurs aux êtres supérieurs, et toute la série des organismes aboutit à l'homme.
De ces straU&catious des terrains, avec la faune et la flore qu'elles renferment, des observateurs, pleins de sagesse et sans préjugés, ontcru pouvoir déduirel'Age, le climat de la Terre, les espèces qui habitaient les diverses régions, espèces qui différaient des nôtres et dont quelques-unes ont disparu.
Un âge est venu, — qui sait après combien d'autres Ages? où notre hémisphère était en partie couvert de glaces ; avec leur fonte a commencé l'époque quartemaire. Peut-être seulement alors l'homme parut; mais en vain a-t-on étudié les débris de squelettes trouvés dans des cavernes ou dans des terrains d'une antiquité qu'on ne saurait apprécier (t), on n'a pu arriver & la certitude que la science demande.
On voudrait voir des indices de l'état sauvage de l'homme primitif dans les villages lacustres, bâtis sur pilotis au milieu de marais et de lacs, et oii, l'on retrouve des restes de sa nourriture avec des instruments grossiers fabriqués par lui, tels que flèches, couteaux, marteaux de silex,àt'aide desquels parfois il taillait, sur des os qu'il avait rongés, de» figures d'animaux d'une époque très ancienne. On remarque surtout
(1) Un fait étrange, c'est que beaucoup de crlaei prébistoriquai «ont trépan^B, cerUinement arec des couteaux ou des scies de Bilei, et non «Tac des Mpuia, pniaque la coupure «et elliptiqne. Quelques-uns ont subi oeUe op^rfttioii sprâi la mort ; d'autres, pendant que le sujet Atait riTant et tutoie Jeune sncoro, comme 1« prouva la reconatitution des dâbrls. 8ony«al dans le crtne on trouve ud morceau d'oB de forme ronde, aalevd i un autre crlne. C« fait, reconnu seulement aprës 1874 dans les déblaiements d'une colline pris de Paris, ne saurait s'expliquer qu'en supposant des initiationi et des superatitions par rapport k l'ime et A une vie future. Nicolucci avait fait eu Italie une précieuse œllection de crines que notre gouvernemeul n'a pu acheter et qui a été transportée en Amérique; il en avait trouvé quelques-uns polis sur la partie externe, et précisément k la intare lambdolde gauche (occipito- pariétale). HjsIËre t mais on peut du moins coDcluie qn'i. cette époque les hommes étaient moins grossiers qn'oo ne le pense généralement.
3f0 I.E9 nniTB DRBHI&BBS AimÏBS.
les coquillages pétrifiés du Brésil, leiparadero de la PaUgonie, les tepe de la Perse , les débris de cuisiue (KîokkeftmôtHngi) du Danemark, et, pour un genre analogue, les terramares, amas de terre argileuse entre les Apennins, l'Adriatique et le PA, dans lesquelles on trouve en abondance des débris d'animaux et des vestiges de l'industrie des époques les plus reculées.
D'après ces données, on a voulu distinguer un âge de pierre brute [areheoliUca), où on ne savait employer que le silex. Puis est venu l'âge de la pierre polie (neoAYica], où on trouve avec les marteaux, les couteaux, les flèches, quelques ornementations, des vases d'argile cuits au soleil, des cordes faites de l'écorce des arbres, des meules grossières, des murailles en pierres sèches et jusqu'à des canots pour la navigation et la pècbe. Tout cela révèle des hommes qui chassaient, péchaient, faisaient la guerre.
Plus tard, ils employèrent le cuivre qu'ils durcirent en le mélangeant d'étain. De cet âge, qu'on nomme l'âge de bronze, il nous reste des épingles, des amulettes, des vases, des ornements de femme et des armes. Ce n'est que S,000 ans environ avant notre ère qu'on emploie, pour des statuettes, pour la monnaie et les chars , le fer, maintenant si commun et devenu désormais un instrument essentiel de la civilisation. Par le passage de l'âge de bronze â l'âge de fer, nous arrivons déjà aux Étrusques , 300 ans avant la fondation de Rome, c'est^i-dire à 30 siècles de nous. Pour la Scandinavie, la première période de l'âge de pierre se place 3,000 ans avant J.-C. (1).
Que signifie donc l'expression homme préhUtoriquef Gela ft veut-il dire : homme plus ancien que tons les souvenirs? "' Mais que savions-nous de l'Australie avant Cook, ou de l'Amérique avant Christophe Colomb, et même de l'Italie avant Homère? L'Amérique était sauvage lorsque l'Italie triomphait dans l'âge d'or des beaux-arts. La grossièreté n'est pas une preuve d'antiquité. Que si ces restes prouvent, pour l'espèce humaine, une antiquité plus grande qu'on ne
(() Voyai Wonte, daut le Nordiifi Tidikrift fur vcItTuitg), Komt oeh Indastrie, dans la premier numéro de IS73. D&di l'Académie de Hongrie, on ï fait une Arclixologiai KOtieminyeki, sur lei débrii prébisloriquei, mais principalement pour l'&ge des Celtes. La question des origines ; a éti traitée par l'arcbeTique de Kolooza, Ml' Haynald, maintenant caii]inal, fc l'atiniTersaire du botaniste Philippe Paiialore (utenoedu tS juin 1878).
LES SCIKNCES HISTOUQDBS. 3S1
supposait naguère, Us ne sussent point pour démontrer que l'bomme vivait partout en brute et en antbropophage, puisqu' aujourd'hui encore des peuples entiers dans la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie ne sont pas daas une condition meilleure. Aux Ues de la Terre de Feu et au détroit de Magellan, on rencontre des tribus entièrement nues, malgré l'extrême rigueur du climat, ou couvertes tout au plus d'une peau de loup marin, si facile à disposer en vêtements. Cbez ces sauvages, on trouve une misère et un abrutissement qu'on ne peut imaginer; ils ont l'air stupide, ils sont maigres avec des muscles vigoureux, leur seul langage est une suite de nasalités très accentuées; ils savent fabriquer des instruments de p6cbe, de chasse, de guerre; leurs tanières peuvent & peine s'appeler des cabanes ; dans des pirogues, faites avec l'écorce des arbres ou avec des troncs creusés, ils s'exposent aux tempêtes de cet archipel ; ils ne vivent que des mollusques qu'ils ramassent sur les plages ; et l'occupation des femmes est de maintenir dans ces embarcations un feu bien nécessaire parcesgrandsfroids (1).
Gescrftnes si petits, ces épées minuscules, comment les conçoit-on avec les mastodontes qui alors parcouraient nos régions? Les armes de silex se trouvent à fleur de terre, ou bien ensevelies avec des armes de bronze, des vases faits au tour, des émaux, des monnaies, des joyaux; on a retrouvé des flèches de silex dans un hypogée de Tbèbes de l'époque des Lagides ; on en a tiré d'autres de tombes oii elles étaient mêlées à des métaux travaillés. On avait L'habitude de déposer avec les cadavres des objets qui se rattachaient h de très anciennes traditions. Bien des choses paraissent anciennes parce qu'elles ont: été oubliées ; d'autres se sont conservées dans les pratiques religieuses : ainsi les juifs se servent de couteaux de pierre pour la circoncision, et l'Église exige qu'on se serve d'huile et de cire, bien que, dans l'usage domestique, la stéarine et le pétrole les aient remplacées. Si une de nos villes demeurait ensevelie, on y trouverait un jour des palais à cAté de chaumières, des porcelaines et des poteries, des machines à vapeur et de grossières charrues, des broderies et des baillons, des cuillères d'argent et d'autres d'étain ou de bois, des gourdes et des outres pour le vin et des bou-
332 LES IHBHTS DBSnàBKS ARHâKS.
teilles, des pipes dégoûtantes et des eaux de senteur, des cuisines économiques et la polenta. Les poutres du pont Sublicius, le premier que les Romains jetèrent sur le Tibre, n'étaient fixées qu'avec des chevilles de bois (1), Les deux dernières classes de citoyens, d'après la division faite par Servtus TuDius, n'avaient pas d'épées, mais des javelots (2), et quand on vit le premier bouclier de métal , on le crut tombé du ciel (ancilia) ; dans les rites religieux primitifs, on rejetait tes vases de bronze pour n'employer que ceux d'argile ; ils étaient faits à la main et mal cuits à feu découvert. Tite Live cite, parmi les rites féciaux, la victime abattue par le prttre cwn saxo tUiceo, et il remarque que, jusqu'au temps de Serviue Tullius, les armes étaient omnia ex xre (3). Et cependant nous trouvons le fer déjà, dans les pyramides d'Egypte.
L'Italie présente un merveilleux rapprochement des temps préhistoriques et des temps nouveaux. Dans les habitations lacustres bftties sur pilotis , on a découvert des vases et des ustensiles de cuivre et de bronze, des verres, des inscriptions : \'xi rude A été trouvé à PérouseetàGenzano; dans les stations de Bodio, sur le lac de Varèse, on a rencontré avec des fragments de pierres et d'airain cent pièces de monnaie des derniers temps de la république romaine. Dans la grotte de Tibère entre Imola et Faenza, des tdts de vases primitifs étaient mêlés à des figurines de bronze. Dans les lerramatta de l'Emilie, on reconnaît des rapports avec les tourbières du Danemark et les habitations lacustres de la Suisse, et cependant là déjà on rencontre et le cbëne commun et les ouvrages de bronze, qui se retrouvent dans la nécropole de Villanova et dans celle de Marsabotto, où se montre la riche civilisation étrusque. Les géologues romains ont établi une échelle chronologique pour les couches amassées aux Acque ApoUi' nari, où sont déposées l'une sur l'autre les offrandes votives que les dévots jetaient dans ces sources salutaires : il y a d'abord le silex, puis Vxs rude, puis Vxs grave, puis divers ex voto du culte païen.
(1) Dbnys d'Halioarnass», lu, *5, T. 2*. — Plinb, XSXVI, 100.
(2) RvBiNo, Beitrage iitr Vorgtschichtellalieiu. — KEi.yriaB,,-Z.irallilalitehen Kullurvnd KuntlgticKichte ; Leipiig, 1878.
(3) Lucit&CB, dans tes rert, diaoït k son tour :
Arm* uittqum nuaai, nngusi. deaUaqaa fiiflinnt. Et lapidas et llsm B^lvanim n^grain* runi ; Pmteriiu ferri vis •>( Brisqns reparla ; 8ad priHB Biii crat qoam ferrl cognieu uni.
L8S BCIBKCBS HIBTOBIQUBS. 393
Lorsque Mariette fit exécater des fonillesà Abydos, les ouvriers employèrent des instruments de pierre. Aujourd'hui encore, au Japon, on se sert de flèches de silex, comme sont les lances d'un grand nombre de Bédouins. Donc, probablement, h la même époque rivaient parallèlemont des peuples qui n'étaient point rabaissés jusqu'à l'état sauvage, et qui, dans leurs migrations, introduisaient les arts, les mœurs, les habitations, la famille, les cérémonies religieuses, en un mot, la société civile qui allait se perfectionnant peu à peu, parce que chez l'homme le progrès peut se transmettre : il n'en est pas ainsi de la brute.
N'est-il pas prouvé que les pasteurs de la Mésopotamie et les docteurs de la Chine savaient plus d'astronomie que les sages d'Éphèse et d'Athènes? Les nations sauvages des Cyclopes et des Polyphèmes vivaient en Italie, quand déjà la Grèce chantait VOdyaaie, et leur éducation fiit bientôt faite, dès que les thesmophories leur apportèrent des régions plus avancées le mariage fixe, les lois et les rits religieux.
Ces œuvres indiquent donc plutAt une marche de l'esprit humain qu'un Age du monde ou un passage de l'animalité h la civilisation : quelque grossières qu'elles soient, elles attestent la supériorité de l'homme sur les animaux, puisqu'il sait se préparer des instruments, travailler pourune&n, c'està-dire raisonner. Puis le don de la parole non seulement l'élève au-dessus de tous, mais aussi le distingue de tous; dès lors on peut reconnaître que l'homme descend d'une seule souche, malgré les altérations subies dans les dilTérentes espèces caucasiennes, noire, jaune, brune. Le langage est un trésor de sagesse qui surpasse toute réflexion ; il ne doit point son origine k la réflexion ni à la conscience, parce que dans le premier usage de la parole on trouve une telle richesse de conceptions métaphysiques et de force logique, qu'on ne peut arriver à l'expliquer; d'autant plus qu'après Être parvenue à une certaine perfection, et aux époques où il y a plus de réflexion que de spontanéité, toute langue semble entrer en décadence sous le rapport de la richesse, des formes et de la délicatesse de l'oi^anisme, bien que la civilisation aille en progressant. Si riche et si complexe, le langage ne peut être l'œuvre d'un seul individu ; avec une telle unité, il ne peut être l'œuvre d'un grand nombre. Les difi'érences essentielles des divers groupes de langues n'empêchent pas une certaine uniformité dans leur évolution générale : il y a comme
nu LES THHItTE DKBlItfeBBS ARKËBS.
un instinct comiûun à l'humanité, qui gouverne le déve-
loppenaent des divers langages selon les mêmes lois.
La science la plus récente et la plus indépendante des physiologistes comme des philologues confirme l'unité d'origine pour les races humaines et pour le langage, et, lors même qu'on refuserait à Moïse l'autorité de l'inspiration, on ne peut lui refuser d'être un observateur admirable et impartial.
L'unité du langage indique l'unité de nature et l'unité de pensée, c'est-à-dire de la faculté de connaître l'être. Et cependant nous trouvons des croyances diverses. N'est-ce pas une preuve de la dispersion du genre humain, autre tmi biblique, comme la variété qui apparut dans les langues lorsque la vérité traditionnelle fut remplacée par l'erreur?
Hais celui ou ceux qui ont inventé le langage, c'est-à-dire qui ont vu que par la parole on pouvait exprimer les idées, après qu'ils eurent compris que nous avons des idées, ceux-là devaient être des génies transcendants. Or comment concilier cela avec la brutalité des âges préhistoriques? comment expliquer que les langues sont d'autant plus synthétiques qu'elles sont plus anciennes, et que chez les barbares eux-mêmes elles ont des délicatesses désapprises par la civilisation qui grandit?
L'homme studieux ne doit pas ignorer les recherches et les conjectures de ces grands chercheurs qui, avec une persévérance mêlée de tristesse, vont à la poursuite de l'infini qu'ils ne peuvent atteindre. Hais il s'abstient d'établir un édifice sur des systèmes en désaccord et même en contradiction entre eux; et quanta l'étemilé de la matière, à la génération spontanée, à la chaîne embryonologique de Lamarck, à la transfoi^ mation des espèces de Darwin, à la lutte pour l'existence, à la sélection, il ne consent pas à les accepter derrière un inconnu qui prétend expliquer l'inconnu, comme sur des hypothèses qui se dérobent à l'expérience et que peuvent renverser demain des faits ou des raisonnements nouveaux. Ainsi od soutenait hier avec Renan que le monothéisme est un instinct de la race sémitique : aujourd'hui, avec Soury, on prouverait que les Hébreux étaient polythéistes. Récemment les plus grands physiciens raisonnaient sur les corps impondérables. A l'invariabilité des corps célestes, admise il y a un siècle, OQ a substitué la belle théorie de Laplace qui trouve, dans ces rorps, des transitions progressives et des ftges divers, dont témoignent les analyses spectrales. Quiconque se fie aux sys-
LES SGIBltCBB HISTOBIQUBS. 3i5
tèmesestsouveat contraint de changer demain ce qu'il a écrit hier. Ainsi la ligne qae parcourt le Soleil en se rapprochant de la constellation d'Hercule, semble une ligne droite, parce que nous calculons seulement une faible partie de son immense ellipse. Or comment s'assurer des temps où manquait l'être qui seul a le concept et la mesure du temps?
L'histoire ne peut s'attacher à un homme de fantaisie, mais à t'faomme réel. Sa matière propre et véritable est l'évolution spirituelle de rhum^ité,dans laquelle les volontés individuelles, bien que dirigées & des &ns particulières, concourent au progrès de ta société entière. Ce progrès est continu, mais il faut bien le distinguer du bonheur des individus. ■Dans ce progrès il y a une cause qui dîS^re des desseins des individus; c'est une volonté universelle, que les individus ne connaissent pas et qui identifie l'&me des particuliers avec l'âme cosmique. Les anciens ont appelé cette volonté le Destin, et c'était la prédestination' absolue du lien causal; les chrétiens l'ont nommée la Providence, c'est-à-dire la sage coordination de tous les moyens à une fin ; les modernes ont trouvé le nom de Rationalisme empirique, suivant lequel l'histoire résulte de|ractivité des individus qui agissent inconsciemment d'après des lois psychologiques, mais sans Dieu, et en niant tout ce qui est un objet de croyance et d'amour. Lorsqu'à des faits incompréhensibles on substitue des imaginations incompréhensibles, mystère pour mystère, il vaudra toujours mieux s'en tenir à l'idée qui s'harmonise davantage avec les antres vérités et est plus d'accord avec la grandeur dans la conduite.
Quand m6me les physiologistes ne démontreraient pas les b différences oi^aniques qui caractérisent l'homme, l'bomme possède le feu, qu'il lui ait été donné par te premxtha (moi^ ceaux de bois frottés l'un contre l'autre) ou par le Prométhée qui l'a ravi au ciel. L'homme a des facultés intellectuelles, indéfiniment perfectibles : il a le langage qui rend possible d'une génération à l'autre la transmission des connaissances acquises ; il a des idées supra-sensibles qui sont nécessaires à la vie morale et religieuse : il sait discerner le droit, le devoir; le mérite, le démérite; il a le sentiment de la responsabilité, la croyance à des êtres invisibles et à une vie au delà de la tombe. L'instinct ne trompe pas les animaux : si ce sont là des instincts, pourquoi le sentiment et l'espérance de l'avenir tromperaient-ils l'homme?
3S6 tBS nUDITB DIimftiBS AH>ttS.
On peat vanter l'intelligence des animauz sans descendre ponr cela à l'iaconscienee dans rhomme, sans accepter une humiliante généalogie, contredite par les espèces fossiles aussi bien que par les espèces vivantes, par les faits paléontologiques aussi bien que par la faune actuelle, en s'appuyant sur la seule morphologie (i ). Le judaïsme et le christianisme ont horreur de cette fraternité avec les brutes ; ils distinguent entre la sensibilité et l'intelligeDce ; ils reconnaissent en Dien l'éternité, dans Adam le temps, dans l'homme le moment éthique, c'est-à-dire l'origine et la nature; le moment juridique, c'est-à-dire )a liberté et par conséquent la responsabilité de ses propres actes; le moment politique, c'est-à-dire l'usage que l'homme fait de ses droits et ses inclinations sociales.
Qu'on ne s'eETraye pas cependant des vérités qui semblent compromettre nos convictions religieuses. Les démonstrations de la matière ne nient pas l'existence de l'esprit, de la conscience ; ce sont des vérités d'ordres différents, qui pour^ tant s'harmonisent entfe elles. Ceux-là pèchent contre la raisonnement qui, de tonte découverte, se font une arme contre la foi ; de même ce serait nne erreur de s'occuper i apporter, comme une preuve des assertions bibliques, des découvertes qui peuvent se retourner en objections contre la Bible (2). Tout ce que renferme la Bible est vrai, mais, quoi
(11 Usa l'> tait bomma, M and Ja ta fali liiie*. (V. Bneo.]
( L'homme, comme itra phjaiqne «t comme itn intolligent, est l'anne de la D&tura; c'est pourquoi non Mulement ton èlre, mais encore ua kotiona. eei penaâei, la roloaU, sai aeutimenU ionC fataleme&t sounùa &uz loia rtg^lalricee de l'uniTara. n (Bochnk», Force et matièrt, chap. il.) D'apria Darvin, le droit u'eat qne l'accord dea ioatincta individuels avec l'iustinet aocial; c'eat l'harmonie paaaagbre d'un beaoiD qui m'est perwnael avec lea exigancea de l'eap^ca S laqiudle j'appartiena pour le moment-
{%) A la auite de Cuvier, noua avions affirma que l'homme foaaile n*eiiale paa.
> La aeule chose qu'on doit chercher dana lea falta, c'eat la virit^ ; celui qui a peur de lea examiner donne lien de aappoaar qn'il n'eat pat certain de (M principaa... Une cannaittance plna Alerée de la TiriU fait voir l'accord entre dea TéTil^BBUbordonDéea,qui,au premier aspect, peUTent sembler oppoaées... L'esprit humain se cantonne volontien dans une qneatioQmalposÎJe.ii
t Dana toutes les questions traitées arec dédain, il 7 a plus d'avantages i attaquer qu'è^ dérendre. Rien ne sert autant à faire rire les hommes d'une chose que de leur rappeler qne, ponr d'autre* hommes, cette chose eali^ riettse et importante ;car,pour qttelqaea-uns,un signe dTtdent de leur anp^ rioritë est de ae rire de œ qui occupe et domina l'esprit d'antres hommes... Celui qui chercha siacëremsnt la vérité, loin de se laisser e1Tra>er par le ridicuIe,doitsonmettreiun libre examen leridicnle Ini-m^me. ■ HAinoNt.
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qu'en disent les Protestants, la Bible ne contient pas toutes les vérités, et l'inspiration divine de ses auteurs se borne aux points de dogme et de morale. Dans cette conviction, au lieu de précipiter les inductions, ayons le coura^ d'attendre sans noQS effrayer ni nous irriter. Des découvertes dans l'histoire naturelle ou des arguments philosophiques semblent contredire la fiihle*? Il faut non seulement vérifier ces assertions, mais aussi voir si le texte biblique a été bien cooipris, le séparer des légendes populaires avec lesquelles on le confond et par lesquelles on le défigure souvent. L'Église a la mission d'interpréter ce qui concerne la foi, la morale, le salut des Ames, en imposant sa croyance comme le résultat de l'accord des Pères et des siècles; mais l'histoire, la géographie, l'archéologie peuvent pousser leurs recherches au delà de l'interprétation commune d'un texte. Pourquoi se priver des nouveaux secours de la science?
Depuis que la science a démontré que l'univers, les corps, et même notre constitution morale et intellectuelle sont coordonnés à un principe bien pins mécanique qu'on ne le supposait, les orthodoxes eux-mêmes ont changé de langage avec les progrès intellectuels. D'abord on acceptait la Genèse au sens strict; puis on y reconnut le récit d'un père qui parle à ses enfants en employant le langage du t«mps, mais qui les a dotés de facultés qui se développent et les rendent capables de révélations plus précises. Des personnes sages autant qu'intelligentes assurent que la Bible ne fixe pas le temps de la création de l'homme , mais qu'elle la raconte comme un fait concernant tout le genre humain. Pour les faits postérieurs, elle les entend du peuple élu : par exemple, quand elle dit que le déluge fiit universel, que tons les peuples construisirent la tour de Babel. La foi nous donne une création ; l'histoire , un premier homme ; tous nous venons d'Adam; peut-être nous ne venons pas tous de Noé (1).
(1) MuUa in Seriplurii laaelii dieuatur juxlù optnfonfm ilHui Umporit, qaogtiia rtfentntur, et non juxta ^iu>d rti verilat conlmeial. S. Hibron< io Jarsm., xzni, 10-11; Uatth., kit, S. Saint ThQmu regarde tonnât commsnu prinoipa indiicuUbl* que tKundum qptnfonm popvU lo^tur Seriptura. De là DanM a dit, Pvrg., iv i
Per quaalo la Sdittura oondluands k nMtn tacnH*»*, • piadl a naiii ADio attribab» ed âllra luttade.
Aujourd'hui enoore lee aetronomea diient que le aoletl se l^e, qu'un utra M oouohe, etc. L«i PP. Jtenîlei traît«nt «ouvent ce tujM dua leur
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On place le berceau du g^enre humain dans le grand plateau de l'Asie, borné au sud-est et au sud-ouest par l'Himalaya, à l'ouest parle Bolor, au nord-ouest par l'Ala-Tau, au nord par les monts Aital, à l'est par le Khing-Gan, au sud par le Felinan et le Kuen-loun. Là seulement on rencontre les trois types des races humaines, les trois formes fondamentales da langage , la forme monotyllabiqae du chinois et du siamois, la forme agglutinante du malais et du japonais, la forme fleâve des langues iraniennes (1). De là nous sont venus les animaux domestiques et les grains ; de là sont sorties les diverses races qui, sous l'inllaence de l'hérédité, du croisement, du climat, sont devenues distinctes par des caractères extérieurs, anatomiques, physiologiques , pathologiques.
Et l'histoire universelle, en montrant que fhomoie se perfectionne , demeurera la plus solide protestation contre l'athéisme, qui afBrme gratuitement l'éternité nécessaire de la matière, et contre les doctrines des atomes, mises en avant par l'école allemande à laquelle quelques Italiens et quelques Français font écho. Nous ne voulons pas faire ici un traité de théologie , mais il nous semble qu'il n'y a ni histoire ni civilisation possibles, si l'on ne reconnaît pas l'unité du genre humain, d'où découlent la fraternité universelle, le droit, la justice. Enlevez-la, il ne restera que l'arbitraire du plus fort. Niez la permanence de l'espèce humaine, et on ne cherchera plus que les moyens les plus opportuns d'améliorer les types et les races ; les lois économiques et morales disparaissent ; l'esprit de charité est condamné, cet esprit qui est la plus belle gloire de notre temps et qui, à la maxime (I Chacun pour soi » , oppose le précepte : « Aime ton prochain comme toi-même, u Si notre espèce n'est fixée qu'acciden-
pricieiue rsTua Études religieuiet; vayai surtout \m nnm^roB d'oetobr* 1S6G et d'&Tril leSS ; et U Revue dei gvettiotu hUtoriques, où il fant lira, de l'abb* P. ViaoDKoux, la Coimogonie biblique tCapri» U» Pire* de FÉglite; et de Ch. ds la V&ij^B-PoniaiN, ta Certitude en géologie.
(1) Uu UoUer le poM oette qneation : Pent-on admettre une origine eammniie ponr toutei lei Ungii«a humBinest BC il répond EUU hMter : B Noos la pouTODi... Il eit téméraire d'attribuer aa langage dee priiioipee divera et indépendanU, «tbdI de présenter on eenl argameut qni éUtbUue la néceuité dé ces différenoei : l' imposai hili té de l'origioo commune dn langage n'a jamaie été démontrée, k Sdnir« dv langage (Paria, IBSt), p. 354. Et, à la page 366, l'auteur confesse l'origine unique de l'esptce humaine, et it i^oule : • Si une telle crojanoe avait eu besoin d'une coa- Snnation, elle l'aurait trouvée dans le treTail de Darwin, De COrigine des ttpicti. "
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tellement, par nne évolutioD , où elle est arrÏTée en partant de la brute , et d'où elle s'élèvera par la lutte de la vie, je ne suis pas plus lié avec mes semblables qu'avec le sioge ou le crapaud; je ne secourrai pas les nécessiteux; je me garderai de venir en aide aux estropiés , aux mendiants qui engendreraient d'autres misérables, et feraient surgir demain d'autres malbeureus; il faudra perfectionner, non point les petites gens , mais les classes élevées. Ce n'est pas avec des doctrines semblables qae l'bistoire pourra aider h la réorganisation & laquelle la société aspire avec inquiétude, au milieu de ces incessants bouleversements économiques, industriels, politiques et religieux.
Devant les progrès de la science faat-il rejeter ce livre sur lequel, depuis tant de siècles, se fondent les croyances des peuples les plus cultivés? Laissant de c6té son autorité divine, faut-il nous justifier d'avoir accepté ce livre comme le principal document bistorique? Voici' comment procède son récit.
Puisque rien ne se fait de rien , il nous présente un Diea personnel créateur , qui, avec un plan et un but , crée l'univers. Ses jours sont des milliers de siècles; mais l'ordre dans lequel ils sont exposés ne contredit pas les données de la science. Aupremierjour, ilyale cIiaos;puis, comme dans les systèmes modernes, vient la lumière qui revêt ensuite le soleil et les étoiles; pen à peu se forment les animaux', sortant des éléments de la création primitive, jusqu'à ce qu'enfin l'homme soit créé avec sa compagne : c'est le tronc unique de l'arbre dont les rameaux doivent couvrir la terre.
Dieu conduit les animaux devant l'homme, et celui-ci leur donne à chacun son vrai nom. L'homme exerce ainsi sa raison et son langage , qui sont ses deux grands caractères distinctifs. En pensant, il reconnaît le créateur; en contemplant la créalure, il s'aperçoit qu'il existe quelque chose hors de lui.
L'homme était intelligent et libre : il devait donc agir, non par instinct, mais par la connaissance et la voleaté. 11 était libre, mais soumise l'ordre; il devait vouloir ce que Dieu veut. Et Dieu, comme une épreuve, lui impose une seule défense. L'homme la viole; et alors son intelligence demeure obscurcie, sa raison affaiblie, sa volonté déconcertée.
A ce moment commence un travail qui doit fttre une restauration; & la sueur de son nront, l'homme soumettra la
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natura, len se perfectionnant lui-in6me et les choses gai l'entourent, et en espérant un réparateur qui lui est promis.
Quelques traditions primitivea, comme celles d'un grand déluge, d'une arche qui sauve les restes dn genre humain et des animaux en les portant sur des montagnes élevées , sont conservées aussi dans des docaments très anciens que notre temps met en lumière.
Parmi ces patriarches, on a la foi à un Dieu créateur et conservateur; on a la loi naturelle et la croyance an ch&tîment d'une désobéissance; il y a des cérémonies réglées, des offrandes expiatoires, des holocaustes, la sanctification du sabbat. Cette foi , toute de confiance et d'obéissance vis-àvis de Dieu et de sa révélation primitive et quotidienne , vient au secours de la raison , comme la mémoire vient en aide & l'intelligence; c'est le libre assentiment de l'intelligence & la parole révélée ; c'est la foi à des miracles qui cessent de répugoer dés qu'on a admis le premier miracle.
Mais l'idée de création s'obscurcit. L'homme, par sa seule raison , est incapable de s'élever h la conception d'un être premier, absolu, nécessaire ; en contemplant les phénomènes, en admirant la magnificence des cieux, il s'attache aux causes secondes ; en dépit de la tradition , le sentimeot universel de la divinité devient une erreur universelle en se résolvant dans le naturalisme, ou dans le dualisme pour expliquer le bien et le mal, dans la doctrine de l'émanation, dans l'anthropomorphisme, dans le panthéisme; on se représente Dieu semblable & l'homme ou au monde. On donne une Ame aux êtres matériels ; on personnifie Dieu dans la créature, on divinise les astres. Cependant il y a toujours une divinité supérieure, jusque dans le polythéisme le moins conforme à la raison, comme l'est celui d'Ovide.
Ce n'était donc plus assez, pour l'intelligence humaine, que la connaissance du bien,ât la vérité reconnue en Dieu, en elle-même et dans le monde; il fallait qu'une autorité suprême lui impos&t, d'une manière sensible, des actes de vertu : c'est le Décalogue.
Voilà une autre genèse historique ; et on ne voit pas pourquoi elle serait exclue par les railleurs de ces vastes entassements d'hypothèses, à l'aide desquelles la science se fatigue à chercher les origines non seulement du monde, mais aussi de la pensée, de la conoaissance , du moi' et du non moi.
Ia pensée orientale , qui ne connaît pas les limites du temps
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et de l'espace , est arrivée au panthéisme , c'est-à-dire h l'anité de substance avec la ditersité des formes; U, tout est Dieu, excepté Dieu.
Pour la sagesse grecque, l'évolution naturelle est symbolisée par le mariage, par la semence , par l'œuf; mais on ne remonte pas au premier 6tre; il en résulte de la confusion ou des absurdités. Des esprits plus vigoureux imaginèrent des forces inhérentes & la matière, l'eau, le feu, les nombres ; mais comment chaque élément a-t-il pu prendre la place et l'office qui lui convenaient? Les diverses écoles s'appliquèrent à cette recherche, et aboutirent à un démiurge qui organisa la matière, le chaos, sans chercher d'ob il venait. On n'arriva pas à concevoir la durée et l'espace : on ne connaissait pas l'éternité et l'immensité.
Mais tous se figuraient un Age d'or, après lequel l'homme alla en déclinant (inox datttros progeniem vitionorem) ; tous cependant, à l'exception peut-être du seul Pline , rehaussaieat la nature de l'homme : c'est le contraire de la philosophie actuelle qui fait venir l'homme dn singe, et veut assimiler ses qualités à celles de la brute.
Ainsi nous arrivons déjà aux temps historiques, à une chronologie où nous n'avons plus besoin de la foi. Mais, en suivant ce livre, nous rencontrons, et souvent nous résolvons les plus graves problèmes. Comment naît l'idée de justice? Gomment l'homme a-t-il pu, de l'égolsme qui, diton, lui est naturel, passer à l'altruisme, dont on a inventé le nom, mais sans savoir eu donner la raison? S'il n'y a que des lois biologiques, il n'y a plus de droit constant, fixe, indépendant des coutumes, supérieur à ces coutumes, distinct d'elles et capable de les juger.
L'indiTidu dans quelques races privilégiées est devenu l'homme civilisé. Ce fut un accident : cela pouvait ne pas arriver, et l'homme pouvait rester toujours parmi les animaux sans parole, ou bien une autre espèce que la sienne aurait pu s'élever à cette hauteur. Mais quelle moralité absolue peut-il donc y avoir pour une espèce ainsi soumise à de tels changements? 11 ne resterait donc plus qu'un seul principe, l'utilité de l'espèce; vaincre, voilà le droit; le devoir, c'est la nécessité de vivre selon l'espèce. La société a traduit en lois de la morale ces nécessités organiques de l'espèce. Mais qui nous oblige à ces lois?
Si l'on admet la continuité non interrompue des forces et
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des phénomènes depuis la premiëre cristallisation minérale jusqu'à l'héroïsme humain, continuité réglée par une nécessité mécanique et dynamique, il n'y a plus de justice qui règle le fait social et s'impose à l'homme; il n'y a plus d'objet ni de sujet d'un droit quelconque; il n'y a plus d'histoire, si l'histoire de l'humanité n'est qu'nne branche de la physique, si l'homme est simplement un'phénomène naturel, où l'atome n'a pas plus de droits et de devoirs que la molécule minérale qui se cristallise dans de certaines conditions; l'ordre moral se confond avec l'ordre physique d'où il dérive.
Il semble que des hommes sérieux devraient arriver à une conviction, d'autant plus que ce sont U des erreurs d'esprits d'ailleurs sains; et cependant les controverses deviennent plus vives parce que des deux côtés l'imagination transforme l'argumentation de l'adversaire, supplée aux défauts de celle-ci, et au mérite de la ndtre. La discussion gagne à mettre de cAté l'esprit de contention, d'àpreté, d'exagération ; à réunir les esprits pour découvrir l'erreur, trouver la vérité et arriver à se tromper de moins en moins dans les causes finales. 11 y a une continuité , oui, mais pour les lois et non pour les substances : c'esirà-dire que la distinction des fitres et des différents ordres de phénomènes persévère dans ie progrès uniforme de la loi.
Nous avons recueilli ici ces éléments de toute histoire sociale, non pas tant pour notre justification , que comme une exposition des travaux modernes. Mais si la démangeaison de tout innover poussait notre génération à renier les mérites de ceux qui nous ont précédés, ceux-ci se lèveraient de leur tombe , eu nous criant : « IngraUl »