‹ Les trente dernières annéesChapitre 5 sur 69 · ESSAI BIOGRAPHIQUE ET LITTËRAIIIE. U · texte numérisé non relu

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET LITTËRAIIIE. U

sèment de ses devoirs, dont le premier est l'obéissance à ses supérieurs. Vous Atezla cousécration aux cimetières que vous voulez rendre communs entre les catholiques et les dissidents; vous 6tez la bénédiction au mariage, a

Après cette rapide discussion, il développa la thèse au point de vue historique ; ici il ne faut plus extraire, il faut traduire :

« Au temps des Romains, dans les Paudectes, comme dans les Institutes de Gaïus, il est permis à tous les cïtoyeus de se réunir comme ils le veulent, sous les règles qui leur plaisent, pourvu qu'elles ne soient pas contraires à l'ordre public, et pour toute espèce de but, fût-ce pour s'assurer une sépulture. L''acquisitjon des biens est permise et, au cas où l'association se dissoudrait, les biens sont consacrés au service de ceux & qui ils ont été destinés lors de la fondation.

« Le christianisme accomplit sa mission sociale, ^e succès de celle-ci était la garantie du succès de sa mission morale. On arrive au moyen âge ; quelqu'un (l'honorable Ugdulena) a dit que je voulais retourner en plein moyen Age. Il me permettra de rappeler que j'ai, peutêtre le premier en Italie, proclamé la nécessité d'étudier le moyen &ge : au lieu de le décrier, je l'ai considéré comme un grand progrès sur l'antiquité, comme un champ de bataille entre le passé qui s'affaissait et un avenir qui n'était pas encore édifié. Mais celui-là seul qui sait se dégager de l'esprit étroit et sectaire de notre temps, peut entrer eu communication avec l'immense humanité.

« Je le répète, nous avons beaucoup à apprendre du moyen ftge et peut-être aussi beaucoup à lui emprunter. Comment ne pas désirer que la société de nos jours soit encore fondée sur les croyances, sur le respect de l'autorité; qu'un pontife désarmé puisse encore citer du fond de l'Allemagne un empereur à venir rendre compte de la violation de la loi constitutionnelle; que les caractères forts, fiers et saints reparaissent; que les conditions diverses présentent encore cette autonomie qui maintenait

LU CÉSAR CANTD.

l'organisatioD républicaiue sous le sceptre d'un roi, toutes choses bien éloignées des habitudes de notre temps où tout est absorbé par l'État, par le monarque? Un ministre (Pianelli) m'accusa de faire rebrousser le monde au moyen ftge parce que je parlais de conscience, et de confondre le délit avec le péché.

« Le moyen &ge, lui et moi nous l'avons étudié sous des faces probablement bien difîérentes, mais assez pour ne pas grossir celte foule vulgaire qui se paye de figures de rhétorique et s'effraye de fantdmes que la lumière fait disparaître. Je vois aussi bien que lui l'immense distance qu'il y a entre les temps où la chrétienté était le nom général et unique de la civilisation et aussi de la moralité ; où on avait sauvé le fonds commun de tous les peuples policés, Dieu, la foi, les lois, le droit ecclésiastique, la langue latine, et ces temps où l'unité est brisée et où nous apparaissent bien différentes les voies que suivent et la pensée et l'ordre social. Un des champions de la Révolution française, Sieyës, disait: «La nation, en invoquant la « qualité de législateur, ne peut m'enlever ni mon bien « ni mon opinion. La garantie de la propriété se re- « trouve dans l'œuvre de tout législateur. Aurait-il pu « la créer, lui qui n'existe que pour laprotéger? Les biens u ecclésiastiques, comme tous les autres, appartiennent (I à ceux à qui les donateurs ont voulu qu'ils appartins- « sent. Ils étaient libres d'en faire un autre usage légi- « time, mais, en fait et avec les formes légales, ils les <i ont donnés à l'Église, non à la nation. »

u On dit, il est vrai : Les prêtres vivront des aumânos des croyants; et, prenant un lûr dévot, on ajoute qu'b i'ori- ^oe, l'Église était pauvre ; c'est par zèle pour sa pureté qu'on veut la ramener à la barque de Pierre.

« Je demande alors au roi d'Italie de redevenir comte de Mauriennel Aux filles des rois d'aller laver le liage à la fontaine comme Nausicaa, et à nos excellents ministres de venir à nous comme ceux de nos anciennes républiques, ayant sous le bras la Bolgetta, cette mince liasse

■ D.D.t.zeabïGoOglc

KSSAI BIOOBAPHIQUE ET IITTÉBAIBE. Un

de papier dont vient te nom de budget... nom qui aujourd'hui est la terreur des peuples.

u Un temps qui plaisante sur les stigmates de saint François et consulte les sonmambules et les esprits frappeurs, peut bien mécoont^tre les grands cœurs qui furent aussi les grandes intelligences duisl'ftge le plus glorieux pour l'Italie. Hais ceux que la sévérité de leur esprit préserve des brouillards du paradoxe savent vénérer ces Docteurs à qui Dante consacrait ses chants les plus sublimes : c'étaient des moines.

« Ce fut un temps de liberté immense pour les corporations, les individualités robustes et, par conséquent, pour t'Ëglise. Quand la décadence commença, quand de Farinata on passa au roi Robert, de Boniface VHl à messire Giaani Caracciolo, edors l'écrivain qui à la céleste Béatrice substitua la lubrique Fiammetta, répandit sur les moines les boufTonneries qu'aujourd'hui encore les écrivailleurs vont ramasser dans le vieux bourbier (1).

« L'esprit démocratique et républicain fut étouffé sous les embrassements des petits despotes. Artistes, poètes, philosophes, nouveaux pfûens de la Renussance, réduisirent rEurope en monarchie et alors on donna ta chasse aux institutions pour lesquelles Paolo Sarpi avait tant de dégoût (parce qu'elles sentaient le peuple). Alors Stapparole et Masuccio et les autres faiseurs des novelles préparèrent la matière.

« Les facéties d'Érasme et les Epistolœ odscworum virorum amusèrent nos pères pendant qne les Français libérateurs et les Allemands conquérants égorgeaient leur iudépendance. i*eut-ëtre cependant eussent-ils fait moins de cas des lieux communs que tous répètent aujourd'hui et qui, outre leur vulgarité, devraient répugner à tout hoQune de goût et de foi.

« De plus en plus la monarchie absorbe la liberté et pendant que l'Église voit augmenter ses épreuves, le des-

(1) Boeeaoe, l'wiWar d« Fiammetta at dn Dicanurom

D.D.t.zeabïGoOglc

Liy CÉSAH CANTD.

potisme prévaut dans la même proportion. Le temps marche et le siècle de Léon X tend à raffermir l'Église, k raviver l'esprit ecclésiastique par l'institation des Barnabites, des Théatins, des Trinitaires qui rachètent les captifs, des Joannites qui servent dans les hftpitauz, des Jésuites, des Sclopites qui enseignent dans les écoles : ce sont là des iastilutions que Machiavel lui-même a louées I

« Mais dans ce moyen Age quel fut l'ennemi le plus résolu des institutions monastiques? L'empereur Frédéric n, cet Allemand qui a publié les lois les plus atroces contre les hérétiques, l'ami de ce tyran Ëzzelio qui disait redouter davantage le pauvre frère Antoine de Lisbonne qu'une'armée de guelfes. Toutes les libertés se tiennent comme toutes les tyrannies.

u Au siècle passé, quels furent vos prédécesseurs? Deux Aulrichieus. Je crois lire les édits de Joseph II d'Autriche, quand j'entends prohiber la sortie des processions, l'érection des reposoirs... les quêtes... le son des cloches à certaines heures, et l'ouverture des églises dans la soirée; vous ne voulez plus de confesseurs dans les hôpitaux, vous n'accordez plus aux documents paroissiaux l'exemption du timbre ; on ne peut plus nommer même un vicaire sans le placet du ministre ; il n'y a plus de liberté d'enseignement dans les séminaires ; enfin tout cet ensemble de mesures qui faisait appeler l'Autrichien par le roi philosophe de la Prusse, Mon frère sacristain, devrait vous faire qualifier vous-mêmes de Parlement sacristain.

« Mirabeau disait de Joseph II ; <( Ses panégyristes de- <( vraient bien nous dire ce qu'il y a de juste à chasser « un citoyen de la profession qu'il a embrassée sous la « sanction des lois. » Je le dirai franchement, je vois autant d'injustice à chasser un frëre ou une religieuse de sa retraite qu'à chasser un particulier de sa maison.

<i Je puis bien parler de ce monarque devant un Parlement italien comme j'en ai parlé en face de la censure autrichienne et du gouveraement qui m'a destitué, et si e historien je' déplore qu'en chassant les Bollandis-

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