‹ Les trente dernières annéesChapitre 51 sur 69 · LA POLITIOOE ET U MORALE. 3S · texte numérisé non relu

LA POLITIOOE ET U MORALE. 3S

et affectent une somme de 13 millions d« livres sterling aux travaux d'une route entre Calcutta et les défilés de Kibor.

La question d'Orient reste toujours une question capitale, qui ne pourra être résolue que par la chute de l'empire turc en Europe ; et celte chute soulèvera une foule d'autres questions.

. En Europe, comme en dehors de l'Europe, partout sont en Lâcii» lutte les conservateurs et les progressistes : on dirait «un malade qui ne peut trouver une position commode sur son lit de douleur » ; le plus souvent ils se combattent à propos de la question de l'Église et de l'Etat (1).

Us ont bien tort, ces croyants qui prennent ombrage des découvertes, des raisonnements, de la diffusion de l'instruction. Ëux-mémes doivent répandre l'instruction, de telle sorte que les enfants apprennent la religion en mCmé temps que l'alphabet et sachent que la force et l^stuce ne sont pas tout; que ceux qui voudraient attacher des torpilles aux flancs du vaisseau de l'Église sachent qu'ils trouveront de vigoureux adversaires; que ceux qui prétendent détourner celte Église de sa mission civilisatrice ne voient pas la maison du Père céleste transformée en une maison d'affaires, en une tribune où l'on porte des discussions sans convenance et des mépris qui révoltent les hommes' modérés et charitables, et que le souverain pontife a blâmés; qu'eux-mêmes consentent à être des citoyens, non moins que des croyants, rendRnt des consciences à l'Église et des ouvriers k l'État, et marchent dans la sainteté et la justice, fermes dans la foi qui s'établit sur le témoignage, mais se consolide par le raisonnement (3); qu'ils travaillent à ramènera la prudence des

(1] Louis- Philippe, iceptiqua et philaothropa eomnie Us liommet de sou temps, st BSns BToir l'esprit large et délicat que demandent les questions Feligîeuseg, disait à sas ministres au momeut des hosUlitës contre les jésuites : H II ne faut pas mettre le doigt daDS les affaires de l'Église ; ou J'; laisserait. » Il ajoutait : » Laissons à tous ta liberté ; un petit règlement de police suffira, n 11 craignait seulement que les jenues gens ne sortissent tdgitimtstei des collèges ecclésiastique s; et il s'inquiétait de ce qu'ils chantaient le Depomxt potentei de sede.

(!) Le 21 «oAt 1878, Léon Xlll adressa au cardinal Nina, soa secrétaire d'État, une longue lettre {.Etemi Palrù) dont nous extrayons les passages suiiants :

» Notre deesein est de porter largement l'action bienfaisante de l'Église et de la papauté au milieu de toute la société actuelle. On a créé au chef de l'Église une situation trËs difficile eo Italie et i. Rome, depuis qu'il a été dépouillé du pouroir temporel que la Proridence Lui avait accordé,

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35S LES TBEHTB DBBNIÈBBS AIIKÉRS.

justes ceux qui doutent encore, et à préparer au Seigneur un peuple parfait (1).

Dans aucun pays l'Église catholique n'exclut les autres confessions religieuses ; au contraire, presque partout, là même où elle réunit la majorité et paye davantage, là m&oie où la loi la déclare religion dominante, elle se trouve, par une basse imitation des pays protestants, ou bien persécutée, ou bien entravée dans l'exercice de ses devoirs, dans les droits de la conscience, dans ses œuvres de bienfaisance, dans Tinstruction, dans son apostolat; on attaque ses droits hiératiques, lecélibat volontaire (i), la bénédiction nuptiale, celte cbarilé

pendant taal ds ûèclea, pour proléger la liberté du pouvoir spirituel. Chez les peuples, qui voient le» droits les plus aDcieos et le* plus sacrés impunément Tiolés dans la personne mjnis du Vicaire du Chritt, l'idée du devoir et de la justice est profoodément ébranlée, le respect des lois est affaibli et l'on su vient i ruiner les baaes ettes-ménies de la société civile. Lm catholique* des dUTéreDls États ne' pourront plus être tranquilles, tant que leur pontife suprême, le docteur de leur foi, te modérateur de leur eoQBcieace. n'aura pa* une vraie liberté, uae réelle indépendance. Taudis que notre pouvoir spirituel, à cause de sou origine divine et de sa destinée surnaturelle pour exercer sa bienfaieante luflueuce en faveur de la société humaine, doit nécessairement jouir de la plus entière liberté, il reste, dans les conditions actuelles, tellement entravé que le gouverna- ■nent de l'Église uoiverselle nous devient très dif9cile.

Il Non seulement nous avons i, déplorer la suppresaioD des ordres religieui, qui prive le pontife d'un secours puissant damlescongrégpationaoù ae traitent les affaires les plus graves de l'Église ; non seulement nous avons A déplorer qu'on enlève au culte divin ses ministres, en obligeant tout Is monda indistinctement au service militaire; qu'on nous arrache A nous et BU clergé le* institutions de charité et de bienfaisance établies i Rome ou par les souverains pontifes, ou par les nations catholiques qui les ont placées soua la garde de l'Église; non seulement nous sommes réduit A voir de nos yeux les progrès de l'hérésie dans cette viile de Rome, centre de la religion catholique, oii des églises et des écoles hétérodoxes s'élèvent impunément et en grand nombre, et A apercevoir la corruption qui eu résulte, surtout dans une si grande partie de la jeunesse A laquelle on donne une instruction sans foi ; mais, comme si tout cela n'était rien, on essaya défendre inutiles les actes même de notre Juridiction apirituelle... >

(!) Saint Luc, i.

(3) n Des homme* ee réunissent et habitent en commun ; en vertu de quel droit! — En vertu du droit d'aesociation. — Ils s'enferment chei eux; en vcrlu de quel droit! — Eu vertu du droit qu'a tout homme d'ouvrir eLde fermer sa porte. — II* ne sortent pas; en vertu de quel droit? — En vertu du droit d'aller et de venir, qui implique le droit de rester cbei soi. — Là, cbei eux, que font-ils! Ils parlent bas; ils baissent les yeux; ils travaillent, lia renoncent au monde, aux sensualités, aux plaisirs, aux vanités, aux orgueils, aux iuléréta. Ils sont vétos Je grosse laine ou de grosse toile. Pas un d'eux ne possède en propriété quoi que ce soit. En entrant li

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qui est la partie la plus belle de la civilisation, et dans laquelle les meilleurs se complaisent bien plus que dans les apparitions, les miracles, les solennités, les pèlerinages. Si on ne sait de quoi les accuser, on assure qu'ils sont hostiles au gouveniement, bien qu'ils s'en déclarent les amis jusqu'à l'autel et qu'ils réclament la paix plus que la lutte, des secours plutàt que des entraves dans le c^amp de la justice.

Hais les bérésies qui troublent l'Église , tombent vite, comme le messianisme de Wronski, de Miczkiewicz, de Quinet; comme le nouveau-catholicisme de Runge et le vieuzcatholicisme de Munich, et l'unitarisme de Channing ; la propagande protestante n'offre pas de sérieux dangers, bien que ses mille sectes se trouvent d'accord entre elles, avec tes incrédules, avec l'autorité civile et avec les autorités littéraires pour faire la guerre au catholicisme , parce que toujours le catholicisme afBrme avec plus de décision son Dieu, sél morale, ses devoirs et sa mission d'ar&rmer ces choses. L'orthodoxie russe, plus violente, veut confondre l'Église avec l'État.

On croyait que la souveraineté populaire réparerait les ruines des gnerres du commencement de ce siècle, puisque, disaitKin, les peuples ne consentiraient plus à ces désastres homicides. Au contraire, la manie de la guerre est plus grande que jamais, et les noms les plus populaires furent Jellachich, Radetzky, Garibaldi, Kossuth, Ûrban, et jusqu'aux Chinois Tsao-Tsung-Tang et Li-Hung-Tshlang. Tandis qu'on affecte la

celui qui était riche h fait paurra. Ce qu'il a, il le donne k Uni», C«liii qui était ce qu'on appelle noble gealîl homme, ou seigneur, eit Vtgti de celui qui était paysan. La cellule eti identique pour tous. Ton* tnbisBent la même tonsare, portent l« même froc, mangent le même pain noir, dor* ment but la même paille, meurent lur la même cendre. Ili ont le même sac aur le dot, la même corde antour des reins. Si le parti prie est d'aller piedi nui, toui Tont pieda nui. 11 peut 7 aToir 1& mi prince ; ce prince eit la même ombre que les autrei; plui de titre. Lee nome de famille ont diïparu. lit ne portent que dei prénom*. Totu lont courbée «oui l'égalité des noms de baptême. Ils ont dissoDi la famille charnelle et constitué dans leur communauté la famille ipIritneUe, n'ont d'autres parente que (oui lea hommes; ili secourent les pauvres; ils soignent les malades. Us élisent ceux auxquels ils obéissent. Ils se disent l'un l'antre : • Mon frËre. • Ile prient qui t Dieu.

■ Les esprits irréfléchis, rapides, disent : A. quoi bon ces figures immobiles du cêté du mjsUret A quoi servent-ellesT Qu'est-ce qu'elles fontt — 11 n'7 a pas d'cEUTre plus sublime peut-être que celle que font ces imes. 11 n'y a peut-être pas de trar&il plus utile. Ils font bien, ceux qui prient toujours pour ceux qui ne prient jamais. ■ (Victor Hugo.)

HIST. OMV. — T. II. 23

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3S.1 LES TRenTB D&KHIËEES ANHËBS.

philanthropie et l'amour delà paii, les armées s'accroissent sans mesure, jusqu'à devenir le soin principal et la plus grande dépense des gouvernements ; s'il ne suffit pas de six millions de soldats, on revient à l'ftge barbare en obligeant tout citoyen an service militaire (1), — Les progrès des sciences et

(1) Od ft calcalé que les guerres d« 179i & I84S ont coùU hoi divan États T6iiulliBrdi 229 milliouB ila francs, «t plas de deux millions d'honimM. Il fiut y ajouter : !<■ la Taleur des vaisseani marchacds, perdus arec leur cargaison; et, pour l'ADgleleFTs seule, c'est un million et demi de Uvrm ■t«rliag, et eii,00() personnes plus ou moins atteintes ; S' l'augmentation de la taie pour les pauvres qui, en Angleterre, était de SO,ODO livres sterling en 1792, et ds 197,2!S0 en ISIS; en l'année ISIS, on compta en Europe 200,000 veuves et un million d'orpheUns; 3° la perle des valeurs de bancpie ou de commerce, perte incalculable ; 4< la somme des pansions civiles, navales et militaires; apris 181B, les dépenses militaires en Angleterre était de 13 milliards ; 5° les taies imposées de IStS k 1837 pour payer les intérêts des dettes faites 'pendant la guerre; on peut les évaluer en pensant qu'en 1S3T la dette, en Angleterre, s'élevut encore à Tii, 400,000 livres sterling; S' l'augmentation du crédit pour la guerre. En 184S, la recetU totale était de 58,B00,2t7 livres sUrling; la dépense, de 55,103,647, dont 13,981, 2iG étaient pour la marine, l'armée, l'arliUerie. — /aurnaf de la lociili chrétienne en Angleterre ; septembre 1838.

Danslebudgetpréventifdala France pour 1842, sur 1,270,338,076 francs, on an affectait 32I.BD2,97S à la guerre; ions compter U part afférente au département de la marine dont Indépensé s'élevait & 12S,fl07,614 ftancs- De 1830 é 184T, l'armée coûta G milliards 5S millions et demi. Pour la Prusse, en 1S41, l'armée coûta 23,731,000 tlialers, sur uns dépense totale de 55,807,000; pour l'Espagne, 258,908,440 réaui, sur mie dépense totale de 8S7,8DS,1S9; pour la Belgique, 39,471,000 francs, sur un total de 105.566,062.

Depuis 1648, tout t'Mt acom démesuxdment. Voici le cslcol des dépetuet annaellai pour la guerre :

BsUUa. t>«paIiHS. C>i*i» rjtara I

Kussie 447,378 638,900,000 fr. 7,2! &.

Francs 44S,4St 553,000,000 14,99

Allemagne 418,821 409,770,000 9,79

Orands- Bretagne 228,624 401,500,000 11,79

A,utrich« 269,577 329,255,000 8,80

Ilalie 217,949 191,316,000 7,15

Espagne 91,400 112,292,000 7,30

Ttirquie 150,000 116,000,000 1,46

Belgique 46,333 41,000,000 7,60 .

Suisse 120,077 13,000,000 4,80

On ne calcule pas ici les réserves, les troupes territoriales, les troupe* îrrégulières ; ni les intérêts des dettes Eintérienres.

Les États-Unis d'Amérique, dans la guerre de sécession en 1GG3, armèrent, dans les seuls pajs fédérés, 437 vaisseaux de 840,086 tonnes, avec 8,026 cononsi On calcule que dans l'espace de cent ans, par les

LA POLITIQOe BT LA MOKALB. 3S5

de la mécanique furent dirigés à perfectioaner ces armes avec lesquelles Napoléon I" avait épouvanté l'Europe ; on inventa le cotoD fulminant , la dynamite , les fusils à aiguille , les canons d'ArmstroDg, de Keiner, de Wahrendorff, de Krupp qui pèsent jusqu'à 100 tonnes, ont 10 ifiëtres de long, lancent des boulets d'une tonne avec 350 kilogrammes de poudre et une vitesse initiale de 500 mètres par seconde, avec une portée pratique de 17 kilomètres.

L'Amérique du Nord pouvait nous enseigner des choses bien plus utiles ; nous l'avons prise pour modèle lorsque, dans la guerre de sécession , elle introduisit les moralon, géants de fer qui heurtent et coulent les vaisseaux ennemis, lorsqu'elle prouva l'importance des chemins de fer pour lesquels on institua un corps de 15,000 hommes qui suivaient l'armée, détruisaient, construisaient ou réparaient les lignes pour maintenir les communications, apporter des vivres, des munitions, transporter les malades. La France avait déjà employé ces moyens nouveaux dans la guerre dltalie, mais la Prusse en tira un plus grand parti : dans sa lutte avec l'Autriche, à chaque corps d'armée elle attacha une section d'ouvriers pour les chemins de fer ; c'est ainsi qu'elle put, en 1870 , en établissant de nouvelles lignes, transporter, du S4 juillet au 5 août, 384,000 hommes et tout leur matériel de guerre sur les frontières de la France. Les autres puissances suivirent l'exempte donné, et les vaisseaux cuirassés, les torpilles de toutes sortes donnèrent la victoire à qui les employa le premier. On rivalise pour trouver des engins plus meurtriers, on lance des boulets énormes qui traversent les épaisses cuirasses des vaisseaux.

En conséquence, il fallut changer la manière de conduire l'infanterie à l'attaque, en diminuant la profondeur et le nombre des lignes, et supprimer les temps d'arrêt (i). Aucun peuple ne cherche sa sûreté ailleurs que dans le nombre de ses soldats. Pour avoir des soldats, on romptl'éqailibredesfinau'

gttcrre» des pa^i civilisés, ont péri 20 millioni de penoaueB. Cet immenae ddtaitra ait vaati comme un progrès, et chaque jour on crie aoi BitaU : 0 Armei-vDui. i

(1) L'arme, qui se charge par la culatae, n'eiige pins la multipliciM des mouvements et la perte de temps que demandait l'ancien foêil; le «onsorit même peureux ou distrait peut s'en servir et tirer; le tir est trois fois plus exact, avec une portée sept fois plus longue, et une rapidité huit fois plua grande.

356 LES THEHTE DBHNitaBS ANNËE3.

cas ; on oblige le citoyen à partager son avoir avec le gouvernement, comme dans le socialisme ; on créa des emprunts, des loteries , des banques ; ce n'était pas assez qu'en peu d'années le numéraire se fût accru de trois milliards : il fallut le cours forcé du papier-mdnDaie.

Eq quelques pays, les militaires purent h leur gré renverser les gouvernements , les forcer à des actes injustes ; quet- - que soldat d'aventure bouleversa les nations, secondé en cela parles masses qui prennent toujours parti pour l'insurrection et se plaisent au spectacle des changements, bien qu'elles paient fort cber la confiance qu'elles donnent aux déclamations et aux promesses des démagogues. Il y eut la guerre bourgeoise, la guerre des barricades, la guerre des rues où le Iflche, protégé derrière les croisées et tes toits, peut tirer et tuer ; il peut fuir d'un abri à un autre abri, sans être atteint ; tandis que les bataillons les meilleurs voient leur courage devenir inutile ; l'ennemi ne parait pas ; eux-mfimes sont exposés au feu de tous côtés, et ils n'aperçoivent pas l'agresseur qui échappe à leurs coups. Le maréchal deMoltkeaditqu'une guerre, même victorieuse, est toujours un malheur national.

On prête & Bismark ces paroles : » J'ai rendu bien des hommes malheureux. Sans moi, trois grandes guerres n'auraient pas eu Ueu;80, 000 Allemands ne seraient point tombés morts sur le champ de bataille : des pères, des mères, des frères, des sœurs, dos veuves, des fiancées, ne seraient pas dans le deuil. De toat cela j'ai fait mon compte avec Dieu. » Et maintenant on dit que Bismark, avec les ministres des grands États, traite du désarmement, salut do l'économie pour l'Europe.

Et vraiment, aujourd'hui que l'armée n'est pas une machine mue par la volonté d'un roi, mais la nation tout entière sous les armes , il semble que de l'armée doivent relever les motifs de la guerre, comme c'est elle qui en fournit les moyens et en a la conduite. Mais tant de peines prises pour assurer la paix sont une nouvelle contradiction de la doctrine prêches maintenant plus que jamais ; je veux parler de la doctrine de la lutte pour l'existence, lutte augmentée par la civilisation avec l'accroisseniont des désirs, des forces, des souffrances, de l'activité des choses et des idées.

Pourtant tous les congrès des souverains ont proclamé ou sanctionné des théorèmes favorables & l'humanité; les savants ont continué à en prêcher de semblables ; on a réuni des congrès de la paix, une association pour réformer le droit

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des gens ; un Institut de droit intemational qui s'occupe du butin fait sur mer, des hôpitaux militaires, du code de la ^erre, et en mfime temps de l'esclavage, de la monnaie, des ■ passeports, des transporta sur les voies ferrées.

La Russie, dans une réunion de diplomates k Bruxelles en 1874, proposait une espèce de code international où, pour ne point parler de quelques charges imposées aux vaincus , on trouve des mesures bienveillantes ; on y distingue dans les guerres ceus qui combattent de ceux qui ne combattent pas ; on proscrit les moyens inhumains et inutiles; pour les sièges eties bombardements, on impose des règles pleines de loyauté et de miséricorde; pour les prisonniers de guerre, on réclame des traitements où l'on tient compte de l'honneur du soldat et de son infortune. Tentatives fort louables, quoiqu'elles soient reconnues inefficaces pour s'interposer entre l'orgueil des vainqueurs et le dépit des vaincus. Combien encore l'humanité devra-t-elle souffrir du divorce de la morale et de la politique! Pendant que le droit privé a suivi le développement lent et progressif de la vie humaine, et s'accommode mieux aux principes vrais, éternels, immuables du droit naturel, le droit public s'est attardé à fonder de robustes agrégations politiques d'après un principe multiforme et trompeur, comme l'est le principe de l'intérêt de l'État, tiré de la convenance politique, et ayant la force pour criteriwn, et cet autre principe, que la bonté de la fin justifie l'iniquité des moyens.

Dans la lutte actuelle entre l'autorité par le droit divin et le gouvernement par la volonté des peuples, le droit public va en se transformant, et il se perfectionne ; on a mieux établi les rapports internationaux, les plus criantes iniquités ont disparu, de grandes réparations ont été faites. L'Espagne brise le despotisme de Napoléon ; l'Allemagne donne le signal de l'émancipation des peuples; la France recouvre la liberté enlevée par la Révolution ; l'Angleterre émancipe les catholiques et soustrait l'Irlande à la tyrannie de l'Eglise légale; la Grèce secoue le joug musulman ; l'Italie aspire à l'indépendance; les Barharesques sont contraints de respecter le pavillon européen; la traite des Nègres est abolie (f);

(1) L«eoasrbi(1« Vienne, en IfilS.avaitddji aboli U traite deiNkgTM; mail comme leur eiclaTBge persistait daos lea colonies, on était toujours lente de lea j transporter d'ATriqae par une conlrebànde audacienie el fort luerative. L'Angleterre, «n 1S47, et la France, ea 1S48, déclarbrenl l'eaclavage aboli; la Hollande fit la même chose en IBS9 pour les colonies

358 LBS TBBNTB DEHHlàBES AHDÉES.

rescIaTBge dans les colonies a disparu pour beaucoap de pays et enfin dans les États-Unis. La tolérance des cultes et des croyances est assurée, la sécarité de l'individu est mieux protégée, le bien-être mieux réparti ; on prévient nn grand nombre de maladies (1), les quarantaines, les disettes;on pourvoit aux intempéries des saisons par des assurances, on ouvre i l'obole du pauvre les caissesd'épargne; l'emprisonnement pour dette disparaît; la douceur des mœurs, l'égoïsme lui-mfime, ont tempéré les passions, comme le scepticisme a mitigé la fureur des partis ; la publicité oblige chacun à vivre en quelque sorte sous les yeux de tous. Lapetite industrie, qui s'augmente et se transforme par la diffusion des connaissances physiques et naturelles et par la protection des gouvernements, accroît dans des proportions inattendues les moyens de subsistance ; grice k la liberté, la multiplication des richesses est plus rapide, leur distribution plus juste, leur emploi plus agréable.

Bien que l'éthique chancelle sur la base de VutiUtarttme , établie par Bentham et appuyée par Stuart Mill et Austin , elle retire de grands avantages des doctrines des économistes, qui ont montré comment le bien de chacun dépend du bien de tous ; que le travail est la destinée du genre humain et la source de tous les biens ici~bas ; qu'il n'y a d'utile que le bien. Les socialistes eux-mêmes reconnaissent que la seule réoi^anisation possible du travail est cette réorganisation libre, variée, multiple, successive, qui chaque jour s'accomplit par le jeu des intérêts mieux compris qu'autrefois, et moins négligés. On reconnaît que les besoins ont vraiment grandi : c'est un phénomène moral soumis au phénomène économique; on voit que l'excès dans la production , au moyen des machines, est peut-être la principale cause de la crise actuelle du commerce (2).

dM lodaB-Orientalâi, «t, en 1S62, pour ctUea d'Amérique. Noua SToat indiqua Ibb aotei et le* t«ol&tiT«i des uitrM paya, et le< effets déplorables qui en réiulttrent pour l'Amérique du Noml. Puisque les Nègre* ëmiiDcipés reFoient de travailler, il faut, pour utiliser les colonies, recourir à d'autres bras; lai eooliea de l'Inde et de la Chine, travailleurs libres, ont remplacé lesNigrei en partie. L'État de Libéria, Tonde eu IBSl inrlaeAte occidentale deTAfrique pour; établir las Nigrei affranchis des âtats-Unie, ■'est proclamé république indépendante eq 18^1.

(() Les Francis propagent, en Oop]iincIiine, l'usage dU vaccin, et recourent mime pour cala & la force, quand il le ff^ut,

{i) A la Sn de 1875, dans les Élats-Uais, sur 713 hauts-feurneanx,

U FOUTIOnS BT LA HOSALE. 359

L'écoDomie politique, qui avait appris des classiques à ne calculer que les râleurs, les pris, la demande et l'offre, le coût de la productioQ, le principe de population, la loi des salaires, les intérêts, les profits, les revenus, a déplus en plus éclairci les questions de population, de crédit, de capital {Mac Ctilloc, Quételet, Jevons, Walras, Meh) : elle a cherché à fonder ses doctrines sur des données certaines; et cependant ces doctrines sont souvent contradictoires , puisque laloideCarey (f 1879) et les harmonies de BasUat s'opposent à la théorie de la rente de Ricardo : Roscher veut tout déduire de l'histoire , et de lui viennent les socialistes doctrinaires, qui, effrayés des excès de l'individualisme, appellent l'intervention du gouveraement pour améliorer la production et la répartition des richesses : on arrive ainsi à une science complexe qu'on nomme Sociologie.

Mais va état de choses raisonnablâ, sage, économe du bien privé, ennemi du clinquant; oà l'on ne voit pas le nombre représenter la force, mais la justice représenter les droits et les intérêts; oh on étudie non pas le sommet, mais la base de la pyramide sociale ; un tel état de choses ne se crée point par de mesquines ambitions, par de honteuses jalousies , par de hideuses camaraderies, par les calculs des harpies financières, par les bacchanales des tribuns, parles importunités des libelles, qui cajolent la plèbe ou les grands qui sont aussi la plèbe. Ou n'y arrive pas en appelant progrès du siècle l'absnrdité dans la science, l'imbécillité dans l'administration, l'obscénité dans l'art, la licence dans la conduite. Il ne faut pas pour cela de la connivence ou de la claque; il faut des elTorts, parce que tout enfantement est labo-

420 étaient dMinti. Si tooa avaûnt travailU, ili aunient produit par an 5,500,0(11) tonnei de fonte, pendant que 3,800,000 sQfBiaîect k la coniommatioD nstionale. La maison Madge, Sawjer et C'*, une dei principales de la Noarell*' Angleterre, ddolarsit en 1877 qu'on ne pauTait aindliûrer l'indnatrie dei laines tant que ne cesserait pas l'excès dans la production, igoatant que ce serait un grand arantat-e si la moitié des manuractureg étaient fanlléet ou fermées. William Burke a démontré que 00 ouTriera, dans une des meillenrea manufactures, travtùUant seiie henreï de moins par lamaine, prodnitaient pins d'étoffes dn même poids et de U même qualité que 331 onirienn'en produisaient en 1833 dans la même fabrique. IlTacinqoanteaoe.dane le Massachusetts, un bon cordoDnier,entraTaillant 1 S heures par Jour, pouvait bire, au mailmum, SOO paires de bottes par an ; en tSTS, 41,090 cordonniers, en traTaillant seulement 10 hauMS par jour, «□ eut prodnil 59,761,886 paires, e'ast-A-diia 1,318 pairaa par ouTrier.

360 LES TBGNTK DBBHlfiRES ANHÉBR.

rieux; il faut du caractère, la vénération pour la jusUce, le respect de la liberté et de la conscience.

Il ne suffit pas d'avancer des dogmes abstraits , des formules a priori; de faire croire à des révélations, à des panacées, à l'omnipotence de maximes absolues, à des phrases d'autant mieux acceptées qu'elles sont moins précises , et qui n'indiquent pas ce qu'il faut faire, commentil faut diriger l'activité de l'individu et de l'ensemble, entre les témérités de l'inexpérience et les intrigues de l'égolsme. On nous dira : « Aimez la patrie, modérez vos désirs, soyez honnêtes. » Quel besoin de conseiller l'amour et la volonté du bien, quand l'intelligence manque pour reconnaître ce bien? Dresser les facultés est aussi utile dans l'ordre moral que dans l'ordre des intérêts matériels; et c'est en développant les qualités viriles d'un peuple qu'on fonde l'avenir des nations. Les nations sont des êtres organisés, variables comme les individus; la physiologie, la psychologie, leur histoire, voilà les seules choses qui fournissent un fondement assuré et garaiitisseot contre des expérieuces| téméraires et des programmes enivrants.

Ils se trompent pourtant, ou bien ils veulent tromper, ceux qui croient que l'instruction suffit pour améliorer les nations. Ce fut l'erreur des anciens sophistes, d'égaler la doctrine au pouvoir et à la moralité. L'être intellectuel doit s'appuyer sur l'être moral, et celui-ci sur l'être religieux; l'homme soumet la nature, mais il doit se soumettre à la loi et à l'ordre ; qui sait régler sa propre vie d'après la notion du devoir, sera aussi le meilleur agent de production.

Nous sommes dans un temps d'expériences, d'observations, de comparaisons; les opinions demandent i être dirigées par des digues plutôt qu'elles ne veulent être arrêtées par des barrières. Dans l'ébranlement de toute stabilité, le grand problème, n'est pas l'unité ou la fédération, la monarchie ou la république , la tyrannie des princes ou celle de la plèbe ; ce n'est pas même l'indépendance ou la servitude; le grand problème c'est de savoir si l'homme et la société doivent être gouvernés par le droit ou par la force , par l'autorité ou par l'anarchie, par le calcul humain ou par la providence divine ; si la règle des actes, le criteiium des résolutions doivent Être les principes de 89, les débats parlementaires, le terrorisme des journaux, l'émancipation de tout pouvoir constitué, ou bien l'étemel décalogue, les vérités traditionnelles

LA POUTIQVÏ BT lA HOBALB. 361

interprétées par qui a la certitude de ne pas se tromper.

Ceux qui appliquent sérieusement leur esprit à bien faire, cherchent à faire prévaloir non pas ce vulgaire de la science, du patriciat ou de la place puhllque qui prend ses inspirations dans les journaux , les intrigues et les intér&ts ; mais le véritable peuple qui pense, qui possède, qui travaille, et, par conséquent, a besoin d'une liberté réglée et d'une paix honorable; ils répètent qu'il faut une éducation, non pour éveiller de grossières espérances de richesse, d'emplois politiques, de positions sociales, mais pour donner aux hommes le caractère, la dignité, la fermeté; qu'il faut s'occuper bien moins de l'alphabet et de la gymnastique que de l'Elme du peuple; qu'il faut l'instruire de ses devoirs, et réveiller en lui le sens commun.

Pour prévenir le communisme, il faut relever ceux qui sont à genoux, et non pas renverser ceux qui se tiennent debout; il faut faire en sorte que la vie ne soit pas une lutte d'intérêts, mais une rivalité de bons offices ; que la prolétaire gagne & la sueur de son front, et non avec les larmes de ses yeux; il faut ne pas laisser tout à l'arbitraire de la force et de la témérité ; il faut sauver les faibles et les simples de la gueule des forts et des adroits, rapprocher les grandes fortunes des petites, montrer l'efficacité réparatrice du travail, en travaillant même dans la richesse ; il faut ne pas se faire un scrupule de heurter les sceptiques par nos convictions, ou le méchant par nos sentiments d'honneur; il faut préférer l'honneur aux honneurs; il faut baptiser la démocratie et la marier à la liberté , et mettre cette liberté partout, en y habituaut la vie commune, en restreignant les attributions du gouvernement en sorte qu'il représente non la multitude, mais les droits de la multitude ; il faut vouloir que , si le gouvernement tolère l'erreur, il professe et protège la vérité; il faut sauver les croyances des humbles du positivisme des superbes à qui une part moins large de la vérité est faite, il faut réduire les bilans monstrueux, décimer l'armée des employés et des militaires qui gaspille le dixième des produits et perd la fleur de la jeunesse dans une oisiveté corruptrice. Il faut dépeupler les prisons, discréditer la fureur des conquêtes, prévenir les guerres en réveillant les nqtions du droit, l'idée de patrie, de libre conscience ; en rappelant que le genre humain ne vit pas pour se gouverner, mais pour le bien-être; que « la véritable fin de la politique est de rendre la vie commode et les

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peuples contents » [Bosiuei) ; et que, suivant la parole d'un grand, ]a monarchie peut vivre sans la religion, parce que les gendarmes et les prisons y snppléent ; mais la démocratie ne le peut pas.

Les yeux fixés sur les trois faces de l'être, le beau, le bien et le vrai, aujourd'hui comme à l'heure oii nous avons commencé notre œuvre, il y a cinquante ans, concluons en exhortant ceux qui nous lisent à opposer le courage de tous les instants à l'invasion du matérialisme et au culte de la force dans la lutte gui se poursuit entre la vérité etl'erreur, l'ordre et le désordre, entre l'Ange et Satan. Il faut se servir des lettres humaines pourgagoer les ftmes aux mœurs humaines, et avoir le droit de dire ; n J'ai fait quelque bien. »

ADDITIOXS

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