‹ Les trente dernières annéesChapitre 7 sur 69 · A LA CROIX · texte numérisé non relu

A LA CROIX

<( Les païens avaient pour idole u Le veau d'or ou la volupté ; H Le jnif qu'un faux Uessie affole " Contre le vrai s'est révolté ; H Hais le monde entend la parole « l)e l'Homme -Dieu mort sur la croix.

i< Courbons nos fronts devant ce bois.

't 0 croix, rayomiant au Calvaire, ^ a Tu sanctifias la vertu.

« En silence la foi vénère H La chaste humilité... Vas-tu << Vei-ser à tous cette lumière « Qui, labsant la clémence au roi, « Érige le pardon en loi? a

Pour Judas objet de scandale Et folie aux yeux du ^ntil, 0 mystère que rien n'égale.

L'homme aujonrd'hui t'accepte-t-il ?

Je crains l'influence fatale

De l'orgueil (Jn simple et bon cœur

Peut seul mesurer ta grandeur.

(1) Ce denier cuTrage parut à Milan, en décembre 1BT9, et il eal d^& arrivé à «a qnatribine édition. Noqh avons, an cours de noire tradueUon, noté les additions faites par l'auteur et nous les donnons à part.

(3) sa avril 1B79.

ESSAI BIOGRAPHtCDE ET LITTÉHAIBE. LXXIX

Au jour... de l'épreuTe dernière HoD corps brisé s'affaissera ; Qaaad l'ombre atteindra ma paopiëre, Quand mon soofQe s'affaiblira, Mon àma, montant vers sa sphère.

Loin de ce monde, prompt à fuir, Verra l'Éternité s'onvrir.

Si les compagnons de ma vie Laissent sans espoir le pécbeur, Douce croix que j'aurai suivie, * Je te presserai sur mon ccenri Ton Christ & souffrir nous convie.

Mais ce consolateur divin Nous montre sa (gloire pour fin.

On te plantera sur la tombe Ob je serai glacé, sans voii.

Si quelque ami, pleurant, j tombe.

Murmure à son oreille, A croix I Vin pace de la catacombe.

L'espoir du bonheur étemel.

Le rendez-vous de l'Ame au ciel.

Tels sont les délassements de M. César Cantù à l'heure même où il achève de buriner le tahleau des événements qni suivent leur cours dans le monde entier, le portrait des hommes qui vivent et luttent sous ses yeux.

En donnant cet aperçu de sa. vie, comme en publiant les pages qu'il vient d'écrire, nous laissons au lecteur le soin de chercher comme le droit de dire si l'auteur est resté fidèle au but qu'il s'est toujours proposé, et qu'il a défini lui-même : funilé qui fait le mérite tïun livre comme ttune vie (1).

(1) Voir la prtface des TrmU tUmiérei tmniei.

J'ai commencé à publier V Histoire universelle en 1838 et je l'ai terminée en 1847 ; j'ai pu dès lors faire entendre EUS puissants iî ce souffle précurseur de la colère de Dieu, qui condamne k la peur les tyrans, même au milieu de leurs armées ». Sans parler de diverses contrefaçons italiennes, où mes jugements ont été étrangement défigurés, j'ai concouru à' de nouvelles éditions de cette Histoire, faites à Turin, et à quelques traductions, — par exemple à la française, plusiem^ fois rééditée par la mai* son Didot, et à. l'espagnole publiée chez Gamier frères, — joignant toujours des additions et des variantes, bien nécessaires dans un temps de bouleversements si rapides et de si éclatantes découvertes. J'ai esquissé le récit des unes et des autres dans VHistoire de cent ans, dans le Reaieil d'histoires et de mémoires contemporains que je dirigeais (Milan, 1863-66, 40 volumes), surtout dans VHistoire des Italiens (Turin, 1854-S7 et 1874-77), et enfin dans V Histoire-chronique de F Indépendance italienne (Turin, 1872-76).

Je remercie ceux qui, dans de nombreuses traductions,

ont voulu compléter ou continuer mon récit. Mais, — du

moins dans le nombre de celles que j'ai pu me procurer

argent comptant, — aucun ne montre qu'il connaisse

aisT. miv. — T. lï. i

mes travaux successifs; aucun ne suit ma méthode, où je mo suis efforcé d'unir l'art de s'arrêter aux détails caractéristiques, il la science des vues d'ensemble, et de faire marcher ensemble toutes les manifestations de l'activité humaine, en fixant toujours l'attention sur le progrès de l'humanité, considérée comme une seule famille.

La continuation faite par Joseph Fahr, à qui je dois faire l'honneur d'une citation, a pris, avec plus de raison, le sous-titre de Allgememe Geschichte des neunzehnter lahrhunderts ; car l'auteur expose l'un après l'autre les événements arrivés dans les différents pays. L'histoire de l'Allemagne remplit bien quatre cents pages de ces deux gros volumes où manque encore l'histoire de l'Angleterre, de la Russie, de la Turquie, et le récit ne va que jusqu'en 1866.

Les additions faites aux traductions espagnoles et portugaises, publiées soit en Europe soit en Amérique, sont trop peu de chose pour pouvoir m'aidor dans mon nouveau travail.

n en est qui ont entrepris non seulement de continuer mon Histoire, mais encore de modifier mes jugements sur les questions de politique, d'esthétique, de religion , — par exemple, et principalement la Verdenskistarie frit bearbeijdet (Copenhague, 1872 et années suivantes), et la Historia universal reformada, accresceniada e ampHada (Lisbonne, 1879).

J'ai cru devoir protester contre cette invasion fort peu libérale dans une propriété morale, surtout lorsqu'il s'agît d'un auteur encore vivant ; et cet abus m'a déterminé à assumer moi-même, dans la maturité de l'ftge, à cette heure où les fumées de la vanité se dissipant, laissent voir les vndes grandeurs, la tâche de continuer l'œuvre qui a été la grande affaire et le souci constant, le martyre et le réconfort de mon âge viril , en même temps que le tonds exploité en de nouveaux livres par moi — et par d'autres. Aujourd'hui que les distractions et les préoccupations publiques détournent des travaux de longue haleine, je

me propose d'être bref, laissant de côté les détails pour relever seulement les faits d'une réeCe importance civile et sociale, ceux qui modifient le sentiment public et fouraissent de nonveaux éléments à la politique et à la civilisation ; et de les présenter de façon qu'ils puissent donner la connaissance générale du présent, aider à des conclusions politiques, économiques et morales, et enfin contribuer, sinon à dévoiler l'avenir, du moins à l'expliquer. <

L'esprit d'équité et de conciliation tient également éloigné et de ceux qui se vantent d'être progressistes, quand ils ne sont que révolutionnaires, ennemis de toute autorité divine et humaine, — et de ceux qui s'intitulent modérés parce qu'ils s'engourdissent dans l'inertie. — Me ferarlK>D mi reproche de m'occuper spécialement de l'Italie? Je l'ai toujours assez loyalement aimée pour ne point flatter ses vices, ne pas applaudir à ses erreurs, et ne pas ressembler & un fila qui, reniant l'héritage paternel, déprécie le passé pour glorifier le présent.

Trop vieux et trop ignorant pour me convertir, je persévérerai dans ce libéralisme, qui veut le respect de l'homme d^s sa dignité, dans ses convictions religieuses, dans ses opinions politiques,, dans ses besoins intellectuels et moraux. Étranger aux rancanes du jour, parce que je n'en éprouve pas les ambitions, j'ai payé de ma personne entre le désir de courir et la crainte de tomber, entre la justice et l'opportunité, entre des éloges et des reproches aussi déraisonnables les uns que les autres, entre l'audace de tout oser et la préoccupation des bavardages qui va presque jusqu'à nous faire rougir de notre propre vertu, des sentiments tendres et des pensées généreuses.

Un critique bienveillant m'a loué de savoir signaler les mérites même dans des adversaires. Un autre, malveillant, me reproche de juger les grands personnages avec autant d'arrogance que si je me croyais un des leurs. Pour la présomption, mes concitoyens ont eu soin de m'en garan-

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tir; mais j'ai une tète et un cœur, et j'ai le droit de juger avec Doa tête et mon cœur les actes des hommes de droite comme des hommes de g:auche, des monarchistes aussi bien que des républicains, des socialistes conmie des clé< ricaux. Dans cette persuasion, si la patrie ne m'a jamais appelé à parler à la jeunesse, « seul, avec mon courage et mes espérances », j'ai préparé des écrits qui, dussent- Us être oubliés au bout d'une seniaine, — huit jours, voilà à notre époque la vie d'un livre, — n'en demeurent pas moins de ceux que plus tard pourra consulter quiconque voudra séparer la vérité des panégyriques et des injures des contemporains, des flatteries des Académiciens ou des railleries des Thersites.

Mais, dans ce livre, je raconte un passé qui est d'hier : le désir d'être bref me contraint à avancer des assertions sans preuves et des jugements personnels. Dans un temps où tous sont mécontents de tout, pourrais-je jamais me flatter de ne déplaire à personne? Devant la sévérité, je m'inclinerai; et l'injustice me sera moins douloureuse depuis qu'on m'y a accoutumé ; en tout cas, celui qui a su se former des convictions propres et qui a eu le courage de les professer franchement, ue serait-ce que pour le contraste qu'il offre avec l'idol&trie do l'heure présente, ne peut être déchiré que par les l&ches.

En assistant étonnés aux graves leçons que la Providence donne aux princes et aux peuples, marchons vers le point où convergent et la conscience de la foule et le raisonnement des penseurs; élevons-nous à ces hauteurs où sont les sources de la prospérité d'une société, je veux dire au droit, à la liberté, k l'honneur; n'ayons qu'une envie, celle de suivre la voix mystérieuse dont la multitude ne perçoit qu'un écho vague et lointain, pour vivifier et assurer cette unité qui est le mérite d'un livre comme d'une vie.

Milan, novembre 1879.

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