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CHAPITRE PREMIER

AGITATIONS. — ■ËFORMBS. — IIÉVOLVT10H9.

Ed tenninaiit notre Histoire universelle, nous faisions pressentir les agitatibits prochaines et nous indiquions les tendances, les espérances et les craintes qui allaient s'en dégager, mais il était impossible de prévoir qu'elles aboutiraient à on total renversement des pouvoirs, de l'équilibre général, des doctrines, des sentiments, et qu'à la théorie des traités, fondements de cette paix qui, quelle qu'elle fût d'ailleurs, a doré trente années, serait substitué un principe qui remplirait trente autres années de guerres terribles et de luttes les plus vives. Ces lattes sont bien loin d'avoir cessé ; mais déjà nous pouvons affirmer que la liberté et la dignité, à travers les périls d'un naufrage , ont été portées par les vagues vers une rive plus avancée; les générations se sont réveillées, bien des entraves ont disparu, l'industrie, le bien- Atre physique sont en progrès, les intelligences ont paru s'élai^r et un plus grand nombre de personnes ont été appelées à prendre non seulement part au banquet social, mais encore aux intérêts publics et à l'amélioration commune.

Commençant par l'Italie, qui a toujours eu la première place dans DOS pensées, nous rappellerons que, constituée comme elle l'avait été par les traités de 1819, elle jouit d'une longue paix, en dehors des deux mouvements de 1821 et de 1831,sans peine réprimés par la force de l'Autriche. Aussi cette Autriche était-elle dénoncée comme le despçte de toute la péninsule, où l'on répétait qu'elle empêchait les peuples d'ob-

6 LES TBBNTR DEHHI6HBS AHII&BS.

tenir, et les princes d'accorder ce que l'on considérait alors comme le suprSma avantage politique , une constitution.

Ainsi parlait le parti libéral & la française : & c6té de lui s'était formé le parti néo-gueire qui, se souvenant des liberlés historiques et respectueux pour l'autorité pontificale à laquelle l'Italie devait sa primauté sur les nations, caressait l'idée d'une ligue entre les États italiens. « Si l'Autriche entrait dans cette li^e, elle devrait en accepter les conditions d'indépendance; si elle refusait, elle trouverait contre elle tout le reste de la nation qui avait les sympathies de l'Europe et, en particulier, de la France. "

Ces conceptions, proclamées franchement et à haute voix par Vincent Gioberti et César Baibo, n'excitaient que les railleries des autoritaires et la compassion des libéraux, quand l'élection de Pie IX parut les réaliser. Une amnistie politique partielle que le pontife eccorda sembla le prélude de concessions immenses et on en crut voir la suite dans quelques réformes administratives, la création d'un ministère, une eonmlle d'État. Les citoyens, las de maudire, commencèrent à applaudir; il y eut une admiration miiverselle et tapageuse; Vive Pie IXt devint le cri & la mode, l'abrégé de tous les éloges, le résumé de toutes les espérances ; il se répandit de l'Italie dans toute l'Europe et jusqu'au-delà de l'AUantique : protestants, catholiques, turcs , juifs, répétaient Vive Pie IXl et les &ls de Voltaire voyaient résumées dans le nom d'un pape toutes les améliorations que les peuples pouvaient réclamer ou les princes accomplir.

A l'ouverture des Chambres en France, Louis-Philippe n'ayant pas dit un mot de Pie IX, on lui reprocha ce silence , et l'adresse voulut y suppléer : « Comme vous , sire, y disailr on , comme vous nous espérons que les progrès de la civilisation et de la liberté s'accompliront sans altérer ni l'ordre intérieur, ni l'indépendance, ni les bonnes relations des États. Nos sympathies et nos vœux accompagnent les souverains et les peuples chrétiens qui s'avancent de concert dans cette nouvelle voie avec uoe sagesse prévoyante dont l'auguste chef de la chrétienté leur donne le puissant et magnanime exemple. »

Le pontife, entraîné par la plus chère des séductions, celle de la faveur publique, croyait y trouver im point d'appui & ses saintesintentions. A Rome, t'était un carnaval ; chaque jour, des réunions, des applaudissements, des hymnes, des séré-

AGITATIOHS. — BÊPOKIIBB. — BÊTOLDTIOIfS. 7

nades : — c'était fête quand le pape sortait, quand il allait en Tillégiatare , quand il rentrait; — acclamations aussi & quiconque se disait son ami, son serviteur, au cabaretier Cicerracchio , et à d'autres entrepreneurs de popularité.

Comme pour tout enthousiasme, il était difficile d'assigner les causes de celui-ci. Dans le plus grand nombre, c'était affaire de mode; cliez beaucoup, c'était sincère, mais irréfléchi ; ceux qui s'apercevaient que c'était une sorte d'éblouissement espéraient bien voir sortir de cette conspiration de louanges un mouvement, auquel le nom d'un pontife donnerait one apparence de modération et un caractère sacré auprès do peuple ; par^dessus tout , ce gouvernement semblait un gage des plus douces espérances & ces Italiens qui attendaient la régénération d'une sainte liberté et d'une forte modération plutôt que des colères dos déclamatenrs, des calomnies des folliculaires et an despotisme révolutionnaire.

Les autres souverains sentirent l'obligation d'améliorer la condition de leurs sujets , sinon en les faisant participer au pouvoir, du moins en ennoblissant l'obéissance ; et cette occasion parut d'autant plus favorable qu'elle consolidait l'autorité en faisant émaner d'elle les améliorations.

Charles-Albert de Savoie, qui avait besoin de réparer par ciuriw^ub««, de nobles actions ses premières défaillances, avait cherché & >'Siàt. développer la prospérité du Piémont en multipliant les institutions de bienfaisance et de prévoyance , les maisons pénitentiaires, les établissements d'instruction ; des routes nouvelles étaient construites à grands frais dans un paya de montagnes et de torrents, et des chemins de fer étaient en- uastaim. trepris aux frais de l'État, qui évitait ainsi un honteux agio- ""' tage ; on améliorait les codes de lois, et on organisait une bonne armée. De la sorte, Charles-Albert attirait l'attention et encourageait les espérances d'un grand nombre d'Italiens qui se souvenaient que l'ancienne ambition de sa maison était de snceéder à l'Autriche dans la possession de la Lombardie et dans l'hégémonie italienne.

Hais les années s'écoulaient, et l'occasion ne surgissait pas ; en attendant, les jeunes gens appi%naient à maudire le roi dans les chansons des vieillards, surtout après qu'il eut marié le prince héréditaire & one fille du vice-roi autrichien de la Lombardie. Toutefois, à la fin, il se brouilla avec l'Autriche à l'occasion des impôts sur le vin et le sel ; et comme la patrie, pas plus que la religion, ne connaît pas de faute inexpiable,

s LES TtBIfTB DBRinÈBBS ARIfÉBS.

cela suffit pour que l'imagiDatioi) populaire vit on Charles- Albert l'épée de lltalie dont Pie IX serait la t6te. Aux premières acclamations de ce genre, le roi opposa les baïonnettes ; mais bientôt il fut conduit k accorder quelques réformes; et les applaudissements redoublèrent, bien que ces réformes fussent purement administratives (30 octobrel847].

Dans la Toscane, l'autorité était douce, l'obéissance tranquille ; mais là nul mouvement vers des améliorations : on y suivait la maxime du ministre. Le monde va tout Kul. Cependant, au premier bruit des réformes de Pie IX , le grand-duc en accorda de semblables (3^ juillet 1847).

L'Italie, se croyant tranquillement acheminée vers le bonheur par les princes en harmonie avec les peuples, était dans un délire de réjouissances et de banquets ; les démonstrations elles triomphes, en l'honneur de quiconque voulait se les attirer par des paroles sympathiques, réunissaient les partis opposés. L'initiative des audacieux, la condescendance de quelques vieillards, rappelaient les enfants qui se fatiguent à battre une eau savonneuse pour en tirer des bulles légères. Ce spectacle donna l'éveil à l'Autriche; car la haine de l'Autriche était le thème obligé des toasts, des discours, des articles de journaux, et peut-être le seul senUment commun k tous les lyriques italiens.

B Metternich s'en aperçut ; il adressa aux cours amies un me- ' morandum , présageant une révolte universelle et réclamant l'entente pour étouffer les premières étincelles ; — il essaya de détourner du pape les peuples en leur faisant croire que Pie IX était d'accord avec lui; et, comme cette politique astucieuse échoua, il chercha à effrayer le pontife en occupant Ferrare. Les protestations du pape , efficaces comme toute parole ferme et appuyée sur le bon droit, le contraignireat à reculer et lui prouvèrent que l'empire de la force finissait.

Mais déj& s'élevait la domination des places publiques et des cafés, usurpant le nom sacré du peuple ; aux acclamations de mode s'ajouta la mode des exécrations non plus seulement contre l'ennemi commun, mais même contre des çom< patriotes : on n'acclamait plus les réformateurs Pie IX, Charles-Albert, Léopold, Gioberti et d'autres llahanissime», ainsi que l'on disait dans ce temps de superlatifs , sans accabler de malédictions le sanguinaire roi de Naples et les jésuites ; — et les diatribes des écrivailleurs de journaux se

AIHTATIOIM. — BÉPOBMES. — HÉyOtUHOBS. 9

tradnisaient en hurlements et en tumultes. Charles-Albert, qui avait formellement promis aux jésuites de les garantir de tout outrage, devait le lendemain les laisser chasser; Charles- Albert, après avoir déclarée inutile la garde nationale dans un pays qui a une bonne armée, devait laisser s'armer la garde nationale ; à Rome, comme il semblait que Pie IX avançait plus lentement qu'on ne le désirait, on parla d'une conspiration contre la vie du pontife, et, en conséquence, on voulut armer le peuple pour le défendre : après le spectacle des trépignements, on voulait avoir le spectacle de la peur.

Le pape publia un ordre du jour pour calmer ces terreurs perfidement excitées, et continua ses réformes; il traita avec le Piémont et la Toscane pour une ligue douaniët-e qui devait faciliter une alliance politique. — Après s'être enivré de cette popularité sans exemple, déjà le ponljfe s'effrayait de l'agitation croissante. Mais ceux qui se promettaient de faire des bénédictions de Pie IX une charge de canon ne reculaient pas devant ses déclarations , et répétaient que c'étaient des sacrifices faits par lui aux exigences des étrangers.

Et voici que le roi des Denx-Siciles , après une émeute violente dans l'tle et une démonstration de la capitale, et malgré les protestations des États du nord, accorde non plus seulement des réformes, mais une constitution et une pleine amnistie- Son nom, jusqu'alors maudit, est désormais exalté sur un tel ton, que les princes ne peuvent se refuser à suivre cet exemple. Charles-Albert, après s'être confessé et avoir communié, promet une constitution, qu'il voile sous le nom de Statut. Le grand-duc l'imite. Autant en fait le duc de Lucques qui, à la mort de Marie-Louise (5 octobre f 647), lui avait succédé dans le duché de Parme. Quant & Pie IX, il déclarait ; « Pourvu que la religion soit sauve, nous ne ïious refuserons à aucune innovation nécessaire. »

Les constitutions étaient toutes calquées sur la constitution française : deux Chambres, des ministres responsables, des sénateurs nommés par le roi , des députés choisis par des électeurs censitaires, la liberté de la presse et le droit de pétition. Seule, Rome conservait comme troisième Chambre le consistoire des cardinaux, qui devait statuer en secret sur les résolutions du parlement, et se réservait les affaires relatives aux canons et à la discipline ecclésiastique.

L'ivresse éclate dans la foule; ceux qui ne voulaient pas en faire partie discutaient sur la liberté, comparaient entre

10 LES TBINTE SSBHIËBES ARRÉBB.

elles les coDstitutioDs, exprimaient publiquement des désirs jusqu'alors étouffés, demandaient et obtenaient des ministres nouveaux, non plus choisis arbitrairement par le prince, mais désignés par la confiance des citoyens, et chantaient sur uu ton pindarique l'accord dirin des peuples et des princes, de la force et de la pensée, pour la conquête de la liberté et de l'indépendance.

Cette marche bienheureuse fut entravée par une nouvelle révolution en France. Louis-Philippe, placé sur le trône en 1830 comme une barrière contre la république, réussit à l'arrêter pendant dix-huit ans. Dans cet intervalle, il avait guéri les blessures que fait toute révolution, restauré les finances, ranimé le commerce, fortifié l'autorilé, accru la prospérité matérielle en favorisant raristocratie industrielle qui se substituait à la noblesse ; encouragé les lettres, les arts, les sciences jusqu'à en faire une véritable puissance ; en même temps, il avait maintenu la paix à travers des occasions brûlantes de guerre, rétabli la marine, laissé aux ordres constitutionnels une grande liberté de parler et d'écrire.

Et cependant son gouvernement ne se consolidait pas par la marche du temps , car il n'avait d'autre raison d'être et d'antre fondement que la révolution : ceux à qui la révolution n'avait donné aucun poste, visaient h en faire une nouvelle, et les déshérités de cette dernière eu préparèrent une troisième. Réduit à chercher des adhésions de tout c6té, le roi devait flatter les intérêts privés, et en faisant des concessions vaciller, au lieu d'avancer en résistant.

Un beau génie, un style limpide, la couleur des descriptions, voilà ce que Thiers, Lamartine etiiouis Blanc employèrent à diviniser la force, soit glorieuse avec Napoléon, soit sanguinaire avec Robespierre et Marat. Lamennais retournait sa puissante logique et son style incomparable contre cette autorité sur laquelle il avait établi auparavant l'édifice de la société et de la connaissance. Victor Hugo professait « que le poète peut croire à Dieu ou aux Dieux, à Pluton, à Satan, ou à rien». Onsiffiait la chaire pour ses enseignements positifs, et, en montrant les prêtres comme les mauvais génies de la société et de la morale, on attisait les vieilles haines conb'e le pape et les siens. D'autres en plus grand nombre, spéculant sur l'imaginalion, fomentaient l'épicurisme, en favorisant l'envie démesurée de s'enrichir et de jouir, et en plaçant le paradis dans ce monde sans aucune idée d'abnégation. Les

AGITATIOFS. — BÉPOSHSB. — BÉ?OIDT!OBS. il

romans qui, pour se faire lire au milieu du dégoût général, se débitaient en feuilletons dans un journal, portaient chaque jour leur dose de poison dans les familles, les boutiques, les campagnes; ils flattaient une insatiable lubricité par des laideurs fardées, la haine du prolétaire en exagérant la corroption de la classe jouissante, les sens en montrant les femmes condamnées & succomber fatalement & la tentation, et les hommes n'agissant que par intârfit ou passion. Us chei^ chaient l'idéal dans les désordres exceptionnels de la nature ou de la société ; ils initiaient les cœurs vierges à des hontes dont l'ignorance est une sauvegarde, et la connaissance un aiguillon funeste. — A cette allure, la nature pervertie de ces écrivains corrompait le bon naturel du peuple, flattait la foule en fomentant les appétits matériels, en canonisant Camille Desmoulins , Danton et les autres héros parUsans de rassassioat, en raillant le clergé, ruinant les espérances fortiflantes, et détournant les &mes de l'aspiration à l'immor- Ulité.

La foule puisait U des sentiments de haine et la fébrile attente d'une explosion oîi les prolétaires devaient succéder aux propriétaires, prétendus usurpateurs du patrimoine commun, et oîi chacun acquerrait une plus forte part, non point de raison et de morale, mais de jouissances. On rejetait l'odieux de cette immoralité sur le gouvernement : on y puisait des arguments pour fomenter l'opposition des Chambres et celle des journaux, ces conducteurs de l'électricité révolutionnaire. Comme si s'agiter eût été avancer, on passait d'un ministère à un autre, et toujours en se lamentant que les nouveaux venus fussent pires que les précédents. Aussi Thiers, nommé en 1840, avait dit : « Nous jouerons lemfime air, mais nous le jouerons mieux. "

Le dernier ministère fut celui de l'historien Guiaot, homme ^j°^~ plus rigide que ne l'auraient voulu les passions ardentes, et ^him»^" plus intègre que ses compétiteurs ; il n'acceptait point les exagérations des analyses et la divinisation de l'homme ; il étaîtobstiné à conserver la paix, et, pour conserver la paix, à consolider la nouvelle dynastie. Ministre Adèle au roi, mais agissant constitutionnellement et avec la majorité de la Chambre. — On était agacé qu'un ministère dur&t cinq ans dans un pays qui abhorrait la stabilité, et avec une constitution où le roi ne doit avoir ni volonté ni système, mais changer de ministre à chaque changement du vent populaire : aussi s'in-

a LES TRENTE DERIflÈBBS ANHËE8.

génia-t-on à renverser ce ministère. Comme il avait été de mode en Italie, l'agitation grandissait avec les banquets où le rapprochement des invités et la chaleur du vin animaient les discours : on y prêchait le socialisme ; ces toasts improvisés étaient reproduits par les journaux, et donnaient au pays une représentation et une parole autres que la représentation et la parole légales. On proposa à Paris un banquet de cent mille personnes : l'autorité s'y opposa; ce fut le signal d'une insurrection à main armée et avec barricades. Déjà le sang coulait. Louis-Philippe, résolu à n'en pas laisser verser une goutte pour se maintenir, abdique et s'enfuit au milieu des rugissements de l'insurrection ; une poignée d'individus fait irruption dans le parlement en hurlant la république, et tandis que dehors on tue, on saccage, on détruit pour obtenir des réformes partielles, on braille qu'on ne veut plus de roi. La nouveauté plaît d'autant plus qu'elle est moins attendue : on proclame la république et un gouvernement provisoire (1).

Les anciennes institutions étaient détruites, les nouvelles ne fonctionnaient pas encore ; une plèbe en délire et déchaînée demeurait maîtresse de Paris.

Si donc le monde à ce nom de république s'était rasséréné comme à l'approche d'une brillante aurore, il s'épouvanta en voyant cette république, loin de régénérer la dignité humaine, renverser la société; et au lieu d'une conciliation universelle, on craignit un ouragan pour la France et le reste de l'Europe. De fait, les conséquences^ de la révolution de 1830 se reproduisirent, et chaque pays en sentit le contrecoup ; jusque-là on n'avait aspiré qu'à acquérir ou à réaliser le gouvernement constitutionnel, désormais on tenta de le renverser; de défensive la révolution- devenait agressive, à mesure qu'elle rencontrait plus de mollesse dans la répression et d'insuffisance dans ses guides.

t GommentlaFrance républicaine entendrait-elle ses devoirs " politiques? Lamartine, qui avait accepté tout d'abord l'accla- ' mation de la république et l'avait faif agréer par sa poétique parole, se trouva vite exposé à la ftareur de la plèbe. Il l'affronta avec une intrépidité héroïque, infatigable à parler, à répondre, à recevoir,à réprimer la soif du meurtre et du vol; du reste, plein de condescendance pour tous, flatteur comme

(1) Que de fois ces scèaeB se sont renouveléee ilaiu les révolulianB de notre temps I

AflITATIOBS. — BÈPOBHES. — BÉTOLUTIOBS. 13

l'est na pouvoir nouveau ; n'ayanl pas d'autre idée que l'idée d'opposition, il était iacapable d'organiser. £a annonçant à l'Europe la nouvelle forme de gouvernement adoptée par la France, il déclara que, » à la différence de celle de 93, la République de 1B48 ne menaçaitaucun gouvernement, quel qu'il fbt; elle savait que la guerre est trop périlleuse pour la liberté; elle regardait les traités de 1815 comme n'existant plus, mais respecterait les circonscriptions territoriales établies par eux; si pourtant quelque nation opprimée se réveillait, si les Ëtats indépendants d'Italie étaient eavahJs ou si l'on entravait leurs transformations intérieures, la France protégerait les progrès légitimes ».

Cette ambiguïté de langage, peu digne d'une grande nation, rdi>iw»<ip trompa les Italiens, qui crurent voir arrivées à maturité les tiood.rnn'^ franchises après lesquelles ils soupiraient. La virile et puis- AtM^ santé inquiétude d'un peuple qu'a visité la liberté, si elle s'exprimaitdans le reste de l'Italie par des applaudissements donnés aux souverains, se concentrait en frémissements dans la Lombarde- Vénétie , province encore sous le joug étranger. Depuis longtemps ce pays, gr&ce h ses anciennes traditions municipales, était en possession des réformes administratives qu'on venait d'accorder aux États voisins ; alors il s'enflamma pour un but très déterminé, l'acquisition de cette nationalité sans laquelle ne semblent possibles ni une liberté solide ni une forte dignité, ni un complet développement.

Le vice-roi, pendant qu'avec des promesses trompeuses il tentait d'endormir les sujets sur les demandes faites par les voies légales, faisait déclarer parl'empereur qu'il n'était pas disposé & des concessions, et qu'il se confiait dans ses troupes ; on arrêtait des citoyens mal viis; par là l'autorité irritait, mais n'effrayait pas un peuple qui répondait par la menace du silence et de l'abstention , et chez lequel la joie elle-même avait quelque chose de menaçant. Et déjà on disait l'insurrection préparée, lorsque l'étincelle jaillit, puissante et inattendue, du cAté où on l'attendait le moins.

L'Autriche, Bdële à l'absolutisme patriarcal, s'était constituée l'adversaire franche et implacable des prétentions libérales, et ne souffrait de changements dans aucun de ses États. Dans un mélange de populations différentes d'origine, . de culture, de traditions, comment pouvait-elle introduire cette unité qui fait la force des autres pays? Touchant par ses fronUëres à dix-huit États, elle avait des relations extérieu-

14 LES TRENTE DEBHIÈBES AHNÉBS.

res très compliquées : une armée nombreuse lui était nécessaire. En beaucoup de provinces allemandes, bohèmes, galicieunes, persistait la juridiction seigneuriale, sans parler de la Hongrie et de la Transylvanie qui avaient des institutions distinctes ; et bien que ces pays ne contribuassent pas au Trésor public , les droits d'entrée qui, au commencement du règne de François I", rendaient 198 millions, s'élevaient à 303 à sa mort. Par les dernières acquisitions, l'Autricbe s'étendait vers la mer; mais, & cause de sa longue alliance avec l'Angleterre, elle n'osait point poursuivre des agrandissements dont celleci était jalouse. Il y avait dans le célèbre arsenal do Venise une inaction qui Taisait pitié; l'établissement d'un grand port de guerre h Pola resta à l'état de projet; Cattaro et Raguse succombaient devant Trieste qu'on préférait. Le système protecteur des douanes fut modifié ; on abaissa les tarifs ; des édifices d'utilité publique ou même de luxe s'élevaient partout, et le gouvernement consentait à des améliorations, pourvu qu'elles vinssent de son initiative : pour lui, gouverner et comprimer étaient synonymes ; il classait les hommes d'après ce que ceux-ci payaient ; le gouvernement se réduisait à des douaniers, à des bureaucrates, à des espions, à des soldats. François I", qui rêvait la centralisation administrative de losepb II, avait plutût souhaité qu'essayé de ramener à l'uniformité tant de différences; il se bornait à conserver; que le monde marcblt, lui se tenait ferme ; ce qui avait été bon autrefois devait rester bon maintenant ; les peuples devaient se persuader que l'empereur voulait leur bien, et le laisser faire. Avec cette politique simple, il gouverna en refusant tout changement jusqu'en 1835; vainement, surtout en Hongrie, on élevait chaque jour davantage les prétentions à une vie plus indépendante; vainement, les pays autrichiens qui ont des assemblées d'État (1), réclamaient, avec une insistance croissante, la publicité, une part plus grande dans la

(I) Dana la haute .et baaae Autriche, dona la Stïtie, la Carinthie, la Bohfcne, In Horaiie, la Galicie, et la Lodomérïe, il 3 a^ait dee diites composées de quatre étata : le clergé, la noblesse, les geatilshonunes {Rilltrttand) et les bourgeois ; cet derniers avaient pour représeutanti les magiatraU des TÎHes royales. Daus le Tjrol, depuis le 21 mars 1816, les étata, disposas de la mime naaibre, aTaiect le droit de faire des remontrances à l'empereur au nom du pays, mais sans vota législatif et en dehors des question* d'impâta. — En Siléeie, les états se composaient de ducs, de princes et de seigneurs ($fiifi(A!AeiT»i), de geatildiommea (HilUrtcha^) dépendants immédiatement da l'emperenr.

AGITATfOnS. — .RÉFORMES. — RÉVOLUTIONS. 15

délibération de leurs propres intérêts. L'empeteur devait se confier dans son armée; toutes les fautes étaient attribuées à son ministre, le prince de Metlemich, d'une intelligence facile et universelle, mais, en politique, attaché aux faits accomplis, manquant de tout courage d'initiative, quand même son maître lui aurait laissé le chemin libre.

Ferdinand I", qui succéda & l'empire, fut bon et rien de i plus; mais Vienne, la cité que l'on croyait toute matérialisée par les jouissances et servilement dévouée à une dynastie qui faisait d'elle la tête d'un vaste empire, s'était prise de dégoût pour l'étrange absolutisme d'un ministre qui, en refusant tout mouvement en avant, avait usurpé le nom d'habile et de fort. Quelques intrigues de cour et des ambitions de cabinet favorisèrent les aspirations libérales, déjà échauffées par les diatribes que l'Allemagne lançait contre l'Autriche, et dont la révolution française détermina l'explosion. Se voyant unis, les États de la basse Autriche, la société politique et la société industrielle formulèrent quelques demandes. Déjà la Bohême et la Galicie avaient fait réclamer la liberté de la presse, celle de l'enseignement et d'autres encore. Une proclamation du Hongrois Kossuth, où l'on demandait que l'empire se réform&t et qu'on laiss&t les nationalités se gouverner par elle&-mêmes, en les réunissant en fédération, fixa un but plus précis aux réclamations. Les étudiants, animés par l'exemple de ceux de Bavière, commencèrent à s'agiter. Le peuple viennois, comme secoué d'un sommeil dont il avait honte, éleva sa grande vois; il montra contre la petite garnison un courage inattendu, obtint le renvoi de Mettemicfa que remplaça te libéral Pillersdorf, et pour tout l'empire la liberté de la presse et la garde nationale ; une assemblée générale devait établir la constitution.

Le télégraphe annonça à la Lombardie les concessions faites à Vienne; leur contradiction avec les menaces et les refus des jours précédents montrait que l'Autriche voilait du nom de concession ce qui était pour elle une inévitable nécessité ; et puisqu'on ne pouvait compter sur sa bonne foi, il fallait s'en assurer par la force. L'exultation se changea en fureur, l'espérance alla jusqu'à l'indépendance ; on arbora les trois couleurs, on cria VivePie/Xf et Mort aux Allememdaf Enivrés àe désirs magnanimes çt confiant tout aux risques de l'audace, les Milanais commencèrent une bataille mémorable oi), avec des barricades et quelques fusils de chasse, pendant cinq jours,

16 LES TBENTB DERNIÈHES ADDÉGS.

ils tinrent tète k des troupes disciplinées. Ni les armes qu'on disait toutes prêtes, ni les bannis, ni les Piémontais, ni les gens de la campagne qui, aiVrmait-on, n'attendaient qu'un signe, ne parurent; mais l'ennemi n'était pas en mesure de se d^ fendre : le manque de munitions, la crainte de voir l'insurrection s'étendre, l'incertitude de ce qui se passait à Vienne, poussèrent le maréchal Hadetzky à ordonner la retraite. Et SI ilan se trouva libre ; GOme, Brescia, Bergame, Lodi, Crémone, Pavie chassèrent le? garnisons ou les firent prisonnières; partout on évita de répandre en vain le sang, et contre la domination étrangère on protesta seulement par la joie de s'en aETrancbir.

L'annonce des libertés promises eut un eiTet semblable à Venise, où le commandant Zichy capitula, à la condition d'emmener ses troupes, mais de laisser la caisse, les armes et les soldats italiens. Les cités de la terre ferme ne tardèrent point à imiter Venise.

L'insurrection de Milan excita dans le Piémont tout l'intérêt que font naître la communauté de nationalité et le voisinage ; et puisque l'unité italienne était en tftte de toutes les ckuiu-Aiiwt espérances, on demandait à tirer l'épée pour l'assurer. N'étaitr ce pas là depuis longtemps le désir de Charies-Ali>ert7Hais son organisation militaire tant préconisée fut reconnue peu propre à un passage soudain de l'état de paix à l'état de guerre active, si bieu qu'& peine 19 ou 15,000 hommes pouvaient se mettre en campagne. On ignorait le désarroi de l'Autriche; on ne pouvait guère compter sur le reste de l'Italie, à cause de son inexpérience des armes; les secours de la France faisaient peur, car ils pouvaient devenir mortels pour le royaume à fonder; l'Angleterre déclarait que la Lombardie était garantie à l'Autriche par les traités mêmes qui assuraient Gènes au Piémont : toucher à l'une, c'était compromettre l'autre.

Au bruit de l'insurrection lombarde, la jeunesse eut un frémissement guerrier ; mais te roi et les ministres comprenaient que c'est perdre l'autorité que de l'asservir au caprice populaire. Cependant, apprenant que Milan est libre, que les Allemands battus et chassés sont en déroute, Charles- Albert fait pencher du poids de son épée la balance dans les conseils de ses ministres : il annonce qu'avec ses &ls il se met à la tète de l'armée, pour porter à la Lombardie le secours qu'un frère doit à de» frères, et sans parler de dédommage-

AGITATIORS. — RÉFOHMES. — KÉTOLDTIOHS. 17

ment : une fois seulement ta guerre Soie, od déciderait dn sort de ce beau pays.

Les autres gouvernements d'Italie répoudirent à ce cri. Saint accord des princes et des peuples, qui, armés par le souvenir de longues souffrances, aspirent k la joie*Virile des combats pour que l'Italie soit non point conquise par la victoire des étrangers, mais rachetée par l'épée de ses propres enfants I

Toutefois la victoire était bien moins facile que le triomphe. Sur les traces de l'ennemi qui fuyait se lancèrent quelques jeunes gens lombards, d'un courage ardent et intelligent; mais les campagnes ne secondèrent pas l'impulsion donnée par la ville, si bien que Radetzky, sans même être attaqué, put atteindre le Mincio, et dans ce formidable quadrilatère composé des forteresses de Peschiera, Mautoue, Legnano et Vérone, rendre courage à ses troupes, en attendre de nouvelles et se disposer à un retour offensif. L'armée piéroontaise n'était pas prête : elle arriva tard, s'étendît le long de l'Adige sur uae ligne de 36 milles, commença une guerre tente de positions où l'incapacité stratégique rendait inutile la valeur qui se montrait avec éclat chaque fois qu'on pouvait en venir aux mains. Les jalousies, les brigues, la peur, obscurcirent les couleurs roses et éphémères quiembellissentraube de toute révolution. Pour centraliser la résistance et les ordres, te gouvernement provisoire de Milan travaillait à vaincre les jalousies, à faire que chaque province lui envoyât un député. Mais tandis que tous se croyaient capables d'ouvrir des avis, personne ne voulait assumer la responsabilité d'une décision; le peuple obéissait mal à un gouvernement qu'on lui dépeignait comme méprisable ; les troupes montraient plus d'espritde parti que d'esprit de corps, et, au milieu des chansons et des proclamations de fraternité, personne n'avait confiance en personne.

Venise, délivrée par une capitulation régulière, n'avait qu'à consulter ses anciens souvenirs : elle proclama la république de Saint-Marc, et les cités de la terre ferme y adhérèrent. Pour la Lombardie elle-même, les beaux temps de l'histoire n'élaient-ils pas les temps de la république? Pourquoi cette forme de gouvernement, inaugurée par la France, ne se répandrait-elle point par tout le monde? Pourquoi ne verrait-on point par là écartées les jalousies des anciens priuces, et les ambitions des souverains nouveaux?

Cependant, reconnaissant pour objectif suprême la déli-

aiSI. DHIV. — T. XX. 2

18 LES 7BBRTE DBRinÈBBS ANHtBS.

vrance, la secte républicaine ia Jeune Italie s'était engagée, déjà avant l'insurrection, h voiler son drapeau, pour ne pas troubler le sommeil des princes favorables à la régénération. Mais, bien que le roi de Piémont et le gouvernement provisoire eussent promis qu'on ne parlerait de la fonne du gouvernement que lorsque la cause aurait triomphé, ils changèrent de langage et sollicitèrent le pays de se réunir au Piémont. Demandée par le plébiscite où chacun écrivait son vote sur les registres, la fusion immédiate fut obtenue : fusion qui, faite dès le premier instantsans autre condition que de vaincre, aurait réuni toutes les forces pour le but commun, et qui, au contraire,maintenantleséparpilla,au grand avantagede l'ennemi. Au milieu de ces manèges, la situation de l'Italie était allée en empirant chaque jour. A la victoire des Milanais, toute la péninsule avait tressailli de liberté et d'espérance. A Hodène et à Parme les ducs partirent, laissant un délégué pour donner un statut : on établit des gouvernements provisoires, qui bientôt d^nandërent, eux aussi, la fusion avec le Piémont. Le grand-duc de Toscane devait renoncer k ses titres autrichiens, accepter des ministres qui lui agréaient peu, car le mouvement croissant, loin de se laisser régler par les princes, se retournait contre eux. Au pape on imposait des ministres, des généraux et une guerre , et l'Allemagne protestait jusqu'à menacer d'un schisme. De sa voix aimée et respectée, Pie IX avait béni les espérances italiennes ; il envoya un prélat, qui lui était très cher, comme son représentant au camp italien ; il plaça ses troupes sous le commandement de capitaines piémontais, en leur ordonnant de s'entendra avec Charles- Albert. 11 sollicita les princes d'envoyer & Rome des députés pour conclure une alliance politique. Prêtre désarmé, entouré d'un consistoire emprunté à toutes les nations, comme la barque que Dieu lui avait confiée lui semblait en danger, it rejeta toute participation aux révolutions; il n'avait fait que ce que les souverains eux-mêmes avaient autrefois suggéré à Pie VII et à Grégoire XVI, et ce qu'il croyait avantageux k son peuple ; il regrettait que celui-ci n'eût pas su se maintenir dans la fidélité, l'obéissance et la concorde; mais on ne devait point lui imputer k lui-même les agitations de l'Italie, àlui, qui avait horreur de la guerre et reniait ceux qui parlaient d'une république italienne présidée par le pape (1).

(t) X Notre nom a étd béni par toute la terre pour lei premières paroles

D.D.t.zeabïGoOglc

AfllTiLtlOKS. ~ airoBHEs. — r£T0LUTI0N8. 19

Rome, qui obéissait au pape à condition qoe le pape lui obéit à elle-même, s'agita à ces paroles, et, maudissant comme on sait maudire dans ce pays-là, menaça de noyer dans le sang ce qu'on appelait le règne exécré de la prAtraille. Ainsi la Force populaire abandonnait la papauté, alors qu'il importait tant de la secourir et de la soutenir.

Et déjà le démon de la défiance obsédait les esprits ; on i' r soupçonnait le Piémont de réduire la cause italienne à un ** intérêt dynastique; Naples, qui voulait se garantir par l'occupation d'Aocftne, était soupçonnée d'ambition conquérante ; on soupçonnait le gouvernement romain de vouloir recouvrer la Polésîne et d'autres droits anciens sur le Parmesan et le docbé de Hodëne; on soupçonnait le prélat que le pape envoyait à l'empereur; on soupçonnait la flotte que le roi Ferdinand expédiait dans l'Adriatique pour renforcer la flotte sarde, et les Siciliens la canonnërent au passage ; on soupçonnait le ministère romain quand il confiait à Cbai^ les-Albert toutes les forces pontificales, et, au milieu des oscillations de l'action gouvernementale, l'agitation subveiv sive s'échaufi'ait dans les cercles, dans les journaux, dans les cafés. Le nouveau ministère romain, présidé par le philosophe Mamiani, déclara nettement que Pie IX n'avait qu'à prier, à bénir, à pardonner, mais devait laiss^f les affaires à l'assemblée : cela équivalait à le destituer de tout pouvoir temporel.

Les choses allaient encore plus mal dans le royaume des ■«> Deux-Siciles. La Sicile montrait toujours de la haine contre '^ Naples, se plaignait d'être laissée de cOté et craignait d'être enfin absorbée; le peuple et l'aristocratie, le plus grand nombre des écrivains considéraient les Napolitains comme des étrangers. De là, un mécontentement inquiet, et puis des insurrections, spécialement en 1837 à l'occasion du choléra. Blaintenant, devançant les agitations de laLombardie, Messine d'abord, puis Païenne, se soulevèrent; les vainqueurs des barricades se formèrent en compagnies d'armet, réclamèrent

de paii qui tomMrant de noi Ibnres ; il o« serait certainement pu b^ni si non* parlions de g:aerre... L'union entre les princes, la bonne hunmonie «Dtre Itt peuples de la Péninsule, penvent sealet amener le bonheur tant désiré. Cette concorde fait doac qne nous deToos onrrir les bras également A tous les princes dltalie, parce que de cet accueil paternel peut naître l'harmonie qni conduit A la réalisatioD de« tcbux pnblics. <• -- {Rêpoue k l'adresse des députés.)

SO LES TRBIfTE DBRNIÈBES AHNÉBS.

UD gouvernemest à part pour la Sicile, et la consUtutioa de 1813. Le roi y consentit ; les Siciliens n'acceptèrent pas comme un présent ce qu'ils tenaient par droit de conquête. En attendant, les libéraux napolitains, ayant obtenu û constitution, paraissaient satisfaits; mais la Sicile protesta, exigeant pour elle sa constitution particulière de 181S, et, bien que le roi eût accueilli la proposition qui lui en était faite, elle déclara les Bourbons déclius. Au moment où toutes les forces étaient nécessaires sur l'Adige, le roi de Naples fut contraint de détourner une partie de ses troupes pour dompter^les révoltés de 111e. Le reste fut envoyé en Lombardie.

Afin d'établir le Statut, les Chambres furent convoquées à Naples. Dans la réunion préparatoire, quelques députés pré^ tendirent qu'ils devaient âtre une Assemblée constituante et non une Assemblée constitutive : le débat passa de l'iatérieur à l'extérieur, il y eut du tumulte, les lazzaroni prirent parti pour te roi; on incendia, on égorgea. Les baïonnettes et les cachots apaisèrent la révolte, et comme le premier instinct de tout être est de veiller à. sa propre conservation, le roi rappela son armée qui déjà arrivait sur le Pô. Ainsi & la cause de l'indépendance italienne allait manquer ce secours bien organisé. On flattait Charles-Albert en le proclamant roi (Tltalie, et en conséquence les princes crurent qu'ils combattaient non plus pour la cause nationale seule, mais pour réunir sur ses épaules leurs propres manteaux de rois ; de là reparut la vieille et capricieuse obstination & vouloir plutfit tous être asservis que de voir un Italien dominer.

Déjà ce roi qui, s'arrétant à la stratégie routinière, rejetait la puissante alliance de l'insurrection populaire et, poussé par l'ambition d'être le seul héros de la rédemption de l'Italie, n'acceptait pas le secours d'autres épées mieux préparées que la sienne à une guerre qui n'était point une guerre de rois, sentait cette épée trembler dans sa main. La valeur des soldats ne servait de rien contre les terribles fortifications élevées et par la nature et par l'art; les vivres étaient mal distribués, et il y eut famine au milieu de l'abondance ; les bandes des Croisés (comme ils se nommaient bizarrement) montrèrent de la bonne volonté au Stelvio, à Tonale, à Curtatone, mais rarement l'union, la discipline, la persévérance nécessaires pour vaincre. Bientôt l'Autriche put reprendre l'avantage ; une armée nouvelle , descendue

par les Alpes Camiques, occupa la Vénétie. Radetzky, déboacbant de Vérone, dispersa la petite armée royale et à Charles- Albert battu accorda un armistice, à condition qu'il abandonnerait toutes les forteresses et se retirerait derrière l'Adda. L'armée en déroute gagna Milan, puis l'abandonna aussitftt pour repasser le Tessin; ainsi toute la Ixtmbardo- Vénétie se trouva reconquise, k l'exception de Venise.

Les Autrichiens s'étaient arrâtés au Tessin ; mais bienlAt ils passèrent dans les duchés , prétextant la parenté des souverains, et même en Romagne; et aux nouvelles et solennelles protestations de Pie IX, ils répondirent qu'ils faisaient ia guerre non au pape, mais aux bandes qui, malgré lui, les avaient attaqués. Et une fois encore lltalie fut à la merci des Autrichiens.

Dans ce désastre, les esprits s'exaspérèrent; les conseils forent confondus. Pellegrino Kossi, de Carrare, banni depuis 181S, avait acquis un nom en associant les sciences économiques à ia science du droit ; il avait rédigé une constitution pour Ja Suisse; en France, il était devenu professeur de droit constitutionnel et avait été élevé k la pairie. Quand Pie IX inaugura le progrès, Louis-Philippe chargea Rossi de , guider par son expérience pratique les pas du pontife , tandis que comme banni il inspirerait confiance aux libéraux. Le pape s'abandonna tellement k lui que, dans ces derniers désastres, il l'appela k la direction de son propre ministère. Acceptant cette lourde charge, Rossi s'appliqua à restaurer les Boances, k développer les travaux publics , à commencer ime statistique, à préparer la ligue italienne que Pie IX avait spontanément inaugurée et dont il restait le fidèle promoteur, et en même temps il veillait à réprimer les factions tumultueuses de la place publique, non moins que les astucieuses réactions des palais. En tout cela, Rossi montrait la résolution et la force, si rare alors, de la résislauce; nécessairement il était détesté et désigné k la fureur de la plèbe qui avait besoin de montrer sa haine à gradd spectacle, depuis qu'elteavait cessé d'exprimer ainsi son amour. Les Chambres s'ouvrent; mais, pendant qu'il s'y rend, Rossi est égorgé, et les triomphes du pontife réformateur aboutissent aux triomphes d'un assassinat, célébré non seulement à Rome, mais dans une grande partie de l'Italie.

Bntre l'épouvante de ce crime et la proclamation de la Conslituante italienne, le pape est lui-mAme assailli dans son

îi tt% TBBNTB DRUTIÈIES AlfRÉBS.

palais; se voyant abandonné de cette populace gu'il avait crue être le vrai peuple, il se jette dans les bras des princes c^u- ^^ s'entbit dans le royaume de Naples. Une Assemblée cons- ^^t tituante déclara le pontife déchu, proclama le gouvernement "°*' républicain et déclara les biens ecclésiastiques biens natiomiB. naux. Hazniii se transporta à Home et fut déclaré triumvir **"■ de la nouvelle république avec Armellini et Saifl.

Le grand-duc, n'ayant pas la force de résister et ne voulant donner aucun motif à ta réaction, se retira du pays : les Chambres élurent un gouvernement provisoire qui délia les sujets du serment de fidélité.

Dans la chute du pontife oc sembla voir un acte de la grande conjuration européenne tournée au renversement de tout ordre et de toute subordination. Ce qui contribua à le faire croire, c'est que le même jour il y eut du bruit à Paris, à Vienne, à Berlin, à Cracovie. De même, à l'insurrection de ifaMbr. Milan avaient correspondu des soulèvements à Stockholm, à IÏm.*"' Berlin , k Munich , et en d'autres pays de l'Allemagne. La France et l'Espagne voulurent rétablir le pape dans ses États; ainsi la fortune de lltalie devait encore se décider par un bras et des conseils étrangers.

Une faction, qui en Piémont s'appelait . démocratique et soutenaità grand fracas la nécessité de déchdner une guerre nouvelle, terrible, immédiate, porta au ministère Gioberti; mais comme, celui-ci proposait d'empêcher l'intervention étrangère en envoyant des troupes italiennes pour recouvrer l'Italie centrale, il fut désapprouvé et obligé de déposer son portefeuille. Chiodo lui succéda ; il promit aussitôt la guerre avec l'Autriche ; et, prêt ou non, le Piémont dénonça l'armistice. Du mont Cenis h Syracuse les cœurs palpitèrent , comme l'année précédente, d'une magnanime espérance ; mais avant que les secours fussent arrivés, — et ils ne furentméme point r>n.tii préparés, — une bataille dans les plaines de Novare suffit 'iSif* pour assurer aux Autrichiens un complet triomphe. Charles- Albert, voyant les siens en déroute, abdiqua et s'enfuit & l'extrémité de l'Kurope; bîentût, à Oporlb, il succomba sous le poids de ses souvenirs et de ses chagrins.

A son flls Victor -Emmanuel, qui acheta la paixTO millions, passait la ULche de guérir les blessures du pays, d'en consolider les institutions. La Lombardo-Vénétie demeurait sous le ( «M. gouvernement militaire. Seule, Venise, rejetant la fusion avec le Piémont, décréta de rêmter à tout prix, au nom de saint

A61TATIDHS. — RÉFORMES. — RËT0I.DTIOHS. 23

Marc, sous la diractioa de l'avocat Manin ; et bien qU'abandonoée de la flotte sarde et de tout secours fraternel, bien que bloquée étroitemeat, dans cette extrémité, elle trouva le courage de discuter les franchises constitutionnelles promises au royaume lombardo-vénitien; quand elle n'eut plus une boochée de pain, elle capitula.

Ijes républicains du reste de ntalie s'étaient réunis à Rome, tandis que les princes dépoaillés se réfugiaient à Naples. De Naples, une vigoureuse expédition alla soumettre la souniuin Sicile ; par la prison , les procès , les exécutions , nie lUt re- * " '*'"*' placée sous le joug, comme la terre ferme. Les Chambres, rouvertes i Naples le i" juillet, forent bientôt dissoutes, et AnaitM. l'on revint au gouvernement personnel.

Les Florentins, marchant contre une bande deLivoume, et ^aS^jj, vengemt par des assassinats les assassinats qui n'avaient ^^^^X^ que trop souillé la très douce Toscane , rétablirent le grandduc. Plus heureux que les autres princes, puisqu'il était rappelé par ses propres sujets, il eut à son retour un accueil bruyant et même enthousiaste. 11 frappa une médaille avec la devise : Sonneur et fidélité, pour en gratifier ceux qui l'avaient rétabli et le mnnicipe. Hais il se courbait devant les prétentions de l'Autriche, comprenant qu'après tout on ne l'avait rappelé que contraint par les désordres intérieurs et la défaite de Novare et qae les Allemands étaient inévitablement les maîtres. Dès lors, il n'y eut plus de confiance entre lui et ceux qui l'avaient restauré ; il ne se confiait plus lui-même qu'aux Allemands, et nullement au peuple. La convention du 22 avril 1850 établissait pour un temps indéterminé l'occupation du grand-duché par une partie de l'armée impériale ; les franchises constitutionnelles furent déclarées suspendues indéfiniment.

Les Français, débarqués & Civita-Vecchia, en déclarant £3^J|^ qu'ils voulaient rétablir le gouvernement pontifical sans les «5hXiw«». abus dont il s'était délivré, attaquèrent Rome, étonnés que les Italiens se défbndissent. Sans armée régulière, sans capitaines expérimentés, quelques-uns en kéms improviiés, comme disaient alors les Italiens, les assiégés vendirent chèrement la conquête de la ville étemelle qui ne se rendit qu'après vingtsix jonrs de tranchée ouverte. Le pape rentra tardiveàient; il trouvait le pays en ruine, des bandes années un peu iiaataines, l'obéissance oubliée, les assassinats politiques multipliés, le bruit compromettant de prétendus miracles en face

H LES THERTE DEBIflÈBES AHItÂES.

de révoltes qui éclataient de toute part, des insurrections qui pullulaient, l'autorité spirituelle enveloppée elle-mftme dans l'horreur qu'on avait de l'autorité temporelle.

Donc, partout réformes, révolutions, anarchie, réactions; après le délire des peuples vint le délire des princes qui ne voulaient plus, ou du moins qui ne ponvaient plus, réconcilier la subordination avec la liberté , l'ordre avec le progrès , et tiraient de l'excès mftme des exigences un prétexte pour reruser jusqu'à ce qui était juste et promis. Toute initiative était oubliée , plus d'action modérée des hommes de bonnes pensées et de bon vouloir; le progrès était abandonné à une opposition sans logique et sans efficacité, qui ne sait pas prévenir les malheurs et ne veut point les supporter.

Ce fut cependant la première fois que l'Italie soulevée tint tête à l'Autriche dans une guerre véritable. Ce n'étaient pas seulement des troupes disciplinées, mais une jeunesse novice sous les armes, des populations pacifiques, des cités ouvertes, Hilan, Venise, Vicence, Trévise, Brescia, Bologne, Anc6ne, Livoume, Rome, qui avaient affronté les armées, et leur avaientopposé non point seulement la force d'un instant, mais une ténacité rare, même après avoir perdu tout espoir de vaincre.

Au milieu de dissensions déplorables , le besoin d'une nationalité fut compris de tous el se traduisit d'abord par des larmes, puis par des transports de joie , enfin par des protestations.

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