RAILLERIE DES MÉCHANTS
fruit de leurs travaux , dit l’Ecritnre. A cette vue les impies seront troublés et dans un grand effroi; ils s’étonneront de ce salut inespéré et soudain, disant en eux-mêmes, se repentant et gémissant dans l'angoisse de leur esprit : Les voilà ceux que nous avions en mépris, et qui étaient l’objet de nos outrages! Pour nous, insensés, leur vie était une folie, et leur fin un opprobre; et les voilà comp-. tés parmi les enfants de Dieu, et leur partage est avec les saints! Nous avons donc erré hors de la voie de la vérité, et la lumière de la justice n’a pas lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s’est pas levé pour nous. Nous avons marché jusqu’à la fatigue, dans le chemin de l’iniquité et de la perdition, et nous avons parcouru des voies difficiles, et nous avons ignoré la voie du Seigneur. À quoi nous à servi l’orgueil? qu’avons-nous trouvé dans l’ostentation des richesses?
Toutes ces choses ont passé comme l'ombre, comme le courrier qui se hâte. Et comme le vaisseau qui fend la mer agitée, qui ne laisse après lui aucune trace et aucun sentier dans les flots; ainsi nous sommes nés, nous avons cessé d'être , et nous n’avons donné aucun signe de vertu, et nous avons été consumés dans notre malice {Sap. v).
Ici les méchants se déclarent eux-mêmes coupables d’une triple erreur et folie : 1e de ce qu'ils se sont éloignés de la voie de la vérité...; 2 de ce qu’ils n’ont pas vu la lumière de la justice, c’est-à-dire la lumière de la raison , de la sagesse, de la prudence et de la charité, parce qu'ils l'ont méprisée, voulant rester dans les ténèbres de la concupiscence et des passions..; 3° de ce qu'ils n’ont pas aperçu le soleil, c’est-à-dire J. C., qui est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde; parce qu’ils ne lui ont pas ouvert leur cœur... F
Railleurs insensés, vous croyiez que la vie des justes n’était qu’un jeu, dit la Sagesse : Æstimaverunt lusum esse vitam nostram (xv. 12). Voyez maintenant où ils sont , et où vous êtes !.…
Désir de la EIGNEUR, s’écrie le prophète Habacuc, sauvez votre peuple au nan es milieu de nos années. Au milieu de nos jours, faites éclater
votre puissance; au temps de votre colère, souvenez-vous de votre miséricorde. Le Saint est venu ; sa gloire a couvert les cieux, et la terre est pleine de ses louanges. Sa splendeur brille comme le soleil; de la nue partent des rayons qui voilent sa majesté. Vous êtes sorti pour le salut de votre peuple, Je me réjouirai dans le Seïgneur, je tressaillirai de joie dans le Dieu de mon salut. Il est ma force; il me conduira sur les hauteurs, chantant des hymnes à sa gloire (LI, passim).
Gravité À noue! s’écrie saint Bernard, reconnais combien graves sont tes Phpéchés qui blessures, pour lesquelles il faut que le Seigneur J. C. en reçoive de apres profondes et cruelles. Si tes blessures n’étaient pas mortelles, et mortelles à jamais, le Fils de Dieu ne serait pas mort pour les guérir (1). Le péché mortel est irrémédiable de sa nature. Lorsque nous commettons un péché mortel , nous donnons tellement la mort à notre âme, que , de notre côté, nous rendons éternels notre péché , notre mort et notre damnation, parce que nous éteignons la vie radicale ment en nous. Qui renonce une fois à Dieu, y renonce éternellement, parce que c’est la nature du péché de faire, autant qu’il le peut , une séparation éternelle; et l'homme, de son fond, n’ayant rien pour se rattacher à Dieu, ne peut de lui-même revenir à la vie. La rédemption fait ce que l’homme ne peut faire... Le but de la rédemption est de délivrer l’homme de l'enfer, de Ja mort, du péché, de la malédiction... Pour nous racheter, J. C, a souffert les opprobres, la pauvreté, les douleurs, la mort et la CPOÏX....e Vous avez été rachetés à un grand prix, ne vous faites pas esclaves des hommes, dit le grand Apôtre : Pretio magno empti estis, nolite fieri servi hominum (T. Cor. vrr. 23).
(1) Agnosce, o homo, quam gravia sunt vulnera, pro quibus necesse est Dominum Christum vulnerari. Si non essent hæc ad mortem, et mortem sempiternam, nunquam pro corum remedio Dei Filius moreretur ( Serm. 111 7 Nat. Dom.).
Pour savoir le prix de l’homme racheté par J. C., voyez, dit saint Augustin, ce que J. G. a donné. Le sang de J. C. est notre prix : quelle est donc notre valeur? Queæritis quid emerit (Christus), videte quid dederit. Sanguis Christi pretium est ; tanti quid valet ? (Medit.)
La bonté de J, C. dans la rédemption éclate visiblement et d’une manière ineffable; car, 40 J. C, sur la croix nous donne des preuves d’un amour infini, afin de nous attirer à lui par cet amour. J. C. n’a été forcé par aucune nécessité; il n’a été attiré par aucun espoir de sa propre utilité; son amour seul de bienveillance et de complaisance le porte à monter sur la croix. Il y monte et dispose tout avec tant de sagesse, que par cette mort il n’ôte rien à la grandeur et à la gloire de sa divinité, et il nous rend souverainement heureux.... 2° Sur la croix il rachète l’homme, non par la puissance de sa divinité, mais par la justice et l'humilité de sa passion, comme le dit saint Augustin ( Lib. Civit). 3° Sur la croix il donne l’exemple e plus parfait de la plus parfaite obéissance, de la constance, de Ja pénitence, de la patience , de la force, de la mortification des vices, en un mot, l’exemple de toutes les vertus...
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : Sic Deus dilexit mundum , ut Filium suum unigenitum daret (Joann. 11r. 16 ).
J. C., dit saint Bernard , ne s’est pas contenté des larmes des yeux, mais il a voulu pleurer et laver nos péchés par les larmes de sang qui sortaient de tout son corps, et en répandant tout son sang (Serm. in Pass.).
Que peut-on trouver de plus miséricordieux, dit saint Anselme, que Dieu le Père, qui dit au pécheur condamné à d’éternels tourments, et n’ayant rien pour se racheter : Prends mon Fils unique, et donne-le pour toi? et que peut-on trouver de plus miséricordieux que Dieu le Fils qui, à son tour, dit au pécheur : Prends-moi, et rachète-to1? (1)
Seigneur, dit saint Augustin, vous m'avez racheté tout entier, pour me posséder tout entier : Totum me liberasti, ut totum me possideres ? (In Psal. xxx1v.)
ÏL n’en est pas de la grâce comme du péché, dit saint Paul : Non sicut delictum ita et donum (Rom. v. 15). Le don de la rédemption
(1) Quid misericordius intelligi valet quam quod peccatori, æternis tormentis deputato, et unde se redimeret non habenti, Deus Pater dicit : Accipe unigenitum meum, et da pro te? ipse Filius ; Tolle me, et redime te? (Lib. cur Deus homo, c.1x.)
Bonté infinie de J. C. dans larédemption.
Excellence de la rédemption, abondance des grâces qu’on y trouve.
surpasse infiniment la gravité du péché. En effet, 40 Adam était un homme, J, C. est Dieu... 20 J, C. a racheté, non-seulement Adam, mais tous les hommes... 3° Adam n’a commis qu’un péché; J. C. a expié tous les péchés , même actuels. 4° Le crime d’Adam n’est pas infini; la mort de J. C. est d’un mérite, d’un prix infini...
J. C. nous a apporté par la rédemption les plus grandes grâces : les sacrements , le salut, le ciel. Il nous a faits ses frères , et frères entre nous, ses enfants, ses héritiers, ses cohéritiers..….. TL nous a faits Dieu, en nous faisant participants de la nature divine...
1o Adam a perdu tous les hommes, J. C. les a tous rachetés..… 20 Adam n’a transmis à sa postérité qu’un péché; J. C. délivre de tous les péchés... 3° Adam n’a souillé la terre que d’un péché; J. C. a répandu toutes les grâces, des grâces infiniment plus abondantes, plus puissantes que la faute n’a été grave. C’est ce que dit le grand Apôtre : Où le péché avait abondé, la grâce a surabondé : Ubi abundavit delictum, superabundavit gratia (Rom. v. 20). 4 La faute du premier homme coupable a été punie seulement dela peine du dam; par J. C., la peine du dam et la peine du sens sont détruites pour les péchés actuels. 3° Par Adam est venue la concupiscence ; par J. C., cette concupiscence est devenue la matiè re d’un glorieux combat , d’une riche victoire, d’un précieux triomphe ; et elle est anéantie dans le ciel pour jamais... 6o Par Adam, la grâce a été perdue: ; par J. G., une grâce plus fréquente, plus abondante , plus forte nous à été donnée... 7° La grâce de J. C. s’est répandue sur Marie, sur les anges; mais le péché d’Adam ne les a pas atteints... 80 Par Adam, la mort temporelle; par J. C., la résurrection nr à 9° Par Adam, nous avons été réduits en quelque sorte à l’état de pure nature; par J. C., nous sommes élevés à un état plus spirituel et plus sublime que celui dans lequel Adam fut créé, et destinés à une vie pleinement céleste... 10° Par Adam , nous sommes devenus semblables aux bêtes ; par J. C., nous sommes devenus semblables aux anges. Bien plus, en J. C., et en la bienheureuse Vierge Marie , notre nature est élevée , est au-dessus de tous les chœurs des anges... 110 Adam nous a privés de l'arbre de vie; J. C. nous a donné le pain qui est descendu du ciel , et qui donne la vie éternelle; il se donne lui-même tout entier... 12° Adam nous a privés de la grâce de la justice originelle ; J. C. donne l’abondance des grâces et des vertus ; car, 1° il donne des vertus qui n'auraient pas existé dans l’état d’innocence, comme la patience , la pénitence , le martyre, la virginité, l’apostolat, et les
vertus glorieuses du zèle, de l’aumône , ete. 2 Il donne à ces vertus et à toutes les autres une plus grande abondance, une perfection, une continuelle augmentation qu’elles n'auraient pu avoir dans l’état d’innocence.
Comme nous avons tous péché en Adam, ainsi nous sommes tous justifiés en J. C.; c’est-à-dire, nous avons justement satisfait pour nos péchés, et nous avons mérité la justice. Maïs comme, pour contracter le péché originel, ilest nécessaire de naître naturellement d’Adam , ainsi, pour participer à la justice de J. C., il est nécessaire de naître de lui spirituellement par le baptème..….
Donc saint Paul a raison de dire : Où le péché avait abondé, la grâce a surabondé : Ubi abundavit delictum, superabundavit gratia (Rom. v. 20). Et l’Eglise a raison de chanter dans l’£'xultet : O heureuse faute qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur ! O felix culpa, queæ talem ac tantum meruit habere Redemptorem !
Pratiquons done ce que saint Paul dit aux Romains : Aucun de nous ne vit pour soi, et aucun ne meurt pour soi. Mais soit que nous vivions , soit que nous mourions, nous vivons et nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions , nous sommes au Seigneur. Car c’est pour cela que le Christ est mort et ressuscité , pour dominer sur les morts et sur les vivants (1). |
Lorsque vous étiez morts dans le péché, écrit-il aux Colossiens , J. C. vous a fait revivre avec lui, vous remettant tous vos péchés effacant la sentence de condamnation portée contre nous; et il l'a abolie, l’attachant à la croix; et dépouillant les principautés et les puissances , il les a menées captives, triomphant d’elles ostensiblement en sa personne (2).
Origène explique ainsi ce passage de l’Apôtre : Cet écrit, dit-il, était la caution de nos péchés; car chacun de nous, dans les choses où il pèche , devient débiteur, et il fait des écrits constatant son péché et la dette de son péché (3).
(1) Nemo sibi vivit, et nemo sibi moritur. Sive enim vivimus, Domino vivimus; sive morimur, Domino morimur. Sive ergo vivimus, sive morimur, Domini sumus. In hoc enim Christus mortuus est, et resurrexit ; ut et mortuorum et vivorum dominetur (x1V. 7-9). :
. (2) Et vos, cum mortui essetis in delictis, convivificavit cum illo, donans vobis omnia delicta; delens quod adversus nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens illud cruci; et exspolians principatus et potestates, “traduit confidenter, palam triumphans illos in semetipso (11. 13-15).
(3) Istud chirographum peccatorurm nostrorum cautio fuit : pnusquisque ; etenim,
Dans l’état d’innocence , il y avait sept choses excellentes : la première, la sagesse... ; la seconde, la grâce et l'amitié de Dieu.…..; la troisième, la justice originelle. ; la quatrième, l’immortalité et l'impassibilité de l’âme et du corps...; la cinquième, l’habitation dans le paradis terrestre , el l’usage du fruit de l’arbre de vie...; la sixième, le soin particulier de Dieu pour l'homme; d’où naïssait la septième, qui consistait, dit saint Thomas, en ce que l’homme n'aurait pas eu la concupiseence, qu’il n’aurait pas péché même véniellément, qu’il n’aurait pas erré, qu’il n'aurait pas été trompé, étant soutenu et protégé de Dieu ( De Peccat. ).
Mais par J. C. une plus grande grâcé nous est rendue, plus grande que celle qui fut donnée à Adam. Ainsi nous avons sept vertus admirables, que nous n’aurions pas eues dans l’état d’innocence, La première est la virginité; car dans l’état d’innocence la génération eût été la même, sans concupiscence cependant. D'où il suit que la virginité n’aurait pas eu lieu, parce qu’il n’y aurait point eu de vertu dans cet état. Aujourd’hui, la virginité est une vertu sublime et très-méritoire, parce qu’elle met un frein à la concupiscence de la volupté : mais alors, il n’y aurait eu ni concupiscence ni passion à refréner ; donc alors, il n’y aurait pas eu de continence ou de virginité..... La seconde vertu est la patience...; la troisième, la pénitence.….; la quatrième, le martyre...; la cinquième, le jeûne, l’abstinence et toutes les mortifications de la chair...; la sixième, la pauvreté et l’obéissance volontaire et religieuse.; la septième, la miséricorde et l’aumône ; car dans l’état d’innocence, il n’y aurait eu ni pauvres, ni misérables envers qui nous eussions eu l’heureuse vertu et le précieux mérite d’exercer la miséricorde, la charité...
Enfin, Dieu donne à l’homme tombé une grâce plus grande et plus efficace qu’elle ne fut donnée à Adam, comme cela est visible dans les martyrs et les autres saints illustres; d’où l’homme a plus de moyens de mériter, soit sous le rapport d’une plus grande grâce, soit sous Le rapport de la difficulté de pratiquer la vertu...
J. C., dit saint Ambroise, vient au monde et nous rachète, afin d’émousser l’aiguillon de la mort, de fermer son abime dévorant, pour donner aux vivants l'éternité de la grâce, et la résurrection aux morts. De là J.C. est suspendu à la croix entre le ciel etla terre, comme médiateur pour réconcilier l’homme avec Dieu; pour
nostrum, in is quæ delinquit, efficitur debitor, et peccati sui litteras scribit ( Homil. in hœc uerb:Apost.).
recevoir sur lui les flèches de la colère de Dieu lancées contre les hommes, afin qu’elles n’atteignissent pas les hommes; que lui seul payât sur son corps les crimes de tous les hommes; et qu’à son tour, étendant sur la croix, comme un are, les bras de son corps, du fond de son cœur d'amour il lançât vers Dieu son Père les flèches de sa prière et de sa charité , avec lesquelles il blessât le cœur de son Père pour en faire couler la grâce et le pardon, et inonder l’homme d’un torrent de bénédictions et de bonheur (1).
J. G., dit saint Paul à Timothée, est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, entre lesquels je suis le premier : C'hristus Jesus venit in hunc mundum peccatores salvos facère, quorum primus ego sum CET 19),
Un grand médecin est venu du ciel, dit saint Augustin, parce qu’un grand malade était couché, étendu sur tout le globe de la terre : Magnus de cœlo venit medicus, quia magnus per totum orbem terræ jacebat ægrotus (Lib. de Civit. ).
(J. C.), dit encore le grand Apôtre, s’est donné lui-mème pour la rédemption de tous : Dedit redemptionem semetipsum pro omnibus (EL Tim. 11. 6).
(J. C.), écrit-il à Tite, s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et pour se constituer à part un peuple pur, voué à la pratique du bien. Enseignez ces merveilles aux hommes, et exhortez-les à profiter de tant de grâces (2).
La lumière incréée, dit saint Augustin, ne pouvant être saisie par les ténèbres, la lumière elle-même a pris la mortalité des ténèbres; et par la similitude de la chair de péché, elle a communiqué la vraie lumière (3).
Nous sommes sanctifiés, dit saint Paul aux Hébreux, par l’oblation
(1) Stat (Christus) quasi in hunc mundum venerit, ut aculeum mortis hebetaret, devoratorium ejus obstrueret, viventibus æternitatem gratiæ daret, defunctis resurrectionem concederel. Hinc Christus in cruce medius inter cœlum et terram pependit, velut mediator, ut reconciliaret, atque sagittas iræ Dei vibratas in homines, in seipso reciperet, ne ad homines pervenirent ; sed unus ipse omnium hominum scelera in corpore suo Incret : ac vicissim in cruce, velut in arcu, brachia corporis æqui ac cordis expandens, ignitas orationis et amoris sagittas ad Deum jacularetur, quibus cor ejus vulneraret, ad gratiam hominibus largiendam ( Serm. 111).
(2) Qui dedit semetipsum pro nobis, ut nos redimeret ab omni iniquitate, et mundaret sibi populum acceptabilem, sectatorem bonorum opérum. Hæc loquere, et exhortare (11. 14.15).
(3) Quia lux a tencbris non poterat comprehendi, ipsa lux mortalitatem subiit tenebrarum; et per similitudinem carnis peccati, participationem dedit luminis veri ( Homil,). -
Larédemption est pour tous les hommes,
Larédemption est victorieuse de tout.
du corps de J, C. faite une fois : Sanctificati sumus per oblationem corporis Jesu Christi semel (x. 10). Par une seule oblation, ajoute l’Apôtre, il a consommé notre sanctification pour l'éternité : Una enim oblatione consummavit in æternum sanctificatos (Hebr. x. 14),
Jésus-Curisr, dit saint Paul, s’est offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs (c’est-à-dire de tous) : Christus semel oblatus est ad multorum (omnium) exhaurienda peccata (Hebr. 1x. 28).
Le sang de J. C. nous purifie de tout péché, dit l’apôtre saint Jean : Sanguis Jesu Christi mundat nos ab omni peccato (1. 1. 7). Il est lui-même, ajoute cet apôtre, propitiation pour nos péchés, nonseulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde; Et ipse est propitiatio pro peccatis nostris, non pro nostris autem tantum , sed pro totius mundi (1. 17. 2).
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et viennent à la connaissance de la vérité, dit le grand Apôtre à Timothée : Vult omnes homines salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire (1. 11. 4).
C’est pourquoi le mème apôtre assure que J. G. est mort pour ous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux : Pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivunt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit (IL. Cor. v. 15).
J. G. est mort pour tous les hommes, il veut le salut de tous, il est la propitiation pour les péchés de tout le monde; donc ceux qui ne se sauvent pas, ne le veulent pas...
. Disons avec le Prophète royal : Dans le Seigneur est la miséricorde, et une abondante rédemption : Apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio (cxxIx. 7).
Jisus-Carisr, par sa mort, a dépouillé les principautés et les puissances (de l’enfer), dit saint Paul, il Les a emmenées captives, triomphant d’elles ostensiblement en sa personne : Ææspolians principatus et potestates, traduxit confidenter, palam triumphans illos in semetipso (Coloss. 11. 45). Comme les Egyptiens, il les a noyées dans la mer rouge de son sang adorable... 11 a enseveli les ennemis dans la mer, dit la Sagesse : Znimicos demersit in mare (x. 19).
Il engloutira à jamais la mort au moment de ses triomphes , dit Isaïe : Præcipitabit mortem in sempiternum (xx. 8). C’est ce que dit le grand Apôtre : La mort n’aura plus de pouvoir sur lui : Mors illi ultra non dominabitur (Rom. vi. 9).
Aussi le grand Apôtre s’écrie dans un transport d’allégresse : O mort, où est ta victoire? où est, Ô mort, ton aiguillon? Ubi est, mors, victoria tua? ubi est, mors, stimulus tuus? (L. Cor. xv. 55.)
Le démon a été vaincu et crucifié par la rédemption, dit Origène; mais pour ceux qui sont crucifiés avec J. G. : Diabolus victus est quidem , et crucifixus ; sed iis qui cum Christo crucifixi sunt (In Cant.).
La mort a été tuée, dit saint Chrysostome, les démons ont été enchainés, les cieux ont été ouverts, le Saint-Esprit a été envoyé, les esclaves sont devenus libres, les ennemis sont devenus les enfants, les hommes sont devenus des anges; bien plus, un Dieu s’est fait homme, et l’homme est devenu Dieu (1).
Îcs ont vaincu par le sang de l’Agneau, dit l’Apocalypse : Vicerunt propter sanguinem Agni (x. 11). (Les anges), dit Apocalypse, chantaient un cantique nouveau, et disaient : Vous êtes digne , Seigneur, de prendre le livre et d’ouvrir les sept sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu en votre
Larédemption est notre victoire.
sang ; et vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu; et nous
règnerons: Aedemisti nos Deo, in sanguine tuo, et fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes ; et regnabimus (v. 9, 10).
(1) Mors victa est, dæmones vincti, cœli aperti sunt, Spiritus Sanctus missus est, servi liberi facti Bunt, inimici filii, homines angeli effecti sunt, imo Deus homo facllis est, et homo factus est Deus (Homil. ad Rom. ).
Qu'est-ce que la religion?
Divinité de la religion catholique ; prouvée par son plin.
RELIGION (Voyez Écuise).
guGtoN vient de relier, dit saint Augustin : Æeligio venit a reli-
gando (Lib.! X Civit., c. 1v). La religion, prise dans son vrai
sens et son objet, c’est la connaissance de Dieu et de ses lois;
c’est l’observance de ses préceptes, c’est la foi en lui et le culte qu’on
lui rend... La religion c’est le rapport, le commerce qui existe entre Dieu et l’homme...
Toute la religion consiste à imiter le Dieu que vous honorez, dit saint Augustin : Aeligionis summa, imitari quem colis (Lib. VII Civit. , c. xvii).
Le christianisme, c’est limitation de la vie divine, dit saint Grégoire de Nysse : Christianismus est vitæ divinæ inutatio (Serm.).
L£ plan de la religion chrétienne est divin: Ce que la religion catholique, apostolique et romaine rious enseigne des grandeurs de Dieu, dit le P. Campien (Méthode facile, ete.), de la dernière fin de l’homme, des moyens admirables qui conduisent à cette fin , est une doctrine qui ést toute céleste, une doctrine qui est infiniment supérieure à toute intelligence crééé, une doctrine qui n'aurait jamais pu être connue, si Dieu ne l’avait révélée aux hommes. Car cette doctrine ne noùs à pas seulement révélé tout ce qui peut être découvert par la loi naturelle, et tout ce qui peut être éomptis par la raison là plus épurée ; elle s’étend encore infiniment au delà de ces bornes, puisqu'elle va jusqu’à pénétrer même dans l’intérieur et la profondeut de la divinité, dit saint Paul : Profunda Dei (L. Cor. ti. 10):
En effet, pourrait-on imaginer des choses aussi sublimes que celles que la religion nous apprend de la nature de Dieu? Qu'il est en trois personnes; que ces trois personnes sont réellement distinctes dans une même essence; qu'il est le comble de toutes les perfections possibles, sans aucun mélange de défaut ni d’imperfection ; qu’il est Le premier principe et la fin de toutes choses ; qu’il est dans une absolue indépendance de tous les êtres; qu’il exerce un empire absolu sur tout Punivers ; qu’il joint une parfaite immutabilité à une trèsgrande liberté; qu’il a l'éternité sans succession , l’immensité sans
RELIGION. 255 exception de parties; une infinie sagesse à qui rien n’est caché, ni passé, ni futur, parce que tout lui est présent; une puissance infinie dans ses opérations, une prudence sans bornes dans le gouvernement du monde, une sainteté très-éminente dans les commandements qu’il nous fait. Et c’est dans la possession de cet être infini en tous sens que la religion chrétienne établit la dernière fin de l’homme. L'esprit humain pouvait-il, sans une revélation de Dieu, imaginer des mystères si relevés par rapport à la divinité, une fin si noble , si sublime par rapport à l'homme?
Est-il rien de plus saint que ce que la religion prescrit aux hommes, pour parvenir à cette dernière fin : d’aimer Dieu sur toutes choses, et de lui rapporter toutes nos actions; d’aimer le prochain comme nous-mêmes , et d’être à son égard comme nous voudrions qu’il fût au nôtre? Et parce que la nature corrompue nous porte sans cesse à toutes sortes de prévarications qui nous éloignent de Dieu, cette religion nous commande de réprimer nos cupidités, de dompter nos passions , de mortifier nos sens, de mépriser les richesses, les honneurs, qui sont des appâts du vice, et de renoncer à gagner tout lPunivers plutôt que de perdre notre âme. Enfin cette religion prescrit tout ce que l'humanité, la piété, la justice, la raison exigent de l’homme; et tout cela par rapport au service de Dieu, à qui tout doit se rapporter comme à notre dernière fin.
Et quels sont les moyens que la religion chrétienne nous propose pour opérer et pour consommer notre salut? Moyens admirables, les plus propres et les plus efficaces pour arriver à cette fin. La présence d’un Dieu qui veille sans cesse sur toutes nos actions, et qui pénètre les plus secrets replis des cœurs; l’attente d’un jugement terrible, où l’on rendra compte de toutes les pensées comme de toùtes les actions ; la justice et la sévérité du souverain juge, qui ne laissera aucun mal sans punition ni aucune vertu sans récompense } la grandeur des récompenses pour les justes, la grandeur des süpplices pour les pécheurs ; l’un et l’autre pour une éternité. Outre cela , de quels secours ne nous sont pas les exemples de J. C. notre Dieu, notre roi , notre Sauveur, qui marche devant nous dans la voie du salut , qui nous l’a marqué de son sang, qui est monté au ciel où il régnera éternellement, et qui, du haut de son trône, nous invite à la couronne et à la gloire? Encore une fois, des moyens si propres, si admirables, si efficaces, ont-ils pu être inventés par les hommes? Et d’où les auraient-ils pu apprendre, si Dieu ne les leur avait révélés?
© Mais la connexion, la liaison qui se trouve entre tous les mystères ‘que la religion enseigne, n’est pas moins merveilleuse. Car si Dieu est le premier principe de toutes choses, que s’ensuit-il de là, sinon que Dieu seul est de toute éternité; qu’il a tiré du néant tout l’univers; qu'il est le seul maitre souverain de tous les hommes? Si Dieu est la dernière fin de l’homme, que s’ensuit-il de là, sinon que les âmes sont immortelles ; que les corps ressusciteront un jour; que ‘ce n’est pas dans ce monde qu’il faut chercher sa félicité; què tout ce qui nous conduit à Dieu doit être regardé comme un bien, quelque difficulté, quelque peine que l’on y trouve; que tout ce qui nous éloigne de Dieu, satisfaction intellectuelle ou sensualité, doit être regardé comme un mal? Enfin, il n’est rien dans la religion chrétienne qui ne soit admirablement bien lié, et qui ne se rapporte à la mème fin, qui est Dieu...
Que si la foi nous propose des mystères infiniment élevés au-dessus de toute intelligence créée, comme les mystères de la Trinité ét de l’incarñation du Verbe, cela même est très-conforme à la raison, païce que la raison nous apprend que nous devons avoir sur Dieu des sentiments et des pensées infiniment supérieurs à la portée naturelle de notre esprit; que jamais nous ne connaissons Dieu plus parfaitement que lorsque nous comprenons que ses perfections et ses attributs sont incompréhensibles à tout esprit humain; que Dieu ne serait pas Dieu, si nous pouvions le comprendre dans toute l'étendue de ses perfections. Et voilà le plus grand motif de crédibilité, et la plus invincible raison qui prouve incontestablement la vérité et la divinité de la religion chrétienne : c’est la révélation du mystère de la sainte Trinité qui nous dévoile en quelque sorte l’intérieur de Dieu, intérieur Qui, n'étant connu et ne pouvant être connu que de lui seul, ne peut jamais et ne pourra jamais être “pénétré par aucun effort, si Dieu ne le révèle aux hommes, en leur parlant véritablement. Par conséquent, le véritable fondement d’une religion vraiment divine, et la preuve la plus incontestable que Dieu à révélé cette religion, c’est la révélation du mystère, parce que nul autre n’a pu le révéler que lui...
Quoi de plus conforme encore à la raison que l’incarnation du Veïbe? Ne fallait-il pas que le médiateur entre Dieu et les hommes fût Dieu ét homme tout ensémble : Dieu pour nous apporter le remède, honime pour nous donner l’exémple? Et de là il est aisé dé comprendre, en premier lieu, combien la Justice de Dieu est redoutable, puisqu'elle n’a pu être pleinement satisfaite que par un
homme-Dieu. Il est aisé de comprendre , en second lieu, combien la miséricorde de Dieu a été excessive, puisqu'il a bien voulu subir la mort pour racheter des esclaves. IL est aisé de comprendre, en troisième lieu, combien la sagesse de Dieu à été admirable d’avoir ainsi tiré le bien du mal et du péché même. ….
Que les incrédules nous disent maintenant de quelle source est émanée une doctrine si admirable? Quel esprit si sublime à pu inventer un tel système ? Quel génie étonnant et prodigieux a pu découvrir tous ces hauts mystères dans la divinité? Quel est donc cet homme si extraordinaire ? En quel pays est-il né? En quel temps a-t-il vécu? Peut-être a-t-il tiré ce plan des diverses sectes des anciens philosophes ? Maïs ne se sont-ils pas toujours combattus et contredits les uns les autres? Ont-ils jamais pu s’accorder sur la dernière fin de l’homme, qu’ils ont établie dans les choses les plus basses et les plus honteuses? Une bonne partie de leurs prétendues vertus dont ils faisaient tant de bruit, étaient-elles autre chose que des vices raffinés? Qu’ont-ils jamais produit dans leurs écoles, que des disciples superbes et vicieux? Et que leur ont-ils appris qu’une sagesse purement humaine, qui n’était, à bien prendre, qu’une moindre folie? Mais la doctrine de la religion chrétienne a toujours été constante, invariable , pleine d’une sagesse toute céleste , con-
‘forme à toute vérité, et si merveilleuse dans sa morale , que si elle était bien observée , ce monde jouirait d’une paix inaltérable, N’estil donc pas évident qu’une telle doctrine n’a pu être révélée que de Dieu ? que le plan d’une telle religion est de Dieu seul ?.…
Pour le prouver invinciblement, je me borne aux prophéties et aux miracles.
4° Les prophéties.
Je suppose d’abord ce principe incontestable , qu’il n’est que Dieu seul qui puisse infailliblement prédire l’avenir, parce que lui seul le voit et le peut faire arriver ; les hommes ne peuvent prédire l’avenir que par hasard, parce qu'ils ne le voient pas et qu’ils ne savent pas s’il arrivera, et qu'ils ne peuvent pas faire qu'il arrive. Tous les mystères de la religion chrétienne ont été figurés par la religion des Juifs, dont la loi, comme dit l’Apôtre, n’était que l’ombre de la loi future, non l’expression même des choses : Umbram enim habens lex
futurorum bonorum , non ipsam imaginem rerum (Hebr. x. 1), c'est-.
à-dire le commencement d’une loi plus parfaite ; et il est constant, par tous les oracles des prophètes, que tous les mystères de la iv. 47
La manière dont cette doctrine a été révélée est divine.
Divinité de la religion chrétienne prouvée par son établissement.
40 Instruments faibles.
religion chrétienne ont été prédits jusqu'aux plus petites circonstances, et d’une manière si claire, qu’on divait que les prophètes voyaient ces mystères de leurs yeux.
( Voyez, sur J. C., les prophéties.)
20 Les miracles.
{ Voyez, sur J. C., les miracles. )
L’évavaéuste saint Luc nous dit que J, G. appela ses disciples, et qu’il en choisit douze d’entre eux qu’il nomma apôtres : Ælegit duodecim quos et apostolos nominavit (vi. 13). Sur ces paroles, saint Augustin dit : O miséricorde infinie du divin fondateur de l'Eglise ! il savait que s’il eût choisi quelque sénateur, le sénateur aurait dit : J'ai été choisi à cause de ma dignité. S'il eût choisi le riche, le riche aurait dit : Ma richesse m'a fait élire. S'il eüt pris un roi, celui-ci aurait dit : C’est parce que je suis puissant que J’ai été préféré. S'il eût pris un orateur : C’est mon éloquence , eût-il dit, qui m’a fait choisir. S’il eût choisi un philosophe : Ma sagesse en est la cause, aurait dit ce philosophe. Donnez-moi d’abord ce pêcheur'; venez, VOUS pauvre; vous m'avez rien, Vous ne savez rien; Suivezmoi. Inutile de pêcher dans la mer; je vais vous faire pècheur d'hommes : Venite post me, et faciam vos fieri piscatores hominum (Matth. vr. 19). Le pêcheur abandonna ses filets, recut la grâce et devint le divin orateur. Bientôt on lira Les paroles des pêcheurs, et les orateurs courberont leurs têtes.
Ce que le monde a de simple, Dieu l’a choisi pour confondre les sages, dit le grand Apôtre, et ce que le monde a de faible, pour confondre les forts; et ce que le monde a de bas, de méprisable , et ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour détruire ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant lui : Quæ stulta sunt mundi elegit Deus, ut confundat sapientes; et in firma mundi elegit Deus, ut confundat fortia : et ignobilia mundi, et contemptibilia elegit Deus, et ea quæ non sunt , ut ea queæ sunt destrueret : ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus (I. Cor. 1. 27-29).
Les trois choses que le monde a coutume d’admirer, la sagesse, la puissance, la noblesse, ont été négligées par Dieu dans la vocation des hommes à la foi, à la justice, au salut. Il a choisi, au contraire , trois choses opposées, la folie, l'impuissance, l’abjection, afin de montrer que son œuvre était divine. Mais, dit saint Paul, la
parole de la croix est folie pour ceux qui périssent; pour ceux, au
contraire, qui sont sauvés, pour nous, elle est la vertu de Dieu. Car
RELIGION. 259 il est écrit : Je perdrai la sagesse des sages, et J'éprouverai la prudence des prudents. Où est le sage? où est le scribe? où est le par-. tisan de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas infatué la sagesse de ce monde ? Car le monde n’ayant point connu Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver, par la folie de la prédication, les croyants. La folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que les hommes (I. Cor. 1. passim).
Désormais, ô Pierre, tu prendras les hommes, non en les blessant comme des bêtes féroces , mais sans blessure , comme on prend les poissons dans le filet. C’est ainsi que tu prendras, que tu pêcheras les hommes, non avec des armes meurtrières , mais par la vertu et l'efficacité du Saint-Esprit. Les pêcheurs prennent les poissons vivants pour les tuer, les manger; toi, Pierre, tu prendras et retireras les hommes de la mort à la vie, et tu les nourriras de la divine parole, et tu leur donneras la chair deJ. C. à manger. Tu pêcheras les morts, et tu leur donneras la vie; tu les pêcheras dans l’eau corrompue et empoisonnée des passions et des vices qui les a tués, et tu les jetteras dans l’eau vive, fraiche et vivifiante de la grâce, pour Les ressusciter, les faire vivre, les laver, les rendre heureux.
La vertu et la puissance de J. G., dit saint Chrysostome , n’a pas seulement brillé en elle-même, mais dans la prédication de ses
envoyés. Elle a brillé, 4° en ce qu'un petit nombre d’apôtres, simples pêcheurs, pauvres , sans étude, obscurs, de la race juive, sans nul appui dans le monde, ont cependant soumis l’univers païen à la croix...; 2° en ce qu'ils ont vaincu les plus terribles ennemis, les démons , les diverses concupiscences, les passions, les péchés, la mort, l’enfer, les rois, les princes, les philosophes, les orateurs orgueilleux, les Grecs, les barbares, lés lois, Les coutumes, les juges, toutes les sectes..…; 3° en ce qu’ils ont convaincu les esprits et triomphé, non par les armes, ni par la sagesse humaine, ni par l’éloquence profane, mais par leur simple prédication. ; 4° en ce qu’en peu de temps ils ont répandu la foi dans tout l’univers... ; Bo en ce que, par la grâce de J. G., ils ont surmonté, dans une volonté parfaitement soumise, et avec un courage invincible, les menaces des tyrans, les coups, les chaînes, les prisons, les tourments, cent autres épreuves au-dessus des forces de la nature, et enfin la mort...; 6°en ce qu’ils ont fait croire à la doctrine, non d’un Dieu plein de gloire, mais d’un Dieu crucifié; en faisant croire à ce crucifié, en le faisant adorer ; en faisant recevoir et pratiquer sa loi, opposée à la nature et à la chair, répugnant à l’une et à l’autre... ; T° en ce que les loups
mt
sont devenus des agneaux; les persécuteurs, vaincus et devenus doux, se sont faits défenseurs de la religion... ; 8° en ce que les agneaux ont triomphé des loups (De Apost. ).
0 religion sublime, s’écrie saint Nil, plus puissante que tous les rois, plus royale que la royauté même ! car elle renversait sans armes ce que les rois préparaient par les armes; elle faisait pratiquer, en mourant par le martyre, ce que les rois, les tyrans défendaient sous peine de mort; et elle dressait ses trophées contre ses bourreaux, par la mort de ses enfants ( Aomil. 11 de Christi Ascens.).
D'abord , avant que J. C. fût annoncé, représentez-vous, dit un célèbre prédicateur (1), quelle était la face de l’univers; voyez tous les peuples infatués de mille erreurs, livrés aux plus honteuses passions, plongés dans les ténèbres d’une monstrueuse idolâtrie, qui, à titre d’assassinat et d’adultère, plaçait un coupable sur les autels. Le bois, la pierre, le métal étaient adorés; les dieux des païens étaient des monstres de crimes, et les hommes corrompus les voulaient ainsi, afin d'autoriser les débordements de leurs iniquités. Tout était Dieu, excepté Dieu lui-même, dit Bossuet, et l'univers n’était qu’un vaste temple d’idoles. ( Disc. sur l’hist. univ.). Ainsi erraient presque tous les hommes.
Au milieu de cet aveuglement universel, de cette ruine totale de tout principe, de ce déluge de désordres, le christianisme se lève et s'adresse aux nations. Il emploie, pour la rapide conquête du monde, des instruments d’une faiblesse extrême, des instruments qui, à en juger par les apparences, devaient être sans effet; car quelle proportion entre ces instruments et le but qu'il s’agit d’atteindre? Qui croirait que douze pêcheurs sont propres au choix qu’on fait de leurs personnes, qu'ils voudront même l’accepter? Qu'il me soit permis d'évoquer ce qu'il ÿ a eu dans l’antiquité de plus grands hommes, et de les rendre témoins du spectacie qui se prépare. Pour soumettre la Judée, Holopherne , Nabuchodonosor , les Romains, font avancer des armées nombreuses. Pour soumettre l’Asie, Alexandre marche à la tête d’une puissante armée. Que diront-ils, en voyant J. C., pour conquérir le monde entier, n’employer que douze hommes? Nous-mêmes aujourd’hui, lorsque, par les seules lumières de la raison, nous envisageons la chose , que nous les voyons, ces douze hommes, jeter sur les nations un coup d'œil de maitres, et, comme à titre l'héritage , les partager entre eux, prendre chacun pour soi
(4) Le grand Perrin, Divinité de la religion.
des empires, es royaumes immenses et nombreux, ne serions-nous: pas tentés de les comparer à cet enfant qui prétendait enfermer toutes les mers dans un vase étroit?
Mais peut-être que ces hommes sont devenus de puissants monarques qui portent sur le front un caractère de grandeur : non, on voit d’abord que ce sont des hommes tirés de la plus vile populace, nourris sur le bord des étangs et accoutumés dès leur enfance à des travaux obscurs. Mais peut-être que ce sont des sages fameux , des génies supérieurs, capables, par les charmes d’une éloquence victorieuse, d’entrainer tous les peuples : non, ce sont des hommes grossiers, sans études et sans lettres, qui s’expriment assez mal dans leur langue maternelle, et qui ne connaissent bien que les filets qu’ils ont maniés toute leur vie. Mais peut-être que ce sont des riches qui ant amassé des trésors, et quisavent lesdistribuer à propos pour gagner des sectateurs : non , dépourvus de tout, ils ne possèdent et ne veulent posséder rien. Mais peut-être qu’ils sont invulnérables, que tous les coups qu’on leur portera tomberont à faux : non, suivez-les dans les contrées diverses, la trace de leur sang peut servir de guide; sensibles à la douleur comme les autres, ils expirent sur les chevalets, sur les roues, par le fer, dans les flammes.
Mais peut-être qu’ils vivent dans un même lieu pour agir de concert, pour se soutenir, s’entr’aider : non; il est bien vrai qu’ils n’ont tous qu’un cœur et qu’une âme, qu’ils enseignent une même doctrine; mais, du reste, ils volent séparément d’un pôle à l’autre, et, colonnes de l'Eglise, en soutenant le même édifice , ils mettent entre eux une grande distance. Mais peut-être qu’ils se bornent à parcou= rir de simples bourgades ; non , c’est aux endroits du monde les plus peuplés et les plus connus que leur zèle les entraine.
Offrons ici la riche et sublime peinture que présente le grand saint Chrysostome : Voilà, dit-il, Pierre qui, vêtu d’un habit simple, un bâton à la main, s’avance, armé d’une croix de bois, au milieu des religions dissolues d’un monde vieilli dans la corruption. Je lui demande : — Pierre, où vas-tu ? — Je vais à Rome. — Qu’y prétends= tu faire? — Subjuguer la maitresse de l’univers, renverser son Capi= tole, détruire ses autels, anéantir ses simulacres, et, malgré son orgueil , la faire tomber aux pieds d’un homme attaché à la croix. —— Quelle entreprise ! Et, pour y réussir, où sonttes ressources, tes
appuis, tes soldats? — Je n’en ai point; si l’univers était pour moi, je serais moins sûr de vaincre; je suis invincible, parce que je suis seul, parce que je n’ai que cette croix de hois, — Es-tu sage, et
fut-il jamais entreprise plus marquée au coin de la témérité et de la folie? — Témérité et folie tant qu’il vous plaira, le Ciel me répond du succès. Or, cela ne paraît-il pas au-dessus des forces de la nature? Le voyant , cet homme de néant, prendre un ton si décisif, marquer une confiance si intrépide, qu’en pensez-vous? Mais quel va être votre étonnement, si ces pompeuses et magnifiques promesses s’accomplissent à la lettre! N’en doutez pas, il les accomplira. Au moment même, il entre dans Rome; et vous diriez qu’à son approche le Capitole tremble; les dieux du paganisme, alarmés, présagent leur ruine prochaine. Arrivé dans cette grande ville, dans cette ville pleine d’orgueil ; il parle, et on écoute; il enseigne, et on admire; il commande, et on obéit; il tonne, et la croix, ce radieux étendard, signe sacré de paix et de salut, flotte au loin sur les débris du paganisme écroulé. Les Césars jaloux avaient conjuré sa ruine, et le voilà assis sur le trône des Césars; ce signe divin est sur leur front, et les idoles sous leurs pieds. En sorte qu’on peut dire de Pierre, bien mieux que du premier des Césars : Il vient, il voit , il triomphe. Bientôt les fruits de son zèle s'étendent dans les pays éloignés ; où les armes des Romains n’avaient point pénétré , la voix de Pierre se fait entendre. Pendant plus de six cents ans, après bien des guerres et des combats, Rome n’était parvenue qu’à être la capitale d’un empire; et en peu de temps, sous un seul homme qui n’entend point la guerre, elle devient la capitale du monde chrétien. Dites après cela , si vous l’osez, que l'établissement dont il s’agit n’est pas l’œuvre de Dieu , que Dieu n’en est pas le seul et véritable auteur , tandis que de la part des hommes les moyens sont si disproportionnés et si insuffisants. Non, non, pour exécuter ses volontés , le Roi des rois n’a point besoin de nos faibles secours, son bras se suffit à lui-même; et quand, pour faire de grandes choses, il emploie de faibles instruments, c’est alors plus que jamais qu’il prodigue les miracles ( De S. Petro).
Tertullien dit excellemment : Salomon régna, mais dans les confins de la Judée, depuis Dan jusqu’à Bersabée. Darius régna sur les Babyloniens et les Parthes, et pas plus loin; Pharaon, sur les seuls Egyptiens; Nabuchodonosor, depuis la Judée jusqu’à l'Ethiopie. Alexandre n’occupa jamais l’Asie entière, De même, les Germains, les Bretons, les Gaulois, les Maures, les Romains ont des limites à leur empire. Mais le nom de J. C. et son royaume s'étendent de toutes parts ; de toutes parts on croit en J.C. ; toutes les nations l’honorent; il règne partout , partout il est adoré. Il est
pour tous, roi de tous, juge de tous, Dieu et seigneur de tous; et son règne est un règne éternel ; son royaume n’aura point de fin (Lib. contra Judæos).
Voilà, dit saint Chrysostome , le plus grand de tous les miracles, le miracle des miracles : que le monde entier accoure, attiré par douze hommes pauvres et sans lettres (1).
0 sainte et divine religion, fais que je t’aime, et que je te mette en pratique jusqu’à mon dernier soupir !.…
C'est par sa passion, par sa mort et par sa croix que J. C. établit ainsi divinement sa religion par le ministère de ses apôtres, et qu’il la continue par leurs successeurs.
Lorsque j'entends, dit Bossuet, le peuple crier que le Sauveur mérite la mort à cause qu’il s’est fait roi, certes, ces furieux disent mieux qu’ils ne pensent; car J. C. doit régner par sa mort. Quand il porte sa croix sur ses épaules innocentes, tout autre qu’un chrétien serait étonné de son impuissance ; mais le fidèle doit se souvenir de ce qu'a dit de Jui Isaïe , que sa domination, sa principauté est mise sur son épaule : Cujus principatus super humerum ejus: Get empire, cette principauté sur ses épaules, c’est sa divine croix. Sa croix, c’estson sceptre. C’est elle qui rangera tous les peuples sous l’obéissance de Notre-Seigneur. Ecrivez, Ô Pilate, en trois langues, ce beau titre sur la croix du Sauveur : Jésus de Nazareth, roi dés Juifs! Que la royauté de Jésus soit écrite en langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu; et en langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes; et en langue romaine, qui est celle de l'empire du monde. Et vous, Ô Grecs, inventeurs des arts; vous, Ô Juifs, héritiers des promesses; vous, Romains, maîtres de la terre, venez lire cette admirable écriture; fléchissez le genou devant votre roi, Bientôt vous verrez cet homme, abandonné de ses propres disciples, ramasser tous les peuples sous l’invocation de son nom ! Bientôt arrivera ce qu'il a prédit autrefois, qu'étant élevé hors de terre, il attirera tout à soi, et changera l'instrument du plus infâme supplice en une machine céleste pour enlever tous les cœurs. Bientôt les nations incrédules auxquelles il étend ses bras, viendront receyoir parmi ses embrassements paternels cet aimable baiser de paix qui, selon les prophéties anciennes, les doit réconcilier au vrai Dieu qu’elles ne connaissaient pas. Bientôt ce crucifié sera couronné
(1) Hoc ipsum maximum est miraculum, est miraculum absque miraculis orbem terrarum accurrere a duodecim pauperibus, et illitteratis hominibus attractum (Jr Act, apost. ).
20 Sévérité du dogme et de la morale.
d'honneur et de gloire, à cause que , par la grâce de Dieu , il a goûté la mort pour tous, comme dit la divine épitre aux Hébreux (xt. 9). Il verra naître de son sépulcre une belle postérité, et sera glorieusement accompli ce fameux oracle du prophète Isaïe : S'il donne son âme pour le péché, il verra une longue suite d’enfants : Si posuerit pro peccato animam suam , videbit semen longævum (Lu. 10). Cette pierre rejetée de la structure du bâtiment sera faite la pierre angulaire et fondamentale qui soutiendra tout le nouvel édifice; et ce mystérieux grain de froment qui représente notre Sauveur, étant tombé en terre, se multipliera par sa propre corruption; c’est-àdire que le Fils de Dieu tombera de la croix dans le sépulere, et, par un merveilleux contre-coup, tous les peuples tomberont à ses pieds: Populi sub te cadent (Psal. xziv. 6).
Déjà, du temps des apôtres, le nom de J. C. était adoré par toute la terre, disait saint Paul : Fides vestra annuntiatur in universo mundo (Rom. 1.8).
Nous formons, dit hautement Tertullien, presque la plus grande partie de toutes les villes : Pars pene major civitatis cujusque (In Apolog:). Les Parthes, invincibles aux Romains, les Thraces, impatients de toute sorte de lois, ont subi volontairement le joug de Jésus. Les Mèdes, les Arméniens, et les Perses, et les Indiens les plus reculés; les Maures et les Arabes, et ces vastes provinces de l'Orient; l'Egypte et l'Ethiopie, et l'Afrique la plus sauvage , les Scythes toujours errants, les Sarmates, les Gétuliens, et la Barbarie la plus inhumaine, ont été apprivoisés par l’humble et modeste doctrine du Sauveur Jésus...
Jésus règne partout, dit Tertullien , Jésus est adoré partout. Et ce qui est le plus admirable, c’est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qui lui ont amené les simples et les roturiers; au contraire, il a amené les empereurs par l’autorité des pêcheurs (/n Apolog.).
Proraxes, disent les apôtres aux nations païennes, jusques à quand vivrez-vous dans laséduction? Prostituerez-voustoujours votre encens à de sacriléges divinités? Vous ignorez quel est le Dieu véritable, nous allons vous l’apprendre. Ce Dieu,qui règne dans tous les siècles, n’est point tel que l'erreur vous le retrace : sa puissance a formé tous les êtres, son immensité embrasse tous les lieux, sa sagesse dispense tous les événements. Un jour il appellera du tombeau tous les morts pour les juger, et, suivant leurs vertus ou leurs crimes, il
accordera des biens ou infligera des châtiments éternels. Ce Dieu est unique; et quoiqu'il soit unique, sa simple et indivisible essence dans une parfaite unité, renferme trois personnes essentiellement distinctes. La seconde de ces trois personnes ‘adorables s’est revêtue d’une chair mortelle par amour pour vous. Ce grand Dieu fait homme est mort pour vous sur une croix. Mortels , adorez cette croix, adorez ce Dieu mort sur cette croix. A cette vue, quelle ne dut pas être la surprise , l’étonnement de l’univers idolâtre? Quoi, tout ce qui respire est tiré du néant! les morts ressuscitent! Pour punir le péché, une peine éternelle ! Un Dieu unique, et pourtant en trois personnes ! Un Dieu immense, et pourtant homme! Un Dieu adorable et pourtant crucifié ! Quels étranges paradoxes! Sont-ce des vérités? sont-ce des fables? On veut que nous nous assujettissions à le croire, le pouvons-nous? Voilà pour les mystères et les dogmes... Mais voici la morale des apôtres. Les apôtres continuent : Hommes aveugles , vous courez après les plaisirs , les richesses , les honneurs ; sachez que c’est là précisément ce qu’il faut mépriser, Voulez-vous être heureux? pleurez, renoncez-vous, haïssez-vous vous-mêmes , crucifiez-vous; là est le bonheur. Avares , vous don nerez votre bien aux pauvres. Vindicatifs, vous ne vous vengerez pas, vous pardonnerez; vous rendrez le bien pour le mal. Cette morale inconnue et austère , ces mystères et ces dogmes inintelligibles sont acceptés, crus et pratiqués. Voilà le plus grand miracle, miracle qui prouve évidemment la divinité de ce dogme et de cette morale , de la religion qui enseigne l’un et l’autre...
Sr la faiblesse des instruments dont Dieu s’est servi pour établir sa religion; si les dogmes et la morale austères qui sont proposés et reçus prouvent clairement la divinité de la religion chrétienne, les obstacles terribles qu’elle a toujours rencontrés, et qu’elle a toujours si heureusement vaincus, ne prouvent pas moins sa divinité,
La religion de J, C. excite un soulèvement général : calomunies, promesses , artifices, trahisons, fureurs , Cruauté, tout est employé contre elle. Toutes les puissances infernales et terrestres viennent à la fois fondre sur le Christ et sur sa religion.
Non, dit la raison , tu ne régneras pas sur nous; tes dogmes, tes mystères sont inintelligibles. Non, dit la passion, tu ne régneras pas sur moi; ta morale est trop accablante. Non, dit la politique, tu ne régneras pas sur les peuples; tu gènes leur liberté...
En effet, dit l’auteur de lÆssai sur l'indifférence, aux fêtes
30 Grandeur des obstacles vaincus,
brillantes du paganisme, aux gracieuses images d’une mythologie enchanteresse, à la commode licence de la morale philosophique , à toutes les séductions des arts et des plaisirs, le christianisme oppose les pompes de la douleur, de graves et lugubres cérémonies , les pleurs de la pénitence , des menaces terribles , de redoutables mystères, le faste effrayant de la pauvreté, le sac, la cendre, le cilice, la croix, et tous les symboles d’un dépouillement absolu et d’une consternation profonde. Car c’est là tout ce que l’univers païen aperçut d’abord dans le christianisme. Aussitôt les passions s’élancent avec fureur contre l'ennemi qui se présente pour leur disputer l’empire. Les peuples à grands flots se précipitent sous leur bannière : l’avarice y conduit Les prêtres des idoles , l’orgueil y amène les sages, et la politique, les empereurs. Alors commence une guerre effroyable; ni l’âge ni le sexe ne sont épargnés : les places publiques, les routes et les champs mème, et jusqu'aux lieux les plus déserts, se couvrent d'instruments de torture, de chevalets, de bûchers, d’échafauds. Les jeux se mêlent au carnage ; de toutes parts on s’empresse pour jouir de l’agonie et de la mort des innocents qu’on égorge ; et ce cri barbare : Les chrétiens aux lions, fait tressaillir de joie une multitude ivre de sang. Mais dans ces épouvantables holocaustes que l’on se hâte d'offrir à ces divinités expirantes, il faut que chacune ait ses victimes choisies , et une cruauté ingénieuse invente de nouveaux supplices pour la pudeur, Enfin , les bourreaux fatigués s'arrêtent , la hache tombe de leurs mains; je ne sais quelle vertu céleste émanée de la croix commence à les toucher eux-mêmes; à l’exemple de nations entières subjuguées avant eux, ils tombent aux pieds du christianisme qui, en échange du repentir, leur promet l’immortalité, et déjà leur prodigue l’espérance.
Vous avez donc conjuré tous ensemble, rois, philosophes, passions, terre et enfer ; vous avez réuni vos forces, tout retentit de vos coups, quel en sera leffet? Regnavit a ligno Deus. La croix brille ; et je vois vos ligues rompues, vos complots détruits. Cet étendard glorieux de la croix , tout déchiré , tout ensanglanté qu’il est, obtient l'empire du monde. Vous vous révoltez, passions indociles, vous faites sonner bien haut que, si l'Evangile est suivi, sans cesse il faut ètre aux prises avec soi-même; vous, au contraire , vous promettez les plus flatteuses douceurs : qui l’emportera? Regnavit a ligno Deus. La croix l’emporte. Elle n’offre , il est vrai, qu'un bois rigide, des nœuds cruels, d'énormes clous, des larmes
mêlées de sang ; malgré cela , à flatteuses voluptés, on trouve dans la croix plus d’attraits que dans vous; et pour se jeter dans ses bras, on s’arrache des vôtres. Tyrans, vous rassemblez vos licteurs, vous préparez vos tortures : de tant d'hommes qu’on vous amène, les uns sont précipités dans les eaux; les autres, jetés dans les flammes; les autres, dévorés par les ours; tous expirent d’une mort sanglante et cruelle; même votre cruauté , pour prolonger le supplice, ne verse le sang que goutte à goutte : tandis que le fils de Marie est sans armes et sans défense, vous, environnés de soldats, vous présidez à de barbares exécutions. De vous ou de lui, pourtant, qui est-ce qui se fera suivre? de vous ou de lui, qui est-ce qui régnera? Regnavit a ligno Deus. L’Agneau immolé devient l’Agneau dominateur de la terre. Des généraux d’armée , des gouverneurs de province, des préfets de prétoire viennent demander la mort; viennent avec eux, du même pas, de tendres enfants, de jeunes vierges. Tyrans, dans l’appareil de votre grandeur, vous êtes vaincus par des enfants ; et des enfants ne le sont pas par des bourreaux. Ce qui n'avait point encore été vu, les tortures et la joie, les plus cruelles douleurs et les cris d’allégresse sont joints ensemble; plus on immole de victimes, plus il s’en présente ; et l’Eglise est fertilisée par ses ruines; sur des fleuves de sang, elle n’en est que plus ‘promptement et plus majestueusement portée jusqu'aux extrémités de la terre.
Où êtes-vous, Ô persécuteurs ? s’écrie Bossuet ; que sont devenus ces lions rugissants qui voulaient dévorer le troupeau du Sauveur? Ils ne sont plus, Jésus les a défaits : ils sont tombés à ses pieds. Il en est arrivé comme de saint Paul: Jésus fit mourir en lui son persécuteur, et mit en sa place un sublime et saint apôtre, dit saint Augustin : Occisus est intmicus Christi, vivit discipulus Christi (DeS. Paulo). Ainsi ces peuples farouches qui frémissaient comme des lions contre les innocents agneaux de Notre-Seigneur, ils ne sont plus, ils sont morts; Jésus les à frappés au cœur. C'était dans le cœur qu’ils s’élevaient contre lui, c’est dans le cœur qu'il les a abaissés, Ils les a blessés de son saint amour. Les ennemis sont défaits; mon Sauveur en a fait des amis. Comment cela? par la croix. Le royaume qui n’était pas de ce monde a dompté le monde superbe, non par la fierté d’un combat, mais par l'humilité de la patience.
Je vous vénère, Ô religion sainte et divine; vos triomphes par la croix, dans les premiers siècles, me prouvent invinciblement que vous êtes l'épouse sacrée d’un Dieu crucifié.……….
40 Divinité de la religion prouvée par sa durée.
Ds la croix le flambeau de la vérité part, et va éclairer l’un et l’autre hémisphères; devant la montagne sacrée du Calvaire, les autres montagnes s’abaissent; la nouvelle religion prend le dessus. Subsistera-t-elle? Un philosophe du siècle répond hardiment qu’elle ne subsistera pas. Première raison, c’est que le charme de la nouveauté, charme invincible et séduisant, tôt ou tard se dissipera, et alors, ne voyant en elle rien qui stimule, on s’en dégoütera : cette inconstance naturelle à l’homme, par combien d’exemples n’est-elle pas attestée? La seconde raison, c’est que, sans se relâcher en rien, elle combat les inclinations , domine la cupidité; inflexible et sévère, jamais elle ne se prête aux penchants. Je veux que, par ostentation , par entêtement, on vive quelque temps dans la contrainte ; mais où est l’homme qui veuille s’assujettir pour toujours à un maitre impérieux et dominateur ? où est l’homme qui veuille s’engager à souffrir par état? Les attraits de la volupté s’évanouissent, on s’en dégoûte; mais les pointes de la douleur piquent toujours dans un endroit sensible; on ne s’y fait point; et puisque la loi chrétienne gêne éternellement, il faut qu’elle périsse. Il en sera d’elle comme de ces spectacles qui attirent des peuples entiers ; ils sont grands, ils sont frappants, mais ils ont un dernier acte. Ainsi, dans les règles de la prudence ordinaire, croirais-je devoir prononcer. Qu’arrive-t-il cependant? elle échappe à toutes les persécutions, à tous les dangers, à toutes les embüches; elle subsiste. Tant de prodiges de l’art si vantés, tant de palais, de mausolées superbes, de villes opulentes et immenses sont renversés. Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, etc., ne sont plus; dans un cercle de révolutions les lois, lès coutumes, les empires, les royaumes ont changé; et au milieu de toutes ces ruines, de toutes ces révolutions, la religion ne change pas, elle subsiste toujours, la foi est toujours la même. Tandis qu’autour d’elle tout s'écroule, tout disparait, que toutes les sectes g’'évanouissent les unes après les autres, la religion catholique, apostolique et romaine reste seule inébranlable, immobile, debout, Tout cela d’où vient-il, sinon de la main toute-puissante qui la soutient? Et si la main de Dieu la soutient toujours et exclusivement, donc elle est divine, seule divine, seule l’œuvre de Dieu, seule épouse de J. CG...
La religion, depuis son origine, dit Lamennais ( £'ssai sur l’indiffés rence), a été dans tous les temps soumise aux épreuves, Sans cesse agitée par quelque orage, il entre dans sa destinée de ne jamais jouir ici-bas d’un repos parfait, L'orgueil, la licence, l’avarice, toutes les
passions, liguées contre elle, lui suscitent incessamment de nouvelles guerres, mais aussi lui préparent de nouveaux triomphes. Force étonnante de la société chrétienne ! L’hérésie, tantôt souple, tantôt audacieuse, prend toutes les formes, se couvre de tous les masques, se plie et se replie en tous sens pour ébranler ses dogmes; et constamment invariable dans sa doctrine, l'Eglise voit les siècles rebelles expirer l’un après l’autre à ses pieds. L’esprit d'indépendance ou l'ambition de dominer excite dans son propre sein des divisions suivies souvent de schismes déplorables : aussitôt, de ses entrailles déchirées, mais toujours fécondes , sortent en foule de nouveaux enfants qui la consolent de ceux qu’elle a perdus. Des princes jaloux attentent à ses droits , et s’efforcent de troubler sa divine hiérarchie ; malgré leurs violences et leurs ruses, son gouvernement, affermi par les coups qu’on lui porte, subsiste inaltérable et se perpétue de siècle en siècle au milieu des déplacements et des ruines des gouvernements humains. |
Mais c’est maintenant par sa base que le christianisme est attaqué. On areconnu que la religion et tous ses dogmes reposent sur l’autorité comme sur un roc inébranlable. Aussitôt la multitude des sectaires, divisés sur tout le reste, s'unissent pour saper ce fondement de toutes les vérités. La réforme est leur cri de guerre. Ecoutez-les, ils viennent affranchir la terre des abus introduits par Le temps ou parles passious, et guérir l’esprit humain des préjugés qui l’obscurcissent.
Armés de ce prétexte séduisant, ils multiplient sans fin les destructions; la suprématie du chef de l'Eglise, l’épiscopat, l’ordre pastoral, les sacrements, le culte et les saintes pompes, rien n’échappe à la hardiesse de leur zèle réformateur. Mutilant à l’envi la foi, ils se hâtent en quelque sorte de se délivrer du tourment de croire, comme du tourment d’obéir; ils proclament rapidement, dans leurs symboles éphémères, l’abolition de tous les dogmes religieux et sociaux. Luthériens, sociniens, déistes , athées, etc., sous ces divers noms qui indiquent les phases successives d’une même doctrine, ils poursuivent avec une infatigable persévérance leur plan d’attaque contre l’autorité. Ils nient les mystères du christianisme , ils nient sa morale, ils nient son auteur, ils nient Dieu , ils se nient eux-mêmes. Là finit la raison humaine.
Tel est le délire des opinions des ennemis de la religion. Et leur rage forcenée, qui la peindra? Qui racontera leurs efforts impies et leurs noirs complots? Insensés! en vain ils attaquent une religion contre laquelle il n’est pas donné à l'homme de prévaloir : elle élève
Les effets que produit la religion chrétienne sont divins.
sa tête couronnée de lumière, son front majestueux marqué par dix-huit cents ans de nobles cicatrices; tandis que , roulant d’abime en abime, parcourant dans leur chute tous les degrés de l’erreur sans pouvoir s'arrêter dans aucun, affaissés sous le poids vengeur des vérités qu’ils blasphèment, ils tombent et s’enfoncent dans le gouffre ténébreux de l’indifférence, où le crime, stupidement tranquille, s’endort entre les bras de la volupté aux pieds de laffreuse idole du néant.
Et avec quelle rage, dit le même écrivain, n’a-t-on pas persécuté la religion en 93 , dans notre patrie! Alors, sur les débris de l’autel et du trône, sur les ossements du prêtre et du souverain, commença le règne de la haïne et de la terreur, effroyable accomplissement de cette prophétie : Un peuple entier se ruera, homme contre homme, voisin contre voisin, et avec un grand tumulte; l’enfant se lèvera contre le vieillard et la populace contre les grands, parce qu'ils ont opposé leurs langues et leurs inventions contre Dieu. Pour peindre cette scène épouvantable de désordres et de forfaits, de dissolution et de carnage, cette orgie de doctrines, ce choc confus de tous les intérêts et de toutes les passions, ce mélange de proscriptions et de fètes impures, ces cris de blasphème, ces chants sinistres, ce bruit sourd et continu du marteau qui démolit, de la hache qui frappe les victimes ; ces détonations terribles et ces mugissements de joie, lugubre annonce d’un vaste massacre, ces cités veuves, ces rivières encombrées de cadavres, ces temples et ces villes en cendre , et le meurtre, et la volupté, et les pleurs et le sang, il faudrait emprunter à l’enfer sa langue, comme quelques monstres lui empruntèrent ses fureurs. Telle est une nation, un peuple sans Dieu, sans religion!
On croyait la religion détruite, on s’en flattait, et elle est sortie de cette terrible tempête et plus belle et plus forte. Donc la religion est divine, puisque rien ne peut l’ébranler , la renverser ; puisqu’elle résiste à tout, qu’elle surmonte tout, qu’elle survit à tout...
Lo É”morarnie détruite, les païens convertis à la connaissance et à l'amour du vrai Dieu, une ineffable sainteté de mœurs dans toutes sortes de personnes, sont les effets admirables qui confirment la divinité de la religion catholique , apostolique et romaine.
Les changements merveilleux que la religion a produits dans tous les siècles, les œuvres sublimes en tout genre qu’elle a créées, qu’elle à maintenues, prouvent qu’elle est divine... Voyez le courage et la constance des martyrs... |
Les précieux effets de la religion et sa divinité sont attestés par cette multitude innombrable d’hommes, de femmes, de tout rang, de tout âge, de tous les siècles, de toutes les contrées, qui, après avoir renoncé à toutes les superstitions de l’idolâtrie, à toutes les pompes du monde, à toutes ses richesses , à toutes ses promesses, à tous ses plaisirs, à tous ses honneurs, se sont retirés dans les solitudes , dans les déserts, pour se consacrer entièrement à J. C.....
Saint Augustin , parlant de ce grand nombre de convertis à la foi, ne faisait pas difficulté de dire que, si quelqu'un eût crié à haute voix ce qu’on disait déjà de son temps à la messe : Sursum corda : Elevons nos cœurs, on eût pu répondre de toutes les villes, de tous lès bourgs, de toutes les montagnes, de toutes les forêts, de tous les déserts , de toutes les contrées : Nous avons nos cœurs élevés vers le Seigneur : Aabemus ad Dominum. Tant la religion chrétienne sait détacher les hommes de la terre, les attacher au service de Dieu ( Lib. de Civit.).
Ce qu'il y a encore de remarquable et de merveilleux, c’est que ces admirables changements se sont faits même dans les plus méchants , les plus vicieux, les plus scélérats..…. Avec deux ou trois paroles de Dieu, dit Lactance, on changeait les plus grands pécheurs en de grands saints ; les plus sensuels pratiquaient les austérités les plus surprenantes , et les plus délicats méprisaient les tortures et La mort. Toutes ces merveilles s’opéraient sans force, sans violence, sans armes, sans aucun secours humain ; et tout cela par la pauvreté, l'humilité, les souffrances, le martyre (Lib. I, c. v).
Et dans tous les siècles, même encore aujourd’hui, n’a-t-on pas vu, et ne voit-on pas les merveilles de la religion dans le zèle des missionnaires qui abandonnent parents, amis, patrie, pour aller dans des contrées inconnues, éclairer l’aveuglement des sauvages, et les amener àla bergerie de J. C.? et dans cette multitude de vierges qui traversent les mers pour aller sauver les âmes, soulager toutes les misères humaines, au milieu des prisons et des hôpitaux, ete.?
La religion, comme son divin fondateur, passe à travers les siècles en faisant le bien : Pertranstt benefaciendo (Act. x. 38).
On peut dire de la religion, en voyant ses heureux effets, ses inestimables bienfaits , ce que les magiciens de Pharaon disaient en présence des merveilles qu’opérait Moïse : Le doigt de Dieu est là : Digitus Dei est hic (Exod. vus. 49 ).
Voyez, dit Tertullien, limpudicité vaincue par la chasteté, l’incrédulité renversée par la foi ; la cruauté détruite par la miséricorde;
la colère, par la douceur; tous les vices, par toutes les vertus ( Zib. de Apolog.).
2 Le christianisme civilise le monde... IL l’a civilisé par trois moyens : 1° en faisant de l’autorité une chose inviolable et sacrée; 2° en faisant de l’obéissance une chose sainte...; 3° en faisant de l’abnégation et du sacrifice , ou pour mieux dire, de la charité , une chose divine... Qu'est-ce que le catholicisme? liberté, sagesse, humilité, douceur, charité, héroïsme..……
30 C’est à la religion que nous devons la science.
(Voyez l’article Eglise. )
4o Cest à la religion que nous devons la destruction de l’esclavage; c’est à elle que nous devons la vraie liberté et la vraie égalité.
( Voyez Eglise).
Bo La religion seule est le secours et le soutien des malheureux.
Citons encore ici les paroles de l’auteur de l’£ssai sur l’indifférence : Venez, suivez les pas de la religion d'amour; comptez, s’il est possible, les bienfaits qu’elle répand à pleines mains sur les hommes, les œuvres de miséricorde qu’elle inspire, et qu’elle seule peut récompenser.
Dans une peste qui ravagea, au mn° siècle, une partie de l’empire, les païens, délaissant leurs amis et leurs proches, ne songèrent qu’à se mettre , par la fuite, à l’abri de la contagion. Les chrétiens, alors si cruellement persécutés, prirent soin de tous les malades, fidèles et idolâtres, et se vengèrent de leurs ennemis, comme se vengent les chrétiens, en s’immolant pour eux. Combien l’histoire de l’Eglise n’offre-t-elle point d'exemples semblables? Les disciples de J. C. fatiguaient de bienfaits leurs détracteurs. N’est-il pas honteux pour nous , écrivait l’empereur Julien à Arsace, pontife d’Asie, que les Galiléens, outre leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres? Le christianisme ne dégénéra point en vieillissant; ses annales ne sont pleines que des services de tous genres qu’il a rendus d’âge en âge à l’humanité.
Le même esprit d'amour qui enfanta tant de prodiges dans les premiers temps, en enfante chaque jour de semblables parmi nous. Qui ne se rappelle avec une émotion profonde ces religieux espagnols, parcourant les rues d’une ville pestiférée, en sonnant une petite cloche, afin que, averti de leur passage, chacun püt réclamer leurs secours généreux? Presque tous moururent martyrs de leur dévouement,
Mais laissons les traits particuliers, dont on remplirait des volumes sans nombre; ne rappelons , ni les Belzunce, ni les Borromée , ni ce Vincent de Paul, qui, dans des temps de calamité, nourrissait des provinces entières, dont l’immense charité s’étendait au delà des mers , jusqu'aux rivages de Madagascar, et dans les forêts de la nouvelle France, et qui semblait s'être chargé de soulager, lui seul, toutes les misères humaines : homme prodigiéux, qui a forcé notre siècle de croire à la vertu. Ne considérons que les établissements durables, les bienfaits généraux et permanents de la religion. Ces asiles salutaires de l’innocence et du repentir que les peuples apprendront de plus en plus à regretter; ces paisibles retraites du. malheur, ces superbes palais de l’indigence, qui les éleva, si ce n’est elle? Maîtresse un moment, la philosophie n’a su que détruire; la raison humaine n’a fait grâce à rien de ce qu'avait créé la foi en faveur de ‘Phumanité. Et avec quelle profusion le christianisme n’avait-il pas multiplié ces touchantes institutions si éminemment sociales? Leur nombre presque infini égalait celui de nos misères. Ici la fille de Vincent de Paul visitait le vieillard infirme , pansait ses plaies dégoûtantes , en lui parlant du ciel; ou, par une attendrissante charité, devenue mère sans cesser d’être vierge, réchauffait
. dans son sein l’enfant ahandonné. Plus loin, la sœur hospitalière assistait, consolait le malade, et s’oubliait elle-même pour lui prodiguer, et le jour et la nuit, les soins les plus rebutants. Là, le religieux de Saint-Bernard, établissant sa demeure au milieu des neiges, abrégeait sa vie pour sauver celle du voyageur égaré dans les montagnes. Des prêtres, des religieux de tous les ordres, brisant par une vertu surhumaine les liens les plus chers, s’en allaient avec une grande joie arroser de leur sang des contrées lointaines et sauvages, sans autre espoir, sans autre désir que d’arracher à l'ignorance , au crime et au malheur, des hommes qui leur étaient inconnus. Après avoir fécondé de ses sueurs nos collines incultes et nos landes stériles, le laborieux bénédictin, retiré dans sa cellule, défrichait le champ non moins aride de notre ancienne histoire et de nos anciennes lois. L'éducation, la chaire, les missions , aucune œuvre utile n’était étrangère aux enfants de Loyola : léur zèle embrassait tout et suflisait à tout. L’humble religieux de Saint-François parcourait incessamment les campagnes, pour aider les pasteurs dans leurs saintes fonctions, descendait au fond des cachots pour y porter des paroles de paix aux victimes de la justice humaine; et semblable à l’espérance dont il était le ministre, accompagnant