‹ Les trésors de Cornelius a Lapide (volume 2)Chapitre 27 sur 97 · RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

RÉVOLUTIONS

Es nations sont troublées et Les royaumes menacent de s’écrouler, dit le Psalmiste : Conturbatæ sunt gentes; inclinata sunt regna (XLY. 7).

La première cause de toutes les révolutions n’est que l’orgueil , et elles ramènent toutes vers la barbarie. Tout pouvoir qui s’élève contre la loi divine doit s’attendre au châtiment de Nabuchodonosor..….

Les révolutions sont un châtiment de Dieu; par elles Dieu punit les rois et les peuples... Les anges exterminateurs n’ont jamais manqué à une nation corrompue. À la gangrène qui atteint les chairs et les réduit en putréfaction:il faut appliquer le fer brûlant; pour les nations gangrenées, ce fer brülant ce sont Les révolutions...

Comme la mer, qui est calme de sa nature, dit Polybe, mais qui devient furieuse par les vents déchainés, ainsi est une nation : elle va selon ses chefs et ses conseillers (Lib. XI Æist.).

Le peuple est comme les nuages, dit saint Basile, il va, il - vient, porté par les vents contraires (Apud Anton. in Meliss., p. I, serm. XVIII).

Le peuple, dit Thucydide, se laisse conduire par la cupidité, et non par la raison (Ita Plutarch.).

IL est-de la nature dela multitude de se réjouir de ce qui est nouveau et de ce qui change, dit Agathias (Lib. TT).

La multitude est toujours portée à murmurer et à se soulever contre ceux qui la gouvernent, dit Plutarque (/n Polit.).

Le peuple, dit Salluste, est d’un esprit mobile, séditieux, querelleur, désireux de changements, de nouveautés, et ennemi de la paix et de la tranquillité (7n Jugurtha).

Les révolutionnaires proclament les mots de liberté, égalité , fraternité, pour aveugler et séduire les ignorants. [ls profanent ces mots sacrés. Ils promettent la liberté; mais c’est une liberté trompeuse. Par liberté ils entendent licence, guerre, désolation, ruine, crimes... Leur égalité est la spoliation , le vol, le pillage , etc... Leur Rd nité, c’est l'incendie, l’échafaud.….….

On connaît l'arbre à ses fruits. : que produisent les RE

IVe 20

Quelques pensées détachées sur les révolutions,

Définition des richesses,

Stérilité et néant des richesses,

Line dit que le mot latin pecunia, argent, vient du mot latin pecus , bétail. L'argent portait autrefois l'effigie d’un animal (Ita Maxim. ).

Autrefois, en effet, la monnaie portait l’image d’une brebis ou d’un bœuf. Mais tout bétail sert à l’homme, ou pour son travail, ou pour sa nourriture, ou pour son vêtement, ou pour moyen de transport. Ainsi la jument porte ce nom parce qu’elle aide l’homme, puvat.

L'argent de l’avare serait frappé en vain de l’image d’une bête de service, puisqu'il n’est utile à personne...

Un auteur appelle les avares des mulets, parce qu’ils sont stériles.…. Comme des bêtes de somme, les avares portent leur argent et s’en font un véritable fardeau; mais ils n’en jouissent pas et ne savent nien jouir ni en user...

Que ferai-je, disait le riche de l'Evangile, car je n’ai point où serrer mes fruits ? Quid faciam , quia non habeo quo congregem fructus meos? (Luc. xir. 17.) Sur ces paroles, saint Grégoire s’écrie : O pénurie née de l’abondance ! L'esprit du riche avare se rétrécit en raison de la fertilité de ses champs : O angustia ex satietate nata ! De ubertate agri angustiatur animus avari (Lib, XV Moral, ).

Vous regardez comme un homme extraordinaire celui qui est riche, dit Sénèque : c’est un coffre. Il a beaucoup : est-il avare ou prodigue? S'il est avare, il n’a rien; s’il est prodigue, il n’aura rien dans l’avenir : Magnam pecuniam. habet, hominem illum judicas ? arca est. Multum habet : utrum avarus an prodiqus est? Si avarus, non habet ; si prodiqus, non habebit (De Remed. fort. ).

Toute richesse qui n’est pas mon Dieu, dit saint Augustin, est disette, pauvreté. Rien ne remplit l’âme que vous, ô mon Dieu ! vous , à l’image de qui elle est créée. Vous montrez assez combien grande vous l’avez faite, cette image raisonnable, elle à qui rien de ce qui est au-dessous de vous ne peut suffire, que rien ne peut rendre heureuse , et qui, par conséquent, ne peut point trouver le bonheur en elle-même (1).

(1) Omnis copia quæ Deus meus non est, egestas est. Nihil est quod animam

Les riches, dit le Psalmiste, ont été dans l’indigence et la faim; mais ceux qui cherchent le Seigneur ne manquent d’aucun bien ; Divites eguerunt ef esurierunt ; inquirentes autem Dominum, non minuentur omni bono (xxx. 41 ),

Qu'est-ce que l’or et l'argent, dit saint Bernard, sinon une terre blanche et jaune? ( Serm. 1v de Adventu.)

Platon , dit Sénèque, nie que les richesses qui enflammentet irritent soient de véritables biens. Ce sont des biens imaginaires qui souvent font souffrir leur maitre; elles n’ont rien de solide ni de stable (Zn Prov. ).

Aussi le Prophète royal dit : Les riches s’endorment d’un profond sommeil pendant-leur vie, et à leur réveil ils ne trouvent rien dans leurs mains ; à la mort ils n’ont rien. Celui qui en dormant rêve qu’il a trouvé un trésor, se réjouit; mais quelle déception quand il se réveille ! Voilà le riche : Dormierunt somnum suum, et nihil invenerunt omnes viri divitiarum in manibus suis (LXXv. 6).

La fortune est de verre, c’est de la rosée ; elle brille, mais elle est fragile ; elle se brise et s’évanouit..….

Les richesses sont une ombre fugitive et vaine, et non un bien solide et réel. Quoi de plus vain et de plus volage que l’ombre? Les

richesses trompent les yeux et l’esprit par l’opacité de leur ombre. - Ainsi que le matin et le soir les ombres sont très-grandes et plus

étendues que les corps; ainsi les richesses sont plus grandes en apparence qu’en réalité; elles montrent quelque chose de grand, d’heureux, quoiqu'’elles ne renferment réellement rien de semblable, ainsi que le voient les mourants, les saints sur la terre, les élus dans le ciel; ainsi que J. C. l’a vu, en ne voulant de tous les biens de ce monde qu’une crèche et qu’une croix. Les richesses sont appelées par l’Ecriture mensonge, tromperie, fausselé, fascination, bagatelles..….

Enfants d'Adam, dit saint Bernard, race avare, quel rapport peut-il exister entre vous et les richesses terrestres, qui ne sont ni vraies ni à vous? Si elles vous appartiennent, emportez-les avec vous : F'ilii Adam , genus avarum, quid vobiscum terrenis divitiis, que nec veræ nec vestreæ sunt ? Si vestra sunt, tollite ea vobiscum (Serm. 1v de Adventu).

L'or et l’argent, dit encore saint Bernard, ne sont ni bons ni

impleat , nisi tu, Deus, ad cujus imaginem est creata. Satis ostendis quam magnam creaturam rationabilem feceris, cui nullo modo sufficit ad beatam requiem quidquid te minus est; ac per hoc, non ipsa sibi (Lib. XITL Con/ess., c. vi).

Dangers des richesses,

mauvais; leur usage est bon, leur abus mauvais, leur convoitise pire, l’usure qu’on en tire très-mauvaise (Serm. 1v de Adventu).

Je mettrai au pillage, je détruirai vos richesses et vos trésors, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie : Divitias tuas et thesauros tuos in direptionem dabo (xv. 13).

On peut se fier plutôt aux vents, aux lettres que l’on forme dans l’eau ; qu'aux richesses, dit saint Grégoire de Nazianze. Les richesses vont et viennent, sont lancées en l’air comme la poussière par un tourbillon; elles se dispersent et disparaissent comme la fumée : elles se jouent de l’homme comme un songe ; ce ne sont que des ombres insaisissables (1).

La nature ne connaît pas les riches, elle qui engendre tous les hommes dans la pauvreté, qui les met nus au jour et Les recoit nus dans le sépulcre, dit saint Ambroise : Nescit natura divites, quæ omnes pauperes generat, et nudos fundit in lucem, nudosque recipit sepulcro (Tract. de Nabuchodonosor).

Les richesses sont les anses par lesquelles le démon nous saisit, dit saint Chrysostome : Ansam dant diabolo divitiæ (Anton. in Meliss., p-. L c.xxx1).

Dieu, dit l’apôtre saint Jacques, n’a-t-il pas choisi les pauvres en ce monde pour être riches dans la foi, et héritiers du royaume que Dieu à promis à ceux qui l’aiment? Mais vous avez, vous, déshonoré le pauvre. Les riches ne vous oppriment-ils pas par leur puissance , et ne vous trainent-ils pas devant les tribunaux? Ne blasphèment-ils pas le nom excellent qui a été invoqué sur vous ? (2)

Les richesses enflent l'esprit du riche ; il se persuade que tout lui est permis; qu'il peut dominer les autres; que les pauvres doivent lui être soumis et lui obéir; que tout lui est dû...

Les richesses sont, 4e une tentation et une épreuve, comme ia beauté chez une femme est une tentation pour le cœur corrompu. Celui donc qui désire s'enrichir, désire se jeter dans le péril... 2e Comment le riche peut-il éviter le péché, étant toujours dans un

(1) Magis ventis aut litteris in aqua descriptis fidendum est , quam divitiis. Ut pulvis a turbine, sic opes ab aliis ad alios subinde vatilantur, atque jactantur : et sicut fumus dilabuntur, et insomnii more homines deludunt, umbræque instar manibus teneri nequaquam possunt (/r Distich.).

(2) Nonne Deus elegit pauperes in hoc mundo, divites in fide, et hæredes regni quod repromisit Deus diligentibus se? Vos autem exhonorastis pauperem. Nonne divites per potentiam opprimunt vos, et ipsi trahunt vos ad judicia? Nonne ipsi blasphemant bonum nomen quodinvocatum est super vos? (11. 8-7, )

plus grand danger d'y tomber? 3° Les richesses sont une puissance, une force, un moyen terrible pour pécher : elles sont aussi un moyen pour faire le bien; mais il arrive très-couvent, vu la misère et la faiblesse humaines, qu’on s’en sert pour commettre le mal, le faire commettre, et rarement pour le bien. Cest chose extraordinaire et merveilleuse de toucher le feu, et de ne pas se brûler ; de ramasser des épines, etde ne pas se piquer, s’ensanglanter; de porter des pierres aiguës sans en être blessé et meurtri. Or, les richesses sont du feu, des épines , des pierres, dit Hugues de Saint-Victor (Lib. de Anima). Ge que le feu est à l'or, l'or l’est à l’homme : le feu éprouve l'or; l’or éprouve l’homme; avec cette différence que le feu purifie l’or et le sépare des alliages qui Ini ôtent de sa valeur, tandis que l’or souille l’homme et en fait la créature la plus vile et la plus méprisable, si son cœur s’y attache. …

Heureux celui qui , ayant des richesses, garde son âme, dit Méandre. L’un exclut l’autre ordinairement : Beatus est ille qui opes et mentem habet (Apud Maxim., serm. xn).

Que sont ces richesses, dit saint Augustin, qui vous font redouter jusqu’à votre serviteur, craindrequ’ilne vouslesenlève, vousassassine, et s’enfuie? Si c’étaient de vraies richesses, elles vous donneraient la sécurité : Quales divitiæ, propter quas times servum tuum, ne te occidat, ‘ auferat, fugiat? Si veræ diviliæ essent, securitatem tibi præstarent (Serm. xin de verbis Domini). >

La fortune, dit Pline, est invoquée dans tout le monde, dans tous les lieux , par tous les hommes, à toute heure, par toutes les voix; on ne nomme qu’elle, on n’accuse qu’elle, on ne condamne qu’elle, on ne pense qu’à elle : seule on la loue, seule on la met en cause , et flagellé, méprisé par elle, on la poursuit, on la caresse, on la cultive. On la juge volage, vagabonde, inconstante, incertaine, variable, amie des gens indignes ; et on lui donne tous ses soins, on lui donne tout ce qu’on a, son corps , son cœur, son âme , sa tranquillité, son repos , son bonheur, sa santé , sa vie (Anton. in Meliss. ).

La peinture et la sculpture nous représentent la fortune 1° comme aveugle et sourde; car elle est en effet aveugle et sourde... ; 2° comme une femme volage.; 30 comme étant toujours dans les tempêtes de la mer... ; 4° exposée aux vents sur des rochers desséchés, ou au sommet d’une montagne où souvent la foudre tombe... ; 5° attachée et tournant autour d'une roue comme une bête de somme que l’on a privée de la vue... 60 On la représente aussi sur un coursier agile et fougueux qui emporte et renverse son cavalier...

Malheurdes richesses.

Er maintenant, riches, s'écrie l’apôtre saint Jacques , pleurez avec sanglots dans les misères qui viendront sur vous. Vos richesses sont tombées en pourriture, et les vers ont mangé vos vêtements. Votre or et votre argent se sont couverts de rouille, et cette rouille rendra témoignage contre vous et dévorera vos chairs comme le feu : vous avez thésaurisé la colère pour vos derniers jours. Voilà que le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs crie contre vous, qui les avez frustrés ; et leurs cris ont monté aux oreilles du Seigneur des armées. Vous avez véeu sur la terre dans la mollesse et les délices, et vous avez nourri Vos cœurs comme en un jour de sacrifice. Vous avez condamné et tué le juste, et il ne vous a point résisté (1). Voyez ce que deviennent les richesses, selon l’Apôtre : 1° elles tombent en pourriture.….; 20 les vers les mangent...; 30 la rouille les dévore, et cette rouille vous condamne, elle dévore vos chairs comme le feu... 4° Vous thésaurisez la colère pour la fin de votre vie... 50 Les richesses rendent souvent injuste... ; 6° elles nourrissent la paresse, la volupté, et font du riche une victime engraissée pour l’enfer. 1° Les richesses rendent oppresseur du pauvre...

On peut dire que les riches ont des richesses , comme nous disons que nous avons la fièvre , dit Sénèque ; tandis que c’est la fièvre qui nous a. On doit dire au contraire : La fièvre le tient ; comme on doit dire des riches : Les richesses les tiennent, les tourmentent , les crucifient. Ce riche que vous croyez heureux, se plaint souvent, il est malheureux, il soupire, il gémit, il souffre : plusieurs vont à sa suite, comme les mouches suivent le miel ; les loups, les cadavres; les fourmis, le froment. Cette foule suit, poursuit la proie , et non Phomme (Æpist. axix).

Seigneur, dit le Prophète royal, en donnant des richesses, vous tendez des embüches aux riches; vous les écrasez au lieu de les relever : Verumtamen propter dolos posuisté eis ; dejecisti eos dum allevarentur (LxxI1. 18). Comment sont-ils tombés si vite dans la désolation ? Ils ont manqué tout à coup, ils ont péri : Quomodo facti sunt in deso= lationem ? Subito defecerunt ; perierunt (Psal. 1xxtr. 19).

(1) Agite nune, divites, plorate ululantes in miseriis vestris quæ advenient vobis. Divitiæ vestræ putrefactæ sunt, et vestimenta vestra a tineis comesta sunt. Aurum et argentam vestrum æruginavit; et ærugo eorum in testimonium vobis erit , ét mari— ducabit carnes vestras sicut ignis. Thesaurizastis vobis iram in novissimis diebus. Ecce merces operariorum, qui messuerunt regiones vestras, quæ fraudata est a vobis, clamat : et clamor eorum in aures Domini Sabaoth introivit. Epulati estis super terram, et in luxuriis enutristis corda vestra, in die occisionis, Addixistis, et occi= distis justum, et non restitit vobis (v. 1-6 ).

Les biens terrestres , dit saint Augustin, ne cessent de nous pousser à les acquérir, de nous corrompre lorsqu'ils sont venus, de nous tourmenter lorsqu'ils s’en vont : convoités , ils se flétrissent ; acquis; ils sont vils; perdus, ils disparaissent (1).

J. G. appelle les richesses , des épines (Matth. xrrr. 22).

Les richesses, dit saint Chrysostome, lorsqu'on les enferme, rugissent comme des lions , et bouleversent tout : Divitiæ, dum includuntur, rugiunt ut leones , perturbantque omnia (Homil. de Avaritia ). Donc il faut les répandre dans le sein des pauvres...

Comme les longs manteaux empêchent de marcher, dit Plutarque , ainsi Les richesses sont un grand empêchement à l’âme pour s’élever. Un bon cheval n’est pasjugé tel par ses beaux harnais, mais par sa bonté naturelle; et l’homme n’est pas jugé honnète, parce qu'il a de grandes richesses, mais parce qu'il a de bonnes qualités (/n Moribus ).

Les hommes désirent les richesses, dit Démocrite; ces richesses qui, non acquises, tourmentent; qui, acquises, remplissent de soucis; qui, perdues, jettent dans le désespoir (Ita Maxim., serm. XII).

Les richesses naturelles c’est le pain, l’eau, le vêtement : tout le reste est superflu, et ne sert qu’à rendre l’homme malheureux par - une foule de concupiscences cruelles et brûlantes..….

- Les richesses forment un voile pour cacher bien des maux, dit Eusèbe : Divitiæ multis malis quasi velum prætexunt (Anton. in Meliss., p: L, ©. xxx).

Qu'est-ce que la richesse ? dit Chilon: c’est le trésor des maux, la compagne des calamités, une cause d’iniquités : Quid est opulentia ? thesaurus malorum, calamitatis viaticum, improbitatis suppeditatio (Anton. in Meliss., p. I, c. xxx1).

Ecoutez Lucien : Je suis arrivé nu à la lumière ; nu je la quitterai : pourquoi suer en vain, voyant que le trépas ne me laissera rien ?

Editus in lucem nudus sum, nudus abibo :

Quid frustra sudo, funera nuda videns?

Xénophon disait que le riche et l’ignorant sont des immondices argentés (Anton. in Meliss., p. L, c. XXI).

(1) Temporalia bona non cessant nos inflammare ventura, corrumpere venientia, torquere transeuntia : concupita marcescunt, adepta vilescunt, amissa vanescunt (Homil. xxux de verbis Apost.).

Les richesses sont une source de passions etde crimes.

Les richesses, dit saint Chrysostome , ne sont pas un monument de gloire , mais d’avarice ; ce sont d’accablantes chaines et de cruels tyrans pour ceux qui s’en servent mal; des bêtes féroces, les aides de la corruption; des tigres enfermés, des vipères et des scorpions cachés. Leurs fruits, nombreux et très-amers, sont les agitations, les chagrins , les ennuis, les larmes, les sueurs, l'insomnie , etc. Ce sont des sources d’opprobre; elles ne sont jamais avec celui qui les possède ; il n’en possède que l’amertume et le fiel qui en découle. Elles sont dangereuses pour leur maître ; elles sont la mère de toutes les folies, un tyran qui ôte toute liberté ; elles forment la race, la famille de Satan. Jamais elles ne procurent de consolations véritables, à moins qu’on ne les verse dans le sein des pauvres (Anton. in Meliss., p. I, c. xxx1).

Les richesses sont le foyer et la source de l’orgueil, de la vanité, de l'ambition, de l’avarice, de la gourmandise, de l’impureté , de la paresse , de tous les vices...

Le riche qui a son cœur dans les richesses, est incapable de comprendre et de goûter les choses célestes...

Les richesses conduisent au luxe; le luxe, à laluxure; la luxure, à l'indifférence; l'indifférence, à l’incrédulité ; l’incrédulité, à l’hérésie , à l’idolâtrie , à l’athéisme.……

Les richesses, dit saint Chrysostome , donnent lieu à toute prodigalité, à toute iniquité, à toutes les intempérances ; elles protégent la concupiscence et le libertinage; elles font inventer tous les vices; elles aident à se souiller de toutes les impuretés ; elles sont les ennemies de la continence , de la pudeur, de la chasteté; elles sont comme des voleurs clandestins qui font disparaître toutes les vertus. Jusques à quand donc l’or sera-t-il le filet où se perdent les âmes, l’hamecçon de la mort, l'entrainement au péché? (1)

Les richesses sont les servantes des vices, dit saint Basile : Divitiæ viti sunt ministræ (In Psal. ).

Les richesses sont une forte occasion pour tomber dans l’injustice , dans la fraude, la rapine, etc...

Les trésors de l’iniquité ne serviront à rien, disent les Proverbes :

(1) Divitias dico luxus omnis ac nequitiæ parentes, intemperantiæ omnis ac libidinis patronas; vitii omnis inventrices, exitiosarum omnium voluptatum adjutricess continentiæ hostes, pudicitiæ inimicos , clandestinos virtutis omnis fures. Quousque tandem studio aurum erit animarum lagueus, mortis hamus, peccati illecebra? (Homil, de Avaritia.)

Nil proderunt thesauri impietatis (x. 2). Les richesses sont appelées trésors d'iniquité, dans le sens de J. C., qui les appelle monnaie d’iniquité (Luc. xvr.9 ). C'est-à-dire, 4° que les richesses sont souvent acquises par des injustices... ; 2 parce que les richesses sont l’occasion , l’aiguillon, la matière de beaucoup de péchés... 4 On appelle les richesses trésors d’iniquité, en ce sens qu’elles sont infidèles, trompeuses, caduques, vaines; qu’elles ne sont ni véritables, ni fidèles, ni stables..….; 40 parce qu’il n’y a que les aveugles et les pécheurs qui puissent regarder ces richesses comme désirables; car ils ne connaissent pas les richesses spirituelles, célestes et éternelles que personne ne peut enlever, qui sont les seules à désirer, les seules stables, les seules d’un grand prix... Quelque grandes que soient les richesses de la terre, elles servent peu; elles nuisent souvent, apportant à l’esprit l'inquiétude, le trouble, et la sécheresse au Cœur...

Les richesses, dit Clément d’Alexandrie, sont semblables au serpent; celui qui les prend sans mille précautions, sent bientôt son âme entortillée et mordue (Lib. IT Sérom. ).

La pauvreté, dit saint Chrysostome, retient même ceux qui voudraiïent se lancer dans le mal, et les force de rester dans les limites de la vertu. Mais les richesses ne permettent presque pas de vivre - dans la pudicité et la tempérance, même à ceux qui veulent être purs et tempérants; elles les persécutent, les pervertissent, et les subjuguent par d'innombrables misères morales (1).

Les richesses portent à nier la religion, et ses dogmes, etsa morale, et son culte; et surtout à s’en passer, à ne rien pratiquer. Elles détournent de penser à Dieu, au jugement, à l'enfer, pour que l’on puisse plus facilement s’abandonner sans crainte et sans remords à ses passions, à ses penchants déréglés..….

Un philosophe répondit à l’empereur Adrien qui lui demandait ce qu’il pensait des richesses: C’est un poids d’or, une envie insatiable, un désir inexplicable, une concupiscence invincible. Que pensezvous de la pauvreté ? lui demanda Adrien : C’est un riche don qu’on hait; c’est la mère de la santé, la liberté de l'esprit, le chemin de la sagesse, et la félicité sans inquiétude ( Anton. in Meliss. ).

Que servent les richesses à l’insensé, puisqu'il ne peut pas acheter la sagesse? dit Philon (Zib. de Joseph. ).

(1) Paupertas vel invitos coercet, atque intra virtutis limites continet. Opes vero

ne volentes quidem pudice ac temperanter vivere sinünt, verum exorbitare faciunt atque pervertunt, malisque innumeris subjugant (Homil. de Avaritia).

Mon fils, dit l’Ecclésiastique, si vous êtes riche, vous ne serez pas sans péché : Fil, si dives fueris, non eris immunis a delicto [x1. 10 ). Heureux, dit encore l’Ecclésiastique, le riche qui a été trouvé sans tache, et qui n’a point couru après l’or, et qui n’a pas mis son espérance dans l’argent et dans les trésors ! Quel est cet homme; et nous le louerons? car il a fait des choses admirables durant sa vie. Il a été éprouvé par l'or, et il est resté intact : gloire éternelle pour lui! C'est pourquoi ses biens ont été affermis dans le Seigneur , et toute l'assemblée des saints racontera ses aumônes (1). L'Ecriture déclare qu'elle n’a trouvé de riche innocent que celui qui fait d’abondantes aumônes..…..

Rarement les riches sont exempts du péché d’injustice, d’orgueil, etc.;plus rarement on en trouve qui soient contents de ce qu’ils ont; et très-rarement on en trouve qui ne mettent pas leur espérance dans lor, et qui n’y attachent pas leur cœur. Cest pourquoi l’Ecriture en parle comme d’un prodige rare, étonnant et parfait. Qui est-il? et nous le louerons; car il a fait des choses admirables durant sa vie : Quis est hic? et laudabimus eum ; fecit enim mirabilia in vita sua. Première merveille, c’est que, contre la disposition commune à tous les hommes, il n’aime pas l'argent... Seconde merveille, c’est qu’il n’aille pas à la suite de l’or, mais qu'il laisse tout au plus l’or arriver jusqu’à lui... Troisième merveille, c’est de ne pas se reposer en son or, comme fait le monde, mais en Dieu seul... Quatrième merveille, c’est que l’homme riche, éprouvé par Por, demeure et soit trouvé parfait. C’est un prodige qu’un jeune homme placé au milieu des séductions du monde, n’ait aucune tentation, ou n’y succombe pas; ce n’est pas un moindre miracle de vivre au milieu de l’or et des richesses, et de ne pas y attacher son cœur, de ne pas s’en laisser corrompre.

Les richesses sont un vêtement qui cache bien des fautes, dit Xénophon : Multorum malorum tequmentum est opulentia (Anton. in Meliss. p. I, ce. xxxt).

Les richesses, dit saint Chrysostome, ne sont pas un péché ; mais c’est un péché de ne pas les distribuer aux pauvres, et de s’en servir mal. Les richesses sont les secrètes dilapidatrices des vertus; elles

(1) Beatus dives, qui inventus est sine macüla, et qui post aurum no abiit, nec speravit in pecunia et thesauris, Quis est hic? et laudabimus cum ; fecit enim mirabilia in vita sua. Qui probatus est in illo, et perfectus est, erit illi gloria ælerna. fdeo stabilita sunt bona illius in Domino, et elcemosynas illius enarrabit omnis Ecclesia sanctorum (xxxr. 8.41).

n’ont jamais fait les bonnes mœurs (Homil. de Avarit. ). Elles jettent dans les tentations, ajoute ce saint docteur. Le désir des richesses est la forteresse et l'arsenal de tous les vices : Cupiditas divitiarum est Omnium viliorum arx et metropolis. Ce désir ne permet pas de se livrer aux bonnes œuvres : Opera bona facere non sinit. C’est un tyran qui opprime tout ce qui lui est soumis. Celui qui entasse les richesses, fait alliance avec le péché et n’a d'autre espérance que le limon de la terre : Qui eas congregat , cum peccato spem suam ponit in terra. Les richesses fournissent les moyens de mal faire : Nocendi virtutem præstant. Les richesses préparent à ceux qui les possèdent les tourments de l’enfer; il ne faut pas les laisser à ses enfants, si Von veut qu’ils n’abandonnent pas la vertu ; ceux qui meurent chargés de richesses sont à plaindre, parce qu’ils ne se sont procuré aucune consolation avec leurs richesses, n’en ayant pas fait un bon usage (1).

Les richesses sont les voiles de la méchanceté, selon Diogène : Divitiæ malitiæ sunt velamenta (In Maxim. ).

Le peuple s’est engraissé et s’est ensuite révolté, dit le Deutéronome; appesanti, rassasié, enivré, il a délaissé le Dieu son créateur, et s’est retiré du Dieu son salut : /ncrassatus, et recalcitravit : incrassatus,impinguatus, dilatatus, dereliquit Deum factorem suum, et recessit * & Deo salutari suo (XxxtI1. 15).

Le Seigneur fait la mème plainte par Jérémie : Ils se sont engraissés, appesantis, etils violent ma loï par des œuvres détestables ; 1ls n’ont pas jugé la cause de la veuve, ils n’ont pas appelé la cause de l’orphelin , et ils n’ont pas rendu justice aux pauvres. Ne visiterai-je donc point ces crimes? dit le Seigneur (v. 28. 29).

Vorta, dit le Prophète royal, que ces impies, ces hommes du siècle, multiplient leurs richesses: Æcce ipsi peccatores, et abundantes in seculo, obtinuerunt divitias (Lxxtr. 12 ). Mais, Seigneur, vous avez tendu un piégé à leur perversité; vous avez fait de leur élévation le principe de leur ruine : Verumtamen propter dolos posuisti eis, dejecisti eos dum allevarentur ( Psal. zxx1r. 18). Comment sont-ils tombés soudain dans la désolation? Ils ont décliné tout à coup, ils ont péri à cause de leur iniquité : Quomodo facti sunt in desolationem, subito defecerunt, perierunt propter iniquitatem suam (Psal. (xxir. 19).

(1) Divitiæ inferorum tormenta suscipiunt; non sunt filiis relinquendæ, ut relinquant ipsi virtutem : in divitiis defuncti sunt deflendi, quia nullam ex diviliis sibi comparaverunt consolationem (Homil. in Avarit.).

Les richesses sont souvent le partage desennemisde Dieu, et elles les réndent malheureux.

Les richesses ne font point aimer ceux qui les possèdent.

Comme un songe après le réveil, ils se sont évanouis. Seigneur, quand vous réveillerez les morts, vous mépriserez leur ombre : Velut somnium surgentium, Domine ; in civitate tua imaginem ipsorum ad nihilum rediges (Psal. zxxir. 20).

À quelques rares et honorables exceptions, les riches sont à plaindre, par le mauvais usage qu'ils font de leurs richesses, et par la vie inutile, coupable que leurs richesses leur font tenir. Ils ont encore certaines vertns humaines, que Dieu récompense en cette vie par la graisse de la terre. Toute leur récompense se réduit là. Ils n’aiment que la terre, ils y trouvent leur récompense, qui est certes bien pauvre et bien vaine!

Tremblez donc, à riches! malheur à vous, s’écrie J. C. ! Væ vobis divitibus ! Malheur à vous, riches, qui avez votre consolation! Malheur à vous qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim! Væ vobis divitibus, quia habetis consolationem vestram! Væ vobis qui saturati estis, quia esurietis ! (Luc. vi. 24. 25.)

Vivant dans l’abondance terrestre, les riches croient qu’ils peuvent se passer de tout le reste, même de Dieu. Je suis riche, dit cet homme qui a de l’or et des terres; je n’ai besoin de rien. Et tu ne sais pas que tu es misérable, et à plaindre, et pauvre, et aveugle, et nu, dit le Seigneur dans l’Apocalypse : Quia dicis : Quod dives sum, et locuplefatus, et nullius egeo : et nescis quia tu es miser, et miserabilis, et pauper, et cœcus, et nudus (xx. 17).

A ces riches sans entrailles pour les pauvres, à ces riches trop attachés aux biens de la terre, trop éloignés des vertus et de Dieu, est arrivé le sort du riche de l'Evangile. Dans l’enfer où ils iront comme Jui, ils demanderont aussi du secours, et il leur sera dit : Monfils, souvenez-vous que vous avez eu pendant votre vie les biens que vous aimiez : Fili, recordare quia recepisti bona in vita tua (Luc. XVI, 25). à

Lzs prétendus amis des riches ne sont que les amis de leur fortune... Combien d’héritiers qui haïssent les riches, qui attendent impatiemment leur mort; et lorsqu'ils sont descendus dans la tombe, quelle suite de souvenirs et de regrets laissent-ils après eux ?.…

Beaucoup sont parents de l’argent et non du riche, dit Isocrate : Multi pecuniæ, non homini cognati sunt (ln Æginetico ).

Les richesses sont les gages de linjure, dit Plutarque : Divitiæ injuriæ sunt pignora (In Morib. ).

RICHESSES. 317 Si les richesses viennent à vous , n’y attachez pas vos cœurs, dit le Psalmiste : Divitiæ si affluant, nolite cor apponere (1xr. 11).

Seigneur, dit Salomon dans les Proverbes, éloignez de moi la vanité et le mensonge; ne me donnez ni la pauvreté ni les richesses ; accordez-moi seulement ce qui est nécessaire à la vie; de peur que, rassasié, je ne vous renie et ne dise : Qui est le Seigneur ? ou que, pressé par la pauvreté, je ne dérobe, et ne parjure le nom de mon Dieu (1).

Nous devons avoir les sentiments du grand Apôtre, qui disait : Ayant de quoi manger et nous vètir, sachons nous contenter : Æabentes alimenta, et quibus tegamur, his contenti simus (1. Tim. vi. 8).

Sr vous cherchez des trésors, dit saint Ambroise, cherchez ceux qui sont invisibles et cachés; vous les trouverez au ciel, et non dans les veines de la terre. Soyez pauvre d'esprit, humble, et vous serez riche ; car la vie véritable et opulente pour l’homme n’est pas dans l’abondance des biens terrestres , mais dans la vertu et la foi : ces richesses vous feront vraiment riche. Vous serez très-riche , si vous êtes riche aux yeux de Dieu (2).

Saint Paul savait où sont les vraies richesses, lorsqu'il disait : Je sais avoir peu et avoir beaucoup; ayant éprouvé de tout, je suis fait

à tout, à être bien traité comme à souffrir la faim, à vser de l’abondance comme à supporter les privations : Scio ef humiliari, scio et abundare (ubique et in omnibus institutussum ); el satiari, et esurire ; et abundare , et penuriam pati (Philipp. 1v. 42)

Le vrai riche est celui qui ne convoite rien...

Ordonnez aux riches de ce siècle, dit saint Paul à son disciple Timothée, de ne point s’élever dans leurs pensées, de ne point mettre leur confiance en des richesses incertaines, mais dans le Dieu vivant, qui nous donne abondamment ce qu’il nous faut ; de faire le bien, de se rendre riches en bonnes œuvres , de donner facilement, de partager avec ceux qui n’ont rien, d’amasser un bon fonds pour lavenir, afin d’acquérir la vie éternelle (3).

(1) Vanitatem et verba mendacia longe fac a me. Mendicitatem et divitias ne dederis mihi : tribue tantum victui meo necessaria : ne forte satiatus ïlliciar ad negandum, et dicam : Quis est Dominus? aut egestale compulsus furer, et perjurem nomen Dei mei (xxx. 8. 9).

(2) Si quæris thesauros, accipe invisibiles et occullos, quos in cœlis, non quos in terrarum venis requiras. Esto pauper spiritu, et eris dives; quia non.in abundantia divitiarum est vita hominis, sed in virtute ac fide : istæ te divitiæ verum divitem facient, si sis in Deum dives ( De Abel. et Cain. lib. F, c. v}.

(3) Divitibus hujus seculi præcipe non sublime sapere, neque sperare in incerto

Il faut se détacher des richesses.

Que faut-il faire pour être vraiment riche?

Les richesses des sages sont leur couronne , disent les Proverbes : Corona sapientium divitiæ eorum (x1v. 24). Les richesses sont un ornement pour le sage; elles ceignent son front, et l’ornent comme une couronne royale. 4° Les sages méritent cette couronne; elle brille en eux... 2° Les richesses sont bien et heureusement placées dans les mains du sage, parce qu’elles atteignent la fin pour laquelle Dieu les a créées, qui consiste à être distribuées en aumônes et à servir à d’autres bonnes œuvres. Car les richesses alors sont les instruments du bien ; comme entre les mains des méchants, des pervers, elles sont les instruments de beaucoup de mal. -

Pythagore assure qu’on ne peut pas plus sans sagesse, sans prudence, gouverner les richesses, que l’on ne peutsans frein gouverner un cheval indompté et fougueux ( Anton. in Meliss.).

Si les richesses étaient douées d'intelligence, de raison, de parole, elles fuiraient les insensés , les impies, les avares, les libertins, les usuriers ; elles s’envoleraient vers les sages , les hommes pieux et désintéressés , et s’écrieraient : Nous ne voulons pas habiter avec les méchants, les impies, avec ceux qui nous profanent , nous prostituent , mais avec les saints; nous ne voulons pas être enfermées dans le coffre des avares , mais dans le sein des pauvres. On nous fait violence et injure lorsqu’on nous met entre les mains des ineptes et des indignes; et nous endurons un exécrable esclavage en servant l’avarice, l’orgueil , la gourmandise, l’impureté. Venez, saints; venez, miséricordieux ; vengez-nous de cette honteuse et cruelle servitude : enlevez-nous , pour que nous soyons sanctifiées avec vous, et que nous tendions à notre but, en servant à la miséricorde. Oui, telle est notre fin, notre désir, notre béatitude ; c’est pour cela que Dieu nous a créées... 30 Parce que le sage se sert des richesses comme étant leur maître et leur roi; mais l'insensé, les avares , s’en servent comme esclaves. Le sage possède l’or; l’insensé en est possédé, Ainsi, l'or est sur le sage comme sur son roi, et comme une couronne royale; il n’est pour l’insensé que chaînes écrasantes et honteuses..... 4° Les sages, qui savent se servir dignement et jastement des richesses en sont honorés, et en deviennent plus saints, plus sages et plus miséricordieux ; mais les malheureux avares qui en sont infatués deviennent plus insensés et comme fous, dit saint Chrysostome ( Homil. de Avarit. ). Bo Enfin, les

divitiarum; sed in Deo vivo qui præstat nobis omnia abunde ad fruendum ; bene agere, divites fieri in bonis operibus, facile tribuere, communicare , thesaurizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut apprehendant vitam æternam (LE v1,47-49)

RICHESSES. 319 richesses sont la couronne du sage; car, employées par lui en bonnes œuvres, elles lui préparent au ciel ces couronnes impérissables que J. C., au jour du jugement, ne donnera et n’adjugera qu’aux hommes miséricordieux (Matth. xxv).

Les richesses enfermées sont des lions, dit saint Chrysostome ; mais si vous les montrez à la lumière , et que vous les jetiez dans le sein des pauvres, de bêtes féroces elles se changent en agneaux; elles cessent d’être pour vous une cause de naufrage ; elles sont le port et la tranquillité (Anton. in Meliss., p..[, c. xxxt).

La gloire des richesses ne brille pas sur les tables splendides, mais dans les secours distribués aux malheureux...

Les richesses données aux pauvres sont à nous et nous sauvent;

accumulées et mises en réserve , elles nous échappent et nous perdent... Ÿe

Le sacrilége est le plus énorme des crimes.

SACRILÈCGE.

UICONQUE mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur

indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur.

Celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur , dit le grand Apôtre (1).

Le profanateur sacrilége crucifie de nouveau en lui le Fils de Dieu, et renouvelle ses opprobres, dit encore saint Paul : Zursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei, et ostentui habentes (Hebr. vr. 6).

Celui qui viole la loi de Moïse, est puni de mort sans aucune miséricorde, sur la déposition de deux ou trois témoins, dit l’Apôtre ; combien pensez-vous que mérite un plus grand supplice, celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui a souillé le sang de l’alliance dans lequel il avait été sanctifié, et qui a outragé l'esprit de la grâce ? (2)

Qui sera assez impie , dit saint Augustin, pour avoir l’audace de s’approcher du saint autel, les mains (et le cœur) souillés ? Quis adeo impius erit, qui lutosis manibus sacratissimum sacramentum tractare præsumat ? (Serm. cexLiv de Temp.)

Celui qui communie indignement commet un crime plus grand que s’il jetait le très-saint sacrement dans un cloaque, dit saint Vincent Ferrier : Majus peccatum est quam si projiceret corpus Christi in cloacam (Conc. de Gorpore Christi).

Les profanateurs du corps et du sang de J. C. sont pires que Judas, dit saint Bernard : Judas livra le Sauveur aux Juifs; eux, ils le livrent au démon, en plaçant son corps adorable dans un lieu soumis à sa puissance, qui est leur corps et leur cœur (3).

(1) Quicumque manducaverit panem hune, vel biberit calicem Domini indigne , reus erit corporis et sanguinis Domini. Qui manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini (I. Cor. xt. 27. 29 je

(2) Irritam quis faciens legem Moysi, sine ulla miseratione, duobus vel tribus testi= bus, moritur. Quanto magis putatis deteriora mereri supplicia, qui Filium Dei con= culcaverit, et sanguinem testamenti pollutum duxerit, in quo sanctificatus est, et spiritui gratiæ contumeliam fecerit? ( Hebr. x. 28. 29.) ;

(3) Juda traditore deteriores effecti, eo quod, sicut ille tradidit Jesum Judæis, ita isti tradunt diabolo, co quod illum ponunt in loco sub potestate diaboli constituto (Serm. LV, ©. 111).

La boue, dit Théophylacte, est moins indigne du corps de J. C.; que le corps et le cœur impurs du profanateur : Lutum non adeo indi: gnum est Corpore divino, quam indigna est carnis tue impuritas (In Hebr. xx. 16).

Ceux qui profanent le corps de J. C. régnant dans le ciel, dit saint Augustin, péchent plus grièvement que ceux qui le crucifièrent pendant qu'il était sur la terre : Gravius peccant indigne offerentes Christum regnantem in cœlis, quam qui eum crucifixerunt ambulantem in terris (In Psal. Lxvrr. 22).

Les Juifs ne mirent la main sur J. C. qu’une fois, dit Tertallien à et le profanateur le saisit, le Lie toutes les fois qu’il communie indignement (De Joel., c, vr1).

De quel crime ne se rend pas coupable celui qui change la rédempüon en perdition, la communion en poison, la vie en un instrument de mort!

Lorsque vous voulez pécher, dit saint Bernard, cherchez une autre langue que celle qui est rougie du sang de J. C. : Quando peccare volueris, quære aliam linguam quam eam quæ rubescit sanguine Christi (Serm. in die Passionis).

A Dieu ne plaise, dit saint Pierre Damien, que celui qui adore l’idole de la chair, ose recevoir le fils de la Vierge dans le temple de Vénus! Absit ut aliquis huic idolo substernatur, et filium Virginis in Veneris templo suscipiat !/(In Epist.)

De quel crime ne se rendrait pas coupable celui qui profanerait une église, l’autel, le tahernacle, les vases sacrés! Or, celui qui communie indignement commet ün sacrilége plus grand et plus horrible...

Jus, dit l'Evangile, s’en alla vers les princes des prêtres et leur dit : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? T'unc abuit Judas at principes sacerdotum, et ait illis : Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam ? (Matth. xxvr. 14. 15.) Ils lui promirent trente pièces d'argent. Et dès ce moment , il chercha l’occasion dé lé leur livrer (Id. xxvi. 15.16).

Le profanateur sacrilége fait lui-même un pacte avec Satan, et lui dit : Que veux-tu me donner, et je vais te livrer J. C.? Donne-moi ce plaisir impur, ces richesses, cette vengeance, et je te livrerai mon Dieu !.….

Les sacriléges vendent, trahissent et crucifient J, CG...

La trahison de Judas s’est changée en bien pour le salut du monde; IV, 21 |

Leprofänäteut sacrilége imite Judas,

Le profanateur est parricide.

Le sacrilége renferme la plus noire ingratilude.

Le sacrilège

ost hypocrite.

Le sacrilége fait

de l’homme

un démon,

mais la communion indigne ne sert qu’à crucifier J. C. , et à réjouir l'enfer,

Drev est notre père, le meilleur des pères... Or, que fait le sacrilége? Il se soulève contre Dieu, le flagelle , le crucifie , l’anéantit autant quille peut...

Le profanateur sacrilége se rend coupable de la plus noire ingratitude. Dieu le comble de bienfaits; et lui le persécute, le méprise comme son plus mortel ennemi. Ecoutez comment J. C. s’en plaint par son prophète : Non, dit-il, ce n’est pas un ennemi qui m’outrage ; je l'aurais supporté; ce n’est pas celui qui me haiït, qui s'élève contre moi ; je me déroberais à ses poursuites : maïs toi que Je regardais comme un autre moi-même , toi qui vivais familièrement avec moi, toi le confident de mes secrets, qui te nourrissais à ma table, avec qui je marchais dans la maison du Seigneur (1).

Jupas, par un baiser hypocrite, livre son maître. Ainsi agit celui qui communie Indignement..…. Les mains jointes, les yeux baissés, à genoux, paraissant recueilli et honorer Dieu par la prière, c’est celui-là qui vend J. C. par un baiser... Quelle odieuse hypocrisie !

ÏL yen à un parmi vous qui est un démon, dit J. C. à ses disciples, en parlant de Judas : Zx vobis unus diabolus est (Joann. vr. 71).

Je ne veux pas, dit le grand Apôtre aux Corinthiens, que vous ayez aucune société avec les démons. Vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons; vous ne pouvez avoir part à la table du Seigneur et à la table des démons (2).

Le démon entre tout entier dans le traître sacrilége , dit saint Isidore : Totus dæmon se insinuat in proditore (Epist. ).

Celui, dit saint Chrysostome, qui communie, ayant le péché

(1) Quoniam si inimicus meus maledixisset mihi, sustinuissem utique. Et si IS

o UE super me we locutus fuisset , abscondissem me forsitan ab eo. homo unanimis, dux meus : i si

capiebas cibos: in domo Dé nn Er 0 EN (oi) Ce

(2) Nolo vos socios fieri dæmoniorum. Non potestis calicem Domini bibere, et

calicem dæmoniorum; non potestis mensæ Domini participes esse, et mensæ dæmohiorum ([, x, 20. 21);

SACRÎLÉGE: 393

mortel dans le cœur, est pire qu’un démon : Multo dæmonio pejor est, qui peccati conscius, accedit ad altare (Homil. ad pop. ).

Vous êtes purs , dit J. C., mais vous ne l'êtes pas tous { Vos mundi estis, sed non omnes (Joann. x. 10). Celui qui mange avec moi le pain , lèvera le pied contre moi, ajoute le Sauveur : [Qui manducat mecum panem , levabit contra me calcaneum suum (Joann. xnr. 18).

Je vous le dis en vérité, l’un de vous me trahira : Amen dico vobis , quia unus ex vobis tradet me (Joann. xur. 21 ). Est-ce moi, Seigneur, direz-vous aussi avec Judas? Vous l’avez dit (Matth. xxvr. 25), Oui, c’est vous, si vous avez caché un péché mortel en confession.. ; oui, c’est vous, si vous n’avez pas eu la contrition de votre péché mortel...; oui, c’est vous, si vous n’avez pas eu le bon propos, si vous conservez une affection criminelle pour le péché.

Est-ce que vos communions vous font perdre vos mauvaises habitudes ? dit saint Bonaventure. Si cela n’est pas, c’est vous qui êtes Judas (Zn Speculo).

Marueur , s’'écrie J. C., malheur à celui par qui le Fils de l’homme sera trahi! Il vaudrait mieux pour cet homme qu’il ne fût pas né: Væ homini li per quem Filius hominis tradetur ? Bonum erat ei, st natus non fuisset homo ille (Matth. xxvt. 24).

Après que Judas eut communié , Satan s’empara de lui : Posé buccellam introivil in eum Satanas (Joann. x, 27).

Celui qui mange et boit indignement , mange et boit sa condamnation, dit saint Paul : Qui manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit (1. Cor. 11. 29). Voilà les épouvantables châtiments des profanateurs sacriléges!.…

Saint Cyprien parlant de cette femme qui avait communié sacrilégement, et qui soudain fut frappée de mort à la table sainte, dit : Elle ne recut pas une nourriture, mais un glaive; elle tomba comme ayant avalé un poison mortel ; et celle qui avait trompé l’homme trouva un Dieu vengeur : Von cibum, sed gladium sibi sumens, et velüt guædam venena lethalia, palpitans et crepndans concidit : et quæ fefellerat hominem, Deum sentit ultorem (Serm. v de Lapsis ).

C’est à cause des sacriléges, dit saint Paul aux Corinthiens , qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et que beaucoup sont frappés de mort : /deo inter vos multi infirmi et vmbecilles , et dormiunt multi ([. xr. 30).

Combien pensez-vous que sera terrible le supplice de celni qui à

Le sacrilége est le plus énorme de tous les crimes; etilyen a qui le commettent.

Châtiment du profanateur des sacrements.

foulé aux pieds lé Fils de Dieu, qui a tenu pour souillé le sang de l’ailiance dans lequel il avait été sanctifié, et qui a outragé l'esprit de la grâce ? dit saint Paul aux Hébreux : Quanto magis putatis detemiora mereri supplicia, qui ilium Dei conculcaverit, et sanguinem testamenti pollutum duxerit, in quo sanctificatus est, et spiritui gratiæ contumeliam fecerit? (x. 29.)

Que la mort tombe sur eux, et qu’ils descendent vivants dans les enfers , dit le Psalmiste : Veniat mors super tllos, et descendant in infernum viventes (1xv. A6). Que cette table soit pour eux un écueil et un piége; que leurs yeux s’obscurcissent, afin qu’ils ne voient pas : l'iat mensa eorum coram ipsis in laqueum. Obscurentur oculi eorum ne videant (Psal. LxvrIr. 23. 24 ).

Seigneur, dit encore le Psalmiste , versez sur eux votre fureur; que le feu de votre colère s'attache à eux; qu ils soient privés à jamais de votre clémence; qu'ils soient effacés du livre de vie : £ ffunde super eos iram tuam ; et ifuror iræ tuæ comprehendat eos ; non intrent in justitiam tuam. Deleantur de libro viventium (Lxvux. 25. 28. 29).

Ils avaient encore la nourriture à la bouche , quand la colère de Dieu éclata sur eux et les frappe de mort.( Psal. LxxvIr. 34. 33).

L’imprudent Oza porte la main sur l’arche du Seigneur ; et le Sei: gneur irrité contre lui le frappe de mort sur-le-champ : £zætendit

za manum ad arcam Dei; iratusque est Dominus contre Ozam , et percussié eum, qui mortuus est ibi (IL. Judic. vr. 6. 7), Or, l’arche n’était que la figure de la sainte eucharistie.

Judas, le premier traître, perd son âme, dit saint Chrysostome; etil est dans l’enfer, endurant un supplice éternel : Proditor animam Suam perdidit : proditor in inferno nunc est inevitabile ferens supplicèun (Homil. 1 in Prodit, Judæ, et in Pascha }).

Quiconque, ditsaint Pierre Damien, brûle du feu des passions, et ose s'approcher des saints autels , celui-là est sans aucun doute con: sumé par le feu de la vengeance divine : Quisquis carnali CONCUpiscen< liæ flamma œstuat, et assistere altaribus non formidat ; ille , procul dubio, divinæ ullionis igne consumitur (Opuse. xxvr, c. IT).

Mille fois malheur à celui qui s’approche de la sainte communion avec un cœur Impur, s’écrie saint Bernard! Multum væ üli qui immundus accesserit (Lib. de Ord. vitæ ).

Notre-Seigneur dit à sainte Brigitte, parlant de ceux qui communientindignement : Je viens à eux comme époux; j'en sors comme juge : Zngredior ut.sponsus, egredior ut judex (Lib. Revel. ).

Malheur aux mains sacriléges! s’écrie Thomas de Villeneuve ; malheur aux cœurs impurs qui reçoivent indignement leur Dieu! Il n’y a pas de châtiment assez grand pour punir loutrage fait à J. G. : Væ sacrilegis manibus! væ pectoribus immundis ! Omne supplicum minus est delicto quo Christus contemnitur in hoc sacrificio ! (Conc. 11 de Sanct. Alt.).

Quelle est la cause des châtiments si terribles qui sont tombés sur les Juifs? leur sacrilége déicide..….

Saint Optat, évêque de Milève, dit que les évêques de la secte des donatistes ayant commandé que l’on jetât l’eucharistie aux chiens, on vit alors des marques sensibles de la colère céleste. Ces animaux , comme enragés, s’élancèrent sur leurs propres maîtres ; ils mordirent et mirent en pièces les profanateurs du corps du Seigneur : Sancti corporis reos, dente vindice, ‘tanguam ignotos et inimicos laniaverunt (Lib. contra Donatist, ).

Du temps de saint Chrysostome , plusieurs, après la communion, étaient tout à coup saisis par le démon, et ils en restaient possédés (Hist. Eccles.).

Saint Grégoire fait mention d’une punition exemplaire de quatrevingts profanateurs ; une peste affreuse les frappa subitement d’une mort effrayante (omil.).

Saint Anselme dit avoir vu, après les pâques, de très-graves maladies, à cause des sacriléges (Zn Monolog.)

Qui ne connaît la terrible punition que la vengeance du Ciel exerça sur Lothaire , roi de France, et sur plusieurs seigneurs de sa cour, à cause d’un sacrilége ? Ce prince arrive à Rome pour faire lever l’excommunication dont il avait été frappé par le pape Nico- . las, à l’occasion de l’adultère dans lequel il vivait avec la malheureuse Valdrade. Le pape Adrien Il, successeur de Nicolas, y consentit, pourvu néanmoins que le roi n’eût eu aucun commerce, même de paroles, avec Valdrade, depuis que le pape Nicolas l'avait excommunié. Le prince jura qu'il avait changé de vie , quoique la chose ne füt pas ainsi. Au jour et au lieu convenus, le pape célébra en présence de Lothaire; à la fin de la messe, le pontife, prenant en main le corps de J. C., et se tournant vers le roi: Prince, lui dit-il d’une voix haute et distincte, si vous n'êtes pas coupable de l’adultère depuis que vous avez été averti par le pape Nicolas, et si vous avez fait une ferme résolution de renoncer à ce crime, approchez avec confiance, et recevez le sacrement de la vie éternelle. Mais si votre pénitence n’est pas sincère, n’ayez pas la témérité de

Il faut s’'éprouver.

recevoir le corps et le sang de votre Seigneur, et de vous incorporer, en les profanant, votre propre condamnation. Lothaire frémit sans doute à ces mots; mais l'excès du crime était résolu : il le consomma , il ajouta le sacrilége au parjure, il communia. Le pape, s’adressant ensuite aux grands qui communiaient avec le roi , dit à chacun d’eux : Si vous n’avez ni contribué ni consenti aux adultères de votre maitre avec Valdrade , que le corps du Seigneur vous soit un gage du salut éternel. L'horreur du sacrilége en fit retirer quelques-uns; mais la plupart communièrent, à l'exemple du roi. Le prince partit de Rome , charmé d’avoir pu tromper le pape. Mais à peine fut-il à Lucques, que lui-même et presque tous ceux de sa suite furent attaqués d’une fièvre maligne, qui produisait les effets les plus étranges et Les plus effrayants. Les cheveux, les ongles , la peau même leur tombaient, tandis qu’un feu interne les dévorait. La plupart moururent sous les yeux du roi. Pour lui, il se fit porter à Plaisance, où il perdit la connaissance avec la parole , et mourut sans donner aucun signe de repentir. On observa que ceux de ses gens qui avaient profané avec lui le corps du Seigneur, moururent de la même manière; ceux qui s'étaient retirés de la sainte table furent les seuls que la mort épargna : en sorte qu’on ne put méconnaitre la vengeance du Ciel (Æist. E'ecles. et Gallic.).

On pourrait citer une foule d’autres exemples très-authentiques, qui prouvent que Dieu punit Les sacriléges souvent même dès cette vie.

Les profanateurs sacriléges, dit sainte Brigitte dans ses révélations, seront plongés dans les enfers au-dessous mème des démons : Præ omnibus diabolis profundius submergentur in infernum.

Tremblez, profanateurs du corps et du sang de J. C.! Tremblez, vous qui mangez et buvez votre jugement et votre condamnation ! Car, dit le grand Apôtre, c’est chose épouvantable de tomber entre les mains du Dieu vivant! Æorrendum est incidere in manus Dei viventis! (Hebr. x. 31.) Tremblez, car on ne se moque pas impunément de Dieu : Deus non irridetur (Gal. vi, 7).

Que l’homme donc s’éprouve lui-même, dit le grand Apôtre, et qu'ainsiil mange de ce pain et hoive de ce calice: Probet autem seipsum homo, et sic de pane illo edat et de calice bibat (1. Cor. xt. 28).

Que celui qui veut recevoir la vie change de vie, dit saint Augus-

in; car s’il ne change de vie, il recevra la vie pour son jugement;

SACRILÈGE, mil

et en recevant indignement cette vie qui est J. C., il tombe plus profondément dans la corruption. Loin de trouver la santé de l’âme, il trouve la mort la plus terrible au lieu d’être vivifié (1).

Prenez garde, dit saint Pierre Damien, de vous approcher de ce divin sacrement avec trop de tiédeur ; car vous faites une mauvaise communion, si vous ne vous en approchez avec un profond respect et avec attention : Cave ne nimis tepidus accedas ; quia indigne sumis, si non accedis reverenter et considerate (Opusc. XXYI, €. 11).

Il faut donc 1° faire une bonne confession. ; 2° se repentir sincèrement.…..; 3° se corriger... ; 4o s’instruire...; 5° se mettre en état de grâce. ; 6° avoir des sentiments de foi, d'espérance, d’amour, d'humilité, de désir, ete...

(1) Mutet vitam qui vult accipere vitam. Nam, si non mutet vilam , ad judicium accipiet vitam; et magis ex ipsa corrumpitur, quam sanatur ; magis occiditur, quam vivificatur (Lib. Civit.).

Qu'est-ce que la sagesse ?

Dieu est la suprême sagesse.

AGESSE, sapientia, vient du verbe sapere, avoir du goùt, de la saveur. La sagesse est la connaissance de Dieu, des fins dernières et des moyens qui y conduisent...

Voici comment Cajetan définit la sagesse : La sagesse, dit-il, est la raison, la règle droite des actions humaines, selon la suprême cause qui est Dieu : Sapientia est ratio et norma humanarum actionum recta secundum altissimam causam quæ est Deus (Ex Delrio ).

Selon saint Augustin, la sagesse est la contemplation de la vérité, mettant l’homme tout entier dans la paix, et recevant la ressemblance de Dieu : Sapientia est contemplatio veritatis, pacificans totum hominem, et suscipiens similitudinem (Lib. T de Serm. Domini in monte).

Qu’ezses sont hautes, s’écrie saint Paul, les richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui à été de son conseil ? Toutes choses sont de lui, et pour lui, et en lui (1).

EnJ, C. sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, dit cet apôtre aux Colossiens : Zn quo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi (x. 3). Nous prèchons, nous, écrit-il aux Corinthiens , le Christ crucifié, objet de scandale pour les Juifs et de folie pour les Gentils; mais pour les élus, Juifs et Grecs, ce même Christ est la vertu de Dieu et la sagesse de Dieu : Nos prædicamus Christum crucifixum ; Judæis quidem scandalum, Gentibus autem stultitiam ; ipsis autem vocatis Judæis, atque Græcis, Christum Dei virtutem et Dei sapientiam (1. 1. 23. 24),

Dieu est la sagesse incréée; de cette sagesse découle toute sagesse... En lui seul est la sagesse ; et de lui seul , par conséquent , on recoit la sagesse...

(1) O altitudo divitiarum sapientiæ et scientiæ Dei! Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus, et investigabiles viæ ejus. Quis cognovit sensum Domini ? aut quis con-

siliarius ejus fuit? Quoniam ex ipso, et per ipsum, et in ipso sunt omnia (Rom. x. 33. 36).

La sagesse de Dieu paraît dans toutes ses œuvres... Elle paraît dans sa providence...

Sans L'étude et l’amour de la sagesse , il ne peut exister aucune vraie et solide béatitude pour l’âme, dit Sénèque : Sine sapientiæ studio, nulla potest esse vera et solida animi beatitudo (In Prov.).

Ce que le pilote est au vaisseau , dit Philon, le magistrat à la ville, le général à l’armée , l'âme au corps, l'esprit à l’âme, la sagesse l’est à l'homme ( Z16. de Abraham ).

Aussi le Seigneur dit dans les Proverbes : Mon fils, attachez-vous à la sagesse et réjouissez mon cœur : Séude sopientiæ, fili mi, et lœtifica cor meum (xxvir. 14).

Demande-moi ce que tu voudras, dit le Seigneur à Salomon, et je te l’accorderai : Postula quod vis, ut-dem tibi (U. Paral. 1.7). Et Salomon dit à Dieu : Donnez-moi la sagesse : Diritque Salomon Deo : Da mihi sapientiam (Ybid. E. var. 40 ). Cette demande, ce choïx que Salomon fit de la sagesse, de préférence à toute autre chose, plut tellement à Dieu, qu’il lui répondit : Parce que c’est là ce que tu aimes , et que tu ne m'as point demandé les richesses, ni la gloire, ni la mort de ceux qui te haïssent, ni Les jours nombreux de la vie, et que tu m'as demandé la sagesse et la science, la sagesse et la science te sont données; et je te donnerai les biens, les richesses et la gloire, en sorte que nul roi, ni avant toi, ni après toi, ne t’aura égalé ( bid. II. 1. 11.12).

Écoutez saint Paul écrivant aux Corinthiens : Pour moi, mes frères, lorsque je suis venu vous annoncer le témoignage du Christ, je ne suis point venu dans la sublimité des discours et de la sagesse; car je n’ai voulu savoir parmi vous autre chose que J. C., et J. C. crucifié : Veni, non in sublimitate sermonis, aut sapientiæ ; non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesuin Christum, et hunc crucifizum MnN2 7

Celui que le monde chrétien appelle le grand Apôtre mérite assurément d’être écouté lorsqu'il nous enseigne en quoi consiste la vraie sagesse ; or, 1l la place tout entière à connaître J. C., et J. C. crucifié..….. La science de J. C. et de sa croix, voilà donc la vraie sagesse et toute la sagesse : Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum, et hunc crucifixzum.

Et ma prédication, continue l’Apôtre, a consisté, non PE les paroles persuasives de la sagesse humaine, mais dans la manifestation

Nécessité de la sagesse,

En quoi consiste la vraie sagesse.

de l'esprit et de la puissance divine; afin que votre foi ne soit pas dans la sagesse des hommes, mais dans la vertu de Dieu. Nous prèchons la sagesse parmi les parfaits; non la sagesse de ce siècle, ni des princes de ce siècle, qui se détruisent; mais nous prèchons la sagesse de Dieu dans le mystère , la sagesse qui a été cachée, que Dieu a prédestinée avant les siècles pour notre gloire, qu'aucun prince de ce siècle n’a connue ; car s'ils l’avaient connue , ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire (L. Cor. 11). Que nul ne s’abuse : si quelqu'un d’entre vous parait sage selon ce siècle , qu'il devienne insensé pour être sage. Car la sagesse de ce siècle est folie devant Dieu ; selon qu'il est écrit : J’enlacerai les sages dans leurs ruses (1),

Nous préchons la sagesse parmi les parfaits: la sagesse chrétienne, la sagesse de la croix de J. C..., de sa grâce... , du salut... , de lincarnation.. , de la rédemption... , de la gloire éternelle...

Le Christ, dit cet apôtre , ne m’a point envoyé dans la sagesse de la parole , afin que la croix du Christ ne demeure pas inutile. Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent ; mais pour ceux qui sont sauvés, pour nous, elle est la vertu de Dieu. Car il est écrit ; Je perdrai la sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents. Où est le sage ? Où est l’homme de lettres? Où est l’ami de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse de ce monde ? Le monde n’ayant point connu Dieu par la sagesse , il a plu à Dieu de sauver par la folie de la prédication les croyants. Car les Juifs demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse ; nous prêchons, nous , le Christ crucifié , parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que les hommes. Car voyez, mes frères, ceux qui ont été appelés parmi vous : il y en a peu de sages selon la chair, peu de puissants , peu de grands ; mais Dieu a choisi ce que le monde a de simple pour confondre les sages, et ce que le monde a de faible pour confondre les forts ; et ce que le monde a de bas, de méprisable , et ce qui n’est pas, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant lui. Par lui vous êtes dans le Christ Jésus, que Dieu pour vous a fait sagesse , et justice, et sanctification, et rédemption , afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur (I. Cor. 1).

(4) Nemo se seducat : si quis videtur inter vos sapiens esse in hoc seculo, stultus fiat ut sit sapiens. Sapientia enim hujus mundi, stultitia est apud Deum; scriptum est enim ; comprehendam sapientes in astutia eorum (I. Cor. ur, 18. 49).

La femme de Lot fut changée en statue de sel, pour nous apprendre que la sagesse consiste à ne pas regarder en arrière dans la voie du salut , et pour montrer qu’elle fut elle-même insensée en regardant en arrière... ;

Toute la sagesse de l’homme, dit Lactance, consiste en ce seul point, qui est de connaitre Dieu et de le servir : Omris sapientia hominis in hoc uno est, ut Deum cognoscat, et colat (Lib, LI, c. xxx).

La sagesse du monde n’est point la sagesse qui descend d’en haut, dit l’apôtre saint Jacques; mais une sagesse terrestre, animale, diabolique : Non est ista sapientia desursum descendens ; sed terrena , animalis, diabolioa (wir. 45 ).

La première et la vraie sagesse , dit saint Grégoire de Nazianze , est une vie louable, une âme pure devant Dieu; par cette pureté, les hommes purs s'unissent à celui quiest pur, et les saints au Saint des saints : Prima sapientia est vita laudabilis, et apud Deum pura mens, per quan puri puro junguntur, et sancti Sancto sociantur (In Apolog.).

La sagesse, dit Cicéron, est de vaincre la colère, de se vaincre soi-même. L'homme tempérant, constant , intrépide , sans aigreur, sans passion, est le vrai sage : Sapientia est vincere iram, vincere seipsum, Vir temperatus, constans, sine metu, sine ægritudine, sine libridine, is est sapiens (Lib. I de Finib.).

Le sage, dit saint Bernard, est celui qui voit les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes : Sapiens est cui quæque res sapiunt prout sunt (In Prov.); c’est-à-dire, qui voit les choses divines comme divines, les choses humaines comme humaines, les éternelles comme éternelles , les transitoires comme transitoires...

Apprendre la sagesse, c’est apprendre à connaître, à aimer, à servir Dieu, à tendre à la fin pour laquelle l’homme est créé et racheté...

La vraie sagesse consiste à connaitre J. G., et ce qu’il a fait pour nous... Elle consiste à connaître la loi de Dieu , la religion, à la pratiquer ; à pratiquer la vertu, à fuir le vice. Là est toute la sagesse... ; hors de là toutest folie...

1° La sagesse est puissante.

Je vous donnerai moi-même, dit J, G. à ses apôtres , des paroles et une sagesse auxquelles vos adversaires ne pourront ni résister, ni rien opposer : Z'go dabo vobis os et sapientium, cui non poterunt resistere et contradicere omnes adversari vestri (Luc. xxr. 15).

Mon fils, disent les Proverbes , étudiez la sagesse, et vous pourrez

Excellence de la sagesse, et ses fruits précieux.

répondre à celui qui parle contre vous : Stude sapientiæ, fili mi, ut possis exprobranti respondere sermonem (XXVIT. 10). |

Le Sage, dit saint Ambroise, n’est point brisé par Ja crainte , n’est point ébranlé par le pouvoir, ne s’enorgueillit point par les prospérités, n’est point abattu par les adversités; car là où est la sagesse , là est la force de l’âme, là est la constance et le courage ; le sage demeure parfait en J. C., fondé sur la charité, enraciné dans la foi (4).

2e La sagesse procure tous les biens, elle les renferme tous.

La Sagesse d’en haut, dit l’apôtre saint Jacques, est premièrement chaste; ensuite pacifique , équitable , facile à persuader, attachée au bien, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres, sans SOUpÇOns, Sans simulation (2).

Le désir de la sagesse conduit au règne éternel, dit l’Ecriture : Concupiscentia sapientiæ deducit ad regnum perpetuum (Sap. vr. 24). Aimez la lumière de la sagesse, vous tous qui présidez sur les peuples : Diligite lumen sapientiæ omnes qui præestis populis (Sap. vI. 23). La multitude des sages est le salut du monde; et le roi sage, l’affermissement de la nation : Multitudo sapientium sanitas est orbis terrarum ; et rex sapiens stabilimentum populi est (Sap. vr. 26).

J'ai préféré, dit Salomon, l'esprit de sagesse aux royaumes et aux trônes ; et j’ai estimé que les richesses ne sont rien auprès d’elle : Prœposui illam regnis et sedibus ; et divitias nihil esse duxi in comparatione illius (Sap. vir. 8). Je ne lui ai point égalé la pierre précieuse, parce que l'or, auprès de la sagesse , est un peu de sable, et Pargent devant elle est comme de la boue : Nec comparavi üli lapidem pretiosum ; quoniam omne aurum in comparalione illius, arena est exiqua, et tanquam lutum æstimabitur argentum in conspectu illius (Sap. vir. 9). Je l’ai préférée à la lumière, parce que sa lumière ne sera jamais éteinte : Proposui pro luce habere illam, quoniam inextinguihile est lumen ejus (Sap. vir. 10). Et tous les biens me sont venus avec elle, et des richesses innombrables sont dans ses mains : Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa, et innumerabilis honestas per manus illius (Sap. vu. 11). Elle est un trésor infini pour les hommes ; ceux qui

(1) Sapiens non metu frangitur, non potestate mutatur, non attollitur prosperis, on tristibus mergilur : ubi enim sapientia, ibi virus animi, ibi constantia ct fortitudo : sapiens manet perfectus in Christo, fundatus caritate, radicatus fide (Lib. IV Offic., e. vi).

(2) Quæ desursum est sapientia, primum quidem pudica est; deinde pacifica,

modesta, suadibilis, bonis consentiens, plena misericordia et fructibus bonis; non judicans, sine simulatione (1r., 17).

SAGESSE, 333 en ont usé sont devenus les amis de Dieu : Znfinitus thesaurus est hominibus, quo qui usi sunt, participes facti sunt amicitiæ Dei (Sap. vit, 14). En la sagesse est l'esprit d'intelligence, saint, un, varié, subtil, disert, prompt, incorruptible, certain, doux, aimant le bien , pénétrant , infaillible, bienfaisant, ami des hommes, immuable, indéfectible, calme, ayant toute vertu, prévoyant toutes choses, comprenant tous les esprits, intelligible, vif et pur (Sap. vis. 22. 93). Elle est une vapeur de la vertu de Dieu, et une émanation pure de Ja clarté du Tout -Puissant ; rien de souillé n’est en elle : Vapor est virtutis Dei, et emanatio quædam est claritatis omnipotentis Det sincera ; et ideo nihil inquinatum in eam incurrit (Sap. vir. 25). Elle est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l’image de sa bonté : Candor est lucis œternæ, et speculum sine macula Dei majestatis, et tmago bonitatis illius (Sap. vir. 26). Elle renouvelle toutes choses; elle se répand parmi les nations dans les âmes saintes, et c’est elle qui fait les amis de Dieu et les prophètes : Omnia innovat, et per nationes in animas sanctas se transfert, amicos Dei et prophetas conshituit (Sap. vi. 27 ). Dieu n’aime ue celui qui habite avec la sagesse : Veminem diligit Deus, nist eum qui cum sapientia habitat (Sap. vu. 72). Elle est plus belle

que le soleil, et par-dessus toutes Les étoiles ; comparée à la lumière, elle l'emporte sur elle : Æsé hœæc speciosior sole, et super omnem dispositionem stellarum ; luci comparatu invenitur prior (Sap. vir. 29 ).

La sagesse atteint d’une extrémité à l’autre avec force ; et dispose toutes choses avec douceur : Attingit a fine ad finem fortiter, et disponit omnia suaviter | Sap. vur. 1). Cest elle qui enseigne la science de Dieu : Doctrix est disciplinæ Dei (Sap. vi. 4). Je me suis donc proposé de l’amener à vivre avec moi , sachant qu’elle me fera part de ses biens, et qu’elle sera la consolation de ma pensée et de mon ennui (Sap. vu. 9). Par elle j’obtiendrai l’immortalité ; et je laieserai une mémoire éternelle à ceux qui viendront après moi : Æabebo per hanc immortalitatem ; et memoriam œlernarn his, qui post me futuri sunt, relinquam (Sap. vur. 13). Quand j’entrerai dans ma maison, je reposerai avec elle; car son entretien n’a pas d’amertume, et la tristesse ne l’accompagne pas, mais l’allégresse et la joie : Intrans in domum meam, conquieséam cum illa ; non énim habet amaritudinem conversatio illius ; nec tœædium convictus illius , sed lœætitiam et gaudium (Sap. vu. 16). Elle est la science et l’intelligence de toutes choses, et elle me conduira dans mes œuvres par sa modération , et me gardera par sa puissance (Sap, 1x. 14). C’est par là

sagesse , Seigneur, qu'ont été guéris tous ceux qui vous ont plu dès le commencement : Per sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi, Domine, ab initio (Sap. 1x. 19). La sagesse ouvre la bouche des muets, et rend éloquente la langue des petits enfants : Sapienhia aperuit os mutorum ; el linguas infantium fecit disertas (Sap. x. 24).

Il faut que la sagesse soit une vertu bien riche , bien précieuse, puisque la sainte Ecriture lui attribue des merveilles!

L'homme sage, dit Cicéron , environné comme d’un rempart par la puissance de la prudence, par la patience dans les misères humaines, par la méditation des vicissitudes de la fortune, par toutes les vertus, ne peut ni être vaincu ni renversé (1).

Les anciens représentaient la sagesse comme un carré , indiquant ainsi la force de la sagesse, son aplombet son utilité...

La sagesse , disent les Proverbes , est meilleure que les perles, ét toutes les pierres précieuses ne l’égalent pas : Melior est sapnentia cunctis pretiosissimisi el omne desidérabile ei non potest comparart (vi. 11).

L’Ecriture compare là sagesse à l’eau, à un fleuve, à la mer $ parce que, Comme l’eau féconde la terre , arrose les plantes, désaltère l’homme, ainsi la sagesse arrose les âmes arides, désaltère ceux qui ont soif de la justice, nourrit , enivre, réjouit, féconde et vivifie.

La sagesse, dit l’Ecclésiastique, inspire la vie à ses enfants; elle attire à elle ceux qui la cherchent ; elle les précède dans la voie de la sanctification; et celui qui l’aime , aime la vie; et ceux qui veillent à sa recherche posséderont la paix. Ceux qui s’attachent à elle, hériteront de la vie; et partout où elle entrera , Dieu répandra ses bénédictions. Ceux qui la servent seront fidèles au Dieu saint, et ceux qui l’aiment seront aimés de Dieu. La sagesse marche avec eux dans la tentation; elle les affermit, elle ouvre pour eux une voie droite, et elle les remplit de joie; elle leur découvre ses secrets ; elle met en eux un trésor de science, d'intelligence et de justice (iv):

La sagesse, dit saint Augustin, rend paisible comme Dieu celui qui la pratique; elle le rend serein, tranquille, imperturbable, élevé; elle le fait marcher comme un ange tant dans les adversités que dans la prospérité (2).

(1) Sapiens animus, magnitudine consilii, tolerantia rerum humanarum, contem= platione fortunæ , virtutibus omnibus, ut mœnibus seplus, vinci, aut‘expugnari non potest (Paradoæ. 1V).

(2) Sapientia facit ut sapiens, instar Dei, sit placidus, serenus, tranquillus ,-

SAGESSE. 335 La sagesse , d'après l’Ecriture, guide, nourrit et revêt, instruit , garde et protége, honore, fortifie, élève et donne la gloire éternelle...

O sagesse, que tu rends heureux ceux qui te pratiquent!

La sagesse de l’homme, dit l’Ecclésiaste, brille sur son visage , et elle donne à son regard plus d'assurance : Sapientia hominis lucet in vultu ejus, ef potentissimus faciem illius commutabit (vi. 4).

Or , la sagesse brille en trois manières sur le visage : 1° parce que l’âme imprime au corps, et surtout au visage, par une naturelle sympathie, ses passions, ses affections... 2e La sagesse compose et forme , non-seulement l’âme, mais aussi le corps, et particulièrement le visage, à l’honnêteté , à la modestie, et fait que la gravité, la

. pudeur, la piété, la paix, la sérénité, etc., brillent en tout l’homme..….; 3° parce que l’Esprit-Saint, habitant l’âme remplie de sagesse et l’éclairant par sa grâce, répand sur le visage et tout l’extérieur sa lumière, sa beauté, comme les rayons du soleil qui pénètrent le verre..….

La pratique de la sagesse est d’autant plus facile, dit l’Ecriture , que . cette admirable vertu va cà et là, cherchant ceux qui sont digne d’elle : dans les chemins, elle se montre à eux avec un visage riant, et elle Les prévient par mille soins. La sagesse est brillante, et ne se flétrit jamais; elle est connue facilement de ceux qui aiment, et trouvée par ceux qui la cherchent (Sap. vi. 43-17).

Là où est l’amour, dit saint Bernard, il n’y a pas de peine, mais contentement et bonheur. Or, la sagesse est un assaisonnement exquis , qui fait trouver légères et douces mème les plus grandes épreuves ( Serm. in Cant.).

IL est facile d'acquérir la sagesse; et lorsqu'on la possède, elle rend toutes choses faciles.

Que Dieu est bon! Tout ce qui est précieux, l’homme peut se le procurer sans argent, sans dé grands sacrifices ; comme tout ce qui est sans valeur réelle, ce qui est vil, néant, coûte beaucoup à l’homme qui veut se le procurer...

Marusvreux, dit le Saint-Esprit, ceux qui rejettent la sagesse et la règle! leur espérance est vaine, leurs travaux sont sans fruit, et leurs

imperturbatus, excelsus, tam in adversis quam in prosperis quasi angelus aliquis in tarne ambulans (Lib. I de Sérm. Dômini in Monte).

La sagesse se répand même sur l'extérieur de l’honime.

Facilité d'avoir l4 sàgesse.

Malheur de ne pas posséder la sagesse.

Ce qu'il faut faire pour obtenir là sagesse.

œuvres inutiles : Sapientiam et disciplinam qui abjicit infelix est : et vacua est spes illorum , et labores sine fructu, et inutilia opera illorum (Sap. mi. 11). Leurs femmes sont insensées et leurs fils pervers. Leur race est maudite : AMulieres eorum insensatæ sunt, et nequissimi filiè eorum. Maledicta creatura eorum ( Sap. vur. 12. 13).

Les hommes insensés, dit encore l’Ecriture, ne comprendront point la sagesse; les insensés ne la verront point; car elle est loin de l'orgueil et de la fraude. Les menteurs ne se souviendront pas d’elle (£'ecli. xv. 7.8).

Le cœur de l’insensé est comme un vase brisé; il ne peut rien garder de la sagesse; Cor fatui quasi vas confractum , et omnem scientiam non tenebit ( Eccli. xxr. 17 }).

Si quelqu'un de vous, dit l’apôtre saint Jacques, a besoin de la sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous en abondance, et ne reproche point ses dons; et elle lui sera donnée : St quis vestrum indiget sapientia, postulet a Deo, qui dat omnibus affluenter, et non improperat ; et dabitur ei (1. 5).

Il faut dire à Dieu avec Salomon : Seigneur, envoyez-moi votre sagesse du haut du ciel où elle réside, afin qu’elle soit avec moi, qu’ellé agisse avec moi, et que je sache ce qui vous plait : Da mihi sedium tuarum assistricem sapientiam ; ut mecum sit, et mecum laboret ; ut sciam quid acceptum sit apud te (Sap. 1x. 10).

Thalès, interrogé sur le moyen de vivre avec sagesse, répondit ! Ne faites jamais ce que vous blâmez chez les autres : Quæ in als reprehendit , ea non faciat ipse (Ita Laertius, lib. T).

Plus les rayons du soleil tombent perpendiculairement sur nous, moins nos corps donnent de l'ombre; plus le soleil est oblique, plus l’ombre s’agrandit; de même, plus on s’attache à la vraie sagesse, moins on s’estime soi-même, moins on se trouve dans l'ombre épaisse des vices; mais aussi, moins on a de sagesse, plus on s’aveugle en présumant de soi-même...

La vraie sagesse consiste à observer fidèlement la loi de Dieu. Mourir au monde et à soi-même, vivre de Dieu et pour Dieu, voilà ce qui prouve la sagesse; agir ainsi, c’est la sagesse elle-même...

A sainteté est le mépris du monde, l'attachement et l’union à Dieu et à J. CG... Etre fidèle aux promesses contractées au baptême, c’est être saint...

Qu'est-ce que la sainteté? dit saint Grégoire de Nazianze: c’est être constamment avec Dieu. Ainsi Hénoch et Noé, marchant avec Dieu, étaient des saints : Quid est sanctitas ? cum Deo consuescere. Sic Noe et Henoch ambulantes cum Deo, sancti effecti sunt (Tamb. xv ).

La sainteté consiste à être pur de péché et à pratiquer le bien, dit saint Thomas : Sancéificatio est munditia a peccato, et confirmatio in bono (2. 2. q. 81. art. 8).

La sainteté est l’état ‘auquel on arrive par la fidélité à tous les devoirs; elle est, à vrai dire, la pratique de toutes les vertus; la sainteté les renferme toutes...

La sainteté consiste à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, et à vivre dans le siècle avec tempérance, avec justice et avec piété, -dit le grand Apôtre : UE abnegantes impietatem , et secularia desideria, sobrie, et juste et pie vivamus in hoc seculo (Tit. 11. 12).

La sainteté du corps, dit saint Grégoire, c’est la pureté; la sainteté de l’âme, c’est la charité et l'humilité : Sanctificatio corporis, pudicitia est ; sanctificatio mentis, caritas et humilitas (Lib. Moral. ).

Je vous conjure, mes frères, écrit saint Paul aux Romains, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : Obsecro vos, fratres, per misericordiam Dei, ut exhibeatis corpora vestra hostiam viventem, sanctam, Deo placentem (xxx. 1).

Offrez à Dieu vos corps, dit saint Chrysostome, aliénez-les de vous, et transportez-les dans le domaine de Dieu ; afin que vous vous en serviez, non à volonté, mais pour le culte et l’honneur de Dieu : Offerte Deo corpora vestra ; alienate illa a vobis, ac transferte ea in Dei dominium ; ut ts utamini, non ad libitum, sed ad Dei cultum et honorem (Homil. ad pop.).

Offrez vos corps en hostie vivante, viventem , c’est-à-dire adonnée à la vertu, dit saint Grégoire ; parce que la chair qui se livre au vice est morte (Z4b. Moral.).

Offrez votre corps en hostie vivante de charité...

Offrez vos corps en hostie sainte, sanctam ; c’est-à-dire, séparez IVe 922 È

Qu'est-ce que la sainteté ?

En quoi . consiste-t-elle?

votre corps, votre cœur deschoses immondes, afin qu’ils soient appliqués au service et au culte de Dieu ; qu’ils soient purs, chastes.….

Offrez à Dieu votre corps en hostie agréable à Dieu, Deo placentem. Agréable à Dieu par les bonnes œuvres de l’âme et du corps...

Saint Paul fait ici allusion aux qualités que devaient avoir les victimes dans l’ancienne loi : 4° Les victimes, sous le ministère d’Aaron, devaient étre sans tache, entières et saines. De là l’Apôtre exige que nous soyons une hostie vivante, viventem. 2 Par son immolation, la victime était sanctifiée; il n’était pas permis aux impurs de la toucher; de même ici saint Paul exige que nous soyons une victime sainte, sanctam ; c’est-à-dire que, par le dévouement de notre âme, nous consacrions notre corps à Dieu... 3° Consumée par le feu, la victime était appelée, et elle était en effet une victime d’agréable odeur à Dieu; ainsi l’Apôtre demande de nous que nous soyons une hostie agréable à Dieu, Deo placentem..…... 40 On employait du sel pour la victime; ce sel marque la sagesse spi. rituelle que nous devons avoir...

L’autel de cette victime, c’est le cœur, dit saint Grégoire, dans lequel le feu de la componction brüle , et la chair est consumée : Altare hujus hostic est cor, in quo mærore compunctionis ignis ardet, et caro consumitur (Lib. Moral.).

J. G. à sanctifié son Eglise, afin qu’elle parût devant lui glorieuse, sans tache, ni ride , ni rien de semblable , mais qu’elle füt sainte et immaculée , dit saint Paul aux Ephésiens : Ut illam sanctificaret , et exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam , non habentem macudam, aut rugam , aut aliquid hujusmodi ; sed ut sit sancta et immaculata (v. 26. 27). Telle doit être notre sainteté...

La sainteté consiste à vivre de J. C. comme saint Paul: Mihi vivere Christus (Philipp. 1. 21). A pouvoir dire avec lui : Je vis ; mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi : Vivo > Jam non ego, vivié vero in me Christus (Gal. 1r. 20).

Pour pratiquer la sainteté, il faut que je puisse dire : La pauvreté est pour moi une richesse; la mort m’est un gain...

Soyez saints dans toutes vos conversations, dit l’apôtre saint Pierre & Vos ipsi in omnt conversatione sancti sitis CES}:

Vos yeux sont ceux de la colombe, dit l’Epoux à l’Epouse , dans les Cantiques : Oculi tui columbarum (1 15); c'est-à-dire simples, candides, pudiques, droits, aimables, doux, paisibles, Voilà les yeux qu'exige la sainteté... 40 L'œil se fixe sur l’objet vers lequel se dirigent ensuite les mains et les pieds, afin que tout tende au même but :

ainsi l’âme sainte n’envisage que Dieu et tend à lui comme à sa fin; elle dirige vers lui ses pas et ses actions... 2 Comme l’œil, lorsqu'il regarde une chose, en retient l’image en lui-même; ainsi l’âme, en se tournant fixement vers Dieu, se rend conforme à lui et devient divine... 30 Comme l'œil regarde immédiatement la chose qu’il veut voir, sans se servir d’autre moyen; ainsi l’âme qui veut 6e fixer en Dieu ne doit voir que lui : elle ne doit considérer ni ses avantages personnels, ni l'honneur, ni toute autre chose; car toute autre chose empêche de voir parfaitement, et gêne l’intuition des choses divines... 4o Comme l'œil peut voir plusieurs choses à la fois, de même l'âme dans son action peut avoir plusieurs fins : par exemple, je veux prier, jeüner, étudier, faire l’aumône pour offrir à Dieu une satisfaction pour mes péchés, et c’est un acte de pénitence; également pour plaire à Dieu, qui est mon amour, et c’est un acte de charité; aussi pour honorer Dieu, ce qui est un acte de religion, etc.

Le fondement de la sainteté consiste dans la conformité de la volonté des œuvres avec la loi éternelle qui est dans l'esprit de Dieu. Gelui-là est saint, juste, parfait, qui règle ses mœurs et les conforme à cette loi. Car la sainteté, dit saint Denis, c’est l’exemption de toute tache; c’est amour de Dieu, l’union avec cet être infiniment par-

fait : plus on éloigne et l’on purifie son âme des choses terrestres,

plus on l’élève à Dieu, plus on devient saint (De Divin. nomin., c. XII).

Celui-là est saint dont la volonté et les œuvres sont exactement conformes à la volonté de Dieu; car la volonté de Dieu, ne faisant qu'un avec son esprit et son intelligence, est nécessairement et essentiellement conforme à la loi éternelle et y répond également : par là, elle est la mesure et la règle de toute la sainteté; et comme cette conformité est infinie en Dieu, il s’ensuit que sa sainteté est infinie. C’est pourquoi, en second lieu, la sainteté consiste dans l’amour et l’union avec Dieu, qui est l’origine et la plénitude de la sainteté. La sainteté est donc l’amour de Dieu. Celui done qui s’attache à Dieu de toute son affection, est pur et saint; et plus il est fidèle à transporter toute son affection en Dieu, plus il devient saint de jour en jour, parce qu'il dirige toutes ses pensées, toute sa volonté, toutes ses œuvres vers Dieu, etil s'approche de plus en plus de lui...

Soxez saints, dit J. C., comme votre Père céleste est saint : Z'stote vos perfecti, sicut Pater vester cœlestis perfectus est (Matth. v. 48). Donc nous devons imiter la sainteté de Dieu, la sainteté de J. C.; là est La vie sainte et vraiment chrétienne...

Dieu, modèle de notre sainteté.

Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu, dit-il au Lévitique : Sancti estole, quia ego sanctus sum Dominus Deus vester (xix. 2). Les ministres de Dieu surtout doivent être saints, parce que do ils sont les représentants de Dieu sur la terre...; 2° parce qu'ils sont comparés aux anges; bien plus, ils sont au-dessus des anges par leurs sublimes fonctions...; 3° parce qu'ils doivent euxmêmes sanctifier tous les autres... ; 40 parce qu’ils sont les médiateurs entre Dieu et les hommes. ; 5° parce que leur ministère est très-saint.. ; 6° parce que la première qualité, le premier devoir du prêtre est la sainteté... ; 7° parce qu’il est consacré à Dieu...

Le chrétien, qui a été créé à l’image de Dieu, et-qui a reçu par J. C. une création nouvelle dans la rédemption, doit considérer constamment les attributs de Dieu , et s’appliquer à les imiter, à s’en revêtir, et à les exprimer par ses mœurs.

Saint Thomas, dans son opuscule [zxne, intitulé des Divines Mœurs , enseigne comment nous devons chercher à imiter les quinze attributs de Dieu , et devenir ainsi nous-mêmes divins. Le premier attribut de Dieu, dit-il, est ’immutabilité; car en Dieu, dit l’apôtre saint Jacques, il n’y a ni changement, ni ombre de révolution : Apud quem non est transmutatio nec vicissitudinis obumbratio (1. 47 ); c’est pourquoi ses œuvres sont immuables selon leur essence, c’està-dire les anges, l’âme, le ciel et les éléments de cet univers. Il change , à la vérité, beaucoup de choses dans le monde, mais tout ce changement est dans les créatures et non dans le Créateur; les choses du siècle changent constamment, et elles sont constantes dans leur inconstance. De mème les saints, dans la constance de leur âme, ne sont ébranlés ni par les adversités, ni égarés de la voie droite par les prospérités.

Le second attribut de Dieu est que tout bien lui plait et que tout péché lui déplait; ainsi en est-il des saints...

Le troisième attribut est que Dieu prévoit, et qu’il prévoit tout ; de même l’homme est d'autant plus saint qu’il se laisse moins surprendre par tout ce qui arrive,

Le quatrième est la patience de Dieu. Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants; il fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs; de même les saints sont patients et font du bien à tous... |

Le cinquième attribut est que Dieu est juste envers tous; c’est là une des premières conditions de la sainteté.

Le sixième est la droiture infinie de Dieu; ainsi les saints

s’approchent d'autant plus de lui qu’ils mettent plus de droiture dans toutes leurs voies. ;

La septième est la libéralité de Dieu; il communique de son essence et de ses biens tout ce qui est communicable, et même à ceux qui ne songent pas à demander ou qui même négligent de demander, qui même méprisent ses dons. Ainsi il a communiqué à ses anges sa béatitude, aux apôtres le pouvoir de lier, aux prophètes sa prescience , aux docteurs sa sagesse, aux martyrs sa force, aux confesseurs sa constance et son égalité d’âme dans la tristesse comme dans la joie, aux vierges sa pureté, et en particulier à Moïse sa douceur, à Joseph sa providence , à Elie son zèle , à Samson sa force , à Salomon sa prudence, à David sa miséricorde , à saint Pierre sa charité, à saint Jean sa chasteté, à saint Paul sa magnanimité. De même les saints ont des yeux pour voir pour les autres, des oreilles pour entendre les plaintes et les soulager, une bouche pour instruire, des pieds pour s’empresser de faire du bien, un cœur {pour s'offrir, l’aimer et satisfaire pour le salut des autres...

Le huitième attribut de Dieu est que Dieu est facile à ètre apaisé ; ainsi les saints ne s’abandonnent jamais longtemps à l’indignation, même la plus légitime.

Le neuvième est que Dieu est porté à pardonner à ceux qui l’ont grièvement offensé; de même les saints oublient les injures et pardonnent aisément.

Le dixième est la véracité de Dieu dans ses paroles et ses promesses; de même les saints craignent de blesser la vérité et sont exacts à remplir leurs engagements envers Dieu et le prochain.

Le onzième est qu’en Dieu il n’y a point d’acception de personnes; de même chez les saints... |

Le douzième attribut est que Dieu est immuable; de même les saints ne se troublent de rien.

Le treizième est que Dieu ne cherche pas ses avantages; mais que dans l’œuvre de la création, de la conservation, du gouvernement de l’univers, de la rédemption, etc., il ne regarde que le bien des hommes et des autres créatures; de même les saints n’ont en vue que la gloire de Dieu , leur propre salut et celui des autres.

Le quatorzième est que Dieu fait toutes choses bien et parfaitement ; ainsi celui qui ést saint s’applique à être parfait dans toutes $es ŒILYIES...…

Le quinzième attribut de Dieu est qu’il ne punit pas deux fois la

Les saints sont nos modèles dans la sainteté.

même chose; ainsi les saints sont justes et n’ont point de récrimina- Torres

Dieu possède tous ces attributs ; l’homme peut aussi les posséder : c’est pourquoi Dieu dit aux hommes : Soyez saints parce que je suis saint : Sancti estote, quoniam ego sanctus sum (Levit. xIx. 2).

ÎL est dit de Salomon que sa réputation de sagesse était répandue chez toutes les nations voisines : Zrat nominatus in universis gentibus per circuitum (IL. Reg. 1v. 31).

Sur ces paroles de l’Ecclésiastique : Louons les hommes élevés en sainteté , et nos pères par la génération : Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua (XLIV. 1), Origène dit excellemment : Comme le soleil, la lune , et tous les astres du firmament brillent constamment aux yeux de toutes les créatures qui sont sous le ciel ; ainsi les marques de la vertu des saints et leurs généreux combats resplendissent merveilleusement et toujours devant tout le monde ; ils fournissent à tous la règle du bien, ils donnent à tous l’exemple de la piété, de la sainteté (1).

Les vies des saints, transmises par écrit, sont des images vives qui nous sont proposées pour imiter leurs saintes œuvres, leurs sublimes vertus...

Concisius Eunodius dit dans la vie qu’il a écrite de saint Epiphane : Il reproduisait par ses actions la page qu'il lisait ; il indiquait par sa sainte vie ce que les livres enseignaient : Pingebat actibus sus paginam quam legisset ; quid libri docuissent, vita signabatur..

Saint Isidore de Séville dit : Si Les préceptes divins qui nous avertissent de faire le bien, n’existaient pas, les exemples des saints tiendraient lieu de loi. Les exemples des bons servent beaucoup pour la correction des hommes. Les exemples des saints, qui édifient, portent à pratiquer les diverses vertus ; l’humilité de J, C., la dévotion de Pierre, la charité de Jean, l’obéissance d'Abraham, la patience d’Isaac , la résignation de Jacob , la chasteté de Joseph, la douceur de Moïse, la constance de Josué , la bonté de Samuel , la tendresse de David , l’abstinence de Daniel (Zn eus vita).

Les saints excellent dans les œuvres de Dieu. Ils sont comme un ciel, un soleil vivant qui raconte la gloire de Dieu par leur cœur,

(1) Sicut cœli luminaria ac sidera cunctis indesinenter quæ sub cœlo sunt fulgent, sic et sanctorum virtutis insignia, et beatissimi eorum agones omnibus in perpetuum singulariter lucent , omnibus in æternum bonorum formam tribuunt, omnibus sub sole pietatis exemplum osteudunt ( Comment. ).

leur bouche et leurs œuvres, Leur vie nous est donnée en exemple pour nous prouver qu’on peut les imiter, même facilement, et qu’il est glorieux et avantageux de les imiter...

Büni soit Dieu le père de Notre-Seigneur J. C., s’écrie le grand Apôtre, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle pour les cieux dans le Christ; comme il nous a élus en lui avant la constitution du monde, afin que nous fussions saints et sans tache devant Jui dans la charité (1).

Votre sanctification, telle est la volonté de Dieu, écrit-il aux Thessaloniciens : Ææc est enim voluntas Dei sanctificatio vestra (L. 1v. 3). J. C., comme Dieu, est la sainteté incréée , infinie, essentielle; comme homme, il est très-saint, non-seulement par la grâce infuse dans son âme, par laquelle il surpasse infiniment les anges et les saints, mais aussi par la grâce de l’union hypostatique, par laquelle la plénitude de la divinité et de la sainteté habite en lui corporellement. Par là nous sommes prédestinés de toute éternité en J. C. pour être saints et sans tache en la présence de Dieu dans la charité, comme le dit l’Apôtre. Ainsi la sainteté de J, C. est la cause efficiente de toute la sainteté des hommes; elle en est la cause méritoire, exemplaire et finale... Toute notre sainteté doit être conforme à la - sainteté de J. C., notre modèle ; elle doit tendre à la gloire de J. C. comme à sa fin propre, pour qu'il soit à jamais honoré, loué, glorifié par tous ceux qu’il a rachetés et'sanctifiés.…..…

Rennows à J. C., notre divin modèle , l’honneur de le retracer en nous, dit saint Grégoire de Nazianze; reconnaissons notre dignité; soyons saints comme J. C.; soyons d’autres Jésus-Christs , puisque J, C. s’est fait semblable à nous. Devenons des dieux à cause de lui, puisque à cause de nous il est devenu homme (2).

Notre âme doit tendre à la sainteté, puisqu'elle est la fille de Dieu par la création, sa sœur par l’incarnation , son épouse et sa colombe par la foi du baptème et par la régénération du Saint-Esprit, sa bien-aimée par la charité...

(1) Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in Christo; sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in caritate (Ephes. 1.3.4).

(2)-Imaginis decus imagini reddamus; dignitatem nostram agnoscamus. simus ut Christus, quoniam Christus quoque sicut nos. Efficiamur dii propter ipsum, quoniam ipse quoque propter nos homo (/n Distich.).

L'élection divine nous appelle à la sainteté.

Nécessité de tendre à la sainteté.

Il faut persévérer dans la sainteté.

Bonheur et avantages de la sainteté,

Soyez saints, parce que moi, qui suis votre Dieu, je Suis saint : Sancti estote, quia ego sanctus sum, Dominus Deus vester (Levit. xIx. 2).

Drev, dit Zacharie dans l'Evangile, a fait serment qu’il se donnerait à nous, afin que, délivrés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte, marchant devant lui dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie (1).

Soyez fermes, dit saint Paul, ceignant vos reins de la vérité, et revètant la cuirasse de la sainteté : Séate succincti lumbos vestros in veritate ; et induti loricam justitiæ (Ephes. vr. 14).

Que le juste devienne plus juste encore; et que celui qui est saint se sanctifie encore, dit le Seigneur dans l’Apocalypse : Qui justus est, justificetur adhuc; et sanctus, sanctificetur adhuc (xx. 14).

Leur Dieu les bénira, dit le Psalmiste; ils iront de vertu en vertu, jusqu’à ce qu'ils arrivent, en présence du Seigneur, sur la montagne de Sion : Benedictionem dabit legislator; ibunt de virtute in virtutem; videbitur Deus deorum in Sion (Lxxxur. 7).

La vie entière d’un homme saint est une fête continuelle de joie et de bonheur, dit Clément d’Alexandrie : Universa vita viri justi, est quidam celebris ac sanctus dies festus (Lib. Strom.).

Heureux ceux qui lavent leurs vêtements dans le sang de l’Agneauf ditl’Apocalypse: Peafi qui lavant stolas suas in sanguine A gnil (xxx. 14.)

La sainteté nous établit en société avec Dieu, dans une alliance et une intime amitié avec Dieu. Quoi de plus heureux, de plus riche, de plus avantageux !.…

Le Saint-Esprit, dit saint Augustin, ainsi que le Père et le Fils, fait sa demeure dans une âme sainte, comme dans son temple. Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, vient dans cette âme, elle va à lui; il vient pour l’aider, elle va à lui pour lui obéir; il vient pour l’éclairer, elle va à lui pour avoir la lumière; il vient pour la remplir de grâces, elle va à lui pour le recevoir (De Grat. et lib. Arb.).

Ils n’ont pas souillé leurs vêtements, dit le Seigneur dans PApocalypse ; ils marchent avec moi vêtus de blanc, parce qu’ils en sont dignes : Non inquinaverunt vestimenta sua, ambulabunt mecum in albrs, quia digni sunt (nr. 4),

(4) Jusjurandum quod juravit.…., daturum se nabis, ut sine timore, de manu inimicorum nostrorum liberati, serviamus illi in sanctitate et justitia coram ipso pmnibus diebus nostris (Luc, 1. 74, 75),

J’écouterai, dit le Psalmiste, ce que dit le Seigneur; j'écouterai ses paroles de paix sur son peuple, et sur ses saints, et sur ceux qui reviennent à la sainteté: Audiam quid loguatur Dominus Deus, quoniam loquetur pacem in plebem suam, et super sanctos suos , et in eos qui convertuntur ad cor (Lxxxtv. 9.10).

Le saint croîtra comme le palmier, il se multipliera comme le cèdre du Liban, dit le Psalmiste. Planté dans la maison du Seigneur, il fleurira dans les parvis de notre Dieu: il portera des fruits, il sera plein de grâce et de vie (xcr. 12-14).

Les saints vivront à jamais, dit la Sagesse; leur récompense est dans le Seigneur, et leur pensée se repose dans le Très-Haut : Justé in perpetuum vivent , et apud Dominum est merces eorum , et cogitatio illorum apud altissimum (v. 16). C’est pourquoi ils recevront le royaume d'honneur et le diadème de gloire de la main du Seigneur; car il Les couvrira de sa droite, et les défendra de son bras : Zdeo acciptent regnum decoris, et diadema speciei de manu Domini : quoniam dezxtera sua teget eos, et brachio sancto suo defendet illos (v. 17).

Seigneur, dit Salomon, une grande lumière est sur vos saints : Sanctis fui maxima lux (Sap. xvi. 1)

Compte la sainteté est rare! Quel est celui qui peut dire avec le Prophète royal : Seigneur, éprouvez-moi ; voyez mon cœur, voyez s’il y a en moi quelque faute, et conduisez-moi dans la voie de la bienheureuse éternité? Proba me, Deus , et scito cor meum, et vide si via iniquitatis in me est ; et deduc me in via œterna? (cxxxvinr. 23. 24.) Vous avez éprouvé mon cœur, Seigneur, vous m’avez fait passer par le feu de la tribulation, et l’iniquité ne s’est pas trouvée en mot: Probasti cor meum , igne me examinasti, et non est inventa in me iniquitas (Psal. xvt. 3).

Sommes-nous saints dans nos pensées, nos désirs, nos paroles, nos actions, etc.?.…

Pour arriver à la sainteté, il faut, 4° la présence de Dieu. ; 2 la foi... ; 3 la vigilance et la sobriété. ; 40 l'amour de Dieu...

Pour être saint, dit saint Augustin, il faut observer trois choses : la pureté du corps, la chasteté de l’âme et la vérité de la doctrine : Sancto tria servanda sunt : pudicitia corporis, castitas anime , et veritas doctrinæ (De Civit,.).

La sainteté est rare.

Moyens pour arriver à la sainteté,

Les saints comparés à l'olivier.

uiviee fertile, beau, verdoyant, dit Jérémie parlant des saints,

tel est le nom que vous donne le Seigneur : Olivam uberem,

pulchram, fructiferam, speciosam, vocavit Dominus nomen tuum.(x1. 16).

Les saints sont comparés à l'olivier, 1° à cause de sa force, de sa vigueur; car l'olivier ne tombe point en langueur ; il ne craint ni les tempêtes, ni l’âge; aussi chez les anciens était-il le symbole de l'éternité... 20 Les saints sont comparés à l'olivier, à cause de sa fertilité. Ce qui fait dire au Psalmiste : Pour moi, je suis comme un olivier qui se charge de fruits dans la maison de Dieu: Ægo autem sicut oliva fructifera in domo Dei (11. 10).

30 Les saints sont comparés au fruit de l'olivier, à cause de l’onction spirituelle de la grâce, de la dévotion et de la charité qui donne la valeur aux bonnes œuvres... 4e Comme les oliviers ne perdent jamais leurs feuilles et restent toujours verts; ainsi la beauté des vertus, des bonnes œuvres des saints, ne se flétrit et ne périt jamais; mais leur vertu a toujours la même beauté, le même éclat, la même richesse. 5° Les saints sont comparés à l'olivier, à cause + la paix dont ils jouissent; car l’olivier est le symbole de la paix, Aussi la colombe apportant à Noé, qui était encore dans l’arche, un rameau d’olivier, indiquait la fin du déluge et la reconciliation de la terre et des hommes avec Dieu. Les saints sont pacifiques envers tous... 6° Les saints sont comparés à l'olivier, à cause de la miséricorde ; l’olivier en est le signe, La vertu propre des saints est la miséricorde..…. 7° L’olivier est le symbole de la douceur; ainsi les saints sont pleins de douceur, de mansuétude.….. 8o Le fruit de l'olivier empêche la rouille, rend souples les corps les plus durs, etc. ; ainsi les saints enlèvent en eux-mêmes et dans les autres la rouille du péché ; ils sont aptes à toutes les œuvres les plus ardues et les plus héroïques , et ils y préparent les autres... 9° On se sert du suc de lolivier dans les onctions, les consécrations des pontifes, des prêtres, des temples; les saints sont les oints et les temples du Seigneur...

L'olivier, couvert de petites feuilles, mais chargé d'excellents fruits, indique que les saints fuient l'honneur et l’ostentation: mais

qu'ils sont chargés d’œuvres bonnes en elles-mêmes et utiles à tous.

Les saints sont comparés à l'aigle.

4e L’aigle est le roi des oiseaux ; les saints sont des rois. [ls règnent sur l’enfer, sur le monde, sur eux-mêmes, même sur Dieu, qui s’est engagé à faire leur volonté : Voluntatem timentium se faciet Deus (Psal. cxztv. 19). Ts règnent sur la terre...; ils règnent au ciel... 20 Il se fait chez l'aigle une sorte de renouvellement de vie : Votre jeunesse, dit le Psalmiste, se renouvellera comme celle de l'aigle : Renovabitur ut aquilæ juventus tua (arr. 3). Les saints se renouvellent chaque jour dans la ferveur, l'amour, l'humilité, etc. ; ils se préparent une jeunesse éternelle dans le ciel... 3° L’aigle a quelque chose de céleste ; ainsi les saints portent sur eux des marques de grandeur qui impriment le respect, etc. 4° Les saints sont des aigles divins qui montent et qui descendent. Ils montent vers Dieu pour le prier, l’adorer, l'aimer, recevoir ses dons, jouir de lui; ils descendent pour combattre le démon, le vice; pour secourir le prochain , lui apporter les grâces qu’ils sont allés chercher an ciel... 6° L’aigle a l’œil vif, ferme et pénétrant; il regarde fixement le soleil en plein midi ; ainsi les saints ont le regard ferme et vif de la foi, de la sagesse, de la prudence, de la droiture et de la simplicité, ils considèrent avant tout et en tout temps Dieu lui-même; ils le voient, ils pénètrent jusque dansl’éternité.…... 6° L’habitation de l'aigle est sur les plus hautes montagnes; de mème les saints sont toujours élevés en pensées, en mérites, ete...

40 Le soleil et les étoiles sont au ciel du firmament; les saints sont au ciel même de Dieu... 20 Quoique les astres soient plus grands que la terre ; ils paraissent cependant petits, à cause de leur distance et de leur élévation; de même les saints, qui sont si élevés en perfection , paraissent petits par leur profonde humilité... 3° Les astres sont insensibles à tout, aux injures et aux louanges; les tempêtes, le tonnerre et la foudre ne peuvent les atteindre ; 1ls sont au-dessus de tout cela : ainsi sont les saints dans la région qu'ils habitent... 4° Les astres brillent, éclairent; de même les saints resplendissent de vertu, et sont une Jumière qui éclaire merveilleusement au milieu des ténèbres et des iniquités du monde, comme J, C., qui était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde : Erat lux vera quæ illuminat omnem hominem venientem ir hunc

Les saints comparés à l'aigle.

Les saints comparés à la lumière.

Les saints, comparés au ciel, sont euxmêmesuntiel,

mundum (Joann. 1. 9). J. C. brillait, éclairait de lui-même, étant la lumière incréée ; les saints brillent etéclairent par J. C., et en J.C.; recevant leur lumière de J. C., ils la reflètent, la renvoient sur les hommes... Comme Jean-Baptiste , les saints sont des lampes ardentes et brillantes : Æ'rat lucerna ardens et lucens (v. 33). Leur parole, comme saint Basile le dit de saint Grégoire de Nazianze, est le tonnerre, et leur vie produit l'éclair : Vox tonitru, et vita fulqur..… (Orat. de S. Greg.) 5° La lumière est très-pure; ainsi sont les saints... 60 La lumière est très-active , elle va comme la pensée ; ainsi les saints sont très-actifs aux œuvres de Dieu... 7° La lumière est ce qu’il y a de plus immatériel; les saints sont tout spirituels, rien de matériel en eux , parce qu’ils ne s'occupent jamais de ce qui est matière et néant, de ce qui est terrestre et passager; ils ne s’occupent que de ce qui est spirituel, de Dieu surtout, en tout et toujours... 8° Encore bien que le soleil et Les astres éclairent les cloaques, ils ne se souillent point pour cela; de même les saints, tout en conversant avec les pécheurs , se préservent de leurs souillures..…. 9° La lumière échauffe ; par le feu de l'amour de Dieu qui les consume, les saints échauffent les cœurs glacés... 10° Les astres cachent leur substance et leur étendue ; ils montrent seulement leur lumière et leur chaleur ; ainsi les saints cachent aux hommes leurs vertus, leur grâce et leur gloire; et plus ils se cachent, plus ils brillent et échauffent. Ils ne veulent pas être vus, afin que les hommes, apercevant les œuvres sans en voir les auteurs, rapportent tout à Dieu et le célèbrent lui seul... 11° Lorsque les astres sont cachés par les nuages, c’est alors qu’une pluie bienfaisante descend et féconde la terre; de mème, c’est lorsque les saints sont le plus calomniés, qu'ils font plus de bien mème à leurs ennemis...

Oui, Seigneur, dit la Sagesse, vos saints sont dans une grande lumière , ils sont eux-mêmes lumière : Sanctis tuis maxima lux (xvnI. 1).

Seigneur, dit le Prophète royal, nous verrons la lumière dans votre lumière : /n lumine tuo videbimus lumen (xxxv. 10), Dans les saints, quisont la lumière venant de Dieu, qui sont tout lumière, les hommes voient la lumière éternelle qui est Dieu...

Les saints sont un ciel!

Car 10 ils ont leur cœur et leur âme au ciel... ; 2 ils sont au ciel par la grâce de Dieu qui est en eux, et par toutes les vertus qui resplendissent en eux...; 3 ils sont au ciel, parce qu’ils sont le temple,

le trône, le tabernacle, la demeure de Dieu. Ce qui fait dire à saint Augustin : Dieu habite dans le ciel, et le ciel de Dieu, ce sont toutes les âmes justes et saintes : Habitat in cœlo Deus, et cœlum Dei sunt omnes anime justæ et sanctæ. Car, continue ce saint docteur, quoique: les apôtres fussent de corps sur la terre, ils étaient ciel, parce que Dieu, reposant en eux, allait par tout le monde, et que J. C. habitait en eux par la foi: Vam et apostoli, quamvis in terra essent carne , cœlum erant ; quia in illis Deus sedens per totum mundum ambulabat , et habitabat in eis Christus per fidem (In Psal. cxx11).

4° Les saints sont le ciel; ils répandent la pluie des grâces; ils tonnent contre les vices; ils sont des éclairs qui dissipent les ténèbres.... Par le ciel, dit saint Augustin, nous comprenons avec raison les saints de Dieu; Dieu, demeurant en eux, tonne par ses préceptes, brille par ses miracles, arrose la terre par la sagesse de la vérité. Car les cieux racontent la gloire de Dieu ; or les saints sont le ciel proclamant la gloire de Dieu; suspendus au-dessus de la terre, et portant Dieu en eux, ils tonnent dans la doctrine, et brillent comme des éclairs par leur grande sagesse (1).

bo Comme nous tenons notre corps de la terre , dit encore saint Augustin, et notre âme du ciel, nous sommes terre et ciel; et dans Vun et l’autre, c’est-à-dire dans le corps et l’âme, nous prions que la volonté de Dieu se fasse en la terre comme au ciel. Voustous, si vous le voulez, vous serez ciel : purifiez votre cœur en le détachant de la terre. Si vous n’avez pas les concupiscences terrestres, et que vous puissiez répondre avec vérité que vous avez le cœur élevé vers les cieux, vous serez ciel. Vous portez un corps terrestre, mais déjà vous êtes ciel par le cœur (2).

Go Les saints sont le terme et la fin de toutes choses; car Dieu a créé le monde pour les saints et les élus...

7° Les saints sont le ciel : au ciel du firmament, le soleil, la lune, les étoiles; de même dans l’âme du juste il y a le soleil de l’intelliligence ; la lune, c’est la foi; les astres, ce sont les vertus, dit saint

(1) Per cœlum non importune intelligimus sanctos Dei, in quibus manens Deus intonuit præceptis, coruscavit miraculis, inebriavit terram sapientia veritalis. Cœli enim enarrant gloriam Dei. Cœli sunt sancti narrantes gloriam Dei, a terra suspensi, Deum portantes, in præceptis tonantes, sapientia coruscantes (/n Psal. ct, serm. 11).

(2) Quia cum corpus e terra, et spiritum possideamus e cœlo, ipsi terra et cœlum sumus: et in utroque, id est, in corpore et spiritu, ut voluntas Dei fiat, oramus. Tu, si vis, cæœlum eris; purga de corde tuo terram : si terrenas concupiscentias non babueris, et non frustra responderis sursum te habere cor, cœlum eris; carnem portas, et corde jam cœlum es ( Lib. II contra Julian. ).

Bernard : /n cœlo ut sol, luna, astra; ita in anima justi, sol est intellectus, luna fides, astra virtutes. Etcomme les étoiles brillent pendant la nuit et se cachent le jour, ajoute saint Bernard, ainsi la vraie vertu, qui souvent ne se montre pas dans les prospérités , brille dans les adversités. La vertu est donc un astre, et l’homme vertueux un ciel. L'Eglise a ses cieux, ce sont les hommes qui resplendissent par leur vie et leurréputation , qui sont purifiés par la foi, affermis par l’espérance, grands par la charité, élevés par la contemplation; et fécondant la terre par une pluie salutaire de bénédictions et de grâces, ils tonnent par les avertissements et les menaces; ils brillent, ils éclairent par leurs prodiges (1).

80 Les saints sont appelés ciel, parce que par leurs mœurs célestes ils commencent leur béatitude céleste ; et ainsi ils commencent leur ciel... Ecoutez saint Chrysostome : Faisons, dit-il, de notre âme un ciel. 4e Le ciel est clair et radieux; il ne devient pas même sombre en hiver; car ce n’est pas lui qui change de face, maïs ce sont les nuages courant çà et 1à, qui le cachent : de même l’homme saint est calme, serein , imperturbable. 20 Le ciel a le soleil; nous avons, nous , le soleil de justice; et je vois qu’il nous est permis de devénir méilleurs que le ciel. De quelle manière ? lorsque nous possédons le maître du ciel. 3° Le ciel est élevé, il est à une grande distance de la terré : faisons de même, séparons-nous de la terre , et élevonsnous vers Dieu. 4e Le ciel parait s’assombrir et s’attrister, mais en réalité il n’éprouve aucun détriment; de même nous, nous pouvons paraître souffrir; cependant la joie et la sérénité dominent chez nous toutes les souffrances, si nous nous tenons élevés avec Paul et les saints qui, plus hauts que le ciel, sont parvenus jusque vers le Seigneur. Qui nous séparera de la charité du Christ, dit ce grand apotre? la tribulation, ou l’angoisse, ou la faim, où la nudité, ou le péril, ou la persécution, ou le glaive? Mais nous sommes supérieurs à tout cela par la vertu de celui qui nous a aimés. Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la force, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature, ne

(1) Sicutstellæ in nocte lucent,in die latent; sic vera virtus, qu& sæpe in prosperis non apparet, eminet in adversis. Ergo virtus est sidus, et homo virtutum, cœlum. Habet Ecclesia cœlos suos, homines spirituales, vita et opinione conspicuos, fide puros, spe firmos, latos carilate, contemplatione suspensos. Et hi plucntes pluviam verbi salutarem, tonant increpationibus, coruscant miraculis (Serm. xxvit in Cant.).

SAINTS (LES). 31 pourra nous séparer de l'amour de Dieu , qui est en J. C. Notre-Seigneur (om. vur. 35-39. — Æomil, xv1 in Epist. ad Hebrcæos ).

Ecoutez maintenant saint Augustin : Le ciel est ma demeure. Qui sont les cieux, sinon les saints? Dieu habite en eux; là il est assis comme sur son trône; et c’est de là qu'il juge. De même que le pécheur , à qui il a été dit : Tu es terre, et tu retourneras en terre, s’est fait terre en effet; ainsi les saints sont devenus ciel (1).

Lzs saints sont forts, dit saint Grégoire; ils-domptent la chair , ils brillent par les vertus, ils fortifient leur âme , ils foulent aux pieds les choses terrestres , ils désirent les choses célestes : on peut les mettre à mort, mais non les vaincre : jamais ils ne soutiendront la fausseté par crainte; jamais les menaces et Les tortures ne les empécheront de soutenir et de défendre la vérité (2). Voilà de la force , de l’énergie, de l’héroïsme!.…

L’incrédule, Pimpie agit-il ainsi? a-t-il un semblable courage ? Hélas! tout est lâcheté chez lui, parce qu’il est seul, parce que Dieu et toute véritable vertu sont loin de lui...

Qui a jamais eu plus d'énergie, de force, d’héroïsme que Moïse , Josué, Joseph, les prophètes, Judas Machabée, les sept frères Machabées, Eléazar, Judith, Les trois enfants dans la fournaise, Job, Tobie, Daniel, Jean-Baptiste? Qui montra jamais la force, le zèle, l’héroïsme des apôtres, qui ne craignent ni peines, ni travaux, ni injures, ni menaces , ni combats , ni coups, ni chaines, ni prison, ni feu, ni glaive, ni croix, ni mort ? Ces apôtres, seuls, sans armes, sans argent, sans appui, sans soldats, sont plus forts que l’univers entier. Cär l’univers païen s'élève contre eux comme un seul homme , et ils voient le monde entier tomber à leurs pieds; le monde entier est vaincu , ils sont victorieux de tout et partout; et pas une goutte de sang n’est versée par eux pour obtenir tant et de si grands triomphes ! ces douze agneaux terrassent des millions de tigres et de lions. Voilà la force, la puissance, l’énergie des saints!

Qui montra jamais plus d’héroïsme que les martyrs? Ni les

(1) Cœlum mihi sedes est. Qui sunt cœli, uisi justi ? In ipsis sédet Deus, et de ipsis judicat Deus. Quomodo peccator factus est terra, cui diclum est: Terra és et in terram ibis; sic justificati facti sunt cœlum (In Psal. cxxu).

(2) Fortes facti sunt sancti; carnem domant, virtutibus coruscant, spiritum roborant, terrena despiciunt, cœlestia appetunt ; occidi possunt, flecti autem nequeunt ; néc sustinere falsa per infirmitatem metuunt; nec lési unquam a veritate conticescunt (Lib, V Moral.).

Force et héroisme des saints.

Les saints seuls sont riches,

menaces , mi le fer, ni les flammes, ni les bêtes féroces ne les font trembler; ils ne pâlissent même pas. Une Agnès âgée de treize ans, une Cécile, une Félicité, une Perpétue, etc., sont plus fortes que tous leurs juges iniques, que tous leurs tyrans, que tous leurs bourreaux... Voilà la force, le courage et l’héroïsme des saints !..

Qui a élevé ces temples magnifiques à la gloire du Très-Haut? des saints... Qui a élevé ces grands monuments de charité, d’humanité, destinés à recevoir ce que le monde méprise et rebute, à recevoir l’indigence, les infirmes, Les vieillards? des saints... Qui, dans un temps de famine et de peste, est resté là pour soulager les pestiférés, pour donner du pain à ceux qui avaient faim? des saints... Qui sont ceux qui franchissent les mers, et s’en vont dans les contrées inconnues, sans autre espoir que d’arracher à la barbarie et à l’enfer des hordes sauvages , des peuples d’anthropophages, s’exposant à mille dangers, à mille privations, à mille souffrances et à mille morts? des saints... Chez qui trouve-t-on la pureté, les bonnes mœurs, la sagesse, la charité? dans les saints... Dans toutes ces sublimes œuvres de dévouement héroïque, de charité sans bornes, trouvez-vous un seul incrédule, un seul philosophe rationaliste, mondain, un seul impie? jamais! De tels hommes ne paraissent que pour renverser, détruire les œuvres de la charité et de la miséricorde...

Cœcvi-La est riche qui ne désire rien, dit saint Augustin; or les saints seuls ne désirent rien de tout ce qui est sur la terre... (De Cœlesti vita. ) Ils ne désirent qu’une chose, et ils la possèdent, c’est Dieu... Quand on possède Dieu, que manque-t-il? n’a-t-on pas toutes les richesses désirables?... Oh! que l’or est pâle à côté de Dieu! Aussi les saints méprisent l'or et l’argent, et tous les biens de ce monde, comme de la boue, à l'exemple de leur divin maitre, qui n’a voulu de toutes les richesses du monde qu’une crèche et une croix. Avec tout l'or de l'univers, J. C. n’aurait pas racheté une seule âme; avec sa croix il sauve le monde entier. Voilà pourquoi les saints ont toujours regardé la croix comme le plus précieux trésor, et s’y sont constamment attachés... Disons avec sainte Térèse : Advienne ce que pourra, tenir la croix bien serrée, c’est là la grande affaire (Zn ejus vita).

On peut tout enlever aux saints, mais on ne peut pas leur enlever Dieu; et quand on a Dieu, on est assez riche, on peut se passer de tout le reste, Et sans Dieu, eüt-on le monde entier, on n’aurait rien.

Les élus dans le ciel sont infiniment riches et heureux; et ils n’ont que Dieu pour partage...

Et comment les saints ne seraient-ils pas riches? Ils ont la paix, la tranquillité de la conscience, l’innocence, la sérénité et la candeur de l’âme, la vertu, la grâce, le sang de J. C; ils sont le temple de Dieu, son tabernacle, ses membres, ses héritiers , ses cohéritiers ; le Saint- Esprit habite en eux avec tous ses dons, tous ses fruits; ils ont lé ciel, ils ont Dieu!... Que peuvent-ils désirer, demander de plus ?.. Celui qui manque de toutes ces vraies richesses, eût-il tout le reste, peut-on l’appeler riche ?.. Les seuls et vrais riches sont les saints. ; les seuls et véritables pauvres sont les pécheurs, et surtout les pécheurs d'habitude, les pécheurs obstinés dans leurs iniquités..…..

A la mort, au jugement de Dieu, pendant l'éternité, on reconnaîtra toutes ces vérités; ce sera trop tard pour l’impie qui s’aveugle maintenant...

Le méchant même est forcé de respecter les saints, de leur rendre hommage. Les saints ont cela de particulier qu’ils forcent les incrédules mêmes de croire à la vertu. Leur nom et leur mémoire est en vénération d’âge en âge, devant Dieu et devant les hommes; leur mémoire est éternelle...

Les noms de Noé, d'Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse, de * Josué, de tous les patriarches, de tous les prophètes sont en vénération de siècle en siècle ; les noms des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges, des saints docteurs, des saints de tous les temps et de tous les lieux, sont prononcés avec respect par toutes les bouches et sont dans tous les cœurs...

L’Ecriture dit de Tobie et de sa famille : Tous ses alliés et tousses enfants persévérèrent avec tant de fidélité dans la bonne vie et dans une conduite sainte, qu’ils furent aimés de Dieu et des hommes, et de tous ceux qui habitaient cette terre (1).

Voyez les tombeaux des saints... Voyez les temples, les monuments, les autels élevés en leur honneur...

Chaque paroisse a son patron; on l'invoque, on le prie, on l’honore, on se prosterne devant ses reliques; on établit de grandes fètes à sa gloire. Quelque corrompu que soit le monde, il n’a pas

(1) Omnis autem cognatio ejus, ct omnis generatio ejus, in bona vita, et in sanca conversatione permansit; ita ut accepti essent tam Deo quam hominibus, et cunctis habitantibus in terra (Tob. x1v. 17).

Ivy. 23

Corübienles saints sont honorés.

Avantages et récompenses des saints.

encore eu la pensée de prendre pour patron un Caïn, un Antiochus, un Judas, un Néron, etc...

Que Dieu est admirable dans ses saints! s’écrie le Prophète royal : Mirabilis Deus in sanctis suis (LXVIr. 37).

Je vis sous l'autel, dit saint Jean dans l’Apocalypse, les âmes de ceux qui ont donné leur vie à cause de la parole de Dieu, et à cause du témoignage qu'ils avaient rendu. Et des robes blanches furent données à chacun d’eux; et il leur fut dit de reposer (1).

La mémoire d’un incrédule, d’un méchant, d’un impie, n'est pas en vénération ; on l’a en horreur, et c’est justice ; Dieu rend à chacun selon ses œuvres...

La mémoire du juste, disent les Proverbes, est un parfum qui s’exhale dans l’avenir ; mais le nom de l’impie répandra l'infection : Memoria justi cum laudibus : et nomen impiorum putrescet (x: 1). Comme une tempête qui a passé, limpie n’est plus; mais Le juste est pour jamais comme une pierre fondamentale : Quasi tempestas transiens non erit imprius : justus autem quasi fundamentum sempiternum (Prov. x. 25). Le juste est pour toujours à l’abri de toute commotion; et les impies ne posséderont pas la terre : Justus èn œternum non commovebitur; impü autem non habitabunt super terram (Prov. x. 30).

Îci-pas, pour les saints, les avantages de la grâce, de la vertu, des bonnes œuvres, des mérites, de la paix, de la joie intérieure, d’une bonne vie, d’une sainte mort...

Voici ensuite les récompenses de l'éternité : Ecoutez ce qu’en dit le grand Apôtre : Ce que l’œil n’a point vu, ce que l'oreille n’a point entendu , ce qui n’est point monté dans le cœur de l’homme, Dieu l'a préparé pour ceux qui laiment : Quod oculus non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit, que prœæparavit Deus is qui diligunt jllum (1. Cor, 11. 9).

Voir Dieu face à face, tel qu’il est, le connaître, l’aimer, le possétler à jamais, sans crainte de le perdre; c’est chose inexprimable.….

Ecoutez saint Cyprien : Comme une goutte d’eau mêlée à une grande quantité de vin, se perd entièrement , et prend le goût et la couleur du vin; comme le fer perd au feu son premier aspect, et

(1) Vidi subtus altare animas interfectorum propter verbum Dei, et propter testi-

imonium quod habebant, Et datæ sunt illis singulæ stolæ albæ; et dictum est illis ut requiescerent ( vr. 9-11 ).

SAINTS (LES). 355 devient tout à fait semblable au feu; comme l'air pénétré par les rayons du soleil se transforme en la mème clarté; comme le miroir qui reçoit les rayons du soleil devient un autre soleil; ainsi les saints, pénétrés totalement et intimement cle l’amour de Dieu, revêtus de Dieu, déifiés, sont transformés en la ressemblance de Dieu (1).

Je vis, dit saint Jean dans l'Apocalypse, une grande multitude, que nul ne pouvait compter, de toutes nations , tribus, peuples et langues, debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ayant des palmes en leurs mains. Et ils disaient à haute voix : Salut à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l'Agneau. Et tous les anges se tenaient debout autour du trône ; et ils tombèrent la face devant le trône, et ils adorèrent Dieu, disant : Amen. Bénédiction, gloire , sagesse, actions de ‘grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, dans les siècles des siècles. Amen. — Ceux-ci, qui sont vêtus de robes blanches, qui sont-ils? et d’où sont-ils venus? Ce sont ceux qui sont venus de la grande tribulation, et ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. Aussi ils sont devant le trône de Dieu , et le servent jour et nuit dans son temple; et celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente. Ils n’auront plus ni faim ni soif; le soleil, ni aucune ardeur

-ne les frappera; parce que l’Agneau, qui est au milieu du trône, sera leur pasteur, et les conduira aux sources vivantes des eaux; et Dieu essuiera toute Jarme de leurs yeux (vir. 9-17).

Quelle gloire et quel bonheur attendent les saints à la résurrection ! Elle ne sera glorieuse que pour eux. Eux seuls ressusciteront glorieux ettriomphants. Leurs corps, qui avaient eu part à leurs traz vaux ; à leurs mérites, doivent aussi avoir part à leur récompense: Dieu rend à chacun selon ses œuvres...

Lzs saints regardent d’un œil de mépris tout ce que le monde estime le plus, dit saint Grégoire. Ne s’occupant que de leur intérieur, ils fixent leurs regards sur autre chose que sur le monde et ses biens; tout ce qu'ils souffrent en cette vie, ils le regardent comme étant loin

(1) Sicut modica aquæ gutta multo vino infusa a se tota deficit vinique saporem et colorem induit : ferrum candens pristina propriaque forma exuitur , et igni simillimum efficitur : solis radio acer perfusus in eamdem transformatur luminis claritatem : speculum radiis solaribus directe irradiatum, solis in se recipit similitudinem, idque putares alterum esse ‘solém? ifa étiam sancti ét beati, Dei caritate in intimis sui- totaliter penetrantur} sicque deiformes effecti, in Dei similitudinem transfor= mantur (De Singular, clericor.).

Comment les saints arrivent-ils à cet heureux état, et que font-ils pour cela ?

d'eux, comme leur étant étranger, et ne les atteignant pas. Travaillant constamment à détacher leur âme de leur corps, ils en viennent à ignorer à peu près ce qu'ils souffrent corporellement. Ce qu'il ÿ a de plus grand dans le siècle, ils le voient comme un néant; car, placés au sommet de la haute montagne de la sainteté, ils voient les objets terrestres comme infimes et petits. Ils ne font aucun cas des joies de la vie présente, et se surpassant eux-mêmes par leur élévation epirituelle , ils soumettent en eux tout ce qui est sujet de trouble et d’agitation pour les hommes charnels. ils sont au-dessus des menaces lorsqu'il faut défendre la vérité; et ce qui chercherait en eux à s'élever par orgueil, ils le contiennent, ils labaissent par l’autorité de l'esprit (Lib. XXXI Moral., c. xx). Cest ainsi que saint Grégoire décrit le chemin des saints...

Voici maintenant saint Ambroise qui parle : Qu’y a-t-il d'étonnant que celui dont l’âme est toujours dans le ciel, mérite et reçoive tant de secours du ciel? Sa vie, comme celle de l’Apôtre, est celle de la cité des cieux : Nostra conversatio in cœlis est (ur. 20). Et puisque la vie des justes est celle de la cité des cieux, les anges sont toujours avec eux; étant eux-mêmes des anges, vivant de la vie des anges, ils méritent la société des anges. Il existe donc, parmi ceux qui vivent saintement , une relation intime, une société , une union telle avec le ciel, qu'il leur importe peu d’être au ciel ou sur la terre; qu'ils soient anges comme anges ou comme hommes, qu'importe, puis: qu'il y a en eux la mème vie, la mème sainteté ? Car le commerce, les entretiens, l’union à laquelle font obstacle les éléments et les corps, ne les empêche pas d’être unis par les mêmes pensées, les mêmes sentiments, les mêmes actes. Et ainsi il arrive que les saints, unis ensemble avec les anges, ne se séparent pas : les anges descendent à eux, ils montent eux-mêmes vers les anges; c’est une vie de communauté entre eux : tout est commun... Voilà la vie des saints (Lib. Il Offc., c. nr).

Les saints ne se réjouissent et ne se glorifient que dans les richesses de la vertu, dit saint Thomas; et la vertu se trouve principalement on trois choses : 1° dans les épreuves et Les tribulations ; 2e dans la conversion des pécheurs; 3° dans la pureté de la conscience. Ils se glorifient dans l’amour de Dieu, dans la connaissance de Dieu , dans limitation de Dieu (1).

-(1) Sancti non gaudent, nec gloriantur, nisi in bono virtutis, müxime triplici : Scilicet, 1° in tribulationum passione ; 2 in proximorum conversione; 3° in conscienti®

Les saints méritent pour eux-mêmes et pour le monde en suivant J. G., 4° par la pureté de leurs actes... ; ® par l'intention du cœur...; 3° par l’observance des commandements..….; 4° par la réception de la gloire, selon ces paroles de l'Ecclésiastique : Il y a une grande gloire à suivre le Seigneur : Gloria magna est sequi Dominum (XX, 38). Cest encore saint Thomas qui parle ainsi ({/{ supra).

L'homme saint règle son intérieur, il veille sur son extérieur SH s’abstient de toute chose mauvaise : il aime les entretiens bons et utiles ; il ne se livre pas à des rires immodérés; il ne crie pas, il n'élève jamais la voix. 11 marche avec modestie ; il ne cherche point par curiosité à s’informer des actions d’autrui : il recoit les avis, les observations, avec un visage serein et joyeux ; il pardonne facilement les erreurs des autres; il est humble, doux, bon, charitable ; il compatit de toutes ses entrailles aux misères des autres; les louanges ne l’enorgueillissent pas; au reste, il les fuit; la médisance, la calomnie ne l’abattent pas, ne le rendent pas triste; il répond avec facilité, bienveillance et douceur à celui qui l'interroge; il cède volontiers dans la discussion ; il ne montre jamais de l’entôtement et une opiniâtre ténacité; il écoute les autres avec patience ; il s’applique en tout à édifier et à faire marcher les autres dans le chemin des vertus ; il parle peu, et toujours avec gravité, avec prudence.

‘Il est sobre dans Ja nourriture, sobre surtout dans le boire; il est réglé dans expression de son visage, dans son maintien et dans ses paroles ; il haït le mensonge, les fables et les bagatelles ; il est l’enfant docile de la vérité; il est modeste et simple dans ses regards; il brille de pureté, de candeur, de simplicité. IL est prompt dans l’obéissance , parfait dans la patience , assidu à la prière, ferme dans la foi, actif dans les bonnes œuvres, rigide dans l’abstinence , exemplaire dans ses mœurs , agréable dans la conversation , affable dans ses paroles, libéral dans ses dons ; il a confiance en ses amis, il est bon pour ses ennemis ; il est résigné à la volonté de Dieu ; il est mort à lui-même; il est crucifié au monde, il se fait tout à tous, comme le grand Apôtre, pour Les gagner tous à J. C., pour les sauver tous; il imite cet admirable apôtre qui disait : Lorsque j'étais libre à l'égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, pour en gagner un plus grand nombre. Je me suis fait comme Juif avec les Juifs, pour gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme si j'eusse

puritate. Gloriantur in divina dilectione , in divina cognitione , in divina imitatione (4, p. q. art. 8).

Avantages de fréquenter les saints, d’être avec eux.

été sous la loi, pour gagner ceux qui étaient sous la loi; avec ceux qui étaient sans loi, comme si j’eusse été sans loi, quoique je ne fusse pas sans la loi de Dieu , mais que je fusse sous la loi du Ghrist, afin de gagner ceux qui étaient sans loi. J’ai été faible avec les faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous , pour les sauver tous : Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos (F. Cor. 1x. 19-29). L'homme juste et saint est plein de zèle pour l’honneur, le culte et la gloire de Dieu, et pour le salut des âmes...

Les saints méprisent les avantages du siècle, dit saint Grégoire, attendu qu’ils sont au-dessus des adversités par leur grandeur d’âme, par l'élévation de leur esprit; foulant aux pieds les biens et les maux du monde, ils disent : Les ténèbres et la lumière du monde ne sont qu’une même chose (c’est-à-dire néant) : Sicut tenebræ ejus, tta et lumen ejus (Psal. exxxvirr. 12). Ils ne sont étonnés, frappés, terrassés, abattus de rien ; ni menaces, ni caresses, ni promesses ne les peuvent corrompre. Les saints savent très-bien qu’ils ne peuvent trouver et goûter le véritable repos en cette vie; c’est pourquoi ils s’attachent au ciel, et abandonnant la foule des désirs terrestres, ils s'efforcent sans cesse d'élever leur âme (Lib. V Moral ).

Le même saint docteur enseigne que les saints sont changeants par la fragilité de la nature, comme les autres hommes, mais qu'ils s’ap pliquent sans cesse à s'attacher à l’immuable vérité; en s’y attachant, ils travaillent à être immuables. Le Seigneur, dit-il, aide ses saints en venant à eux , il les éprouve en s’éloignant ; il les fortifie par ses dons, il les éprouve par les tribulations : Sanctos suos Dominus veniendo adjuvat, derelinquendo probat; donis firmat, tribulationibus tentat (Lib. XXVI Moral., ce. xx1).

Les saints ne se réjouissent pas de dominer les autres, mais de leur être utiles. Les saints écoutent les divins secrets; et plus ils avancent dans la perfection, plus ils se méprisent eux-mêmes ; ils se regardent comme n'étant rien, n'étant que néant...

Voilà comment on arrive à la sainteté, ce qu’on fait dans la sainteté, comment on persévère dans la sainteté, comment on amasse de riches et nombreux mérites, comment on vit en saint, comment on meurt en saint, comment l’on gagne et l’on s'assure une couronne immense de gloire pour l'éternité,

Vous serez saint avec les saints, dit le Psalmiste; vous deviendrez innocent avec les innocents: Cum sancto sanctus eris, el cum viro innocente innocens eris (XVII. 26).

Rien de plus avantageux , de plus précieux que la compagnie des âmes vertueuses, chastes et saintes. ….

La bienheureuse et immaculée vierge Marie, devenue mère de Dieu par l'opération miraculeuse du Saint-Esprit, alla voir sa cousine Elisabeth qui portait Jean-Baptiste dans son sein; en entrant dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth. Et lorsque Elisabeth entendit la salutation de Marie, il arriva, dit l'Evangile, que son enfant tressaillit dans son sein, et qu'Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit : Æt factum est ut audivit salutationem Mariæ Elisabeth, exsultavit infans in utero ejus , et repleta est Spiritu Sancto Elisabeth (Luce. 1. 40. M), Par le tressaillement de Jean, Elisabeth connut que Marie avait conçu le Verbe éternel. Ce tressaillement de Jean fut surnaturel, ainsi que l’usage de la raison qu’il recut alors. C’est par un prodige de grâce qu’Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit, et toutes ces merveilles s’opérèrent par un grand miracle du Verbe présent. Apprenez de là combien la visite, le salut, les entretiens et les prières des saints sont eflicaces..….

Les âmes justes, dit saint Grégoire, étant remplies de charité, brülantes d'amour, en parlant avec elles, en les voyant souvent, on se sent le cœur embraséet porté soudain à aimer Dieu. Ge sont des séraphins, etla société des séraphinsfait desanges (Lib.XXT Moral.,c. xv).

L'auteur de l’Zmitation de J. C. dit : Toutes les fois que j’ai été avec les hommes du siècle, j’en suis revenu moins homme : Quofies inter hominis fui, minor homo redii. On peut et l’on doit dire le contraire de la société des saints : plus on les fréquente et plus on demeure avec eux, plus on devient homme vertueux, sage, pur et parfait... Combien donc ceux qui ont le bonheur de s’approcher souvent et dignement de la table sainte, sont riches et heureux! Car si la société des saints élève déjà tant l’âme et la rend meilleure, combien de merveilles infiniment plus grandes encore opèrent la société et la réception de J. C., le Saint des saints ! Cest alors que l’âme tressaille d’allégresse comme Jean-Baptiste. .….

S'il est rare et difficile de trouver un saint sur la terre avec qui l’on puisse converser et vivre, on peut toujours et partout trouver J. C., Marie, les saints anges, les saints qui sont dans le ciel, leur parler, les consulter, leur demander ce dont on a besoin, habiter avec eux, vivre avec eux...

Éravr placés sous les regards d’une si grande nuée de témoins , dit le grand Apôtre, déchargeons-nous «le tout poids et du péché qui

IL faut imiler les saints.

nous circonvient , et par la patience parcouronsla carrière ouverte devant nous : /deoque et nos tantam habentes impositam nubem testium, deponentes omne pondus, et cireumstans nos peccatum, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen (Hebr. xir. 4 ).

Que celui qui veut devenir saint, lise la vie des saints, qu’il voie et médite leurs exemples : ce sont autant d’astres éclatants et brülants qui éclairent et embrasent les cœurs... Il n’y a pas de lecture meilleure pour nous porter à la vertu, que la lecture de la vie des saints. Cette vie est un arsenal où l’on trouve toutes les armes pour vaincre et abattre tous les ennemis du salut : c’est une pharmacie spirituelle où l’on trouve tous les remèdes pour guérir toutes les maladies de Pâme.s..

Au reste, il n’y a qu’un chemin pour aller au ciel : c’est celui que prennent les saints... Prétendre arriver au ciel en tenant une autre voie, et une voie qui mène nécessairement à l’enfer, c’est de tous les aveuglements le plus déplorable et le plus profond. Vouloir partager la gloire des saints, sans vouloir partager leur vie, leurs vertus, c’est vouloir l’impossible; c’est vouloir que Dieu ne soit pas Dieu, puisque alors on voudrait qu'il ne fût pas juste, et qu’il récompensât le mal...

HERCHEZ premièrement le règne de Dieu et sa justice, dit

J, G. : Queærite primum regnum Dei et justitiam ejus (Matth.

Vi. 33). Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il

perd son âme? Et qu'est-ce que l’homme donnera en échange de

son âme? dit encore J. G.: Quid prodest homini , si mundum univer-

sum lucretur, animcæ vero sucæ detrimentum patiatur ? Auf quam dabit homo commutationem pro anima sua ? (Matth. xvr. 26.)

Marthe, dit l'Evangile, s’occupait avec empressement de toute sorte de soins; et s’arrêtant devant Jésus, elle lui dit ;: Seigneur, ne voyez-vous point que ma sœur me laisse tout faire seule? Dites-lui done qu'elle m’aide. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous troublez de beaucoup de choses, Or, une seule chose est nécessaire (le salut) : Martha, Martha, sollicita es, et turbaris erga plurima. Porro unum est necessarium (Luc. x. 40-49). Une seule chose est nécessaire, c’est le salut...; une seule chose est nécessaire , c’est d’aller au ciel... :

J'ai demandé une grâce au Seigneur, dit le Roi-Prophète, et je la lui demanderai encore, c’est d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie: Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitæ meæ (xxv1. 4).

Sauvez votre âme, dirent les anges à Lot; ne regardez point derrière vous, et ne vous arrêtez point dans toute cette contrée; mais sauvez-vous en la montagne, de peur que vous ne périssiez avec les autres. Hâtez-vous, sauvez-vous : Salva animum tuam : noli respicere post terqum , nec stes in omni circa regione; sed in monte salvum te fac, ne et tu simul pereas, Festina, et salvare ibi (Gen. x1x. 17-22).

Perdez tout le reste, mais gardez votre âme, dit le poëte :

Omnia si perdas, animam servare memento.

Sur ces paroles de J, C. : Que sert à l’homme de gagner le monde

entier, s’il perd son âme? saint Chrysostome dit : Vous n’avez pas une autre âme que vous puissiez donner pour votre âme. Celui qui perd son argent peut le recouvrer; de même celui qui perd ses

Nécessité de travailler à son salut.

Excellence du salut,

bâtiments, ses serviteurs, et autres choses semblables, peutse dédommager; mais si vous perdez votre âme, vous ne pourrez jamais rien donner qui puisse tenir lieu de cette perte : fussiez-vous roi de l'univers, quand vous offririez tout ce qui est dans le monde, et le monde entier avec tous ses trésors, vous ne pourriez acheter une seule âme. Mettant de côté tout le reste, faites servir au salut de votre âme tous vos soins, toute votre application, toutes vos actions, Ne vous occupez pas d'autre chose; dans cette affaire si importante, la seule importante, ne vous oubliez pas comme font tant d’autres, qui amassent des richesses , non pour eux, mais pour des étrangers, pour les vers ( Æomil. Lvi in Matth).

Il faut sauver son âme; si on la sauve , tout est gagné pour l’éternité..... Il ne faut pas la perdre, car si on la perd , tout est perdu pour l'éternité...

Il faut sauver votre âme ; car vous n’en avez qu’une... Il faut travailler à la sauver ; personne ne peut la sauver que vous-même ; c’est une affaire personnelle... Il faut vous empresser de la sauver; vous n'avez que le temps présent pour cela...

SAINT Augustin assure que la conversion des nations par les apôtres est une chose plus grande, plus excellente, que la création du monde ; car l’univers passera, mais le salut, une fois opéré, ne passera pas (Zib. de Civit.).

Bien plus, le salut d’une seule âme, de l’âme du dernier , du plus pauvre des hommes, vaut mieux que la création du ciel et de la terre.

Saint Ghrysostome enseigne que travailler au salut du prochain est une chose préférable à la gloire du martyre (Æomil. de habenda cura salutis proximi).

Rien ne peut être comparé au prix de l’âme, dit encore saint Chrysostome, pas même le monde entier. C'est pourquoi, quand vous donneriez aux pauvres d'immenses aumônes , vous auriez fait peu de chose en comparaison de celui qui convertit une seule âme (1).

Saint François d’Assise disait de l’âme : Elle est céleste, qu’elle aille au ciel; faite pour le ciel, qu’elle s’en rende digne (S. Bonawv., in ejus vita).

(1) Nullius rei pretium est cum anima conferendum , ne totus quidem mundus. Quare etiamsi divitias innumeras dederis pauperibus , nihil tale efficies , quale is qui convertit animam (Homuil. ut èn I ad Cor.).

On comprend l'excellence du salut, 1 par le prix de l’âme...; 2° par l’exemple de J. C., qui est venu chercher les âmes, les instruire, souffrir et mourir pour elles... 3° Sauver les âmes , c’est l’œuvre des anges, c’est l'œuvre de Dieu même... 40 On voit l’excellence du salut par les exemples des apôtres et de tous les saints... Par l’exemple des saints missionnaires, qui quittent leurs parents, leur fortune , leurs amis, leur patrie , et s’en vont, comme saint François Xavier, dans des contrées inconnues et lointaines, s’exposer à toutes les privations, à tous les dangers , à mille persécutions et mille morts, pour sauver des âmes... 5o C’est dans cette œuvre que consiste la perfection de la charité et de la vertu... 6° L’excellence du salut est prouvée par ces milliers de martyrs qui ont enduré toute espèce de tourments et la mort la plus cruelle pour sauver leur âme... Elle est prouvée par ces milliers de religieux, ces milliers de vierges qui, dans tous Les temps et dans tous les lieux, ont renoncé au monde , à là fortune, aux plaisirs, à leur corps , à leur jeunesse pour sauver leur âme... 7e Elle est prouvée par la récompense promise à ceux qui travaillent à leur salut et au salut des autres...

Si c’est une action très-méritoire, dit saint Grégoire, de sauver un homme de la mort temporelle, qui cependant arrivera, de quel mérite n’est pas l’œuvre de sauver une âme de la mort éternelle, et de l’envoyer au ciel pour jouir de la wie éternelle ? (1)

Excellence du salut, si l’on considère , 4° l’origine de l’âme.

Dieu crée le ciel et la terre d’un seul mot: /n principio creavit Deus cœlum eë terram (Gen. 1. 1). Que la lumière soit, et la lumière fut : Fiat lux, et facta est lux (Gen. 1. 3). Il semble que Dieu se joue en créant les étoiles, en les plaçant dans le vaste firmament : Fecit et stellas (Gen, 1. 16). Que le firmament paraisse, et le firmament parait dans toute sa splendeur : Fiat firmamentum ; et factum est ita (Gen. vr. 6. 7). I] commande à la terre de se séparer des eaux, de produire toute espèce de fruits , elle obéit (Gen. r. 9-11 ). I dit à la mer de respecter ses digues ; tout est accompli. 11 dit aux animaux d’être les serviteurs de l’homme ; il en est ainsi... Cet ordre admirable qui règne dans toute la nature, cette merveilleuse fécondité de la terre, de la mer, des arbres, des animaux, des hommes , qui date de

(1) Si enim magnæ mercedis est, a morte eripere carnem quandoque morituram, quanti meriti erit, a morte animam liberare , in cœlesti patria sine fine victuram ! (Lib. XIX Moral., c. vi.)

la création, qui ira jusqu’à la fin des siècles , n’a coûté qu’un mot à Dieu : Dixit, et facta sunt (Psal. xxx, 9).

À ce vaste univers il faut un roi; il y a un roi dans le ciel, il en faut un sur la terre; il y a un roi dans l'éternité, il en faut un dans le temps. Ce roi, qui existe de toute éternité dans la pensée de Dieu, ya paraître. Mais comme c’est le chef-d'œuvre du Tout-Puissant, la sainte Trinité entre comme en conseil et délibère,.…. Que vont décider le Père, le Fils et le Saint-Esprit? Ecoutez : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram (Gen. 1. 26). La sainte Trinité met dans ce roi un esprit de vie qui en fait l’image de Dieu : /nspiravit in faciem gjus spiraculum vitæ (Gen. 11. 7).

Le soleil, qui est si brillant , n’est pas créé à l’image de Dieu... La lune, les étoiles, la terre, l'Océan, etc., ne sont pas créés à l’image de Dieu. L'âme seule est faite à l’image et à la ressemblance de Dieu : F'aciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram. Le corps n’est pas non plus fait à l’image de Dieu , car Dieu n’a pas de corps, il est tout esprit... L’âme seule est ainsi créée... Donc il faut sauver cette âme...

20 Nous comprenons l’excellence de l’âme et la nécessité de la sauver, en voyant ses merveilleuses qualités : sa mémoire.…., son intelligence.…, sa volonté...; trinité en nous, et unité...

Le soleil, les astres , l'Océan, la terre, les éléments, n’ont ni intelligence, ni mémoire, ni volonté. Donc l’âme est infiniment plus précieuse que tout l’univers..….

L'excellence de l’âme paraît dans sa spiritualité, son agilité, son immensité.….

L’excellence de l’âme paraît encore dans la royauté qui lui appartient de droit : tout dans l'univers doit lui être soumis, lui payer le tribut de l’obéissance.…

Voyez encore l’excellence de l’âme, lorsqu'elle anime le corps... Dès qu’elle vient à s’en séparer, hélas! que devient ce corps?.…, Donc il ne faut pas laisser perdre cette âme...

39 Nous comprenons la grandeur de notre âme, son excellence et la nécessité de la sauver, si nous considérons quel est son vêtement. Le vêtement du corps est pauvre, humiliant, étranger; il est emprunté aux productions de la terre et aux dépouilles des animaux; vêtement qui marquera toujours la chute, la flétrissure de l’homme en Adam... L'homme , en tombant, s’est mis au rang de la bête; par une juste vengeance du ciel, il sera forcé de se revêtir de la

dépouille de là bête... Mais pour l’âme, il lui faut un Dieu pour vêtement; autrement, elle serait nue. Qui que vous soyez, dit le grand Apôtre, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez été revêtus du Christ : Quicumque in Christo baptizati estis, Christum induistis (Gal. 71. 27). Revètez-vous du Seigneur J. C., dit-il ailleurs : Induimini Dominum Jesum Christum (Rom. xim. 14). Voilà le vêtement de l’âme. Que ce vêtement est beau, riche, précieux ! Comme il prouve l'excellence de l’âme! Quel crime si l’on déchirait le vêtement divin! si l’on s’en dépouillait pour se revêtir du démon! C’est ce qui arriverait infailliblement si le salut était négligé, oublié...

4° Voyez encore la grandeur, l'excellence de l’âme, par conséquent la nécessité de la sauver, dans la noblesse de son origine et de ses alliances.

Combien sont contents et fiers ceux qui, nés d’un sang noble et pur, voient dans leurs aïeux une longue chaîne qui va se perdre dans la nuit des siècles, et dont chaque anneau compte un homme éminent dans l’armée, dans la magistrature ou dans l'Eglise, etc. Or, qu'est cette parenté selon le monde, comparée à celle de notre âme? Voyez-vous ce mendiant à votre porte, couvert de haillons? qu’il est noble, qu’il est grand! Son père, c’est Dieu! Tous les jours, à tout instant, il peut porter ses regards vers le ciel, et dire: Notre père qui êtes aux cieux! Le ciel est ma patrie, mon royaume ; le roi de l'éternité est mon père : je suis donc fils de roi, roi moimème , et roi pour l'éternité!

Notre âme a Dieu le Père pour père, Dieu le Fils pour frère, Dieu le Saint-Esprit pour époux! Notre âme a Marie pour mère : E’cce mater tua (Joann. xix. 27).

Notre âme, pendant qu’elle est sur la terre, a une seconde mère, c'est l'Eglise catholique, apostolique et romaine , épouse sacrée dé J. C.; nous devenons ses enfants par le saint baptème, Cette seconde mère a déjà une longue vie, elle a dix-huit centsans ; mais, comme le dit le grand Apôtre, elle est toujours glorieuse, sans tache , sans ride ni rien de semblable ; elle est toujours sainte et immaculée : Ut exhiberet ipse (Christus) sibi gloriosam E'eclesiam , non habentem maculam, aut rugum, aut aliquid hujusmodi, sed ut sit sancta et immaculata (Ephes. v. 27). Malgré sa vieillesse , cette mère est toujours féconde , elle est toujours jeune; elle est bonne, elle est tendre; elle nous conçoit par J. C., elle nous enfante, elle nous allaite, nous nourtit, et elle nous donne le ciel pour héritage. …. |

Notre âme a pour frères les patriarches, les prophètes, les

apôtres, les martyrs... Notre âme a pour gardien un ange...; elle porte le nom d’un saint... Ef, cette âme rougirait de cette parenté! elle prendrait pour père le démon, pour mère la mort, pour frères les réprouvés, pour héritage l'enfer! Ne perdons pas cette âme...

Pour approcher des rois de la terre et des grands, il faut mille préliminaires, bien des précautions et. des protections... Voyez l’âme de ce berger, de ce pauvre, de cet inconnu ; elle est si nôble, si excellente, qu’elle va droit au Roi des rois à tout instant, sielle veut; elle monte au ciel, y prend tout ce qu’elle veut... Le palais du ciel ne lui est jamais fermé...

Bo Combiën vaut notre âme ? Cette âme, tombée en Adam, il lui faut un Dieu pour la relever. De là l’incarnation du Verbe. Combien vaut notre âme? Crèche de Bethléem, jardin des Oliviers, soufllets, crachats , flagellation, couronne d’épines, croix, Calvaire, sang et mort d’un Dieu, dites-le-nous!... Notre âme vaut Le sang d’un Dieu! Estimez la valeur de ce sang, et vous estimerez la valeur de votre âme. Consummalum est : Tout est consommé, dit J. GC. sur la croix (Joann. x1x. 30). Tout est consommé : un Dieu meurt pour mon âme, et mon âme est sauvée par la mort d’un Dieu!

Mettez sur un plateau de la balance le sang de J; C., et sur l’autre votre âme rougie, lavée, rachetée par ce sang divin; il n’a pas fallu moins que ce sang pour que la balance inclinât vers la miséricorde.

6° Je comprends encore l'excellence de l’âme, si je considère de quelle nourriture elle doit user. Pour nourrir le corps, l'herbe des champs suffit. ; mais l’âme, peut-elle se nourrir et vivre d'herbe? 1 faut à l’ame pour aliment la prière... la vertu..….; il lui faut la sainte communion... Il faut à l’âme le corps, le sang, l’âme, la divinité de J. G. pour nourriture. Et cette nourriture divine est tellement nécessaire à l’âme pour qu’elle vive et se sauve, que J. C, a dit solennellement : En vérité, en vérité je vous le dis : si vous ne mangez la chair dû Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous : Amen, amen dico vobis : nisi manducaveritis carnem F'ilii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis (Joann. vr. 54).

L'âme est donc en quelque sorte infiniment grande, élevée; elle est d’une nature bien excellente, puisque, selon la parole de-J, G. Jui-mème, il lui faut un Dieu pour aliment... Donc il ne faut pas perdre cette âme; donc il faut la sauver...

SALUT: 367 7° La destination de l’âme, sa demeure future prouvent évidemment son excellence. Pour loger le corps, une chaumière de deux mètres carrés suffit; une demeure construite par le moins habile ouvrier suflit; c’est encore plus que le dernier asile réservé dans le cimetière... ; mais pour l’âme il lui faut un palais bâti, non de la main des hommes, mais de la main de Dieu...; il lui faut le ciel.….; il lui faut le sein de Dieu même...

80 Enfin, la valeur de l’âme s’éstime d’après $a durée. A quelle époque remonte son origine? Son origine se perd en Dieu... Combien vivra-t-elle? autant que Dieu... Quand Dieu finira, mon âme finira... L’éternité à venir, voilà l’âge certain de l’âme..... Il y a donc nécessité indispensable de sauver mon âme.

(Les mêmes réflexions ont été faites sur la Grandeur de l’homme, parce qu’elles conviennent parfaitement à ce sujet, comme elles trouvent également leur place dans ce chapitre sur le salut).

Votre sanctification, telle est la volonté de Dieu, dit saint Paul : Hæc est voluntas Dei sanctificatio vestra (1. Thess. 1v. 3). Dieu veut, dit encore l’Apôtre , que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité : Vult omnes homines salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire (Tim. 11. 4). J. C. s’est donné luimême pour la rédemption de tous : Dedit redemptionem semetipsum pro omaibus (I. Tim. n. 6). Le Christ, continue le grand Apôtre, est mort pour tous : Pro omnibus mor tuus est Christus (W. Cor. v. 15).

Jésus a souffert la croix avec toute la joie qu’il s'était promise, dit encore l’Apôtre : Qui, proposito sibi gaudio, sustinuit crucem (Hebr. xir. 2). J. C., dit Théodoret, appelle sa joie le salut des âmes : CAristus gaudium suum vocat salutem animarum (In Epist. ad Hebr. );

Il est done certain que Dieu veut le salut de tous... Pourquoi donc tous ne sont-ils pas sauvés? Il n’y a qu’une réponse, mais ellé est péremptoire : c’est qu'ils ne veulent pas se sauver...

Jg suis la porte, dit J. G. Celui qui entre par moi, sera sauvé : il entrera , et 1l sortira, et il trouvera des pâturages : Æ£4o sum ostium. Per me si quis introierit, salvabitur, et ingredietur, et egredietur, el pascua inveniet (Joann. x. 9). Je suis venu pour que mes brebis aient la vie, et une vie plus abondante, dit encore J. C. : £'4o veni ut vitam habeant, et abundantius habeant (Joann. x. 10). Voici quelle est pour eux la vie éternelle (le salut éternel) : c’est qu’ils vous connaissent, (d mon Père), vous seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé,

Dieu veut notre salut.

Cest par J. C qu’on est sauvé.

Le salut est négligé par un grand nombre,

Ce que l’on préfère au salut,

J. G. : Hoœc est vita œterna, ut cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti, Jesum C'hristum (Joann. XvIr. 3).

Il n’y a de salut en aucun autre, dit l’apôtre saint Pierre, et sous le ciel il n’est donné aux hommes aucun autre nom par lequel nous devions être sauvés : Von est in alio aliquo salus. Nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri (Act. 1v. 12).

Vous êtes appelés au royaume du Fils de Dieu, dit saint Chrysostome; et vous balancez ; vous imitez la vie de la taupe, et la paresse de la tortue. Vous imitez la taupe, en ne vous occupant que de la terre, en rampant toujours sur la terre; et vous n’allez pas plus vite que la tortue, dans le chemin de votre salut (Æomil. ad pop. ). J.C. le dit lui-même : Les enfants du siècle sont plus prudents que les enfants de lumière : Æilii hujus seculi prudentiores filis lucis in generatione sua sunt (Luc. xvi. 8). Si l’on faisait pour le ciel, pour Dieu, pour son âme, ce qu’on fait pour la terre, pour la créature, pour son corps, quelle belle et riche couronne on s’assurerait !.….

Comment fuirons-nous le châtiment, si nous négligeons le salut qui est si précieux? dit saint Paul aux Hébreux : Quomodo nos effugiemus, si tantam neglexerimus salutem ? (11, 3.) |

Le salut est loin des pécheurs, parce qu'ils n’ont pas recherché vos commandements , Seigneur, dit le Psalmiste : Longe a veccator'ibus salus , quia justificationes tuas non exquisierunt (oxvir. 155).

Le monde oublie Dieu, oublie la loi divine, oublie ses devoirs, oublie son âme, par conséquent oublie son salut. IL oublie la seule chose nécessaire...; 1l ne s’occupe que de bagatelles , que de choses de rien... Et voici bientôt la mort et les jugéments de Dieu: Réveillez-vous, pécheurs; songez que vous avez une âme à sauver; un enfer à éviter, un paradis à gagner; par conséquent, des passions à vaincre, des péchés à expier, des vertus à pratiquer, une mort à DrÉVOIr.....

Comvrex il en est qui peuvent dire avec Jonathas , fils de Saül : J'ai goûté un peu de miel, et voici que je meurs : Gustans gustavi paululum mellis, et ecce morior (T. Reg. xtv. 43).

. Combien imitent le traître Judas, qui disait : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai : Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam ? (Matth. xxv1. 45.) Ainsi agissent les pécheurs avec les démons..…, avec les passions... ; ils vendent leur âme, ils vendent le Cle

SALUT. 369 Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs? dit Pilate. Alors tous crièrent de nouveau : Non pas lui, mais Barabbas! Non hunc, sed Barabbam (Joann. xvur. 40). Voilà la conduite des pécheurs.…. Ils préfèrent l’impureté, l’ivrognerie, le blasphème, etc., au salut de leur âme...

4° Le royaume des cieux souffre violence, et ceux qui usent de vio= lence le ravissent, dit J. G. : Æegnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud (Matth. xr. 42). Efforcez-vous, dit ailleurs J. C., d’entrer par la porte étroite : Contendite intrare per angustam portam (Luc. xur. 24). Si quelqu'un, dit-il encore, veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et me suive : St quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam quotidie, et sequatur me (Luc. 1x. 23).

20 Celui qui voudra sauver son âme, la perdra, dit J, C. : Qui voluerit animam suam salvam facere, perdet eam (Matth. xvr. 25). Perdre son âme, c’est-à-dire ne pas l’épargner par la pratique de la mortification, de l’obéissance , de l'humilité, de toutes les vertus...

Si vous conservez votre froment, dit saint Grégoire, vous le perdez; si vous le semez, vous le renouvelez. Qui ignore que le grain semé disparaît à la vue, et pourrit en terre? Mais sa pourriture lui donne une nouvelle vie (1). Que l’âme aussi disparaisse en quelque sorte sous le poids des vertus, et surtout de l’humilité..….

3° Il faut toujours avancer. Courez de telle sorte que vous remportiez le prix, dit saint Paul: Sic currite ut comprehendatis (1. Cor. 1x. 24). Ceux qui combattent dans l'arène s’abstiennent de toutes choses : eux, pour recevoir une couronne corruptible ; nous , une couronne incorruptible. Moi donc je cours aussi, non comme au hasard ; je combats aussi, non comme frappant l’air ; mais je châtie mon corps, et le réduis en servitude (2).

4° Ne pas regarder en arrière. Quiconque met la main à la charrue,

(1) Frumentum, si servas, perdis; si seminas, renovas. Quis enim nesciat, quod frumentum, cum in semine mittitur, perit ab oculis, in terra deficit? Sed unde putrescit in pulvere, inde virescit in renovatione (Moral).

(2) Omnis qui in agone contendit, ab omnibus se abstinet : et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam, Ego igitur sic curro, non quasi in incertum : sic pugno, non quasi aerem verberans; sed castigo corpus meum, et in servitutem redigo (I. Cor. 1x. 25-27),

Ce qu'il faut faire pour se sauver.

ditJ. C., et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu : Memo mitlens manum ad aratrum, el respiciens retro , aptus est regno Dei (Luc. 1x. 62);

5 IL faut travailler à son salut avec crainte et tremblement, dit le grand Apôtre : Cum metu et tremore vestram salutem operamini (Philipp. 11. 12).

6° Oublier la terre, penser au ciel. Je poursuis ma course, dit saint Paul, pour atteindre ce à quoi j’ai été destiné par le Seigneur Jésus. Je ne pense pas l’avoir atteint; mais seulement, oubliant ce qui est en arrière, et me portant à ce qui est devant moi, je tends au terme de la récompense à laquelle Dieu m’a appelé en J, C. (1)

1° Il faut profiter du temps favorable, qui est le temps présent. Voici maintenant le temps dont il faut user, dit saint Paul, voici maintenant le jour de salut : Z'ece nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis (IL. Cor. vr. 2).

8 IL faut vivre pour J. CG. J. C., dit le grand Apôtre, est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux , mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux : Pro omnibus mortuus est Christus; ut el qui vivunt , jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est, et resurrexit (WI. Cor. v. 15).

9 Il faut combattre par la foi. Combattez le bon combat de la foi, écrit saint Paul à Timothée; mettez-vous en possession de la vie éternelle, à laquelle vous avez été appelé : Certa bonum certamen fidei ; apprehende vitam æternam in qua vocatus es (I. vr. 12).

10° Il faut supporter les épreuves avec patience. C’est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu, dit saint Paul : Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei (At. x1V. 21 ).

11° 1 faut employer les moyens donnés à saint Arsène par un ange; les voici : Arsène, fuyez, gardez le silence, la retraite; voilà les principes du salut (In Vit. Patr.).

12 Il faut être prudent. L'âme imprudente perd son salut, disent les Proverbes : Ubi non est scientia animcæ, non est bonum (xix. 2). La prudence veille au salut de l’âme; elle considère les récompenses et les peines; elle presse l’homme de vivre saintement, de fuir le péché. C’est ce que la Sagesse appelle la science des saints : Scientiam

(1) Sequor si quomodo comprehendam in quo et comprehensus sum a Christo Jesu. Ego me non arbitror comprehendisse; unum autem, quæ quidem retro sunt obliviscens; ad ea vero quæ sunt priora extendens meipsum, ad destinatum persequor, ad bravium supernæ vocationis Dei in Christo Jesu (Philipp. 11, 19-14).

SALUT, 331 sanctorum (1x. 10); et l'ange, en saint Luc, la sagesse des justes : Prudentiam justorum (1.7).

13° Il faut avoir compassion de son âme et la surveiller. Aie pitié de ton âme, en te rendant agréable à Dieu, dit l’Ecclésiastique, et modère-toi : Miserere animæ tuæ, placens Deo, et contine (xxx. 24). Celui qui aime le salut de son âme, s'inquiète pour elle et la sur veille. Celui qui ne travaille pas à son salut, hait son âme; il est cruel envers elle...

44 Il faut penser au jugement. Dieu, dit Origène, a confié et recommandé à votre âme son image et sa ressemblance; ce dépôt si précieux doit lui être rendu par vous aussi intact qu'il vous l’a donné (1).

15° Saint Charles Borromée, prié par l’un des siens de lui indiquer les meilleurs moyens pour plaire à Dieu et assurer son salut, lui traça les règles suivantes : 1° IL faut commencer chaque jour, c’est-à-dire chaque jour s’efforcer de servir Dieu avec autant de ferveur que si l’on commençait ce jour-là ; 2 marcher dans le moment actuel en la présence de Dieu; 3° avoir Dieu seul pour fin dans toutes et chacune de ses actions (/n ejus vita).

46° Il faut garder son âme avec sollicitude, dit le Deutéronome : Custodite sollicite animas vestras (xiv. 13).

470 Il faut observer la loi de Dieu. Si vous voulez arïivef à la vié, gardez les commandements , dit J. C. : St vis ad vitum ingredi, serva mandata (Matth. x1x. 17). Celui qui observe les préceptes de Dieu sauve son àme, disent les Proverbes : Qui custodif mandatum, custodit animam suam (xix. 16). La loi de Dieu est la voie prescrite à l'homme pour tendre directement à la vertu, au salut, à Dieu luimême, en y marchant toujours...

Tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas dans le royaume des cieux, dit J. C.; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là entrera dans le royaume des cieux : Non omnis qui dicit mihi : Domine, Domine, intrabit in regnum cœlorum ; sed qui facit voluntatem Patris me, qui in cœlis est, ipse intrabit in regnum cœlorum (Matth. vir. 21). Or, qui fait la volonté du Père céleste , sinon celui qui observe ses préceptes?

480 Il faut vouloir se sauver, et le vouloir énergiquement.

Saint Thomas d'Aquin, interrogé par sa sœur comment elle

(1) Deus animæ tuæ suam imaginem et similitudinem commendavit : istud ergo depositum tam insigne tibi restituendum est tam integre, quam à te constat essè susceptum (7x Cant.).

Qu'ont fait les sain{s pour leur salut ?

pourrait se sauve, lui répondit : Vo/endo, en le voulant, c’est-à-diré si vous voulez efficacement être sauvée; car celte volonté efficace, qui est le but du salut, vous forcera de prendre avec ardeur tous les moyens nécessaires pour l’opérer : Volendo, st sailicet salvari velis efficaciter : hœc enim voluntas efficax , finis puta salutis, impellet te, ut media omnia ad eam necessaria, ultro capessas. Sa sœur lui ayant ensuite demandé ce qu’il désirait le plus ardemment dans cette vie, il lui répondit : C’est de bien mourir : Bene mort (4. p. q. art, 9).

Asranan, Isaac, Jacob, dites-fous, comment vous y êtes-vous pris pour arriver au ciel? Pleins de foi, nous avons regardé la terre comme étrangère, nous avons habité sous des tentes, confessant que nous étions étrangers et voyageurs sur la terre (Æebr. xt. 13). Apôtres , martyrs, dites-nous, qu’avez-vous fait pour vous sauver? Nous avons été lapidés, sciés, éprouvés, tués par l’épée ; nous allions çà et là, couverts de peaux de brebis et de chèvre, dans le besoin, l’angoisse, l’affliction (/ebr. x1. 37). Saints anachorètes, saints religieux, dites-nous, qu'avez-vous fait pour obtenir le salut de votre âme? Nous avons abandonné le monde, ses richesses, ses plaisirs, $es honneurs; nous avonsété errants dans les déserts, dans les montagnes, dans les antres et dans les cavernes de la terre (Æebr. xr. 38). Nous avons veillé, prié, jeûné..…. Paul, quelle voie avez-vous prise pour être ravi jusqu’au troisième ciel pendant que vous étiez encore sur la terre, et pour vous assurer la couronne de vie? Je travaillais à ce que J. G. fût glorifié en moi, soit par la vie, soit par la mort ( Philipp. 1. 20). Pour moi, J. C. était ma vie, et la mort m’étaitun gain (Philipp. 1. 21). Je désirais ma dissolution pour être avec J. C. : Cupio dissolui et esse cum Christo (Philipp. 1. 23). Je ne vivais que pour lé ciel : Nostra conversatio in cœlis est (Philipp. nr. 20). J’estimais que les souffrances de ce temps n'étaient pas dignes de la gloire future qui m'était réservée : Non sunt condignæ passiones hujus temporis ad futuram gloriam que revelabitur in nobis (Rom. vur. 18). Je ne me lassais point; mais bien qu’en moi l’homme extérieur succombât, l’homme intérieur se renouvelait de jour en jour : Zicet is, qui foris est, noster homo corrumpatur ; lamen is, qui intus est, renovatur de die in diem (WI. Cor. 1v. 16). Je regardais ce peu de souffrances passagères du présent commé opérant en moi, au-dessus de toute mesure, un poids éternel de gloire : Zd enün quod in præsenti est momentaneum ct leve tribulationis nostræ, supra modum in sublimitate, æternum gloriæ pondus operatur in nobis (IL. Cor. 1v. 17). Je ne contemplais point

ce qui se voit sur la terre, mais ce qui ne se voit pas : Mon contemplantibus nobis que videntur, sed quæ non videntur (A1. Cor. 1v. 18). Je châtiais mon corps et le réduisais en servitude : Castigo corpus meum, et in servitutem redigo (I. Cor. 1x. 27). J’étais froissé, mais non brisé; retardé, mais non arrêté; persécuté, mais non abandonné; abaîtu , mais non hors de combat (IE. Cor. 1v. 8. 9). J'étais dans les travaux, les prisons, exposé souvent aux coups et à la mort. J'étais souvent flagellé par les Juifs, on me lapidait, je faisais naufrage ; j'étais dans les soucis, dans les périls, veillant et jeûnant fréquemment, souffrant la faim et la soif, le froid et le dénüment, et outre cela j'avais Les soins de chaque jour et la sollicitude de toutes les Eglises (IL. Cor. xt).

Dites-nous, saint Sébastien, qu’avez-vous fait pour votre salut ? Mon persécuteur m'a placé comme un but pour ses flèches, il à épuisé en moi les flèches de son carquois; mais les traits du ciel ont pénétré dans mon cœur plus avant que ses flèches dans ma chair (In ejus vita).

Saint François d'Assise, dites-nous de quoi vous vous êtes occupé pour assurer votre salut? Mes frères, nous avons promis à Dieu de grandes choses; de plus grandes nous sont promises par Dieu : soyons fidèles à nos promesses, espérons en celles de Dieu. La volupté est courte, la peine est éternelle; les souffrances de cette vie sont supportables, la gloire est infinie; chacun recevra selon ses œuvres. (S. Bonav., in ejus vita).

Dites-nous, saint Vincent, saint Laurent, ne] chemin vous a conduits à la cité de Dieu? Nous avons été éprouvés par le feu , et l’iniquité ne s’est pas trouvée en nous : /gne me examinasti, et non est inventa in me iniquitas (Psal. xvr. 31 ).

Dites-nous, sainte Agnès, ce qui vous a valu le ciel? J’ai surmonté les amorces corrompues de la chair, et, armée d’un courage invincible, j'ai été plus forte que toutes les menaces du tyran , que tous les supplices; et voici que je suis arrivée à vous, à mon Jésus, vous que j'ai aimé, vous que j'ai cherché, vous que j'ai toujours désiré : Ecce ad te venio, quem amavr, quem qguæsivi, quem sernper optavi. Je suis unie dans le ciel à celui que j’ai aimé de tout mon cœur sur la terre (S. Ambr., in ejus vita).

Lisons souvent la vie des saints, et nous verrons ce qu’ils ont fait pour leur salut... Suivons ces beaux modèles, imitons-les, armonsnous de leur protection, de leur secours dans la guerre contre nos ennemis, dans les tentations, dans les infirmités, dans la tristesse,

afin que, vivant sous Je ciel, nous soyons toujours d'esprit et de cœur dans le ciel. C’est ainsi que nous pourrons espérer et assurer notre salut...

Commence, Ô mon âme, à être ce que tu dois être un jour ; tu es

‘destinée à être la compagne des anges, vis angéliquement : ton ange ‘gardien, tous les saints, toute cette grande multitude d'élus, qui sont autant d'amis, t’attendent; cours, avance, hâte-toi, vole. La bienheureuse Vierge Marie ta mère te tend les bras; J. C. l'attend pour te couronner. Dieu le Père t'attend pour te donner, comme à À sa fille, l'héritage éternel ; le Fils t'attend pour s’unir à toi comme sa sœur chérie; Dieu le Saint-Esprit t'attend comme son épouse, sa bien-aimée, pour te vêtir, t’orner d’une beauté, d’une gloire, d’une splendeur infinies, pour t'épouser pour l'éternité, pour te déclarer reine pour l'éternité... Qu’attends-tu , Ô mon âme, de cette terre d’ici-bas, qui n’est pas la terre des saints ? Que peux-tu attendre des créatures, des promesses du monde, de ses vils plaisirs? Vole de cette terre de misère, de dangers, de périls, de scandale, dans la terre des vivants. Toute la cour céleste l'attend et déjà s’écrie : Quelle est celle qui s’élève du désert, appuyée sur son bien-aimé ? Queæ est ista quæ ascendit de deserto, innixa super dilectum suum ? (Gant. vnr. 5.) Quelle est celle qui s’avance comme l'aurore naïssante, belle comme la lune, brillante comme le soleil? Quæ est ista ‘que progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna', electa ut sol ? (Cant. vi. 9.)

Lorsque , après le labeur de cette vie, tu paraïtras dans l’éternité,

Ô mon âme, les anges diront à J. C. : Celle-ci qui est vêtue d’une robe blanche, qui est-elle ? et d’où est-elle venue? Et J. C. leur dira ; Cette âme est venue de la grande {ribulation, et elle a lavé sa robe et l’a blanchie dans le sang de Agneau. Pour cela, je vais la placer devant le trône de Dieu, elle Le servira jour et nuit dans son temple, Elle n'aura plus ni faim ni soif; elle sera aux sources vivantes des eaux, et Dieu essuiera toute larme de ses yeux ( Apoc. vir. 13-17 ).

Ecoutez, 6 mon âme, ce que dit Le céleste Époux : Lève-toi , hâte

toi, ma bien-aimée, ma colombe, viens, Ô ma belle! Surge, propera, amica mea, columba mea, formosa mea, et vent (Gant. 11. 10). Viens, Ô mon épouse, viens, sois couronnée de gloire : Veni, sponsa mea, veni, coronaberis (Cant. 1v. 8).

C’est alors, à mon âme, que le Seigneur, selon la parole d’fsaïe, changera la cendre de ta tête en une couronne, tes pleurs en joie,

tes vêtements lugubres en des vêtements de gloire : C'oronam pra

cinere, oleum gaudi pro luctu, pallium laudis pro spiritu mæroris (1x103,).

Alors, d mon âme, pleine de sécurité, tu t’envoleras dans les divins et éternels embrassements du céleste Epoux, et tu diras avec transport : J'ai tronvé celui que mon cœur aime, je le possède sans crainte de jamais le perdre : /nveni quem diligit anima mea, tenui eum, nec dimittam (Cant. nr. 4). Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui : Dilectus meus mihi, et ego illi (Cant. 11. 16). Je me réjouirai dans le Seigneur; je serai ravie d’allégresse ; mon Dieu m'a parée des vêtements du salut, il m’a entourée des ornements de la justice comme l'époux embelli par sa couronne , comme l’épouse brillante de pierreries : Gaudens gaudebo in Domino, quia induit me vestimentis salutis, et indumento justitiæ circumdedit me, quasi sponsum decoratum corona, et quasi sponsam ornatam monilibus suis (sai. Lxr. 10).

Méditons souvent, très-souvent ces grandes merveilles; soyons avec les anges et les saints. Que là soient notre cœur, notre âme, notre intelligence , notre volonté, nos yeux, notre bouche, toutes nos démarches, tous nos vœux, toutes nos œuvres; afin qu'après le court espace de cette pauvre et triste vie, nous soyons reçus dans cette société de tous les élus, et que nous y jouissions de la vue et de l’éternelle possession de Dieu. Amen.

Qu'est-ce que le scandale ?

/ Enormité du scandale,

g scandale, dit saint Thomas, est une parole ou une action manquant de rectitude, et causant la ruine du prochain : Dictum vel factum minus rectum, præbens alteri ruinam

(De Peccat.).

Le scandaleux est un homme de vanité, dit l’Ecriture; il s’avance avec des paroles perfides; ses yeux sont flamboyants, ses pieds brülent, ses mains déchirent ; les tempêtes sont dans son cœur; il médite le mal, en tout temps il le répand (Prov. vr. 12-14).

Le scandaleux, dit saint Ephrem, perd la foi, tombe dans les vices, méprise les sacrements, se moque de l'enfer, ne s’occupe jamais du ciel (Serm. 1v).

Marneur au monde à cause de ses scandales! malheur à l’homme par qui vient le scandale! dit J. C. : Væmundo a scandalis! væ homini illi per quem scandalum venit! (Matth. xvur. 7. ) La sainte Ecriture ne parle ainsi d'ordinaire que lorsqu'il s’agit de faute grave.

Notre-Seigneur J. C. regarde comme énorme le péché de scandale, puisqu'il dit : Celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui que l’on suspendit à son cou une meule de moulin, et qu’on le précipitât dans les profondeurs de la mer : Qui scandalizaverit unum de pusillis istis, qui in me credunt, expedit ei, ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris ( Matth. xvrr. 6).

Les scandaleux, dit saint Paul, les séducteurs, s’enfoncent toujours plus dans le mal; ils s’'égarent et égarent les autres : Mali homines , seductores , proficient in pejus, errantes et in errorem müttentes:( IE Tum: nt, 490:

Le scandaleux s’est vendu pour faire du mal, dit l’Ecriture : Venumdatus ut faceres malum (XL. Reg. xxr. 20). Il est vendu et livré à l'esclavage du péché, dit saint Paul : Venumdatus sub peccato (Rom. vu. 14).

Le scandaleux est pour les autres un principe de ruine; il mange et boit l’iniquité, il la dévore..…. Il va jusqu'aux dernières limites du mal, dit le prophète Malachie : Vocabuntur termini iniquitatis (1. 4).

Le scandale est un péché monstrueux qui attaque Dieu, le prochain etle scandaleux lui-même. fl enlève à Dieu sa gloire, au prochain son âme, au scandaleux le ciel.

Crime énorme ; car tuer une âme, quel plus grand crime!

Crime diabolique. Le démon a été homicide dès le commencement, dit J, C. : {le homicida erat ab initio (Joann. var. 44). Tel est aussi le crime du scandaleux...

Crime contre le Saint-Esprit; car il attaque directement la charité.…... Or, le Saint-Esprit est personnellement la charité même...

Crime essentiellement opposé à la rédemption; J. G. est mort pour sauver les âmes ,.le scandaleux vit pour Les tuer... Aïnsi le erime de scandale est un péché direct contre J. G. même. C’est ce qu’assure le grand Apôtre : Péchant contre vos frères, et blessant leur conscience, vous péchez contre le Christ : Peccantes in fratres, et percutientes conscientiam eorum, in Christum peccatis (1. Cor. vu. 12),

Ox peut appliquer au scandaleux ces paroles de saint Paul adressées à Elimas le magicien : O0 homme rempli de toute malice et de toute fraude, fils du démon , ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point d’intervertir les voies droites du Seigneur? O plene omni dolo , et omni fallacia, fili diaboli, inimice omnis justitiæ , non desinis subvertere vias Domini rectas? (Act. x. 10.)

C’est à ceux dont la vie est un perpétuel scandale que doivent s’appliquer bien des passages où l’Ecriture parle des impies. Se réunissant contre moi, ils ont résolu de prendre mon âme, dit le Psalmiste : Dum convenirent simul adversum me, accipere animam meam consiliati sunt (xxx. 14).

Pour faire tomber les autres, les scandaleux ne pensent qu’au crime; ils passent leur vie à le méditer, dit le Roi-Prophète : Scrutati sunt iniquitates ; defecerunt scrutantes scrutinio (vxux. 7). Il ont caché des piéges dans la route où j’ai marché : Zn via qua ambulabam, absconderunt lagueum mihi (Psal. axLt. 4 ).

Le scandaleux est le serpent antique séduisant par des promesses trompeuses; c’est le serpent caché sous l’herbe; c’est le lion qui guette sa proie...

Les scandaleux veillent pour faire le mal, pour faire tomber dans le mal, dit Isaïe : Vigilabant super iniquitatem; peccare faciebant homines (xxix. 21 ).

Leur malice a comblé la mesure, dit encore Tsaïe : GonbEid est malitia ejus (XL. 2).

Malice du scandale,

Corruption du scandaleux.

378 BUANDALE.

Ils se réjouigsent lorsqu'ils préparent le mal, disent les Proverbes ; ils tressaillent de joie dans l’iniquité : Zætantur cum malefecerint, et exsultant in rebus pessimis (11. 14).

Le scandaleux est assis sur tous les chemins, attendant comme un voleur et un assassin les passants pour les voler et les tuer, dit Jérémie : /n vis sedebas, exspectans quasi latro (ar. 2). Il ne s’occupe qu'à perdre le prochain : Supplantabit, fraudulenter incedet (Jerem. 1x. 4).

Comme le serpent qui tenta malicieusement Eve pour la séduire , le scandaleux emploie avec une malice satanique les paroles du serpent. Pourquoi ne mangerais-tu pas de ce fruit? dit-il à celui qu’il veut immoler. C’est défendu ; si j’en mange, je mourrai. Assurément tu ne mourras point; tu seras heureux : Nequaquam moriemini ; eritis sicut di (Gen. nr. 1-5),

Le scandaleux, dit saint Augustin, rougit de la pudeur , etse vante de son impudeur : Pudet non esse impudentem (In Psal.).

Les scandaleux se sont pervertis, dit le Psalmiste; ils se livrent à des pensées abominables : Corrupti sunt, et abominabiles facti sunt in studiis suis (x1ir. À ).

Leur cœur est un abime de corruption , la réunion de Tous les immondes reptiles , de tout ce qu'il y a de plus corrompu : {he reptilia quorum non est numerus (Psal. cr. 26 ).

Les scandaleux sont ces vignes de Sodome et de Gomorrhe, dont le raisin est un raisin de fiel, et dont les grappes sont amères. Leur vin est l’écume des dragons, et comme le venin mortel des aspics (1).

La vie des scandaleux est pleine de dissolution ; leurs mœurs et leurs actions sont dépravées; ils ne pensent qu'au mal, ils ne veulent que le mal, ils ne font que le mal, pour eux et pour les autres. Ils sont des vases empoisonnés et remplis de putréfaction, d’immondes cloaques réunissant tout ce qu'il y a de plus révoltant et de plus infect, Les yeux, les oreilles, la langue, les mains, les pieds, l'esprit, l’âme, le cœur, la mémoire, la volonté, l'intelligence, tout est perverti et corrompu en eux. C’est un cadavre en dissolution qui infecte tout, qui porte la mort partout...

(1) De vinea Sodomorum, vinea eorum, et de suburbanis Gomorrhæ : uva eorum, uva fellis, et botri amarissimi, Fel draconum vinum eorum, et vinum aspidum insanabile ( Deuter, xxx11. 82. 33).

Le scandaleux, dit Isaïe, fait un pacte avec la mort; il scelle une alliance avec l'enfer pour nuire autant qu’il le peut : Percussimus fœdus cum morte, et cum inferno fecimus pactum (xxvur. 15).

Les scandaleux méditent le crime dans leur cœur ; durant tout le jour ils assemblent des tempêtes, dit le Psalmiste ; ils aiguisent leur langue comme celle du serpent ; leurs lèvres distillent le venin de laspic : Cogitaverunt iniquitates in corde, tota die constituebant prelia. Acuerunt linguas suas sicut serpentis; venenum aspidum sub labs eorum (Psal. cxxxIx, 3. 4), Que nul d’entre nous, disent-ils, ne soit exempt de nos impuretés; laissons en tout lieu des traces de joie; c’est là notre part, notre sort. Foulons aux pieds le juste misérable; n’épargnons pas la veuve; ne respectons pas le vieillard au front blanchi par le temps. Dressons des piéges aux innocents, interrogeons-les par l’outrage (Sap. 11. passim).

Les scandaleux enivrent leurs flèches du sang innocent ; ils s’abreuvent du sang de ceux qu’ils ont tués (Deuter. xxx11. 42).

Leurs pieds courent au mal, dit Isaïe ; ils se hâtent pour répandre le sang; le ravage et la désolation sont dans leurs voies: Pedes eorum ad malum currunt, et festinant ut effundant sanguinem : vastitas et contritio in viis eorum (xx. 7). Ils saisissent leurs flèches et leur bouchier ; ils sont cruels, impitoyables, dit Jérémie : Sagittam et scutum arripiet ; crudelis est, et non miserebitur (v1. 23).

Ils sont devenus des lions, dit le prophète Ezéchiel; et ils ont -appris à ravir leur proie et à dévorer les hommes : Leo factus est; et didicit capere prædam, hominemque comedere (xix. 3). Par leur présence seule, ils tourmentent les âmes, dit le prophète Joel : À facie ejus cruciabuntur populi (11. 6).

Saint Chrysostome appelle les scandaleux des bêtes féroces et dévorantes : Zelluæ immanes et carnifices (Homil. ad pop. ).

Ce sont des loups, dit saint Grégoire, qui ne cessent de dévorer chaque jour, non les corps, mais les âmes : Zupus qui, sine cessatione, quotidie, non corpora, sed mentes dilaniat (Homil.).

Considérez, dit saint Chrysostome, ce nouvel Hérode, s’appliquant à ajouter ravages sur ravages , à joindre homicides à homicides , se précipitant en furieux dans tous les excès, et comme possédé par les démons, plein de colère, de rage, d'envie; ayant brisé tout frein, il exerce sa rage sur des innocents (1).

(1) Considera istum prioribus malis addere posteriora certantem, ct homicidia homicidiis jungentem, perque omnia furibundum in præcipilia labentem ; quasi enim

Ravages causés par le scandaleux,

Imitant le crime d’Hérode , le scandaleux met à mort les enfants : il fait un massacre général, dit saint Léon : MNecart omnes parvulos jubet ; generalem sœævitiam tendit (Serm. in Epiph. 1).

Jusques à quand, à pécheurs scandaleux, vous jetterez-vous sur l’homme pour lui arracher la vie de l’âme? s’écrie le Prophète royal, Quousque irruitis in hominem ? inter ficitis (1x1. 4).

Les scandaleux sont des sépulcres qui ne renferment que mort et putréfaction.

ILest dit du célèbre Judas Machabée qu’il se leva, aidé de ses frères, et qu’ils combattaient avec joie pour la défense d'Israël. Judas agrandit la gloire de son peuple, et il se revêtit de la cuirasse comme un géant; 1l se couvrit de ses armes dans les combats, et il protégeait tout son camp de son épée. Il devint semblable à un lion , et à un lionceau qui rugit à l’aspect de sa proie. Et il poursuivit les impies, les cherchant de toutes parts; et il livra aux flammes les perturbateurs de son peuple. Et la terreur de son nom mit en fuite ses ennemis, et tous les artisans d’iniquité furent dans le trouble, et le salut du peuple fut l’œuvre de son bras. Et il réjouissait Jacob par ses œuvres, et sa mémoire sera à jamais bénie,. Il parcourut les villes de Juda, il en chassa les impies, et il détourna la colère loin d'Israël. Et son nom parvint jusqu'aux extrémités de la terre (1. Machab. x).

Ce que Judas Machabée fut et opéra pour le bien, le scandaleux l’est pour le mal. Le scandaleux se lève; il combat avec une force qui est plutôt de la fureur mêlée de joie satanique, pour ravager le camp du Seigneur. Il étend son ignominie sur ses semblables ; il se revêt de la cuirasse du crime comme un géant; il est chargé d’armes fournies par l'enfer, armes aiguisées et trempées dans le sang de ses frères. Semblable à un lion dans ses œuvres de mort, il rugit en cherchant des âmes pour en faire sa proie. Il poursuit les bons et les persécute : les âmes pieuses prennent la fuite; elles sont effrayées. La mort est dans ses maine. Il répand la tristesse et la désolation. Le bruit de ses scandales se répand au loin, et son nom finit par peser comme une malédiction sur la contrée qu’il habite.

Passez et frappez (hommes de scandale) , s’écrie le prophète Ezéchiel ; que votre œil n’épargne pas, et n’ayez pas pitié. Frappez le vieillard, le jeune homme, la jeune fille, l’enfant et les femmes ;

ab aliquo dæmonum, ira, iracundia, invidiaque vexatus , nulla prorsus ratione frænatur, iram in parvulos innocentes vertit (Homil. 1x in Matth.).

SGANDALE, 381 irappez jusqu’à la mort. Hélas! hélas! hélas! perdrez-vous toutes les âmes ! (1)

I est dit du cruel Antiochus qu'il fit un grand carnage ; qu'il brûla la ville; qu’à la place du peuple de Dieu il mit des hommes pervers ; qu'il fit beaucoup d'esclaves; qu’il souilla le temple; qu'il dépouilla le saint des saints; qu’il substitua à la loi de Dieu une loi abominable; qu’il mit une idole à la place du vrai Dieu (I. Machab. 1. passim ). Voilà l’image de ce que fait le scandaleux...

Caïn tue son frère Abel. Le Seigneur dit à Caïn : Où est Abel ton irère ? Qu’as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi : Aëf Dominus ad C'ain : Ubi est Abel frater tuus? Quid fecisti? Vox sanguinis fratris tui clamat ad me de terra. (Gen. 1v. 8-10). Le scandaleux n'est-il pas un autre Caïn ? Malheureux ; où est ton frère, l’innocent Abel? Ubri est Abel frater tuus? Son sang que tu as versé, cette âme que tu as tuée, crie vengeance : Vox sanguinis fratris tui clamat.……..

L'empereur Constant, après avoir tué Théodose son frère, ne cessa de voir dans ses songes Théodose assassiné : il le voyait constamment lui présentant une coupe pleine de sang, et lui disant :

Bois, bois le sang de ton frère! (Hist. Æecles. ) O scandaleux, vois ce ” sang innocent que tu as versé! La coupe est pleine : Bois, bois: le sang de ce frère que tu as assassiné par tes infâmes exemples!

Le bourreau, au signal lugubre, part, arrive sur la place publique couverte d’une foule pressée et palpitante. Il saisit sa victime , il Pétend , il la lie sur l'instrument du supplice; il lève le bras; alors il se fait un silence horrible, et l’on n’entend plus que le cri des os qui éclate sous la barre, et les hurlements de la victime. Il a fini, le cœur lui bat , mais c’est de joie; il s’applaudit et dit dans son cœur : Nul ne roue mieux que moi. Ce tableau qu’un savant écrivain (M. de Maistre , dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg) fait du hourreau des corps , ne peut-on pas avec raison l’appliquer au scandaleux, vrai bourreau des âmes? Un signal lugubre est donné au scandaleux par l'enfer; son cœur corrompu et cruel comprend ce signal : il part pour séduire et assassiner. Il rencontre un innocent, il en fait un criminel ; il prend un enfant soumis, il en fait un parricide. Comme le bourreau, il saisit, il lie sa victime sur l’échafaud de son scandale; il lève le bras pour la tuer; et l’on n’entend plus que

(1) Transite et percutite : non parcat oculus vester, neque misereamini. Senem, adolescentem, ct virginem, parvulos et mulieres, interficite usque ad internecionem. Heu! hou! Tr ergone disperdes omnes! (1x, 5. 8. )

382 SUANDALE:

les cris et les hurlements de désespoir de la victime et d’une famille déshonorées. Il a fini de tuer cette âme , il lui a enlevé son innocence, son salut, le ciel, sa couronne, sa gloire, son Dieu; le cœur lui bat, mais ce n’est pas de remords, de regret, c’est de joie, de cette joie maligne des démons ; il applaudit; il dit dans son cœur, et même publiquement : Nul ne roue mieux que moi, nul n’ässaësine mieux les âmes que moi, nul n’en tue plus que moi. Je porte La mort partout : Stans replevit omnia morte (Sap. XVI: 16). |

Il est dit de la bête de l’Apocalypse , que de sa bouche sortait un glaive aigu à deux tranchants : De ore ejus gladius utraque parte acutus exibat (1. 16). Le scandaleux est cette bète ayant un glaive à deux tranchants pour tuer les autres et se tuer lui-même.

Viens et vois, fut-il dit à saint Jean dans l’Apocalypse. Et voilà un cheval pâle ; et celui qui était dessus avait nom la Mort, et l’enfer le suivait: et il lui fut donné le pouvoir de tuer par l'épée, par la faim , par la mort et par les bêtes de la terre (1).

Saint Jean vit encore des chevaux dont les têtes étaient comme des tètes de lion ; et de leur bouche sortait du feu, et de la fumée , et du soufre. Et la troisième partie des hommes périt par ces trois plaies ; par le feu, par la fumée et par le soufre, qui sortaient de la bouche des chevaux ( Apoc. 1x. 17. 18). Tel est encore le scandaleux...

Le scandaleux aiguise son glaive; son arc est tendu , il l’a préparé; il a rempli son carquois d'instruments de mort; il fait pleuvoir des flèches brülantes. Il a concu le mal, il est en travail de l’iniquité , il enfante le malheur. Il ouvre un précipice, il le creuse, et il tombe dans le gouffre qu’il a préparé, dit Le Psalmiste (2).

Ces ouvriers d’iniquité dévorent mon peuple comme un morceau de pain, dit le Seigneur par le Psalmiste : Operantur iniquitatem, qui devorant plebem meam sicut escam panis (xur. À).

Les scandaleux sont semblables à ces monstres dont l’Ecriture parle ainsi : Voilà des monstres d’une espèce inconnue, pleins d’une fureur jusque-là inouïe , respirant la flamme, répandant une

(1) Veni et vide. Et ecce equus pallidus, et qui sedebat super eum, nomen illi Mors; et infernus sequebatur eum : et data est illi potestas interficere gladio, fame, et morte, et bestiis terræ (vi. 7.8),

(2) Gladium suum vibrabit, areum suum tetendit et paravit illum. Et in co paravit vasa morlis, sagittas suas ardentibus effecit. Ecce parturiit injustitiam, concepit

dolorem et peperit iniquitatem. Lacum aperuit, et effodit eumi, et incidit in foveam quam fecit (vir, 13-16).

SCANDALE. 383 noire fumée , et lançant par les yeux d’horribles étincelles ; ils exterminent par leurs morsures , et leur souffle seul fait mourir de frayeur (1).

Malheur à vous, s’écrie le prophète Isaïe, qui allumez le feu des passions et du désordre; environnés de flammes, vous marcherez à leur lueur, et dans les flammes que vous avez allumées : Æ'cce vos accendentes ignem , accincti flammis, ambulate in lumine ignis vestri, et in flammas quas accendistis (11: 11 ). Voyez l'incendie qui dévore tout ; vous en êtes l’auteur... De toutes parts vous semez des étincelles qui tombent sur de la paille, formant un vaste incendie , un vaste brasier pour vous et pour ceux que vous perdez; et ce brasier sera éternel...

Le scandale est la guerre la plus funeste qui puisse être livrée aux hommes; c’est la peste la plus à craindre. Cette peste s’attaque à la vertu , à la grâce , au salut, à la gloire...

C’est la plus redoutable famine; elle enlève tout, et ne laisse plus rien à ceux qu’elle ravage.

Le scandaleux est cette odeur de mort qui, selon saint Paul, donne la mort : Odor mortis in mortem (IL. Cor. m1. 16 ).

Les scandaleux, dit Plutarque lui-même, ne se contentent pas de mettre du poison dans une seule et mème coupe, mais dans la fontaine publique, où tout le monde va puiser : Æ/2, non in unum calicem venenum mittunt, sed in fontem quo videntur omnes uti (In Morib.); Ilss’abreuvent à cette source, et y font boire les autres...

Ce que les hérétiques font par leur enseignement adultère, dit saint Bernard, les scandaleux le font par leurs mauvais exemples; et le mal qu’ils font l’emporte autant sur les ravages des hérétiques, que les actions l’emportent sur les paroles : Quod hæretici faciebant per prava dogmata, hoc faciunt plures hodie per mala exempla; et tanto graviores sunt hœæretivis, quanto prævalent opera verbis (Lib. Consid.).

Les scandaleux, dit saint Chrysostome, font dire aux païens: Quel est donc le Dieu de ces hommes qui vivent ainsi? Souffrirait-il de pareils forfaits, s’il condamnait leurs actes? Qualis est eorum Deus qui talia agunt? Numquid sustineret eos talia facientes, nist consentirel operibus eorum? (Homil. ad pop.)

(1) Novi generis, ira plenas, ignotas bestias, aut vaporem igniur spifantes, aut futii odorem proferentes, aut horrendas ab oculis scintillas emittentes : quorum , non solum Iæsura poterat illos exterminare, sed et aspectus per timorem occidere ( Sap. x1. 19. 20).

Les gcandaleux $ontlessuppôts du démon.

Quel crime que de perdre une âme faite à l’image de Dieu, créée pour l’immortalité bienheureuse , et rachetée par le sang de J. G. | Voilà cependant l’œuvre, ou plutôt une partie de l’œuvre du scandaleux !.…..

J. CG. ayant donné son propre sang pour prix de la rédemption des âmes, dit saint Bernard, ne vous parait-il pas évident qu'il souffre plus de celui qui, par une suggestion maligne, par un exemple nuisible, par le scandale qu’il donne, éloigne les âmes qu’il a rachetées , que des Juifs qui ont répandu son sang? Cest un sacrilége horrible, qui parait surpasser le crime de ceux qui portèrent leurs mains sacriléges sur le Seigneur de majesté (Serm. de convers. S. Paüli).

Et que le scandaleux ne dise pas comme Caïn : Suis-je le gardien de mon frère? Num custos fratris mei sum ego ? (Gen. 1v. 9.) Oui, tout le monde est le gardien deson frère; on lui doit le bon exemple: Dieu en fait un devoir sacré: Mandavit unicuique de proximo suo (Eccli. xvrr. 12).

Il est dit au cinquième commandement : Tu ne tueras point : Von occides (Exod. xx. 13 ). Mais si c’est un crime digne de mort que de tuer Le corps , qui après tout est mortel , quelle est donc l’énormité du crime de celui qui tue l’âme, qui est immortelle, et combien terrible en sera le châtiment ?.…

Que la nécessité de manger ne vous fasse pas détruire l’œuvre de Dieu, dit saint Paul : tout est pur; mais celui qui, en mangeant, scandalise, fait mal. Il est bon de ne point manger de chair et de ne point boire de vin, et rien de ce qui peut être pour votre frère une cause de chute, ou de scandale, ou de faiblesse (Rom. x1v.20. 21). Si ce que je mange, dit ailleurs le grand Apôtre, scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère : Si esca scandalizat fratrem meum, non manducabo carnem in œternum , ne fratrem meum scandalizem (1. Cor. vur. 13).

S1 saint Paul prenait tant de précautions pour ne pas scandaliser, voyons en quoi nous devons imiter cet apôtre; chacun de nous y est obligé en quelques points.

JE sais vos œuvres, dit le Seigneur dans Apocalypse, et où vous demeurez, où est le trône de Satan : Scio ubi habitas, ubi sedes est Satanæ (11: 13).

La bête que je vis, dit saint Jean dans l’Apocalypse, était semblable à ün léopard, et sa bouche était comme la bouche d’un lion; et le

SCANDALE. 385 dragon lui donna sa force, et son trône, ét une grande puissance (nr. 2). Gette bête effroyable, n'est-ce pas le scandaleux, qui ne fait qu'un avec Je dragon, qui recoit du démon lui-même le pouvoir de faire le mal, de tuer les âmes ?

À quoi s'occupent les démons? à faire la guerve à Dieu, à ravager et détruire le royaume deJ. G. qui estson Eglise ; à séduire les âmes, à les perdre, à tourner autour d’elles comme un lion rugissant , qui cherche une proie à dévorer, dit l’apôtre saint Pierre : Adversarius vester diabolus, tanquam leo rugiens, circuit quærens quem devoret (v. 8).

N'est-ce pas à cela que s'occupent certains hommes notoirement voués au crime et à l'irréligion? Ne sont-ils pas les mortels ennemis de Dieu , de l'Eglise, des âmes, du salut, de la vertu?

Le scandaleux est donc un démon sur la terre, et il fait les œuvres des démons. On peut avec raison lui appliquer ces paroles que J. C. adressait aux criminels pharisiens : Vous avez le diable pour père, et les désirs de votre père sont les vôtres : Vox ex patre diabolo estis et desideria patris vestri vultis facere ( Joann. vin. 44).

Le scandaleux se charge , non-seulement devant Dieu et devant les ‘hommes, du crime particulier qu’il commet en scandalisant, mais généralement de tous les crimes que commet et que commettra celui qu’il scandalise.…. Or, qui creusera la profondeur de cet abîme?.. Quel jugement, grand Dieu, pour le scandaleux !.…

Mais, dira-t-on, les péchés sont personnels. Oui , excepté le péché de scandale...

Mais, dira-t-on encore : Et lorsqu'on n'aura pas même la connaissance de ces péchés, en répondra-t-on? Connus où non, répond saint Jérôme , puisque votre péché en a été l’origine , les péchés des autres sont devenus vos propres péchés. Vous ne les avez pas sus, mais vous avez dû les savoir, vous avez dù les craindre, vous avez dû les prévenir; et c’est cè que vous avez négligé... (Æpist.) Il n’en faudra pas davantage pour vous en faire porter toute la peine...

On peut scandaliser sans en avoir l'intention, et ètre réellement coupable. Car il n’est pas nécessaire, pour scandaliser les âmes, de se proposer, par un dessein formel , leur damnation; le démon seul, peut-être , est capable d’une telle malice. C'est assez que vous teniez

une conduite qui tend d'elle-même à faire périr votre frère. Mais je

voudrais qu'il ne périt pas. ILest vrai, vousle vouüriez; mais vouloir

qu'il ne périsse pas, et en même temps vouloir ce qui le fait périr y

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