‹ Les trésors de Cornelius a Lapide (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · IV · texte numérisé non relu

IV

Malheur de ne pas persévérer,

Dieu est ma force, dit le prophète Habacuc , il donnera à mes pieds la vitesse des cerfs; il me conduira sur les hauteurs , chantant des hymnes à sa gloire : Deus Dominus fortitudo mea, et ponet pedes meos quasi cervorum; et super excelsa deducet me victor in psalnus canentem (1. 49). .

Grâces à Dieu, qui toujours nous fait triompher en J. C., s’écrie le grand Apôtre : Deo gratias, qui semper triumphat nos in Christo Jesu (IL. Cor. 11. 14).

ÏL y en a beaucoup à qui l’on peut appliquer ces paroles de J. C. : Cet homme a commencé à bâtir, etil n’a pu achever : Æic homo cœpit œdificare, et non potuit consummare (Luc. xiv. 30). Celui qui commence à servir Dieu, et qui ne persévère pas, qui regarde en arrière, est l’image et éprouve le triste sort d’un bâtiment commencé, qu’on n’achève pas, sur lequel on ne met pas de toit : il s'écroule peu à peu, et tombe enfin totalement en ruine.

Aussi, lorsque J. C. guérissait, soit les maladies du corps, soit celles de l’âme, il disait aux malades guéris par miracle : Vous voilà guéris; ne péchez plus à l’avenir, mais persévérez dans votre santé, de crainte qu’il ne vous arrive quelque chose de pire : Æcce sanus factus es; jam noli peccare, ne deterius tibi aliquid contingat (Joann. v. 14.). :

Personne ne vous a-t-1l condamnée? dit J. C. à la femme adultère. Elle répondit : Personne , Seigneur. Jésus lui dit : Ni moi non plus je ne vous comdamnerai pas : allez, et ne péchez plus : Nemo te condemnavit ? Quæ dixit : Nemo, Domine. Dixit autem Jesus : Nec ego te condemnabo : vade, et jam amplius noli peccare (Joann. vnr. 40. 41).

Lorsqu'un esprit immonde, dit encore J. C., est sorti d’un homme, il s’en va errant en des lieux arides, cherchant le repos, et il ne le trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans la maison d’où je suis sorti. Et en y revenant, il la trouve libre, purifiée de ce qui la souillait, et ornée. Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui,-et ils entrent dans la maison, et ils y demeurent; et le dernier état de cet homme est pire que le premier : £t ffunt novissima hominis illius pejora prioribus (Matth. x1r. 43-43).

Voyez ce qui arriva à la femme de Loth….

Celui, dit encore J. C., qui a mis la main à la charrue, et qui regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu : Vemo mitéens manum ad aratrum , et aspiciens retro, aptus est regno Dei (Luc. 1x. 62).

Ecoutez ces terribles paroles du Seigneur au Deutéronome : Maudit celui qui ne demeure pas dans les préceptes de ma loi, et qui ne les accomplit pas dans ses œuvres! Maledictus qui non permanet in sermonibus legis, nec eos opere perficit! (Xxvi5. 26.)

Saül avait bien commencé, mais il ne persévéra pas; c’est pourquoi il perdit tout et périt.……. Salomon avait bien commencé, mais il ne persévéra pas ; aussi l'Ecriture laisse un terrible doute sur son salut... Samson avait bien commencé, il ne persévéra pas; les Philistins lui arrachent les yeux, et on le force, comme une hête de somme, à tourner une meule; et on le couvre d’outrages et de dérisions.….

Saint Bernard déplore d’une manière très-pathétique le triste sort d’un malheureux jeune homme, qui avait merveilleusement commencé, mais qui se relàcha de sa première ferveur, regarda en arrière , et s’abandonna à de grands excès : Je m’afilige amèrement sur vous, mon fils, lui dit-il; je souffre beaucoup à votre égard, et avec raison. Qui ne souffrirait en voyant que la fleur de votre jeunesse, que vous aviez offerte à Dieu en odeur de suavité, en présence des anges qui en étaient ravis de joie, est maintenant foulée aux pieds par les démons, souillée par les ordures des vices et du siècle corrompu? Comment, vous qui étiez appelé de Dieu, suivez-vous le démon qui vous attire à lui? Comment, vous que J: C. avait attaché à lui, l’avez-vous abandonné, avez-vous retiré, éloigné vos pieds de ce chemin unique de la vraie gloire? (1)

Le juste, dit l’Ecriture, demeure dans la sagesse, immuable comme le soleil; mais l’insensé est changeant comme la lune : Homo sanctus in sapientia manet sicut sol; nam stultus ut luna mutatur (Eceli. xxvir. 12).

C’est au saint baptème que éommence la marche vers le ciel; et pour persévérer dans cette voie divine, on renonce d’avance aux obstacles qu’on rencontrera ; on renonce solennellement au démon, au monde , à ses pompes ét à ses œuvres; et l’on s'engage , à la face du ciel et de la terre, à vivre et à mourir pour J. C.; c’est-à-dire qu'on prend l’engagémént formel de persévérer dans la pratique du

(1) Doleo super te, fili mi, Gaufride; doleo super te, et merilo, Quis enim non doleat florem juventutis tuæ, quem, lætantibus angelis, Deo illibatum obtulcras in odorem suavitatis ; nunc a dætfonibus conculcari , vitiorum spurcitiis et seculi sordibus inquinari? Quomodo qui vocatus éras à Dev, revocantem diabolum sequeris ? Et quem Christus trahere cœperat post se, répénte pedem ab ipso introitu gloriæ retraxisti ? ( Epist. ad Gaufrid.)

Moyens de persévérer,

bien, et de s'éloigner du mal. Celui donc qui a le malheur de ne pas persévérer, oublie et méprise toutes ces résolutions. Alors c’est un renversement total et déplorable : on avait renoncé au démon et au monde ; et l’on sert maintenant et Satan, et le monde, et le vice, et les penchants mauvais, et le péché. On avait promis de ne servir, de ne suivre que J. C.; eton lui devient infidèle, on ne vent plus de lui. On veut Barabbas et non J. C. : Non hunc, sed Barabbam (Joann. xvrr. 40). Et plus insigne voleur que Barabbas, le démon et le monde dérobent, ravissent, enlèvent tout, et la grâce, et la vertu, et le mérite, et la gloire. On dit comme les Juifs déicides au temps de la passion : Nolumus hunc regnare super nos : Nous ne voulons pas que J. C. règne sur nous (Luc. xix, 14). On imite l’infâme Judas qui disait aux princes des prêtres : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam? (Matth. xxvr. 15.) Satan, monde, concupiscence , passions, que voulez-vous me donner, et je vous abandonne l'innocence de mon baptème, mes promesses, mes vœux, mon âme, mon salut; ma couronne, ma gloire, mon Dieu, mon éternité!

Hélas! que le nombre de ceux qui ne persévèrent pas est grand! et combien est petit le nombre de ceux qui ont le bonheur de persévérer dans les voies de la perfection! Le grand nombre commence bien, dit saint Jérôme; mais il n’y a que le petit nombre qui persévère : Cœpisse, multorum est; ad culmen pervenisse, paucorum (Lib. super Matth.). Cest pourquoi il est dit dans l'Evangile : Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus : Multi vocati, pauci vero electi (Matth. xx. 16).

4° LA vigilance. Que celui qui se croit ferme prenne garde de tomber, dit le grand Apôtre : Qui se existimat stare, videat ne cadat (IL: Cor. x. 42).

Vous marchez chargé d’or, prenez garde au voleur, dit saint Jérôme : Onustus incedis auro, latro tibi vitandus est (Epist.).

Veillez sur vous pour ne pas tomber, dit l’Ecclésiastique : Attende tibi ne incidas ( xxx. 27).

20 Pour persévérer jusqu’à la fin, il faut toujours considérer la finies

3° L'application aux choses de Dieu. Il est dit de Marie qu’elle gardait et méditait dans son cœur tout ce que disaient les bergers et les autres témoins de la naissance de J, C. : Maria autem conservabat ‘omnia verba hæc, conferens in corde suo (Luc. n. 19).

PERSÉVÉRANCE, & ÿ|

4e Vivre tous les jours comme si l’on commencait seulement l’œuvre de son salut, où comme si c'était le dernier jour de la vie, et comme on voudrait avoir vécu au moment de la mort...

5° Travailler en présence de J. C. et avec lui...

6° Observer exactement la loi de Dieu. Si votre loi, Seigneur, dit le Prophète royal, n’eùt pas été ma continuelle occupation, j'aurais péri : Misi quod lex tua meditatio mea est, tune periissem (cxvnr. 92).

7° Marcher en la présence de Dieu et de ses anges. Que votre. voyage soit heureux, dit Tobie; que Dieu soit.avec vous dans votre chemin, et que son ange vous accompagne : Pene ambuletis ; et sit Deus in itinere vestro, et angelus ejus comitetur vobiscum (v. 21).

& Pour persévérer, il faut, 4° reposer son âme en Dieu... ; 2° aimer Dieu de tout son cœur...; 3° désirer ardemment d’avancer en vertu... ; 4° considérer combien on peut faire de grandes œuvres. par la volonté ferme et la persévérance...; 5° ne pas oublier que toutes nos peines durent peu, et que la récompense dure éternellement...; G invoquer l’ange Gabriel, qui est l'ange de la constance, qui est appelé la force de Dieu...

9 Se rappeler que Dieu ne change pas, et limiter : Ægo Dominus, et non mutor (Malach. 11. 6).

. 40° S’attacher fortement au roc inébranlable de l’Église catholique , apostolique et romaine...

PIÈTÉ, (Voyez Verru ET CnRéTIEN.)

Qu'est-ce que

Eat A connaissance et la science de la piété, dit saint Jérôme, a piété ?

c’est de savoir la loi, de comprendre les prophètes, de croire à l'Evangile : Agnitio et scientia pietatis, est nosse legem , intellé prophetas, Evangelio credere (Lib. super Matth. ).

Dévotion , dit saint Thomas, vient de dévouement : c’est pourquoi on appelle dévots ceux qui se dévouent, qui se consacrent à Dieu , pour n’appartenir qu'à lui. Ainsi la dévotion ne paraît être autre chose que la volonté de se livrer à ce qui regarde le service de Dieu ; elle est donc un acte spécial de la volonté (4. p. q. art. 6).

La piété renferme la pratique de toutes les vertus...

KA eyes la Exencez-vous à la piété, dit saint Paul à son disciple Timothée :

Exerce teipsum ad pietatem (T1. 1v. 5), c’est-à-dire à toutes les vertus...

“Lt ,t La piété est utile à tout, dit le grand Apôtre; elle a les promesses

de la piété. de la vie présente et celles de la vie future : Pietas ad omnia utilis est, promissionem habens vitæ queæ nunc est, et futuræ (1. Tim. 1v. 8).

L’oblation de l’homme pieux engraisse l’autel, dit l’Ecclésiasti-

que, et exhale en présence du Très-Haut une suave odeur : Oblatio

justi impinguat altare, et odor suavitatis est in conspectu Altissimi

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