VI. Nativité de Marie
grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes : Ave, gratia plena, Dominus tecum ; benedicta tu in mulieribus (Luc. r. 28).
A la naissance de cette incomparable Vierge , les anges s’écrient : Quelle est celle-ci qui s’avance comme l’aurore naissante, belle comme la lune, brillante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ? Que est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens ; pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata? (Gant. vr. 9.)
Ne pouvait-on pas dire à la naissance de Marie, ce que l’ange dit aux bergers à la naissance de J. C. : Je vous annonce ce qui sera une grande joie pour tout le peuple ? Il vous est né aujourd’hui un sauveur. Gloire à Dieu, dans les hauteurs du ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ( Luc, 11. 40. 11. 14).
En créant Marie , Dieu pensait à J. C.; il ne travaillait que pour lui, dit Tertullien : C'hristus cogitabatur | De Resurrect. carnis, n°2). Ainsi, ne vous étonnez pas, dit Bossuet , ni s’il l’a formée avec tant de soin , ni s’il l’a fait naître avec tant de grâces : c’est qu'il ne l’a formée qu’en vue du Sauveur. Pour la rendre digne de son Fils , il la tire sur son Fils même, et devant nous donner bientôt son Verbe incarné, il nous fait déjà paraître aujourd’hui , en la nativité de Marie , un J. G. ébauché , si je puis parler de la sorte, un J. C. commencé, par une expression vive et naturelle de ses perfections infinies (Serm, 17 sur la Nativ. ).
Le Seigneur choisit Marie pour lui; jugez de quelles grâces et de quelles richesses il la combla dès sa naissance ! Je vois déjà briller en elle l'innocence de J. C., qui couronne sa tête. A la naissance de la Vierge, l'aurore du grand jour de J. C. se leva, dit saint Pierre Damien : Vata Virgine surrexit aurora ( Serm. xL in Assumpt.). La sérénité du matin est un gage de celle de la journée. Marie venant enfin annoncer la lumière, nous a donné par sa naissance le plus pur et le plus brillant des matins, dit le même Père : Maria sero præbia luminis , nativitate sua mane clarissimum serenavit (Ut supra). Que pensez-vous que sera cet enfant? disait-on à la naissance de Jean-Baptiste : Quis putas puer iste erit ? (Luc. 1. 66.) Que penser de Marie naissante? que sera-t-elle? Mère de Dieu! Voilà comment il faut mesurer sa grandeur. Elle est le temple vivant où se reposera Jéhovah! Avec elle arrivera notre salut... Que sera cetenfant? La mère de tous les mortels... |
La nativité donne Marie à la terre; l’assomption la donne au
ciel... Dans sa nativité ; Marie recoit tous les biens, et elle nous les communique...
Man veut dire docteur, maîtresse, guide sur la mer. Marie, dit saint Isidore , signifie Zwmière ou étoile de La mer ; car Marie a mis au monde la lumière éternelle ( Lib. VII £éymol. , e. x).
Tobie fit entendre ces paroles prophétiques : En vous invoquant, ils invoqueront un grand nom : NVomen magnum invocabunt in te (x. 15).
Vous serez grande, est-il dit de Judith, et votre nom sera prononcé dans toute la terre : Tu magna eris, et nomen tuum nominabitur in universa terra (xt. 2). Or, Judith n’était que la figure de Marie.
Aujourd’hui le Seigneur a rendu votre nom si glorieux, que la bouche des hommes ne cessera de vous louer : Æodie nomen tuum ita magnificavit ,ut non recedat laus tua de ore hominum (Judith. x1r. 15).
Le nom de Marie équivaut à une prophétie, dit saint Pierre Chrysologue. Il signifie salut pour ceux qui renaissent, gloire de la vertu, honneur de la pureté , arrivée de la chasteté, sacrifice d’un Dieu, tendresse miséricordieuse qui ne repousse personne, réunion de tout ce qu’il y a de saint. Le nom de la mère de J. C. est à juste titre un nom maternel (1).
Votre nom, à mère de Dieu, est plein de RRNTREE dit Méthodius (Orat. in Hyp.).
Les ennemis que nos yeux peuvent voir, dit saint Bernard , craignent moins une nombreuse armée rangée en bataille, que les puissances de l’air ne redoutent le nom de Marie; partout où elles le trouvent souvent prononcé , dévotement invoqué, partout où Von imite Les vertus de celle qui le porte, elles fondent et disparaissent comme la cire devant le feu (2).
L’invocation du nom de Marie sauve quelquefois plus promptement que celle du nom de Jésus , dit saint Anselme; non pas que le nom de Marie soit plus grand et plus puissant que celui de Jésus : il ne tire point sa grandeur et sa puissance de Marie , mais de Jésus
(1) Nomen hoc prophetie germanum est; hoc renascentibus salutare, hoc virtutis insigne, hoc pudicitiæ decus, hoc indicium castitatis, hoc Dei sacrificium, hoc hospitalitatis virtus, hoc collegium sanctitatis. Merito ergo matris Ghristi nomen hoc est maternnm (Serm. CXLVI).
(2) Non sic timent hostes visibiles castrorum aciem copiosam , sicut aereæ potestates Mariæ vocabulum : fluunt et pereunt sicut cera a facie ignis, ubicumque inveniunt crebram hujus nominis ARE devotam invocationem, sollicitam imitationem ( Speculi B. Virg., c, 1x ).