VII. Signification du nom de Marie
seul. Toutefois Jésus est le Seigneur et le juge universel ; il discerne les mérites de chacun de nous. Lors donc qu’il n’exauce pas quand on invoque son nom, il agit avec justice; mais lorsqu'on invoque le nom de sa mère, si celui qui l’invoque ne mérite pas d’être exaucé, les mérites de Marie intercèdent pour lui et font qu'il obtient ce qu'il demande en son nom ( De Excell. Virg., ce. 1). Le nom de Marie est le nom de la plus tendre des mères. Elle ne fait pas la fonction de juge, mais d’avocate, de protectrice...
Saint Léon qualifie de très-salutaire la bienheureuse Vierge : Saluthiferam (Serm. de Annunt.).
Comme la respiration , dit saint Germain, patriarche de Constantinople , est non-seulement un signe de vie, mais encore la cause même de la vie, ainsi la fréquente invocation du très-saint nom de Marie est la preuve qu’on a la précieuse vie de la grâce; et ce nom la conserve, communiquant la joie et la force en toute occasion (Serm. de Zona B. Virg.).
Dieu, dit saint Paul, a élevé J. G., et lui a donné un nom qui est au-(lessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers ( Philipp. n. 9. 10). Aïnsi en est-il du nom divin'de Marie. Le nom de Marie, c’est Marie ellemême : ce nom, c’est sa renommée, sa gloire, sa grandeur, sa sainteté, ce qui la fait connaître. Après le nom de Jésus, il n’y a pas de nom qui assure le salut comme le nom de Marie. Ce nom renferme toute l’économie de Pincarnation et de la rédemption...
O nom béni, nom plein de douceur! Votre nom, 6 Marie, est V’huile de la consolation et de la force : Oleum effusum nomen tuum (Gant. 1. 3).
L'huile, dit saint Bernard, éclaire, entretient le feu, nourrit et assouplit; elle fortifie le corps .et calme la douleur ; c’est à la fois une source de lumière, un aliment, un remède. De même, le nom de Marie est une huile très-douce : prononcez-le , il éclaire ; méditez-le, il nourrit; invoquez-le, il adoucit et ferme les blessures. Le souvenir du nom de Marie fortifie, il ranime , il aide à pratiquer la vertu ; il soutient les bonnes mœurs et protége la pureté. Sans la douceur, sans le sel de ce nom chéri, toute nourriture est insipide. Le nom de Marie donne la foi, l'espérance et l'amour; il ramène le pécheur, il fait persévérer le juste, il écrase la tête du serpent, il ferme l’enfer , il donne entrée dans le séjour des élus. Ce nom est la clef du ciel; on le prononce, et il fait céder la porte du paradis. II met en fuite la paresse , la tiédeur, la colère, l'orgueil, la luxure, et éteint
les flammes des passions. Le nom de Marie me rappelle l'humilité, la pureté, la patience, l'amour de la mère de Dieu; il m’engage à limiter. Ce nom porte avec lui la paix, la vertu , l’ordre , l’harmonie, la prospérité ( Serm. xv in Cant.).
Le nom de Marie, 1° calme la colère et toutes les passions. ; 2o il
apporte la grâce et la miséricorde...; 30 il soutient l’âme et lui communique le feu de la charité...; 4 il protége l’honneur et la réputation; 5° il console les afiligés...; 60 il donne la victoire... ; To il enivre par de secrètes délices..; 80 il guérit tous les maux... . Que ce nom divin de Marie soit dans votre cœur , dans votre bouche ; qu’il soit votre force, votre consolation, votre joie ; ayez-le sur vos lèvres, dans vos lectures, vos prières, vos méditations; qu'il vous accompagne durant la vie, à la mort, et qu'il repose sur votre tombeau comme un gage de résurrection.
Le nom de Jésus, dit saint Bernard, est doux comme le miel dans la bouche ; c’est une mélodie pour les oreilles, une joie pour le cœur : Jesus est mel in ore , melos in aure , jubilus in corde (Serm. xv in Cant.).
Le nom de Marie produit les mêmes effets...
SEreneur, je vous prie, envoyez celui que vous devez envoyer : Obsecro , Domine, mitte quem missurus es ( Verba Moysis ad Dom. Ezxod. 1v. 13 ).
Les promesses faites aux patriarches vont s’accomplir.….
L'ange Gabriel , dit l'Evangile , fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée , appelée Nazareth , à une vierge; et Marie était le nom de la vierge. Et l’ange étant entré où elle était, lui dit : Je vous salue , pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous : vous êtes bénie entre toutes les femmes (1). * :
Je vous salue, s’écrie saint Grégoire Thaumaturge, temple du Dieu vivant ; vous enfanterez celui qui sera la suprême joie de l’univers ; vous serez la gloire des vierges et le bonheur des mères : Ave, animatum Dei templum , Iquia summum toti mundo gaudium paries ; eris virginum gloriatio, et matrum jubilatio (Serm. 11 de Annunt.).
Pleine de grâce : Gratia plena. Elle les a reçues toutes. Marie est
(1) Missus est angelus Gabriel a Deo in civitatem Galileæ, cui nomen Nazareth, ad virginem ; et nomen virginis Maria. Et ingressus angelus ad eam , dixit : Ave gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus (Luc. 1. 26-28),
VIIT. Annonciation etincarnation.
la bien-aimée de Dieu... La grâce est descendue sur elle comme un fleuve immense ; les saints n’en ont eu que des ruisseaux...
Voilà, dit saint Pierre Chrysologue, voilà la grâce qui a donné au ciel la gloire, un Dieu à la terre, la foi aux nations, la mort aux vices, l’ordre à la vie, une règle aux mœurs : Ac est gratia quæ dedit cœlis gloriam, terris Deum , fidem gentibus, finem vitiis, vitæ ordinem, moribus disciplinam ( Serm. cxLrT ).
L'ange a apporté cette grâce, continue ce grand saint, et la Vierge Va reçue, elle qui devait procurer le salut à tous les siècles : Zanc gratiam detulit angelus, accepit Virgo, salutem seculis redditura ( Serm, CXLHI ).
Une jeune Vierge conçoit un Dieu; elle le recoit dans son sem pour donner la paix à la terre, le triomphe au ciel, le salut aux hommes, la vie aux morts ; pour unir l’homme à Dieu, pour abaisser Dieu jusqu’à l’homme, et de celui-ci faire presque un Dieu.
Marie est remplie de grâces, dit saint Augustin , Eve est purifiée de sa faute; la malédiction d’Eve se change en bénédiction dans Marie : /mpleta est Maria gratia, et Eva vacuata est culpa ; maledictio ÆEvæ in benedictionem mutatur Marie (Serm. xviri de Sanctis ).
Le Seigneur est avec vous : Dominus tecum. Ces paroles de l’ange expliquent la plénitude de grâces dont Marie a été enrichie : le Seigneur l’assiste , il est avec elle d’une manière spéciale, pour opérer unique et divin ouvrage de l’incarnation du Verbe. Aussi saint Augustin commentant ces paroles s'exprime ainsi : Le Seigneur , Ô Marie , est avec vous, il est dans votre âme, il est venu à votre aide , il est dans votre sein : Tecum Dominus in mente, tecum în auxilio, tecum in ventre ( Serm. ejusd. ).
Qu’y a-t-il de surprenant , dit saint Bernard , si Marie était pleine de grâce, puisque Dieu était avec elle? Quid mirum si gratia plena erat, cum qua Dominus erat? (Serm. 11 super Missus est). Il faut plutôt admirer, ajoute ce grand docteur , comment celui qui avait envoyé l’ange a été trouvé par lui présent en Marie : Sed potius hoc mirandum , quomodo qui angelum miserat ad Virginem , ab angelo inventus est esse cum Virgine (Serm. ejusd. ). Dieu fut plus agile que l'ange , il le prévint. A la vérité, Dieu est avec tous les saints ; mais il était spécialement avec Marie , à laquelle il s’unit si étroitement , qu'il s’unit non-seulement sa volonté, mais son corps ; comme si de sa substance et de celle de la Vierge, il formait un Christ qui, sàns être entièrement l’œuvre ou de Dieu , ou de Marie , fût à la fois tout
de Dieu et tout de Marie; et ne fût pas deux fils, mais un seul fils de l’un et de l’autre (1).
Saint Bernard enseigne ensuite que la sainte Trinité est avec Marie. Dieu le Fils, que vous revèêtez de votre chair, s’écrie-t-il, n’est pas seul avec vous, Ô Marie; mais encore Dieu l’Esprit-Saint par qui vous concevez; et Dieu le Père qui a engendré celui que vous concevez : Mec tantum Dominus Filius tecum , quem carne tua induis ; sed et Dominus Spiritus Sanctus de quo concipis; et Dominus Pater, qui genuit quem concipis (Serm. 11 super Missus est), Avec vous est le Père qui a fait de son Fils votre fils; avec vous est le Fils qui accomplit l’admirable mystère de l’incarnation; avec vous est le Saint-Esprit qui, de concert avec le Père et le Fils, sanctifie votre sein virginal (2).
Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; Benedicta tu in mulieribus.
Soyez donc bénie , à bienheureuse Vierge , s’écrie sainte Brigitte, vous en qui le Tout-Puissant s’est fait enfant; vous dont le Seigneur éternel est devenu le fils dans le temps; vous en qui Dieu , le Créateur invisible , s’est fait créature visible ! (Lib, [IT Revel. , c. xx1x.)
Elle est vraiment bénie, dit saint Pierre Chrysologue, celle qui fut plus élevée que le ciel, plus puissante que la terre, plus étendue que l’univers; car elle seule a contenu celui que le monde entier ne peut contenir. Elle a porté celui qui porte le monde; elle a engendré son Créateur ; elle a nourri celui qui nourrit tout ce qui vit. Autrefois la bénédiction des patriarches fut dans la graisse de la terre. Voici qu’à son tour notre terre, le sein de st donne son fruit divin (3).
Marie, ayant entendu l’ange, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'ange lui dit : Ne craignez point , Marie; vous avez trouvé grâce près du Seigneur : Quæ cum audisset , turbala est in sermone ejus, et cogitabat
(1) Cum Maria utique tanta ei consensio fuit, ut illius non solum voluntatem, sed etiam carnem sibi conjungeret, ac si de sua Virginisque substantia unum Christum efficeret. Qui, etsi, nec totus de Deo, nec totus de Virgine, totus tamen Dei, et totus Virginis esset; nec duo filüi, sed unus utriusque filius ( Serm. 111 super Missus est).
(2) Pater tecum qui filium suum facit et tuum; Filius tecum ad condendum mirabile sacramentum ; Spiritus Sanctus tecum, qui cum Patre et Filio , tuum sanctificat uterum ( Serm. 111 super Missus est).
(3) Vere benedicta quæ fuit major cœlo , fortior terra, orbe latior. Nam Deum quem mundus non capit, sola cæpit. Portavit eum qui portat orbem; genuit genitorem suum ; nutrivit omnium viventium nutritorem. Fuit olim patriarcharum benedictio in pinguedine terræ. Ecce terra nostra dedit fructum suum (Serm. CxLY).
Fusil