X. Marie est mère de Dieu
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nations de l’univers; écoutez, regardez et soyez dans l’étonnement! Voici un prodige nouveau , la plus grande merveille dont les siècles seront témoins, le chef-d'œuvre de la main de Dieu : une vierge concevra et enfantera (Jerem. xxxr. 22). Cette Vierge , qui est la fille ; l'épouse et la mère de Dieu , sera la reine des anges. Elle unit Dieu à l’homme, le ciel à la terre , la maternité à la virginité, les pécheurs à la sainteté. Voilà pourquoi les esprits célestes la vénèrent; voilà pourquoi l'Eglise lui rend non pas le culte d'honneur ou de dutie qu’elle rend aux saints, mais un culte spécial qui porte le nom d’Ayperdulie, et qui ne le cède qu’à celui qui convient à Dieu.
Marie concevra et enfantera. Voyez combien la virginité est féconde : elle conçoit et enfante Dieu créateur de toutes choses! Le corps de la Vierge est le ciel de Dieu, dit saint Ambroise : Virginis corpus cœlum est Dei (De Nativ.).
Eve, s'étant laissé corrompre, dit saint Fulgence, induisit en erreur le premier homme : Marie, demeurée vierge et sans tache, conçut le second homme. La méchanceté du démon déprava l’âme de l’épouse d'Adam, qu’il avait séduite : la grâce de Dieu conserva parfaitement purs l’âme et le corps de la mère du nouvel Adam (1).
O0 enfantement unique , qui eut lieu sans douleur! s’écrie saint Bernard ; enfantement qui fut le seul pur, le seul exempt de péché, et qui, loin de souiller un sein virginal , l’a consacré comme un temple ! O naissance qui êtes au-dessus de la nature, et par la grandeur du miracle, et par la vertu dumystère! (Serm. 1 in vigil Notiv.)
Manre de qui est né Jésus : Mariæ de qua natus est Jesus (Matth. 1. 46). Ces parolessignifient que Marie est mère de Jésus fait homme ; mais Jésus fait homme étant uni hypostatiquement à Dieu, est homme-Dieu. Et comme il n’y a qu’une personne en J. C., qui est la personne divine, Marie est vraiment mère de Dieu.
Le Verbe s’est fait chair, dit l’évangéliste saint Jean : Verbum caro factum est (1. 14). Et le Verbe était Dieu : Æ® Deus erat Verbum (Id. 1. 4 ). Or, le Verbe-Dieu s’étant incarné dans le sein de Marie, Marie est nécessairement mère de Dieu. O dignité sublimeetunique!.…
Marie mère de Jésus! Saint Thomas enseigne que Dieu ne peut
(1) Primum hominem mulier, corrupta mente, decepit; secundum hominem virgo, incorrupta virginitate concepit. In primi hominis conjuge , nequitia diaboli seductam depravavit mentem; in secundi autem hominis matre, gratia Dei, ct mentem integram servavit et carnem (Epist.),
rien faire de plus grand que l’incarnation du Verbe, et la maternité divine de la bienheureuse Vierge. En effet, l’incarnation unit humanité à la divinité par l’union hypostatique; et d’autre part, la maternité divine est la consanguinité même avec Dieu. Par cette maternité, Marie est à Dieu ce qu’une mère est à son fils et, sil se peut, davantage; car Marie est plus entièrement mère que les autres mères : les autres Le sont de concert avec le père; Marie est à la fois le père et la mère de Jésus, puisque seule elle le conçut , seule elle l'a engendré , non pas naturellement, mais surnaturellement, ce qui est bien plus parfait et plus intime (Sum. éheol. 1. p. q. 33. art. 6. ad 4).
De la dignité de mère de Dieu découlent tous les dons et tous les priviléges accordés à Marie, non-seulement sur les hommes, mais sur les anges. Comme l’humanité de J. C., unie à la divinité, est Dieu , Marie , par cette union, est devenue mère de Dieu, et a reçu tous les dons divins au suprème degré.
Qu’une femme , dit saint Bernard , ait conçu et enfanté un Dieu, cela a été le plus grand des miracles ; car il a fallu, si je puis m’exprimer ainsi, que, par une infinité de perfections et de grâces, cette femme fût élevée à une sorte d'égalité divine, égalité que jamais créature n’avait reçue. Aussi, je ne crois pas que l'esprit humain , ou même l'intelligence angélique, ait pu jamais pénétrer l’abime insondable de toutes les grâces que la bienheureuse Vierge a reçues du Saint-Esprit à l’heure de la conception divine (1).
Saint Bernard fait remarquer que la dignité de mère de Dieu est une dignité presque infinie , qui exige un degré de grâce proportionné. De là , dit-il, on peut conclure que la bienheureuse Vierge, dans la conception du Fils de Dieu, a acquis par son consentement un plus grand mérite que n’en ont acquis par tous leurs actes , tous leurs mouvements et toutes leurs pensées, tous les anges et tous les hommes. En effet, tous ceux qui méritent, n’ont pu mériter autre chose que la gloire éternelle à différents degrés. Par son admirable consentement, la Vierge, au contraire, a mérité lextinction entière de la concupiscence , la première place parmi les créatures ,
(1) Quod femina conciperet et pareret Deum, fuit miraculum miraculorum: Oportuit enim, ut sic dicam, feminam elevari ad quamdam æqualitatem divinam per quamdam quasi infinitatem perfectionum et gratiarum; quam æqualitatem creatura nunquam experta est. Unde, ut credo, ad illum abyssum imperscrutabilem omnium charismatum Spiritus Sancti, quæ in B. Virginem descenderunt in hora divinæ conceptionis, intellectus humanus, vel angelicus , nunquam potuerunt attingere (Concl. Lx, C. xt).
l'empire de l’anivers , la plénitude de toutes les grâces, de toutes les vertus , de tous les dons, de toutes les béatitudes , de tous les fruits du Saint-Esprit , de toutes les sciences , l'intelligence des langues , le don de prophétie, la connaissance des esprits , et la science des vertus. Elle a mérité d’être féconde en demeurant Vierge , et de devenir la mère du Fils de Dieu. Elle a mérité d’être l'étoile de la mer , la porte du ciel, et par-dessus tout d’être appelée la reine de la miséricorde , et d'obtenir les effets d’un pareil nom. Aussi lui applique-t-on à bon droit ces paroles des Proverbes : Beaucoup des filles des hommes ont amassé de grands trésors; mais vous , vous les avez toutes surpassées (1).
Saint Antonin croit que la bienheureuse Vierge , dans la conception du Verbe, a vu l’essence même de Dieu , puisqu’elle la recevait en elle-même (Sum, theol., p. IV., tit. xv, ce. xvir ).
Saint Augustin et saint Thomas disent que saint Paul vit l’essence de Dieu lorsqu'il fut ravi jusqu’au troisième ciel. Mais si saint Paul reçut cette grâce, combien, à plus forte raison, la bienheureuse Vierge mère de Dieu? Ce sentiment est celui d’un grand nombre de Pères , parmi lesquels il faut compter saint Bernard , et une foule de grands théologiens. Saint Jean Damascène et saint Anselme enseignent que Marie , au moment où elle devint mère du Verbe , recut une claire révélation de sa prédestination et de sa future exaltation au-dessus de tous les chœurs des anges ( De Dormit. Deiparæ. — De excellent. Virg., ©. ri1 et 1v ).
Heureux , à Jésus, le ventre qui vous a porté , et les mamelles que vous avez sucées! Beatus venter qui te portavit, et ubera quæ succisti! (Luc. xr. 21.) Ces paroles de l'Evangile font dire à Méthodius : Incomparable Vierge , vous contenez celui qui contient tout ; vous portez celui qui porte tout d’une seule parole ; vous possédez celui qui possède tout (Orat. in Hyp. ).
(1) Dignitas Dei matris, est dignitas quasi infinita, quæ exigit gratiam proportionatam. Ex his colligi potest virginem beatam in conceptione Filii Dei, consensu plus meruisse, quam omnes creaturas , tam angelos quam homines, in cunctis actibus , motibus , ac cogitationibus suis. Nempe omnes qui meruerunt, nibil aliud potuerunt mereri, nisi, secundum varios status et gradus , gloriam sempiternam : hæc autem virgo, in illo admirando consensu, meruit totalem fomitis extinctionem, dominium et primatum totius orbis , plenitudinem omnium gratiarum, omnium virtutum, omnium donorum, ompium beatitudinum, omnium fructuum Spiritus , cunctarum scientiarum, interpretationes sermonum, spiritus prophetiæ, discretiones spirituum , operationes virtutum. Meruit fæcunditatem in virginitate, maternitatem Filii Dei, Meruit quod sit stella maris , porta cœli , et super omnia , quod regina misericordiæ nuncupatur , ac talis nominis consequatur effectum. Unde merito in Proverbiis : Multæ filiæ congregaverunt divitias, tu supergressa es universas ( Ut supra ).
Quel trône glorieux que le trône où se tient le Verbe fait chair à quel char royal que celui qui le porte ! s’écrie saint Grégoire de Nicomédie : Thronum gloriosum et regium vehiculum , quo vectum Verbum cum carne advenit (Orat. de Præsent. B. Virg. ).
Servir Dieu , dit saint Bernard , c’est régner ; le porter, n’est pas un fardeau, mais un ornement. Vous , à Marie , Vous vêtez ce grand Dieu, et il vous revêt; vous le vêtez de votre chair, et il vous revêt de la gloire de sa majesté; vous prêtez un nuage au soleil , et lui vous enveloppe de ses rayons (1).
L’Incompréhensible, dit saint Ambroise, opérait en sa mère d’une manière incompréhensible : /ncomprehensibilis incomprehensibiliter operabatur in Matre (Serm. de B. Virg. }.
Qu’y a-t-il de plus grand que la mère de Dieu , qui a renfermé dans son sein la grandeur de la majesté suprême. Contemplez la dignité des séraphins, ils sont au-dessous de Marie; Dieu seul est au-dessus d'elle (Serm. de Nativ. B, Virg.).
Marie a été mère de Dieu selon la chair, dit saint Jean Damascène ; son sein est le ciel dans lequel a habité celui qu'aucun lieu ne peut contenir : Water Dei secundum carnem fuit ; cujus venter cœlum est, in quo habitavit is qui nullo loco capi potest (De Laud. Virg. ).
Marie est la créature qui a acquis le plus de mérites; car , pour arriver à concevoir le Verbe, dit saint Grégoire , elle a élevé ses mérites au-dessus de ceux des anges, et jusqu’au trône de Dieu : U# ad conceptionem Verbi pertingeret, meritorum verticem super omnes angelorum choros , usque ad solium deitatis erexit (Serm. de Nativ. ). Voilà pourquoi elle a été conçue de toute éternité dans l'intelligence divine ; le monde n’était pas , qu’elle existait déjà...
Si quelqu'un, dit saint Bernard , considère à quoi , dans l’incarnation , devait aboutir le consentement de Marie , il comprendra clairement que toute dignité et toute perfection, tant de l’âme que du corps , est renfermée dans le titre auguste de mère de Dieu. Marie surpasse infiniment en mérites tout ce qu’on peut imaginer ou exprimer au-dessous de Dieu. Pour que J. C., terme ineffable de toutes choses, s’incarnât dans son sein virginal, il a fallu qu'il trouvât en elle une perfection digne de lui (Serm. zx, art. mx, c. x ).
Le titre de mère de Dieu l’emporte sur toutes les dignités possibles, comme l’or l’emporte sur le plomb et le ciel sur la terre. La
(1) Cui servire regnare est; gestare hunc, non oneri est, sed ornari. Et vestis eum, et vestiris ab eo; vestis eum substantia carnis, et vestit ille te gloria majestatis suæ; vestis solem nube, et sole ipsa vestieris ( Serm. VII in Psal. ).
maternité divine est une dignité incomparable et incompréhensible; çar , ainsi que nous l’avons déjà dit, cette maternité est une étroite consanguinité avec Dieu. Par elle, la bienheureuse Vierge est élevée si haut, qu’elle devient de l’ordre divin , et qu’elle a pour fils consubstantiel en tant qu’il est homme , le même Dieu que le Père a pour Fils consubstantiel en tant qu’il est Dieu. C’est pourquoi, comme le Père dit au Verbe : Vous êtes mon Fils; je vous ai engendré aujourd’hui : Filius meus es tu, ego hodie genui te (Psal. 11. 7); Marie peut lui dire : Vous êtes mon fils; je vous ai engendré aujourd’hui.
Marie est supérieure à toutes les créatures ; elle est la mère, la fille et l’épouse de Dieu , la mère du Verbe, la fille unique du Père, l'épouse du Saint-Esprit.
Comme le Père, Marie a pour fils la seconde personne de l’auguste Trinité. Le Verbe, qui a Dieu pour père, a Marie pour mère.
Qu'est-ce donc que le titre de mère de Dieu? quelle est cette dignité? Ke
Être mère de Dieu , c’est être en quelque sorte supérieure à Dieu; c’est concevoir et enfanter un Dieu; c’est lui donner l’essence humaine, sa propre substance, son corps, sa chair et son sang ; c’est avoir sur lui les droits qu’une mère a sur son enfant, sur sa race ; c’est le voir soumis comme un fils, tellement qu’il vous appelle sa mère, vous respecte, vous honore, vous aime comme sa mère et vous obéisse. Dieu doit combler sa mère de dons et de grâces, comme il convient à une mère et à un fils, Dieu de toute éternité; car l’honneur d’un fils est solidaire de celui de sa mère. Pour demeurer digne de son fils, il faut que la mère d’un roi soit reine; ainsi , pour être digne de Dieu, il faut que sa mère soit mise en possession d’un pouvoir et d’honneurs presque divins. Il serait honteux pour un roi d’avoir une mère mdigne de lui ; il ne conviendrait point à un Dieu d’avoir une mère qui ne serait pas ornée des vertus et des qualités qui conviennent à Dieu...
Emerveillé et comme hors de lui-même à la pensée de l’honneurde la maternité divine , saint Bernard s’écrie : D’une et d’autre part, il y a de quoi s’étonner et crier au prodige : Dieu obéit à une femme ; n'est-ce pas une humilité sans pareille? Une femme commande à Dieu; n’est-ce pas une grandeur sans pareille ? (1)
(1) Utrinque stupor, utrinque miraculum, et quod Deus feminæ obtemperet:
humilitas absque exemplo ; et quod Deo femina principetur , sublimitas sive socia (Serm, 11 super Missus est ).
En dehors de l’union hypostatique du Verbe avec l'humanité , il n’y a pas d'union aussi étroite que l’est l’union du Verbe avec sa mère par l’incarnation; et Dieu , dit saint Thomas , ne saurait en établir une plus intime et plus sublime. On doit dire que l’hamanité de J.G., par cela qu’elle est unie à Dieu; et la bienheureuse Vierge, par cela même qu’elle est mère de Dieu, ont une certaine dignité infinie issue du bien infini, qui est Dieu; aussine peut-il rien exister de meilleur qu'eux , comme il n’est rien de meilleur que Dieu (1).
Concluons de là que la dignité de mère de Dieu, quoïqu’elle ait des bornes , lorsqu'on l’envisage sous le rapport de l’être qui la recoit , parce que de sa nature cet être n’est pas infini, est cependant infinie quant à son objet, qui est J. G., Fils de Dieu fait homme.
Sous Josué, le soleil s’arrêta ; du temps d’Ezéchias, il rétrograda ; voici un prodige plus grand : une vierge devient mère de Dieu ; léternel soleil de justice descend dans le sein de Marie. Sous Moïse, parut un buisson qui brülait sans se consumer et en conservant sa verdure ; ici paraît une femme qui conserve sa virginité tout en devenant mère. Quoique desséchée, la verge d’Aaron fleurit; ici, c’est la tige de Jessé qui donne le fruit désiré des nations. Pharaon vit la verge de Moïse changée en serpent; ici nous voyons Dieu se faire homme et devenir semblable aux pécheurs. Le peuple de Dieu dans le désert vit la manne tomber du ciel chaque matin pendant quarante ans; ici nous voyons le Verbe descendre du ciel et s’incarner dans le sein de Marie. Elisée vit Elie s’élever dans les airs; ici nous voyons la nature humaine s'élever jusqu’à la divinité et s'unir au Verbe éternel. C’est donc à juste titre que l'Eglise fait entendre dans ses chants sacrés ces paroles en l’honneur de la mère de Dieu : Ayez pitié des pécheurs, vous qui avez enfanté votre Créateur au milieu de l’étonnement et de l’admiration de la nature entière : Tu quæ genuisti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem...… peccatorum müserere (Hym. Alma Redemptoris). s
Marie , mère de Dieu, est la merveille des siècles , l’étonnement de la nature , le prodige de l’univers. 0 miracle nouveau , inconnu, qu’on n’avait jamais vu, et qu’on ne reverra jamais ! Une femme est mère du Verbe, le géant de l’éternité. Ce grand Dieu ne se
(1) Dicendum quod humanitas Christi, ex hoc quod est unita Deo; et B. Virgo , EX hoc quod est mater Dei, habent quamdam dignitatem infinitam ex bono infinito, quod est Deus : et ex hac parte, non potest aliquid fieri melius eis, sicut non potest aliquid melius esse Deo (1. p. q. 15. art. 6. ad 4).