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XIV. Marie est notre mère

KV. Marie est l'océan des grâces.

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En réparant tout par ses mérites , la bienheureuse mère de Dieu , dit saint Anselme , est devenue Ja mère de tous : Beata Dei genitrix ; suis meritis cuncta reparando , mater est (De Excell. Virge, ext).

Par son consentement à l’incarnation, la bienheureuse vierge, dit saint Bernard, a demandé du fond de son cœur et a procuré le salut de tous les élus. Depuis lors, elle les a tous portés dans son sein, comme la meilleure des mères porte ses enfants (1).

Ecrions-nous donc avec l’Eglise : Marie , mère de grâce , mère de miséricorde, protégez-nous contre les tentations de l’ennemi , et recevez-nous à l'heure de notre mort: Maria, mater gratiæ , mater misericordiæ, tu nos ab hoste protege, et hora mortis suscipe.

En s’incarnant, J. C. est devenu notre frère ; d’un autre côté, saint Paul assure que nous sommes les membres de J.C. (T. Gor. xt 27). Marie est donc notre mère comme Dieu est notre père! Oh! que l’homme est heureux et grand!

Avoir Marie pour mère! c’est un bonheur, une richesse, un incomparable avantage... Rendons-nous dignes d’elle...; soyons d’autres J. C...; invoquons-la , honorons-la , imitons-la..….

IL est dit dans l'Evangile que Marie enfanta son fils premier-né : Peperit filium suum primogenitum (Luc. 11.7). Son premier-né est J. C.; les autres fils qu’elle enfante sont tous les hommes...

Mani, dit saint Bonaventure, est pleine de grâce; elle est l'océan des grâces. Comme tous les fleuves se jettent dans la mer, ainsi toutes les grâces qu'ont eues les anges, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, se sont rencontrées dans Marie (2).

Marie est pleine de grâce , et par là très-aimée de Dieu...

La grâce de Marie, dit saint Pierre Chrysologue, a donné au ciel la gloire , à la terre un Dieu, aux nations la foi, aux vices la mort, à la vie l’ordre , aux mœurs une règle : Hœc est gratia que dedit cælis gloriam ; terris Deum, fidem gentibus, finem vitiis, vitæ ordinem, moribus disciplinam (Serm. cxLIn ).

Je vous salue, pleine de grâce, lui dit l'ange; le Seigneur est avec vous : Ave, gratia plena, Dominus tecum (Luc. 1. 28).

(1) Virgo, per consensum in incarnationem , omnium electorum $alutem visceratissime expetiit et procuravit; et ex tune in suis visceribus omnes bajulavit, tanquam verissima mater filios suos (T. IIL, serm. vi, art, 2, c. 11). -

(2) Maria fuit plena gratia, ideoque mare gratiarum. Quare sicut omnia flumina intrant in mare, sic omnes omnino gratiæ, quas habuerunt angeli, patriarchæ , pro= phetæ, apostoli, martyres, confessores, virgines, confluere in Mariam (Speculi, ©. 11).

ke.

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Marie, dit saint Jérôme, est vraiment pleine de grâce. Aux antres créatures la grâce est donnée par gouttes ; mais dans l’âme de Marie la plénitude des grâces a été répandue : Sane plena, que cæteris per partes præstatur; Mariæ vero se tota infundit plenitudo gratiæ ( De Assumpt.). La plénitude de grâce qui estenJ. C., est descendue en Marie , quoique d’une manière différente » dit le même docteur : In Mariam totius grati® plenitudo quæ in Christo est, venit > Quamvis aliter (Ut supra).

D’après les théologiens, Marie, dans le seul moment de son immaculée conception, a reçu une grâce plus grande que celle des plus élevés d’entre les anges... Et saint Grégoire dit que la première grâce de Marie surpassa celles qu'ont reçues tous les saints ensemble ; parce que toutes les grâces accordées aux saints ne l'ont été que pour en faire des saints, tandis que la première grâce accordée à Marie l’a été pour procurer l’incarnation de J. C., le Saint des saints (Serm. de Nativ. B. Virg.).

À chaque instant la grâce de Marie s’'augmentait; or, cette bienheureuse vierge a vécu soixante - douze ans, Jugez quelle abondance de grâces elle a reçue... Marie est plus agréable elle seule à J. C., elle lui rend plus de gloire, que tous les anges et tous les saints réunis.

Soyez louée; à sainte mère de Dieu, s’écrie saint Cyrille ; car vous êtes la perle précieuse de l’univers, un flambeau qui ne peut s’éteindre , la couronne de la virginité , le sceptre de la vraie foi (4).

Je vous salue , s’écrie saint Chrysostome , Ô mère , 6 vous: qui êtes Le ciel et le trône de Dieu, l’honneur de notre Eglise, sa gloire et sa force :-Ave, mater , cælum, thronus, Ecclesiæ nostræ decus glorta, firmamentum (Serm. de Deipara).

Saint Ephrem salue Marie comme l’unique espérance des patriarches, la gloire des prophètes , la voix des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie des saints, la lumière d'Abraham ; d’Isaac et de Jacob, la gloire d’Aaron, la splendeur de Moïse, la toison de Gédéon , celle qui réunit en elle les saintes hiérarchies et qui est la couronne des vierges par sa beauté et son incomparable éclat (Serm. de Laud. Virg.).

(1) Sit tibi sancta mater Dei, laus ; tu enim es pretiosa margarita orbis terrarum, tu lampas inexstinguibilis , corona virginitatis , sceptrum orthodoxæ fidei (Homil, contra Nestor).

Je vous salue , Marie, pleine de grâce! s’écrie saint Bernard; vous êtes agréable à Dieu , aux anges et aux hommes : aux hommes par votre fécondité, aux anges par votre virginité, à Dieu par votre bunilité (1).

Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle , dit Le Psalmiste : Sanctificavit tabernaculum suum Altissimus (xuv. 3). Marie est ce tabernacle. Dieu s’est incarné en Marie; le corps de J. C. a été formé de la substance de cette bienheureuse Vierge devenue mère de Dieu ; voilà des titres qui devaient nécessairement attirer sur Marie la plénitude de toutes les grâces et en faire un océan presque sans rivages , océan dont la profondeur est incommensurable..…. En J.C., dit saint Paul, habite corporellement toute la plénitude de la divinité : /n ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis cor por aliter ( Coloss. n.9). Mais le corps de J. C. appartient à Marie; la plénitude de la divinité est donc en quelque sorte en elle...

Comme l’océan réunit toutes les eaux ; ainsi Marie réunit toutes grâces , dit saint Bonaventure : Sicut in mari aquarum, iéa in Mar ia sunt congregationes gratiarum (De Laud. Virg., c. vir ).

Les fleuves vont à l'Océan et y mêlent leurs eaux : Marie , fleuve de grâces, s’unit à l’océan divin et s’y confond. Quelle est , s'écrient les anges pleins d’étonnement, en voyant la plénitude des grâces dont Marie a été enrichie ; quelle est celle-ci qui s'élève du désert, inondée de délices , appuyée sur son bien-aimé? Queæ est ista, quæ ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectum suum ? (Cant. vi. 5.)

La grâce, en Marie, est proportionnée à la dignité; or la dignité dé mère de Dieu est presque infinie...

La grâce de la sainte Vierge est immense , dit saint Ephrem : Gratia sanct@ Virginis est immensa ( Orat. de Laüd. Virg. ).

Le sentiment manque et la langue fait défaut à celui qui désire de considérer et d'exprimer l’immensité de votre grâce et de votre gloire, Ô bienheureuse Vierge : Zmmensitatem gratiæ tuæ et gloriæ tuæ considerare cupienti, o Virgo, sensus deficit, lingua fatiscit (De Excell. Virg. ).

La Vierge, dit saint Jean Damascène, est le trésor de la vie, l’abime incommensurable de la grâce : Virgo vitæ thesaurus, gratiæ abyssus immensa ( Orat. 11 de Dormit. Virg. ).

(1) Ave, Maria, gratia plena; quia Deo, et angelis, et hominibus grata : hominibus

per fæcunditatem , angelis per virginitatem, Deo per di dt ( Serm. in inter Parvos ).

La grâce dont Marie a été comblée fut immense , dit saint Bonaventure; car un vase immense ne peut être rempli, à moins que ce qui le remplit ne soit immense : mais Marie a été un vase hors de mesure, puisqu'elle a pu contenir celui qui est plus grand que le ciel.O Vierge presque infinie, vous surpassez l'étendue des cieux; car vous avez donné une demeure à celui que le ciel ne limite pas. Vous êtes plus grande que le monde; car celui que univers ne saurait contenir s’est incarné dans votre sein. Si donc le sein de Marie a été si grand, combien plus l’est son âme! Si sa capacité a dépassé toute mesure , il a fallu que la grâce qui l'a remplie fût elle-même sans mesure (1).

La plénitude de la grâce est due à la mère de Dieu, dit saint Cyprien : Matri Dei plenitudo gratiæ debetur (Serm. de Nativ. Christi). Aux autres, dit Sophronius, la grâce est donnée avec mesure ; mais sur Marie, elle est répandue sans mesure (Serm. de Assumpt. ).

La mesure de grâce qu’a recue Marie, dit saint Laurent Justinien : à certainement été grande et pleine; elle a débordé : Magna profecto fuit Mariæ gratia , exuberans atque completa ( De B. Virg.).

Tous les fleuves de grâce qu'ont recusles saints et tout ce qui les rend agréables à Dieu, se trouvent dans Marie, dit saint Bonaventure : le fleuve de la grâce des anges est en elle, lefleuve dela grâce des apôtres esten elle, etc. (2) (Le docteur séraphique parcourt ainsi toute la sainte hiérarchie. )

Qu’y at-il d'étonnant que Marie possède dans le ciel une joie et une gloire pleines et surabondantes, puisque, dit Sophronius, elle a possédé dans l’exil une grâce entière et surabondante (Serm. de Assumpt. ).

Tous les saints Pères enseignent que la bienheureuse Vierge surpasse de beaucoup en grâce et en gloire tous les saints, tous les élus, tous les anges , les chérubins et les séraphins , et qu'aucune créature

(1) Immensa fuit gratia, qua Virgo fuit plena : immensum enim vas non potest esse plenum, nisi immensum sit illud quo est plenum. Mariæ autem vas immensissimum fuit, ex quo illum, quicœlo major fuit, continere potuit. Tu ergo‘immensissima, capacior es cœlo, quia quem cœli capere non poterant, tu continuisti. Tu capacior es mundo, quia quem totus non capit orbis, in tua se clausit viscera , factus homo. Si ergo Maria tam capacissima fuit ventre, quanto magis mente! Et si capacitas tam immensa fuit, oportuit quidem ut illa gratia, quæ lantam implere potuit capacitatem, esset immensa (Speculi, c. v).

(2) Omnia flumina, omnia charismata sanctorum intrant in Mariam : flumen enim gratiæ angelorum , intrat in Mariam; flumen gratiæ apostolorum, intrat in Mariam, etc. ( Speculi, c, 111.)

8e 166 * MARIE.

ne lui est comparable. Seul, le Glen est au-dessus doit Vous êtes, Ô Marie , dit saint Ephrem , vous êtes supérieure à tout, Dieu seul excepté : Solo Deo excepto, cunctis superior existis (In Orat. de Laud,. Virg. ).

Dieu , dit Albert le Grand, a donné le nom de mer à ila réunion des eaux ; la réunion de toutes les grâces s’appelle Marie : Congregationes aquarum vocavit Deus maria ; locus autem omnium gratiarum vocatur Maria (Homil. super Missus est ).

Marie , dit saint Bonaventure , est appelée mer, à cause de l’abondance des grâces qu’elle a reçues. Marie est le rejeton de Jessé, dont parle Isaïe. Il sortira, dit ce prophète, un rejeton de la tige de Jessé; une fleur s’élèvera de ses racines. L'esprit du Seigneur reposera sur lui; l'esprit de sagesse et d’intelligence , l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, l’esprit de crainte de Dieu (xr. 4. 2). Que Marie dise donc avec assurance : Je suis célèbre comme le cèdre du Liban, comme le palmier de Cadès, et comme les rosiers de Jéricho. J'ai grandi comme un bel olivier dans la campagne, et comme le platane sur Le bord des eaux. J'ai répandu l'odeur du einnamome et du baume, j’ai exhalé le parfum de la myrrhe; mon parfum ressemble à celui du baume pur et sans mélange (Æccli. xxIV. 17-21). J'ai étendu mes rameaux comme le térébinthe, et mes rameaux sont des rameaux d'honneur et de grâce. J’ai donné des fleurs odorantes comme la vigne ; et mes fleurs deviendront des fruits de gloire et de chasteté : Æ'go quasi terebinthus extendi ramos meos, et rami mei honoris et gratiæ. Ego quasi vitis fructificavi suavitatem odoris; et flores mei fructus honoris et honestatis (Ibid. 22. 23). Je suis la mère du bel amour ; en moi se trouve La voie de toute grâce et de toute vérité : Ægo mater pulchræ dilectionis. In me gratia omnis viæ et veritatis (Ibid. 24. 25). Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, et rassasiez-vous des fruits que je porte : Transite ad me omnes qui concupiscitis me, et a generationibus meis implemini (Ybid. 26). Ceux qui se nourrissent de moi auront encore faim, et ceux qui se désaltèrent à mes eaux auront encore soif : Qui edunt me, adhuc esurient ; et qui bibunt me, adhuc sitient (Ibid. 29). Celui qui m’écoute ne sera point confondu, et ceux qui agissent sous ma direction ne pécheront pas : Qui audit me, non confundetur : et qui operantur in me, non peccabunt (Ibid. 30). Ceux qui me trouvent auront la vie éternelle : Qui elucidant me, vitam æternam habebunt (Ybid. 31). Voilà le livre de vie, Palliance du Très-Haut et la connaissance de la vérité : Hæc

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omnia hber vitæ, et testamentum Altissimi , et agnitio veritatis (Ibid. 32).

Ux amour ardent pour Dieu dévorait Marie... Elle soupirait après la rédemption des hommes et la venue du Messie. Elle ne cessait de prier pour obtenir cette grâce des grâces ; elle l’obtint.…….

Vous avez trouvé, à Marie, ce que vous cherchiez, dit saint Ber-

nard, Vous avez trouvé ce que personne avant vous n’avait pu trouver, vous avez trouvé grâce auprès de Dieu; et quelle grâce? la paix des hommes avec Dieu, la destruction de la mort, la réparation de la vie ( Æomil. m1 super Missus est ). : . Le} Saint-Esprit s’unit à Marie comme le feu au fer, dit saint Idefonse; il l’enflamme, la dévore, la transforme en son amour ; tellement qu’on ne voit en elle que les flammes ardentes de l’Esprit- Saint, et qu'elle ne sent autre chose que le feu de l’amour de Dieu... (Serm. 1 de. Assumpt.) C’est à juste titre que l’Ecriture appelle la très-sainte Vierge la mère du bel amour : Ægo mater pulchræ dilectionis (Eccli. xxiv. 24). Aussi dit-elle dans les Cantiques : Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui : Diectus meus mihi, et ego uli (11. AG).

L'amour de Marie surpasse l’amour de tous les anges, celui des chérubins et des séraphins..…. Son cœur est un océan d’amour et de charité... Jamais Dieu n’a aimé aucune créature, ni toutes les créatures ensemble , comme il a aimé Marie; et jamais aucune créature, ni toutes les créatures réunies, n’ont aimé Dieu autant que l’a aimé Marie. Marie ayant été à la fois Le père et la mère de Jésus, Jésus l’a aimée sans partage. Jésus de son côté, appartenant tout entier à Marie, celle-ci a eu pour lui un amour également sans partage. Son fils est tout à elle, elle est toute à son fils. De là, un amour mutuel et parfait...

Êve , Séduite par sa folie, se laissa entrainer à perdre le monde ; Marie, préservée par sa sagesse, mérita d'aider à le sauver... Eve fut une épine empoisonnée qui piqua Adam, causa sa mort, et fit pénétrer le venin du péché au plus profond de la race humaine, Marie, vierge très-prudente, est le siége de la sagesse, comme l'Eglise le dit dans les litanies : Sedes sapientiæ. Eve nous à blessé d’un aiguillon ; Marie l’a arraché. Eve a écouté le serpent et elle a introduit la mort dans le monde; Marie a écouté l'ange, et elle nous a donné la vie. Eve, en prêtant l'oreille à la voix du serpent, a donné

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