‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 2 sur 57 · ILE · texte numérisé non relu

ILE

Il faut user dé prudence dans ses paroles.

dirige les actions , corrige les excès, forme les mœurs, ordonne la vie et la rend vertueuse (4).

On fait faire une quarantaine aux vaisseaux... Faisons-en faire une aussi à notre langue...

Il n’y a que l’homme qui parle , parce qu’il est doué de raison ; lorsqu'il parle, il doit donc se servir de sa raison...

Nous n’avons qu’une langue environnée et protégée par deux clôtures, les dents et les lèvres, cela nous enseigne à parler peu et à parler avec prudence...

Vous choisissez ce que vous voulez manger, dit saint Augustin, choisissez aussi ce que vous devez dire : parlez par vos œuvres plutôt que par votre langue: Sicut eligis quo vescaris, sic elige quod loquaris : operibus loguantur potius quam vocibus (In Psal. 1).

La langue est un cheval indompté; il faut la retenir à l’aide de la raison et de la prudence...

Chacun doit s’efforcer d’accommoder ses paroles au lieu,au temps, à l’âge , aux personnes, de peur que son langage ne devienne blessant... On est porté à louer les uns, à déchirer les autres, à flatter, à dissimuler , à tromper, à mentir, à raconter des choses vaines et curieuses : la prudence fait éviter tous ces défauts. Le Prophète royal demandait à Dieu cette prudence de paroles : Seigneur, disaitil, mettez une garde à ma bouche , et une porte de circonspection à mes lèvres : Pone, Domine, custodiam ori meo, et ostium circumstantiæ labiis meis (cxL. 3).

On demandait à Aristote quelle était la chose la plus difficile pour Phomme? Il répondit : C’est de garder un secret : Siere tacenda (Apud Stobœæum).

Que l’homme règle ses discours, dit saint Ambroise , qu'il les pèse à la balance de la justice ; afin que le fonds en soit sérieux, expression mesurée et la forme convenable : Ad mensuram sermones proferat, libra examinatos justitic ; ut sil gravitas in sensu, in sermone pondus, atque in verbis modus (Lib, I Offic., e. 111). 5

Une porte, dit saint Bernard, n’est pas toujours ouverte, ni toujours fermée ; ainsi notre bouche, qui est la porte de notre cœur , doit être ouverte quand la prudence et l'utilité l’exigent, mais elle

(1) Verba bis ad limam veniant quam semel ad linguam. Consideratio mentem purifrat, regit affectus, dirigit actus, corrigitexcessus,componit mores, vitam honestat et ordinat ( Tract. de Perfect).

LANGUE, 19 doit être soigneusement fermée aux paroles mauvaises qui viennent des habitudes d’un cœur corrompu (1).

Ecoutez le Prophète royal : J'ai dit : Je veillerai sur mes voies pour ne pas pécher dans mes paroles; j’ai mis un frein à ma bouche quand l’impie s'élevait contre moi : Dixi : Custodiam vias meas ut non delinquam in lingua mea. Posui ori meo custodiam ; CUM Consisteret peccator adversum me (Xxxvur. 2).

Ne parlez pas au hasard, dit l’Ecclésiaste ; que votre cœur ne précipite pas ses discours ; que vos paroles soient en pétit nombre : Ve temere quid loquaris | neque cor tuum sit velox ad proferendum sermonem ; siné pauci sermones fui (V. 1 ).

En général, dit saint Chrysostome, toutes nos paroles doivent tendre à une fin honnête, utile, raisonnable : Generatim omnia verba tendere debent ad finem honestum, utilem, rationabilem (In Psal. xxxvm). L'homme, ayant la raison, doit parler sensément. Il faut que toute parole puisse être rapportée à Dieu. La langue a été donnée pour prier et louer Dieu, pour servir le prochain et se sanctifier soi-même...

Où les paroles abondent, le péché se rencontre, disent les Proverbes; mais celui qui modère ses lèvres, est très-prudent : Zn multiloquio non deerit peccatum ; qui autem moderatur labia sua, prudentissimus est (x. 19 ).

L’Esprit-Saint inculque fréquemment la nécessité de veiller sur la langue. Elle doit être gardée avec au moins autant de soin qu'une ville assiégée: comme une forteresse est défendue par des soldats, des armes, des remparts, des tours, la langue a reçu de Dieu pour défense le palais, les dents et les lèvres. Et comme il y a, nuit et jour, des sentinelles aux portes d’une place de guerre et sur les remparts, afin d’ebserver l'ennemi et de protéger la ville, ainsi faut-il que lintelligence et la raison 8e tiennent en sentinelles vigilantes à la porte de la bouche, pour qu’il n’en sorte ou n’y entre rien qui puisse nuire à l’homme: Et comme le palais goûte, et les dents triturent les aliments avant que l’estomac les recoive, ainsi toutes les paroles doivent être goütées, examinées, triturées avant qu'il soit permis à la langue de se mettre en mouvement...

. Avant de parler, l’homme prudent, dit saint Ambroise, considèré

(1) Ostium non semper patet, nec semper clauditur ; sic os nostrum, quod ést ostitim cordis nostri, verbis prudentibus et utilibus est in tempore reserandum : pravis vero verbis quæ de malis moribus cordis surgunt, jugiter est claudendum ( De Passion. Domin., ce. xxvI ).

I1 faut pratiquer le silence.

plusieurs choses : ce qu'il dira, à qui il le dira, en quel lieu et en quel tempsil le dira : Sapiens, ut loquatur , multa prius considerat ; quid dicat, aut cui dicat, qui in loco, quo tempore (Lib. I de Offic., c. x).

Les lèvres des imprudents prononceront des discours insensés , dit l'Ecclésiastique, mais les paroles des säges seront pesées dans des balances : Labia imprudentium stulta narrabunt; verba autem prudentium statera ponderabuntur (xx1. 28). Qui donnera une sentinelle à ma bouche , dit encore l’Ecclésiastique, qui mettra un sceau inviolable sur mes lèvres, afin que par elles je ne tombe pas, et que ma langue ne cause pas ma perte ? Quis dabit ori meo custodiam ; et super labia mea signaculum certum, ut non cadam ab ipsis, et lingua mea perdat me? (xXxIt. 33.)

Heureux celui qui peut dire avec Job : Vous ne trouverez pas l'iniquité sur ma langue : Non invenietis in linguu mea iniquitatem (vr. 30) ; et avec le prophète Jérémie : Seigneur , les paroles qui sont sorties de ma bouche ont été trouvées par vous pleines de droiture : Quod egressum de labiis meis, rectum in conspectu tuo fuit (xvis. 16).

Ox demandait à Démosthène pourquoi homme, qui avait deux oreilles, n’avait qu’une langue ? — Parce que, répondit-1l , l’homme doit écouter deux fois avant de parler une seule : Quoniam duplo magis audire hominis expedit , quam loqui (Ita Stobœus ).

Que chacun de vous, dit l’apôtre saint Jacques, soit prompt à écouter , et lent à parler : St autem omnis homo velox ad audiendum, tardus autem ad loquendum (x. 19).

Voici une sentence célèbre de Sénèque : T'acere quisquis nescit, hic nescit loqui : Celui qui ne sait pas se taire, ne sait pas parler ( Zn Prov. ). L

Caton dit aussi : Le silence ne nuit à personne, mais parler peut

nuire : MVulli tacuisse nocet, nocet esse locutum (Ita Laertius, lib. VII, Gil} L'homme, dit Epaminondas, doit être désireux d’entendre plutôt que de parler; parce que de l'audition vient la science, et de Ja loquacité le repentir : Homo debet esse cupidus audiendèi potius quam loquendi ; quia ex audiendo doctrina, ex loquacitate pœnitentia nascitur ( Ita Maximus ).

Dieu a parlé rarement... ; J.G, a parlé peu...; la sainte Vierge n’a presque jamais parlé...

Les cieux ännoncent la gloire de Dieu; cependant; ils gardent le

silence... L'univers entier garde le silence... Il n°y à que les tempêtes et le tonnerre qui parlent et qui parlent très-haut ; que produit leur bruit?.….

Langue vient du verbe lier, lingua a ligando.….

Que les œuvres parlent et non la langue, dit saint Augustin : Operibus loquantur ; non vocibus (Serm. xxxir in Evang. Luc. ).

Rien ne gouverne mieux la langue que le silence. Voulez-vous apprendre à parler , taisez-vous ; et durant votre silence, pensez à ce qu'il faut dire, et comment il le faut dire. Ecoutez, examinez , et laisez-vous, si vous voulez vivre en Pair at

Saint Arsène reçut de la bouche même d’un ange la leçon que voici : Arsène , fuis, garde le silence , sois en paix ; voilà les principes et le chemin du salut ; Arseni, fuge, tace, quiesce : hœæc sunt principia salutis (In vit. Patr. ).

L’abbé A gathon se tint pendant trois ans une pierre dans la bouche, afin que cette gène lui apprit à garder le silence ( Zn vit. Patr..).

J'ai gardé le silence, dit le Psalmiste : Obmutui (xxxvnr. 3),

Parlez très-peu , dit l’Ecclésiaste : Sint pauci sermones tui ( v. 1).

Je me suis souvent repenti d’avoir parlé, et jamais d’avoir gardé le silence, dit Simonides : Zocutum esse sœpe me pæœnituit; tacuisse nunquam (ta Maximus).

L’abondance des paroles renferme beaucoup d'erreurs, mais le silence en est exempt, dit Apollonius : ZLoquacitas multos habet errores , silentium autem tutum est ( Ita Laertius ).

Gardez le silence, dit saint Dorothée; car l'abondance des paroles étouffe dans le cœur les bonnes et célestes pensées ( Doctrin. xx1v de Compunct. ).

Un fourneau conserve sa chaleur tant que la porte est fermée; de même le cœur conserve l’amour de Dieu lorsque la bouche nes’ouvre pas trop souvent.

I est nécessaire, dit saint Chrçsostome , de garder le silence pour recouvrer la félicité céleste qu’Adam perdit en parlant : Custodiam linguæ esse necessariam, ut felicitatem paradisi, quam loquendo perdidit Adam , quoad licet recuperemus ( Homil. ad Baptizandos ).

Veillez sur la clôture de votre bouche, dit le prophète Michée : Custodi claustra oris lui (ir. 5 ).

Îz faut, 1° peser ses paroles. ; 2 parler peu, et dire toujours de P P P P ]

bonnes choses... ; 3° examiner souvent sa conscience... ; 4° offrir à Dieu , le matin, les paroles de la journée...

Autres moyens pour bien se servir de sa langue.

On purifie et on sanctifie sa langue dans le feu de l’oraison.….. Ce feu c’est la charité de J. G. et sa grâce; il vient du Saint-Esprit , qui purifie le cœur et la langue des justes ; qui les gouverne, les inspire , afin qu'ils ne disent rien que de vrai, d’utile, d’édifiant , de saint...

Quelle est la clôture de la langue ? c’est la raison , la loi de Dieu, sa crainte et la charité...

IL y a beaucoup d'aliments dont on ne peut user sans les relever avec du sel, dit le vénérable Bède; ainsi les vertus ne servent de rien lorsqu’elles ne sont pas accompagnées de la charité (Prov.). Mais où trouver la charité sans la sagesse et la prudence de la langue?.…

ENTEZ Vos misères , dit l’apôtre saint Jacques, et gémissez, et Motifs qu'a le

pleurez; que votre rire se change en deuil, et votre joie en %e

tristesse : Misert estote, et lugete , et plorate : risus vester in luctum convertatur, et gaudium in mærorem (1V. 9). Et maintenant, riches, pleurez, hurlant dans les misères qui viendront sur vous. Vos richesses sont tombées en pourriture, et les vers ont mangé vos vêtements. Votre or et votre argent se sont couverts de rouille, et cette rouille rendra témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme le feu. Vous avez thésaurisé la colère pour vos derniers jours (Jacob. v. 1-2).

Pleurez. En effet, dit saint Augustin , la région des morts est la région des scandales , des tentations et de tous les maux. Gémissons ici-bas, pour mériter de nous réjouir au ciel ; les tribulations sur la terre , les consolations dans le ciel. Dans la région des morts, c’est le travail, la douleur, la crainte, la tribulation, les gémissements, les soupirs (1).

Ici-bas, nous sommes nourris du pain des larmes et abreuvés de la coupe des pleurs, dit le Psalmiste : Cibabis nos pane lacrymarum, et potum dabis nos in lacrymis in mensura (LxxIx. 6 ).

L'homme, dit saint Grégoire, sait quelle doit être l’amertume de son âme, lorsque enflammé des désirs de l’éternelle patrie, il sent, en versant des larmes, la peine de son voyage : Æumanæ mens animeæ amaritudinem sci, cum æternæ patriæ desideris accensa, peregrinationis suc pænam flendo cognoscit (Pastoral. ).

Ecoutez J. C. : En vérité, en vérité je vous le dis : vous pleurerez et vous gémirez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie : Amen, amen dico vobis, quia plorabitis et flebitis vos, mundus autem gaudebit ; vos autem contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium (Joann. XvI. 20).

(1) Utique regio ista scandalorum est , et tentationum , et omnium malorum; ut gemamus hic, et mereamur gandere ibi; hic tribulari, et consolari ibi, In regione mortuorum, labor, dolor, timor, tribulatio, gemitas, suspirium (In Epist. S. Jacob. ).

chrétien verser des larmes.

Pleurez sur le mort, parce qu’il a perdu la lumière, dit l'Ecclésiastique ; pleurez sur l’insensé, parce qu'il a perdu la raison. Cependant, pleurez peu sur le mort, parce qu’il est entré dans le repos. La vie criminelle du méchant est pire que la mort de Pinsensé. Le deuil de la mort dure quelques jours; mais on doit pleurer sur l’insensé et sur le méchant tous les jours de leur vie (xxir, 10-13).

Qui donnera de l'eau à ma tête et à mes yeux une source de larmes , s’'écrie Jérémie, et je pleurerai nuit et jour les morts de la fille de mon peuple? Quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrymarum? et plorabo die ac nocte interfectos filiæ populi met (1x. 1). Je pleurerai mes péchés et ceux que les autres ont commis; je pleurerai la mort spirituelle des pécheurs.….

Qui donnera, s'écrie saint Bernard, qui donnera de l’eau à ma tète et à mes yeux une source de larmes, pour prévenir par mes pleurs les pleurs et les grincements de dents éternels, etles liens qui attacheront les mains et Les pieds du réprouvé, et le poids des chaines qui presseront , comprimeront et brûleront sans détruire (1).

Je suis bien résolu, ajoute ce grand saint, de ne jamais rire jusqu’à ce que j’entende ces paroles sortir de la bouche de Dieu : Venez, les bénis de mon Père ; et de ne jamais cesser de pleurer, jusqu’à ce que je sois à l’abri de cette sentence : Retirez-vous de moi, maudits (2).

En considérant les déceptions , les peines, les misères et les afflictions de la vie, les sueurs, les travaux, les dangers, les maladies, les souffrances qu’elle doit supporter, la mort qui en est le terme, la pourriture et les vers du tombeau, l'incertitude du salut, il est impossible de ne pas verser des larmes fréquentes , abondantes et amères..…….

Mais quand on considère les dangers que court notre salut, nos nombreux et cruels ennemis, nos faiblesses, nos concupiscences, les tentations auxquelles nous sommes sujets, nos passions , les nombreux péchés que chacun de nous commet , et les

(1) Quis dabit capiti meo aquam , et oculis meis fontem lacrymarum , ut præveniam fletibus fletum, et stridorem dentium, et manuum pedumque dura vineula, et pondus catenarum prementium, stringentium, urentium , nec consumentium ? ( Serm. xv1 in Cant.)

(2) Firmum est mihi propositum nunquam ridendi , quousque audiam ex ore Dei illa verba : Venite, benedicti; neque a fletu desistam, donec liber sim ab illa sententia : Discedite à me maledicti ( Serm, xvr in Cant.).

péchés des autres, le peu de vertus que nous pratiquons, le peu de piété, de foi, d'espérance, d’amour, d’humilité, de patience , de pureté , dé mortification, de zèle que nous avons, le jugement qui nous attend et l’enfer dont nous sommes menacés, il est impossible de ne pas verser un torrent de larmes...

Jisus-CHrisr pleurait souvent , il ne riait jamais...

A force de gémir, dit le Prophète royal, mes os se sont attachés à ma peau ; À voce gemitus met, adhæsit os meum carni meæ (cr. 6). Je mêlais ma boisson avec mes larmes : Potum meum cum fletu miscebam (Psal. cr. 10). Je me suis fatigué dans mes gémissements; ma couche, toutes les nuits, sera baignée de mes pleurs; mon lit sera arrosé de mes larmes : Zaboravi in gemitu meo; lavabo per singulas noctes lectum meum; lacrymis meis stratum meum rigabo (Psal. vr. 6 ). Jouret nuit, les larmes ont été ma nourriture : Fuerunt mihi lacrymæ mewæ panes die ac nocte (xXLr. 4).

Job ne cesse de pleurer...

La sainte mère de Dieu pleure pendant sa vie, et surtout au pied de la croix : Stabat mater dolorosa, juxta crucem lacrymosa.….……

Madeleine arrose de ses larmes les pieds de J. C. (Luc. vir. 38.) Pierre pleure amèrement : Flevit amare (Matth. xxvr. 75).

Mes larmes tombaient rapidement, dit saint Augustin : Currebant lacrymæ ( Lib. Confess. ).

Le roi Ezéchias verse des torrents de larmes : Fevit fletu magno (IV. Reg. xx. 3).

Tobie gémit et prie en versant des larmes : Tunc Tobias ingemuit , et cœpit orare cum lacrymis (xx. 1 ). Samuel et Jérémie pleurent constamment...

Tous les saints dans tous les siècles n’ont cessé de pleurer leurs faiblesses et les péchés d'autrui. Ils aimaient à pleurer, dit saint Bernard , et is pleuraient amèrement; ils pleuraient amèrement, parce qu’ils avaient une souveraine douleur des iniquités qui souillaient la terre : Amabant flere, et flebant amare ; amare flebant, quia amare dolebant (Serm. in Cant.).

Écourez saint Ephrem : O vertu des larmes, qui est le remède aux péchés, s'écrie-t-il! Par elle les pécheurs deviennent heureux. Les pleurs lavent âme , la purifient , font renoncer aux voluptés et perfectionnent les vertus (1).

(à) O lacrymarum virtutem , quæ medicinalis officina es peccatorum! Per 1e

et les saints nous ont instruit, par leur exemple, à verser des larmes.

Combien les larmes sont précieuses et avantageuses,

Humbles larmes , S’écrie saint Laurent Justinien, vous remportez la victoire sur l’Invincible, vous liez le Tout-Puissant; vous faites descendre jusqu’à vous le Fils de la Vierge; vous ouvrez le ciel; vous mettez le démon en fuite : © lacryma humilis! vincis Invincibilem , ligas Omnipotentem, inclinas Filium Virginis, aperis cœlum, fugas diabolum (Lib. de Ligno vitæ, c. 1x).

Ecoutez saint Grégoire de Nazianze : Les larmes des âmes pieuses, dit-il, sont un déluge où disparaît le péché , elles purifient le monde: Piorum lacrymæ, peccati diluvium sunt, et mundi expiamentum (Orat. 1 contra Julianum ).

Les larmes sont un second baptême qui lave et purifie comme le premier , dit saint Jean Climaque ( Gradu vu).

Le démon , dit Pierre de Celles, supporte avec moins de peine les flammes de l'enfer, que nos larmes : Diabolus tolerabilius sustinet flammam , quam lacrymam nostram (Lib. de Panibus, c. x1t).

Oh! quelle force immense renferment les larmes des pécheurs!

s’écrie saint Pierre Chrysologue ; elles arrosent le ciel, elles purifient la terre, elles éteignent le feu de l'enfer, elles effacent la sentence divine portée contre toute espèce de crimes (1).

La prière calme la colère de Dieu, dit saint Anselme; les larmes lui font violence et le contraignent à pardonner : celle-là adoucit comme un baume, celles-ci frappent comme un glaive : Oratio Deum lenit, lacryma cogit ; hœæc ungit , illa pungit (In Tobia ).

Seigneur, dit le Psalmiste, vous avez avez mis mes larmes devant vos yeux : Posuisti lacrymas meas, in conspectu tuo (LV. 8).

Ceux qui ont semé dans les larmes, moïssonneront dans l’allégresse. [ls allaient et pleuraient en répandant leurs semences; ils reviendront dans la joie portant leurs gerbes (2).

Humble larme, s’écrie saint Augustin, le royaume du ciel est à toi, la puissance t’appartient; tu ne redoutes pas la présence du souverain juge; tu imposes silence aux ennemis qui accusent : tu entres seule vers le Roi, mais tu ne te retires pas seule (3).

peccatores efficiuntur beati. Luctus animam lacrymis iergit, mundamque reddit, voluptates excidit, et virtutes perficit ( Lib. de Compunct.).

(1) O quanta vis est in lacrymis peccatorum! rigant cœlum, terram diluunt, exstingunt gehennam, delent in omne facinus latam divinam sententiam (Serm. xLur).

(2) Qui seminant in lacrymis, in exsultatione metent. Euntes ibant et flebant mittentes semina sua; venientes autem venient cum exsultatione , portantes manipulos suos (Psal. cxxv. 5.6).

(3) O humilis lacryma ! tuum est regnum, tua est potentia ; aspectum judicis non vereris; inimicis accusantibus silentium i imponis ; ; solaintras ad regem, 2.884 sola non recedis’ di Confess:),

Plus on pleure sa faute, dit saint Grégoire , plus on s’élève dans la connaissance de la vérité, parce que la conscience, depuis longtemps souillée, est lavée dans le-baptème des larmes; et devient apte à voir la lumière intérieure. La force du repentir ouvre les pores du cœur , et donne des ailes aux vertus (1).

Quels sont les péchés que les pleurs n’effacent pas, dit saint Jérôme? Quelles sont les taches, quelque noires et vieilles qu’elles soient, que les larmes ne lavent pas? Quæ peccata fletus non purget ? quas inveteratas maculas hæc lamenta non abluant ? (Epist. )

Il faut exciter les larmes et non les applaudissements , dit saint Bernard : lés larmes des pénitents sont le vin des anges. Oh! que cette odeur d’une nouvelle vie, cette saveur de la grâce, ce goût du pardon, cette allégresse de réconciliation, cette santé de l’enfant prodigue qui revient, cette suavité d’une conscience qui a retrouvé la paix, que toutes ces merveilles sont pour les anges un vin délicieux ! (2)

Pour le cœur, les larmes sont douces comme le miel; elles sont un encens d’agréable odeur qui monte vers Dieu...

Après une pluie abondante, dit saint Chrysostome, l’air devient plus pur et plus serein; après les pluies de larmes, la pureté et la tranquillité de l’âme renaissent, le nuage noir des péchés se dissipe. Et comme nous sommes purifiés par l’eau et le Saint-Esprit, nous le sommes aussi par les larmes et la confession (3). (

Les crimes honteux qui mettent obstacle au salut du pécheur sont effacés par les larmes; les larmes le rendent beau comme l'or, dit saint Grégoire ; en pleurant ses péchés, il est revêtu de la splendeur de la justification (Z+b. Moral. ).

Les larmes que l’on verse durant la vie soulagent et purifient ; celles que l’on verse après la mort sont douloureuses et inutiles...

Les larmes sont la voix de la pénitence et de la prière; cette voix est toujours entendue de Dieu. Pleurer, c’est acheter le pardon de

(1) Quo uberius culpa fletur, eo altior cognitio veritatis attingitur; quia, ad videndum internum lumen, polluta dudum conscientia, lacrymis baptizata renovatur. Vis compunctionis poros cordis aperit, et pennas virtutum fundit (Lib. XXI Moral.).

(2) Movendum est plancium , non plausum : lacrymæ pœnitentium vinum sunt angelorum. Quod in illis vitæ odor, sapor gratiæ sit, indulgentiæ gustus, reconciliationis jucunditas, sanitas redeuntis, serenatæ suavitas conscientiæ ( Serm.xxXXIX 2 Cant.)

(3) Sicut post vehementes imbres, mundus aer ac purus efficitur ; ita etiam lacrymarum pluvias serenitas mentis sequitur atque tranquillitas : omnisque illa de peccatorum tenebris effusa caligo dissolvitur. Et sicut ex aqua et spiritu, sic rursus ex lacrymis et confessione purgamur ( Homil. vi in Matth.).

ses péchés: pleurer, c’est arroser la terre desséchée de son cœur et la rendre fertile...

Le roi Ezéchias pleure ; aussitôt le Seigneur lui dit : J'ai vu tes larmes et je te rends la santé : Mevit Fzechias fletu magno….. hœc dicit Dominus : Vidi lacrymas tuas, et ecce sanavi te (TV. Reg. xx. 1. 3. 5).

Anne, mère de Samuel, dit saint Bernard, mérita par ses larmes d’avoir un fils; de plus, elle obtint le don de prophétie. Par ses larmes, David obtint le pardon de l’adultère et de l’homicide dont il s'était rendu coupable; par ses larmes, Tobie recouvra la vue ; par ses larmes, Marie - Madeleine mérita d’entendre ces consolantes paroles du Sauveur : Tous ses péchés lui sont remis. Pierre pleure, et il obtient le pardon de sa triple faute ( Serm. xxxix in Cant.).

Marie l’Egyptienne, Thaïs, Augustin , etc., versent des larmes , et ils obtiennent, non - seulement le pardon de leurs nombreux et énormes péchés , mais ils deviennent de très-grands saints...

Seigneur, dit Sara, épouse du jeune Tobie, Seigneur, après la tempête vous ramenez le calme, et après les gémissements et Les larmes, vous répandez la joie. Dieu d'Israël, que votre nom soit béni dans tous les siècles : Post tempestatem, tranquillum facis; et post lacrymationem et fletum-exsultationem infundis. Sit nomen tuum , Deus Israel , benedictum in secula (Tob. rrr. 22. 23).

La pluie des yeux, dit saint Augustin, fait assez de bruit aux oreilles du Seigneur ; il a plus tôt entendu les larmes que la voix : Sufficit auribus ( Domini) imber oculorum, fletus citius audit quam voces (Lib. Confess.). |

Je ne doute pas que Dieu n’ait reçu en sa présence mes prières et mes larmes, dit Raguel : Non dubito quod Deus preces et lacrymas meas in conspectu suo admiserit (Tob. vir. 43 ).

O puissance des larmes, s’écrie saint Ephrem , jusqu'où ne pénètres-tu pas, toi qui, pleine de confiance, surmontant tous Les obstacles, pénètres dans le ciel! O puissance des larmes , tu peux avec joie, quand tu le veux , te tenir au pied du trône saint et élevé du Dieu sans tache! O puissance des larmes, en présence et en espérance de laquelle la hiérarchie des anges et toutes vertus célestes sont toujours dans l’allégresse ! O puissance des larmes, en un clin d'œil tu montes et {u arrives au ciel, comme si tu étais portée sur des ailes agiles, et tu obtiens de Dieu tout ce que tu lui demandes; il vient joyeusement à ta rencontre , et t'apporte le pardon et la rémission des péchés! Seigneur , accordez done à votre indigne serviteur les larmes, la lumière du cœur et la force, afin que, répandant

LARMES: 29 constamment et délicieusement des torrents de larmes, mon cœur soit éclairé au sein d’une prière pure, que le contrat passé avec l'enfer par mes péchés soit effacé, et son feu dévorant éteint (1).

0 vertu des larmes , s’écrie saint Ephrem , tu tires de l’enfer ceux qui t’aiment, et tu les élèves jusqu’au ciel! O lacrymarum virtutem queæ ab inferis ad cœlos usque reducis desiderantes te (Serm. ni dé Compunct. ).

Agenouillée aux pieds de J. C., Madeleine lui offrait par ses larmes un festin plus agréable et plus savoureux que ne l'était celui de Simon et sa table splendide...

Les larmes sont des perles précieuses que Dieu estime à un si grand prix, qu’il les recueille lui-même, selon ces paroles du Roi: Prophète : Posuisti lacrymas meas in conspectu tuo : Vous avez placé mes larmes devant vous, Seigneur (1v. 9).

Pénétré de cette vérité, saint Arsène pleura durant sa vie entière ( In ejus vita ).

Notre Dieu, dit sainte Synclétique, est un feu qui consume ; et le moyen d’enflammer nos cœurs de ce feu sacré, c’est de verser d’abon: dantes larmes (Surius, in ejus vita ).

Un cœur qui répand des larmes, dit l'abbé Hypérichius, attire promptement la miséricorde divine ( Surius , in ejus vita ).

L'ombre ne quitte jamais notre corps, les larmes ne doivent jamais cesser de tomber de nos yeux. Les larmes nous ouvrent la terre des promesses, cette terre où l’on ne craint plus les ennemis et la guerre.

Dieu veut que les hommes pleurent dans le désert de ce monde, afin que, portés sur le fleuve des larmes qu’ils auront versées, ils arrivent au port du ciel...

Là où sont les larmes, dit saint Basile, s'allume le feu spirituel qui éclaire les profondeurs de l'âme, et réduit en cendres tous les

(1) 0 lacrymarum vis, quousque pertingis, quæ multa cum fiducia, nullis impedita retinaculis, ipsum cœlum penetras ! O vis lacrymarum, que , si velis, ante sanctum atque excelsum immaculati Domini thronum cum gaudio adsistere potes! O vis lacrymarum in cujus præsentia atque confidentia , angelorum ordines , cœlestesqué omnes virtutes semper exsultant ! O lacrymarum potentia ! quomodo in ictu oculi, quasi præpetibus sublata pennis in cœlum revehis atque ascendis, et postulata a Deo sancto obtines : occurritque tibi hilariter , indulgentiam ac remissionem peccatorum deferens! Largire igitur mihi indigno famulo tuo, Domine, laerymas, illuminationem cordis atque fortitudinem, ut fontes lacrymarum jugiter cum dulcedine fundens, cor meum illustretur in oratione munda , ut magnum illud delictorum meorum chirographum lacrymis deleatur , ignisque ardens ibi fletu exstinguatur (Serm. 111 dé Compunct.).

péchés : Ubi fuerint lacryme , ibi spiritalis ignis accenditur , qui secreta mentis illuminat, et vitia cuncta eæurit (Homil. 1v de gratiarum Actione ).

C’est en versant des larmes que J. C. ressuscite Lazare, afin de nous montrer combien on doit pleurer le pauvre et malheureux pécheur, dont Lazare gisant dans le sépulcre est la figure; et combien il faut pleurer et prier pour le rappeler à la vie, et letirer du tombeau terrible de ses passions et de enfer. Sainte Monique ne cessa pendant vingt ans de pleurer les égarements de son fils Augustin. Aussi un évêque lui dit : Il est impossible que le fils de tant de larmes périsse : Fieri nequit, ut filius tot lacrymarum pereat. Cette pieuse mère obtint la conversion de son fils; et de scandaleux pécheur, Augustin devint un grand évêque, le plus savant docteur de l'Eglise, son premier défenseur, et un très- grand saint ( Lib. Confess., c. x11, ef in ejus vita ).

Axa, fille de Caleb, lui demande avec larmes une terre fertile ; elle l’obtient (Josue. xv. 18). Il faut aussi demander à Dieu, avec larmes et un grand désir, Les richesses de la vertu, celles de la grâce , et la terre des vivants. L'âme est assurée d'obtenir ainsi ces inestimables trésors...

- Lorsque nous sommes tentés , servons-nous de nos larmes comme d’un glaive, nous mettrons toujours le démon en fuite...

Que celui-là pleure et gémisse , qui veut être délivré de ses péchés, dit saint Antoine ; et que celui-là qui veut élever l'édifice des vertus, l'élève en versant des larmes (1).

Par une providence infinie , dit Sénèque, Dieu a donné aux yeux la faculté de voir et de pleurer , afin que ceux qui font quelque mal par leurs regards, l’expient en pleurant : Zngenti providentia posuit Deus in oculis visum el fletum; ut qui committunt delictum videndo, pœnas exsolvant plorando (In Prov. ).

Disons donc à Dieu du fond du cœur avec saint Augustin : Seigneur, accordez-moi cette grâce, qu’autant de fois que je pense à vous , que je parle de vous, que j'écris sur vous, que je lis quelque page où il est question de vous et que je m’entretiens de vous; autant de fois je verse de douces et abondantes larmes, de sorte qu'elles deviennent ma nourriture le jour et la nuit, Par toute la

(1) Qui vult liberari a peccatis, fletu et planctu liberabitur ab eis: et qui vult ædificari in virtutibus, per fletum lacrymarum ædificatur ( Theod. in Pluloth.,; C. xxx). A

LARMES. 3i miséricorde avec laquelle vous avez daigné venir à notre secours lorsque nous étions perdus, je vous prie, Ô bon Jésus, de m’accorder la grâce des larmes, que mon âme désire avec ardeur (1).

Heureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés , dit J. C. : Beatr qui lugent, quoniam ipsi consolabuntur (Matth. v.5 ). Heureux ceux qui pleurent , surtout au fond de leur cœur. Heureux ceux qui pleurent leurs péchés et les péchés des autres; ceux qui pleurent leur exil et leur mise en prison dans le corps, contre lequel il leur faut livrer des combats terribles et continuels. Heureux ceux qui pleurent en soupirant après le ciel et l’amour deJ.C., dont ils souhaitent d’entrer en possession, comme de leur suprême bien... Malheureux homme que je suis, s’écrie saint Paul, qui me délivrera de ce corps de mort? /nfelix ego homo, quis me liberabit de corpore mortis hujus? (Rom. vir. 24.) Je désire ma dissolution, pour être avec J. C.: Cupiens dissolvi, et esse cum Christo (Philipp. 1. 23 ).

Heureux..., parce qu'ils seront consolés : Beati…., quoniam ipsi consolabuntur. Vs seront consolés, même dès cette vie; car les lar= mes du repentir sont infiniment plus douces que toutes les joies du péché... D’ailleurs, ceux qui pleurent ici-bas se réjouiront éternel= lement dans le ciel. Une joie éternelle couronnera leur tête, dit Isaïe ; ils vivront désormais dans l’allégresse et le ravissement; la douleur et les gémissements seront à jamais éloignés d'eux : Lœtitia sempiterna super caput eorum ; gaudium et lœtitiam obtinebunt , et fugiet dolor et gemitus ( xxxv. 40 ). |

La vraie joie en ce monde n’habite que le cœur contrit ; elle ne se trouve que dans les larmes de l’homme qui aime Dieu... Saint Jérdme dit de sainte Paule : Elle a pleuré afin de se réjouir éternellement : Flevit ut semper rideret (Obit. sanctæ Paulæ describ. ).

Mes larmes toulaient abondamment , dit saint Augustin ; et elles m'étaient agréables : Currebant lacrymæ, et bene mihi erat cum eis (Lib. Confess. ).

Notre-Seigneur J. G. appelle heureux ceux qui pleurent, parce qu’à l’avenir ils se réjouiront. IL n’appelle pas heureux ceux qui pleurent la mort d’un ami ou toute autre perte; il n’appelle pas

(1) Præsta mihi hanc gratiam, ut quoties de te cogito, de teloquor, de te scribo, de te lego, de te confero; toties obortis lacryinis in conspectu tuo copiose et dulciter fleam ; ita ut efficiantur mihi lacrymæ meæ panis die ac nocte. Rogo te, bone Jesu, per omnes miserationes tuas, quibus nobis perditis mirabiliter subvenire dignatus es, da mihi gratiam lacrymarum, quam multum desiderat anima mea (In Soliloq.).

Bonheur et délices des larmes.

heureux ceux qu’une déception charnelle fait pleurer; mais 1l appelle heureux ceux qui pleurent leurs péchés, leur éloignement de Dieu. Ceux:ci pleurent maintenant pour un peu de temps, mais dans la vie future, ils seront consolés; ils se réjouiront durant les siècles des siècles...

Et quelle joie pour le ciel, lorsque le pécheur sur la terre versé des larmes de contrition !.…

Nous pouvons dire que les larmes des âmes fidèles proviennent de la ferveur de la charité, dit saint Basile; car elles pleurent d'amour, en jetant les yeux sur celui qui les aime et qu’elles aiment; et ces larmes font leurs délices (Æomil. 1v de grat. Act. ):

L’Apôtre nous engage à pleurer avec ceux qui pleurent; ces larmes sont une espèce de semence qui se change en joie et qui croit pour le ciel. C’est pourquoi les larmes ne sont pas un obstacle à la joie spirituelle, mais elles augmentent ; c’est une huile qui nourrit le feu du céleste amour, Le cœur pénitent désire les larmes et s’en réjouit ; il se nourrit du repentir et des pleurs comme d’un mets exquis. Saint Antiochus disait : L’abondance des larmes est pour le cœur ce que le miel est pour la bouche (Æomil. cvir de Compunct.).

Pierre de Celles dit excellemment : Le pain de ceux qui sont contrits, c’est l’abondance même des larmes ; car comme le pain rassasie celui qui a faim, ainsi les larmes fortifient et nourrissent l’âme pénitente. L'homme qui a faim tombe en défaillance s’il manque de pain ; l’âme déchirée par le sentiment de ses péchés, languit si elle ne verse des larmes; le pain calme et rassasie la faim, Les larmes adoucissent la douleur et la changent en joïe (Z+b. de Panib., c. xixr).

Soyez assurés, dit saint Ephrem, qu'il n’y a rien de plus doux sur la terre que le don des larmes : si quelqu’un d’entre vous éprouve combien les larmes sont douces, il se sentira élevé vers le ciel , et il méprisera tout ce qui est sur la terre ( Orat. de extremo judicio et compunct.).

Voulez-vous ètre heureux et consolés, dit saint Chrysostome, pleurez. Car, si Dieu vous console, lors même que lés chagrins se précipiteraient à flots sur vous, vous vous trouverez plus fort qu'eux : Si vis consolari, luge : quando enim consolatur Deus , etiamsi millia mærorum irruant , cunctis superior existis (Homil. xv).

Les larmes dé la componction donnent l’espérance de la béatitude et de la céleste joie; elles en sont les arrhes et l’avant-goût. Ce qui fäit dire à saint Macaire : Les chrétiens ont pour consolation les

LARMES, 33 larmes; elles sont leurs délices; elles leur tiennent lieu de tout (Homil, xv).. ,

Bien plus, saint Chrysostome dit : Il n’y a rien d'aussi doux qué les larmes qui coulent pour Dieu : Vulla res est æque jucunda , atque luctus qui ex Deo est (Homil. xxrv in Epist. ad Ephes.).

Si les larmes sont si douces ; dit saint Augustin, combien le ciel ne le sera-t-il pas? Les larmes de ceux qui prient sont plus agréables que les vaines joies que l’on goûte au théâtre (Lib. Confess.).

Vous avez maintenant de la tristesse, dit J. C. à ses apôtres ; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira. votre joie : Vune quidem tristitiam habetis ; iterum autem videbo vos ;

et gaudebit cor vestrum; et gaudium vestrum memo tollet a vobis Joann. xv1. 22).

Il est nécessaire de lire de bons livres.

»PLIQUEZ-vous à la lecture , dit saint Paul à son disciple Timo-

thée : Aftende lectiont (1. 1v. 13). Nul ne peut faire son salut,

dit saint Chrysostome , s’il ne s’occupe de faire souvent des lectures spirituelles : Fieri non potest ut quisquam salutem assequatur, ni perpetuo versetur in lectione spirituali (In Catena). Cesgrand docteur enseigne que la lecture de lEcriture sainte et des bons livres est nécessaire non-seulement aux moines et aux religieux, mais encore aux laïques et aux personnes engagées dans l’état du mariage. Les personnes qui vivent dans le monde, dit-1l, sonttenues de faire ces excellentes lectures plus strictement encore que les personnes consacrées à Dieu , parce qu’elles ont plus de distractions, de tentations, de dangers à surmonter : ellés doivent donc ne pas négliger cette arme précieuse (Ü# supra ).

Celui qui veut être toujours avec Dieu , dit saint Augustin , doit prier et lire souvent : Qui vulé cum Deo semper esse, frequenter debet orare et legere (Quæst. cxx).

On regarde avec raison un dégoût continuel pour la nourriture,

comme un présage infaillible du dépérissement du corps; il en est

de même au point de vue de l’âme. Rien n’annonce plus certainement combien elle est près de se perdre , qu’un dégout persévérant pour les livres de piété. Qu’espérer , en effet, d’un homme qui se ferme volontairement la voie du salut, ou qui se met dans l’impossibilité d’y parvenir? Or, tel est, selon saint Chrysostome, celui qui n’a pas soin ce se soutenir par de bonnes lectures, ou du moins par des réflexions pieuses ( Ué supra).

L'obligation de faire de bonnes lectures est générale... Les gens du monde plongés dans les embarras tamultueux du siècle , et sans cesse occupés de leurs affaires temporelles, sont constamment exposés à la séduction. Or, comment,au milieu du tourbillon rapide qui les entraîne, se préserveront-ils de lénervement intérieur que produit la dissipation, inséparable du commerce des hommes? Comment résisteront-ils au torrent, et s’entretiendront-ils dans la ferveur nécessaire à tout chrétien , s'ils ne rappellent souvent leur âme vers Dieu, s'ils n’en purifient et n’en nourrissént les affections per la

lecture des bons livres? Le laboureur suspend de temps en temps son pénible travail, pour aller réparer ses forces épuisées; pourquoi, à son exemple, l’homme du monde -ne chercherait-il pas à recouvrer la vigueur de l'âme qui s’affaiblit et se perd insensiblement au milieu des agitations du siècle? Mais de tous les moyens d'y parvenir, il n'en est pas de plus efficace que les bonnes et pieuses lectures.

Saint Paul avait donc raison de dire à son disciple : Appliquezvous à la lecture : Affende lectioni (X. Timoth. rv. 13)

Ex quelque maison que se trouvent les livres inspirés par l’'Esprit- Saint, dit saint Chrysostome, ils y annihilent la puissance du démon, et il en résulte beaucoup de consolation pour les habitants : la vue seule des livres sacrés nous éloigne du péché, et eussions-nous persévéré dans la sainteté, ces livres nous rendent plus fermes et plus forts. Que si l’on fait une pieuse lecture, Vâme est purifiée et devient meilleure , comme si elle s’était occupée des choses divines dans l’enceinte du sanctuaire: en effet, Dieu converse avec elle par l'intermédiaire des saintes Ecritures. Les lire est un puissant préservatif contre le péché : vouloir ignorer ce qu’elles contiennent c’est s’exposer à un grand danger, c’est courir à un profond abime. Elles aiguillonnent la conscience, et en même temps ne sont pas d’une médiocre utilité à ceux qui éprouvent des remords (4).

La lecture des prophètes et des Ecritures nous ouvre le ciel , dit encore saint Chrysostome : Prophetarum et Scripturarum lectio, cælo= rum est reseratio ( Conc. 17 de Lazar. ).

Lorsque nous prions, dit saint Augustin, nous parlons à Dieu j mais lorsque nous lisons, c’est Dieu lui-même qui nous parle : Nam cum oramus, ipst cum Deo loquimur ; cum vero legimus, Deus nobiscum loquitur (Serm: e«xn de Temp. ).

Les pieuses lectures alimentent én nous la foi ; l'espérance, la charité, Phumilité , la douceur , la pureté, la patience, la justice , la mortification , le zèle , ete...

(1) Ubicumque fuerint libri spirituales ; illine omnis expellilur vis diaholica, mullaque inhabitantibus accedit consolatio : quia ipse etiam sacrorum librorum aspectus segniorés nos reddit ad peccandum. Rursum sive sanctimonia perstiterimus, ex libris reddimur tutiores firmioresque. Quod si accésserit sacra lectio, non aliter quam in shcris adytis rebus divinis vacans animaf, sic repurgatur, meliorque redditur, Deo cum ipsa per illas Scripturas colloquente. Magna adversus peccatum munitio est Scripturarum lectio, magnum præcipitium, profundum baratbrum, Scripturarum ignoratio. Sicut mordent conscientiam , ila non parum afferunt utilitatis animis eorum qui mordentur ( Homil. 11 in verbis Isaiæ).

Avantages des bonnes lectures.

Moyens de lire avec fruit.

Les bons livres sont, qu’on nous passe l’expression , une sorte d'atelier où l'on trouve tout ce qu’il faut pour élever édifice du salut... C’est une pharmacie qui fournit des remèdes pour tous les maux... On y trouve des exemples de toutes les vertus, appropriés à toutes les conditions... Or, à ne consulter que les lumières de la raison, n’est-il pas certain que l’exemple a une force toute particulière pour nous porter au bien. L’orgueil se révolte contre l’austérité de la règle, l'exemple cache cette austérité ; et comme il agit sans bruit et sans éclat, nous l’aidons nous-mêmes à tromper notre amourpropre. Les passions, n’apercevant pas les préceptes d’un maitre, n’opposent que peu de résistance, et le plaisir se met de la partie pour achever de produire un bon effet. Dans les exemples, d’ailleurs, la vertu ne paraît point sèche et sévère comme dans les discours ; elle y est, au contraire, vivante et animée ; et son pouvoir a d'autant plus d’empire, qu’elle a déjà su intéresser le cœur par ses charmes. Enfin, l'exemple va au-devant des prétextes; il lève les difficultés et fait taire les cris de notre délicatesse...

Or, que de beaux, que de sublimes et inimitables exemples ne trouve-t-on pas en lisant les bons livres , la vie des saints surtout!.…

Les bonnes et fréquentes lectures éclairent l’esprit etembrasent le cœur du feu du zèle et de la charité. Elles enrichissent la mémoire de pieuses sentences et de touchants exemples... Elles portent la volonté à L'imitation des saints et à la pratique dela vertu... Sy livrer est le meilleur emploi que l’on puisse faire du temps. Les bons livres sont d'excellents compagnons qui abrégent les heures et qui fournissent des conseils , des avis, des règles de sagesse ; de piété et de mœurs, pour tous les âges, pour tous les sexes, pour tous les états, pour toutes les positions...

Cest par les bons livres que Dieu nous parle, redirons-nous avet saint Augustin : Cum legimus, Deus nobiscur loquitur (Ut supra ).

Les saintes lecturesont peuplé les déserts, ont décidé les vocations, ont envoyé dans les contrées éloignées et inconnues des essaims de zélés missionnaires et de courageuses vierges, pour sauver les âmes et acquérir les palmes, ou du moins le mérite du martyre...

La méditation , la prière et une vie sainte sont les clefs qui ouvrent l'intelligence et les trésors de la sainte Ecriture, des prophètes, et de tous les bons livres...

La lecture ne peut vous être profitable , si elle n’a pour but que la satisfaction d’une vaine curiosité. Nous devons y apporter un

vrai désir de faire des progrès dans la vertu. Ne la commençons qu'après avoir imploré le secours de celui qui est l'auteur de toute grâce. Ayons soin de nous appliquer à nous-mêmes ce que nous lisons , d’en faire notre profit, et de prendre une ferme résolution de pratiquer le bien... Ce serait en vain que nous lirions les meilleurs livres, si nous ne nous proposions de conformer notre conduite à ce qu'ils enseignent. La connaissance de nos devoirs sans les œuvres, ne servirait qu’à nous rendre plus coupables, et deviendrait pour nous la matière d’un jugement plus rigoureux... Car si quelqu'un, dit l’apôtre saint Jacques, écoute la parole, et n’y obéit pas, il ressemble à un homme qui regarde son visage dans un miroir : il s’est regardé, et s’en est allé, et aussitôt il a oublié quel il était. Mais celui qui a regardé au fond de la loi parfaite de la vérité, et qui s’y estconformé, n’écoutant pas et oubliant, mais accomplissant l’œuvre commandée, celui-là sera heureux par sa conduite (1. 23-23).

Quecqu’un ayant demandé à saint Antoine comment il pouvait vivre sans livre dans le désert , le grand anachorète lui répondit : Mon livre , c’est la création ; il me fournit, selon mon désir, tout ce que je veux lire sur Dieu (/n Vit. Patr.).

Le firmament, le soleil, la lune, les étoiles, l'Océan, la terre féconde, les arbres, les plantes, les fleurs , les fruits , les oiseaux, les insectes, les animaux domestiques, ete., sont un livre trèsinstructif et très-précieux, toujours ouvert, où tous les hommes peuvent lire et trouver de quoi connaître, aimer, servir Dieu, et arriver au salut avec le secours de la grâce...

Un autre livre bien plus précieux , où l’on peut puiser la science la plus sublime et acquérir les plus riches trésors , c’est la croix de J. C. Tous peuvent l’étudier, et il est plus grand que le ciel et la terre. J. C. l’a écrit non pas avec une plume et de l’encre , mais avec les clous qui ont percé ses pieds et ses mains et avec son sang. Ce n’est pas un livre scellé, caché, dont les caractères soient inintelligibles; il est assez lisible et assez haut placé pour que l’univers entier puisse y puiser des enseignements.

Saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure déclarent qu’ils ont appris beaucoup plus de science aux pieds du crucifix que dans tous les livres (/n ecrum vita).

Ceux qui ne savent pas lire peuvent écouter, et ils doivent prier les personnes avec lesquelles ils vivent de leur faire l’aumône d’une pieuse lecture. Dans toutes les maisons doit exister une petite

Que doivent faire ceux qui ne savent pas lire?

Dangers des mauvaises lectures.

bibliothèque composée de bons livres, tels que la Bible , l'Imitation de J. C., la Vie des Saints , Rodriguez, etc...

Sr la lecture des bons livres est nécessaire et avantageuse, la lecture des mauvais livres, des livres contraires soit à la foi, soit aux mœurs, est très-dangereuse, très-nuisible, et rigoureusement interdite par Dieu, par l'Eglise, par tous les Pères de la vie spirituelle, par les prédicateurs, les pasteurs, les confesseurs, et par la raison elle-même.

Il est dit, dans livre des Actes, que ceux qui avaient de mauvais livres, les apportèrent aux pieds des apôtres, et les brülèrent publiquement : Contulerunt libros , et combusserunt ( xix. 20). [ls brûlèrent ces livres qui avaient excité en eux le feu de la concupiscence; ils les livrèrent aux flammes, afin de ne pas être précipités en enfer.

La plume menteuse des scribes a écrit le mensonge , dit le prophète Jérémie : Mendacium operatus est stytus mendax scribarum ( vu. 8).

Semblable à l’animal qui prend la couleur des plantes ou des feuilles dont il se nourrit, l’homme prend des mœurs et un caractère analogues à ses lectures. De là vient que les lecteurs assidus d'ouvrages frivoles ou romanesques, contractent insensiblement le goût de la frivolité et du plaisir; tandis que les lecteurs des écrits impies etantireligieux, perdent la foi et la piété; et ceux des livres impurs, deviennent des monstres de libertinage.

L'effet des livres qui sont les organes de la corruption, du mensonge ou de l'erreur, est d’étouffer dans le cœur les sentiments de vertu, et d’y jeter la semence d'une multitude de vices, qui venant à se dévelooper, en couvrent bientôt toute la surface. Combien donc ne devons-nous pas être réservés dans le choix de nos lectures , afin de n’en faire jamais qui tournent à la ruine de notre âme plutôt qu’à son profit!

La lecture des romans faillit perdre à jamais sainte Térèse dans sa jeunesse ; elle l'avoue elle-même, Les mauvaises lectures ont fait périr un nombre incalculable d’âmes , et ont peuplé l'enfer...

Les mauvais livres sont le poison de la jeunesse et des femmes ; ils tuent la moralité et la vertu ; ils sont le tombeau de l'honneur et de tous les nobles sentiments; ils étouffent le germe du bien et développent le germe de toutes les passions, de tous les vices, de toutes les turpitudes ; l'innocence, la pudeur, la chasteté, l’honnéteté, la prudence , disparaissent du cœur de ceux qu’une mortelle

curiosité pousse à Lire les livres dictés par le démon à des écrivains qui sont ses esclaves.

Si de pareils ouvrages sont dangereux pour les mœurs, ils ne nuisent pas moins à la saine littérature. Rien ne dégoûte plus les jeunes gens de l'étude des grands modèles : ; rien n’exalte aussi ridiculement leur imagination. Combien de personnes, à force de lire des romans, sont devenues non moins romanesques que les héros mêmes de sis lectures.

Les auteurs de romans, si l’on en excepte un bien petit nombre, semblent n'avoir eu d'autre but que d’enflammer les passions, de saper les principes de la saine morale, et d’amollir les âmes. ……

N’eussent-ils pas le défaut de do sans cesse le mensonge à la vérité, et la lecture la plus frivole à des instructions solides > ce qui, à la longue, ne peut manquer d’affaiblir le goût naturel que Dieu nous a donné pour le vrai et pour le beau, les romans auraient du moins l'inconvénient de remplir l'esprit de faits extraordinaires, d'idées vaines et folles. Augsi l'expérience n’a-t-elle que trop prouvé qu'il n’est rien de plus frivole qu’une tête exaltée par le récit d’une foule d’aventures galantes.…….

Les plus heureuses inclinations ne tiennent pas contre le poison de ces lectures. Elles détruisent les fruits d’une bonne éducation , altèrent l’innocence des premières années et enlèvent l'amour du devoir. Tel était modeste, réservé et plein d’une pudeur aimable, qui après avoir lu des romans, n’a plus conservé de traces de cette modestie qui sied si bien à la jeunesse. L'amour de la parure succède à celui de la simplicité ; on veut faire comme les autres , chercher à plaire comme eux; on s’en occupe le jour, on y rêve la nuit; on s’accoutume à n’aimer que ce que le monde aime, et à négliger ce que la religion prescrit : on a eu la témérité de s’exposer, on fait naufrage. Voilà les fruits amers des lectures insinuantes et perfides, dont les parents sont quelquefois les premiers à donner l'exemple à leurs enfants , et Les professeurs à leurs élèves. Faut-il done s’étonner si tous les travaux d’une éducation, faite souvent à grands frais, aboutissent à jeter dans la société une foule de sujets médiocres, presque toujours corrompus et scandaleux, incrédules et impies ?.…

Les parents doivent surveiller leurs enfants, et les professeurs leurs élèves, et ne jamais leur permettre la lecture des feuilletons, des romans ou de tout autre mauvais livre qui ne mérite que leféus..

Qu'est-ce que la liberté ?

Quel est celui qui est libre ?

v’EST-CE que la liberté? demandait-on .à un homme célèbre. C’est, répondit-il, une conscience droite : Recta conscientia (Periand.).

Un des fils de Charlemagne ayant demandé à Alcuin ce que c’était que la liberté? C’est l'innocence , répondit-il. Il serait difficile de trouver une définition. plus belle, plus exacte et plus vraie ( Hist. Eccles.). |

Qu’est-ce que la liberté? dit Cicéron. C’est le pouvoir de vivre comme il plaît. Mais quel est celui qui vit comme il lui plait, sinon celui qui suit la droite raison ? Au seul sage il appartient de ne rien faire malgré lui, à contre-cœur, par force. Qui niera que tous les hommes légers, que tous les cupides, enfin que tous les méchants soient esclaves ? (1)

Seuz l’homme vertueux est libre... Seuls les vrais enfants de Dieu sont libres. Qu'est-ce , en effet, que la liberté des enfants de Dieu, sinon la dilatation et l'élargissement de leur cœur qui se dégage de tout ce qui est fini? Notre volonté est finie, et tant qu’elle demeure en elle-même , elle se donne des bornes. Voulez-vous être libre ? dégagez-vous de votre volonté; n’ayez plus que celle de Dieu. Comme Dieu-est la liberté même, la puissance même, qu’il fait tout ce qu’il veut, vous participerez ainsi à sa liberté, à sa puissance , à sa volonté. Vous jouirez de la seule et désirable diherté..…

Il n’est pas expédient à l’homme de ne rien voir au-dessus de soi ; un prompt esclavage suit cette pensée orgueilleuse. La condition de la créature ne comporte pas une pareille indépendance ; il faut qu’elle soit soumise à Dieu...

Dieu s’applique à faire la volonté de ceux qui le craignent, dit le Prophète royal : Voluntatem timentium se faciet (cxLiv. 19). Au

(1) Quid est libertas? Potestas vivendi ut velis. Quis igitur vivit ut vult, nisi qui recta sequitur ? Soli hoc contingit sapienti, ut nihil faciat invitus , nihil dolens, nihil coactus. Quis neget omnes leves, omnes cupidos, omnes denique improbos esse servos ? (In Parad.)

contraire, il permet que ceux qui méprisent sa volonté et prétendent ne faire que la leur, ne puissent jamais faire ce qu ‘ils veulent et deviennent les plus esclaves des hommes...

L'rowxe vraiment libre est celui qui est soumis à Dieu, qui dompte Enquoi ses passions , qui évite le péché et qui pratique la vertu... rs “berté ?

La liberté chrétienne que prèchent les apôtres et qui est la seule véritable, est une exemption que nous a donnée J. C. ; non l’exemption pour le serviteur dé faire ce qué son maître lui ordonne ; non l’exemption de l’obéissance au Décalogue , aux lois, aux princes, aux prélats, aux supérieurs ; non l’exemption des œuvres de pénitence et de satisfaction ; non l’exemption d'accomplir les vœux que l’on a pu faire; car la liberté de se soustraire à toutes ces obligations est uné liberté déraisonnable, animale, charnelle, honteuse , injuste ; c’est une liberté contraire à la nature et à la droite raison. Ce n’est donc point une pareille liberté, qui ne serait en réalité qu'une révolte formelle, que J. C. nous a procurée. La liberté chrétienne est l’exemption des nombreuses cérémonies de l’ancienne loi; c’est l’exemption du joug du péché, du démon et de la mort, ainsi que de la damnation éternelle. s

L'homme , dit saint Léon , possède une vraie paix et une vraie liberté, quand il soumet sa chair à l'esprit et l’esprit à Dieu : Vera paz hominibus, et vera libertas, quando et caro, animo judice, regitur ; et animus, Deo præside, gubernatur (Serm. de Nativ.).

Fût-il esclave, dit saint Augüstin, l’homme de bien est libre; et füt-il roi, le méchant est esclave : Bonus, st serviat, liber est ; malus autem, etsi regnet, servus est (Lib. LV de Civit., c. 1).

.. L'homme fait un bon usage de sa liberté, quand il choisit de faire ce qui est conforme aux lois et à la volonté de Dieu. En agissant ainsi, il se soumet à son véritable et légitime maître. Mais servir Dieu, c’est régner; et cette vérité est solidement prouvée; car 4 servir Dieu, c’est faire de la raison un juste usage...; 2° servir Dieu , c’est nous procurer une liberté vraiment royale, puisqu’en Dieu se trouve la liberté souveraine. ; 30 servir Dieu , c’est nous unir au Roi des rois, et, par conséquent, régner avec lui. Au contraire, si nous nous unissons à des esclaves, nous deviendrons esclaves comme eux. C’est une grande servitude d’être soumis à ses inférieurs ; or, il n’y a rien de plus vil que les passions; donc celui qui les sert est le dernier des esclaves... Le service le plus noble, c’est de se soumettre à Dieu; car Dieu élève ceux qui le servent ; il les

glorifie, il les béatifie, il les fait rois et prêtres, dit l’Apocalypse (v. 40). | l

Le service de Dieu consiste en quatre choses : 1e à connaître Dieu, et ce qui conduit à lui; là se trouve, à proprement parler, le fondement du service de Dieu... ; 2 à faire des œuvres de charité et de bienfaisance. Pendant que nous jouissons des biens que Dieu nous à faits , nous devons l’en remercier, nous efforcer de célébrer en tout sa bonté et sa gloire; lui offrir et lui consacrer notre cœur, notre âme, nos pensées et nos soins. C’est ainsi qu’agissent à l'égard de leur prince les courtisans fidèles et dévoués; car ils louent partout et constamment ses qualités et sa puissance , afin de porter tous les hommes à l’aimer et à le servir, et ils ne souffrent pas que personne attaque son nom... 3e Le service de Dieu consiste à s'acquitter des devoirs du culte, en lui rendant nos devoirs par l’oblation du saint sacrifice, par les cérémonies, les hymnes, les louanges, les prières et les vœux. C’est là l'office des anges et des saints qui, dans le ciel, vivent en Dieu, l’honorent, le louent, le bénissent, l’aiment et l’adorent. Aussi Le parfait service de Dieu est-il notre béatitude et la vie éternelle... 4° Le service de Dieu consiste à garder les commandements de Dieu et à pratiquer les vertus...

Se soumettre à Dieu et le servir , c’est s'imposer l’heureuse nécessité d’obéir à ses lois; c’est s’ôter, autant qu’on le peut, la triste et cruelle liberté de mal faire et de se perdre, La liberté des enfants de Dieu consiste à se délivrer du péché; or, le service de Dieu produit ce grand et heureux effet : il donne donc la véritable liberté.

Remarquez, dit Bossuet, trois espèces de libertés que nous pouvons nous imaginer dans les créatures. La première est celle des animaux, la‘seconde est la liberté des rebelles ; la troisième est la. liberté des enfants de Dieu. Les animaux semblent libres, parce qu’on ne leur a prescrit aucunes lois ; les rebelles s’imaginent l'être, parce qu'ils secouent l'autorité des lois; les enfants de Dieu le sont en effet, en se soumettant humblement aux lois : telle est la liberté véritable, les deux autres ne sont qu’imaginaires.….

Car pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux À j'ai honte de l'appeler de la sorte ; il est vrai qu’ils n’ont pas de lois qui répriment leurs appétits ou dirigent leurs mouvements ; mais, c'est qu'ils n’ont pas d'intelligence qui les rende capables d’être gouvernés par la sage direction des lois; ils vont où les entraine un instinct aveugle, sans conduite et sans jugement. Et appelleronsnous liberté cet ayeuglement brute et indocile, incapable de raison

et de discipline? À Dieu ne plaise, 6 enfants des hommes, qu’une telle liberté vous plaise, et que vous souhaitiez jamais d’être libres d’une manière si basse et si ravalée !.…

Où sont ici ces hommes brutaux qui trouvent toutes les lois importunes, et qui voudraient les voir abolies , pour n’en recevoir que d'eux-mêmes et de leurs désirs déréglés ? Qu'ils se souviennent du moins qu’ils sont hommes , et qu'ils n’affectent pas une liberté qui les range avec les bêtes; qu’ils écoutent ces belles paroles de Tertullien : Il a bien fallu , nous dit-il, que Dieu donnât une loi à l’homme ; et cela par quelle raison? Etait-ce pour le priver de sa liberté? Nullement, c'était pour lui témoigner de l'estime : Leæ adjecta homini, ne non tam liber quam abjectus videretur. Cette liberté de vivre sans lois eût été injurieuse à notre nature. Dieu eût témoigné qu’il méprisait l’homme , s’il n’eût pas daigné le conduire et lui prescrire l’ordre de sa vie; il l’eût traité comme les animaux, auxquels il ne permet de vivre sans loi, qu’à canse du peu d'état qu’il en fait, et qu'il ne laisse libres que par mépris : Æquandus cœteris animantibus, solulis a Deo, et ex fastidio liberis. Si donc il nous a établi des lois, ce n’est pas pour nous ôter notre liberté, mais pour nous marquer son estime; c’est qu'il a voulu nous traiter en hommes. Constilue, Domine, legislatorem super eos : O Dieu ! donnezleur un législateur ; modérez-les par des lois. U# sciant gentes quoniam homines sunt : Afin qu’on sache que ce sont des hommes ( Psal. IX. 21) , capables de raison et d'intelligence, est digne d’être gouvernés par une conduite réglée...

Par où vous voyez manifestement que la liberté convenable à l’homme, n’est pas d’affecter de vivre sans lois. IL est juste que Dieu nous en donne; il n’est pas moins juste que notre volonté s’y soumette ; car dénier son obéissance à l’autorité légitime , ce n’est pas liberté, mais rébellion; ce n’est pas franchise ; mais insolence. Qui abuse de sa liberté jusqu’à manquer de respect, mérite injustement de la perdre , et il en est ainsi arrivé. L’homme, dit saint Augustin, ayant mal usé de sa liberté, il s’est perdu lui-même, et il a perdu tout ensemble cette liberté qui lui plaisait tant : Zibero arbitrio male utens homo , et se perdidit et ipsum (Enchirid., c. xxx). Et cela pour quelle raison? C’est parce qu’il a eu la hardiesse d’éprouver sa liberté contre Dieu : il a cru qu'il serait plus libre, s’il secouait le joug de sa loi. Le malheureux a mal connu quelle était la nature de sa liberté. C’est une liberté, remarquez ceci, mais ce n’est pas une indépendance; c’est une liberté, mais elle ne l’exempte pas de la

Qu'est-ce qui donne la liberté ?

sujétion qui est essentielle à la créature; et c'est ce qui a abusé le premier homme. Le pape Innocent I a dit qu'Adam avait été trompé

par sa liberté : Sua in œternum libertate deceptus, c’est-à-dire qu'il

n’a pas su distinguer entre la liberté et l’indépendance; il a prétendu être libre, plus qu’il n’appartenait à un homme né sous l’empire souverain de Dieu. Il était libre comme un bon fils sous l’autorité de son père : il a prétendu être libre, jusqu’à perdre entièrement le respect, et passer les bornes de la soumission. Ce n’est pas ainsi qu’il faut être libre, c’est la liberté des rebelles.

La vraie liberté, c’est d’être soumis à Dieu, et de s’occuper de son salut... C’est un secret de Dieu de savoir joindre ensemble l’affranchissement et la servitude; et saint Paul nous l’a expliqué en la première épître aux Corinthiens , lorsqu'il a dit ces belles paroles : Celui qui, esclave , a été appelé, est affranchi du Seigneur : pareillement celui qui, libre, a été appelé, est esclave du Christ : Qui in Domino vocatus est servus, libertus est Domini : similiter qui Liber vocatus est, servus est C'hristi (Vi. 22),

N’aimons notre liberté que pour la soumettre à Dieu, et ne nous persuadons pas que ses saintes lois nous la ravissent. Ce n’est pas s’opposer à un fleuve, ni à la liberté de son cours, que de relever ses bords de part et d’autre, de peur qu'il ne se déborde et ne perde ses eaux dans la campagne; au contraire, c’est lui donner le moyen de couler plus doucement dans son lit, et de suivre plus certainement son cours naturel, Ainsi, ce n’est pas perdre la liberté que de lui imposer des lois, de lui donner des bornes decà et delà pour empêcher qu’elle ne s’égare, c’est l’adresser plus assurément à la voie qu’elle doit tenir; par une telle précaution , on ne la gêne pas, mais on la conduit ; on ne la force pas, mais on la dirige. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent, qui détournent son cours naturel, c’est-à-dire sa tendance au souverain bien...

Aïnsi la liberté véritable , c’est de dépendre de Dieu; car ne pas lui être soumis , ce n’est pas liberté , mais rébellion.

Siquelque chose est capable de rendre un cœur libre , et de le mettre au large, c’est le parfait abandon à Dieu et à sa sainte volonté...

Jésus dit aux Juifs : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez véritablement mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera : Si vos manseritis in sermone meo, vere discipuli mer eritis ; el cognoscetis veritatem , et veritas liberabit vos (Joann. vu.

31. 32). Si donc le Fils vous délivre, vous serez vraiment libres : Si vos Filius liberaverit, vere liberi eritis (Joann. vur. 36).

La vérité vous délivrera : or J.C. est la vérité ; il le dit lui-même : Je suis la voie, la vérité et la vie : Ægo sum via, veritas et vita (Joann. xrv. 6).

J. CG. a détruit quatre servitudes, et nous a donné quatre libertés : 1° Il a détruit le joug de l’ancienne loi; et nousa donné la liberté de lPEvangile..…. 2 Il a détruit l'esclavage où nous retenait le péché , et nous a apporté la liberté de la justification. 30 Ii a détruit l’empire de la concupiscence, et nous a donné la liberté du Saint-Esprit, et la souveraineté de la charité et de la grâce... 40 Il a détruit la mort, et nous a donné la vie...

Où est l’esprit du Seigneur , là se trouve là liberté , dit saint Paul : Ubi spiritus Dei, ibi libertas (IL. Cor. nr. 17). J. C. nous a donné là liberté, dit encore l’Apôtre : Christus nos liberavit (Galat. 1v. 31).

Celui qui à regardé au fond de la loi parfaite de liberté, et l’a constamment observée, dit l’apôtre saint Jacques, celui-là sera heureux dans son œuvre : Qui perspexerit in legem perfectam libertatis , et permanserit in ea, hic beatus in facto suo erit (1. 28), Cette loi par: faite de liberté , c’est la loi évangélique. 4° Elle est une loi de liberté parce qu’elle nous a délivré des préceptes judiciaires et cérémoniels de l’ancienne loi ; mais non pas du Décalogue, comme nous l'avons dit plus haut : car le Décalogue oblige, non parce qu'il a été promulgué par Moïse, mais parce qu’il est la loi de nature, sanctionnée par Dieu, et renouvelée par J. C. Ne pensez pas, dit J. C., que je sois venu abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu les abolir, mais Les accomplir : Nolite putare quod veni solvere legem, aut prophetas : non vent solvere, sed adimplere (Matth. v. 17). 20 La loi évangé: lique est une loi de liberté, parce qu’elle nous a délivré du péché, du pouvoir dû démon et de l’enfer.….. Or la seule vraie liberté aux yeux de Dieu, dit saint Jérôme, c’est d’être exempt de péché : Sola apud Deum libertas est, non servire peccatis..… (Epist.) 3e La loi dé l’Evangile est une loi de liberté parce qu'elle nous affranchit de là * contrainte et de la crainte; nous devons observer lés préceptes du Seigneur , non par cräinte de sa vengeance, mais par amour de la justice. Les chrétiens ne sont pas esclaves comme les Juifs; ils sont des fils... |

Nous sommes nés pour régner, dit Sénèque ; obéir à Dieu, c’est jouir de la liberté? Zn regno nati Sumus, Deo parere libertas est (De Vita beata , 6. v).

Nous né Sommes pas sous la loi de justie » qu, en ordonnant de faire le bien , n’en donnait pas le pouvoir, dit saint Augustin; mais nous sommes sous la loi de grâce, qui, en nous faisant aimer-ce qui nous est ordonné, règne sur des hommes libres (1). N’abusez pas de votre liberté pour pécher librement , ajoute-t-il; mais servez-vous-en pour ne point pécher: car votre volonté sera libre, si elle est pieuse; vous serez libre si vous êtes soumis : libre du péché, soumis à la justice (2).

Enfin, on peut dire que la loi évangélique est une loi de liberté, parce qu’à la résurréction , nous serons délivrés de la mort et de toute misère... Celui-là , dit encore saint Augustin, délivre de toute sujétion dont le joug est le plus utile de tous, et dansle service duquel, lorsqu'on s’y plait, se trouve la seule vraie liberté : Ze ab omnibus

- diberat, cui servire, omnibus utilissimum est, et in cujus servitio, pla-

cere pérfecte, sola libertas est (De Quantitateanimæ, e. xxxrv ). Servir

Dieu, c’est régner , dit encore ce grand doéteur : Cut serdireregnare

est (Ut supra).

Seigneur ; dit le Prophète royal , c’est parce que je sûis votre setviteur,; votre fidèle serviteur , et le fils de votre servañte ; Qué vous avez rompu mes liens : © Domine, quia ego servus tuus, ego servus tuus, et filius ancillæ tuæ, dirupisti vincula mea (cxv. 16).

Notre âme; comme un passereau, a été délivrée du filet de l’oiseleut; Le filet a été rompu , et nous avons été sauvés : Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo vénantium ; laqueus contritus est , et nos Liberati sumus (Psal. cxxtI. 7).

. Lorsque le Seigneur a délivré Sion de sa captivité, nous avons été dans l’allégresse : Zn convertendo Dominus captivitatem Sion, facti sumus sicut consolati (Psal. cxxv. 1). C’est le Seigneur qui délie les captifs : Dominus solvit compeditos (Psal. exzv. 7).

Notre espérance, dit saint Augustin, est que nous serons affranchis par le prince de la liberté qui, en nous délivrant, nous sauvera. Nous étions les esclaves des passions; après notre affranchissement , nous sommes devenus les serviteurs de la charité : Ææc spes nostra est,ut a libero liberemur, et liberando salvos nos faciat. Servi enim erumus cupiditatis ; hberati, servi efficimur caritatis (Tract. xrin Joann.).

J.C, nous a délivrés de la captivité du péché, de la mort, du démon

(1) Non sumus sub lege bonum quidem jubente, non tamen dante ; sed sumus sub gratia, quæ id quod lex jubet faciens nos amare, potest liberis imperare. (2) Noli libertate abuti ad lihere peccandum, sed utere ad non peccandum : erit enim

Voluntas tua libera, si fuerit pia ; eris liber , si fueris servus ; liber peccati, sérvus justitiæ (226. de Contin., t. ir).

etde l’enfer. Cette liberté est la liberté de l'âme, très-grande, très-précleuse, et éternelle. Pour nous la procurer, subir la servitude durant cette misérable vie ne serait rien. Mais J. C. nous a délivrés mème de cette dernière espèce de captivité: car 4° venant au monde comme prince de la paix, il a apporté avec lui la paix au monde... 2o I] à déchargé les Juifs qui sesoumettaient à lui, de leurs péchéset du fardeau de la loi; il a détruit l'esclavage qui est la peine du péché; il a fait quela servitude ne fût plus pour ses serviteurs le châtiment de la faute, mais simplement la condition de notre nature ; ou plutôt, qu’ellé leur devint un exercice de patience et de vertu, le principe et la cause de la liberté etde la gloire célestes... 3° Par sa grâce, il a rendu la servitude des chrétiens volontaire, douce et agréable, et non pas dure et forcée comme l'était celle des Juifs..…..4° A la résurrection, il anéantira tout esclavage pour les saints; il leur donnera non-seulement la liberté , mais le royaume du ciel, afin qu'ils soient rois, et rois pour l'éternité , et maîtres de l'univers...

Vous êtes tous appelés à la liberté véritable par J: C., dit saint Paul aux Galates : Vos enim in libertatem vocati estis (v.13).

Rachetés par J. C. et rendus à la vraie liberté, il faut rester libres. Vous avez été achetés à grand prix, dit cet apôtre aux Corinthiens : ne vous faites point esclaves des hommes : Pretio empti estis , nolite fieri servi hominum (1. vu. 23).

Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi, qui est en J. C., dit le grand apôtre : Omnes enim filii Dei estis per fidem , queæ est in Christo Jesu (Galat: 111. 26). ILn’y a plus ni Juif, ni Grec ; mi esclave; ni libre ; ni homme, ni femme : car vous êtes tous un dans le Christ : Non est. Judœus, neque Græcus; non est servus, neque liber ; non est masculus, neque femina; omnes enim vos unum estis in Christo Jesu (Gal. nr. 28). :

Vous n'êtes plus serviteur, mais fils; que si vous êtes fils, vous êtes aussi héritier de Dieu par le Christ : Jam non est servus , sed filius; quod si.filius, et hæres per Deum (Gal. 1v. 7).

Vous n’êles plus des hôtes et des étrangers , mais les concitoyens des saints; vous appartenez à la maison de Dieu : Jam non estis hospites et advenæ, sed estis cives sanctorum,'et domestici Dei (Ephes. 11.19). ! |

Nous sommes tous de la cité des anges, des patriarches, des prophètes, de la maison et de la famille de Dieu, c’est-à-dire de l'Eglise; nous sommes de la famille du Messie-roi ; nous avons droit

Nous sommes tous appelés à la liberté, et tous égaux devant Dieu,

La liberté vraie et dura= ble est au ciel.

Où est la fausse liberté, et quel est celui qui n’est pas libre?

aux sacrements et à tous les biens de J. C. et des chrétiens; nous

sommes inscrits au nombre des héritiers du royaume céleste... Nous n’avons tous qu’un seul et même maître dans le ciel; et ce

maître ne fait point acception de personnes...

Novs entrerons dans le-repos, nous qui avons cru , dit PApôtre aux Hébreux (1v. 3 jé

Quels seraient votre liberté, votre repos, gens du monde, si l’on vous disait que vos richesses sont si assurées, que jamais vous n’äurez à craindre aucune indigence; votre fortune si bien établie , que jamais vous ne souffrirez aucune disgrâce ; vos forces et votre santé si bien réparées, qu’elles ne seront jamais altérées par aucune maladie! Quelle serait votre joie! que votre liberté vous paraîtrait grande et aimable ! Combien donc ne serez- vous pas libres et heureux, et quelle ne sera-pas la dignité et la gloire de votre liberté, lorsque vous ne pourrez plus être injustes, lorsque vous ne pourrez plus être impurs , lorsque vous ne pourrez plus être pécheurs , lorsque vous ne pourrez plus perdre Dieu, que vous ne pourrez plus décheoir de votre justice et, par conséquent, de votre bonheur! Mais une paix et une liberté semblables n’existent que dans le ciel.

Usons doné bien ici-bas de la liberté, et la liberté nous sera donnée très-pleine, très-entière et très-puissante ; nous ne pourrons plus être soumis à aucune servitude, ni extérieure, ni intérieure, ni physique , ni morale; nous serons éternellement libres, et éternellement nous consacrerons notre liberté à aimer, louer, bénir et adorer la liberté incréée qui est Dieu...

La vérité vous délivrera , dit J. G. aux Juifs. Ils lui répondirent : Nous sommes de la race d'Abraham , et ne fûmes jamais esclaves de personne. Comment donc dites-vous : Vous serez libres? (Joann, vu. 32-33.) Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis : Quiconque pèche est un esclave du péché : Amen, amen dico vobis, quia omnis qui facit peccatum; servus est peccati (Joann. vnr, 34), Voilà l’esclavage vraiment redoutable ; il est dans le péché ; et n’est que là...

Füt-il esclave , l’homme vertueux, dit saint Augustin, est libre; äu contraire , füt-il roi, l’impie est esclave : esclave , non d’un seul homme, mais, ce qu'il y a de plus affreux, d'autant de maîtres cruels , qu’il est soumis à de vices divers : Bonus, si serviat , liber est ; malus autem, etsi regnet, servus est : nec unius hominis, sed quod

LIRERTÉ. 49 ÿravius est, tot dominorum quot vitiorum. (Lib [IV de Civit., ce. m1). Les incrédules, les pécheurs, les hommes pervers et corrompus , les rebelles , Les impies, vivant sans frein, sans loi , sans principes, sans religion , sans conscience , sans Dieu , ne sont pas libres, mais entièrement esclaves. Ils sont vendus sous le péché, dit le grand Apôtre aux Romains : Venundatus sub peccato (var. 1 #): Hs veulent une pleine liberté : ils trouvent un parfait esclavage. Ainsi leur liberté périt par cela même qu'ils la veulent trop étendue. La cherchant absolue, ils la détruisent; parce que, livrés à eux-mêmes , ils se jettent en aveugles dans tous les excès , et rencontrent autant de tyrans qu'ils ont de passions. ….

L'exemple du prodigue est là pour attester cette triste et terrible vérité. Cet aveugle jeune homme ne se croit pas assez libre dans la maison paternelle, où il a toutes choses en abondance. Il veut en sortir; il veut fuir les regards et les avis charitables de son père, qui lui reproche avec bonté ses premiers déréglements. Il part , il s’éloigne; il s’enfonce dans une contrée inconnue et barbare. Trouvera-t-il la liberté? elle le fuit. En peu de temps il dévore tout ce qu’il possède, en se livrant, avec de faux amis, à ses penchants déréglés. Fortune, honneur, santé, paix et joie , il perd tout, se trouve réduit à l’indi: gence, et torturé à la fois par la faim, la soif et Le froid. Méprisé , abandonné de tout le monde, il est forcé de se faire l’esclave d’un maître sans entrailles, qui l’envoie à la campagne garder un troupeau de pouréeaux. Là, dévoré de faim, il désire remplir son ventre des siliques dont se nourrissent ses pourceaux; mais personne ne lui en donne. O prodigue, ‘as-tu trouvé la liberté, l’heureuse liberté ? La liberté du prodigue est l’image de celle dont jouissent les impudiques, les avares, les ivrognes, tous ceux qui se sont vendus au péché et se trouvent sous le joug de fer du démon et des passions...

Us (les faux prophètes , les hérétiques , les impies) promettent la liberté , dit saint Pierre , et ils sont eux-mêmes estlaves de la corruption ; car le vaincu est esclave de celui qui a remporté sur lui la victoire : Libertatem illis promittentes, cum ipst servi sin corruptionts ; a quo enim quis superatus est , hujus et servus est (II. 11. 19).

Oui, dit saint Cyrille, la trop grande liberté est la perte de la liberté; car les gouvernements qui ne répriment pas la trop grande liberté des méchants , périssent par cette liberté, qui se change en licence, en rébellion , en injustice et en forfaits ( Catech.),

Lorsque le corps reste soumis à l’âme, il vit; s’il veut s’en délivrer, il meurt. Un vaisseau qui obéit au pilote est préservé des naufrages ;

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