‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 3 sur 57 · UE · texte numérisé non relu

UE

Celui qui secoue le joug de Dieu et de

ses Lois, est esclave.

abandonné à lui-même, il va au gré des tempêtes , se brise contre

les rochers, et s'enfonce dans l’abime pour ne plus reparaitre. La

fourmi qui prend des ailes est plus libre que lorsqu'elle n’en à pas, puisqu'elle peut voler ; mais alors elle touche à la captivité et à la mort. Ainsi la liberté des méchants est pour eux un principe d’esclavage, de ruine et de perdition..….

En se refusant à dépendre de Dieu, les méchants ne veulent plus être ce qu’ils devraient être, c’est-à-dire des créatures raisonnables, intelligentes ; créées par Dieu, et par conséquent dépendantes de lui. Ils luttent en eux-mêmes contre les premiers principes et le fondement de leur être. Ils corrompent leur propre droiture ; se rendent ennemis de Dieu, et par là s’attirent sa colère. Le pécheur use de sa liberté pour faire la guerre à Dieu ; il l’exerce en transgressant audacieusement toutes ses lois...

Pour avoir méprisé la solide possession des biens véritables que le Créateur lui avait donnés, l’homme est abandonné à l'illusion des biens apparents. Les plaisirs du ciel ne lui ont pas plu; il devient captif des plaisirs trompeurs qui mènent les âmes à la perdition. Il n'a point voulu de la liberté qu'il avait reçue du Seigneur; il se plait dans la liberté imaginaire que sa raison volage et viciée lui présente.

Nous sommes libres , disent les pécheurs , nous pouvons faire ce que nous voulons. Vous pouvez faire ce que vous voulez ! dit Bossuet; et moi je vous réponds, au contraire , vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, et quand vous le pourriez ; vous n’êtes pas libres. Vous ne pouvez pas ce que vous voulez, puisque vous ne pouvez pas empêcher que votre fortune ne soit inconstante , que votre félicité ne soit fragile , que ce que vous aimez ne vous échappe, que la vie ne vous manque, comme un faux ami, au milieu de vos entreprises , et que la mort ne dissipe toutes vos pensées. Vous ne pouvez pis ce que vous voulez, puisque vous ne pouvez pas empêcher que vous ne soyez trompés dans vos vaines prétentions. Ou vous les manquez, ou elles vous manquent : vous les manquez quand vous ne parvenez pas à votre but; elles vous manquent quand, obtenant ce que vous voulez , vous n’y trouvez pas ce que vous cherchez, Vous ne pouvez pas ce que vous voulez le plus : vous voulez le plaisir , le bonheur, vous ne l'aurez pas ; et ce que vous détestez le plus; il faut que cela arrive : la justice divine, ces étangs de feu et de souffre , ce grincement de dents éternel... En faisant ce que je voulais, dit saint Augustin , j'arrivais où je ne voulais pas ( Lib. Confess. ).

La fausse liberté, c’est de vouloir faire sa volonté propre. Cette affectation d'indépendance , c’est la liberté de Satan et de ses rebelles complices...

Quels sont vos sentiments , 6 pécheurs aveugles, lorsque prétendant être libres, vous suivez pour toute règle votre humeur , votre passion, votre colère, votre plaisir, votre fantaisie égarée; lorsque vous ne faites que secouer le mors et regimber contre toutes les lois, sans vouloir souffrir, ni qu’on vous retienne > Di qu'on vous reprenne, ni qu’on vous enseigne , ni qu’on vous conduise? Vous voulez la liberté des chevaux indomptés, des lions et des tigres...

Le nom de liberté est le plus doux et le plus agréable, mais tout ensemble le plus trompeur des noms. Les troubles , Les séditions, le mépris des lois, ont toujours eu leur cause ou leur prétexte dans l’amour d’une liberté mal entendue. Il n’y à aucun bien de la nature dont les hommes abusent davantage que de leur liberté...

SAINT Epiphane , évêque de Pavie, fit, en 493, un voyage en Bourg0gne pour racheter les captifs détenus par le roi Gondebaud (/n ejus vita ).

Saint Poppon, abbé de Stavelo an pays de Liége, employa tous ses efforts près de saint Henri pour obtenir de ce prince l’abolition de la barbare coutume de faire combattre des hommes contre des ours (Zn ejus vita ). |

Sainte Bathilde, reine de France, abolit l'esclavage. La reine Blanche et saint Louis renfermèrent le droit de vasselage dans des bornes très-étroites ( Zn ecrum vita ).

Saint Pierre Nolasque consacra tous ses biens au rachat des captifs ( n ejus vita). ;

Saint Jean de Matha fitla même chose ( /n ejus vita 5

L'histoire de lEglise et la vie des saints sont pleines de faits qui attestentque l'Eglise et ses enfants ont constamment travaillé à procurer aux hommes la vraie liberté, et à détruire l'esclavage, etc:

Que les saints ont travaillé à procurer la liberté aux hommes et aux peuples,

Pr rénez votre salut avec crainte et tremblement, dit l’Apôtre : tire FPT NE F'abies. Cum metu et tremore vestram salutemoperamini (Philipp. 17. 42).

Ce passage prouve, 10 que l’homme possède Le libre arbitre, même dans ce qui regarde la grâce et le salut... ; 2° que personne n’est assuré de la grâce et de la persévérance...

Dès le commencement, Dieu , dit l’Ecclésiastique, a créé l’homme, et il l’a laissé dans la main de son propre conseil : Deus ab initio constituit hominem, et reliquit illum in manu consilii sui (xv. 14). Il lui a donné ses commandements et ses préceptes : si tu veux garder les commandements et ne jamais trahir la foi jurée, Dieu te conservera à jamais. Il a mis devant toi l’eau et le feu, étends la maïñ sur ce que tu voudras. Devant l’homme sont la vie et la mort, Le bien et le mal; ce qui lui plaira lui sera donné (1).

Il est dit dans le livre du Deutéronome : Considère que j’ai mis aujourd’hui devant tes yeux la vie etles biens, etla mortetles maux, afin que tu aimes le Seigneur ton Dieu, et que tu marches dans ses voies, et que tu observes ses préceptes, ses cérémonies et ses ordonnances ; et que tu vives, et qu'il te multiplie, et qu'il te bénisse dans la terre que tu vas posséder. Maïs si ton cœur se détourne de lui , si tu ne veux pas l’écouter…, je te déclare aujourd’hui d'avance que tu périras. Je prends aujourd’hui à témoin le ciel et la terre que je t'ai proposé la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction: Choisis donc la vie , afin que tu vives, toi et ta postérité (xxx. 15:19 ).

Voilà des preuves évidentes du libre arbitre de l’homme...

L'ordre que Dieu intima à Adam de ne pas toucher au fruit qu’il lui indiqua , et la menace qu’il lui fit qu’il serait frappé de mort, s’il transgressait ce précepte, ne sont-ils pas une preuve certaine que Dieu a créé l’homme avec la faculté du libre arbitre? Le Seigneur , dit la Genèse, fit à l'homme un commandement et lui dit : Tu peux manger de tous les fruits du jardin ; mais ne mange pas du fruit

(1) Adjecit mandata et præcepta sua : si volueris mandata servare, conservabunt te, et in perpetuum fidem placitam facere. Apposuit tibi aquam et ignem : ad quod volueris, porrige manum tuam. Ante hominem vita et mors, bonum et malum; quod placuerit ei, dabitur illi (Æcc/i. xv. 15-18).

de l'arbre de la science du bien et du mal; car au jour que tu en mangèras, {u mourras de mort (11. 16-17). Les sollicitations que le serpent adresse à nos premiers parents, afin de les porter à manger du fruit défendu, sont une autre preuve du libre arbitre ( Genes, 111 ).

Je vous avertis, dit saint Paul à son disciple Timothée, de rallumer la grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de mes mains : Admoneo te ut ressuscites gratiam Dei, que est in te, per impositionem Manuum meorum (IT. 1, 6).

Personne , si l’on excepte le Seigneur, ne peut créer un arbre, dit saint Augustin ; mais chacun est libre, ou de choisir le bien, et d’être un bon arbre; ou de choisir le mal, et d’être un arbre mauvais (1). be ff |

Ils sont sortis de la vérité parce qu’ils l'ont voulu, dit le même saint docteur, et ils sont tombés voloritairement : Vo/untate exierunt, et voluntate ceciderunt (Ut supra ).

Si tu fais le bien, dit le Seigneur à Caïn, n’en receyras-tu pas le salaire? Si tu fais le mal, le péché ne paraitra-t-il pas soudain sur le seuil de ta porte. Mais l'attrait qui te porte vers lui sera sous ta puissance et tu pourras le dominer (2). Tu pourras, donc tu devras le dominer. Tu le pourras , donc tu as le libre arbitre.

Remarquez ici combien la volonté est puissante, non-seulement sur les actions et les mouvements extérieurs, mais aussi sur les passions et les appétits intérieurs. Quand vous sentez les funestes suggestions des concupiscences, vous pouvez, armé d’une volonté forte et constante , ne pas y consentir...

Elle est grande, dit saint Chrysostome, la puissance de la volonté qui nous rend possible ce que nous voulons, et nous fait nous refuser à ce que nous ne voulons pas : Magna vis est voluntatis, quæ nos efficit posse quodrvolumus, et non posse quod nolumus (Serm. de Zach. ).

Sénèque lui-même a compris le libre arbitre : Il n’y a rien, dit-il, de tellement difficile et ardu, que l'esprit humain ne puisse surmonter, et qu’une méditation soutenue ne rende familier. Il n’existe point d'affection si forte qu’on ne puisse vaincre par la discipline. L'esprit obtient tout ce qu’il veut formellement ; plusieurs s'étant

(1) Nemo, nisi Dominus, arborem faccre potest : sed habet unusquisque in voluntate sua, aut eligere quæ bona sunt, et esse arbor bona; aut quæ mala, et esse arbor mala (Lib. de Actis cum Felice Manich., c. 1v).

(2) Nonne si bene egeris, recipies ; sin autem male, slatim in foribus peccatum aderit? Sed sub te erit appetitus ejus, et tu dominaberis illius (Gen. 1v. 7),

imposé le devoir de ne pas rire , ont été fidèles à leur résolution ; d’autres ont voulu se priver entièrement du vin et des Pre de la volupté, et ils l'ont pu (Lib. IT de Fra, c. x11).

Tout ce que vous voulez de tout votre cœur, de toute votre intention, vous l’obtenez. Voulez-vous réellement et efficacement être humble, patient , obéissant , chaste, pur, etc., vous l’êtes réellement...

L'option vous est donnée, dit Josué au peuple de Dieu ; choisissez aujourd’hui ce qui vous plaît, et voyez qui vous devez servir. Et le peuple répondit : Nous servirons le Seigneur, parce qu'il est notre Dieu : Optio vobis datur : eligite hodie quod placet, cui servire potissimum debeatis. Respondit populus : Serviemus Domino; quia ipse est Deus noster (XxxIV. 15. 16. 18).

Examinez la voie où marchent vos pieds, disent les Proverbes , et toutes vos démarches seront affermies ; ne vous détournez ni à droite

‘ni à gauche; éloignez vos pas du mal: Dirige semitam pedibus tuis,. et omnes viæ tucæ stabilientur , ne declines ad dexteram neque ad sinistram ; averte pedem tuum a malo (tv. 26. 27). Donc l’homme jouit du libre arbitre ; autrement il ne pourrait pas marcher comme le dit le Seigneur...

Dieu , dès le commencement, ainsi que le dit l’Écriture , a créé l’homme, et il l’a laissé dans la main de son conseil (Æecli. xv. 14); c’est-à-dire que Dieu fit l’homme libre. L’Ecriture montre ici clairement quelle a été l’origine du mal, et que le mal est venu de la volonté de l’homme; car Dieu a fait l’homme libre , afin qu’il püt choisir le bien ou le mal, et qu’il fût capable de mériter ou de démériter. L'origine de la liberté, c’est la faculté de connaître. Car lorsque l’intelligence présente à la volonté qui balance des raisons probables de l’un et de l’autre côté, la liberté fait que la volonté peut choisir , parce qu’il y a de part et d’autre , ainsi que nous venons de le dire , des raisons qui rendent la chose bonne, aimable et éligible, ou qui du moins la font voir telle. Le libre arbitre est donc en principe dans l'intelligence , et en action dans la volonté ; car de l’examen de l'esprit naît dans l’homme la liberté de se prononcer et de vouloir. C’est pourquoi les brutes, qui manquent de raison, sont aussi privées du libre arbitre. Leur appétit est conduit par la fantaisie ; et lorsque de deux choses l’une est meilleure ou que leur fantaisie la trouve bonne, cet a de les y pousse naturellement et nécessairement...

Nous aélibé ones sur les choses que nous avons à faire et sur celles qui sont en notre pouvoir, dit Aristote ; mais personne, à moins

LIRRE ARPITRE. 55 qu'il n’ait perdu la raison, ne délibère sur ce qui dépend de la nature , de la fortune ou de la nécessité. La faculté de choisir n’étant pas autre que celle de délibérer et d'examiner laquelle de deux choses qui sont en notre pouvoir est désirable , il en résulte qu’au fond le choix est un désir motivé, car le jugement suit la délibération, et le désir le jugement (1).

Si vous Ôtez à l’homme le libre arbitre, vous lui enlevez sa nature d'homme et vous en faites une brute. Il y a dans l’homme la liberté de vouloir et de ne pas vouloir, ce qui est La liberté d’oppasition; et celle de choisir entre deux choses, d’en prendre une et de laisser l’autre , ce qui, comme s’exprime l’école, est la liberté ou la volonté de contrariété.

Dieu, dit saint Augustin, nous ordonne d'observer ses commandements; comment l’ordonne-t-il, si l’homme n’a pas le libre arbitre? Mandata sua custodiri jubet Deus ; quomodo jubet, si non est liberum arbitrium ? ( De Grat. et lib. Arb., e. 11.)

Dans son âme, faite à l’image de Dieu , l’homme, dit Tertullien , a recu le pouvoir du libre arbitre, et le commandement que Dieu lui a donné en est la preuve; car Dieu n’aurait pas donné de précepte à l’homme , si celui-ci n’avait pas eu le pouvoir de l’observer ; et il ne l'aurait pas menacé de mort en cas de transgression, s’il n’avait pas dépendu du libre arbitre de l'homme de mépriser la loi qui lui était faite ou de.lui obéir. Voilà pourquoi, lorsque Dieu a imposé des lois à l'homme, il lui a toujours laissé la faculté de choisir entre le bien et le mal, la vie et la mort; ce que Dieu n'aurait pas fait si le libre arbitre n’eût pas existé ( Lib. IT contra Marc., ©. V).

Dieu a mis devant toi l’eau et le feu, la vie et la mort, le bien et le mal; ce qui te plaira, te sera donné, dit l’Ecriture ( Æccli. xv. 17.18). Par l’eau et le feu il faut entendre les choses contraires entre lesquelles l’homme a la faculté de choisir. Le feu signifie aussi l'enfer ; et l’eau, le rafraichissement de la grâce et de la gloire...

En présence de l’homme se trouve la vieet la mort, le bien et le mal; ce qui lui plaira lui sera donné. Mais, dit le Psalmiste , les __enfants des hommes ne sont que vanité , les fils d’Adam ne sont que mensonge; placez-les dans la balance, tous ensemble seront plus

(1) Consultamus de agendis rebus atque iis quæ in nostra silæ sunt poteslate; pemo, nisi stolidus consultat de iis quæ fiunt a natura, fortuna et necessitate. Cum igitur eligibile nihil aliud sit quam consultabile et appetibile eorum quæ in nobis sunt, electio quoque eorum quæ in nobis sunt, consultativa appetitio erit; simul enim atque consultavimus, judicamus , atque inde secundum consultationem appetimus { Apud Stobœum).

Excellence et avantages du libre arbitre.

légers que le néant: Verumtamen vani filii hominum , mendaces filii hominum in stateris (x1.10). Ils pèsent mal, ils pèsent en aveugles... Ils ne choisissent pas l’eau, mais le feu ; ils préfèrent le mal au bien, la mort à la vies...

Dieu , dit saint Augustin , rend le mal pour le mal, parce qu’il est juste ; le bien pour Le mal, parce qu'il est bon; le bien pour le bien, parce qu'il est bon et juste : mais il ne rend pas le mal pour le bien, parce qu’il n’est pas injuste (1). Or, sans le libre arbitre, il n’y aurait ni bien à récompenser, ni mal à punir ; car sans le librearbitre, il n’y aurait ni bien, ni mal...

Voyez combien le libre arbitre dont Dieu a doté l’homme, est un donriche, précieux , honorable et avantageux ; car par le libre arbitre 1° l’homme est semblable à Dieu et aux anges : Dieu est la suprême liberté, et les anges jouissent d’une liberté confirmée dans le bien... ; 2 il est au-dessus de toutes les créatures corporelles. ; 8 il est le maître de lui-même et de ses actions... ; 4° il est apte à toutes les vertus... ; 50 il est capable de mériter...; 6° il acquiert la grâce dansle temps... ; To il s'assure la vie et la gloire éternelles dans Je ciel...

Ecoutez saint Bernard : J’appelle, dit-il, j'appelle dignité dans l’homme le libre arbitre, par lequel il lui est donné d’avoir , nonseulement la prééminence sur les œuvres de la création, mais même le gouvernement des animaux.

Le libre arbitre estun don divin, resplendissant dits l'âme, comme le diamant au milieu de l'or. Par lui, l’homme a le pouvoir de choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort, entre la lumière et les ténèbres ( De diligendo Deo ).

Si vous voulez, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe , et si vous écoutez ma voix, vous serez comblés de biens : Si volueritis, et audieritis me, bona terræ comedetis (x. 49 ).

A celui qui aura vaincu, dit le Seigneur dans Apocalypse, je donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône; comme moi aussi j'ai vaincu , et me suis assis avec mon Père sur son trône... (ur, 21.)

L’âme est libre, dit Platon; elle peut dominer ses passions, et se vaincre; c’est la première et la plus parfaite de toutes les victoires :

(4) Deus reddit mala pro malis, quia justus est; bona pro malis, quia bonus est; bona pro bonis, quia bonus et justus est. Solum non reddit mala pro bonis, quia injustus non est ( De Graf. et lib, Arb.),

mais être vaincu par soi-même, est à la fois très-honteux et très-mauvais (1).

Par le consentement volontaire, nous nous unissons à la volonté de Dieu , dit saint Bernard : Per consensum utique voluntarium, divinæ voluntati conjungimur ( Tract. de diligendo Deo ).

Cezur qui vous a créé sans vous, ne vous sauvera pas sans vous, dit saint Augustin : Qui creavit te sine te, non salvabit te sine te (Enchirid., C. XXX ).

Dieu a fait l’homme libre, mais non pour le mettre en dehors de lui et de sa providence, non pour lui permettre, comme à la bête sauvage, d’aller où il voudrait, et de se soustraire aux préceptes divins, En qualité de souverain de tout ce qui existe, comme législateur, seigneur, maitre, roi, juge et vainqueur, il lui a donné la loi, soit naturelle , soit révélée, afin qu'il l’observât.

Le Seigneur a fait trois choses : 40 il a donné le libre arbitre à l’homme ; 2e il lui a fait connaitre sa loi; 3° il lui a promis une récompense, s’il lobservait.

Dieu, dit saint Basile, a placé au dedans de nous-mêmes une balance au moyen de laquelle nous pouvons peser toute chose. Servez-vous-en pour y peser chacune de vos œuvres, et pour voir ce qui vous est le plus utile. Vaut-il mieux goûter une volupté passagère et vile, suivie de la mort éternelle, que de s’exercer à la vertu ? Hommes aveugles, qui choisissez le mensonge et la corruption, le prophète Isaïe vous maudit : Malheur à vous, dit-il, qui appelez mal le bien, et bien le mal; qui déclarez les ténèbres lumière, et la lumière ténèbres ; l’amertume douceur, et la douceur amertume! Væ qui dicitis malum bonum , et bonum malum; ponentes tenebras lucem , et lucem tenebras ; ponentes amarum in dulce , et dulce in amaruml (v. 20. — Homil. in Psal. Lxr.)

Je veux, dites-vous, je veux les choses présentes ; car quel est celui . qui connaît les futures? Vous vous servez mal de votre balance, préférant le mal au bien, les choses vaines aux solides, ce qui est transitoire à ce qui est éternel, un plaisir qui fuit à une joie qui ne finira jamais...

Nousdevons, dit saint Bernard, employer toutes nos forces afin de conserver notre libre arbitre à faire le bien : Dieu nous l’a donné dans

(1) Libera est anima, et domina passionum ; vincere seipsum omnium victoriarum prima est et optima; vinci autem a seipso, et turpissimum et pessimum (De Legib.).

Nécessité de bien user du libre arbitre,

ce but , et pour que nous méritions l’éternelle felicité. Mais il faut que l’homme enchaine à Dieu son libre arbitre, qu'il le lui offre et le lui consacre sans retour , et qu’il renouvelle souvent la résolution d’obéir en tout à Dieu ; le priant assidüment de le garder lui-même comme gon propre bien, de le conduire par sa grâce à la pratique de toutes les vertus , puis au port du salut éternel; car si la concupiscence , le péche et le démon deviennent les maîtres de notre libre arbitre , il ne fera que le mal et nous précipitera en enfer (Tract. de diligenda Deo). C'est ce qui fait dire à saint Augustin : L'homme qui fait un mauvais usage de son libre arbitre, le perd et se perd lui-même : Libero arbitrio male utens homo, et se perdidit et ipsum (Enchirid,, e, xxx ). En se servant du libre arbitre pour pécher, dit ailleurs cet illustre docteur , on le perd : Cum libero peccaretur arbitrio, amissum est liberum arbitrium..…. (De Grat. et lib. Arb.) Non qu'il soit perdu en lui-même , mais il est perdu parce qu’il est consacré au mal et affaibli par sa révolte contre Dieu! Pour pécher, ditencore saint Augustin, l’homme est libre; mais quand il a péché, il est l’esclave du péché : Ad peccandum liber est ; qui peccati servus est (De Grat. et lib. Arb. }a

* Dieu ne réprouve personne en refusant d’accorder sa grâce; mais il réprouve, parce que le pécheur ayant devant soi le bien et le mal, s’est abandonné au mal. On n’est pas condamné au feu éternel parce que la grâce a fait défaut, mais parce qu’on a fait défaut àla grâce, et qu’on a commis volontairement le péché. Chacun peut éviter d’offenser Dieu. Qu'il en soit ainsi, et l’enfer est fermé. Ce que l’homme aura choisi lui sera donné : s’il veut le péché , il aura le péché et la peine du péché. Vouloir le péché sans la peine, c’est chose impossible sous un Dieu juste...

Ne croyez donc point, dans votre impiété, que vous recevrez autre chose que ce que vous avez choisi vous-même. Ta perte, à Israël , vient de toi, dit le prophète : Perditio tua ex te, Israel (Osee. xur. 20). Ge n’est pas Dieu qui nous perd, mais notre volonté perverse. Que la volonté propre cesse, dit saint Bernard , etil n’y aura plus d’enfer : Cesset voluntas propria , et infernus non erit (Serm. de Resurrect. ).

Si vous voulez, dit le Seigneur par la bouche d'Isaïe , si vous écoutez ma voix, vous serez comblé de biens; si, indociles et rebelles, vous irritez ma colère, le glaive vous dévorera : Si vo/ueritis, et audieritis me, bona terræ comedetis. Quod si nolueritis, et me ad iracundiam provocaveritis, gladius devorabit vos (1. 19. 20).

Ne vous servez pas de votre libre arbitre pour pécher, dit saint

Augustin, mais servez-vous-en pour ne pas pécher; car votre volonté sera libre si elle est bonne; vous serez libre si vous êtes esclave, libre du péché , esclave de la justice (1).

La volonté a le pouvoir de consentir à l'appel de Dieu, dit saint Augustin, ou d’y fermer l'oreille, L’âme ne peut recevoir et avoir de dons qu’autant qu’elle y consent; et ce qu’elle a, ce qu’elle reçoit

vient de Dieu. Mais recevoir et avoir, cela appartient à l’homme qui:

recoit et à Dieu qui donne (2).

Le don que Dieu seul fait au libre arbitre ne peut pas plus être reçu sans le consentement de l’homme, qu’il ne peut être accordé sans une grâce de Dieu, dit saint Bernard : Quod a Deo soli datur libero arbitrio , tam absque consensu non potest esse accipientis , quam absque gratia dantis (Tract. de Grat. et lib. Arb. ). |

Par la grâce de Dieu, dit le grand apôtre aux Corinthiens , je suis ce que je suis, et sa grâce n’a pas été stérile en moi; mais plus qu'eux tous, j'ai travaillé, non pas moi, mais la grâce de Dieu en moi (3). La grâce est donc nécessaire, mais la coopération à la grâce ne l’est pas moins. La grâce vient de Dieu : la coopération vient du libre arbitre. Une personne dont les forces sont épuisées ne peut pas marcher seule ; on l’aide , et elle va. L'aide , c’est la grâce ; en s’y prêétant on marche, c’est le libre arbitre agissant. Il faut union entre la grâce et Le libre arbitre; il faut que ces deux choses marchent ensemble dans un parfait accord. Sans la pluie, la terre est stérile; sans la terre , la pluie ne produit aucun effet...

Nous ne sommes pas suffisants , dit saint Paul, pour produire par nous-mêmes et comme de nous-mêmes, quoique ce soit en notre esprit; mais notre suffisance est de Dieu : Non quod suficientes simus cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis ; sed sufficientia nostra ex Deo est (IX. Cor. x. 5). Ainsi l’Apôtre dit que le libre arbitre est insuffisant de lui-même, mais il ne dit pas qu’il n’ait aucune force. Le libre arbitre est trop faible pour accomplir seul les bonnes

(4) Nolite libertate abuti ad libere peccandum, sed utere ad non peccandum : erit enim voluntas tua libera, si fuerit pia ; eris liber, si fueris servus; liber peccati, servus justitiæ (De Grat. et lib. Arb.).

(2) Consentire vocationi divinæ, vel ab ea dissentire, propriæ voluntatis est : accipere et habere anima non potest dona, nisi consentiendo; ac per hoc quid habeat et quid accipiat, Dei est : accipere autem et habere, utique accipientis et habentis est ( De Spirit. et lit., ©. Lx).

(3) Gratia Dei sum id quod sum; gratia ejus in me vacua non fuit; sed abundantius illis omnibus laboravi : non ego autem, sed gratia Dei mecum (I. xv. 10).

Le libre arbitre seul ne suffit pas,

il faut la grâce avec lui.

œuvres, il est infirme; mais il est suffisamment fort s’il est excité, aidé, soutenu par la grâce prévenante et la grâce concomitante.

Que personne , dit saint Grégoire , nese flatte de valoir quelque chose, même après avoir fait preuve de force; car si la protection divine l’abandonne, il sera soudain renversé, là même où il se glorifie de se tenir debout par sa propre volonté (1).

Personne, dit saint Augustin, n’est fort par ses propres forces; il n’est en sûreté et fort que par l’indulgence et la miséricorde de Dieu : Nemo suis viribus fortis est, sed Dei indulgentia et misericordia tutus est (De Grat. et lib. Arb.).

En vous, Seigneur, je conserverai ma force, dit le Prophète royal : Fortitudinem meam ad te custodiam (Lvirr. 10). Ce qui signifie, dit saint Augustin : Je conserverai ma force par vous , Seigneur, je la rapporterai à vous : Fortitudinem meam per te custodiam, ad te referam (De Grat. et lib. Arb. ).

Si Dieu et Dieu seul fait tout en nous, dit saint Gicyéltoits vous m'exhortez en vain, vous cherchez en vain à m’inspirer la crainte et la terreur; vous ordonnez en vain, disant : Obéissez. Mais écoutez lEcriture : Dieu dès le commencement a créé l’homme et l’a laissé dans la main de son propre conseil (Æecli. xv. 14). Dieu n’opère donc pas seul; il faut que l’homme agisse de concert avec Dieu. Il faut la grâce et la correspondance à la grâce ( Serm. de Zachæo).

La grâce caresse et attire la volonté de l’homme, afin que celle-ci corresponde librement à la grâce, qu’elle y coopère….

Dieu opère en nous le vouloir, parce que, comme le disent saint Chrysostome et les autres Pères, il aide , augmente, fait avancer la volonté qu’il trouve en nous , et la porte à bien agir... Dieu, dit saint Augustin, meut l’homme et le porte à vouloir librement se repentir, aimer et faire le bien : Deus movet et incitat ut homo libere velit pænilere, amare, et quodvis bonum operari (De Grat. et lib. Arb. }. Dieu nous excite et nous donne la grâce pour nous faire vouloir: nous devons coopérer à la grâce...

L'Eglise enseigne, avec saint Augustin, que tout commencement de bonne volonté , de foi et de salut, vient de la grâce prévenante. L’Apôtre veut que nous pratiquions le bien avec crainte, parce que Dieu opère le vouloir. Dieu agit de ntanière à ce que nous voulions, et que nous accomplissions ce que nous voulons.

(1) Nemo se alicujus pietatis æstimet, etiam cum quid fortiter potest; quia si divina

a deserat, ibi repente enerviter obruetur, ubi se volenter stare glorialur (Mora

LIRRE ARBITRE. 61

Dieu, dit le grand Apôtre, opère en vous le vouloir et le faire À

selon qu’il lui plait : Deus operatur in vobis velle et perficere pro bona voluntate (Philipp. 11. 13).

Dieu opère le vouloir en aidant la volonté ; il opère en nous le faire en continuant la même grâce par laquelle il opère le vouloir. Lorsqu'un acte extérieur est difficile , comme le martyre, il opère aloïs le faire par une nouvelle grâce , en fortifiant et animant l’homme.

Saint Bernard, parlant de la grâce et du libre arbitre , enseigne excellemment comment Dieu opère en nous ces trois choses, la pen: sée , Le vouloir , le faire. Il opère la première chose, dit-il, qui est la pensée, sans nous ; la seconde , qui est le vouloir, avec nous; la troisième , qui est le faire, par nous : Primum; scilivet cogitare , sine nobis ; secundum ; scilicet velle , nobiscum ; tertiüm, scilicet perficere , per nos facit. Lorsque nous sentons ces merveilles se passer invisiblement en nous et avec nous, dit ce saint docteur , il faut prendre garde de les attribuer à notre volonté qui est faible, ou bien à une contrainte venant de Dieu , qui est nulle , mais à la grâce seule dont Dieu est rempli. Cette grâce excite le libre arbitre en lui inspirant le désir ; elle le guérit en changeant son affection ; elle le fortifie pour le conduire à l’action; elle le conserve pour qu’il ne défaille pas. La grâce agit avec le libre arbitre de manière à le prévenir, ei lui donnant la pensée; dans tout le reste, elle l'accompagne : elle le prévient, afin qu'il coopère. Mais le commencement appartient à la grâce seule; la suite, jusqu'à l’accomplissement de l'œuvré, se fait par la grâce et le libre arbitre unis ensemble, et non pris chacun séparément, par la grâce et le libre arbitre agissant en même temps et non tour à tour. Ce n’est pas pour une partie la grâce, pour une partie le libre arbitre qui opèrent; mais l’un et l’autre, et par un travail indivisible (1).

Dieu opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir : Deus operatur in vobis velle et per ficere pro bona voluntate (Philipp. 11. 13).

(1) Cavendum âdhue, ne cum hæc invisibiliter intra nos, ac nobiscum actitari séntimus, aut nostræ voluntati attribuamus , quæ infirma est; aut Dei necessitati, quæ nulla est; sed soli gratiæ, qua plenus est. [psa liberum arbitrium excitat, cum semi= nat appetitum ; sanat, cum immutat affectum ; roborat, ut perducat ad actum ; servat, ne sentiat defectum. Sic autem ista cum libero arbitrio operatur, ut tantum illud in primo præveniat, in cæteris comitctur ; ad hoc utique præveniens , ut jam sibi deincéps cooperëtur. [ta amen quod 4 sola gratia cœplum est, ab utroque perficitur : ut mixtum, non sigillatim; simul , non vicissim, per singulos profectus, operentur. Non partim gratia, partim liberum arbitriumi, sed totums singula opere individuo peragunt (De Grat.et lib. Arb. ,c. xLvir).

62 , LiBRE ARBÎTRE.

Selon le bo plaisir non de l’homme mais de Dieu; dit saint Chrysostome: Pro bona voluntate non hominis, sed Dei (Serm. de Zachæ&o); Dieu opère en nous le vouloir et le faire, afin que sa volonté s’accomplisse en nous et par nous, et que nous vivions saintement.

Voilà que je suis à la porte, et je frappe, dit J. C. dans l’Apocalypse. Si quelqu'un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je mangerai avec lui, et lui avec moi : Zece sto ad ostium et pulso : si quis audierit vocem meam, et aperuerit mihi januam , intrabo ad illum, et cœnabo cum illo, et ipse mecum (ur. 20 ).

Dieu, dit saint Augustin, opère au commencement , afin que nous voulions , et lorsque notre volonté est décidée, il coopère à l’accomplissement de l’action. Il nous prévient pour nous guérir, et i nous accompagne afin que nous nous développions en santé; il nous prévient afin que nous soyons appelés, et il nous accompagne afin que nous arrivions à la gloire; il nous prévient pour nous faire mener une vie pieuse ; et il nous accompagne afin que nous vivions toujours avec lui (1);

Attirei-moi, dit à l’Epoux l’Epouse des Cantiques : nous courrons sur vos pas à l'odeur de vos parfums : 7rahe me : post te curremus in odoremunguentorum tuorum (1. 4).

Dieu, dit saint Grégoire, nous donne par sa grâce les bons désirs ; mais nous , par les efforts de notre libre arbitre , nous nous servons des dons de la grâce pour faire régner en nous les vertus : Zona desideria nobis per divinam gratiam ministrantur : sed nos dona gratiæ per conatum liberi arbitri ad virlutum victorias promovemus (Moral. ).

La grâce prévenante est nécessaire, mais il ne faut pas exclure la coopération du libre arbitre, dit saint Augustin; car si Dieu seul agissait, ce serait inutilement que Dieu dirait aux hommes : Convertissez-vous ; et si les hommes pouvaient agir seuls sans la grâce , ce serait en vain qu'on dirait à Dieu : Seigneur , convertissez-nous. Si Dieu préparait notre âme sans nous, 1l serait faux de dire que l’homme prépare son âme; et si nous préparions nos cœurs sans le secours de Dieu, il serait faux de dire que Dieu prépare notre volonté. C’est pourquoi Dieu fait dans l’homme beaucoup de bien

(1) Ipse, ut velimus, operatur incipiens , qui volentibus , cooperatur perficiens. Prævenit ut sanemur, et subsequitur, ut sanati vegetemur ; prævenit ut vocemur, et subsequitur ut glorificemur ; prævenit ut pie vivamus, et subsequitur ut cum illo sempér vivamus (De Grat. et lib. Arb.).

LIBRE ARBITRE. 63 que l’homme ne fait pas ; mais l’homme n’en fait aucun sans que Dieu l’aide à le faire (4).

Ainsi que le prétend Pélage , le libre arbitre n’exclut pas la grâce de Dieu , comme la cause seconde n’exclut pas le concours de la cause première; au contraire , celle-là est subordonnée à celle-ci, et dépend essentiellement d’elle. Le concours de la cause seconde n’est rien, ou plutôt il ne peut pas exister sans l’action de la cause première.

Il faut, dit encore saint Augustin, il faut entendre ces patoles de l’Ecriture : Si vous voulez, vous observerez les commandements , de telle sorte que l’homme qui veut et ne peut pas soit convaincu qu'il ne veut pas encore pleinement, et qu’il prie afin d’avoir une volonté assez forte pour accomplir les commandements. C’est ainsi qu'il recevra l’aide qui lui est nécessaire pour faire ce qui est ordonné : car alors seulement qu’on peut, il est utile de vouloir; et alors qu’ori veut, utile de pouvoir ce que l’on veut. Que sert-il, en effet, dé vouloir ce qu’on ne peut pas, ou de pouvoir ce qu’on ne veut pas? (2)

Dieu prépare et donne aux impies une grâce suffisante, avec laquelle ils peuvent, s’ils le veulent, éviter le péché, et faire le bien. Cette grâce est appelée suffisante, en ce que, s'ils veulent y coopérer , ils la rendent efficace. La grâce efficace est nommée ainsi, parce qu’elle obtient toujours son effet. Il n’est pas en notre pouvoir que Dieu nous donne la grâce efficace, et non simplement la grâce suffisante; cependant, Dieu dans sa libéralité et parce que cela lui plait, donne à tous sa grâce. Si les impies veulent y coopérer, ils la rendent efficace, comme font les âmes pieuses ; mais comme ils ne le veulent pas, et que Dieu a prévu cette résistance , il leur donne seulement la grâce suffisante qu'il sait leur devoir être inutile. Il faut remarquer au reste que c’est la paresse ou la malice de ceux-ci

(1) Commendatur gratia præveniens, sed non excluditur arbitrii cooperatio. Si enim solus Deus faceret , frustra diceretur hominibus : Convertimini. Et si homines soli ad hoc sufficerent, frustra diceretur Deo : Converte nos, Deus. Et si Deus sine nobis nos præpararet , falsum esset hominem præparare animam suam : et si absque Deo nos corda nostra præpararemus , falsum csset præparari voluntatem a Domino. Quapropter multa Deus facit in homine bona, quæ non facit homo; nulla vero facit homo, quæ non facit Deus ut faciat homo ( De Grat. et lib. Arb. ):

(2) Ad hoc enim valet quod scriptum est: Si volueris, conservabis mandata; ut homo qui voluerit et non potuerit, nondum se plene velle cognoscat; et oret ut habeat tantam voluntatem , quanta sufficit ad implenda mandata, Sic quippe adjuvatur ut faciat quod jubetur; tunc enim utile est velle cum possumus ; et tunc utile est posse, cum volumus. Nam quid prodest si quod non possumus, volumus; aut, si quod possumus, nolumus? ( Jbid., c, XV.)

Dieu ne violente pas le libre arbitre.

qui la rendent inutile ou inefficace, quoique Dieu veuille et désire sincèrement qu'ils y coopèrent et qu’elle soit fructueuse et efficace ; car Dieu ne s'applique pas à chercher et à choisir des grâces inefficaces pour les donner aux impies ; de son côté, et dans son intention, toute grâce est efficace quant au premier acte, c’est-à-dire qu’elle a la force et l'efficacité nécessaires pour produire l’action et faire agir celui qui la reçoit, si sa volonté veut y correspondre. Cest là où Dieu tend, et ce qu’il veut. Dieu accorde la grâce suffisante avec le sincère désir que la volonté de l’homme y corresponde, et que par elle il se mette à l’œuvre; Dieu ne la donne qu’à cette fin. Tous les théologiens sont d’accord pour déclarer qu’on ne saurait lui attribuer d'autre intention...

Duev exerce sa volonté vis-à-vis du libre arbitre, tout autrement qu’il exerce au ciel , sur la terre et dans l’univers. En créant le ciel et la terre, il leur a imposé la nécessité d'exister; mais il laisse lâ liberté à la volonté de l’homme, lui persuadant intérieurement d'agir, en la caressant, l’attirant, l’amollissant, la menaçant, la fortifiant.….

Nous sommes attirés, non par des chaînes ou des fouets, mais par la force de l’amour , selon ces paroles du prophète Osée : Je l'ai attiré par les liens qui séduisent les cœurs, par les liens de l'amour i In funiculis trahiam eos; in vineulis caritatis (xr. 4).

Croyez; dit saint Augustin, et vous viendrez; aimez, et vous serez attiré. Ne vous imäginez pas que la violehce que Dieu exerce sur l’homme est rude et désagréable; elle est douce, elle est délicieuse ; c’est la douceur même qui vous attire. N’attire-t-on pas la brebis affamée lorsqu'on lui présente de l'herbe? Et je pense qu’on ne lui impose pas la nécessité de s'approcher; c’est son désir qui la livre. Ainsi, vous-même, venez à J. C.; ne cherchez pas de longs détours : dès que vous croyez, vous venez; car on va à Dieu, qui est partout, non en montant sur un navire et à force de voiles, mais en aimant, Comment, direz-vous, puis-je croire volontairement , si je suis entrainé? En vérité, je vous le déclare, non-seulement vous n'êtes pas attiré malgré vous, mais vous l’êtes avec plaisir ? Qu’est-cé qu'être attiré avec plaisir? C’est se réjouir dans le Seigneur, qui vous accordera tout ce que votre cœur lui demandera. Ce n’est pas là subir une nécessité, mais obéir à un attrait; cen’est pas être contraint, mais s’'äbandonner au charme. Nous devons ajouter que celui-là qui se plait dans la vérité, dans le bonheur ; däns la justice, dans lä vie

LIBRE ARBITRE. 65 éternelle , est attiré à J. C. » qui est lui-même tous cés biens (1).

Chacun va où l’attire son plaisir; mais c’est librement et non par nécessité. Nous sommes attirés par les avertissements du Seigneur , par la révélation, par la doctrine évangélique... Né croyez pas que vous êtes entraîné par la force, dit encore saint Augustin, l’âme cède aussi à l’amour. Cette éspèce de violence s'exerce sûr le cœut, et non sur le corps : Noli cogitare te invitum trahi; trahitur animus et amore. Ista violentia cordi fit, non carni (Tract. xxv1).

L'action d'attirer marque la force et L'efficacité de la grâce de Dieu ; mais cette force est douce et agréable; elle ne fait pas violence au libre arbitre , mais elle l’excite, le caresse, le porte à croire en le rendant heureux , en lui donnant la paix et la tranquillité...

Si vous n'êtes pas encore attiré, dit saint Augustin, priez, afin que vous le soyez. Et si vous ne voulez pas tomber dans l'erreur, ne cherchez pas pourquoi celui-ci l’est, tandis que celui-là ne l’est pas : S? non traheris, ora ut traharis. Cur hic trahatur, illenon trahatur , noli judicare, si non vis errare (Tract. xxvi).

(1) Crede , et venis; ama , et traheris. Ne arbitreris istam asperam molestdmque violentiam ; dulcis est, suavis est, ipsa suavitas te trahit. Nonne ovis trahitur, cum esurienti herba monstratur? Et puto quia non corpore impellitur, sed desiderio cülligatur. Sic et tu, veni ad Christum : noli longa itinera meditari; ubi credis, ibi venis : ad illum enim qui ubique est, amando venitur, non navigando. Quomodo voluntate credo , si trahor ? Ego dico, parum est voluntate, etiam voluptate traheris. Quid est trahi voluptate? Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis ‘tui. Non necessitas, sed voluptas; non obligatio, sed delectatio. Dicere debemus trahi hominem ad Christum, qui delectatur véritate, delectatur beatitudine, delectatur justitia , delectatur æterna vita, quod totum Christus est (Serm. 1 de verbis Apost. ),

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