‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 28 sur 57 · XXXIII. Marie comparée à la toison de · texte numérisé non relu

XXXIII. Marie comparée à la toison de

Gédéon,

Marie comparée au paradis

terrestre,

inebriabo prati mei fructum (Eccli. xxrv. 42). Ce jardin c’est Marie... ; celui qui arrose , c’est Dieu. . ; l’eau dont il se sert, c'est la FA 0 qui a été répandue en Marie.

Voici, dit l’abbé rhpét: voici un nouveau jardin, un nouveau paradis, de nouvelles plantations faites par celui qui autrefois a disposé le paradis terrestre. L'ancien paradis était terrestre ; Marie est un paradis nouveau , un paradis céleste. Le jardinier est le même, c’est Dieu. Dans l’ancien paradis, il plaça l’homme qu’il avait créé; dans le nouveau , il forme l’humanité de celui qui est auprès de lui de toute éternité. Du sol du paradis terrestre , Dieu a fait sortir toute espèce d'arbres beaux à la vue, et dont les fruits étaient excellents au goût; il a aussi placé au centre de ce paradis l’arbre de vie; il a béni cette terre et ceux qui l’habitaient : Marie produit abondamment les fruits délicieux de toutes les vertus; elle est l'arbre de vie; son fruit est J, C. fait homme , en qui toutes les générations sont bénies. Du paradis terrestre , qui était un séjour enchanteur, jaillissait un fleuve qui se divisait en quatre branches et l’arrosait dans toute son étendue; de Marie, le second paradis, est né le fleuve dont parle le Psalmiste, quand il dit : Un fleuve de joie a inondé la cité de Dieu et le sanctuaire où réside le Très-Haut (xziv. 4). Ce fleuve c’est J. G. qui inonde de délices Marie, vraie cité de Dieu, vrai sanctuäire du Très- Haut. Ce fleuve se divise en quatre branches, afin d’arroser, de:féconder et de vivifer, par l’entremise de Marie, l’orient, l'occident , le septentrion et le midi. C’est donc avec raison que la bienheureuse Vierge est appelée par saint Jérôme, saint Pierre Damien , et d’autres docteurs, et par l'Eglise elle-même , un paradis de délices, que Dieu a rempli de toutes les richesses de la grâce. Marie est un paradis dans lequel Dieu a placé les plus belles fleurs et les fruits les plus délicieux de toutes les vertus ( Lib. IV in Cant.). L'homme a perdu le premier paradis et le ciel ; par Marie, ce second paradis, l’homme rentreen possession de ce qu’il-avait

perdu , surtout dans l'éternité...

Amour de Marie pour la retraite.

e Nus autant que Marie n’a aimé , recherché et pratiqué la retraite et la solitude..….:

Elle s'occupe de travail , parle rarement et ne se montre jamais

en public; elle fuit le monde et ne cherche sep Elle ne connaît que le temple et sa son, Dieu et ses

parents... LE Elle ne fait qu'une visite en sa vie; c es \ Sainte Elisabeth sa

cousine, pour lui faire connaître le grand mystère de la venue du Messie...

L'ange, qui vient lui annoncer qu’elle est choisie pour être mère de Dieu, la trouve dans la retraite...

Nous ne la voyons quitter sa demeure que pour aller au temple.., au Calvaire...

L’Evangile ne dit pas que Marie ait parlé plus de quatre fois pendant sa vie : 1° lorsque l’ange demanda son consentement à l’incarnation du Verbe en elle; 2 lorsqu'elle s’éleva si haut en louanges de Dieu et en humilité, dans le sublime cantique Magnificat ; 3° lorsqu'elle retrouva son divin fils dans le temple; 4° aux noces de Cana...

Qui pourrait raconter tout ce qui se passa de merveilleux et de divin dans le cœur sacré de Marie, au sein de la profonde retraite qu’elle garda durant soixante-douze ans ?.… Que de prières ferventes ! Que d’actes de foi, d’espérance, de charité, d’humilité , d’obéissance, de patience, de prudence, de modestie, de vigilance, de pureté et de zèle! Que de méditations, de contemplations et d’extases! Quelle union intime avec Dieu! Apprenons de Marie à aimer et à rechercher le silence, la retraite et la solitude. ….

Ma colombe est unique ; elle est parfaite , dit le Seigneur parlant de Marie, dans le Cantique des cantiques. Les filles de Sion l’ont vue et l'ont appelée bienheureuse; les reines l’ont célébrée : Una est columbamea, perfecta mea. Viderunt eam filiæ, et beatissimam prœædicaverunt ; reginæ laudaverunt eam (vi. 8).

Quelle est celle-ci qui s'élève du désert comblée de délices, appuyée sur son bien-aimé? Queæ est ista quæ ascendit de deserto, deliciüs affluens, innixa super dilectum suum ? (Cant. vu. 5.)

Marie 10 a été prédestinée de toute éternité pour être la plus parfaite de toutes les créatures... ; 2 elle a été prédestinée pour être la mère de Dieu... ; 3° elle a été prédestinée à la gloire la plus grande... ; 4o elle à été préservée du péché originel et est demeurée sans tache dans sa conception... ; 8° elle a été comblée de grâces... ; 6o elle a correspondu à toutes ces grâces...; 7° elle est toujours restée vierge..:; 8 elle a été vierge et mère...; 9 elle a reçu tous les . dons et tous les fruits du Saint-Esprit. ; 10° elle est montée au ciel triomphalement, en corps et en âme... ; 11° elle porte La couronne de reine du ciel et de la terre...

Aussi Marie , comprenant son bonheur, s’est-elle écriée : Toutes

Bonheur de Marie,

Souffrances et résignation de Marie.

206 MARIE. | les générations m’appelleront bienheureuse : Beatam me dicent omnés generationes ( Luc. 1. 48).

Ux giaive traversera votre âme : T'uam ipsius animam pertransibit gladius (Luc. 11. 35). C’est en ces termes que, le jour de la présentation, le saint vieillard Siméon a prédit à Marie les grandes souffrances qu’elle devait éprouver.

Marie 1° a souffert des douleurs de son divin fils, et ses souffrances ont été égales à son amour... Chez les martyrs et les autres saints , l’amour fut un grand adoucissement de la soutfrance ; c'était un baume divin qui cicatrisait leurs plaies profondes. Plus ils aimaient Dieu , moins ils sentaient leurs douleurs... Au contraire plus Marie a aimé, plus elle a souffert : et comme son amour était presque infini , ses souffrances l’ont été aussi.

2° Marie a souffert par compassion...; toutes les souffrances de J.C. sont les siennes...

30 Elle à souffert en raison de sa dignité...

4° Elle a souffert en raison de la grande durée de ses tourments.….

Dès son incarnation J. CG. a vu et a enduré toute sa passion. Dès ce moment aussi Marie à vu et a enduré toutes les souffrances de son fils et de son Dieu...

5° Marie a souffert par sollicitude..… Elle a vu J. C. souffrir seul, abandonné de ses apôtres et de ses amis, des hommes et des anges.

6° Elle a souffert des calomnies et des blasphèmes horribles lancés contre J. CG...

To Elle à souffert par la vue et par la présence continuelle de son cher fils crucifié..….

Voilà pourquoi les docteurs enseignent que la bienheureusé Vierge a été martyre et plus que martyre. Le glaive n’a percé que le corps des martyrs ; le glaive de J, C, et de Marie a percé leur âme : ET tuam ipsius animam pertransibit gladius (Luc. mn. 35 ). Comme J. G. a infiniment plus souffert qu'aucun des martyrs, et que tous pris ensemble; ainsi Marie a souffert de son côté plus que tous les martyrs... J, G. à été crucifié; sa mère l’a été également par les douleurs indicibles qu’elle a éprouvées! En persécutant J. C., on persécute sa divine et tendre mère. L'amour de Marie est plus fort que la mort; car de la mort de J. C. elle a fait la sienne.

La douleur de la Vierge a été si grande, que si elle était divisée entre tous les hommes ; dit saint Bernardin , ils en mourraient tous

aussitôt : Zantus fuit dolor Virginis, quod si in omnes creaturas divideretur, omnes subito interirent (T. IT, serm. xt).

Un glaive traversera votre âme, 6 Marie ; afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient révélées : Tuam ipsius animam pertransibit gladius, ut revelentur ex multis cordibus cogitationes ( Luc. 11. 38 ). Vous verrez, à Marie, la malignité , l'envie, la fureur, la haine de ceux qui veulent persécuter et mettre à mort votre fils bien-aimé.

Quelle douleur pour la très-sainte Vierge lorsque saint Joseph voulut la quitter! Quelle douleur pour elle de se voir rebutée des hommes , et d’être forcée de donner le jour à son divin enfant dans une étable et de le déposer dans une crèche , entre deux animaux 1... Quelle douleur pour elle de voir déjà couler le sang de J. G, sous le couteau de la circoncision!... Quelle douleur pour elle d’être obligée de fuir en Egypte! Quelle douleur lorsqu'elle perdit son fils pendant trois jours! Quelle douleur lorsqu'elle l’entendit accuser de communiquer avec Béelzébub, et de mille autres crimes, lui qui était l’innocence incréée !... Quelle douleur lorsqu'elle connut la trahison et l’hypocrite baiser de Judas , le reniement de Pierre , et l’abandon des apôtres! Quelle douleur en présence des calomnies et des faux témoignages portés au tribunal du grand prêtre !.… Quelle douleur mortelle d’être témoin de l’agonie, des soufflets, des crachats, des cris de rage, des mépris, des moqueries, de la flagellation, de la présentation de Jésus au peuple, de sa condamnation , et de sa marche vers le lieu du supplice , les épaules chargées de la croix , et arrosant dé son sang les rues de Jérusalem {.….

Voilà Jésus au Calvaire et Marie aussi! Voilà Jésus sur la croix et Marie à ses pieds! Quelles inénarrables souffrances pour elle! On a crucifié son fils et elle a été crucifiée avec lui; les clous qu'on a enfoncés dans les mains et les pieds dé J. C.;, on les a enfoncés dans son cœur de mère; la robe qu’on äenlevée à J. C. en rouvrant ses plaies, le fiel dont on l’a abreuvé, la lance dont on a percé son côté ; les blasphèmes, les imprécations, les mépris solennels qu’on lui a prodigués , ont été autant de coups de glaive qui ont déchiré le cœur de Marie !... Quelle douleur pour elle, lorsque Jean lui fut donné à la place de son fils! Quelle suprème douleur enfin lorsque J. C. expira sur la croix !.…

Non, non, les martyrs n’ont rien souffert comparativement à Marie... Aussi saint Bernard dit : Aucune langue ne pourra rendre, aucune intelligence ne pourra concevoir les inéxprimables douleurs dont les -pieuses entrailles de Marie étaient déchirées : Nec lingua

Marie centre de tout.

Marie rapporte tout à Dieu.

poterit loqui, nec mens cogitare valebit, quanto dolore äfficiebantur pia viscera Mariæ. Cest maintenant, Ô Vierge! que vous payez avec usure le tribut que la nature n’a: pas exigé de vous lors de votre enfantement! MVunc solvis, Virgo, cum usura, quod in partu non habuisti a natura. Vous n’avez pas éprouvé de douleur en mettant au monde votre fils; mais vous l'avez sentie mille fois plus grande à sa mort: Dolorem pariendo filium non sensisti, quem mil- Lies replicatum, filio moriente, passa fuisti (Serm. xxIx in Cant. ).

Au pied de la croix, Marie était plongée dans un océan de douleurs, dit saint Jean Chrysostome : Séabat doloribus immersa (Serm. in Pass. ).

Sous le poids de tant de souffrances, Marie ne fit pas entendre une seule plainte; elle se conforma avec une résignation entière à la sainte volonté de Dieu...

Mans est en quelque sorte le centre du ciel et de la terre, de Dieu et de l’homme... En elle et par elle, Dieu qui est la souveraine grandeur et la fin de toutes les créatures, s’est uni à la terre et à notre humanité, lorsque Marie a donné un corps au Verbe éternel et l'a revétu de sa chair. C’est là un admirable travail de la suprême sagesse de Dieu : elle a si bien su mettre en rapport la divinité avec l'humanité, que la dignité infinie de Dieu à pu s’unir à l'humanité sans que la divinité perdit rien de sa gloire et de sa majesté.

La divinité unie à l'humanité en Marie et par Marie , est aussi le centre où arrivent et se rencontrent toutes les perfections de toutes les créatures, toutes les prérogatives et les qualités des anges et des hommes, ainsi que les prières de ces derniers, léûrs épreuves et leurs tentations, afin que le Verbe incarné les soutienne, les soulage, les soigne et les guérisse.….

( Voyez Marie médiatrice et réparatrice, n°* XXVI et XXVIT. )

L’ancs exalte Marie : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes (Luc. 1. 28): Marie rapporte aussitôt cet honneur Dieu en se déclarant l’humble servante du Seigneur (Luc.1 38). Elisabeth exalte Marie : Vous êtes bénie entre toutes les femmes , et béni est le fruit de votre sein: Et d’où vient ceci que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? ( Luc. 1. 43.) En présence de tant d'honneur et de tant d’éloges, Marie ne s’attribue rien, elle rapporte tout à Dieu. Mon âme , dit-elle, glorifie le Seigneur : Magnificat anima mea Dominum (Luc. 1. 46). Marie

rend à Dieu les louanges qu’elle reçoit, comme à la véritable source de tout bien. Vous , à Elisabeth, vous exaltez la mère du Seigneur ; mais mon âme exalte et glorifie Dieu

Dieu exalte l’homme d’une manière , et l’homme exalte Dieu d’une autre manière : Dieu exalte l’homme en l’élevant au-dessus des autres hommes par les richesses , les honneurs, les grâces, les dons signalés; mais l’homme ne peut pas ainsi exalter Dieu, puisqu'il ne peut rien ajouter à la grandeur divine. Il exalte Dieu seulement en le louant, en proclamant sa bonté, sa majesté, sa puissance, sa sainteté, sa miséricorde, sa providence, sa science , sa gloire , son immensité, son éternité , en un mot tous les attributs divins.

Mon âme glorifie le Seigneur. Dieu est glorifié lorsqu'on Fhonore et qu'on le sert par les vertus... Il est glorifié lorsque nous nous conformons à J. C., lorsque nous le prenons pour modèle...

. Tout homme, dit saint Augustin, peut concevoir le Verbe en croyant en lui, l’enfanter en l’annonçant aux autres, l’exalter en l'amant; alors il peut dire avec Marie : Mon âme glorifie le Seigneur (Super Magnificat ).

Mon âme glorilie le Seigneur; elle le glorifie par l'usage qu’elle fait des mains, des yeux, de la langue, du cœur, de la mémoire, de la volonté , de l'intelligence...

Mon âme, anima mea : Marie s'exprime de cette sorte parce que 1° elle possédait son âme tout entière; ce n’est pas nous qui la possédons ainsi : le démon, le monde, la chair, la colère , l’orgueil , la paresse , etc., nous tiennent souvent sous le joug. 20 Elle avait donné sans réserve son âme à son fils; or, donner son âme à Dieu sans réserve, c’est la posséder soi-même pleinement... 3° Elle aimait ardemment son Dieu; or, plus on aime Dieu et plus on possède son âme...

Par ces paroles : Mon âme glorifie le Seigneur , Marie annonce et proclame la bonté, la miséricorde, la puissance et la majesté de Dieu. Par ces autres paroles : Et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur : ££ exsultavit spiritus meus in Deo salutari méo (Luc. 1. 47), elle fait connaître la douceur et les délices qu’elle a puisées en Dieu lors de la conception du Verbe. Elle imitait ainsi les anges, qui méditent la majesté incompréhensible de Dieu, et qui jouissent en même A de sa douceur. Ils admirent pour aimer et pour exalter.:.…

Marie durant toute sa vie a glorifié Dieu et lui a tout rapporté;

même dans sa mort, elle a proclamé la grandeur de Dieu, car elle Ille 14

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