‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 34 sur 57 · HE · texte numérisé non relu

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XLIX, Mort, assomption et triomphe

de Marie.

rex decorem tuum (Psal. xLIV. 12). Présentez-vous dans votre majesté et dans votre beauté, d Marie; montez au ciel , asseyez-vous sur un char de triomphe et régnez pour l'éternité (Psal. xLIv. 5).

Etonnés, ravis d’admiration, les chœurs des anges s’écrient : Quelle est celle-ci qui s’avance comme l'aurore naissante, belle comme la lune, brillante comrne le soleil? Que est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol ? (Cant. vi. 9.) Quelle est celle qui s'élève du désert, comblée de délices et appuyée sur son bien-aimé? Queæ est ista quæ ascendit de deserto ,delicüs affluens , innixa super dilectum suum ? (Cant. vin. 5. )

La gloire qui accueillit P’auguste reine sortant de ce monde , ne connaît ni commencement, ni fin , dit saint Pierre Damien : Gloria que eam ex hoc mundo transeuntem excepit, principium ignorat , nescit finem (Serm. de Assumpt. Virg.).

Votre magnificence, Ô Dieu, est gravée sur le diadème qui entoure sa tête, dit la Sagesse : Magnificentia tua in diademate capihis illius sculpta erat (xVuI. 24).

Que peut dire un mortel du triomphe et des gloires de Marie ! lei plus que jamais nous devons répéter avec le grand Apôtre : L’œil n’a point vu, l'oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a pas compris ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment : Oculus non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit, quæ præparavit Deus his qui diligunt eum (1. Cor. 11. 6). Comme Marie a plus aimé Dieu, elle seule, que tous les anges et que tous les saints ensemble, elle recut une couronne plus riche et une gloire plus grande que celles dont jouissent tous les anges et tous les élus... Admirons et taisons-nous..……

L’Ecriture rapporte que le roi Salomon se leva, qu'il alla au devant de sa mère et qu’il s’assit sur son trône , et que sa mère s’assit à sa droite aussi sur un trône (II. eg. 11. 19). Alors le roi lui dit : Ma mère, faites-moi connaître ce que vous.désirez, il ne convient pas que je vous amène à détourner de moi votre, visage (Ibid. 1. 20). Ce récit nous donne une faible idée de la réception triomphale que J. C. fit à sa mère!

Il est dit d’Esther que le roi Assuérus l’aima plus qu'aucune des vierges qui s'étaient présentées pour l'épouser ; qu’elle trouva grâce et faveur devant lui; qu’il mit sur sa tête un diadème et qu'il la fit régner (Esther. 11. A7). Cet autre récit n’est également qu'une mparfaite image de la glorieuse assomption de Marie et des honneurs que le ciel lui a rendus! C’est au moment de votre entrée

MARIE. 297 dans le ciel que votre fils, 6 Marie! vous a environnée d’une gloire incomparable... Vous pouvez vous appliquer avec vérité ces paroles des Proverbes : L'opulence et la gloire sont à moi : Mecum sunt d'iviticæ et gloria (vur. 18).

Marie ayant été pleine de grâce, comment ne serait-elle pas comblée l’honneurs et de gloire! Ayant eu sur la terre plus de vertus, de perfections et de mérites que tous les anges et tous les saints pris ensemble , elle jouit dans le ciel d’une gloire de beaucoup supérieure à celle de tous les anges et de tous les saints.

Le Père la reçut et la couronna à titre de fille bien-aimée, devenue le sanctuaire auguste et saint du Verbe éternel...

Le Fils la reçut et lui donna la puissance à titre de mère. …,

Le Saint-Esprit la reçut et la combla de gloire à titre d’épouse sacrée.

Tous les chœurs des anges la reçurent, la vénérèrent et la célébrèrent comme leur maitresse et leur reine. Tous se tinrent debout autour d’elle,afin de lui faire la cour, de l’admirer et lui rendre gloire. Le ciel et l’adorable Trinité la déclarèrent reine et reine à jamais...

0 triomphe unique de grandeur, de gloire et de majesté!

O0 Marie, à notre mère, attirez-nous à vous; obtenez-nous la grâce de vous imiter sur la terre , et d’aller vous contempler dans le ciel!

Écourez Tobie inspiré de Dieu et s'adressant à Marie : Ceux qui vous mépriseront, dit-il, seront maudits; ceux qui vous blasphèmeront seront condamnés : Maledicti erunt qui contempserint te ; et condemnat erunt omnes qui blasphemaverint te (xir. 16). Marie est la véritable arche d'alliance qui a renfermé dans son sein J: C. auteur du nouveau testament, et qui l’a donné au monde. Celui qui touche , ou qui-attaque, ou qui méprise cette arche sainte, est frappé de Dieu comme l’imprudent Oza..….

L’impie Nestorius ayant osé nier la maternité divine de Marie, se plaça sous le coup de la justice de Dieu; sa langue blasphématrice fut rongée par les vers et tomba en pourriture ( Æist. Eccles. ).

Constantin Copronyme, ayant insulté la très-sainte Vierge, se sentit dévoré par une chaleur intérieure si ardente , qu’il ne cessait de s’écrier qu'il était livré vivant à un feu inextinguible Fe cause de ses attaques contre la mère de Dieu; et vaincu par le mal, il prit des mesures destinées à ranimer la dévotion-envers Marie ( Hist. Eccles. ).

‘ L. Châtiments des ennemis de Marie.

Cajanus Mimus, ayant blasphémé contre Marie, fut fortement repris par elle durant son sommeil; mais ne s'étant pas corrigé , il trouva un matin, à son réveil, ses pieds et ses mains coupés (Joann: Mosch. Prat. Spirit. — Hist. Eccles.).

Combien de nombreux et terribles exemples pourrait-on citer de châtiments célestes infligés aux ennemis de Marie , à ceux qui tournent en ridicule son culte, ses images , ses temples, ses autels, sa virginité, sa maternité divine , etc. !... |

Quiconque attaque la mère, attaque le fils... Les gloires de Marie sont les gloires de J. C., quiest et qui sera toujours le vengeur des droits et de l'honneur de sa sainte mère...

Réciproquement, quiconque outrage J. C., outrageaussi Marie.:.…

Celui qui m'offense, dit Marie dans les Proverbes, est le meurtrier de son âme ; tous ceux qui me haïssent, aiment la mort : Qui in me peccaverit, Lædit animam suam ; omnes qui me oderunt ; diligunt mortem (VI. 36).

Vous dites, Vierge sainte, vous dites par la bouche de l’auteur de l’Ecclésiastique, que ceux qui s'appliquent à vous connaître et à vous faire connaître, auront la vie éternelle : Qui elucidant me, vitam æternam habebunt (xxiv. 31). Je ferai donc tous mes efforts pour vous connaitre, vous honorer, vous prier, vous aimer et vous imiter; etje ne négligerai rien pour manifester vos vertus, vos mérites, vos prérogatives, votre miséricorde, les grâces dont on vous sera redevable, vos perfections et votre gloire. Je m’appliquerai à propager votre culte et à vous faire connaitre , honorer ; invoquer, aimer et imiter. Que ne m’est-il donné d’amener à vos pieds le monde entier !.…

Je veux vivre ét mourir dans vos bras , sur votre cœur de mère....;

Puisse ce petit travail fait à votre gloire vous ramener tous les pécheurs , faire persévérer tous ceux qui vous servent , et m’obtenir la grâce précieuse de vous servir moi-même avec ferveur jusqu'à mon dernier soupir; Que ma dernière parole ; en quittant la terre, soit votre doux et divin nom!..:

LUSIEURS, dit Daniel, seront élus, purifiés et éprouvés comme par le feu : Æligentur, et dealbabuntur , et quasi ignis probabuntur multi (xu. 10). Ils tomberont sous le glaive , dans la flamme, en captivité : Ruent in gladio, et flamma, et in captivitate

(Dan, x1. 33), Ainsi frappés, ils seront soutenus... Et ils seront. frappés , afin qu'ils soient renouvelés, mis à part et purifiés

jusqu’au temps marqué : Cumque corruerint , sublevabuntur.… Ruent

ut conflentur , et eliyantur , et dealbentur usque ad tempus præ finitum

(Dan. xr. 34-35 ).

Le martyre, dit saint Cyprien, est la fin des péchés, le terme des dangers, le guide du salut, le chemin de la patience, le maitre du ciel. La gloire du martyre ne saurait s’estimer assez; elle est d’un prix inexprimable : c’est une victoire sans tache, un triomphe qui n’aura pas de fin. En imitant J. C., le martyr à l’honneur de partager ses souffrances. Qu'elle est précieuse cette mort qui achète lPimmortalité par l’effusion du sang ! Combien J. C. est joyeux; comme il se plait à combattre et à vaincre dans de tels serviteurs! Les supplices sont des ailes avec lesquelles on monte au ciel : Pænæ sunt pennæ queis super astra vehor | Lib. de Laud. Martyr. ).

Qu’elles sont précieuses les blessures des martyrs, s’écrie saint Eucher ! elles nous permettent de changer cette courte et triste vie contre l’éternité. Autant le martyr.recoit de blessures, autant il recoit de palmes de la main même de Dieu ( Epist. de Martyr. ).

Tous les tourments, dit saint Léon, ont été inventés pour la gloire des martyrs, puisque les instruments de leur supplice ont servi à la pompe de leur triomphe : Omnia tormenta ad gloriam martyrum reperta ; quando in honorem triumphi transierunt instrumenta suppl icùt (Serm. de S. Laurent. ). Ils ont servi à la pompe de leur triomphe même d’ici-bas , car ils sont devenus des reliques.

Le sang des martyrs coule et il étouffe les feux de l'enfer. Heureuse mort qui recoit l’éternelle couronne d’une vie de vertu !

C’est l'honneur même que ce genre de mort, dit Tertullien : Zoe genus mortis deccrum est (Apolog., c. XXxIx).

Excellence du martyre.

Le grand triomphe de J. C., dit Prudence, ce sont les soufrances des martyrs; souffrir, mourir dans les plus cruels sapplices , et être plein de joie, voilà le triomphe des triomphes (Zn Martyr.).

Celui , dit Clément d'Alexandrie, celui qui est condamné pour le nom de son Dieu, est un saint martyr; il est le frère de J. C., le fils du Très-Haut, le tabernacle du Saint-Esprit (Strom., Lib. IE).

Le martyre, dit saint Cyprien, est un baptème qui communique des grâces plus abondantes, qui est d’un ordre plus sublime, et qui l'emporte en honneur sur le baptème d’eau : Martyrium est baptisma in gratia majus , in parte sublimius, in honore pretiosius. Ge sont les anges qui en sont les ministres; après l'avoir reçu on ne pèche plus; il couronne la foi et unit à Dieu pour jamais ceux qu’il fait sortir de ce monde (1) (Æzxhort. ad Martyr.).

Par les persécutions et le martyre, les yeux se ferment pour la terre, mais ils s’ouvrent pour le ciel, dit le même Père : l’Antechrist menace, mais le Christ protége et sauve; le martyr reçoit la mort, mais l’immortalité la suit; il perd le monde, mais il gagne le paradis. O riche échange! la vie temporelle et passagère s'éteint, mais la vie éternelle lui succède ( £xhort. ad Martyr.).

Quel bonheur de sortir tranquille de ce monde dangereux, pervers, méchant, plein de misères et de déceptions ; quel bonheur de sortir glorieux du milieu des angoisses et des tourments, de fermer en un instant et pour jamais les yeux afin de ne plus voir le monde et les hommes corrompus; et de les ouvrir aussitôt pour voir la couronne et le trône de gloire qui est réservé au martyr, J. C. et l’auguste Trinité !…

Ecoutez les martyrs eux-mêmes écrivant à saint Cyprien : Que peut-il arriver de plus heureux et de plus glorieux à un homme, disent-ils , que de confesser J. G. au milieu des bourreaux et en présence de la mort; que de le confesser parmi les tourments les plus variés et les plus cruels, alors qu’on est tout déchiré, tout ensanglanté, tout disloqué, et cela volontairement et librement? Quoi de plus glorieux et de plus heureux que de quitter le monde et d'aller au

(1) C'est la pensée qu’'exprimait, lors de l’affreuse révolution de 1793, un saint religieux chartreux , qui fut condamné en Languedoc à être guillotiné. Portant la main à son cou: Vois, disait-il à sa sœur, qui était allée le visiter dans son cachot, la veille de son martyre, vois, ma sœur, demain matin le couteau là, et mon âme au ciel. Et comme sa sœur fondait en larmes : Quoi, ma sœur, ajouta-t-il, tu pleures mon éternel bonheur! Réjouis-toi avec moi; tu auras, dans le ciel, un frère qui t’y préparera une place ( Vie du prétre).

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ciel; que de laisser les hommes et d’aller avec les anges; que de rompre tous les liens et d’être délivré des embarras du siècle; que d'acquérir la liberté et de se trouver devant la face de Dieu? Qu’y a-t-il qui rende plus riche, qui soit plus glorieux et d’un plus grand prix que de devenir, en confessant le nom de J. C., lé compagnon de sa passion et le cohéritier de sa gloire ; que de conserver son âme sans tache par la profession de foi; que de refuser d’obéir à des lois humaines injustes et sacriléges qui détruisent la religion, et de venger les lois de Dieu par un témoignage publie; que de vaincre la mort redoutée de tous et de recevoir par cette mort, qui ne dure qu'un instant, la vie éternelle ; que de triompher de tous les bourreaux et de toutes les tortures; que d’aimer les supplices, grâce aux enseignements de la foi; que de mépriser et la vie et la mort? O noble et héroïque triomphe! ($S, Cypr. Emst., Hb. V., c. xrr.)

De sa prison, le grand Apôtre écrivait aux Ephésiens : Zgo Paulus vinctus Christi Jesu : Moi Paul prisonnier de J.-C. (wi. 4.) Porter des

- chaînes pour J. C., dit saint Chrysostome, c’est quelque chose de plus

grand et de plus illustre que d’être apôtre, docteur, évangéliste. C'est une dignité qui l'emporte sur toute royauté. Celui qui aime J. C. et qui brûle de zèle pour lui, préfère être captif pour la gloire de son nom, que d’être l’heureux habitant du ciel. Un riche diadème, brillant de pierres précieuses, n’orne pas aussi bien une tête, qu’une chaine de fer portée pour J. €. Si j'avais le choix ou d’être avec les anges autour du trône de Dieu, ou avec saint Paul dans la prison, je n’hésiterais pas et je préférerais la prison. Rien n’est comparable à cette captivité! Paul ravi au troisième ciel était moins heureux que dans les chaînes; j'aime mieux souffrir avec J. C. que de régner avec lui. O heureuses chaînes ! Pierre lui-même en fut chargé ; un ange les brisa et le délivra de la prison. Si quelqu'un me disait : Choisissez : voulez-vous être l'ange qui délie Pierre, ou Pierre dans les liens. J’aime mieux, répondrais-je , être Pierre; la chaîne qu'il a reçue est un don plus grand que le don d’arrêter le soleil, d'imprimer le mouvement au monde, ou de maîtriser les démons et de les chasser. Le martyre est l’acte le plus parfait de foi, d'espérance, de charité, de religion et de force ; par conséquent, il procure la plus belle couronne sur la terre et au ciel ( Zomil. vu).

Cesr, dit Tertullien, c’est une gloire pour nous de vaincre lorsque nous paraissons devant les tribunaux, et lorsqu'on nous condamne

Force et courage qu'ont déployé les martyrs.

et qu’on nous frappe ; c’est un vêtement de palmes, c'est un char de triomphe (Apolog. ). à #

Les martyrs sont invincibles : 4 parce qu’ils ont. la foi et l’espérance en J. C., par les mérites duquel Dieu leur accorde d’abondantes grâces de courage et de constance; 20 parce qu’ils ont l’espérance d’une meilleure vie et de la résurrection glorieuse , et qu’ils savent que les membres qu’ils exposent ainsi aux tourments leur seront rendus par Dieu incorruptibles et glorieux...; 3° parce qu'ils ont le sentiment que le supplice est peu de chose et de courte durée, et que la récompense céleste est excessive et éternelle. Ces

pensées et ces réflexions animent les martyrs au milieu des plus violentes et des plus cruelles tortures.

Tous les martyrs ont montré un courage extraordinaire et invincible. Voyez les sept frères dont il est parlé dans le second livre des Machabées; ils préfèrent subir la mort la plus cruelle plutôt que de souiller leur âme en usant d’une nourriture défendue. Ils sont fidèles à la loi de Dieu. Que cherchez-vous et que voulez-vous apprendre de

es

nous? disent-ils à leur féroce persécuteur. Nous sommes prêts à . mourir plutôt que de violer les lois qu’ont recues nos pères... Quelle.

force héroïque dans leur sainte mère! Elle les encourage, elle les voit mourir sous ses peus et, martyre de sa foi, elle perd ellemême la vie... |

Le juge Asclépiade ayant ordonné que tous les done de saint Romain d’Antioche fussent mis en lambeaux : Je vous rends grâces, Ô gouverneur, lui dit-il, d'ouvrir mon corps de toutes parts; ces

blessures seront autant de bouches par lesquelles je pourrai louer

el prêcher J. C. ; autant de plaies, autant de voix qui pére et glorifieront mon Doi (In ejus vita ).

Saint Cyprien dit de saint Célérin martyr : Il-était chargé de chaînes, mais son esprit resta libre ; soumis à des tortures diverses, il fut plus fort qu’elles; captif, il domina ceux qui le tenaient dans les fers ; étendu sur lé bûcher, il parut plus grand que ceux qui étaient debout; victime, il fut plus fort que ses vainqueurs ; condamné, il l’ un en noblesse sur ses juges; et quoiqu'il eût les pieds liés, 1l n’en terrassa pas moins le serpent le vainquit et lui brisa la tête (S.Cypr. Epist., Gb. IV, ce. x).

Prudence dit de saint Vincent : Les tourments , la prison, les ongles de fer, les grils ardents , la mort, tout pour lui fut un jeu (An Mart.).

Je n'ai jamais vu, s’écriait le préfet Madestue en parlant de saint

Basile , là présent, je n’ai jamais vu un homme qui m’ait osé parler si hardiment, — Cest que vous n’avez jamais rencontré d’évêque, lui répondit l’illustre pontife : Nunguam in episcopum incidisti (Hist, Eecles. ). me

Injurie le Christ, disait le proconsul de Smyrne à saint Polycarpe, ef tu auras la vie sauve.— I y a quatre-vingt-dix ans que je le sers,

répondit le saint évêque; ilne m'a jamais fait que du bien ; je lui

serai fidèle jusqu’à la mort (/» ejus vita h

Je suis le froment de Dieu , écrivait saint Ignace, évêque d’Antioche; il faut que je sois moulu par la dent des bêtes, afin de devenir un pain digne d’être offert à J, C..... Que le feu me réduise en cendres, qu'une croix me fasse périr d’une mort lente et cruelle, qu’on lâche sur moi des ti igres furieux et des lions affamés, qu'on disperse mes os de tous côtés, qu’on meurtrisse mes membres, qu’on broie mon corps , que tous les démons épuisent sur moi leur rage, je souffrirai tout avec joie, pourvu que j'arrive par là à la possession de J. C. ( Epist. ad Rom. ).

En marchant au supplice, sainte Cécile disait : Mourir martyre ,

. ce n’est pas sacrifier sa jeunesse , c’est l’échanger contre une meil-

leure ; c’est donner de la boue et recevoir de l’or; c’est donner une maison vile, petite et tombant en ruine, et recevoir un grand et riche palais , orné d’or et de pierres précieuses ; c’est donner une chose périssable et en recevoir une qui échappe à à la destruction et à la mort (Act. S. Cecil. mart.

Sainte Agathe disait à Aphrodisius, envoyé du juge Qui tin : Que tardez-vous? qu’attendez-vous? Flagellez , déchirez, coupez, brülez, noyez, brisez mon corps, enlevez-moi la vie; plus vous me ferez souffrir, plus vous me procurerez de biens, plusje serai comblée de faveurs et de grâces par J. C. mon époux. Que Quintien excite les lions , qu’il embrase les chaudières, qu’il prépare les lames de fer rouge, qu'il ouvre, s’il le peut, les portes de l’enfer; qu’il emploie contre moi toute la violence des supplices et les démons eux-mêmes; je supporterai tout et je mourrai chrétienne et vierge. Je ne crains

‘aucune de ses menaces ni de.$es cruautés, parce que Dieu, à qui j’ai

consacré mon âme et mon corps, me gardera. — Rendant compte à Quintien ce qu’ilavait vu et des effets qu’avaient eus sur Agathe et les flatteries, et les promesses, etles menaces, Aphrodisius lui dit : Il serait plus facile de rendre les pierres les plus dures molles comme la cire, ou de changer le fer en plomb , qu'il ne l’est d’enlever à Agathe son amour pour J. C. et sa chasteté. Pouf J. G,, elle

dr

% foule tout aux pieds, elle est au-dessus de tous les tourments : jour et nuit, elle ne pense et elle n’aspire qu’à mourir pour lui (L. Surii Vit. Sanct. ), À

Sainte Agnès, vierge et martyre, répondit au fils du préfet de Rome qui la demandait en mariage, que J. G., son époux, était infiniment plus beau, plus noble, plus riche et plus grand que lui. Elle ajouta : Retire-toi, foyer de péché , aliment de la mort; j’appartiens àJ. C.; il m'a engagé sa foi par cet anneau ; sa générosité est plus grande , ses pouvoirs sont plus étendus, son regard plus attrayant , son amour plus doux que tout ce que tu peux m'offrir. Je suis l'épouse de celui dont la mère est vierge et dont le père n’a pas connu de femme : les anges le servent; sa splendeur fait l’admiration du soleil et de tous les astres ; le parfum divin qu'il exhale ressuscite les morts, son toucher guérit les malades, ses richesses sont infinies et éternelles. A lui seul je conserve ma foi, à lui seul je me confie : en l’aimant je suis chaste, en le touchant je suis sans tache ,.en l’épousant je suis et reste vierge (S. Ambros., Serm. xc).

Sainte Séraphie, vierge et martyre, répondit au proconsul qui lui : demandait où était le temple de ce J. C. qu’elle adorait, et quel sacrifice elle lui offrait : En pratiquant la chasteté , je suis le temple

. de J.G.,à qui je m’offre moi-même en sacrifice. — Mais , répliqua le proconsul, si on t’enlève la chasteté, tu cesseras done d’être le temple de J. G.? La vierge lui répondit par ces paroles de saint Paul : Si quelqu’un viole le temple de Dieu , Dieu l’exterminera. Cet impie et cruel magistrat ayant voulu l’outrager, Dieu la préserva par un grand et visible miracle (Surius , èn ejus vita).

Tel est le courage et la force qu'ont déployé tous les asus Leur vie est admirable ; mais leur mort l’est plus encore.

La force Ou les martyrs ont-ils puisé tant de force et d’héroïsme ? dans le on secours de Dieu. [ls se moquaient de leurs juges et de leurs bourreaux, comme s'ils n’eussent senti aucune douleur et comme s'ils

eussent souffert dans un corps étranger, dit saint Ephrem. Ils

disaient : Si vous avez de plus grands tourments , employez-les; car

ceux que vous nous faites endurer sont doux. Votre feu nous sem-

ble glacé, vos tortures sont faibles, vos coups légers, vos glaives

faits de bois vermoulu. Vous n’avez rien qui réponde à nos désirs et

à nos forces : nous sommes prêts à endurer de plus longs et de plus

grands supplices. Ni les grils rougis, ni la flamme ardente, ni les

chaudières pleines de liquides brülants , ni les lames embrasées, ni

les dents de fer, ni les chevalets, ni le büicher ; ni les bêtes féroces Pi ne pouvaient effrayer ces courageux et fidèles soldats de J. C. : J. G. souffrait en eux et adoucissait leurs tourments ( Æncom. martyr. ).

Voilà comment le bras de Dieu sait secourir ceux qui vivent, combattent et meurent pour la foi. IL les inonde d’un torrent de délices, Un grand nombre de martyrs ont attesté n’avoir pas même senti les tourments qu’on cherchait à leur faire endurer. O miracle touchant des heureux effets de la grâce et de la bonté de Dieu !.….

Mass ce qu'il y a de plus frappant, de plus merveilleux dans les Les martyrs martyrs, c’est qu’ils se réjouissaient au milieu des plus cruels sup- Li #1 ble plices ; ils chantaient des cantiques d'actions de grâce. Ils disaient | me à avec le grand Apôtre : Comme les souffrances de J. C. abondent en nous, ainsi par J. GC. abonde aussi notre consolation : Sicut abundant passiones Christi in nobis, ita et per Christum abundat consolatio nostra (Il. Cor.1. 5). Nous sommes remplis de consolation; nous éprouvons une surabondance de joie dans toutes les tortures auxquelles nous sommes soumis : Repletus sum consolafione, superabundo gaudio in omnt tribulatione nostra (IL. Cor. vis. 4). Marchant sur les traces de J, C., ils cherchaient comme lui leur bonheur et leur joie dans la croix : Proposito sibi gaudio, sustinuit crucem (Hebr. xn. 2). Ecoutez saint Vincent se moquant du tyran Dacien, et appelant festin les plus horribles supplices : Jai toujours désiré les festins, lui disait ce grand martyr, et personne ne m'a jamais si bien servi que vous (Surius, in eus vita).

Le bien que les martyrs attendaient, était si grand et si sûr, dit saint Augustin ; la récompense qui leur était promise, si glorieuse, et sa possession, si douce, que la lumière d’ici-bas ne leur était rien, qu’ils méprisaient le glaive, et que leur cœur nageait dans l’allégresse. Ils allaient de la croix au ciel! ( De Martyr.) La joie des martyrs dans les tourments est le triomphe de Dieu même , dit saint Jérôme ( Ad Hedibiam , quæst. xt ). Non-seulement les martyrs se réjouissaient au milieu des supplices, mais leur joie augmentait à mesure qu'on multipliait et qu’on augmentait leurs tortures. Cette joie venait du ciel ; elle partait du cœur de J. C., et était un avant-goût des joies éternelles...

Triomphe

Nous nous multiplions à mesure que votre faux nous moïssonne, dit de la religion par les

Tertullien aux persécuteurs : Plures efficimur, quotiesmelimur a vobis. martyrs.

Nous pouvons tous acquérir le mérite du martyre, car ilyena de

plusieurs genres.

Le sang des chrétiens est une semence : Semen est sanguis christia= norum (Apolog., e. xxvii). En effet, celui qui considère la patience, la force, la joie et la persévérance des martyrs, leur nombre incalculable , tousles genres de tourments inventés pour les vaincre et épuisés sur eux, sans jamais les ébranler; celui qui contemple attentivement la multitude d’hommes de tous les rangs, de vieillards, de jeunes vierges et d’enfants qui ont couru avec bonheur au supplice; celui-là se dit involontairement que la religion pour laquelle on meurt ainsi est divine et qu’elle est la seule vraie religion. Aussi n'est-ce que dans l’Eglise catholique, apostolique et romaine qu’on trouve des martyrs dignes de ce nom. Les martyrs répandaient l’odeur céleste de la connaissance de Dieu et de sa Loi ; les nations païennes en étaient frappées, émerveillées; et une soudaine et secrète impulsion les portait à croire à la vérité de l'Evangile et à J. C. C’est ainsi que la prédication du christianisme triompha par les apôtres : la foi l’emporta sur l’infidélité ; la vérité, sur lerreur ; la charité, sur la haine; la patience, sur les supplices de tout genre et la mort la plus cruelle. Souvent, à la vue du nombre, de la résignation et de l’allégresse des martyrs, les juges et les bourreaux se convertissaient, se faisaient chrétiens et devenaient martyrs à leur tour. Ils se trouvaient transformés de persécuteurs en apôtres , de lions en agneaux, de grands pécheurs et de réprouvés en grands saints et en habitants du ciel...

La vie a été manifestée, dit saint Jean , et nous l’avons vue, et nous lui rendons témoignage, et noùs vous annoncons la vie éternelle, qui était dans le sein du Père, et qui nous a apparu. Nous vous annonçons ce que nous avons vu et entendu (I. 1. 1-3). Nous vous l’annonçons par nos enseignements, notre vie, nos souffrances , notre martyre et notre mort.

Le précieux sort des martyrs est infiniment digne d'envie. Or, nous pouvons tous l’être, chacun dans notre état; car il y a d’autres martyres que celui de sang, et ils sont également le principe d’un grand mérite et d’une riche récompense,

L’effusion du sang pour la foi n’est pas seule un martyre, dit saint Jérôme; la parfaite soumission de l'esprit à la volonté de Dieu mérite aussi de porter ce nom ( Zpitaph. S. Paulæ).

L'occasion d’être persécuté ne se présente pas toujours , dit saint Grégoire, mais la paix même a son martyre : car celui qui n’a pas à courber la tête sous le glaive du bourreau, peut du moins courber

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sous le glaive spirituel les désirs charnels qui surgissent en lui (Homil. in in Evang. ).

Soumettre la chair à l'esprit est une sorte de martyre, dit saint Bernard ; ce martyre effraie moins les yeux que celui qui a pour instrument le fer et le feu , mais il est plus pénible par sa ds (Serm. xxx in Cant. ).

Conserver intacte la pureté, c’est être martyr, dit de son côté saint Jérôme : Habet pudicitia servata martyrium suum ( Epitaph. S. Paulæ ).

Il y à trois martyres qui n v'exigent pas l’effusion du sang et qui néanmoins sont très-méritoires : être riche et vivre dans un détache: ment complet des biens de la terre, comme Job et David; faire largement l’aumône malgré la pauvreté, comme Tobie + la veuve de l'Evangile ; enfin, demeurer chaste dans la jeunesse , comme Joseph en Egypte...

. La pauvreté volontaire est aussi un vrai martyre...

S'ils sont exactement observés, les trois vœux de religion; qui sont: le vœu de pauvreté, celui d’obéissance, et celui de chasteté, sont un martyre continuel.

Voulez-vous apprendre, dit saint Pierre Damien, comment au sein même de la paix de l’Eglise, vous pourrez subir le martyre? montez au tribunal de votre raison, et infligez-vous la question. Que la pensée accuse, que l'esprit juge, que la conscience repentante fasse la fonction d’exécuteur et frappe, qu’un torrent de larmes s'ouvre et coule. Par cette imitation du martyre, vous arriverez à la dignité de ceux qui ont versé leur sang pour la foi (Serm, de S: Apollinart ).

Un grand et sublime martyre, dit saint Laurent Justinien , c’est d’exposér sa vie pour J. C. Les pieux missionnaires, les vénérables religieuses qui quittent leurs maisons, leurs parents, leur amis; leur patrie pour aller dans des contrées lointaines et barbares , arracher à l’erreur, au crime et au démon, des âmes et les donner à J. C.; eux qui, héros et héroïnes de La foi, s’exposent à toutes les privations , à mille dangers, à mille morts, dans un si noble but ; auront un mérite égal à celui des martyrs. Ecoutez ce que ditun véritable martyr , qui fut aussi un martyr de la charité, saint Paul : Mes frères, écrit-il aux Corinthiens, je meurs chaque jour pour votre gloire en J. C. Notre-Seigneur : Quotidie morior per vestram gloriam , fratres, quam habeo in Christo Jesu Domino nostro (1, xv. 31.—Serm: de S, Martino).

Que personne ne s'excuse en disant : Les heureux temps du martyre sont passés ; les persécuteurs ne sont plus, Néron', Dèce et Dioclétien sont morts ; car chacun a des ennemis qui le persécutent. Il n’est pas d'instant où quelque tyran ne s’attache à vos pas, tantôt c’est le démon , tantôt le monde, et tantôt la chair : souvent ils se réunissent tous pour attaquer à la fois. Résistez fortement, conservez la victoire et vous serez un vrai martyr. Si vous fuyez ceux qui vous porteraient au vice, si vous les repoussez énergiquement à limitation du chaste Joseph, vous serez maïtyr de la pudeur. Si vous supportez sans vous lasser les injures et les injustices, vous serez martyr de la patience. Si vous acceptez avec joie les opprobres et le mépris, vous serez martyr de humilité. Si vous accomplissez ponctuellement les ordres de votre supérieur, vous fussent-ils pénibles , vous serez martyr de l’obéissance. Qu’y at-il de plus consolant et de plus encourageant? Y a-t-il martyre plus rigoureux que celui qui résulte de la volonté d’endurer la faim au milieu des festins , d’être pauvrement vêtu au milieu des richesses, et de préférer la pau vreté à l’abondance? Celui-là n’aura-t-il pas mérité la couronne de martyr, qui ferme l'oreille aux promesses du monde, repousse les tentations du démon et, ce qui est plus glorieux encore, triomphe de soi-même et foule aux pieds la concupiscence qui se soulève? Souvenez-vous , afin de vous animer , qu’une telle vie est un baptème de sang et un martyre continuel. C’est un martyre et une espèce d’effusion de sang, que d’affliger chaque jour son corps et de le réduire en servitude : le confesseur qui a versé son sang pour J. C. recoit une couronne de roses ; et le martyr de la pureté, une couronne de lis. Saint Pacome ne l’ignorait pas; aussi dit-il sagement à un religieux qui voulait sortir de son cloître, pour aller chercher le martyre : Mon fils, livrez courageusement et avec persévérance le combat du moine; si vous observez la règle et si vous cherchez à plaire à J. C., vous aurez auprès de Dieu le mérite du martyr (Vif. Patr. ).

Une vie pieuse et sainte est un continuel et admirable martyre.sà

Soigner les malades en temps de peste est également un martyre, surtout si l’on trouve la mort dans cet acte de charité.

Le Martyrologe romain du 98 février nous en offre un exemple illustre. Nous y lisons : À Alexandrie, commémoraison des saints prêtres, des saints diacres et autres fidèles en grand nombre, qui, du temps de l’empereur Valérien, au moment où sévissait une peste

MARTYRE. 339 terrible, portèrent secours aux malades et se dévouèrent volontairement à la mort : c’est pourquoi’ la piété des premiers chrétiens les vénéra comme de véritables martyrs...

Félicitons ceux qui ont sacrifié leur vie pour le nom de J. C... , envions leur bonheur et travaillons, puisqu'il y a plusieurs sortes de

martyrs, à le devenir nous-mêmes , afin de mériter et d’obtenir leur brillante couronne...

Ravages et cruauté des mauvaises compagnies. Dangers qu’elles font courir à l'innocence.

u Pierre a-t-il renié J. C. ? dit saint Ambroise : dans le pré-

toire des Juifs, dans la société des impies : Ubi negavit

Jesum Petrus? in prœætorio Judæorum ; in societate impiorum ( Luc. xx11).

Combien nuisible est la conversation des impies ! s’écrie le vénérable Bède. Pierre lui-même, se trouvant parmi les serviteurs du grand prêtre, nie qu’il ait jamais connu l’homme que, parmi ses compagnons, il a confessé être le Fils de Dieu (1).

Ne vous liez point avec les infidèles, dit le grand Apôtre; car qu'y a-t-il de commun entre la justice et l’iniquité, et comment la lumière s’unirait-elle aux ténèbres? Quelle alliance le Christ peut-il contracter avec Bélial, et quelle part le fidèle peut-il prendre aux actes de l’infidèle? Quels rapports établir entre le temple de Dieu et les idoles? Car vous êtes le temple du Dieu vivant, comme Dieu le dit : J’habiterai en eux, et je marcherai parmi eux , etje serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C’est pourquoi sortez d’au milieu des infidèles, et séparez-vous, dit le Seigneur, et ne touchez point J'impur. Et je vous recevrai, et je serai votre Père , et vous serez mes fils et mes filles , dit le Seigneur tout-puissant (2).

Les discours des profanes et des impies pénètrent dans le cœur et y gagnent comme un cancer, dit saint Paul à son disciple Timothée : Sermo eorum ut cancer serpit (AL. 11. 17 ).

Les hommes méchants et fascinateurs s’enfonceront de plus en plus dans le mal, s’égarant et égarant les autres : Mali homines et

(1) Quam nociva impiorum colloquia! Petrus ipse inter ministros pontificum , vel hominem se nosse negavit, quem inter condiscipulos, Dei Filium fuerat confessus (In Comment.).

(2) Nolite jugum ducere cum infidelibus. Quæ enim participatio justitiæ cum ini quitale ? aut quæ societas luci ad tenebras? Quæ autem conventio Christi ad Belial? dut quæ pars fideli cum infideli ? Qui autem consensus templo Dei cum idolis? Vos enim estis templum Dei vivi, sicut dicit Deus : Quoniam inhabitabo in illis, et inambulabo inter eos, et ero illorum Deus, et ipsi erunt mihi populus. Propter quod exite de medio eorum, et separamini, dicit Dominus, et immundum ne tetigeritis. Et ego recipiam vos : et ero vobisin patrem, et vos erilis mihi in filios et filias , dicit Dominus omnipotens (II. Cor, vi, 14-18 ).

seductores perficient in péjus , errantes, et à errorem mittentes (I Tim, nr. 43 ).

Les impies, dit saint Léon, s’introduisent en rampant et sous le masque de l’humilité ; à l’aide de la flatterie , ils s'emparent de ceux qui les écoutent, les lient doucement et leur donrient en secret lé coup de la mort: Æumiliter irrepunt , blande capiunt, molliter ligant, latenter occidunt (Serm. v de Jejun. ).

On se laisse facilement entrainer à suivre l'exemple des méchants, dit saint Jérôme, et l’on imite promptement les vices de ceux aux vertus desquels on ne saurait atteindre : Procivis est malorum imitatio} quorum virtutes assequi nequeas, cito imitaris vitia (Epist. ad Lætam.).

Ecoutez saint Cyprien : L’orgueil, dit-il, la colère et tous les autres vices d'un homme se reproduisent dans l’âme de ceux qui le fréquentent; rien n’est plus facile ; ils s’y développent non-seulement sans qu’on le sache ou sans qu’on y consente, mais même malgré la résistance qu’on leur oppose (1).

Celui qui fréquente les mauvaises compagnies, dit saint Augustin, rougit bientôt de savoir rougir : Pudet non esse impudentem (Lib. I, Confess.).

On peut appliquer à l’impieles paroles suivantes du Psalmiste : Il brandira son glaive; son arc est tendu et il l’a préparé. Il à rempli son carquois d'instruments de mort ; il fait pleuvoir des flè: ches brülantes. Voilà qu’il a été en travail de Pinjustice ; il a conçu la douleur et enfanté l’iniquité. IL a ouvert un précipice ; il l’a creusé, et 1l est tombé dans le gouffre qu’il a préparé. Le mal qu’il a fait retombera sur lui, et son iniquité pesera sur sa tête (2).

Le gosier des méchants est un sépulcre ouvert, leur langue est un instrument de séduction , leurs lèvres récèlent un venin comparable à celui de l’aspic : Sepulcrum patens est guttur eorum : linguis suis dolose agebant, venenum aspidum sub labiis eorum (Psal. xur. 4). Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume; leurs pieds se

(4) Nihil facilius, quam ut superbia superbiam, iracundia iracundiam , omne denis que vitium , sui generis vitium, in aliorum animis pariat: non modo nescientibus èt non advertlentibus, sed sæpe etiam invitis ( Lib. de Spectac.).

(2) Gladium suum vibrabit : arcum suum tetendit, et paravit illum, Et in eo para vit vasa mortis, sagittas suas ardentibus effecit. Ecce parturiit injustitiam : concepit dolorem , et peperit iniquitatem. Lacum aperuit, et effodit eum : et incidit in foveam quam fecit. Convertetur dolor ejus in caput ejus : et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet ( vur. 13-17).

ul, 16

hâtent pour répandre le sang : Quorum os maledictione et amaritudine plenum est : veloces pedes eorum ad effundendum sanguinem (tbid. xur. 5). La destruction et le malheur se trouvent dans leurs voies; ils n’ont pas connu les sentiers de la paix; la crainte du Seigneur n’est pas devant leurs yeux (xx. 7). Ces ouvriers d’iniquité dévorent les serviteurs de Dieu comme un morceau de pain (xur. 4). Ils ont tendu des piéges sous mes pas, et ils ont courbé mon âme sous le poids de la douleur : ils ont creusé devant moi un précipice, et ils y sont tombés eux-mêmes (Psal, LvI. 7).

Voilà le portrait de ceux qui composent les mauvaises compagnies. Si vous les fréquentez, ditle Psalmiste, vous serez bientôt perverti : Cum perverso perverteris (XVII. 27).

Si vous fréquentez les pervers, dit Sénèque, vous vous trouverez amené soit à les imiter, soit à les haïr : MVecesse est, aut imiteris, aut oderis (Epist. cv ); mais si vous les haïssez, vous vous éloignerez d'eux. Vous ne pourrez dégonfler votre cœur tant que vous aimerez à vous trouver avec l’orgueilleux , vous dit encore Sénèque ; vous aurez du penchant pour l’avarice tant que vous vivrez avec l’avare, et la fréquentation des adultères enflammera vos passions (1).

Effrayés par les flambeaux que portaient les soldats de Gédéon, les Madianites tournèrent leurs épées contre eux-mêmes, et s’entretuèrent : Mutua se cæde truncabant (Judic. vir, 22). Ainsi agissent ceux qui font partie de mauvaises compagnies. .….

La fréquentation des personnes scandaleuses dépose dans l’âme un germe de corruption, dit saint Cyprien : elle engendre les désirs mauvais, couvre d’ignominie , excite la colère, développe la fureur, nourrit la luxure, amène des chutes et amoncelle des ruines ; elle se plait à perdre les âmes, elle favorise la mort, elle accable sous le poids de la confusion, elle amasse l’opprobre comme un trésor, elle exagère les accusations et les rend plus vives, elle offre un grand nombre de piéges, détruit les mœurs simples et pures, et change les hommes en monstres ( De Singularit. Clericorum).

Ce n’est pas une preuve médiocre de perfection, que d’être bon parmi les méchants, dit saint Bernard, et de conserver la candeur de l’innocence au milieu de ceux qui se plaisent à faire le mal : Non mediocris titulus perfectæ virtutis, inter pravos vivere bonum, et

(1) Hærebit tibi tumor, quandiu cum superbo conversaberis; hærebis avaritiæ, quandiu avaro convixeris ; incendent libidines tuas adulterorum sodäliia (Epist.civ).

inter malignantes innocentiæ retinere candorem ( Epist). Nous savons qu'il est plus facile de gagner la méchanceté de ses compagnons que de leur communiquer la vertu; car, dit saint Grégoire de Nazianze, on contracte plus aisément une maladie qu’on ne la guérit : Scientes facilius esse malitiam a socüs accipere , quam virtutem eis dare, cum et proclivius sit morbi participem fieri, quam sanitatem largir (ln Distich.) Celui qui fréquente les hommes souillés, se souillera, dit Epictète : Qui cum contaminatis versatur, contaminatus evadet (Ita Laertius),

Ne vous liez pas avec les pervers, mais seulement avec les bons, dit le poëte Théognis; de ceux-ci vous apprendrez d'excellentes choses; au contraire , si vous vivez parmi les hommes corrompus, vous serez bientôt corrompu vous-même :

Ne te conjungito pravis, Sed conjunge bonis , et ab his bona plurima disces : Cum pravis vivens, tu quoque pravus eris.

On ne se corrige pas facilement d’un vice que fomentent les discours des méchants, dit saint Grégoire : Difficile emendatur peccaturn quod linguis pravorum nutritur ( Lib. Moral. ).

Les piéges peuvent conduire au crime ; or, les mauvaises compagnies ne s'occupent que de tendre despiéges, et surtout de les tendre secrètement, Le vice fuit la lumière et aime les ténèbres : dépouillant l’homme de ses vertus, il agit comme les voleurs.

Venez, disent les pécheurs , venez , dressons des embüches mortelles, tendons des piéges à l’innocent qui l’aura été en vain: comme l’enfer , engloutissons-le tout entier et tout vivant : Deglus tiamus eum sicut infernus , viventem et integrum (Prov. 1. 12).

Les impies peuvent être comparés aux loups... Leur bouche, dit saint Chrysostome, ressemble à la gueule des bêtes féroces, ou plutôt elle est plus impitoyable encore : elle dévore avec plus d’avidité, elle déchire plus cruellement, sa morsure est plus venimeuse : Horum ora ferarum sunt , vel potius sœviora quam ferarum : avidius devorant , crudelius laniant, virulentius mordent (In Psal.).

Les mauvaises compagnies boivent le sang de leurs victimes. 44 Dévorons le juste, disent-elles; c’est-à-dire, dépouillons-le de sa vertu, enlevons-lui l’amour de J. C., renversons-le, et rendons-le semblable à nous que comme nous, ilne goûte, ne cherche et n’envie que ce qui est terrestre, charnel et infernal: Prenons-le

vivantet, comme l’enfer, forçons-le à connaitre et à vouloir le mal... Car, que pensent, que disent que font autre chose les mauvaises compagnies, que ce que pensent, disent , et font les démons? Nous rechercherons les richesses de l’innocent , ajoutent ces impies, les richesses que lui ont procurées son baptême, sa première commu nion, son éducation chrétienne, sa modestie et sa vertu, et nous remplirons nos maisons (l’enfer)-de ses dépouilles : Umnem pretiosam substantiam reperiemus , implebimus domos nostras spoliis (Prov. 1. 13). Enlevons-lui ses mérites, le ciel qui doit être sa récompense et Dieu; nous nous enrichirons pour l'enfer... Mettez, disent-ils à ce jeune homme, à cette jeune fille , mettez votre héritage en commun avec nous, et n’ayons tous qu’un même trésor : Sortem mitte nobiscum , marsupium unum sif ommum nostrum:::. (Prov. 1. 14.) Ce trésor c’est le trésor de la colère et de la vengeance divine, la damnation éternelle. Ainsi les pécheurs s’excitent et s’encouragent à commettre l’iniquité ! Ah! malheur à celui qui fréquente les mauvaises compagnies; il est perdu !…

Les pervers ne dorment pas s’ils n’ont fait le mal, disent les Proverbes , et le sommeil leur est ravi s'ils n’ont supplanté personne : Non enim dormiunt nisi malefecerint ; et somnus rapitur ab eis, nisi supplantaverint (1v. 16). Le pain dont ils se nourrissent est limpiété ; le vin qu’ils boivent, l’iniquité : Comedunt panem impretatis, el vinum iniquitatis bibunt (Prov. 1v. 17). Ces paroles indiquent avec quelle avidité les pécheurs recherchent le mal, avec quel soin ils préparent le crime. Ils passent une partie de la nuit, souvent la nuït entière, pour mettre à exécution leurs coupables projets , pour dresser leurs piéges ; ils se font un festin de leur proie. On peut les comparer aux serpents dont parle Pline, qui veillent durant tout l'été, temps où leur venin a toute sa force, jusqu’à ce que l’ayant épuisé , ils subissent l'influence du froid , s’engourdissent et dorment durant tout l'hiver. On peut les comparer encore aux bêtes féroces, qui emploient la nuit à rôder , cherchant une proie pour la dévorer. L’aliment des méchants , leur breuvage, c’est le mal, et ce festin est tellement de leur goût, qu'ils n’en veulent pas d'autre. Leur soif de mal faire est si grande qu'ils ne peuvent l’apaiser; et plus ils se livrent au crime, plus elle augmente; c’est la soif des démons et des damnés,

Ceux qui sont 1vres de passions et de crimes, sont comme ceux qui sont ivres de vin ; ils veulent toujours boire.

Hélas ! quiconque a le malheur de fréquenter les mauvaises compagnies peut, en gémissant, emprunter ces paroles des Proverbes :

En un instant , j'ai été plongé dans un abime de maux, à la face de tout le peuple assemblé : Fui in omni malo in medio synagogæ (V. 14). Je me suis vu couvert de crimes par la fréquentation de ces êtres dégradés... Quand on est avec des libertins, on est avec des êtres impurs et corrompus, qui n’exhalent que l’odeur fétide du vice : ce sont des démons incarnés, vivants , mais qui ont déjà un pied dans l’enfer.

Cela seul est un crime que de s'approcher des mauvaises compagnies, dit saint Cyprien ( Æpist. xt). L’ami des insensés deviendra semblable à eux, disent les Proverbes : rites, stultorum similis eficietur (xx. 20 ).

Une conversation fréquente influe insensiblement sur le jugement, sur les affections et sur les mœurs de celui qui l’écoute, L'homme qui se promène durant une chaude journée d’été, ou bien pendant les rigueurs de l'hiver, est soumis, sans y trop penser, à Paction du soleil, ou bien à celle du froid ; car l’air nous accompagne partout , il pénètre nos entrailles par la respiration , et nous com: munique le degré de chaleur qu’il possède. Aïnsi en est-il de celui qui prend place au milieu des mauvaises compagnies. Il se trouve au sein d’une atmosphère empestée , sous l’influence de. laquelle le poison de l’iniquité pénètre dans son âme et dans son cœur.

Quand on fréquente un compagnon qui plait, on adopte facilement sa manière de voir, ses inclinations et ses affections; on imite sa conduite. S'il est probe, on demeure tel; s’il est corrompu, on le devient bientôt soi-même. Le mal se communique plutôt que le bien; on s’y prète plus facilement et plus vite qu’à la vertu. Une brebis galeuse infecte tout un troupeau; un fruit gâté, gâte tous ceux avec lesquelsil est mis en contact. Aïnsi le gourmand, l’orgueilleux, limpudique , le médisant, le paresseux, l’impie, le voleur, rendent semblables à eux ceux qui les fréquentent, surtout assidäment. Au contraire , un grand nombre d'hommes chastes ou humbles auront peine à ramener à ses devoirs un seul libertin, ou à rendre humble un seul orgueilleux. [Len est de même pour les autres vertus. Une goutte de fiel rend amer un vase rempli de vin, ou de lait, ou de miel; au contraire, un vase plein de miel ne peut faire disparaître entièrement l’amertume d’une seule goutte de fiel. Le vice est le fiel; la vertu est le miel. C’est en partie de la société qu’on fréquente et des conversations qu’on entend , que dépend l’habitude de la vertu ou celle du vice; par conséquent, la vie ou la mort, le salut ou la damnation.

Voilà pourquoi les pasteurs, les parents, les maitres, les précepteurs et les confesseurs, ne doivent rien négliger pour éloigner de ceux qui sont à leur charge les mauvaises compagnies , et pour les porter à la fréquentation des personnes édifiantes, car cette fréquentation est un moyen puissant de salut...

La nuit ne marche pas avec le jour, ni le bon avec le méchant. Voulez-vous être sage? voyez souvent le sage et liez-vous à lui d'amitié, Le vice ne s’unit pas à la vertu, pas plus que la boue à l'or. On ne joue pas sañs dangers avec les serpents. Un peu de levain fait fermenter une masse de pâte. On ne tire que du dommage d’une mauvaise compagnie; et rien ne nous cause des pertes aussi promptes et aussi funestes. Ce n’est pas la campagne qui rend bon ni la ville mauvais , dit Cratès; mais la fréquentation des bons ou des méchants : Von rus bonos reddit , neque urbs malos , sed bonorum et malorum commercia (Ita Maximus). |

Gelui qui commet l’iniquité, séduit son ami et le fait marcher dans un chemin fatal, disent les Proverbes : Vir iniquus lactat amicum suum, et ducit eum per viam non bonam (xvt. 29). La voie des. pervers est hérissée d’armes et de glaives, ditle mème livre : Arma et gladü in via perversi (Prov. xx11. 5).

Sache, dit l’Ecclésiastique , sache que tu vas entrer en communion avec la mort, parce que tu te prépares à t’avancer au milieu des piéges, et que tu poseras le pied sur le tranchant des armes de ceux qui te trompent : C'ommunionem mortis scito : quoniam in medio lagueorum ingredieris, el super dolentium arma ambulabis (1x. 20).

On a vu un effrayant exemple de cette communion avec la mort dans le supplice qu’avait coutume d’infliger à ses victimes le cruel tyran Mézence. Il faisait lier ensemble un vivant et un mort, ordonnant que tous les membres de l’un correspondissent exactement à ceux de l’autre ; afin que celuï qui respirait encore füt tué par l'odeur infecte du cadavre en putréfaction auquel il était attaché, et rongé par les vers qui le couvraient. Virgile nous a transmis le souvenir de cette cruauté inouïe dans les vers suivants :

Mortua quin etiam jungebat corpora vivis ; Complexu in misero longa sic morte necabat.

Eneid. VIT.

Le même sort est réservé aux imprudents qui se mêlent aux impies et aux pervers et qui vivent avec eux.

Celui qui touche la poix en sera souillé, et celui qui fréquente lorgueilleux le deviendra lui-même, dit l’Ecriture : Qui tetigerit picem, inquinabitur ab ea : et qui communicaverit superbo, induet superbiam (Eccli. xur. 1 ). :

Les exemples du vice, dit saint Cyprien , s'emparent de l'âme, lui donnent l'impulsion, la changent et la transforment; ce serait un prodige d’être au milieu des flammes et de ne pas être consumé, ou du moins de ne pas sentir l’ardeur du feu : Vitiorum exempla oppugnant animum , impellunt, immutant, transformant : miraculo erit inter incendia vel non consumi, vel certe non incalescere (Lib. de Spectac. ).

Le pécheur pourra s’allier au juste quand on verra le loup s’unir à l'agneau, dit l'Ecclésiastique : St communicabit lupus agno aliquando : sic peccator justo (xnrt. 21). Les rapports du méchant avec l’homme de bien ressemblent à ceux du loup avec l’agneau. C’est avec raison que l’Ecriture compare le méchant au loup, à cause de sa rapacité et de sa cruauté; et Le juste à l’agneau, à cause de sa douceur, de son innocence et de la chasteté de ses mœurs , et parce qu’il est semblable à J, CG...

Le feu (du crime) s’allumera dans l’assemblée des pécheurs, dit l’Ecriture : Zn synagoga peccantium exardebit ignis (Eccli. xvr. 7). L'homme de bien devient vicieux dans l'assemblée des pervers; il finit par leur ressembler. Qui pourrait ne pas voir toutes ses vertus faire naufrage et s’engloutir dans le fleuve redoutable et fangeux de l’impureté dont les flots submergent les mauvaises compagnies? Les conseils du pécheur, ses entretiens, son rire, ses regards, ses mouvements, ses actions, etc., tout communique la peste...

Celui qui abandonne Dieu et la vertu, cesse d’être homme, il devient un animal sauvage et féroce. Si c’est une grande misère que de vouloir le mal, c’en est une plus grande que de le pouvoir et de le faire. Or, les mauvaises compagnies ont pour triste partage ces trois facultés : vouloir, pouvoir et commettre le péché.

Is ont tendu leur langue comme un arc qui lance le mensonge, dit Jérémie; ils sont allés de mal en mal : Zxtenderunt linguam suam quasi arcum mendacüi ; de malo ad malum egressi sunt (1x. 3).

Celui qui marchait parmi les lions est devenu lion lui-même; il à appris à ravir sa proie et à dévorer les hommes : Qui incedebat inter leones, et factus est leo ; et didicit prædam capere, et homines devorare (xx. 3.6). £

Les étrangers ont consumé sa force , dit le prophète Osée : Comederunt alieni robur ejus (wir. 9 ). Les étrangers dont parle le prophète

Les mauvaises compagnies sont maudites.

sont les hommes qui composent les mauvaises compagnies, et qui sont en effet étrangers à tout devoir et à toute bonne action , qui ne connaissent que la licence et le mal, et qui ravissent à celui qui les fréquente tous les biens spirituels, les seuls vrais biens.

Fussiez-vous de fer, dit saint Isidore, si vous vous trouvez au milieu du feu, vous serez fondu; si vous vous exposez au danger des mauvaises compagnies, vous ne resterez pas longtemps en sûreté. La familiarité enchaïine et l’occasion conduit à des chutes. À la longue, on s’habitue à ce qui révoltait d’abord la volonté. Il vaut mieux s’attirer la haine des méchants que leur affection. Comme la société des bons a de grands avantages, celle des méchants produit de grands maux. La fréquentation des uns et des autres exerce une puissante influence (Lib. I de Solilog. ).

Dans une mauvaise compagnie, dit le prophète Michée, celui qui est le meilleur, ressemble au buisson épineux; le plus droit est comme la ronce des haies : Qui optimus in eis est, quasi paliurus, ef qui rectus, quasi spina de sepe (vu. 4). Le meilleur pique et fait couler le sang, comme le buisson épineux; il blesse son prochain. Comme la ronce enlève de la laine à la brebis et la déchire , ainsi

- le plus droit, le moins pervers d’entre les méchants dépouille et

déchire l’homme juste et pieux.

Les exhalaisons qui s’élèvent des lieux pestilentiels sèment les maladies ; ainsi, par suite des fréquentations mauvaises , dit saint Basile, on contracte l’habitude du mal, souvent même sans que l’on s’en aperçoive : Sicut in pestilentibus locis, sursum attractus aer, morbum injicit, sic in prava conversatione mala hauriuntur, etiamsi statim non sentiatur (Homil. 1x). à

Les mauvaises compagnies imitent les démons. Quelle est l’occupation de ces esprits malins et cruels? Quels sont leurs désirs , quel est leur bonheur? Cest de faire la guerre à Dieu. , de ravager l’héritage de J.C..., d'enlever aux âmes la vie de la grâce et de causer leur perte éternelle. Les mauvaises compagnies tiennent la mème conduite.

La voie que suivent les pervers est escarpée, bordée de précipices » plongée dans les ténèbres, et elle aboutit à lPabime. Elle est pénible , semée de chagrins, de déceptions, de douleurs et d’angoisses. Les méchants sont doublement punis des actes infâmes qu’ils commettent : 10 Ils sont environnés de désagréments et de peines comme d'autant d’épines qui les piquent et les déchirent.…. ; 2 ils y sont

empêtrés de manière à ne pouvoir se délivrer... Pour eux et pour

ceux qui les fréquentent, ils sont un glaive acéré.

Celui qui attire perfidement les justes dans une voie mauvaise, disent les Proverbes, tombera lui-même et périra : Qui decipit justos in via mala, in interitu suo corruet (xxvrtr. 10 ).

Je les abandonnerai, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie ; je me retirerai loin d’eux; parce qu’ils sont corrompus et forment une assemblée de prévaricateurs : Derelinquam, et recedam ab eis, quia adulteri sunt , cœtus prœvaricatorum (1x. 2).

L’impie sera maudit de Dieu et des hommes; maudit pendant sa vie, à sa mort et durant l'éternité par les démons et par les âmes qu'il aura perdues...

L'assemblée des méchants est comme un amas de paille, dit l’Ecriture; ils seront consumés par la flamme : Sfuppa collecta synagoga peccantium ; et consummatio illorum flamma ignis ( Eccli. xxr. 10).

Prenez note de cet excellent conseil de Sénèque : Si vous voulez être exempt de vices, fuyez ceux qui donnent l'exemple du mal : Si vis vitüs exut, longe a vitiorum exemplis recedendum est (Epist. cv ).

Retirez-vous loin des tentes des impies, dit le Seigneur, et ne touchez à rien qui leur appartienne, de peur que vous ne soyez enveloppés dans leurs péchés : Recedite a tabernaculis hominum impiorum , et nolite tangere queæ ad eos pertinent ; ne involvamini in peccatis eorum (Num. xvi. 26).

. Ne mangez ni ne buvez avec les pécheurs, dit Tobie à son fils : Noli manducare et bibere cum peccatoribus (1v.18).

Mon fils, dit le Seigneur dans les Proverbes , si les pécheurs cherchent à vous séduire, ne cédez pas à leurs caresses : Fili mi, si te lactaverint peccatores , ne acquiescas eis (1.10).

Les pécheurs, dit saint Grégoire, cherchent à séduire lorsqu'ils flattent pour faire tomber dans le crime, et lorsqu'ils prodiguent les éloges après qu’on l’a commis ( Zib. Moral. ).

Mon fils, dit encore le Seigneur, ne marchez pas avec eux; détournez vos pas de leurs sentiers : li mi, ne ambules cum eis : prohibe pedem tuum a semitis eorum (Prov. 1. 15). Car , 4° leur voie tend au crime...; 2 on se couvre de honte et d’infamie en les suivant... ; 3° on devient bientôt semblable à eux... Gardez-vous de trouver du charme dans les sentiers des impies , disent les Proverbes , et ne vous plaisez pas dans la voie des méchants : Ne delecteris in semitis impiorum ; nec tibi placeat malorum via (iv. 14). Ne vous plaisez pas

11 faut fuir les mauvaises compagnies.

dans la voie des méchants, dit Hugues de Saint-Victor , car celle des impudiques est fangeuse, celle de ceux qui s’abandonnent à la colère est plongée dans les ténèbres , celle des avares est couverte d’épines, celle des médisants est semée de pierres, celle des hypocrites est bordée de cavernes, et celle des orgueilleux, très-escarpée : Ne éibi placeat via malorum , quia lutosa est in luxuriosis, tenebrosa in iracundis , spinosa in avaris, petrosa in detractoribus , cavernosa in simulatoribus , montosa in superbis (De Anima ).

Fuyez la voiedes impies, dit encore l’Ecriture, ne la prenez jamais; mais détournez-vous et abandonnez-la ; Fuge ab ea (via), nec transeas per illam : declina et desere eam (Prov. rv. 15).

Sortez d’au milieu d’eux (les hommes qui composent les mauvaises compagnies) et séparez-vous , dit le Seigneur , et ne touchez pas l’impur : Exite de medio eorum, et separamint, dicit Dominus , et immundum ne tetigeritis (IL. Cor. vr. 17).

Que nul, dit saint Paul, ne vous séduise par des paroles vaines; car c'est pour cela que la colère de Dieu descend sur les fils de la désobéissance. N’ayez donc point de commerce avec eux : Memo vos seducat inanibus verbis : propter hæc venit ira Dei in filios difidentie. Nolite ergo effici participes eorum (Ephes. v. 6. 7). Ne vous associez point aux œuvres stériles des ténèbres, mais reprenez plutôt ceux qui les font : Nolite communicare operibus infructuosis tenebrarum; magis autem redarguite (Ephes. v. 11). Reprenez-les, condamnez-les par votre tristesse, par la rougeur de votre front, par vos regards sévères, par votre fuite, par vos paroles et par vos exemples. Frères, écrit le grand le Apôtre aux Thessaloniciens, frères, nous vous enjoignons, au nom de Notre-Seigneur J. C., de vous séparer de tout frère qui marche dans le désordre : Denuntiamus vobis, fratres, in nomine Domini nostri Jesu Christi, ut subtrahatis vos ab omni fratre ambulante inordinate (W. 11. 6 ).

Retirez-vous de la société de ces hommes, est-il dit dans le livre des Actes des apôtres : Discedite ab hominibus istis (w. 38 ).

Eloignez-vous du meurtrier , dit l’Ecclésiastique. Or , qui est-ce qui prive plus promptement une âme de la vie de la grâce, qu’une mauvaise compagnie ?.…

La voie des pervers est hérissée d’armes et de glaives, disent les Proverbes ; celui qui garde soigneusement son âme se retire loin d’eux : Arma et gladii in via perversi : custos animæ suæ longe recedit ab eis (xxIr, 5).

Eloignez - vous de celui qui commet l'iniquité et les maux

MAUVAISES COMPAGNIES, 251 s’éloigneront de vous , dit l’Ecelésiastique : Discede ab iniquo, et def-

cient mala abs te (vi. 2). Ne vous plaisez point dans les assemblées:

même les moins nombreuses, car les fautes y sont fréquentes (Æccli. XVI. 32). Celui qui n’est jamais seul ne fut jamais bon... Celui qui fuit les occasions du péché fuit et évite le péché...

Ne parlez pas beaucoup avec l’imprudent , et ne marchez pas avec linsensé! Gardez-vous de lui, afin de ne pas éprouver d’outrage et vous ne vous souillerez pas par son péché. Détournez-vous de lui, et vous trouverez le repos, et vous n'aurez pas à gémir de sa folie (Becli. xx. 14-16). Ne prenez pas la voie de la ruine et ne préparez pas à votre âme un sujet de chute : /n via ruinæ non eas ; ne ponas animæ tuæ scandalum (Eceli. xxx11. 25).

Frappé du danger que l’on court dans les mauvaises compagnies, saint Chrysostome exhortait les pères et les mères à en éloignerleurs enfants. Assurément, leur disait-il, lorsque nous voyons un serviteur porter un flambeau dans ses mains, nous nous hâtons de lui défendre d’aller dans les lieux où il y a de la paille, du foin, ou toute autre matière combustible , de peur que, sans y penser, il ne laisse tomber uneétincelle qui embrase toute la maison. Usons de la même précaution en faveur de nos enfants; et ne permettons pas que leurs yeux se tournent vers des assemblées dangereuses. Si Les personnes qui demeurent dans notre voisinage les fréquentent, défendons à nos enfants de les voir et de converser avec elles: agissons ainsi, afin d’empêcher que quelque étincelle d’un feu criminel ne porte l'incendie dans leurs âmes et n’y cause un dommage irréparable, par une destruction générale ( Homil. ad pop.).

Vous serez saint avec les saints; vous serez innocent avec l’innocent, dit le Roi-Prophète : Cum sancto sanctus eris; et cum viro innocente innocens eris (xvir. 26 ). |

Allez maintenant, dit Tobie à son fils, et cherchez quelque homme fidèle qui puisse vous accompagner : Sed perge nunc , et inquire tibi aliquem fidelem virum, qui eat tecum (v. 4).

Celui qui marche avec les sages acquerra la sagesse, disent les Proverbes : Qui cum sapientibus graditur, sapiens erit (xrtr. 20).

Mes yeux, dit le Roi-Prophète, cherchaient ceux qui, sur la terre, étaient demeurés fidèles au Seigneur, afin de les faire asseoir près de moi: celui qui marchait dans la voie du bien était appelé à me servir : Oculi mei ad fideles terræ, ut sedeant mecum ; ambulans in via

immaculata, hic mihi ministrabat (a. 6). L’orgueilleux sera banni de

Des bonnes compagnies,

sh

ma demeure; celui qui prononce des paroles d'iniquité n’est pas resté en ma présence : Von habitabit in medio domus meæ qui facit superbiam ; qui loquitur iniqua , non direxit in conspectu oculorum meorum (G. 7). |

Que pouvons-nous donner à cet homme saint qui vous a accompagné, dit Tobie à son fils? Celui-ci lui répondit : Mon père, quelle récompense lui donnerons-nous, et qu'y a-t-il qui puisse payer ses bienfaits? Il m’a conduit et ramené sain et sauf , il a reçu l’argent de Gabélus, il m’a fait avoir une épouse et il a chassé loin delle le démon , il a rempli de joie ses parents, il m’a arraché au poisson qui se préparait à me dévorer, il vous a fait voir la lumière du ciel et il nous a comblés de tous les biens. Que pourrons-nous lui donner qui soit digne de tant de services? (xrr. 4-3.) Une bonne compagnie procure une infinité de biens...

Fréquentez assidûment l’homme vertueux et saint, dit l’Ecclésiastique ; faites votre société de celui, quel qu'il soit, qui conserve la crainte de Dieu et dont l’âme est selon la vôtre: lorsque vous chancellerez dans les ténèbres , il prendra part à votre peine : Cum vira sancto assiduus esto, quemcumque cognoveris observantem timorem Dei , cujus anima est secundum animam tuam : et qui cum titubaveris in tenebris, condolebit tibi (xxxvir. 15. 16).

Un bon conseiller, un compagnon vertueux, dit Hugues de Sainf- Victor , est serviable pour tous et n’est à charge à personne; en effet, celui qui a de la piété envers Dieu, est bon pour le prochain et réservé envers le monde : il est le serviteur du Seigneur, l’ami de ses frères , le maître de tous ceux qui le connaissent. Ses supérieurs cherchent à lui faire plaisir, ses égaux aiment sa société, et ses inférieurs le servent avec bonheur ( De Anima, lib. IF).

ELUI qui médit en secret, est comme un serpent qui mord sans faire de bruit , dit l’Ecclésiaste : St mordeat serpens in silentio, nihil eo minus habet qui occulte detrahit (x. M ).

Par son imprudence ou sa malveillance, le médisant blesse son frère , trouble la paix , détruit la charité, rompt l’union , scandalise ses auditeurs et fait naître des haïnes , des procès , des disputes ; des guerres ; la colère et des désirs de vengeance...

La langue du serpent a trois pointes et elle fait ainsi trois blessures : le médisant, lui, avec sa langue, blesse sa propre conscience en commettant un péché, il noircit la réputation du prochain, et il offense les oreilles et l’âme de ceux qui l’écoutent.….

Le médisant peut être comparé à la vipère : celle-ci distille sont venin dans la blessure qu’elle fait, celui-la fait aussi des morsures envenimées ; ce n’est même que pour répandre du venin qu’il mord ; sa conduite rappelle les paroles suivantes du Psalmiste : Le venin de laspic est sur leurs lèvres : Venenum aspidum sub labiis eorum ( exxxix. 4). La piqüre de l’aspic rend le sang tout noir ; la médisance noircit la réputation du prochain...

La médisance fait une plaie plus profonde que le serpent; sa morsure est plus cachée , plus nuisible, plus douloureuse. Le serpent ne blesse que le corps; la médisance blesse la réputation, le cœur et l'intelligence. En mordant, le serpent ne se blesse pas lui-même; le médisant fait l’un et l’autre...

La médisance est un grand mal , dit saint Chrysostome ; c’est un démon turbulent qui ne laisse jamais l’homme en paix. Par elle les haines se multiplient, les querelles s’enflamment, les dissentiments se produisent, les mauvais soupçons prennent naissance, D’un ami, elle fait, sans motif, un ennemi; elle bouleverse de fond en comble les maisons, elle fait courir aux armes des villes paisibles, éllé relâche les liens de la paix qui est si belle, elle brise le nœud puissant de la charité. Celui qui se livre à la médisance devient l’esclavé

du démon (1).

(1) Grave malum est detractio, turbulentus dæmon, nec unquam päcatum homis nem reddens. Ex ea odia pullulant, jurgia conflantur, dissidia ortum trahunt, suspiciones malæ procreantur; sine ulla causa hostem reddit qui paulo ante amicus erat +

Ravages qu’exerce la médisance.

La langue du médisant n'est-elle pas une sorte de vipère ? dit saint Bernard. Oui, ettrès-cruelle, car d’un seul souffle elle empoisonne trois personnes (celle qui médit, celle qui l’écoute et celle dont on médit). Cette langue n’est-elle pas une lance? Oui, ettrès-aiguë, car d’un seul coup elle perce trois personnes. Leur langue, dit le Prophète royal, est un glaive acéré. C'est un glaive à deux tranchants , ou plutôt à trois, et beaucoup plus funeste que la lance avec laquelle on perca le côté du Seigneur. Une parole est une chose légère, car elle vole avec rapidité, mais souvent elle blesse grièvement; elle passe vite, mais elle brûle profondément; elle pénètre facilement dans l’âme, mais elle n’en sort pas sans peine (1).

Dire du mal d'autrui, dit Cicéron, est chose plus contraire à La tature que la mort, que la douleur , que tous les accidents fâcheux qui peuvent arriver au Corps Où à la fortune; car la médisance détruit la bonne opinion des hommes et la société (2).

Ecoutez Horace : Celui qui déchire un ami absent, celui qui ne peut taire ce qu’il a vu, celui qui dévoile le secret qu’on lui a confié ; celui-là est un mauvais citoyen; évite-le, à Romain (3).

Le médisant est un pestiféré et un lépreux qui communique son mal aux autres; nous dit saint Bernard. La mort de l’homme, en tant qu’être doué d’un corps ; commence par la langue et elle gagne peu à peu le cœur; la mort de l’homme, en tant qu'être moral, commence aussi par la langue, c’est-à-dire par les paroles , et elle gagne insénsiblement la volonté et le cœur. Le médisant et celui qui l'écoute avec plaisir, ajoute le même docteur, portent tous deux le démon dans leur sein : Detractor et libens auditor ; uterque diaboum portat (Serm. de Detract. ):

universas domos subvertit et pacatas urbes ad bellum excitat, pulchræ pacis vincula dissolvit, magnæ caritatis nodum infringit. Qui detractioni studet, diabolo servit (Homil. in Psal. c), |

(4) Numquid non vipera est lingua ista? Ferocissima plane, nimirum quæ tam lethaliter tres inficiat flatu uno. Numquid non lancea est lingua ista? Profecto et acutissima, quæ tres penetrat ictu uno. Lingua eorum gladius acutus. Gladius quidem anceps , imo triceps est lingua detractoris : imo deterior mucrone quo Dominicum latus confossum est. Levis quidem res sermo, quia leviter volat, sed graviter vulnerat ; leviter transit, sed graviter urit ; leviter penetrat animum , sed non leviter exit (Serm. de Tripl. custod.).

(2) Detrahere alteri, magis est contra naturam, quam mors, quam dolor, quam cætera quæ possunt corpori accidere, aut rebus externis. Nam tollunt convictum hominum et societatem (Lib. de Offic.). -

(8) . Absentem qui rodit amicum,

Fingere qui non visa potest, commissa tacere Qui nequit : hic niger est; hunc , tu, Romane, caveto.....

La médisance détruit l'amitié; elle tue Pamour fraternel et la charité; elle peut causer la Bite d’une famille, d’un monastère, d’une ile et même d’une nation ; elle est l’ennemie jurée de Pordre..….

L'homme qui parle contre son procham est comparable à un javelot, à un glaive, à une flèche aiguë, disent les Proverbes : Jaculum , et gladius , et sagitta acuta, homo qui loquitur contra proximum suum ( XXV. 18).

Le médisant vous découvre les secrets des autres ; mais il trahira aussi votre confiance et vous vendra...

Tout médisant, dit saint Bernard, commence par se trahir en montrant que son cœur est vide de charité. Puis, que cherche-tsil autre chose par sa conduite, sinon à rendre celui dont il médit méprisable ou odieux auprès de ceux qu'il prend pour confidents de ses médisances (1).

En médisant, s'écrie saint Chrysostome, vous dévorez votre frère; vous faites de profondes morsures à votre prochain. C’est ce qui fait dire à saint Paul ces terribles paroles : Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne vous détruisiez mutuellement (Ga. v: 15 ): Vous n’avez pas enfoncé vos dents dans la chair de votre frère ; mais vous avez maudit son âme ; 3 VOUS avez arrêté sur lui un soupçon funeste, vous l’avez blessé à mort, vous avez attiré sur vous et sur plusieurs autres des meux innom: brables (2).

Le médisant, dit l’Ecriture, souillera son âme, et il sera haï de tous : Susurro coinquinabit animam suam, et in omnibus odietur (Eccli. xxr. 31 ). Si vous soufflezsur une étincelle, elle s’enflammera et produira un brasier ; si vous crachez dessus , elle s’éteindra : or, lun et l’autre sont l’œuvre de la bouche. La langue à trois tranchants a déplacé un grand nombre d’hommes et les a dispersés de peuple en peuple. Elle a détruit des villes riches et fortifiées, elle a souvent renversé la maison des grands. Elle a détruit les vertus des peuples, et a dissous les nations les plus fortes. La langue à trois

(1) Omnis qui detrabit, primum quidem seipsum prodit vacuum caritate. Deinde quid aliud detrahendo intendit, nisi ut is cui detrahit, veniat in contemptum , vel odium ipsis apud quos detrahit ? (Serm. xx1Y in Conf.

(2) Detrahens, fraternas carnes comedisti, proximi carnem momordisti. Unde et Paulus terruit, dicens : Si autem vosinvicem mordetis et comeditis, videte ne ab invicem consumamini, Non infixisti dentes carni, sed animæ maledixisti, improbam suspicionem infixisti, vulnerasti, innumeris affecisti malis teipsurw, et alios plures (Hoôomal, 111 ad pop. ):

256 MÉDISANUE.

tranchants a fait bannir de leur demeure des femmes d’un caractère viril; elles les a privées du fruit de leurs travaux. Celui qui Pécoute, n'aura pas de tranquillité, ni un ami en qui il puisse se reposer. Le coup de fouet produit une meurtrissure ; mais le coup de langue brise les os. Beaucoup sont tombés sous le tranchant du glaive ; mais leur nombre n'est pas à comparer à celui des hommes qui ont péri par leur propre langue. Heureux celui qui est à l'abri de la langue perfide, qui n’a pas été l’objet de sa colère , qui n’a pas subi son joug, et n’a point été chaïgé de ses liens! car ce joug est un' joug de fer , et ces liens sont des liens d’airain. La mort qu’elle donne est une mort terrible, et le tombeau vaut mieux qu’elle ( Zecli. xxvIN. 44-25). Voilà comment le Seigneur lui-même parle de la langue qui médit et qui jette le trouble autour d’elle.

Le joug que fait peser sur le prochain la langue médisante est un joug de fer et d’airain, un joug pesant, cruel, insupportable, qu’on ne peut ni secouer, ni briser; c’est un joug qui donne la mort...

L’Ecriture compare la langue médisante à un glaive , à un fouet, à un joug , à la langue du serpent et de la vipère, au feu , au lion et au léopard, à la mort et à l’enfer ; pour montrer combien elle est

mbien elle cause de ravages et combien il faut la craindre, la détester et se garder de ses coups.

Les médisants, s’écrie Jérémie, ont tendu leur langue commé un arc, afin de lancer le mensonge; ils sont devenus forts sur la terre, parce qu’ils vont de mal en mal, et ils ne m'ont plus connu, dit le Seigneur : £'xtenderunt linguam suam “quasi arcum mendacu : confortati sunt în terra, quia de malo ad malum egressi sunt , et me non cognoverunt, dicit Dominus (1x: 3). Que chacun se garde de son voisin et qu’il ne se fie pas à tous ses frères ; car 1l s’en trouvera qui le supplanteront : Unusquisque se a proximo suo custodiat , eë in omni fratre suo non habeat fiduciam : quia omnis frater supplantans supplantabit (1x. 4). Leur langue est une flèche qui blesse ; elle a parlé pour tromper ; ils ont eu dans la bouche des paroles de paix pour leurs amis, et en secret ils leur ont tendu des piéges : Sagitta vulnerans linguaeorum, dolum locuta est : in ore suo pacem cum amico suo loquitur, et occulte ponit ei insidias (1x. 8). Tous les traits du tableau que trace le . prophète ont une grande portée, 1° La langue nous a été donnée par Dieu, pour être un arc mis au service de Ja vérité et de la bénédiction ; et le médisant l’emploié au mensonge et à la malédiction.

Qo me médisants sont forts ; parce qu'ils attirent la foule qui vidé à eux poussée ou par la crainte ; ou par la faiblesse , ou par le respect

hutain ; et qu’ils s’en font applaudir….. 3° Ils vont de mal en mal , d’une médisance à une autre, d’une première et légère calomnie, à une seconde , à une troisième, etc., toujours plus grave et plus coupable..…. 4e Ils ne connaissent plus le Seigneur... 8° Ils s'efforcent de nuire à ceux qui les entourent et les supplantent.….. 6° En votre présence ils semblent être vos amis et ils vous comblent de louange ; en votre absence , ils se font vos ennemis et vous déchirent..…. 7e Ils attaquent les personnes qui sont de mœurs douces et pures; ils s’en moquent et les tournent en ridicule... 80 Ils s'informent de tout, ils examinent tout , ils veulent tout voir, tout entendre, tout savoir E se mêler de tout et juger tout , afin de blâmer, de noircir, de supplanter, de se venger, de mettre en pièces et de détruire... 90 Ils sont pleins de malignité, de détours, d’hypocrisie, de ruses, de mensonges,.d’injustice, et ils se servent de tous ces vices pour envelopper leur victime, la saisir et l’exterminer..…..

La langue médisante ne trouve rien de bien, Etes-vous pauvre? elle vous rend vil, abject et méprisable…. Etes-vous riche? elle vous accuse de cupidité, d’avarice et d’ambition..…... Etes-vous honnête, affable? elle vous traite d’hypocrite, de traitre et de débauché.…. Avez-vous du talent ? vous êtes, dit-elle, un. 1, homme vain, un orgueilleux..... Gardez-vous le silence? elle n représente comme un être borné et inutile... Parlez-vous? elle vous déclare bavard , ennuyeux, maladroit, fatigant..…... Jeûünez-vous et vous mortifiezvous ? elle vous appelle faux dévot.…. Mangez-vous? elle vous qualifie de .vorace , de gourmand , ete...

La sainte Ecriture donne le nom de dent à la langue du médisant, et avec raison ; car cette langue brise et met en pièces la réputation du prochain, comme les dents concassent et broïent les aliments:

Vora, dit le Psalmiste, voilà que les médisants ont tendu leur arc ils ont préparé leurs flèches, pour percer dans les ténèbres les cœurs droits : Z'ece peccatores intenderunt arcum, paraverunt sagittas suas; ut sagittent in obscuro rectos corde (x. 2); Ta bouche; à médisant, a été féconde en malice, et ta langue a fait entendre des paroles trompeuses, Os tuum abundavit malitia, et lingua tua concinnabat dolos (Psal. xzix, 19). Tranquillement assis, tu parlais contre ton frère, tu l’érigeais en scandale : Sedens adversus fratrum tuum loquebaris , et ponebas scandalum (Psal. xzix. 20). Les médisants sont contents des effets que produit leur langue coupable. Ils se réjouissent, disent les Proverbes,

Méthäntelé

des médisants.

lorsqu'ils ont fait le mal, ils tressaillent de joie dans les actes les:

ur. Des 17

Grandeur du crime de médisance.

Combien fréquente est la médisance.

258 MÉDISANGE.

plus iniques : Lætantui cum malefecerint, et exsultant in rebus pessimis (ir. 14). Le désir des médisants est de mortifier, de blesser et de nuire... Il n'existe pas d'homme plus méchant et plus cruel qu'eux; on pourrait sans hyperbole les nommer des anthropophages qui vivent au milieu de nations civilisées.

Av jugement des hommes prudents et savants , beaucoup de personnes se damnent par le péché de médisance et de calomnie. La médisance est d'autant plus grave et plus dangereuse qu’on y réfléchit moins , qu’on la prend pour une bagatelle, ou qu’on cherche même à l’excuser sous couleur de zèle...

En jetant le trouble et la division au milieu d’une société de frères, les médisants, dit le vénérable Bède, imitent Judas; ils livrent J. C. : Cum societatem fraternitalis aliqua discordiæ peste commaculant, Dominum produnt (In Prov.). Si, au jour du jugement, nous devons rendre compte à Dieu, même d’une parole inutile, dit saint Bernard , combien sévère ne sera pas le compte qu’il faudra rendre des mensonges et des paroles mordantes et injurieuses ! (1)

Tous ceux qui médisent, blessent la charité, qui est la reine des

* vertus : or, sans la charité, tout le reste n’est rien...

Que les médisants réfléchissent et voient combien ils font de péchés, dit saint Grégoire ; ils affaiblissent, et souvent ils détruisent l'amour du prochain dans l’âme de ceux qui les écoutent; ils sont les amis et les serviteurs du démon; ils attaquent Dieu ( Æomil. in Evang.).

La médisance est d’ailleurs un mal presque irréparable..…

La gravité de la médisance se mesure, 1° sur la qualité de celui qui médit...; 2 sur celle de la personne dont on médit... ; 3 sur le mal que l’on dit...; 4e sur le nombre des auditeurs...; 5e sur les effets et les suites de la médisance.… ; 6° sur l'intention que l’on a, et la passion qui sert de mobile.

Quez est celui qui n’ait pas péché par sa langue ? dit PEcclésiastique: Quis est qui non deliquerit in lingua sua (xix. 17).

Heureux celui qui est à couvert d’une langue médisante ; qui n’a pas attiré sur lui sa colère , qui n’a pas subi son joug, et n’a point été chargé de ses chaines , dit encore l’Ecclésiastique (xxvur. 23).

La médisance est un vice si généralement répandu, qu’on le

(1) Si de verbo otioso Dcoin die judicii rationem reddituri sumus; quanto districtius de vetbo mendaci ; mordaci, injurioso ! ( Serm. de Tripl. custod.)

MÉDISANGE. 259 trouve partout... Nul n’est à l'abri des blessures produites par les langues médisantes, et il est peu de langues qui ne soient plus ou moins enclines à ce vice.

Nous imitons les rats, dit Plaute ; nous nous nourrissons presque toujours de ce qui ne nous appartient pas (Ita Laertius).

Peu de personnes renoncent à la médisance , dit saint Jérôme: cette passion, qui pousse l’homme à lancer sa langue sur les terres d'autrui, est universelle. On se corrige de tous les défauts: mais rarement de celui-là ( Ad Celantiam).

La médisance s'exerce de cent manières : 4o en dévoilant le mal...; 2 en l’exagérant.… ; 3° en dénaturant et en incriminant les actions du prochain...; 4 en niant ses bonnes intentions... 3° en diminuant les éloges que d’autres lui adressent.… ; 6° en faisant naître le doute. ; 7° en se taisant lorsqu'on devrait parler... ; 8 en louant trop faiblement... ; 9 en gardant un malin silence... ; 10° par des lettres, des écrits, des libelles, des chansons, etc...

Davin ayant commis un double crime, un adultère et un homicide à le Seigneur lui envoya le prophète Nathan qui lui dit : Deux hommes , l’un riche et l’autre pauvre, bb nee ville, Le riche avait des brebis et des bœufs en grand nombre ; mais le pauvre n’avait rien qu'une petite brebis , qu’il avait achetée et nourrie, et qui avait été élevée chez lui, avec ses enfants, mangeant le pain de son maître, buvant dans sa coupe et dormant sur son sein; et il Paimait comme sa fille. Un étranger étant venu chez le riche, celuici ne voulut point prendre ses brebis ni ses bœufs pour lui donner un banquet; il enleva au pauvre sa brebis, et la fit servir de nourriture à l’homme qui était venu chez lui... Plein d’indignation contre cet homme, David dit à Nathan : Vive le Seigneur ! L'homme qui a fait cela est un fils de péché. Pour avoir agi de la sorte et n’avoir point épargné la brebis du pauvre, il lui en rendra quatre (IL Reg: x). Nathan dit alors à David : C’est vous qui êtes cet homme : Tu es ille vir (IL. Reg. xx. 7). O David! vous condamnez le riche dont le prophète vient de vous parler; et c’est votre portrait qu'il traçait : Vous êtes cet homme : Zu es ile vir. On adresserait avec justice la même parole au médisant : Vous trouvez, pourrait-on lui dire, vous trouvez des défauts à tout le monde; personne n’est parfait à vos yeux. L'êtes-vous plus que d’autres. Vous dites : Cette personne n’a point de religion; prenez garde, vous parlez de vous : Tu es ille vir ; car l’apôtre saint Jacques assure que celui qui ne met

Le médisant fait son propre portrait.

pas un frein à sa langue , n’a qu’une religion vaine : Si quis putat se religiosum esse, non refrænans linguam suam, hujus vana est religio (1.26). Vous accusez votre prochain d'orgueil ; mais c’est l’orgueil qui vous fait parler ainsi : Tu es ille vir; car, si vous étiez humble, vous ne jugeriez personne... Vous dites que Pierre est imprudent ; mais ne voyez-Vous pas que vous manquez vous-même de prudence en l'attaquant ? Ju es ille vir.….. Paul est injuste, vous écriez-vous; où est votre justice à vous qui le blâmez ainsi? Tu es ille wir. Jean se livre à l’intempérance , dites-vous encore ; mais qu’y a-t-1l de plus intempérant qu’une mauvaise langue? Tu es alle vir. Vous accusez cet homme ou cette femme d’être sans charité : arrêtez-vous , nul n’en a moins que le médisant ; vous faites votre portrait : Tu es ille die

Remarquez que le médisant attaque toutes les vertus, et qu'il n’en a lui-même aucune : il attaque la religion, l'humilité , la prudence, la justice, la tempérance , la charité de ses frères ; c'est une preuve évidente qu'il n’a lui-même ni religion, ni humilité, ni prudence, ni justice , ni tempérance, ni charité... Ainsi, la langue qui flagelle les autres se flagelle cruellement la première. Vous faites le portrait de tous ceux que vous connaissez ; mais vous ne montrez que leurs défauts réels ou non; c’est à peine si, pour les mieux faire ressortir, vous laissez paraître de loin en loin quelques vertus, affaiblies autant qu'il vous est possible, afin de former les ombres du tableau. Ah! vous n’y pensez pas; ce portrait menteur reproduit en perfection votre physionomie; votre langue a surpassé le pinceau le plus habile; vous êtes cet homme : Tu es ille vir.

Celui qui s'applique à se connaître, loue les autres, dit l’abbé Jean : Sui inspector, proximi est laudator (Vit. Patr.).

En attaquant l'honneur et la réputation de son prochain , en Pac: eusant, le médisant s’accuse , se condamne et se couvre d’opprobre ; car , qu'y a-t-il de plus honteux que d’être reconnu pour médisant ?

Vous accusez les autres ; êtes-vous sans tache vous-même ? Que ne vous rappelez-vous ce que J. C. dit aux Juifs envieux et méchants , qui lui amenèrent la femme adultère pour qu’il la jugeât, afin de le juger lui-même à leur tour. Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre : Qui sine peccato est vestrum , primus in ilam lapidem mittat (Joann. vit. 7). Pourquoi, leur dit ailleurs le Sauveur, pourquoi voyez-vous un fétu dans l’œil de votre frère , et ne voyez-vous point la poutre qui est dans votre œil ? Ou ; comment pouvez-vous dire à votre frère : Frère, laissez-moi ôter ce fétu de

votre œil, ne voyant pas vous-même une poutre dans le vôtre?

Hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil; après, vous

songerez à ôter le fétu de l'œil de votre frère (1).

Ce qu'il y a de souverainement injuste , c’est que le plus acharné médisant, qui veut et prétend avoir droit d'attaquer , de dénigrer et de déchirer le prochain , n’entend pas qu'on se permette de lancer contre lui la moindre parole blessante. Il veut être à la fois parfait et mviolable. O0 aveuglement!

Disc hait celui (jui sème la discorde parmi.des frères , disent les Proverbes : Odit Dominus eum qui seminat inter fratres discordias (VI. 19). Or, qui est-ce qui sème plus de germes de discorde et de désunion que le médisant?

Celui qui médit est maudit, dit l’auteur de lPEcclésiastique : Susurro, maledictus (xxvur. 15).

Lx médisant et celui jui l'écoute avec plaisir portent l’un et l’autre Satan dans leur cœur, dit saint Bernard : Detractor et libens auditor, uterque diabolum portat (Serm. de Detract. ). x.

Prendre part à la médisance, c’est se rendre aussi coupable que celui qui la fait. ….

Il faut empêcher la médisance autant qu’on le peut... Je punissais celui qui disait secrètement du mal de son prochain, dit le Roi- Prophète : Detrahentem secreto proximo suo, hune persequebar (c. 6).

Saint Augustin avait fait écrire, en gros caractères, le distique suivant sur le mur le sa salle à manger, afin que tous ses convives pussent le lire : Que celui-là qui aime à déchirer les absents sache que cette table lui est interdite :

Quisquis amat dictis absentum rodere vitam, Hanc mensam vetitam noverit esse tibi.

(Possidon. Vif, S, Aug., ©. xx11. )

Le premier moyen d'empêcher la médisance, c’est de fuir celui qui s’y livre. Le cœur dépravé ne s’est jamais attaché à moi, dit le Psalmiste; je ne connaissais point le médisant et le méchant; ils

(1) Quid autem vides festucam in oculo fratris {ui , trabem autem , quæ in oculo tuo est, non consideras? Aut, quomodo potes dicere fratri tuo : Frater, sine ejiciam

Dieu déteste et punit les médisants.

Il ne faut jamais prendre part à la

médisance, mais l'empêcher.

Moyens d'empêcher la médisance, de l’éviter et d’en réparer les suites,

m'évitaient : Non adhesit mihi cor pravum : declinantem a me malignum non cognoscebam (& 4).

Eloignez de vous la bouche méchante, disent les Proverbes , et fuyez les lèvres médisantes : Remove a te os pravum, et detrahentia labia sint procul a te ( xv. 24). Ne fréquentez point les médisants, car leur ruine sera soudaine : Cum detractoribus ne commiscearis, quoniam repente consurget perditio eorum (Prov. xx1v. 21. 22).

Environnez vos oreilles d’une haie d’épines , dit l’Ecclésiastique ; n’écoutez pas la langue perverse, et mettez à votre bouche une porte et des verroux : Sepi aures tuas spinis , et linguam nequam noli audire , et ori tuo facito ostia et seras (xXvVInr. 28).

Ne fréquentez ni les grands parleurs, ni les médisants, dit Socrate ( Anton. in Meliss. ).

Le second moyen d'arrêter la médisance et de l’éviter, c’est d’user d’une grande prudence dans la conversation. Fondez votre or et votre argent, dit l’Ecclésiastique, et faites une balance pour vos paroles et un frein solide pour votre bouche : Aurum tuum et argentum tuum confla, et verbis tuis facito stateram, et frænos ori tuo rectos (xxvir1. 29). Et soyez attentif à ne point pécher par la langue : Et attende ne forte labaris in lingua (Ybid. xxvnr. 30). Avez-vous entendu une parole contre votre prochain ? quelle meure en vous, et soyez bien sûr qu’elle ne vous fera pas mourir : Audisti verbum adversus proximum tuum ? commoriatur in te, fidens quoniam non te disrumpet (Ibid. xix. 10).

Ne souillez pas votre bouche en racontant le mal qu’a fait autrui, dit saint Ambroise ; ne flétrissez jamais celui qui pèche, mais plaignez-le : De malo alieno non coinquines os tuum; nunquam detrahe peccanti , sed condole (Lib. LOffic. ).

Le troisième moyen, c’est de parler avec douceur à celui qui médit, Une douce réponse apaise la colère , disent les Proverbes : Responsio mollis frangit tram (xx. 4). De là saint Chrysostome conclut qu'il est en notre pouvoir de calmer les méchants, pourvu que, semblables à David, nous soyons humbles et pleins de charité (Æomil. ad pop. ).

Le quatrième moyen, c’est d'accueillir la médisance par une profonde tristesse. Car si vous paraissez joyeux, dit le vénérable Bède , vous excitez le médisant à continuer ; tandis que, si vous lui

festucam de oculo tuo ; ipse in oculo tuo trabem non videns? Hypocrita , ejice primum trabem de oculo tuo; et tunc perspicies nt educas festucaum de oculo fratris tui (Luc, vr. 41.42).

festez de la tristesse , il cessera de dire avec plaisir ce qu’il sait ne pas devoir être écouté de même (1).

[l y a plusieurs autres moyens d'empêcher et d'éviter la médisance, c’est : 10 de faire ouvertement de l’opposition au médisant, de le reprendre avec force et sans respect humain... ; 2 de paraître dormir ou ne pas faire attention à ce qu’il dit. ; 3° de changer la conversation. ; 4o de le punir, si l’on est son supérieur... ; 5° de lui faire apercevoir sa faute... 6° L’amour-propre est une des sources de la médisance ; détruisons-le dans notre cœur, et nous ne dirons de mal de personne... 7° Nous ne voyons si clairement les défauts des autres, que parce que nous nous aveuglons sur les nôtres : ne l’oublions pas.

Du reste , pourvu que nous menions une sainte vie, gardons-nous de nous inquiéter jamais de ce qu’on pourra dire de nous... Pensez d’Augustin tout ce qu’il vous plaira, dit ce grand docteur, pourvu que ma conscience ne me reproche rien devant Dieu, je ne m’inquiète ni de vos paroles ni de vos jugements : Senti de Augustino quod Tibet : sola coram Deo conscientia me non accuset (Lib. contra Second. Manich. , c. 1).

En mettant ces moyens en œuvre, on arrêtera et on préviendra la médisance.

Mais comment réparer les suites qu’elle a eues? Cest difficile , pourtant ce n’est pas impossible. Il faut : 1° dire du bien de la personne dont on a attaqué la réputation; 2 pallier et excuser sa faute,ou justifier ses intentions. ; 3° dire qu’elle n'avait pas assez réfléchi...; 4° avouer nettement qu'on à eu tort.….; 5° surtout réparer, autant qu’on le peut, les dommages qu’on lui a causés...

(1) Si hilari vultu audieris detrahentem, tu illi das fomitem detrahendi ; si vero tristi vultu hæc audieris, discit non libenter dicere quod didicerit non libenter audiri ( In Sentent.).

Nécessité de a méditation,

UELQUE occupation qu’elle ait, une personne consacrée à Dieu

ne doit jamais omettre sa méditation ; elle évitera ainsi la

tiédeur et renouvellera sa ferveur... Mais tout le monde doit méditer et réfléchir. Les affaires temporelles ne se font pas sans y penser ; le salut et les affaires importantes du salut exigent rigoureusement qu’on y songe et qu’on s’en occupe...

En votre présence, Seigneur, je repasserai par la pensée toutes mes années dans l’amertume de mon âme, dit le roi Ezéchias : Recogitabo tibi omnes annos meos in amaritudine animæ meæ (Isai, xxxvur. 15). Voilà notre modèle,

Vous me demandez ce qu’il faut faire pour être vraiment pieux ? écrivait saint Bernard au pape Eugène; livrez-vous à la méditation : Quid sit pictatis queæris ? vacare considerationi { Lib. Consid.).

Si nous n'avons soin de méditer, dit saint Bonaventure, toute notre piété sera aride, imparfaite et prompte à périr : Sine isto studio omnis nostra religio arida est , imperfecta, et ad ruinam promptior (Speculi ).

Comme on nourrit le corps d’aliments matériels, dit saint Augustin, ainsi l’on nourrit et l’on entretient l’âme par les enseignements divins, la méditation et la prière : Sicut ex carnalibus escis alitur caro, tta ex divinis eloquiis et orationibus interior homo nutritur et pascitur (De Civit.).

L’oraison est à l’âme ce que l’eau est au poisson, dit saint Chrysostome : OÜrationem id esse animæ, quod piscis est aqua (In Psal. ).

Celui qui abandonne la méditation, dit sainte Térèse, n’a pas besoin du démon pour aller en enfer, il y descend tout seul (/n Medit.).

Comment connaître ses devoirs, travailler efficacement à son salut et régler ses comptes avec Dieu, sans la méditation?.…

J’ai été frappé comme l'herbe fauchée, dit le Roi-Prophète, et mon cœur s’est séché , parce que j'ai oublié de prendre ma nourriture (c’est-à-dire de méditer) : Percussus sum ut fœnum , et aruit cor meum, quia oblitus sum comedere panem meum (cr. 4).

Toute la terre est remplie de désolation , dit Jérémie, parce que

personne ne réfléchit dans son cœur : Pesolatione desolata est omnis terra, quia nullus est qui recogitet corde (xn. A1).

Les ordres que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur, dit le Seigneur au peuple d'Israël, tu les méditeras assis dans ta maison et marchant dans le chemin, et avant de dormir, et à ton lever. Et tu les lieras comme un signe dans ta main, et tu les suspendras devant tes yeux (Peut. vr. 6-8).

Jésus-Crisr , dit saint Luc, se retirait sur les mmontagnes pour prier, etil passait la nuit entière à prier et à méditer : Ærat pernoctans in oratione Dei (vi. 12). Les trente années de la vie cachée et intérieure de J. G. furent consacrées à la méditation...

Seigneur, dit le Psalmiste, je me suis souvenu des jours anciens; j'ai médité sur toutes vos œuvres : Memor fui dierum antiquorum ; meditatus sum in omnibus operibus tuis (exit. 5). J’ai pensé aux jours anciens et j’ai reporté mon esprit vers lesannées éternelles : Cogitavr dies antiquos , et annos œternos in mente habui (Psal. Lxxvi. 5). Votre loi, Seigneur, fait ma méditation , dit encore ce saint roi : Lex tua meditatio mea est (Psal. axvIT ).

La plupart des gens du monde regardent la méditation comme une pratique de surérogation; mais les saints de tous les siècles en ont jugé autrement. Elle leur a paru d’une immense utilité et même d'une obligation indispensable pour le salut. Aussi étaient-ils très-exacts à ce pieux exercice; c'était pour s’y livrer avec plus de liberté , de facilité et de fruit, qu’ils cherchaient la retraite, en se dérobant , autant que les devoirs de leur état le permettaient, au tumulte du siècle. |

Saint Antoine se levait à minuit, priait à genoux, les mains élevées au ciel; il méditait jusqu’au lever du soleil , et souvent jusqu’à trois heures de l'après-midi. Quelquefois il se plaignait de ce que le retour de l’aurore le rappelait à ses occupations journalières. Qu’aije à faire de ta lumière , disait-il au soleil lorsqu'il commençait à paraître ? Pourquoi viens-tu me distraire? pourquoi ne parais-tu que pour m’arracher à la clarté de la véritable lumière? (Cassian., Collat.)

Un religieux du monastère de saint Benoît avait pris l'habitude de sortir au moment de la méditation. Saint Benoît s’en apercut; mais il vit en même temps un enfant noir qui tirait le moine par le bord de sa rohe, et l’entraînait hors de l’église, C'était le démon qui, comprenant la nécessité et les avantages de la méditation,

Combien J. C.

et les saints ont médité,

Jl fautméditer souvent:

C'est le matin surtout qu’il faut se livrer

à la méditation,

détournait l’aveugle religieux de ce saint exercice (Surius, in qus vita).

Saint Jean le Silenciaire était si accoutumé à la méditation, qu’il ne trouvait que vide et amertume en toute autre chose (Vif. Patr.), Lisez la vie des saints, vous les verrez tous fidèles à la méditation...

La méditation de mon cœur sera toujours en votre présence. Seigneur, ditle Psalmiste : Meditatio cordis mei in conspectu tuo semper (xvur, 15). J’ai toujours mon âme dans mes maine, et votre loi n’est pas sortie de mon souvenir : Anima mea in manibus meis semper ; et legem tuam non sum oblitus (Psal. exvur. 109).

Je dors, mais mon cœur veille, dit l’Epouse des Cantiques : £go dormio, et cor meum vigilat (v. 2).

Par le pain quotidien que nous demandons à Dieu dans le Pater , on doit entendre d’abord le pain de la grâce, de la prière et de la méditation...

Drv, mon Dieu, s’écrie le Prophète royal, je vous cherche dès l'aurore : Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo (1xn.2). Je me suis souvenu de vous sur ma couche, et je méditerai vos merveilles aux premières heures du matin : Memor fur tui super stratum meum , in matutinis meditabor in te ( Psal. 1x. 7). Nous avons été comblés dès le matin de vos miséricordes : Æepleti sumus mane misericordia tua (Psal. LxxxIx. 14). Seigneur, dès le matin vous prèterez l'oreille à ma voix; dès le matin je me présenterai devant vous et je verrai : Domine , mane exaudies vocem meam; mane adstabo tibi et videbo (Psal. v. 4. 5), Seigneur, j'ai poussé des cris vers vous; ma prière vous préviendra avant l’aurore : Ægo ad te, Domine, clamavi, et mane oratio mea præveniet te (LXXXVI. 14). Seigneur , jai devancé l'aurore et j'ai tourné mes yeux vers vous, afin de méditer vos paroles : Prœvenerunt oculi met ad te diluculo, ut meditarer eloquia tua (Psal. cxvrr. 148). Elevez durant la nuit vos mains vers son sanctuaire : Zn noctibus extollite manus vestras in sancta (oxxxrn. 2).

Le repos de la nuit amène le silence, dit saint Bernard ; alors la prière s'élève plus libre et plus pure : Vocturnus sopor inducit silen-

- tium; tunc plane liberior exit, puriorque oratio (Lib. Consid. le

Celui qui, dès le matin, s’éveillera pour se tourner vers Dieu, sagesse incréée , n'aura pas de fatigue à s'imposer ; car il le trouvera assis à sa porte , dit l’Ecriture (Sap. vi. 18). Ainsi, sainte Madeleine

étant allée au sépulcre avant l'aurore, pour y chercher J.C,, mérita de le voir ressuscité la première et avant les apôtres. ….

Lorsque tout reposait dans le silence, dit la Sagesse , et que la nuit était au milieu de sa course, votre parole toute-puissante, Seigneur, vint du ciel, le séjour de votre gloire : Cum quietum silentium contineret omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet , omnipotens sermo tuus de cœlo e regalibus sedibus prosilivit (xvur. 14. 45).

Gédéon et ses soldats commencèrent à sonner de la trompette au milieu de la nuit, en faisant le tour du camp de l'ennemi ; et brisant leurs vases, ils tinrent de la main gauche leurs lampes, et de la droite leurs trompettes, et ils crièrent : L’épée du Seigneur et de Gédéon! Alors tout le camp fut troublé, et poussant de grands cris, les Madianites s’enfuirent. Et le Seigneur permit qu’ils tournassent leurs épées contre eux-mêmes, et qu'ils s’entretuassent (Judie, vis). Un semblable prodige s'opère en faveur de celui qui médite la parole de Dieu au milieu de la nuit et dès le matin; tous ses ennemis sont troublés, dispersés et abattus. .….

Ceux qui pensent à moi le matin, me trouveront , dit le Seigneur dans les Proverbes : Qui mane vigilant ad me, invenient me (vu. 17).

Dès le matin, dit le Psalmiste, j’exterminais tous les impies : Zn matutino inter ficiebam omnes peccatores terræ (&. 8). C'est-à-dire, dès Je matin, je chassais par ma méditation les démons et les concupiscences..….

Il faut méditer chaque jour, maïs principalement le matin. En effet, 4° les prémices du jour et des pensées et des actions doivent être consacrées à Dieu... 2° LI convient que tous les actes de la journée tirent leur principe de Dieu , qu’ils soient dirigés vers une fin bonne et sainte, et qu’ils soient tous faits parfaitement. Or, si vous faites précéder de l’oraison l’œuvre de votre journée, dit saint Ephrem , et que, sortant de votre lit, vous tiriez d’elle le principe de vos premières actions, le péché ne trouvera pas entrée dans votre âme: Si orationem operi prœmiseris , et surgens e lecto, primorum motuum tuorum initia ab oratione duxeris, aditus peccato in animam non patebit.……. (Serm. ur.) 3 Les anges louent Dieu dès le matin; le soleil, les oiseaux, les insectes et toutes les créatures font de même. Qu’y a-t-il de plus convenable et de plus beau pour l’homme que d’imiter sur la terre la conduite des anges, de faire oraison au lever de l'aurore et de rendre hommage au Créateur par des prières, des hymnes et des cantiques?.. Ce serait une honte que les rayons du soleil nous trouvassent endormis, dit saint Ambroise. Si vous

Excellence et avantages de l’oraison.

prévenez son lever; si, quittant votre couche, vous allez à J. C., soleil éternel, et que vous contempliez la vraie lumière donnée au monde, il vous éclairera , il vous comblera de splendeur et de joie... (De Offic. , part. IT, c. 1v.) 4° Les saints et les sages ont toujours consacré au Seigneur par l’oraison les moments qui ont suivi leur lever.

Mox cœur, dit le Prophète royal , s'est échauffé au dedans de moi; et dans ma méditation, le feu en sortira : Concaluit cor meum intra me, et in meditatione mea exardescet ignis (xXxxvur. 4 ).

Richard de Saint-Victor dif que la méditation a sur le cœur les mèmes effets que le few sur le fer. De sa nature, le fer est froid et noir; par la force du feu, il s’échauffe peu à peu, s’embrase, et devient enfin du feu ; tellement qu’il se fond , cesse d’être ce qu’il était, et change de qualité. Ainsi en est-il de l'âme livrée aux divines ardeurs de la méditation, et plongée dans la fournaise du céleste amour; elle s’échauffe, s’embrase et enfin se fond en Dieu ; elle n’est plus ce qu’elle était (De Homin. inter. Instit. ).

Voilà les merveilles qu’opère la méditation. ….

Saint Thomas enseigne que la vie d’oraison et de contemplation l'emporte sur la vie active; il en donne huit raisons. La première est que cette vie convient à ce que l’homme a en lui de plus parfait, c’est-à-dire qu'elle est conforme aux besoins de son intelligence et aux rapports qui existent entre lui et les choses spirituelles et intelligibles. La seconde est qu’elle ‘peut se continuer plus facilement que la vie active. La troisième est qu’elle procure plus de saintes consolations ; car, comme le dit saint Grégoire, Marthe se troublait et Marie était assise à un festin délicieux : Martha turbabatur, Maria epulabatur (In Ezech., lib. Il). La quatrième est que l’homme a plus d’apütude pour la vie contemplative, et qu'il sy suffit mieux, parce qu’elle n’exige que peu de chose. La cinquième est que la vie contemplative a ses attraits en elle-même, tandis que la vie active tire ses jouissances du dehors. La sixième est qu’elle consiste dans la tranquillité et la paix. La septième est qu’elle s'occupe entièrement des choses divines, tandis que la vie active occupe des choses humaines. La huitième est qu’elle est plus conforme à l’homme , parce qu’elle est une vie d'intelligence (2. p.q. art. 7).

Tant qu'ils ne se livrent pas aux œuvres extérieures de la vie active, les hommes de contemplation, dit saint Grégoire, se trouvent pour ainsi dire à la douce fraicheur de ombre, parce qu’ils ne peuvent sentir les ardeurs des tentations, Comme ilsse reposent dans

MÉDITATION: 269 le désir des choses du ciel, plus ils sont éloignés de l'amour du monde, plus ils goùtent de paix à l'ombre des rafraichissements divins (1). k

Rien ne donne autant de force à l’âme que la méditation. Avec son secours elle chasse les démons , dissipe les tentations et triomphe de tout...

Par la méditation , on aperçoit les dangers qui menacent, et on les évite; les ennemis du salut, et on les fuit; la laideur du péché, et on s’en préserve; la beauté de.la vertu , et on la pratique; la mort, eton sy prépare; le jugement, et on le rend miséricordieux , l'enfer, et on s’y soustrait; le ciel, eton le conquiert.…..

La méditation purifie l’âme, dit saint Bernard ; puis elle gouverne les affections, dirige les actes, corrige les excès, forme les mœurs, rend la vie pure et bien ordonnée; enfin elle donne également la science des choses divines et humaines. C’est elle qui éclaircit ce qui est confus, qui réprime les désirs violents, qui réunit ce qui est épars, qui explore les replis secrets de l'âme, qui cherche la vérité ; qui examine ce qui n’est que probable, qui met à nu ce qui est faux et coloré d’apparences trompeuses. C’est elle qui règle d'avance ce qu'il faut faire, qui passe en revue la conduite de la veille, afin qu'il n’y ait dans l’âme rien qui ne soit convenable ou qui doive être corrigé. C’est elle qui , dans les jours prospères, prévoit l’adversité et, dans les jours difficiles, met l’homme au-dessus du malheur : supporter celui-ci est l’œuvre de la force; le prévoir, est celle de la prudence (2).

Mon Seigneur et mon Dieu, s’écrie sainte Térèse , vous qui faites la joie des anges, je ne puis penser aux avantages de converser avec vous par l’oraison, sans désirer de fondre comme la cire au feu de votre divin amour. Ah! combien votre bonté est grande, puisque vous supportez et que vous prévenez même de vos faveurs une

(1) Hujus conversationis viri, dum ad exteriora opera activæ vitæ non exeunt, quasi in umbra sunt : quia incendia tentationum senlire non possunt. Quia enim in cœlesti desiderio requiescunt, quo longius amoti sunt ab amore mundi, eo quietiores manent in umbra refrigerii ( {n Ezech., lib. Il ).

(2) Mentem purificat consideratio; deinde regit afféctus, dirigit actus, corrigit excessus, componit mores, vitam honestat et ordindt; postremo divinarum pariter et bumanarum rerum scientiam confert. Hæc est quæ confusa disterminat, hiantia cogit, gparsa colligit, secreta rimatur, vera vestigat, verisimilia examinat, ficta et fucata explorat. Hæc est quæ agenda præordinat, acta recogitat, ut nihil in mente resideat aut incorrectum, aut correctione egens. Hoc est quæ in prosperis adversa præsentit, in adversis quasi non sentit : quorum alterum fortitudinis est, alterum prudentiæ (Lib. 1 de Consid., c. vu).

11 faut vaincre les obstacles qui s'opposent à la méditation.

créature aussi imparfaite et aussi coupable que l’homme. Vous lui tenez compte des moments où il vous témoigne de l'amour, et un léger repentir vous fait oublier toutes ses fautes. Je l'ai éprouvé moi-même, à mon Dieu! Et je ne comprends pas comment tout le monde ne s'approche pas de vous pour avoir part à votre amitié! ( In ejus vita.)

Comme sainte Térèse fut principalement redevable de son salut au saint exercice de l’oraison, elle emploie les plus touchantes exhortations pour porter les autres à suivre la même voie. Elle les conjure, au nom de Dieu, de ne pas se priver des grands avantages qu'ils trouveront dans la méditation, les assurant que, pourvu qu’ils persévèrent, ils en éprouveront tôt ou tard les heureux effets ( Zn suis scriptis de Medit. ).

Sarvr Bernard indique quatre obstacles à la méditation, mais qu’on peut vaincre. Le premier est d'avoir la tête souffrante; le second, d’être plongé dans les soucis; le troisième, l’état de découragement où se trouve souvent le pécheur ou le scrupuleux; le quatrième , les illusions qui assiégent et fatiguent l’imagination ( Lib. de Consid.).

À ces quatre obstacles on peut ajouter les suivants: 4° la paresse.…; 2 la tiédeur...; 3° l’aveuglement.. ; 4° les vains prétextes : on n’a pas le temps...; on ne sait pas méditer...; la méditation est le propre des personnes consacrées à Dieu... ; le temps y dure trop...; on n’en tire aucun profit...

Tous ces obstacles peuvent être facilement surmontés.….

Sainte Térèse dit que rien ne doit faire renoncer à la méditation, quelque dégoût que l’on puisse éprouver d’abord, quelques distractions que l’on ait et quelques fautes que l’on y commette. Cetteillustre amante de J. C,. ne dissimule pas les aridités et les sécheresses qui surviennent souvent dans la prière etla méditation: Pendant les premières années où j’ai consacré une heure à l’oraison ; dit-elle, il nest arrivé de souhaiter avec tant d’ardeur d’en voir arriver la fin, que j'étais plus attentive à écouter quand l’horloge sonnerait, qu’à poursuivre le sujet de ma méditation ; et il n’y a point de pénitence, quelque rigoureuse qu'elle fût, que je n’eusse souvent préférée à la peine que je ressentais lorsqu'il fallait me retirer pour prier. La tristesse que j'éprouvais alors, en entrant dans l’oratoire, était si grande , que j'avais besoin, pour m’y résoudre, de tout le courage que Dieu m’a donné. Mais enfin, Notre-Seigneur m’assistait; car après m'être fait cette violence, je me trouvais dans un plus grand

calme, et dans une jouissance plus douce et plus paisible que bien des fois où j'avais senti de l'attrait pour la prière. Que si Dieu m’a soufferte pendant si longtemps, moi qui suis si imparfaite et si coupable; et sil paraît clairement que c’est par l’oraison qu'il a remédié à tous mes maux, quelle autre créature, quelque méchante qu’elle soit, pourra craindre d’en pratiquer les exercices , puisque je ne crois pas qu’il s’en trouve qui, après avoir reçu tant de grâces, ait été aussi ingrate que je l’ai été.

Celui, dit-elle, qui commence le saint exercice de l’oraison doit s’imaginer qu'il entreprend de faire, dans une terre stérile et pleine de ronces et d’épines , un jardin agréable à Dieu qui seul peut arracher les mauvaises plantes, pour y en substituer de bonnes. Or ; on doit croire que cela est fait, quand après avoir bien résolu de pratiquer l’oraison , on s’y exerce, et qu’à l’exemple des bons jardiniers , on arrose ces nouvelles plantes pour les empècher de mourir, et leur faire produire des fleurs dont le parfum invite notre divin Maître à venir souvent se promener dans le jardin, et prendre plaisir à en considérer les fleurs, qui ne sont autre chose que les vertus dont nos âmes sont parées. Reste à voir maintenant de quelle manière on peut arroser ce jardin, comment on y doit travailler, si ce travail n’excédera point le profit que l’on a droit d’en attendre, et combien de temps il doit durer. Un jardin peut être arrosé de quatre manières différentes : ou en tirant de l’eau d’un puits, ce qui se fait avec beaucoup de travail de notre part; ou en faisant venir par des conduits l'eau qu’on a tirée avec une roue; ou en détournant l’eau d’une rivière, ou d’un ruisseau, par le moyen de canaux, ce qui exige moins de travail et arrose bien mieux tout le jardin ; ou enfin par une bonne pluie , et alors c’est le maitre même qui arrose sans aucun travail de notre part, ce qui vaut incomparablement mieux que toutes Les autres manières d’arroser (/n ejus scriptis de Medit. ).

Lez père Alvarez assigne quinze degrés à la méditation , ou contemplation. Le premier est l'intuition de la vérité... ; le second, la retraite des forces dans l’intérieur de l’âme...; le troisième, le silence spirituel... ; le quatrième; la quiétude... ; le cinquième, l'union avec Dieu.…; le sixième, l'audition du langage de Dieu…s le septième, le sommeil spirituel...; le huitième, l’extase..; le neuvième, le ravissement.…; le dixième ; l'apparition corporelle de J. C. et des saints...; le onzième , l’apparition en esprit de J. C. et des saints. ; le douzième, la vision intellectuelle de Dieu... ; le

Quels sont les divers degrés de la méditation.

Ïl y a trois principales sortes d’oraison.

Ce qu’il faut aire pour bien méditer.

treizième , la vision de Dieu accompagnée d’une certaine obscurité.… ; le quatorzième , la manifestation de Dieu à un degré admirable. ; le quinzième , la vision claire et intuitive de Dieu, qui, selon sant Augustin et d’autres docteurs, fut accordée à saint Paul , lorsqu'il se trouva ravi jusqu’au troisième ciel ( De Medit.).

IL y a trois principales sortes d’oraison : 4° l’oraison purgative, par laquelle on passe en revue ses péchés , on les déplore , on s’en repent et l’on s’en corrige...

. 20 L’oraison i/luminative ; par laquelle on s'applique à comprendre ce qu’est la vertu , sa beauté, son excellence et sa nécessité...

30 L’oraison unitive, par laquelle on s’unit étroitement à Dieu dans l’amour et le bonheur.

Pour arriver à l’oraison unitive, il faut passer par les deux autres... Les deux premières sont nécessaires; la troisième, qui dépend entièrement de la volonté de Dieu , ne l’est pas...

Pour bien méditer, il faut employer les trois facultés de lâme : 4o la mémoire à se bien rappeler le sujet que l’on s’est proposé;

90 l'intelligence à l’approfondir...; 3e la volonté à pratiquer les devoirs ou les obligations qui en découlent.

OUs avez entendu que l’antechrist vient, dit l’apôtre saint

Jean, mais il y a dès maintenant plusieurs antechrists. Ils sont

sortis d'au milieu de nous, mais ils n’étaient point desnôtres; car s’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous ; mais cela est arrivé afin qu'il soit évident qu’ils n’étaient point des nôtres (1).

L’amertume, dit saint Cyprien, ne peut s’unir à la douceur ; les ténèbres, à la lumière; la pluie, au beau temps; la guerte, à la paix ; la stérilité, à la fécondité; la sécheresse, à l’eau; la tempête, au calme (Lib. I, epist. virr). Ainsi les méchants ne peuvent être unis aux bons, les uns et les autres étant séparés de foi, d'espérance, d’affecüon, de mœurs, de langage et de conduite. ….

Les bons et les méchants forment deux armées; celle-ci est l’armée du démon , celle-là l’armée de Dieu. Cette séparation se fit dès le commencement parmi les anges...

Daws le corps de J. C., qui est l'Eglise, dit saint Augustin, les méchants se trouvent mêlés avec les bons , comme les mauvaises humeurs le sont dans le corps de l’homme; lorsqu'il les rejette, Le corps se porte bien , et ne perd rien de ce qui lui appartient. De même, lorsque les méchants se séparent du corps de J.C. , on reconnait quelle est la véritable Eglise , et quels sont les bons. Et lorsqu'elle vomit les méchants et qu’elle les rejette de son sein; l'Eglise dit : Ceux-ci sont sortis d’avec moi; mais ils n'étaient point des miens (Serm. LXXVITI ).

Ne croyez pas, dit saint Augustin , que ce soit sans motif qu’il se trouve des méchants dans le monde , et que Dieu ne puisse en tirer

aucun bien : tout méchant vit; ou pour arriver à se corriger, ou pour servir à éprouver les bons (2). |

(1) Audistis quia antichristus venit : et func antichristi multi factisunt...., Ex nobis prodierunt, sed non erant ex nobis: nam, si fuissent ex nobis, permansissent utique nobiscum ; sed ut manifesti sint quoniam non sunt omnes ex nobis (L. 11. 18-19),

(2) Non putetis gratis malos esse in hoc mundo, et nihil boni de illis agere Deum: omnis malus, aut ideo vivit ut corrigatur, aut ideo vivil ut per illum bonus exer-

ceatur (Serm, LXXVIN ), IT, 18

Les bons ne peuvent être unis de sentiments

avec les méchants,

Comment les méchants se trouvent-ils

mêlés avec

les bons ?

Pourquoi Dieu permet qu'il y ait des méchants ?

A quoi ils servent,

Etant la bonté même, Dieu, dit le même Père, ne permettrait pas le mal, s’il n’était assez puissant pour en tirer du bien : Nec sineret bonus fieri male , nisi omnipotens et de malo facere posset bene (Enchirid., c. c).

Il appartient, dit Boëce, il appartient à la puissance divine seule de faire que Les maux eux-mêmes deviennent des biens; car, s’en servant d’une manière convenable, elle en tire un bon résultat : Sola est divina vis, cui mala quoque bona sint ; cum eis competenter utendo, alicujus boni elicit effectum (De Consolat., lb. IV ).

Dieu permet le péché et la chute d'Adam. Sans la puissance et la bonté du Créateur, tout était perdu pour l’homme; mais déployant ces deux divins attributs, Dieu promet un rédempteur qui réparera au centuple l’injure faite à la divinité par le péché ; et le malheur de l’homme tourne à son bonheur et à sa gloire. Ce qui fait que l’Église, dans la bénédiction du cierge pascal, chante ces paroles : O felix culpa, que talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! O heureuse faute, qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur !

1 n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de crime plus grand que le crime des Juifs mettant à mort J. C. Or, de ce déicide, Dieu a tiré le salut de l’univers et une gloire infinie... Les tyrans et les bourreaux qui ont tourmenté et brûlé vifs les martyrs, ont commis des crimes atroces ; mais Dieu les a fait tourner à sa gloire, au triomphe sublime des martyrs et à leur récompense.

Dans la xx homélie sur les Nombres, Origène dit textuellement : lci-bas, les choses sont disposées de manière qu’il n’y ait rien d’inutile pour Dieu , même le mal. Dieu ne fait pas le mal, cependant il ne l’empèêche pas, bien que cela lui soit facile ; mais 11 s’en sert, ainsi que de ses auteurs, pour des choses avantageuses. Car, par les méchants, il éprouve et fait briller ceux qui se sont proposé pour but d'arriver à la gloire incomparable de la vertu. Si la malice des uns était détruite, les vertus des autres ne seraient pas aussi héroïques ni aussi resplendissantes; si la vertu n'était pas éprouvée , elle ne serait pas aussi grande, aussi frappante ni aussi méritoire. Que dis-je? la vertu qui ne passe pas par le creuset n’est plus vertu. Origène cite Joseph à l’appui de ce qu'il enseigne. Otez, dit-il, la malice des frères de Joseph, ôtez leur envie, Ôtez tous les crimes par lesquels ils ont abreuvé d’amertume leur bon vieux père; supposez qu’ils n’aient pas vendu leur frère, et voyez combien vous enlevez à Dieu d'actions qui ont signalé la puissance de son bras. Car alors il n’existe plus rien de tout ce que

Dieu a fait de grand en Egypte, non-seulement par Joseph, mais aussi par Moïse , afin de procurer le salut et la gloire de son peuple. Alors l'Egypte et toutes les nations voisines auraient péri par là famine; Israël lui-même eût subi le même sort. Les grandes et miraculeuses plaies d'Egypte n'auraient pas eu lieu; la puissance merveilleuse que Dieu a déployée par Moïse et Aaron ne lent pas - été. Personne n'aurait passé la mer Rouge à pied sec; personne ne serait entré dans la terre promise ; la manne, ce pain miraculeux , ne serait pas tombée du ciel ; les rochers arides n’auraient pas laissé échapper d’abondantes sources d’eau vive, et la loi n’ett pas été donnée par Dieu aux hommes sur le mont Sinaï. Origène continue : Si vous Ôtez la malice et la trahison de Judas , vous ôtez également la passion et la croix de J. C. Or, la croix n’existant pas, les principautés et les puissances infernales ne sont pas dépouillées, elles ne sont pas abattues, il n’y a point de triomphe sur elles par l’arbre sacré de la rédemption. Si J. C. n’était pas mort, sa résurrection et la nôtre n'auraient pas eu lieu. Otez le péché, ôtez la malice du démon, vous nous ôtez le combat contre les piéges de l’enfer, et le combat manquant, nous n’avons plus à attendre la couronne de la victoire. Si nous n’avions point d’adversaires, il n’y aurait point de persécuteurs, point de récompenses par conséquent pour les martyrs victorieux; le ciel ne serait pas préparé pour les vainqueurs , et ce moment de tribulation dont parle saint Paul ne serait plus couronné d’un poids immense de gloire éternelle. C’est donc chose vraiment et infiniment merveilleuse que Dieu se serve d'instruments mauvais et réprouvés pour un ouvrage bon et parfait.

Le bien lutié contre le mal, la vie contre la mort, dit l’Ecclésiastique, et le pécheur contre le juste : Contra malum bonum est, et contra mortem vita; sic et contra virum justum peccator (xxxur, 45).

Pourquoi parmi les hommes Dieu en choisit-il qu’il bénit et qu'il sanctifie; pourquoi en laisse-t-il d’autres, les méchants, les impies, dans un état de perdition , les maudissant et les renversant? Dieu agit ainsi pour plusieurs raisons : 4° afin que les hommes pieux se trouvent en opposition avec les impies, et que la piété soit victorieuse de limpiété...; 2 afin qu’à la vue du déshonneur et de Pinfamie qui accompagnent l’impie et l’impiété, nous remarquions mieux l’honneur, la dignité, la beauté, l'excellence et la gloire de l’homme vertueux et de la vertu...; 3 afin de manifester dans les bons et les saints les richesses de sa miséricorde et de sa grâce

et dans les méchants et les réprouvés la puissance de sa sévérité, de sa justice et de sa vengeance...

Saint Augustin enseigne que les animaux nuisibles sont avantageux à l’homme , soit pour le punir justement, soit pour l'exercer d’une manière salutaire, soit pour l’éprouver utilement, soit pour l'instruire sans le savoir : Zpsum, aut pænaliter lædunt, aut salubriter exercent, aut utiliter probant , aut ignoranter docent (De Civit. Dei ). On peut en dire autant des méchants.

Le grand évêque d’Hippone est de l'avis d’Origène; il enseigne que le mal du péché tourne au bien de l’homme et de l’univers soit parce que , comparée au vice, la vertu resplendit davantage; soit parce que le mal de la faute est le principe du châtiment qui est un bien; soit parce que ce mal porte l’homme à faire pénitence et Dieu à lui pardénner. Aïnsi le venin guérit le mal qu’il cause ; le remède de la vipère est dans la vipère elle-même, qui perd son venin lorsqu'on la tue et qui, en mourant, laisse à l’homme un spécifique destiné à guérir les ravages qu’elle a produits (De /56. Arb., lib. IE, c. 1x. — De Civit. Der, lib. XXII).

La mort de J, C. a été le remède de notre mort; car la mort de J. C. à tué la mort de l’âme et nous a donné la vie éternelle. D’après le même principe , il faut chercher le remède ‘de toute adversité et de toute croix dans l’adversité et dans la croix; mais surtout dans la croix de J. C....

Dieu, dit saint Augustin, n'aurait pas créé, je ne dis pas un seul ange, mais même un seul homme, qu'il eût prévu devoir être mauvais et méchant, s’il n’eùt pas su de quelle manière il s’en servirait pour l’avantage des bons, et qu’il ferait ainsi de l’ordre des siècles un hymne admirable à sa providence (1).

On voit combattre d’un côté la pudeur, dit saint Isidore, de Pautre la fureur ; d’un côté la pureté, de l’autre les vices impurs; d’un côté la fidélité, de l’autre la fraude ; d’un côté la vertu, de l’autre le crime; d’un côté la constance, de l’autre la cruauté; d’un côté l’honnèteté, de l’autre le déshonneur; d’un côté la continence, de l'autre la lubricité la plus effrénée ; ici l'équité, la justice, la tempérance , l’héroïsme, la prudence et toutes les vertus; là l’iniquité, l’injustice, les excès, la lâcheté, la témérité et tous les vices. On

(1) Neque enim Deus ullum , non dico angelorum, sed vel hominum crearet, quem malum futurum esse præscisset , nisi pariter nosset, quibus eos bonorum usibus Commodaret; atque ita ordinem seculorum, tanquam pulcherrimum carmen, honestarel (Lib, II Côvit., e. xvrrr ).

voit se heurter l’abondance et la pauvreté, le bon sens et la folie, l'espérance et le désespoir. Spectacle sublime que cette lutte des bons contre les méchants! Spectacle honteux et cruel que ce combat des méchants contre les bons! Les attaques des méchants donnent aux bons des vertus fortes et persévérantes ; elles leur procurent une mort qui les conduit au ciel, des mérites sans nombre, de riches couronnes et une gloire infinie. Elles donnent aux bons Dieu luimême pour héritage éternel (Lib. Il Origin., ce. 1).

Aimons à le répéter : s’il n’y avait pas eu des méchants, J. C. ne serait pas mort... ; s’il n°y avait pas eu des méchants, des millions de martyrs n’auraient jamais eu l’honneur, la gloire et les récompenses qu’ils ont obtenues... ; sans le péché, la virginité n’aurait pas de mérite...

Les maux tournent à l’avantage des bons; et les biens au désavantage des méchants. La croix sur laquelle Aman fut attaché fut à la vérité un mal pour lui; mais elle fut le salut et la vie des Hébreux, tant la providence de Dieu est industrieuse , puissante et efficace. C’est ce qui a fait prononcer à saint Augustin ces admirables paroles : Les œuvres du Seigneur sont grandes , elles répondent à toutes ses volontés; tellement que par une manière merveilleuse et ineffable, rien , même ce qui se fait contre la volonté de Dieu, ne se fait en dehors de cette volonté : car cela n’arriverait pas, s’il ne le permettait. Il ne laisse pas les événements se produire malgré lui; ils se produisent parce qu’il le veut (1).

Dieu a réglé , disposé , ordonné toutes choses , de telle sorte que les maux eux-mêmes sont utiles aux bons , et que les biens nuisent aux méchants, parce qu’ils en abusent et en font sortir leur malheur et leur ruine...

Dans le livre des Sentences de saint Augustin ; se trouve celle-ci qui est admirable : La volonté de Dieu est la cause première et suprême des mouvements de tous les êtres corporels et spirituels. En effet, dans l'immense etuniverselle république de tous les êtres créés, rien ne se fait d’une manière visible et sensible, qui n’ait été décrété ou permis au sein de la cour invisible et intelligible du souverain maître, et cela conformément à l’ineffable justice des récompenses et des châtiments, des grâces et des rétributions. La raison immuable,

(1) Magna opera Domini, exquisita in omnes voluntates ejus, ut miro et ineffabili modo non fiat præter ejus voluntatem, quod etiam contra ejus fit voluntatem : quia non fieret, si nou sineret ; nec utique nolens sinit, sed volens (Lib. XXII de Civit., c, 1),

Pourquoi Dieu permet que les méchants persécutent les bons.

où se trouve simultanément en dehors du temps ce qui arrive à diverses époques dans le temps, connaît et dispose l’ordre de toutes les choses changeantes. Cependant , par les méchants, Dieu forme et instruit les bons; par la puissance transitoire de ceux qui seront condamnés au feu de l’enfer, il exerce ceux qui doivent jouir de l’éternelle délivrance (1) (Sentent. Lvur).

Pourouor Dieu laisse-t-il les méchants persécuter les bons ?

Apprenons d’abord à ne pas seruter, mais à admirer le secret des jugements par lesquels Dieu permet aux méchants d’attaquer les bons. Sans vouloir néanmoins pénétrer dans les conseils du Tout- Puissant, on découvre plusieurs raisons qui expliquent comment il tolère que les méchants poursuivent les bons, et les épreuves de ceux-ci.

4° Dieu permet les iniquités des méchants afin de montrer sa longanimité, son impassibilité et son élévation au-dessus des choses de la terre, c’est-à-dire afin de montrer que les crimes des méchants ne peuvent ni le troubler , ni l’atteindre , ni le faire souffrir ; mais qu'étant la très-douce et souveraine félicité, il est infiniment au-dessus des injures, des injustices et des péchés des mortels. Dieu n’est pas plus souillé par les vices de ceux qu’il nourrit et fait vivre, que les rayons du soleil ne le sont en pénétrant dans un cloaque.

2 Dieu permet que les méchants persécutent les bons , afin de donner aux bons matière à la patience, à la constance, à la vertu... Saint Augustin dit excellemment : Tout ce que les justes endurent de la part des méchants n’est pas le châtiment du crime, mais l'épreuve de la vertu. Du reste, fût-il esclave , le bon est libre; et, fût-1l roi, le méchant est esclave. Ce qu’il y a de plus terrible pour ce dernier, c’est qu’il n’est pas esclave d’un seul maître, mais d’autant de tyrans qu’il est soumis à de passions diverses (2).

(1) Voluntas Dei est prima et summa causa omnium corporalium spiritualiumque motionum. Nihil enim fit visibiliter et sensibiliter, quod non de invisibili et intelligibili sammi imperatoris aula, aut jubeatur, aut permittatur, secundum ineffabilem justitiam præmiorum atque pœnarum, gratiarum et retributionum, in ista totius créaturæ amplissima quadam universaque republica. Mutabilium omnium dispositionem immutabilis ratio continet , ubi sine tempore simul sunt, quæ in temporibus non simul fiunt. Interdum Deus per malos erudit bonos, et per temporalem potentiam damnandorum , exercet disciplinam liberandorum.

(2) Justis quidquid malorum ab iniquis dominis irrogatur, non est pœna criminis’ sed virtutis examen. Proinde bonus, etiamsi serviat liber est; malus autem, etsi

regnet, servus est; nec unius hominis, sed quod gravius est, tot dominorum quot vitiorum ( Lid. Cüvit.).

Les impies sont la verge ou le fouet avec lequel Dieu, semblable à un bon père, châtie et corrige les fautes de ses enfants , comme il punit

et châtia autrefois le monde par l’invasion des Aluns, des Vandales

et des Goths. Ainsi, d’après le témoignage d’Isaïe, la colère de Dieu se servit de Sennachérib comme d’une verge pour frapper le peuple prévaricateur : Virga furoris mei Assur (x. v). Ainsi Nabuchodonosor est appelé par Jérémie la verge vigilante de Dieu, ou la verge du Dieu qui veille : Virgam vigilantem (1. 2). Ainsi Attila lui-même avait tellement conscience de sa mission, qu'il s’intitulait le fléau de Dieu.

Quoroue Je vous interroge, Seigneur, vous êtes juste, dit le prophète Jérémie ; cependant je vous dirai des choses sensées : Pourquoi les impies prospèrent-ils dans leurs voies? fout vient à bien à ceux qui vivent dans les prévarications et liniquité. Vous les avez plantés, et ils ont jeté leur racine; ils croissent et se couvrent de fruits : vous êtes sur Leurs lèvres et loin de leur cœur (1). Le prophète voit la réponse et lui-même se la donne : Assemblez-les, ditil, comme un troupeau destiné à être égorgé, préparez-les pour le jour de l’immolation : Congrequ eos quasi gregem ad victimam , et sanchfica eos in die occisionis (xiT. 3). Ainsi, Dieu, parait extérieurement bénir les méchants; mais au fond il les maudit. Leur prospérité apparente n’est qu’un rêve qui se dissipera au réveil; elle est un châtiment, car elle les empêche de revenir à Dieu...

Comme Jérémie, Job interroge Dieu sur la prospérité des méchants et sur l’affliction des bons : Pourquoi, dit-il, pourquoi donc vivent les impies? pourquoi sont-ils élevés et affermis dans l’abondance ? Ah ! répond soudain le patriarche , ils passent leur vie environnés de biens; mais ils descendent en un instant dans les enfers. Ils ne sont pas les maîtres des biens dont ils jouissent. Que de fois la vie des impies s’éteindra-t-elle comme un flambeau ; que de fois la ruine fondra-t-elle sur eux et les submergera-t-elle; que de fois les châtiments de la colère de Dieu deviendront-ils leur partage! Ils seront comme la paille en présence du vent, comme la poussière que disperse un tourbillon. Leurs yeux verront leur ruine , et ils boiront le calice de la fureur du Tout-Puissant (xxr. 7-13. 20).

(1) Justus quidem tu es, Domine , si disputem tecum : verumtamen justa loquar ad te : Quare via impiorum prosperatur? bene est omnibus qui prævaricantur, et inique agunt. Plantasti eos, et radicem miserunt; proficiunt ef faciunt fructum : prope es tu ori eorum, et longe a renibus eorum (xl. 1. 2 Ÿ

Pourquoi Dieu permet souvent que les méchants prospèrent,

tandis que souvent aussi

il refuse la

prospérilé aux bons.

Le langage de David ressemble à celui de Job et de Jérémie : Mes pieds , dit-il, ont presque chancelé, mes pas se sont presque égarés, parce que je me suis indigné contre les méchants, en voyant la paix des pécheurs : Mei autem pene moti sunt pedes, pene effusi sunt gressus mei ; quia zelavi super iniquos, pacem peccatorum videns (Lxx11. 2. 8 ). Ils n’ont pas de langueurs qui les traînent à la mort; leur corps est plein de vigueur : Non est respectus morti eorum; ef firmamentum in plaga eorum (Ibid. Lxxir. 4). Ils ne portent ni le travail, ni les afflictions de l’homme : Zn labore hominum non sunt, et cum hominibus non flagellabuntur (Ibid. zxxur. 5). Voilà pourquoi l’orgueil s’est emparé d’eux ; ils se couvrent de leur iniquité et de leur impiété comme d’un vêtement : leur iniquité sort comme de leur graisse (/hid. 1xxxr. 5-7). Voilà que ces impies, ces heureux du siècle ont obtenu la richesse ! Et j'ai dit : C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes mains dans l’assemblée de ceux qui sont sans tache... Mais, Seigneur, vous les avez placés dans des lieux glissants; vous les avez renversés tandis qu'ils s’élevaient. Comment sont-ils devenus la proie de la désolation? Ils ont défailli tout à coup ; ils ont péri à cause de leur iniquité. Seigneur, vous anéantirez leur image dans votre cité, vous l’effacerez comme s’effacent les songes de ceux qui se lèvent (/bid, xxir. 42. 13. 18-20). J'ai vu l'impieglorifié et plus élevéque les cèdres du Liban; et j’ai passé, etil n'était déjà plus : je l’ai cherché, et sa place elle- même avait disparu : Vidi impium superexaltatum, et elevatum sicut cedros Libani : et transivi, et ecce non erat; et quæsivi eum , et non inventus est locus ejus (Ibid. xxxvr. 35. 36). Regardez l’innocent et voyez le juste; son dernier jour est la paix; mais le méchant périt avec les méchants; son dernier jour est la ruine (/bid. xxxvr. 37).

L’impie prévaut contre le juste, dit le prophète Habacuc ; mais son esprit s’égarera, et il passera , et il tombera : /mpius prœvalet adversus justum.…. ; Mutabitur spiritus, et pertransibit et corruet (1. 4. 14).

Plusieurs , abattus par les adversités que leur envoie la divine providence, abandonnent la foi et l’espérance, en voyant que, bien qu'ils servent Dieu, la pauvreté et les afflictions les poursuivent ; tandis que les méchants prospèrent, malgré leurs vices et leur incrédulité. [ls imitent les païens qui, témoins du bonheur des méchants et du malheur des bons, étaient tombés dans trois grossières erreurs : 40 les uns niaient l’existence de Dieu... ; 20 les autres disaient que Dieu existe, mais qu'ilne s'occupe point de l’homme, ni des choses de la terre... ; 30 les derniers admettaient aussi l'existence

de Dieu; mais ils prétendaient qu’il ne s'occupe que des grandes choses, et qu’il néglige et méprise les petites, Erreurs monstrueuses, que les philosophes anciens n’ont point tous partagées! Sénèque, parlant de la Providence , enseigne que rien n’est l’œuvre du hasard ; mais que tout ce qui paraît fortuit est dirigé secrètement par la sagesse de Dieu (Anton. in Meliss.). Cicéron, de son côté, enseigne que la divine providence a créé l’univers , et qu’elle gouverne tout (De Natura Deor., ib. TP).

La longue et divine patience de l’Eternel attend les impies à la pénitence; mais jusque-là , elle les châtie par le remords, qui n’est pas une faible punition de leurs iniquités. Car, comme le dit Pythagore, le méchant souffre plus sous les coups de sa conscience, que l’homme qui est châtié seulement dans son corps, et qui est battu de verges : Vir malus plus mali patitur, afflictus conscientia, quam ille qui in corpore castigatur, et flagris cœditur (Anton. in Meliss.). On frappe l'enfant désobéissant, afin qu’il se corrige; Dieu flagelle l’impie par le remords, afin qu’il change de vie et qu’il réforme ses mœurs dépravées. Que s’il ne veut pas se repentir et s’engager dans Ja voie du bien, Dieu le punit tellement, qu’il compense par la gra- . vité du supplice, le retard qu’il a mis à le châtier. C’est avec raison que Zonare dit : Quoique la Providence punisse tardivement les outrages des impies, leur laissant le temps de faire pénitence ; cependant , s’ils n’abandonnent la voie du mal, elle les suit à pas lents, les atteint et les force à satisfaire (1).

Dieu accorde la prospérité aux méchants, pour montrer que les richesses, les pompes et le bonheur de ce monde, doivent être méprisés comme étant de peu de valeur et un véritable néant. Voilà pourquoi il les donne souvent à ses ennemis, et les refuse à ses amis... Saint Augustin dit fort bien : Eussiez-vous la sagesse de Salomon , la beauté d’Absalon , la force de Samson, la longévité d’Hénoch, les richesses de Crésus, la félicité d’Auguste, de quoi vous servirait tout cela, puisque enfin vous serez dévoré par les vers, et tourmenté avec le mauvais riche dans les enfers, si vous damnez votre âme? (Sentent.)

Constantin Manassès compare la prospérité à un plomb pesant : Prosperitas est similis gravi plumbo (Lib. IT). En effet, elle empêche souvent l’homme de surnager au-dessus de l’océan du mal.

(1) Etiamsi providentia tarde invadat injurias, concessu pœnitentiæ spatio, tamen, nisi à malitia discesserint, lento gradu eos assequitur, et pœnas exigit (Anton. in

(Meliss.).

Encore un peu de temps, dit le Psalmiste, et l’impie ne sera plus, et vous chercherez sa place, et vous ne la trouverez pas : Adhue pusillum , et non erit peccator , et quæres locum illius, et non invenies (XxXVI. 10).

Dieu permet la prospérité des méchants et il tolère leurs iniquités, afin de les laisser libres et pour montrer combien est terrible la force de la concupiscence née de la chute originelle, force qui pousse les hommes à tant de rapines, de violences et de crimes, infiniment plus nuisibles à l'homme qui les commet, qu’à Dieu contre qui on les commet. Enfin cette conduite de la Providence a pour but d’amener les hommes d’abord à reconnaître leur faiblesse, leur misère, leur aveuglement et leur folie; puis à chercher la grâce et à recourir à la sagesse du Rédempteur..….

Dieu permet aux méchants d'agir librement pour montrer aussi que le temps présent est le temps du mérite, ou du démérite, et que l'éternité est destinée à la récompense et au châtiment. C’est alors que Dieu réformera les jugements pervers des hommes; qu’il corrigera leurs erreurs et rétablira l’équité, selon ces paroles du Roiï- Prophète : Lorsque le moment sera venu, je jugerai les justices de la terre : C'um accepero tempus, ego justitias judicabo (axx1v. 3). Voilà pourquoi saint Augustin dit : Que personne ne félicite l’homme qui prospère dans sa voie, l’homme dont les péchés ne trouvent pas de vengeur et qui est l’objet de la flatterie. C’est précisément alors que la colère du Seigneur est arrivée à son plus haut degré. Il faut que le pécheur aït bien irrité Dieu pour s’attirer le formidable châtiment de n’être pas puni en ce monde (1).

Ecoutez saint Grégoire : Dieu, dit-il, punit certaines fautes et en laisse d’autres impunies; car s’il ne frappait personne, qui croirait que Dieu s'occupe deschoses humaines; et s’il frappait tout le monde, à quoi servirait le jugement dernier (2).

La gloire qui attend les justes et les saints est si grande, qu’il est surprenant que tous les démons, tous les impies et les éléments eux-mêmes ne se réunissent pas pour les accabler et les torturer, afin de faire contre-poids à leur gloire future. Au contraire, les

(1) Nemo gratuletur homini qui prosperatur in via sua , cujus peccatis deest ultor, et adest adulator. Major hic ira Domini est; irritavit enim' Dominum peccator, ut ista patiatur, id est, ut correctionis flagella non patiatur ( Enchirid.).

(2) Deus nonnulla percutit, et nonnulla inulta derelinquit; quia si nulla resecaret, quis Deum res humanas curare crederet? Et rursus, si hæc cuncta percuteret, extremum judicium unde restaret ? (Homi. in Job.)

tortures qui attendent les méchants et les impies, sont telles qu’il est étonnant qu'ils ne soient pas constamment comblés de délices sur la terre, et que tout ne s’y change pas pour eux en miel et en roses; afin de compenser en quelque sorte par quelques gouttes d’un certain bonheur, les peines éternelles qui leur sont réservées : car, comme toutes les souffrances et toutes Les épreuves d’ici-bas n’ont aucune proportion avec la gloire des saints; de même, toutes les joies, toutes les richesses, toutes les voluptésde la terre , ne sont rien , si on les compare aux douleurs qu'éprouveront les damnés. Plutôt que d’envier la félicité des méchants, l’homme prudent et sage gémira donc sur la prospérité et l’impunité dont ils jouissent.

Seigneur, dirent les serviteurs du père de famille de l'Evangile , n’avez-Vous pas semé de bonne semence dans votre champ? D'où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie?’ Domine , nonne bonum semen Seminasti in agro tuo? Unde ergo habet zizania? ( Matth. x. 27.) Et il leur répondit : C’est l’homme ennemi qui a fait cela : Znèmicus homo hoc fecit (Id. x. 18). Les serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l’arracher? Et il leur répondit : Non, de peur que peut-être, en arrachant l’ivraie, vous n’arrachiez aussi le froment avec elle. Laissez l’un et l’autré croître jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez d’abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brüler; quant au froment, amassez-le dans mon grenier (1). On voit par ces paroles avec quelle patience Dieu supporte l’ivraie, c’est-à-dire les méchants; mais on voit aussi qu'il se prépare à exercer plus tard sur eux une rigoureuse justice...

Expliquant ces paroles de l'Evangile, saint Augustin dit: Nous savons qu’il y adansl’Eglise des bons et des méchants, que nous appelons froment et paille. Que personne n’abandonne l’aire avant le temps, mais qu'il supporte la paille dans l’aire et sous le fléau, bien sûr de n’avoir pas à la supporter dans le grenier. Viendra le vanneur qui séparera les mauvais des bons. Dès aujourd’hui il y a entre les uns et les autres séparation spirituelle; un jour se fera aussi la séparation corporelle. Pour le moment, mettez votre prudence à n'avoir aucun rapport de mœurs avec les impies; mais ne vous éloignez pas

(1)... Sinite utraque crescere usque ad messem, et in tempore messis, dicam messoribus: Colligite primum zizania, et alligate ea in fasciculos ad comburendum; triticum autem congregate in horreum meum (Matth. xs. 28-30).

Comment on distingue les méchants des bons.

de leur personne. Corrigez cependant ceux sur qui vous avez autorité, en les avertissant, en les instruisant, en les exhortant. Le méchant ne peut vous nuire si vous employez les deux moyens que voici : 4° ne pas approuver sa conduite ; 2e le reprendre. Agir de la sorte, c’est ne pas communiquer avec lui, ne pas l’approuver. Ne prenez point de part aux œuvres stériles des ténèbres, dit saint Paul, mais plutôt condamnez-les. Que veulent dire ces paroles? elles signifient : N’aidez pas aux œuvres des méchants, ne Les louez pas, ne les approuvez pas, n’y prenez aucune part par votre assentiment, ne soyez pas négligent à les blâmer, ni si orgueilleux que vous changiez en injure votre blâme { Serm. Lxxvirr ).

Que les méchants , les impies ne se réjouissent point de la prospérité où ils se trouvent , ni de l’espèce d’impunité dont ils jouissent ; Dieu les rétribuera selon leurs œuvres...

Î y a deux choses, dit le cardinal Bellarmin, qui font eonnaître ce qui se passe dans le cœur de l’homme : l’occasion d’agir en secret, et le temps de l’adversité. Il y en a beaucoup qui sont méchants au dedans, et qui néanmoins paraissent bons à l’extérieur. S'ils ont l’occasion de faire le mal en secret, s’ils sont convaincus qu'il n'existe pour eux aucun danger d’être découverts , alors leur méchanceté éclate. Les bons, au contraire, sont les mêmes aussi bien en secret qu’en public. Durant la prospérité, on ne distingue guère les méchants des bons; mais lorsque le feu de la tribulation et de la persécution se fait sentir, alors l’or brille, et la paille fume. Des bons , le Psalmiste dit : Vous avez éprouvé mon cœur , et vous m'avez visité pendant la nuit (c’est-à-dire lorsque j'avais l’occasion de pécher en secret) ; vous m'avez fait passer par le feu de la tribulation ; et il ne s’est pas trouvé d’iniquité en moi : Probasti cor meum , el visitasti nocte ; igne me eraminasti, et non est inventa in me iniquitas (xV1. 4). Le Seigneur a révélé au prophète Ezéchiel ce qu'ilen est de l'intérieur des méchants : Fils de l’homme, perce la muraille : Fode parietem (vnr. 8). Et lorsque j’eus percé la muraille, dit le prophète, j’entrai, et je vis des images de toutes sortes de reptiles et d'animaux, et l’abomination et les idoles (1) (Bellarm. Comment. in Psal.).

On connaît un pilote au milieu de la tempête et le soldat sur le

(1) Et cum fodissem parietem, ingressus vidi, et ecce omnis similitudo reptilium, et animalium, abominatio, et universa idola (Psal. vu. 10 }.

champ de bataille, dit saint Cyprien. L'arbre dont les racines s’enfoncent profondément dans le sol, résiste à l'effort des vents; le navire dont les flancs sont solidement construits est porté par les flots, mais il ne devient pas leur jouet (Serm. 1v de Immortalit.). Ainsi, dans les tribulationss, les justes sont patients, résignés à la volonté de Dieu et grandissent en vertu ; les méchants, au contraire, murmurent, s’emportent, blasphèment, maudissent Dieu et trop souvent cèdent aux funestes et terribles conseils du désespoir...

Celui qui ment se couvre

d'opprobre.

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