IL. I faut s'offrir soi-même à Dieu
IT. Pendant le saint sacrifice, il est bon de considérer principalement quatre choses : 1° celui à qui on l'offre. ; 2 celui qui l’offre , c’est-à-dire J, C...; 3 celui qui est offert... ; 40 ce pourquoi il est offert,
IV, Le saint sacrifice étant le mémorial de l’amour de J. C. pour les hommes et, en quelque sorte, la représentation de sa passion et de sa mort, il faut, pendant qu’on l'offre, méditer sur les souffrances du Sauveur et sur son amour. C’est le vrai moyen d’entendre la messe avec beaucoup de fruit.
V. Il faut assister à la messe avec le profond respect intérieur et extérieur que doivent produire la vue du lieu saint, la présence de Dieu, celle des anges et celle des fidèles, enfin la pensée du grand mystère qui s'opère.
VL Il faut entendre la messe avec foi, humilité, componction, crainte et confiance, etc...
N miracle est un événement frappant, extraordinaire et qui ne peut être l'effet d’une cause naturelle. C’est une dérogation aux lois de la nature. Le miracle est au-dessus des forces de
l’homme ; Dieu seul peut l’opérer; et les hommes ne peuvent en faire que par lui...
Qu peut douter que Dieu puisse faire des miracles? Le même Dieu qui depuis bientôt six mille ans fait lever le soleil à l’orient, ne pourrait-il, s’il le voulait, le faire lever à l'occident? Pourtant cela serait un vrai miracle... Nier que Dieu puisse faire des miracles, c’est nier que Dieu soit Dieu...; c’est lui ôter sa puissance et sa liberté; c’est l’anéantir.…..
Les plaies d'Egypte, le passage de la mer Rouge, la promulgation de la loi de Dieu sur le mont Sinaï, l’envoi de la manne, l’eau qui jaillit du rocher, les merveilles opérées par l'arche d'alliance, la conservation des trois enfants dans la fournaise ardente, le châtiment d’Héliodore frappé de verges par des anges, la résurrection de Lazare , la résurrection de J. C., la conversion de l’univers païen à la voix des douze apôtres , etc.: tous ces événements extraordinaires sont là pour attester qu’il y a eu des miracles, et de grands miracles...
L’éclat des œuvres de J: C., dit saint Cyrille, décidait toute question sur sa divinité, auprès de ceux qui n’avaient pas l’esprit entièrement perverti : Claritas operum Christi omnem quæstionem solvebat apud eos qui non erant mentibus perversis (Catech., lib. IT, c. v ).
ILest évident que les miracles de J. C. devaient le signaler aux Juifs comme étant le Messie promis si souvent et si positivement dès le commencement du monde. Car, 4° J. C. faisait ses miracles dans ce but. ; 2 il a fait tous les miracles que les prophètes avaient prédit devoir être faits par le Messie.…; il a fait tous ses miracles en son propre nom, par sa propre vertu, en ordonnant et en commandant comme ayant autorité... ; 4° il à fait des miracles visibles, publics , incontestables et très-grands; il en à fait très-souvent, partout et en tout genre, les opérant tout d’un coup ; d’un seul
Qu'est-ce qu'un miracle?
Les miracles sont-ils possibles ?
Y a-t-il eu des miracles ?
Les miracles sont une preuve certaine de la yérité.
Un miracle ne s’est jamais opéré en faveur de l'erreur.
mot, ete... Cette puissance absolue, cette vertu extraordinaire et continuelle ne pouvaient appartenir qu’à J. C. seul...
( Voyez Jésus-Christ , $ Miracles de J. C.)
Les miracles opérés au nom de J. C. par les apôtres, par les martyrs, par les saints de tous les lieux et de tous les siècles, ne prouvent-ils pas qu’il y a eu des miracles ?.…
Saivr Augustin a dit qu’il était retenu dans l'Eglise catholique, apostolique et romaine , par l’autorité des miracles (De Civit. Dei).
Richard de Saint-Victor a dit de son côté : Seigneur, si ce que nous croyons est une erreur, c’est vous qui nous avez trompés ; car notre foi a été confirmée par des signes et par des prodiges qui n’ont pu avoir que vous pour auteur (1).
Dieu, qui est la vérité, la sainteté et la justice même, ne peut permettre un vrai miracle qu’en faveur de la vérité. Or, iln’ya Jamais eu de miracles que dans lEglise catholique, apostolique et romaine ; elle est donc la seule véritable Eglise.
(Voyez Eglise.)
Les miracles étant le sceau de la vérité, Dieu ne peut permettre qu'ils s’opèrent en faveur de l'erreur et du mensonge.
Dieu permet quelquefois que les méchants eux-mêmes fassent des miracles, non pas en leur nom et par leurs mérites, mais au nom de J. C. et pour l'utilité du prochain.
Mais ils ne peuvent en faire que pour la vérité, et jamais pour l'erreur.
Il n’y a pas d'exemple de miracle opéré en faveur de l'erreur.
Le miracle, en effet, est le témoignage le plus authentique et le plus incontestable de la bonne doctrine et de la vérité. Ceci est évident : car le miracle est l’œuvre propre et surnaturelle de Dieu, il s’en sert afin de confirmer que ce qu'il dit ou fait, est la vérité et digne de foi.
Il ne peut donc permettre des miracles en faveur de l'erreur F autrement il en favoriserait le développément ; il tromperait les hommes et leur enlèverait tout moyen de reconnaitre l'erreur et de la discerner d’avec la vérité. Que dis-je? il les confirmerait dans les fausses doctrines qu’ils auraient reçues; ce qui est impossible. L’avancer serait un terrible blasphème, et le penser, un crime énorme...
(1) Domine, si error est quod credimus, a te decepti sumus : ista enim in nobis its signis et prodigiis confirmata sunt, quæ non nisi a te fieri potuerunt (De Inst. hom.).
MIRACLES. 301 Vous demandez Comment Dieu à coutume de faire discerner les miracles véritables des faux miracles? Le voici : Théodoret signale trois différences essentielles entre les miracles de Moïse et leg prétendus miracles des magiciens de Pharaon. 1° Les magiciens, dit-il, changèrent à la vérité leurs verges en serpents, mais la verge d’Aaron également changée en serpent dévora les leurs ; ils changèrent l'eau en sang, maisils ne purent rendre à cette eau sa nature première ; ils firent paraitre des grenouilles, mais ils ne purent, comme le fit Moïse , débarrasser les Egyptiens des incommodités qu'elles leur causaient. Dieu ne permit donc aux magiciens d'opérer de semblables prodiges, que pour châtier les Egyptiens eux-mêmes ; mais sans leur accorder le pouvoir de faire disparaitre les plaies qu’ils avaient faites. 20 Lorsque Dieu vit que le roi s’endurcissait davantage, à cause des prétéendus miracles des magiciens, il leur enleva la faculté qu'il leur avait laissée : ceux qui avaient faitparaitre des grenouilles,
ne purent produire même des moucherons ; ils furent forcés de con-
fesser publiquement leur impuissance, et de dire : Le doigt de Dieu est là : Digitus Dei est hic (Exod. vu. 19). 30 Moïse couvrit d’ulcères les corps des magiciens eux:mèêmes (Æxod. 1x.11). Moïse, qui faisait de vrais miracles en faveur de la vérité, fut-il jamais empêché d'agir? Non; il en opérait tous les joursde nouveaux, de divers et de très-éclatants, à la cour de Pharaon, et en présence de toute l'Egypte. Ses ordres ét ses défenses avaient soudain des résultats miraculeux (In Exod.).
Saint Augustin enseigne qu’on distingue les vrais miraclesdes faux d’après l'autorité et le pouvoir qui les produisent. Les magiciens ; dit-il , font des choses étonnantes par leur commerce secret avec le démon; mais les saints opèrent des miracles par l’action publique ét l’ordre de celui à qui toute créature est soumise. Les magiciéns agissent donc en vertu de contrats privés, et les saints en vertu d’un droit évident (1).
Ajoutez que ceux qui font dé vrais miracles sont des hümmes probes ; pieux et ordinairement saints; tandis que ceux qui en opèrent de faux, sont toujours des hommes vicieux et impies qui usent de maléfices..…...
Les prodiges des magiciens sont ordinairement fantastiques ,
(1) Magi mira faciunt per privata commerciä cum dæmone; sancli vero ea faciunt puüblica administratione et jussu ejus cui omnis creatura subjecta est. Magi ergo per privatos contractus; sancti vero per publicam justitiam hæc operantur (Quæst. £xxrx inter LXXXII1 ).
Comment où
distingue les
vrais miracles des faux?
imaginaires et simulés; aussi ne durent-ils pas. On découvre bientôt ce qu’ils ont de vain ou de faux; ou bien ils sont pleinement inutiles, et même nuisibles. Mais les vrais miracles sont des actes véritables, dont les effets ne s’évanouissent point, et qui n’ont lieu que pour une grande utilité, ou pour délivrer les hommes de quelque nécessité...
Pour opérer leurs prétendues merveilles , les magiciens se servent de mensonges , de presti ges, de moyens propres à tromper les honimes, de certains signes et de certaines figures, par exemple , de lettres , de paroles qui ne signifient rién, ou qui n’ont qu’un sens absurde ; ils se servent encore de pratiques superstitieuses; ils mêlent le-profane et le sacré,et ils souillent ainsi celui-ci. Les saints, au contraire, font des miracles par leurs prières, leurs mortüfications, par le signe de la croix ou par d’autres choses saintes et sacrées, et toujours au nom de J. GC...
Les magiciens et les démons opèrent des prodiges dans une maus vaise fin , par exemple , pour obtenir quelque gain, par vaine ostentation, pour s'attirer de la gloire et des honneurs, pour se faire rendre un culte divin, ou se créer un nom; ou bien afin de nuire à la foi , et de faire adopter des erreurs ; ou bien encore pour commettre ou faire commettre des crimes , comme vols, adultères, mort d'hommes ou d’animaux , etc. Les saints, eux, font des miracles dans le but d’honorer Dieu et de le glorifier , pour l'édification et la gloire de l'Eglise, et afin de secourir les hommes , ou d’être utiles soit à leur corps, soit surtout à leur âme...
Les magiciens, dit saint Augustin, font dans l'intérêt de leur gloire des choses qui paraissent être des miracles ; les saints font des miracles véritables dans l'intérêt de la gloire de Dieu : Magè faciunt queæ videntur nuracula, quærentes gloriam suam; sancti vero faciunt miracula, quærentes gloriam Dei (Quæst. Lxx1x inter Lxxxm1 ).
oMME le propre de la lumière est « l’éclairer, dit saint Nil , ainsi
le propre de Dieu est d’avoir pitié de ses ouvrages ( Vi. Patr “.
La miséricorde est une vertu naturelle et divine : Le Souverain Bien est souverainement miséricordieux et bienfäisant. Voilà pour: quoi le Prophète royal s’écrie : Miserationes ejus super omnia opera ejus : La miséricorde de Dieu s’étend sur tous ses ouvrages ( GXLIV. 9): L'Eglise ne dit-elle pas dans ses prières publiques : O Dieu dont le propre est d’avoir toujours pitié et d’épargner, recevez favorable: ment notre demande : Deus cui proprium est misereri semper et Parcere , suscipe deprecationem nostram (Orat. pro pec. ).
Béni soit Dieu le Père de Notre-Seigneur J. C., qui, selon sà grande miséricorde , nous a régénérés dans la vive espérance, s’écrie saint Pierre : Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi : qu secundum misericordiam suam regeneravit nos in spem vivam ! CEE)
La miséricorde de Dieu est grande, elle est sans bornes : 0 par sa cause efficiente, elle vient de Dieu , et de son amour immense pour nous...; 20 par l’objet qu’elle nous présente ; Dieu nous a donné son Fils unique, afin de nous prouver qu'il répand, par lui, sur nous l’abondance de ses miséricordes...; 30 par Le sujet auquel elle s’applique : nous ne sommes que des vers de terre, pleins de péchés et de misères; et il nous a appelés à lui; il nous a rendus capables de recevoir sa grâce et sa gloire. C’est ce qu’exprime le Psalmiste quand il dit : L’abime appelle l’abime : Aôyssus abyssum invocat (xt. 8), L’abime des misères humaines appelle l’abime de la miséricorde divine... ; 4° par la multitude des dons qu’elle nous a accordés: Dieu nous a comblé, et ne cesse de nous combler d'innombrables grâces et faveurs. C’est ce qui a porté saint Augustin à dire à Dieu : Seigneur, je tiens de votre miséricorde tout ce que je suis. Car, qu'ai-je fait qui m’ait mérité de vivre ? qu’ai-je fait qui m’ait mérité de pouvoir vous invoquer? Nul ne vous est comparable en miséricorde; j’ai reçu l’être de vous, j’ai recu de vous d’être bon, à mor Dieu et ma miséricorde (Concion. 11 in Psal. Lvin). 5° La miséricorde de Dieu est grande par rapport aux lieux et aux temps; caï elle s'étend sur tous les hommes de tous les lieux et de tous les
Combien
Dieu est misé-
ricordieux.
temps , selon ces paroles du Roi-Prophète : La terre est remplie de la miséricorde du Seigneur : Misericordia Domini plena est terra (xxxr. B). Pour les saints, cette miséricorde dure éternellement... Go Elle est immense par la fin à laquelle elle tend; car elle s’efforce de nous conduire au royaume de la gloire éternelle. Seigneur, s’écrie le Psalmiste, vous avez multiplié votre miséricorde : Multiplhicästi misericordiam tuam.... (xXxxY. 8.) Que votre miséricorde est douce, Seigneur, faites que je ne l’oublie jamais. ! O0 Dieu, ma miséricorde! Deus meus misericordia mea (Psal. Lvir1. 18). A vous; Seigneur, appartient la miséricorde : Tibi, Domine, misericordia ( Psal. LxI. 143), Que vos miséricordes se hâtent de nous prévenir, parce que nous sommes devenus excessivement pauvres : Cito anticipent hos misericordiæ tuæ, quia pauperes facti sumus nimis (Psal.Lxxvin. 8). Nous avons été remplis de votre miséricorde : Æepleti sumus misericordia tua (Psal. Lxxxix. 14). Le Seigneur est doux , sa miséricorde durera éternellement : Suavis est Dominus , in ælernum misericordia eus (xcIx. 5 ). Le Seigneur a livré les hommes à ses miséricordes : Dedit eos in misericordias ( Psal. av. 46). La miséricorde de Dieu sur nous s’est signalée : Confirmata est super nos misericordia ejus ( Psal. oxvI. 2). Dans le Seigneur est la miséricorde et une abondante rédemption : Apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio (Psal. cxxIX. 7).
Entre le dernier râle d’un mourant et l'enfer, il y a un océan de miséricorde à traverser , dit un auteur célèbre.
Seigneur, dit la Sagesse, vous ävez pitié de tous les hommes ; parce que vous pouvez tout : Misereris omnium, quia omnia potes (xr. 24). Vous êtes indulgent pour tous les hommes, parce que tout est à vous, Ô Dieu, qui aimez les âmes : Parcis autem omnibus , quoniam tua sunt , Domine , qui amas animas (Sap. x1. 27 ). L'approche de votre miséricorde guérissait vos enfants : Misericordia tua adveniens, sanabat (Sap. xvr. 10 ).
Dieu est compatissant et miséricordieux, dit l’auteur de l’Ecclé- Slastique ; au jour de la tribulation, il remettra les péchés ; il est le protecteur de tous ceux le cherchent dans la vérité (11.43 ). Combien est grande la miséricorde du Seigneur, et sa clémence pour ceux qui se tournent vers lui! Quam magna misericordia Domint , et pro: pitiatio illius, convertentibus ad se ! (xvir. 28.)
Qu'est-ce que le péché, en présence de la miséricorde de Dieu ? dit saint Chrysostome. Une toile d’araignée qui disparait pour toujours sous le souffle du vent : Quid enim est peccatum ad:
MISÉRICORDE. 308 nusericordiam? Tela araneæ quæ , vento flante , nusquam comparet (In Psal.).
Qui entreprendra de raconter la miséricorde de Dieu, dit l’auteur de lEcclésiastique : Quis adjiciet enarrare misericordiam ejus (XVII. 4). Aussi saint Paul donne-t-il à Dieu le titre de Père des miséricordes : Pater misericordiarum (11. Cor. 1. 3). |
Rien, dit saint Fulgence, ne manque à celui qui possède la puissance de la miséricorde, et la miséricorde toute-puissante. En Dieu À la bonté de la toute-puissance, et la toute-puissance de la bonté sont si grandes, qu’il n’est pas de péché qu'il ne puisse, ou qu’il ne veuille remettre à l’homme qui se convertit. C’est un charitable et habile médecin auquel nulle maladie ne résiste. Il veut et il peut pardonner tous les crimes. Sa bonté parfaite n’est jamais vaineue par le péché; sa miséricorde a des remèdes pour tous les maux. S'ils l’avaient voulu, Caïn, Antiochus, Judas auraient obtenu miséricorde , aussi bien que David , Madeleine, Pierre , Paul et Augustin, (£pist. Vi ad Venant. ).
Que l’impie abandonne sa voie, dit Isaie, et l’homme inique ses pensées ; qu'ils retournent au Seigneur et il aura pitié d’eux : qu’ils reviennent à notre Dieu, parce qu'il est riche en miséricorde : Derelinquat impius viam suam , et vir iniquus cogitationes suas , et revertatur ad Dominum, et miserebitur ejus; et ad Deum nostrum, quoniam mullus est ad ignoscendum (iv. 7). Car, dit le Seigneur, mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas les vôtres : Non enim cogitationes meæ cogitationes vestræ , neque viæ vestræ viæ meæ, dicit Dominus (Ejusd. Lv. 8). Je sais les pensées que j'ai formées sur vous, pensées de paix, et non de châtiment : Ægo enim scio cogitationes, quas ego cogito super vos, cogitationes pacis ef non afflictionts (Jerem. xxix. 11).
Ne vous défiez pas du pardon et de l'amitié de Dieu , disent saint Cyrille et saint Thomas, ne vous effrayez pas de la multitude et de l’énormité de vos rechutes , ni de l’habitude du crime; la miséricorde que Dieu offre et promet à ceux qui se repentent, estinfiniment plus grande que tous nos excès. Car Dieu offensé n’est pas comme l’homme, qui ne lance que des menaces et ne respire que vengeance contre celui qui l’aoutragé : Dieu est aussi loin de ces dispositions que le ciel l’est de la terre ; il ne désire que pardonner et faire grâce; C’est pourquoi il combat nos offenses avec l’arme de la clémence, de l’indulgence et de la miséricorde. Mille et mille fois il pardonne, dit Jérémie; c’est-à-dire toujours lorsqu'on le veut : Facis misericordiam
nt, 20
306 MISÉRICORLE.
in millibus (xxx. 18). Et n'est-ce pas ce qu'assure Notre-Seigneur J. G.? Pierre s’approchant de lui, linterrogea : Seigneur , lui dit-il, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je? jusqu’à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous «is pas jusqu’à sept fois , mais jusqu’à septante fois sept fois (Ma tth. xvrr. 21-22), c’est-à-dire toujours...
Si nous n'avons pas disparu , dit Jérémie , c’est à la miséricorde du Seigneur que nous le devons, c’est parce que sa compassion n’a pas tari : Misericordiæ Domini quia non sumus consumpit ; quia non defecerunt miserationes ejus ( Lament. m1. 22).
Dieu est riche en miséricorde, dit le grand Apôtre : Deus dives esl in misericordia (Ephes. 11. 4). Il n’y a pas de différence entre le Juif et le Grec , dit-il ailleurs; Dieu est le même Seigneur de tous , riche pour {fous ceux qui l’invoquent : Non enim est distincto Judæi et Græci : nam idem Dominus omnium , dives in omnes qui invocant illum (Rom. x. 12).
Jamais ici-bas la colère de Dieu ne sévit tellement, qu’elle ne soit tempérée par sa miséricorde , dans le sein de laquelle il est permis de se réfugier. C’est à la clémence infinie de Dieu que nous devons tant de grâces. Malgré sa justice irritée par tant de péchés, sa miséricorde ne cesse de nous attendre , de nous presser , de nous faire du bien , de nous couvrir de sa protection. Aussi écoutez Jérémie : Le Seigneur est mon partage, a dit mon âme : c’est pourquoi je l’attendrai : Pars mea Dominus, dixit anima mea : propterea exspectabo eum (Lament. 111. 24).
J'ai voulu la miséricorde, et non le sacrifice, dit Dieu par la bouche d’Osée : Misericordiam volut , et non sacrificium (vi. 6). J. C. adresse ces mèmes paroles aux Juifs : Si vous compreniez, leur dit-il, cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice, vous n’auriez jamais condamné des innocents : Si autem sciretis quid est : Misericordiam volo et non sacrificium , nunquam condemnasselis innocenles( Matth. xur. 7).
Apprenez ici combien le Seigneur aime la miséricorde, puisqu'il la préfère à tous les sacrifices. Oui , le propre de Dieu est de pardonner, comme le propre de l’abeiïlle est de faire du miel..….;
N'est-ce pas la miséricorde de Dieu qui est la véritable cause de l’incarnation et de la rédemption? Aussi J. C. dit : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs : Non veni vocare Jjustos , sed peccatores (Matth. 1x. 13). Je vous dit qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence , que pour
MISÉRICORDE: 307 quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence (Matth. xv. 7). |
J. C. n’ayant point élé reçu dans une ville de Samarie , ses disciples lui dirent : Seigneur , voulez-vous que nous commandions au feu du ciel de descendre et de les consumer? Mais se tournant vers eux, le Sauveur les gourmanda, en leur disant : Vous ne savez de quel esprit vous êtes. Le Fils de l’homme n’est point venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver (Luc. 1x. 52-56), Voilà la miséricorde !
Il est dit de J. C. qu’il n’achèvera point de rompre le roseau brisé, et qu’il n’éteindra point la mèche encore fumante (Matth. xr1. 20). Voilà la miséricorde !.…
J. G. n'est-il pas ce bon pasteur qui charge sur ses épaules la brebis égarée , et qui l’apporte au bercaïl ? N’est-il pas ce miséricordieux Samaritain qui verse l'huile et le vin dans nos plaies, et nous conduit au ciel? N’est-il pas ce père qui gémit sur les égarements de l'enfant prodigue, et qui, touché de compassion, court au-devant de lui , l’embrasse, le serre sur son cœur , l’inonde de larmes et de caresses, le revêt d’ornements magnifiques , fait tuer le veau gras et donne un splendide festin ?... Madeleine s’agenouille à ses pieds; il s’empresse de lui pardonner... Pierre le renie; il lui jette un regard de miséricorde , et oublie la triple faute dont il s’est rendu coupable... Le bon larron mis en croix lui demande grâce, et il lui ouvre le ciel...
Les païens eux-mêmes avaient une grande idée de la clémence et de la bonté du Dieu suprème, puisqu'ils avaient donné le nom de Jupiter au maitre des hommes et des dieux, de juvans pater, père qui aide, qui secourt.
I. Êrre miséricordieux, c’est être parfait ; bien plus, c’est être Dieu, car on remplit une fonction divine, dit saint Chrysostome : Pretiosus vir nvsericors, mo misereri est Deus esse (Homil. 1v in Epist. ad Philipp.). La miséricorde, ajoute ce grand docteur, est reine, vraiment reine ; elle rend les hommes semblables à Dieu : Wisericordia regina est, vere regina, similes faciens homines Deo (Ut supra). IL. Les hommes qui s’abandonnent à la cruauté sont exposés à la haine générale. À chaque pas, ils ont à craindre leur ruine, parce que leur iniquité les suit; les hommes et Dieu lui-même les poursuivent de leur vengeance. Le miséricordieux, au contraire, n’a à redouter ni injure, ni violence, ni haine, parce que sa miséricorde,
Excellence d de la miséricorde.
Comment faut-il exercer la miséricorde ?
308 MISÉRICORDÉ,
bouclier céleste , et la grâce de Dieu le protégent. Il est chéri de Dieu et des hommes. .….
IT. Heureux les miséricordieux , car ils obtiendront miséricorde ! dit J. C. : Peati misericordes , quoniam ipsi misericordiam consequentur (Matth. v. 7). Faire miséricorde, c’est l’obtenir soi- Même...
Dieu accorde aux miséricordieux : 1° la grâce de la pénitence, et par là Le pardon de leurs péchés... ; 2° d’abondantes faveurs... La nuséricorde est promise aux miséricordieux ; Dieu, qui est tout miséricorde, l’exerce envers eux...
IV. Le miséricordieux est bienfaisant pour son âme, disent les Proverbes : Benefacit animæ suæ vir misericors (x1. 17).
V. En faisant du bien aux autres, le miséricordieux s’en fait à luimême. En effet, 10 il compte autant de protecteurs devant Dieu, qu'il y a de personnes envers lesquelles il a exercé la miséricorde... ; 2° il rend Dieu lui-même sondébiteur, puisque Dieu promet de faire miséricorde aux miséricordieux.... Dieu, disent les Proverbes, bénit l’homme de miséricorde : Qui pronus est ad misericordiam, benelicetur (XXII. 9 ).
VL La miséricorde accompagne l’homme après la mort, et elle prend sa cause au tribunal de J. C. C’est elle qui le préserve de la condamnation.
VIL. La miséricorde procure la vie, la justice et la gloire, disent encore les Proverbes : Qui sequitur misericordiam, inveniet vitam , Justitiam et gloriam (xxr. 24).
LA miséricorde s’exerce, 4° en compatissant aux misères d’autrui...; 2 en le soulageant...; 3° en aidant une âme plongée dans l'ignorance, l’affliction ou le péché... ; 4° en recherchant ceux qui sont dans le besoin et en prévenant leurs demandes. ; 5° en leur offrant du secours... ; 6° en se sacrifiant et en donnant jusqu’à sa vie pour les autres, comme ont fait J. C., les apôtres et tant de saints... Lorsque nous rencontrons des pécheurs ; dit saint Grégoire, nous devons pleurer d’abord nos péchés et ensuite les leurs; parce que nous avons peut-être commis les mêmes fautes, ou que nous pou: vons les commettre, Si les maîtres sont obligés de censurer et de condamner le vice afin de le détruire, il est bon qu’ils s’attachent toujours à le faire avec prudence, discernement et sollicitude , se souvenant qu'il faut à la fois sévir contre le vice et compatir à la nature humaine, qui est si faible. Si le pécheur doit être frappé, lé
prochain doit aussi être nourri : Si ferjendus est peccator, nutriendus est proximus (Pastor.).
N'oublions jamais ce que dit saint Augustin, qu'il n’y a pas de péché commis par un homme, que tout autre ne puisse commettre si Dieu l’abandonne.….
Dans notre conduite envers le prochain, nous devons nous attacher à imiter le père de l’enfant prodigue.
Je partage votre douleur, mes frères, dit saint Cyprien ; avec vous je frappe ma poitrine; il me semble que je suis tombé avec ceux d’entre vous qui ont failli, et l'affection que je vous porte m'a prosterné à côté de nos frères qui frappent la terre de leur front : Do/eo, fratres, vobiscum : cum singulis copulo pectus meum, cum jacentibus
Jacere me credo, cum prostratis fratribus et me prostravit: affectus (Serm. de Laps.).
Nécessité de la modestie.
La modestie révèle l’intérieur de l’homme.
ue dans tous nos mouvements , dit saint Augustin , il n’y ait
rien qui blesse le regard de qui que ce soit, rien qui n6
soit conforme à la sainteté du chrétien : Zn omnibus motibus nostris , ml fiat quod cujuspiam offendat aspectum , sed quod nostram deceat sanctilatem (Regul. 3).
Que votre modestie soit connue de tous les hommes , dit le grand Apôtre : Modestia vestra nota sit omnibus hominibus (Philipp. 1v. 5). Que tout ce qui est vrai, dit-il encore, tout ce quiest pur, tout ce qui est juste , tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable , tout ce qui donne une bonne renommée, tout ce qui appartient à la vertu et qui mérite la louange se trouve en vous : Quæcumque sunt vera, quæcumque pudica, quecumque justa, quæcumque sancla, quæcumque amabilia, quæcumque bonæ famæ, si qua virtus, si qua laus disciplinæ, hœc cogitate (Philipp. 1v.8 ).
Composez votre maintien, votre voix, votre visage, votre démarche de telle sorte que cela plaise à Dieu, vous honore, et édifie le prochain, dit saint Ambroise : Sic habitum , vocem, vultum ; gressum compone, ut deceat Deum, ut te ornet, ut proximum œdificet (De Pudicit. ). I1 faut, dit ailleurs ce grand évêque, il faut garder la modestie, même dans les mouvements , Les gestes et les allures : £st in ipso motu , gestu, incessu tenenda verecundia (Lib. I Offic., c. XXHT).
L'impudicité d’une femme se lit dans la hardiesse de ses regards , dit la sainte Ecriture : Fornicatio mulieris in extollentia oculorum (Eceli. xxvr. 42). Il est donc indispensablement nécessaire de s’attacher à acquérir et à conserver la modestie des yeux.
Houevss ne Sainr-Vicror dit : Par l'attitude du corps on connaît l’état de l'âme ; les mouvements du corps sont donc en quelque sorte la voix qui manifeste les pensées et les affections de l’homme : Æabitus mentis in corporis statu cognoscitur; itaque vox quædam antmi est corporis motus ( De Modestia ).
La sagesse del’hommeéclatesur son visage, dit l’Ecclésiaste : Sapientin hominis lucet in vultu ejus (vu. 1 ). Or, cela arrive de trois manières : lo l'âme, par une sympathie naturelle, se montre et imprime
ses passions et ses affections dans le maintien du corps et surtout dans les traits du visage... ; 2 la sagesse, c’est-à-dire la prudence et la modestie, donnent certaines habitudes, non-seulement à lâme, mais même au corps , et principalement au visage; elles lui impriment un cachet de gravité , de piété, de sérénité et de beauté qu’on ne peut s'empêcher de remarquer...; 3 la sagesse éclate sur le visage, parce que Le Saint-Esprit habitant Pâme et Véclairant , répand sa lumière et sa beauté sur le visage et sur le corps entier ; c’est ainsi que la lumière d’une lampe pénètre le verre qui l’enveloppe et resplendit au dehors.
On connaît un homme à sa tenue , et à l’aspect de son visage on discerne sa prudence, dit l’Ecclésiastique : Ex visu cognoscitur ver, et ab occursu faciei cognoscitur sensatus (xIx. 26).
Le vêtement et le rire de l’homme, ainsi que la manière dont il se présente, font connaitre ce qu'il est, dit encore l’Ecclésiastique : Amictus corporis, et risus, et ingressus hominis enuntiant de lo (xx. 27 ).
Le visage et les yeux sont le miroir de l’âme. Comme ils indiquent la joie, la tristesse , l'amour ou la haine, ils marquent aussi la candeur , la modestie , la ruse et l'hypocrisie... |
Dans le maintien du corps se voit l’état de l'âme, dit saint Ambroise ; c’est par lui qu’on peut juger du plus ou du moins de légèreté, d’orgueil, d’incontinence ; ou au contraire du plus ou du moins de gravité, de fermeté, de pureté et de maturité de l’homme qui se cache au fond de notre cœur (4).
Toute affection et tout mouvement de l’âme , dit Cicéron , a reçu de la nature une expression de visage , un son de voix et une impression qui lui sont propres : le visage est l'image de l’âme : Omnis motus animi, Suum quemdam à natura habet vultum, et sonum, et gustum : anümi imago vultus est (Lib. II de Orat.).
Vorcr les marques de la modestie, dit Aristote: la gravité des allures et des mouvements, la réserve et la prudence des paroles ; un ton de voix modéré exprimant la bonté et la douceur, l'œil content, baissé , jamais trop ouvert ni trop fermé (Physiogn., 6. NT).
(1) Habitus mentis in corporis statu cernitur. Hine homo cordis nostri absconditus, aut levior, aut jactantior, aut turbidior; aut e contra, gravior, et constantior, et purior, et maturior æstimatur (Lib. I Offic., ©. xviut).
Quelles sont les marques de la modestie.
Modèles de mpdestie.
Beauté, excellence et avantages de la modestie,
L’avreur de la Vie de saint Bernard (lib. WE, c. 1) fait le portrait suivant de ce grand homme et de ce grand saint : Une certaine grâce toute spirituelle apparaissait dans sa personne ; un doux éclat qui n’avaif rien de terrestre, mais qui venait du ciel, brillait sur son visage ; une pureté angélique et une simplicité de colombe apparaissaient dans ses yeux, La beauté de son âme était si grande qu’elle se manifestait au dehors par des signes très-visibles ; et son extérieur était abondamment pénétré de la plénitude de pureté et de grâce qui linondait.
Saint Malachie , évêque d'Irlande, se distinguait par une admirable modesties Il ne remuait aucun membre sans raison , dit saint Bernard, entre les bras duquel il mourut à Clairvaux : Mullum mermbrum sine ratione movebat (In ejus vita).
Saint Lucien, prêtre et martyr, convertit un grand nombre d’infidèles uniquement par son aspect modeste, joyeux et pieux. L'empereur Maximien ayant ouï dire que le visage de Lucien était si modeste et inspirait tant de vénération, que s’il le voyait une seule fois, il serait tenté de se faire chrétien, ordonna qu’on le couvrit d’un voile avant de le faire comparaître en sa présence (Baronius, Aist. Fccles.).
Dans fous les siècles et dans tous les lieux les justes et les saintsse sont fait remarquer par une grande et constante modestie... Que ne les imitons-nous !.…
Qu’esr-ce que la rose? c’est la pourpre du printemps. Qu'est-ce que la modestie? c’est la pourpre des vertus...
Euripide appelle la modestie le don le plus beau que les dieux aient fait aux hommes : Donum pulcherrimum deorum (In Medea).
Le don le plus beau pour une femme, dit saint Chrysostome, c’est le silence , la modestie et l'habitude de la tranquillité et de la retraite : Feminæ pulcherrimum donum est silentium ; et modestia, et inlus tranquilla manere (Homil. ad pop. ).
La modestie est la fleur qui doit orner la jeunesse...
La modestie ne cesse de régler les paroles, la démarche , le mainlien , les mouvements et les gestes...
Socrate engageait ses disciples à acquérir trois choses : 4° un esprit prudent; 2 une langue amie du silence ; Jo un visage et un extérieur modestes (Anton, in Meliss. }
La modestie est si belle, si aimable et si précieuse, surtout dans les femmes et dans la jeunesse, qu’elle s’attire les louanges, le
respect et l'affection de tous les hommes, On rend une espèce de culte aux personnes vraiment et constamment modestes. La modestie est la plus belle fleur de l’âme et du corps; c’est la rose et le lis réunis ensemble; c’est un nouveau paradis terrestre. Une femme modeste est chérie de Dieu, il la visite et la comble des faveurs les plus signalées... ; elle fait le bonheur de son mari et la gloire de ses parents , de la société et de la religion...
La modestie, dit saint Bernard , est la perle des mœurs, la verge de la discipline, la sœur de la continence , la lampe de l'âme chaste; elle fait disparaître le mal , elle propage la pureté; elle est la gloire spéciale de la conscience, la gardienne de la réputation, l’honneur de la vie, le siége de la force, les prémices des vertus, ce que la nature a de plus louable , et l’ornement de tout ce qui est honnête. Si la pudeur vient à colorer les joues de son vermillon , quelle grâce et quel charme ne répand-elle pas sur Le visage! (1)
La modestie gouverne l’âme et le corps , dit encore ce grand docteur; elle empèche le front de s’enorgueillir; elle détruit Vair farouche, règle le visage, enchaïne les regards, arrête Les trop grands éclats de rires , modère la langue , met un frein à la bouche, calme la colère et ordonne la démarche ( De Modo bene vivendi, c. 1x).
La modestie conduit à la crainte du Seigneur, à la richesse , à la
gloire et à la vie, disent les Proverbes : Finis modestiæ timor Domini, divitiæ, gloria et vita (xxn. 4).
Voilà les magnifiques récompenses accordées à la modestie...
La modestie doit soumettre à ses lois les yeux, les oreilles, les paroles , le visage, les pieds, les mains, le maintien, les mouvements , la marche , etc... Elle doit régner sur l’âme, l’intelligence, la volonté , l'esprit et le cœur...
La modestie purement extérieure ne suffit pas ; la modestie intérieure seule ne suffit pas non plus : il faut que l’une accompagne Pautre.…….
Les moyens d'acquérir la modestie sont : 10 la présence de Dieu. ; 2o Ja vigilance sur les sens, surtout sur les yeux...; 3° l’humilité.….. ;
(1) Verecundia est gemma morum, virga disciplinæ, soror continentiæ , lampas pudicæ mentis, expuntrix malorum et propagatrix puritatis, specialis gloria conscientiæ et famæ custos, vitæ decus, virtutis sedes, virtutum primitiæ, naturæ laus et insigne totius honesti. Rubor ipse genarum, quem forte invexerit pudor, quantum gratiæ et decoris suffuso afferre vultui solet! (Serm. Lxxxvi in Cant.)
La modestie doit être intérieure
et extérieure,
Moyens d'acquérir la modestie,
814 MOLESTIE.
49 la pudeur... ; 8° la douceur : la première de ces vertus, c'est-àdire l’humilité, est la mère de la modestie, la seconde est sa fille, et la troisième, sa sœur... ; Go la fuite des dangers : fuyez la compagnie des jeunes gens déréglés, dit saint Jérôme, ne vous exposez pas en public; ne fréquentez que des personnes sages, pieuses et chastes (Æpist.).… ; To éviter la vanité... ; 8° prendre Marie pour modèle...
( Voyez Pureté , Bon exemple.)
of, dit J. G. à ses apôtres, ‘je prierai le Père, et il vous don-
nera le Paraclet (1) pour qu’il demeure avec vous toujours,
l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne lé connaît point. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera en vous et sera en vous (2).
J. G. oppose le Saint-Esprit, qui est l’esprit de vérité, à l’esprit du monde, qui est l’esprit de mensonge... J. C. dit que le monde ne peut recevoir le Paraclet, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point. C’est déclarer que le monde est rempli d'erreurs et de ténèbres. Or, J. C. est un juge qui ne se trompe pas...
Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, leur dit : Pour nous, nous n'avons point reçu l'esprit du monde , mais l'esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu-nous à faits : Nos, non spiritum hujus mundi accepimus, sed spiritum qui ex Deo est, ut sciamus que a Deo donata sunt nobis (1. m1. 43). L'esprit du monde ne connait donc pas les dons de Dieu ; il est donc dans l'erreur. .….
Le monde est tellement dans l’erreur, qu’il prend la vérité pour le mensonge ; le bonheur pour le malheur, les vraies richesses pour la pauvreté, la mort pour la vie, et réciproquement. C’est ce que dit saint Augustin : Tout ce que le monde regarde comme une croix, je le regarde moi-même comme quelque chose de délicieux ; et ce que le monde déclare délicieux , je le tiens pour une croix : Quæcumque mundus reputat crucem, ego delicias reputo ; et que mundus delicias, ego repüto crucem (Lib. de Civit.).
[ls ont erré dans la solitude, dit le Psalmiste, dans une terre sans eau , et ils n’ont point trouvé le chemin de la cité habitable : £rraverunt insolitudine, in inaquoso : via civitatis habitaculi non invenerunt (avr. 4).
Livré à son jugement pervers , le monde, dit saint Grégoire,
(1) Ce mot signifie consolateur.
(2) Et ego rogabo Patrem, et alium Paracletum dabit vobis, ut maneat vobiscum in æternum; spiritum veritatis, quem mundus non potest accipere, quia non videt
eum, nec scit eum. Vos autem cognoscetis eum, quia apud vos manebit, et in vobis erit (Joann, x1v. 16, 17).
Le monde est plein d'erreurs et de mensonges,
préfère le trouble à la tranquillité, ce qui est dur à ce qui est doux, ce qui est pénible à ce qui est facile, ce qui passe à ce qui est éternel, ce qui est suspect à ce qui est sûr : Perversi judicio, perturbata trangullis, dura lenibus, aspera mitibus , transitoria œternis, suspecta securis , anteponunt (Lib. Moral. ).
Tout ce que le monde loue mérite le blâme ; ce qu’il blâme est digne de louange; ce à quoi il pense est vanité; ce qu'il oublie est excellent; ce qu’il dit est faux; ce qu’il condamne est bon 3 ce qu'il approuve est mauvais; ce qu'il vante et glorifie est infâme.……..
IL n’y a sur la terre, dit le prophète Osée, ni vérité, ni miséricorde, ni science de Dieu : Mon est veritas, et non est misericordia , ct non est scientia Dei in terra (1v.1).
La vie du monde, dit saint Augustin, est une vie misérable, ténébreuse, pleine de péchés et d’orgueil (Medit., e. xix).
O0 monde, 6 traître, s’écrie un célèbre auteur, tu promets tous les biens, et tu ne donnes que maux; tu promets la vie, et tu donnes la mort; tu promets la joie, et tu fais naître le chagrin; tu promets le repos, et tu n’engendres que trouble; tu promets dés fleurs > Mais elles se fanent soudain ; tu promets la solidité, mais tu chancelles et
tu tombes! Malheur à celui qui se fie à toi; heureux celui qui te résiste ; plus heureux encore celui qui te quitte sans blessure ! Que tous les hommes prennent la parole; que le vieux père Adam se lève avec sa nombreuse famille > t que tous disent s’ils ont eu, dans ce monde de déception, quelque joie sans tristesse, la paix sans la discorde , le repos sans la crainte, la santé sans la maladie, la lumière sans les ténèbres, le pain sans le travail , le rire sans les larmes. O monde impur! habiter avec toi et n’être pas trompé, abreuvé d’amertume, c’est impossible ; espérer en toi et ne pas trembler, c’est folie; t'aimer et ne pas périr, e’est ce qui ne s’est jamais vu ! Et ce monde qui passe, qui nous leurre, qui nous agite, nous l’aimons; il nous fait défaut, et nous l’appelons fidèle ; il nous tue, il est lui-même la mort, et nous le désirons comme la vie. O monde séducteur , ton miel etta douceur n’est que fiel, que joie trompeuse, que douleur certaine , que travail accablant, que repos inquiet; tu es plein de misères, tu n’as pas de bonheur à faire espérer (Auctor. serm. ad frat. in eremo, serm. xxx).
Aïnsi les erreurs et les mensonges abondent dans le monde ; ou plutôt, lemonde n’est qu'erreur et mensonge...
MONDE: 317 Dans le Verbe était la vie, dit l'évangéliste saint Jean , et la vie était la lumière des hommes; et la lumière luit dans les ténèbres , et les ténèbres ne l’ont point comprise : Zn ipso vita erat , et vita crat lux hominum ; et lux in tencbris lucet, et tenebræ enm non comprehenderunt (1. 4.5), Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monte. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l'ont point recu (1).
J. C. s'adressant à son Père , dit : Père saint, le monde ne vous à pas connu : Pater sancte, mundus te non cognovit (Joann. xvir. 25),
L'homme animal, dit le grand Apôtre, ne perçoit point ce qui est de l'esprit de Dieu; pour lui c’est folie, etil ne le peut comprendre , parce qu’on en juge par l'esprit : Animalis homo non percipit ea quæ sunt spiritus Der, stultitia enim est illi, et non potest intelligere , quia spiritualiter examinatur (1. Cor. 11. 14). N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde, dit saint Jean : Nolite diligere mundum, neque ea quæ in mundo sunt (1. 11. 15). Ceux qui aiment le monde sont aveugles et insensés; ils préfèrent ce qui passe à ce qui est stable, ce qui périt à ce qui est éternel , la terre au ciel, l’homme à Dieu , le créé à l’incréé. C’est pourquoi , ils passent eux-mêmes avec les bagatelles auxquelles ils se sont attachés ; ils meurent et deviennent la proie de l’enfer.….
Que préférez-vous , dit saint Augustin, ou d’aimer les choses temporelles et de passer avec le temps, ou de ne pas aimer le monde , et de vivre éternellement avec Dieu : Quid vis, utrum amare temporalia, et transire cum tempore ; an mundum non amare , et in œternum vivere cum Deo (Epist. xxxvi).
Celui qui est plus grand que le monde, ne peut rien demander au monde, dit saint Cyprien : Nihil appetere de seculo potest , qui seculo major est (Serm. in Orat. Dom.).
L'amour du monde , dit saint Augustin , mène à tous les péchés : Ad omne peccatum amor ducit mundi (Epist. xxxvi). C’est une grande ignorance et un grand avéuglement que de s’attacher au monde, qui n’est que ténèbres et ignorance...
Considérez la vie des mortels qui aiment le monde, dit saint Paulin; vous les verrez tout semblables à la bête de somme qui, les
(4) Erat lux vera quæ illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit, In propria venit, et sui eum non receperunt (Joann. 1. 9-11).
Le monde n’est qu’er reurs, parce
qu'il est plongé dans l'ignorance et l’aveuglement.
Dangers du monde.
yeux couùvéits d'un bandeau, tourne sans cesse une meule. Livrés à l'erreur de leurs sens, ayant les yeux de l’esprit voilés par Pimpureté de leur vie, ils tournent sans cesse trainant un écrasant fardeau , et après une douloureuse existence , ils finissent par une mort malheureuse (Æ'pist. ad Sever. ).
Le monde, dit saint Bernard, a ses nuits, etelles sont nombreuses . Que dis-je le monde a ses nuits! Mais il n’est lui-même que nuit, et se trouve constamment plongé dans les ténèbres? Æabet mundus moctes suas, et non paucas. Quid dico, quia noctes habet mundus , cum pene totus ipse sit nox, et totus semper versetur in tenebris ? (Serm. LXXY. )
La terre les a dévorés, dit l’Ecriture : Devoravit eos terra (Exod. xv. 12), La terre , dit Origène, dévore encore aujourd’hui Îles mondains impies, ces hommes qui ne pensent qu’à la terre, qui n’agissent que pour la terre, qui ne parlent que de la terre , qui s’arrachent les biens de la terre, qui ne désirent que la terre et qui mettent en elle leur espérance. Ils ne lèvent jamais leurs regards vers le ciel, ils ne songent point aux choses futures, ils ne craignent pas les jugements de Dieu, et ne désirent point le bonheur qu'il nous à promis. Si vous voyez un de ces hommes, dites : La terre la dévoré : Devoravit eum terra. Si vous apercevez quelqu'un qui se livre à l’impureté et aux voluptés du corps, quelqu'un sur lequel l'esprit n’ait pas d’empire, mais qui soit devenu le jouet de ses passions, dites : La terre l’a dévoré : Devoravit eum terra (1). Bientôt la mort et l’enfer les dévoreront à leur tour... Le Prophète royal a bien caractérisé le monde aveugle, en l’appelant une terre d’eubli: Terra oblivionis (Lxxxv1. 13). Tout en effet y est oublié : Dieu, sa loi, la religion, les bonnes œuvres, le salut, la fin de l’homme, la vie, la mort, l'éternité... Tout y est oublié, excepté le mal...
Je crains, dit saint Paul aux Corinthiens , je crains que comme le serpent séduisit Eve par son astuce, ainsi nos pensées ne se corrompent et ne s’éloignent de la simplicité qui est dans Le Christ (IL. 11. 3). Les pensées se corrompent sous l’influence du monde. J’ai été en voyage souvent, dit ailleurs le grand Apôtre, dans les périls de fleuves,
(1) Impios etiam hodie terra devorat : qui semper de terra cogitant, terrena faciunt, de terra loquuntur, liligant, terram desiderant et in ea spem suam ponunt, ad cœlum non respiciunt, futura non cogitant, judicium Dei non metuunt, nec promissa ejus desiderant; talem cum videris, dicito : Devoravit eum terra, Et si quem videris luxuriæ et voluptatibus corporis deditum, in quo nihil animus valet, sed totum libido possidet, dicito : Devoravit eum terra. ( Comment. in Exod.).
MONDE. 319 périls de voleurs, périls de la part de ma nation, périls de la part des gentils, périls dans la ville, périls dans le désert, périls sur mer, périls parmi les faux frères : Zn ifineribus sæpe, periculis fluminum , periculis latronum, periculis ex genere, periculis ex gentibus, periculis in civitate , periculis in solitudine, periculis in mare, periculis in falsis fratribus (IH. Cor. xt. 26). Voilà le portrait et l'emblème des dangers du monde...
Tout dans le monde , dit saint Léon , est plein de dangers et de piéges : les passions excitent, l'attrait des plaisirs tend des embüches, les gains flattent, les pertes abattent, les langues sont amères : Plena omnia periculis | plena laqueis : incitant cupiditates , insidiantur illecebræ , blandiuntur lucra, damna deterrent, amaræ sunt obloquentium linguæ (Serm. vi. de Nativ. Christi). Heureux, dit saint Bernard, heureux l’homme qui ne poursuit pas les biens du monde, qui sont un fardeau pour celui qui les possède, qui souillent ceux qui les aiment et dont la perte déchire : Beatus qui post illa non abiit, quæ possessa onerant , amata inquinant , amissa cruciant (Epist. cit).
L’apô tre saint Jean peint en quelques mots, etavec des couleurs bien vives, les dangers du monde : Tout ce qui est dans le monde, dit-il, n’est que convoitise de la chair, convoitise des yeux.et orgueil de la vie : Omne quod est in mundo, concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum , et superbia vitæ (1. 11. 12).
Personne, dit saint Jérôme , ne met le pied avec sécurité parmi les serpents et les scorpions; et vous, vous croyez rencontrer la paix dans le monde, sur cette terre qui se couvre de ronces et d’épines, et dont le serpent qui séduisit Eve fait sa nourriture : Nemo inter serpentes et scorpiones securus ingreditur : tu pacem arbitraris in terra quæ tribulos generat et spinas et quam serpens comedit | (Gen. 11. 14. © — Epist.)
Le monde est le séjour des douleurs, une école de vanité, une place publique où circulent des imposteurs... Toutes les fois que Démocrite sortait de sa maison et allait parmi les hommes, il riait ; en pareille circonstance, Héraclite pleurait. On leur demanda pourquoi ils se conduisaient ainsi ? ils répondirent, l’un qu’il riait, autre qu’il pleurait à cause de la vanité, des frivoles occupations, des soucis et des recherches des hommes (Plutarch.).
Toutes les fois que j'ai été parmi les hommes, j'en suis revenu moins homme , dit l’auteur de l’/Zmitation de J.C. : Quotes inter homines fui; minor homo redi (c. xx).
Ecoutez Sénèque parlant à Lucilius : Vous me demandez ce que
Fausse sagesse du monde,
vous devez éviter? la foule. Vous ne vous abandonnerez jamais impunément à elle. Quant à moi, j'avoue ma faiblesse, je n’en sors jamais avec les bonnes habitudes que j’y ai portées. Je reviens plus avare, plus ambitieux, plus enclin au luxe et aux plaisirs; le dirais-je ? plus cruel et plus inhumain, et tout cela parce que je me suis trouvé au milieu des hommes (1).
Nul d’entre vous, dit Sénèque, ne peut résister au mouvement impétueux des vices qui arrivent avec un si terrible et si nombreux cortége. Un familier habile énerve et amollit peu à peu ; un voisin riche irrite la convoitise ; un mauvais compagnon communique ses vices même au plus candide ( Æpist. ad Lucil.).
Quelques personnes me suffisent, dit Démocrite; une est assez, et ilne met déplait pas d’être seul : Satis mthi sunt pauci; salis est unus, satis est nullus (Plutarch. ).
La sagesse de ce monde est folie devant Dieu, dit le grand Apôtre : Sapientia hujus mundi stultitia est apud Deum (1. Gor. m1. 19 ).
1° La sagesse du monde est folie; car avec sa prétendue sagesse , le monde ne goûte pas les vérités du salut et les choses divines..….
20 Elle est folie ; car Dieu n’a pas voulu s’en servir pour annoncer l'Evangile et le faire triompher; mais il a pris pour apôtres des hommes qui y étaient complétement étrangers. C’est ce que dit saint Paul : Il est écrit : Je perdrai la sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents. Où est le sage ? où est le docteur? où est le conquérant de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas changé en folie la sagesse de ce monde? Parce que dans la sagesse de Dieu, le monde n’a point connu Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui. Les Juifs demandent des prodiges et les Grecs cherchent la sagesse. Quant à nous, nous préchons le Christ crucifié, le Christ scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs; mais pour les élus, Juifs et Grecs, la vertu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage et sa faiblesse plus forte que les hommes. Car voyez, frères, ceux qui sont appelés parmi vous : 1l y a peu de sages selon la chair, peu de puissants, peu de
(1) Quid tibi vitandum præcipne existimem, quæris? turbam. Numquam illi tuto ie commiseris. Ego certe confiteor imbecillitatem meam, nunquam mores quos extuli, refero. Avarior redeo, ambitiosior, luxuriosior; imo vero crudelior et inhuwahior, quia inter homines fui ( Epist.),
nobles; mais Dieu a choisi ce que le monde a de simple pour confonire les sages ; ce qu’il y a de faible, pour confondre les forts; ce qu'il a de bas, de méprisable, et ce qui n’est pas, pour détruire ce qui est (I. Cor. 1. 19. 98).
3° La sagesse du monde est folie; car souvent cette sagesse est opposée aux dogmes, à la morale et aux œuvres de la foi. Voulant tout comprendre et tout expliquer par les seules lumières de la faible et aveugle raison, elle nie la révélation , Pincarnation, la - rédemption , et plusieurs autres points de la doctrine chrétienne? Dieu à parlé, elle nie ce fait... Dieu a ordonné de croire à tel et tel mystère , elle le nie encore... Elle va jusqu’à nier Dieu... Et quelle est la sagesse du monde appliquée à la morale et à la conduite ? Le monde n’enseigne-t-il pas une morale contraire à la morale de J.C.? J. C. dit : Heureux les pauvres ; heureux ceux qui pleurent; heureux ceux qui ont le cœur pur; heureux ceux qui souffrent! (Matth. v. ) Le monde dit : Heureux les riches; heureux ceux qui rient; heureux ceux qui se plongent dansles plaisirs impurs; heureux ceux qui n’ont rien à souffrir! Voilà deux morales bien contraires. Qui est-ce qui se trompe, de J. C. ou du monde? Ah ! l’on connaît l’arbre à ses fruits. Voyez quelle différence existe entre le sage selon J. C., et le sage selon le monde...
Tous les philosophes, qui se sont vantés de connaître seuls les principes de la sagesse et qui ont voulu les enseigner, n’ont fait que des dupes et des malheureux; ils ont entassé des ruines. Leur sagesse n’a été qu’une dangereuse folie et un fléau public. Se disant sages , ils sont devenus insensés, dit le grand Apôtre : Dicentes se esse sapientes; stulti facti sunt (Rom. 1. 22 ).
Je vous laisse la paix, dit J. C. à ses apôtres, je vous donne ma paix; je vous la donne non comme le monde la donne : Pacem relinquo vobis | pacem meam do vobis : non quomodo mundus dat, ego do vobis (Joann. xrv. 27). |
Jamais le monde n’aura la véritable paix de l'âme; car 1° il fuit ce qui la lui donnerait : la pratique du bien, lobéissance à la loi de Dieu. ; 2 ilcherche ce qui la détruit: les richesses , les honneurs, la volupté, la satisfaction de sa volonté qu’il met à la place de celle de Dieu.
Le Seigneur ne se trouve pas dans l'agitation et le tumulte, dit l'Ecriture : Non in commotione Dominus (\I. Reg. xx. 11). Or, le
ll. 21
Il n'y a pas de paix pour le monde.
Vie criminelle et corrompue du monde.
monde ne cesse d’être dans cet état; il n’a donc point la paix , nile Dieu de la paix... |
IL n°y a pas de paix pour les impies, dit le Seigneur : Mon est pax impüis (Isa. xLvnr. 22). Or, se rencontre-t-il des hommes pieux engagés dans les rangs du monde?
Écoutez saint Paul :
Plusieurs, je vous l’ai dit souvent, et je vous le redis en pleurant, plusieurs marchent en ennemis de la croix du Christ; leur fin sera la perdition; ils se sont fait un Dieu de leur ventre ; ils se glorifient dans leur propre honte, et ils n’ont de goût que pour les choses de laterre : Multi ambulant quos sæpe dicebam vobis nunc autem et flens dico, inümicos crucis Christi : quorum finis interitus ; quorum Deus venter est ; et gloria in confusione ipsorum ; qui terrena saptunt (Philipp. ur. 48. 19). k
Le monde est adultère, et celui qui aime le monde l’est aussi; car, en donnant son âme au monde, il l’enlève à J. C. dont elle devrait être l’épouse..…. Au lieu de s'appliquer à connaitre, à aimer et à servir Dieu , les mondains s’efforcent de connaître, d’aimer et de servir le monde. Pour lui plaire, ils méprisent la loi de Dieu et Dieu lui-même...
Sodôme a été le type du monde; et comme Lot s’éloigna de cette ville, nous devons nous éloigner du monde, si nous ne voulons être compris dans ses châtiments.
Comment le monde ne serait-il pas corrompu, puisque , d’après l’apôtre saint Jean , tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair , convoitise des yeux, et orgueil de la vie (1. m1. 16). Le monde, dit encore cet apôtre, gît tout entier dans le mauvais : Mundus totus in maligno positus est (I. v. 19).
40 Le monde, les mondains, appartiennent au mauvais: ils sont opprimés par le misérable et tyrannique pouvoir du démon; courbés sous son sceptre , ils mènent une vie impure , souillée, criminelle, scandaleuse et diabolique. 2 Ils appartiennent au mauvais, parce qu'ilsse trouvent livrés à la malice du péché et sont la proie de la brülante concupiscence, qui les sollicite et les porte à tous les crimes... 3° Le monde appartient au mauvais, parce que tous les hommes nais: sent dans le péché... 4° Il appartient au mauvais, c’est-à-dire aux ténèbres, aux écueils; il occupe un lieu étroit, dangereux, semé de précipices..…. Cette expression signifie aussi que les mondaïns ont un cœur mauvais, stérile , sémblable à un terrain couvert de pierrés
MONDE: 393 et de ronces, qui ne produit aucun bon fruit et que la culture n’améliore pas. Ils ont un cœur mauvais, c’est-à-dire dur, morose : avare, qui ne se donne jamais à Dieu , qui ne fait rien pour l’attirer et le recevoir; un cœur ennemi de la justice, astucieux , animé de sentiments diaboliques….. Le monde, dit le Prophète royal, s’est enfoncé dans la mort qu’il a préparée : /nfixe sunt gentes in interitu quem fecerunt (1x. 16).
L'amour du monde mène à tous les vices, à tous les excès...
Celui-là se trompe, qui croit pouvoir connaître la vérité, tandis qu'il vit dans l'iniquité, ditsaint Augustin; or, vivre dans l’iniquité , c’est aimer le monde, c’est attacher un grand prix à ce qui nait et qui passe, c’est le désirer, travailler à se le procurer, se réjouir de l’avoir en abondance, craindre de le perdre et s’afiliger lorsqu'il est perdu (1).
La terre que nous avons parcourue dévore ses habitants, dirent les envoyés de Moïse à ce chef du peuple de Dieu : nous y ayons vu des monstres : Terra quam lustravimus devorat habitores suos ; ibi vidimus monstra (Num. xiu. 33-34). Ainsi pourraient parler à bien plus juste raison ceux qui ont étudié le monde et qui savent ce qui S'y passe.
Saint Bernard appelle le monde : une étable, le chemin que suivent les pécheurs, une prison, la demeure de Satan, une nuit épaisse , un champ d’épines , une croix; il ajoute qu’on ne peut s’y fier ; que le monde aime le néant; qu'il est mu par le souffle de la vanité, et qu'il est l’ennemi de Dieu (2).
Le monde est tellement porté au crime qu’il dénature tout, qu'il corrompt tout. Il attaque les dogmes sacrés de la religion par ses doutes et ses négations.…. [l corrompt la morale par: ses enseignements contraires à la vertu et aux mœurs... Il foule aux pieds le culte en le méprisant, et en ne donnant aucun signe de foi et de Dei...
Le blasphème, le mensonge, l’homicide, le vol, l’adultère, ont inondé la terre, et le sang s’y est mêlé au sang, dit le prophète
(1) Errat quisquis putat veritatem se posse cognostere, cum adhuc nequiter vivat. Nequitia autem est mundum istum diligere ,. et ea quæ nascuntur et transeunt pro magno habere, et ea concupiscere, et pro his laborare ut acquirantur , et lætari cum abundaverint, et timere ne pereant, et contristari cum pereunt ( De Morib.).
(2) Stabulum, viam peccatérum, carcerem, atrium diaboli, noctem; plenum spi= ns, crucem, infidum, äamantem nihil, vento vänitatis impulsum, inimicum Dec (Serm. in Psal.).
Combien le monde est traître et cruel.
Osée : Maledictum, et mendacium, et homicidiun; et furlum, et adulte: rium inundaverunt, et sanguis sanguinem tetigit (IV. 2).
Les mondains, dit la Sagesse, ont immolé leurs enfants, ils se sont livrés à des sacrifices ténébreux, ils ont des veilles pleines de folie. Ils ne respectent plus la vie de ceux qui sont à naître, ni la sainteté du lit nuptial; ils se tuent par jalousie ou se contristent par l’adultère. Tout est mêlé et confondu, le sang, le meurtre, le vol, la fourberie, la corruption, l’infidélité, le trouble, le parjure, la persécution des justes, l’oubli de Dieu, la souillure des âmes, l’avortement, le désordre dans le mariage, et les dissolutions de l’adultère et de l’impudicité. Leurs joies sont de la folie ; ils émettent des prédictions que l'événement ne confirmera jamais ; ils vivent dans l’mjustice et se hâtent de se parjurer.…... Maïs la peine du péché accompagne toujours la prévarication des méchants (1). ;
Saint Anselme étant un jour ravi en extase, vit un fleuve immense , d’une rapidité sans exemple, dans lequel roulaient toutes les immondices de la terre; tellement qu'il était impossible de trouver rien d'aussi fétide, d'aussi empoisonné, d'aussi dégoûtant. Et ce fleuve était plein d'hommes, de femmes, de riches, de pauvres, que ses eaux noires et bourbeuses avaient surpris, saisis, et qu’elles faisaient rouler comme des pierres; ét tous se nourrissaient de cette fange infecte, et buvaient de cette eau de cloaque , à satiété, et s’en délectaient. Le saint ayant demandé quels étaient cet abominable fleuve et ceux qui le remplissaient, il lui fut dit que ce fleuve était le monde , et que ceux qui s’y trouvaient plongés étaient les amateurs et les adorateurs du monde ( Surius, in us vita).
Lx monde, dit saint Cyprien, sourit pour sévir,, il flatte pour trom< per, il caresse pour tuer, il élève pour abaisser; comme sl voulait recueillir une sorte de bénéfice de lexercice du mal, il prélève én tourments sur les siens une usure d'autant plus forte qu’ils ont reçu plus d’honneurs et de dignités (2).
(1) Filios suos sacrificantes, aut obscura sacrificia facientes , aut insaniæ plenas vigilias habentes, neque vilam, neque nuptias mundas jam custodiunt; sedalius alium per invidiam occidit, aut adulterans contristat : et omnia commista sunt , sanguis, homicidium, furtum et fictio, corruptio et infidelitas, turbatio ct perjurium, tumultus bonorum, Dei immemoratio, animarum inquinatio, nativitatis immutatio, nuptiarum inconstantia, inordinatio mœchiæ et impudicitiæ..…, Dum lætantur, insaniunt: aut certe vaticinantur falsa, aut vivunt injuste, aut pejerant cito.….. Sed peccantium pœna perambulat semper injustorum prævaricationem ( Sap. x1v, 23-98. 31).
(2) Arridet mundus ut sæviat, blanditur ut fallat, illicit ut occidat, extollit ut
Tout, dans l'amour du monde, est nuisible, dit saint Léon: /n dilectione mundi cuncta sunt noxia (Serm. v de Jejun.).
Le monde est tout plongé dans la malice des trahisons et des cruautés, dit saint Jean (I. v. 19). Il trahit par les biens, par les honneurs, par les plaisirs qu'il procure, par ses promesses, ses éloges, ses flatteries , et même par ses menaces... Il n’a jamais fait que des dupes, des malheureux , des victimes... Le monde, c’est la sirène qui chante, qui attire et qui endort, afin de conduire à l’écueil.... Il s’arme d’appâts et de hamecons empoisonnés pour faire goûter au crime et exterminer..….
De deux choses l’une, dit saint Augustin , ou le monde se joue de nous , ou nous nous jouons de lui ; ou il nous méprise, ou nous le méprisons : /ste mundus, aut ridet nos, aut irridetur a nobis ; aut despicimur , aut contemnimus (Serm. Lv de Temp.).
Le monde est le séjour des imposteurs et des traitres..….
0 siècle méchant et cruel, s’écrie saint Bernard, Ô siècle qui ne sait rendre heureux ses sectateurs qu’en en faisant des ennemis jurés de Dieu ! O seculum nequam, quod solos tuos sic soles beare arnicos , ut Dei facias inimicos! (Epist. avir.)
Ta demeure, à mondain , est au milieu de la ruse , dit Jérémie : Habitatio tua in medio doli (1x. 6). \
La grandeur , la richesse , la caressante volupté , voilà la trinité que reconnaît le monde, dit un poëte :
Ambitiosus honos, et opes, et blanda voluptas, Hæc tria pro trino numine mundus habet,.
Considérez l’usage affreux du monde. Il enrichit ceux-ci pour dépouiller ceux-là; sil donne à l’un, il plonge l’autre dans la misère. Celui-ci ne peut être dans l’abondance qu’autant que celuilà meurt de faim; ainsi le dernier porte envie au premier et le maudit. Le soleil n’éclaire un hémisphère, qu'après avoir plongé l’autre dans les ténèbres; une pompe n’élève une certaine quantité d’eau, qu’en en refoulant une autre : ainsi, dans lesmonde , nul ne brille sans qu’un autre rentre dans l’obscurité; nul ne s’élève, sans qu’un autre ne soit abaissé.…. |
Au contraire, Dieu est riche pour tous les hommes. Aussi le
Psalmiste dit-il du juste qui le sert : La gloire et les richesses
deprimat : fœnore quodam nocendi, quam fuit amplior summa dignitatis et honorum, tam major exigitur et usura pœnarum ( Epist, ad Donaf.).
abondent dans sa maison ; sa justice subsistera dans tous les siècles ; sa force sera couronnée de gloire : Gloria et divitiæ in domo ejus ; et Juslitia ejus manet in seculum seculi.…. Cornu ejus exaltabitur in gloria (exr, 3. 9). Et ailleurs : Espérez dans le Seigneur, et faites le bien; habitez la terre, et nourrissez-vous de ses richesses. Mettez vos délices dans le Seigneur , et il remplira les désirs de votre cœur. Appelez les regards du Seigneur sur la voie que vous suivez, et espérez en lui, et il agiva lui-même ; et il fera briller votre justice comme un flambeau, et votre innocence comme le jour à son midi (1).
La sagesse de ce monde, dit saint Grégoire, consiste à cacher par mille inventions ce que l’on a dans le cœur, à voiler ses sentiments sous des mots, à faire passer pour vrai ce qui est faux, et pour faux ce qui est vrai. Le monde nomme urbanité la perversité de l'esprit. Il invite à chercher le faite des honneurs, à se réjouir du vain éclat de la gloire qui passe, à rendre avec usure le mal que l’on a reçu des autres , à ne jamais céder à quiconque résiste. Au contraire, la sagesse des justes consiste à ne rien cacher sous de faux dehors, à se servir de la parole pour manifester sa pensée, à aimer ce qui est vrai tel qu’il est , à éviter la fausseté, à faire le bien sans espoir de récompense , à supporter le mal plutôt que de le commettre, à ne jamais chercher à se venger d’une injure et à regarder comme un gain les affronts endurés pour la vérité. Mais on tourne en ridicule cette simplicité des bons, parce que les sages du monde regardent la pureté de vie comme une folie. Ils ne manquent pas de nommer sottise toute action faite avec une intention droite (2).
Que de trahisons et de cruautés s’exercent dans le monde par la pensée , par le désir, par la parole, par les regards , les actions et les omissions!
(1) Spera in Domino et fac bonitatem, et inhabita terram, ct pasceris in divitüis ejus. Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui. Revela Domino viam tuam, et spera in eo; et ipse faciet; et educet quasi Lumen justitiam tuam, ct judicium tuum tanquam meridiem (Psal. xxxvi. 8 ).
(2) Hujus mundi sapientia est cor machinationibus tegere, sensum verbis velare, quæ falsa sunt vera ostendere, quæ vera sunt falsa demonstrare. Mentis perversitas urbanitas vocatur. Præcipit bonorum culmina quærere, adepta temporalis gloriæ vanitate gaudere, irrogata ab aliis mala multiplicius reddere, nullis resistentibus cedere. At contra sapientia justorum est, nihil per ostentionem fingere, sensum verbis aperire, vera ut sunt diligere, falsa devitare, bona gratis exhibere, mala libentius tolerare quam facere, nullam injuriæ ultionem quærere, pro veritate contumeliam lucrum putare. Sed hæc justorum simplicitas deridetur, quia ab hujus mundi sapientibus puritatis virtus fatuitas creditur. Omne enim quod innocenter agitur, ab eis procul dubio stultum putatur (Lib. X Moral., c. xxvit).
Comment le monde ne serait-il pas traître et cruel? IL promet le bonheur à tous ses sujets, et l'on ne voit parmi eux que des larmes , etc. Qu’a-t-il fait, depuis six mille ans, de ceux qui l'ont aimé? quelles récompenses leur a-t-il accordées? une vie misérable , une mort dans le désespoir, l’enfer dont les tourments sont éternels. Jamais le monde n’a sauvé une seule âme. O trahison! 6 cruauté !...
Daxs le monde , tous cherchent leurs intérêts, et non les intérêts de J. G. (qui sont aussi ceux du prochain), dit Le grand Apôtre : Omnes que sua Sunt quærunt , non quæ sunt Jesu Christi (Philipp. 1. 21). Le monde agit toujours dans son intérêt ; il ne voit que cela. La charité est entièrement morte en lui... L’égoïsme règne partout... On ne rencontre pas de désintéressement..….. On voit peu d’aumônes et peu de secours accordés au prochain... Un service rendu est souvent reproché... Les riches eux-mêmes prètent à usure, et la confiance n'existe pas...
O soucis des hommes, s’écrie saint Jérôme, à quel néant est au fond des choses! Une seule pensée donne le bonheur, c’est de penser à Dieu : O curas hominum, o quantum est in rebus inane! Una cogitatio felix est, cogitare de Domino (In Psal. xcnr).
Le monde court de désir en désir , dit Cassiodore ; voilà le cercle que les impies sont condamnés à parcourir : De desiderio in desiderium mundus currit : hic est circuitus impiorum (Tract. de Amicit.). Mon Dieu , dit le Psalmiste , infligez aux princes du monde le sort d’une roue : Deus meus, pone illos ut rotam (LXxxIT. 14 ).
Je crois , dit saint Augustin, je crois qu’on a comparé le monde à un moulin, parce qu’il est emporté par la roue du temps et qu'il broie ceux qui laiment : Molendinorum puto dictum mundum, quia rota quadam temporum volvitur, et amatores suos conterit (In Psal. XXXVI, CONC. 1).
Dans ce monde, on va, on vient, on avance, on recule; on est toujours agité; on achète, on vend, on fait des pertes; on s'afflige, on se désespère. Le monde est un marché continuel dont le démon tient la place : on lui vend son âme, il donne l'enfer en échange : tous les hommes se vendent, l’un à l’avarice, l’autre à l’orgueil, ün troisième à l’impureté; celui-ci se fait le serf de tel ou tel état, cet autre du négoce, plusieurs du barreau, un grand nombre des travaux de la terre. Tous sont rongés par les. soucis. Soucis pour le corps, oubli pour l’âme; soucis pour Le temps, oubli pour l'éternité; soucis
Egoisme du monde.
Soucis qui assiégent les hommes du monde.
Misère et esclavage (Mu monde.
pour un néant, oubli pour des devoirs sacrés et pour la seule chose nécessaire, qui est le salut...
Less liens du monde, dit saint Augustin, nous procurent une souffrance réelle et une joie qui trompe, une douleur certaine etun plaisir imcertain, une crainte accablante et un repos inquiet, la plénitude de la misère et un vain espoir de bonheur. Et c’est dans ces fers que vous introduisez vos pieds et vos mains! Les biens temporels que nous attendons ne cessent d’enflammer nos désirs, ceux qui nous arrivent nous corrompent, ceux qui passent et nous échappent nous torturent. Quand on les désire, ils brülent ; quand on les possède , ils perdent leur prix; quand on les perd, il n’en reste rien (1).
Comparée à la vie éternelle, la vie présente mérite le nom de mort plutôt que celui de vie, dit saint Grégoire : Temporalis vita, œterneæ vitæ comparata, mors est potius dicenda quam vita (Homil. Xxx vr1 in Evang.). Cette vie n'est autre chose qu’une longue mort...
Dans ce monde, partout la mort, partout des larmes, partout la désolation, dit le même Père: Ubique mors, ubique luctus , ubique desolatio. Nous recevons de toutes parts des blessures , ajoute-t-il; de toutes parts nous sommes abreuvés et rassasiés d’amertume; et cependant notre âme ,aveuglée par la convoitise de la chair, s’attache aux faux biens du monde; nous les poursuivons lorsqu'ils s’éloignent ; lorsqu'ils menacent de disparaître, nous nous attachons à eux plus fortement. El ne pouvant retenir ce qui nous échappe, nous tombons et disparaissons avec eux, lorsque le temps nous fait aussi défaut (Æomil. xxvIr1 in Evang.).
Dans la région des morts, dit saint Augustin, on ne trouve que travail, douleur, crainte, tribulation, gémissements, soupirs: /n regione mortuorum, labor , dolor, timor, tribulatio, gemitus, suspirium (In Epist.S. Jacobi). Dans le monde, dit encore ce grand docteur, on n’a que des jours mauvais; avec Dieu, ils sont tous. bons : Semper dies mali in seculo , semper dies boni in Deo (Ut supra).
Le monde est une terre inculte , sans route et sans eau, dit le Psalmiste : Terra deserta, invia et inaquosa (1x. 3).
(1) Vincula hujus mundi asperitatem habent veram , jucunditatem falsam; certum dolorem , incertam voluptatem ; durum timorem, timidam quietem; rem plenam miseriæ, spem beatitudinis inanem. His , tu ,inseras manus et pedes ? Temporalia bona non cessant nos inflammare ventura, corrumpere venientia, torquere transeun- FE 1 inardescunt, adepta vilescunt, amissa vanescunt (Epist. xxxix ad
icent. ).
- Dites aux hommes du monde de prier, de penser à leur salut; ils n’ont pas le temps, répondent-ils. O misère et esclavage !.…
Lorsou’iz a été dit au démon : Tu mangeras la terre, il a été dit au pécheur : Tu es terre, et tu retourneras en terre, dit saint Laurent Justinien. Ainsi le pécheur a été donné en nourriture au démon. Ne soyons pas terre, si nous ne voulons devenir la nourriture du serpent (1). |
Saint Bernard appelle le monde la demeure du démon : Atrium diaboli (Serm. in Psal. ).
J. C, appelle le démon le prince de ce monde : Princeps hujus mundi (Joann. xu. 3). Saint Paul le nomme le dieu de ce siècle : Deus hujus seculi (WT. Cor. 1v. 4).
Le monde est sous l'empire du mauvais, dit l’apôtre saint Jean (I. v. 19). Il est sous sa cruelle et tyrannique domination...
Le monde a pour roi, pour père, pour guide le démon; mais il l'aura aussi pour rémunérateur. En récompense de la fidélité avec laquelle les mondains ont prêté l'oreille à ses paroles, lui ont obéi, et l'ont servi, le démon leur donnera le désespoir, les flammes éternels et les grincements de dents...
Armez-vors Dieu, dit saint Augustin, vous marchez sur les eaux; la crainte que connait le monde est sous vos pieds. Aimez-vous le monde ; il vous engloutira; car il sait dévorer ceux qui l’aiment et non les porter (2).
Tous les jours du monde sont voués au malheur, dit encore saint Augustin (Serm. xLri de verbis Dom. ).
Malheur au monde, dit J. C.! Væ mundo! (Matth. xvur. 7.)
A mesure que les souffrances et les épreuves endurées pour JC augmentent, les consolations augmentent aussi. Au contraire , les souffrances et les épreuves endurées pour le monde sont du fiel sans une goutte de miel; plus elles deviennent fortes et nombreuses , plus les chagrins, les angoisses , les malheurs se multiplient et deviennent accablants.
O aveuglement! le monde ne donne que des souffrances et des
(1) Quando dictum est diabolo : Terram manducabis, dictum est peccatori : Terra es, etin terramibis. Datus est ergo in cibum diabolo peccator. Non simus terra, si nolumus manducari a serpente (Lib. de Ligno vitæ).
(2) Amas Deum, ambulas super mare; sub pedibus tuis est timor seculi. Ama seculum , absorbebit te; amatores suos vorare novit, non portare (Serm x. de verbis Dom. in Matth.).
Le démon est le roi et le tyran du monde,
Malheurs qui sont le partage du monde,
Il n'y a que l'homme souillé de vices qui aime le monde,
Ceux qui aiment le monde périront.
maux , et on l’aime; Dieu ne donne que des consolations et des biens, et on l’oublie, on le haït !.…
Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, dit le Seigneur dans l’Apocalypse! Væ, væ, væ habitantibus in terra ! (vur. 13) c’est-à-dire malheur aux hommes mondains et charnels, qui s’attachent de cœur et d’âme à la terre et aux créatures !.…
Gardez-vous , dit Eusèbe , gardez-vous de croire qu’il faille attendre quelque félicité dans l’arène du monde, où nous avons été envoyés pour combattre : Cavete ne in arena mundi, in qua ad subeundos agones misst sumus , aliquam felicitatemexspectandam putetis (In Chronic. ),
La terre pleurera; tout ce qui l’habite languira, dit le prophète Osée ; Lugebit terra, et infirmabitur omnis qui habitat in ea ( 1v. 3). IL est inutile de dire que le prophète parle ici du monde et de ceux qui ont voulu s’y préparer une demeure.
( Voyez la fin du $ Le monde est plein d'erreurs etde mensonges, p. 315.)
St le monde vous plait, dit saint Augustin, c’est que vous voulez toujours vivre dans l’impureté; s’il ne vous plait pas, puisse celui qui purifie habiter en vous, et vous deviendrez pur : mais si vous êtes pur, vous ne demeurerez pas dans le monde (1).
Aïmer ce qui souille et ce qui rend vicieux, c’est être souillé et corrompu. Le monde invite à satisfaire toutes les concupiscences et toutes les passions; il pousse à tous les excès et à toutes les iniquités; celui qui l’aime et qui l’écoute est donc dégradé, souillé, plongé dans la fange et la boue...
IL y a une grande différence entre sortir du monde et sortir de la voie du bien (2) : autre chose est d’aller à un père ; autre chose, d’aller à l'ennemi, Les Egyptiens sortirent, car en poursuivant le peuple de Dieu, ils ne demeurèrent pas en Egypte : cependant ils ne passèrent
(1) Si delectat te mundus, semper vis esse immundus : si autem jam non te delectat hic mundus, habitet in te qui mundat, et eris mundus. Si autem fueris mundus, non manebis in mundo ( Tract. xxxvit).
(2) Ici saint Augustin joue sur deux acceptions bien différentes du mot latin mundus , qui, substantif, avait les significations conservées par notre substantif monde, et qui, adjectif, signifiait net, pur, etc.., de sorte que egredi mundo peut signifier, en même temps, quitter la terre, la vie, et quitter ce qui est pur, la voie du bien. Notre langue a retenu pendant longtemps le mot monde, pris comme adjectif et ayant le sens de l'adjectif latin; mais maintenant il est inusité et ne se retrouve employé que dans son négatif immonde.
Ces explications nous ont semblé nécessaires pour bien faire comprendre le passage donné ici.
MONDE. 391 pas de la mer à la terre promise; maïs ils passèrent de la mer à l’extermination (Tract. xxxvin). C’est ce qui arrive aux mondains, ils passent du monde à la mort éternelle... Ils ont le sort des habitants de Sodôme. Leurs passions et leurs crimes retombent sur eux comme une pluie de feu et de soufre, leur enlevant la vie spirituelle et les ensevelissant dans le lac enflammé que leur a préparé la colère de Dieu.
La croix est la voie de la vie; le monde, la voie de la ruine, de la perdition et de la mort: celui qui le méprise arrive à la vie...
Le monde écrase ceux qui l’aiment, dit saint Augustin : Amatores suos conterit (Tract. XXXVIIT).
Je ne prie pas pour le monde, dit J. C, à son Père : Von pro mundo »0go (Joann, xvir. 9). J. C. abandonne donc le monde à son sens réprouvé : or, que fera le monde sans Dieu ?.…
Ne savez-vous pas, dit l’apôtre saint Jacques , que l’amour de ce monde est ennemi de Dieu? Quiconque veut être ami de ce monde, se fait donc ennemi de Dieu : Mescitis quia amicitia hujus mundi inimica est DeiP Quicumque ergo voluerit amicus esse seculi hujus, inimicus Dei constituitur (1v. 4).
Dieu et le monde sont ennemis. Le monde abandonne Dieu , Dieu l’abandonne..…. Le monde outrage Dieu , Dieu le maudit...
N’aimez point le monde, dit l’apôtre saint Jean, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n’est point en lui : MVolite diligere mundum , neque ea quæ in mundo sunt, Si quis diligit mundum, non est caritas Patris in eo (I. 11. 15).
Nuz, dit J.C., ne peut servir deux maitres; car, ou il aimera l’un et haïra l’autre, ou il sera docile à l’un et méprisera l’autre : Nemo potest duobus dominis servire ; aut enim unum odio habebit , et alterum diliget ; aut unum sustinebit, et alterum contemnet (Matth. vr. 24).
Nul ne peut en même temps embrasser Dieu et le siècle, dit saint Grégoire : Nemo potest Deum simul amplecti et seculum ( Homil. xxxvir in Evang.). Aussi saint Paul recommande-t-il de ne pas vivre selon le siècle : Nolite conformari huic seculo (Rom. xi1.2). Si je plaisais encore aux hommes, dit ce grand apôtre, je ne serais point le serviteur du Christ : S2 adhuc hominibus placerem , Christi servus non essem (Gal. 1.10). Ce qui m'était un gain, dit-il encore, je l'ai regardé comme une perte à cause du Christ. Et même j'estime que tout est perte, près de la science suréminente de J. G. mon
Dieu a maudit le monde et il l'abandonne,
On ne peut servir Dieu et le monde,
Il faut mépriser le monde.
Seigneur , pour qui je me suis dépouillé de toutes choses, et les regarde comme du fumier, afin de gagner le Christ (1).
Deux amours ont fait deux cités, dit saint Augustin : l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même, a fait la cité de Jérusalem à l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, à fait la cité de Babylone (2).
L'amour du monde et l'amour de Dieu, dit le même docteur, ne peuvent habiter ensemble dans un cœur; de même que les mêmes yeux ne peuvent en même temps se lever vers le ciel et s’abaisser vers la terre (3).
L'amour du monde engendre et fait naître la haine de Dieu...
Dieu ne répand le parfum de ses grâces que dans une âme libre F pure, qui évite avec soin les souillures du monde, et qui s’attache à Jui seul...
Méenisoxs, dit saint Cyprien, méprisons tout ce qui est sons le ciel, comme léger, trompeur, vain et indigne de notre amour : Quidquid quod sub cœlo est, tanguam leve, fallax, inane, et amore nostro indignum, despiciamus (Lib. I de Hab. Virg. ).
Qu'importe la terre à celui qui possède le ciel! dit saint Pierre Chrysologue. Qu’importent les choses humaines à celui qui a goûté aux choses divines! à moins qu'il n’y ait du charme à gémir, que le travail et la peine ne soient à choisir, que les dangers n’aient de lattrait, qu’une mort très-mauvaise ne fasse plaisir et qu’endurer le mal ne soit plus agréable que jouir du bien ! (4) |
La patrie de l’homme est partout et nulle part sur la terre, dit saint Grégoire de Nazianze : Nobis omnis terra, et nulla terra, patria est (Orat. x). Un grand principe de vertu, dit Hugues de Saint-Victor, c’est que l’âme exercée peu à peu , méprise d’abord tout ce qui est visible et transitoire , afin de pouvoir l’abandonner ensuite. Celui
(1) Quæ mihi fuerunt lucra , hæc ’arbitratus sum propter Christum detrimenta. Verumtamen existimo omnia detrimentum esse, propter eminentem scientiam Jesu Christi Domini mei ; propter quem omnia detrimentum feci, et arbitror ut stercora, ut Christum lucrifaciam (Philipp. 11. 7.8 ).
(2) Fecerunt civitates duas amores duo, civitatem Jerusalem amor Dei usque ad contemptum sui; civitatem Babylonem amor sui usque ad contemptum Dei (Lib. XIV Civit., ce. xxvin). ,
(3) Mundi amor et Dei pariter in uno corde cohabitare non possunt , quemadmodum idem oculi cœlum pariter et terram nequaquam aspiciunt ( Gradu. vir, 56. de Duodecim Abusion:).
(4) Quid ergo cum terra illi qui possidet cœlum? Quid illi cum humanis qui adeptus est jam divina? Nisi forte placent gemitus, eliguntur labores, placent pericula, pessima mors delectat, et illata mala bonis sunt gratiora collatis (Serm, vir).
MONDE, 333 à qui son pays plait est encore faible; celui à qui toute contrée convient est fort; mais celui pour qui le monde est un exil, est parfait. Le premier a encore son cœur dans le monde ; le second lui donne une certaine impulsion; le troisième l’a tué au dedans de lui-même (/nstit. Monast., c. vmr).
Si vous le voulez, dit saint Augustin, vous serez le ciel. Si vous voulez être le ciel , chassez de votre cœur tout ce qui appartient à la terre. Si vous ne vous abandonnez pas aux convoitises de la terre , et que ce ne soit pas en vain que vous répondiez que vous avez élevé votre cœur, vous sérez le ciel. Si vous êtes ressuscité avec le Christ, cherchez ce qui appartient à la région supérieure où leChrist est assis à la droite de Dieu ; ayez du goût pour les choses du ciel , et non pour celles de la terre. Vous avez, dites-vous , commencé à préférer les choses du ciel à celles de la terre ; en ce cas, n’êtes-vous pas devenu le ciel? Vous portez le fardeau de votre corps, mais votre cœur est plus haut, vous êtes le ciel; car votre vie sera dans les cieux (1).
Tous les chrétiens doivent être morts au monde et crucifiés avec J. C.; 1ls doivent être morts aux pompes et aux œuvres du monde, afin que le christianisme soit l’image de la croix, et que le chrétien ressemble à J. GC. attaché sur cet arbre sacré. Tous nous avons promis cela au saint baptème ; nous devons être comme saint Paul qui dit : Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie, si ce n’est dans la croix de Notre-Seigneur J. C., par qui le monde m’est cruoïfié, et moi au monde : Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi ; per quem mihi mundus crucifizus est , et eyo mundo (Gal. vr. 44).
Prèrez l'oreille aux paroles de saint Grégoire : Il vivait, dit-il, mais non de la vie du monde, le grand apôtre qui parlait ainsi : Je vis; ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi : Vivebat, sed non mundi vita, qui dicebat : Vivo, jam non ego, vivit vero in me Christus (In Epist. ad Gal.).
Oh! que la terre me paraît vile lorsque je regarde le ciel, s’écriait
(1) Tu, si vis, cœlum eris. Si vis esse cælum, purga de corde tuo terram. Si terrenas concupiscentias non habueris, et non frustra responderis sursum te habere cor, cœlum eris. Si resurrexistis cum Christo, quæ sursum sunt quærite, ubi Christus est in dextera Dei sedens; quæ sursum sunt sapite, non quæ super terram. Cœpisti sapere quæ sursum sunt, et non quæ super terram, none factus es cœlum? Carnem portas; et cor jam supra, cœlum es. Conversatio-enim tua in cœlis erit (In Psal. xcvi).
Le chrétien déteste le monde:
“Il faut fuir
le monde,
334 MONDE, saint Ignace de Loyola! Quam sordet mihi terra, cum cœlum aspiciol (Ribaden. , in ejus vita.)
N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde, dit l'apôtre saint Jean (I. 11. 15).
Vous aimez la terre, dit saint Augustin, vous serez terre. Vous aimez Dieu, vous serez Dieu. Si donc vous voulez être des dieux et les fils du Très-Haut, n’aimez pas le monde, ni ce qu’il y a dans le monde (4).
Tout ce qui est né de Dieu vainc le monde, dit saint Jean; et la victoire qui vainc le monde est notre foi: Omne quod natum est ex Deo, vincit mundum ; et hœc est victoria quæ vincit mundum, fides nostra (I. v. 4).
Celui qui a passé sur la terre en vrai chrétien, dit saint Augustin, a méprisé les caresses du monde ; il a résisté à ses persécutions : voilà pourquoi, victorieux, il s’est approché de Dieu : Zlandientem mundum contempsit , sævienti non cessit ; ideo victor ad Deum accessit (Enchirid.). Ayant suivi l’Agneau, il a vaincu le lion, ajoute-t-il. Le lion frémissait, mais le chrétien levant ses yeux au ciel vers Agneau, foulait ici-bas le lion aux pieds. Il savait pour quelle vie il méprisait la vie présente; il savait pour quelle félicité il supportait des maux passagers, et pour quelles récompenses il passait pardessus les dommages qu’il lui fallait endurer (2).
Levez-vous, dit le prophète Michée, allez ; il n’y a point ici de repos pour vous, à cause de l’impureté qui remplit la terre : Surgite, et ile; quia non habetis hic requiem, propter immunditiam (11. 0).
Fuyez du milieu de Babylone, dit le Seigneur, et que chacun sauve son âme : Fugile de medio Babylonis, et salvet unusquisque animam suam (Jerem. 11. 6).
Lève-toi, dirent les anges à Lot, sauve ta vie; ne regarde point derrière toi, et ne t’arrète point dans toute cette contrée; mais sauvetoi dans la montagne, de peur que tu ne périsses avec les autres (Gen. xix. 15-17).
Fuyez le monde, dit saint Augustin, si vous voulez être pur.
(1) Terram diligis, terra eris. Deum diligis, Deus cris. Si ergo vultis esse dii et filii altissimi, nolite diligere mundum, neque ea quæ in mundo sunt (Tract. 11 n Epist. I Joann.).
(2) Secutus Agnum, leonem vicit. Leo fremebat, sed qnia Agnus sursum attendebatur, leo desursum calcabatur. Sciebant pro qua vita contemnerent vitam : sciebant pro qua felicitate ferrent transitoriam infelicitatem ; pro quibus præmiis istd damna contemnerent (Enchirid.),
MONDE: 33Ù Fuyez les créatures, si vous voulez posséder le Créateur, Que toute créature vous semble vile, afin que le Créateur devienne les délices de votre cœur (1).
Le culte pur et sans tache devant Dieu notre père , le voici, dit l’apôtre saint Jacques : se préserver des souillures de ce siècle : Religio munda et immaculata apud Deum et patrem, hœc est : immaculatum se custodire ab hoc seculo (1. 27).
Ecoutez saint Thomas d'Angleterre : Le monde, dit-il, n’est pas
pur, car il corrompt ceux qui le sont; comment donc pourra être pur celui qui reste au milieu du monde ?
Mundus non mundus, quia mundos polluit; ergo, Qui manet in mundo, quomodo mundus erit ?
(Ita Surius.)
Si lon est forcé de vivre dans le monde, il faut : 4e se regarder comme étranger et voyageur...
Nos pères, dit saint Paul aux Hébreux, n’avaient point recu les promesses ; ils les voyaient et les saluaient de loin, et confessaient qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre : Confitentes quia peregrini et hospites sunt super terram ( x1. 13).
Bien-aimés, dit l’apôtre saint Pierre, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui combattent contre l'esprit : Charissimi, obsecro vos tanquam advenas et peregrinos, abstinere vos a carnalibus desideriis quæ militant adversus animam (L. 11. 11). |
Rien ne doit nous intéresser en ce monde, dit Tertullien, si ce n’est d'en sortir au plus tôt : Zn hoc mundo nihil nostra interest, nisi ut quamprimum ex eo excedamus (Epist. ad Mart.).
Quiconque appartient à la cité céleste est étranger au monde, dit saint Augustin ; tant qu'il se sert de la vie, il est dans un pays qui n’est pas sa patrie, et où, parmi beaucoup de séductions et de tromperies, il n’y a que le petit nombre qui connaisse et qui aime Dieu (2).
20 Il faut gémir et des iniquités du monde, et d’être obligé de rester dans le monde. Il faut imiter le peuple de Dieu captif. Près des
(1) Fuge mundum, si vis esse mundus. Fuge creaturas, si vis habere creatorem. Omnis creatura vilescat , ut Creator in corde dulcescat (7x Medit.).
(2) Omnis qui ad supernam pértinet civitatem , peregrinus est mundi; et dum temporali utitur vita, in patria vivit aliena, ubi inter multa illecébrosa et multa fallacia Deum nosse et amire paucorum est (Senfent. xvi ):
Que faut-il fairesi l’on est forcé de vivre
dans
le monde?
fleuves de Babylone, disaient-ils en gémissant, noûs nous sommes assis, et nous avons pleuré en nous souvenant de Sion. Aux saules de leurs rivages nous avons suspendu nos harpes. Là, ceux qui nous ont emmené en captivité nous ont demandé le chant de nos hymnes. Ceux qui nous ont trainés captifs nous ont dit : Chantez-nous un des cantiques de Sion. Comment chanterons-nous les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère ? Si je t’oublie, Jérusalem , que ma droite s’oublie elle-même! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens pas de toi ( Psal. cxxxvI).
3 Il faut mettre en pratique les excellentes lecons du grand Apôtre aux Corinthiens : Je vous dis ceci, frères : Le temps est court; que ceux donc qui ont des femmes, soient comme n’en ayant pas; et ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas; et ceux qui se réjouissent, comme sils ne se réjouissaient pas; et ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas; et ceux qui usent de ce monde, comme s'ils n’en usaient pas; car la figure de ce monde passe (L. vir. 29-31 ).
4° Il ne faut suivre ni les maximes, ni la morale, ni les exemples du monde; mais suivre en tout la loi de Dieu..….
L est décrété que tous les hommes meurent une fois, dit saint
Paul : Séatutum est hominibus semel mori (Hebr. 1x. 27). Les
impies et les libertins doutent quelquefois des grandes vérités de la religion, parce que la voix des passions et de l’endurcissement spirituel crie si fort, qu’ils n’entendent plus la voix de Dieu et les cris de leur conscience; mais aucun n’a mis en doute, même durant une minute, la certitude de sa mort...
La mort n’est pas pour l’homme la condition de sa nature, mais la peine du péché, comme le dit saint Paul : Stipendia peccati mors (Rom. vi. 23).
Par l'envie de Satan, dit la Sagesse, la mort est entrée dans l’univers : /nvidia diaboli mors introivit in orbem terrarum (m1. 24).
Ce n’est qu'après la chute d'Adam que Dieu lui dit : Tu es poussière, et tu retourneras en poussière : Pulvis es, et in pulverem reverteris (Gen. nt. 19).
L'homme, dit saint Augustin, avait été créé immortel : 1l a voulu être Dieu; il n’a pas perdu sa qualité d'homme, mais il a perdu l’immortalité, et de l’orgueil de la désobéissance ést venue la peine de la nature (1).
L'homme n’était pasdestiné à mourir: cependant ce n’est pas Dieu qui est l’auteur de la mort, mais l’homme seul; en péchant , il a de sa propre volonté donné naissance à là mort. Le Seigneur avait prévenu Adam. Le Seigneur, dit la Genèse, fit à l’homme un commandement et lui dit : Tu peux manger de tous les fruits du jardin; mais ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal; car, au jour où tu en mangeras, tu mourras de mort
(11. 16. 17). Adam voulut manger du fruit défendu, et la mort.
suivit cette grave désobéissance. Il voulut le péché qui est la mort de l’âme, il lui fallut se soumettre à la mort du corps qui est la punition de la mort de l'âme, ou plutôt la punition du péché, principe
(1) Homo factus erat immortalis : Deus esse voluit; non perdidit quod homo erat, sed perdidit quod, immortalis erat; et de inobedientiæ superbia contracla est pœæna naturæ (Homil.),