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Certitude de la mort.
D'où est venue la mort.
Ilya trois morts.
La mort domine tout ici-bas,
incertitudé
de la mort,
19 quant au temps.
de cette mort... Voilà ce que produit le péché! Stipendia peccair mors (Rom. vi. 23).
Îz y a trois morts, dit le cardinal Hugon : celle qui vient de la nature, celle qui vient du péché, et celle qui vient de la grâce. Dans la première, le corps meurt; dans la seconde, lPâme; dans la troisième , tout l’homme. La première sépare l’âme du corps; la seconde sépare l’âme de la grâce; la troisième sépare l’homme tout entier des embarras du siècle. La première mort est pour tous; la seconde est le partage des pécheurs; la troisième , celui des bons. Par la première, on est enseveli dans la terre; par la seconde, on est plongé dans l’enfer; par la troisième, on s’envole au ciel. De la première, il est dit dans l’Ecclésiastique (x1x) : O mort, que ton souvenir est amer ! 0 mors quam amara est memoria tua! De la seconde, le Roi-Prophète dit : La mort des pécheurs est très-mauvaise : Hors peccatorum pessima (xxx. 22). Et voici la troisième : Que mon âme meure de la mort des justes : Moriatur anima mea morte justorum (Num. xxtit. 10, — Tract. de Morte ).
La mort est une puissante dominatrice qui commande à tous les hommes, et qui sait se faire obéir. Elle veut qu’on se prépare à l’attendre ; elle désire que, dans son chemin, elle puisse trouver les hommes prêts et disposés à la recevoir. Mais elle-même n’attend personne; au temps marqué, elle appelle pour partir , et il faut la suivre sans délai... Que le pécheur, l’incrédule, l’impie essaient de lui résister et de lui désobéir , eux qui résistent et désobéissent à Dieu! Insensés, ils ne peuvent résister à la mort, qui n’est que l'arrêt de la respiration, et ils résistent à Dieu, éternel, infini, tout-puissant ! O hommes aveugles et pervers !.…
La certitude de la mort n’est pas effrayante ; tous savent qu’il faut mourir, et ils s’y soumettent. Mais c’est son incertitude qui est terrible!
Dieu, dit saint Augustin, vous promet que, le jour où vous reviendrez à lui , il oubliera les péchés que vous aurez commis; maïs il né
Vous à jamais promis de lendemain. Le dernier jour est caché pour faire sanctifier tous les jours (1).
(1) Promisit libi Deus, quoniam quo die conversus fueris, obliviscitur mala (ua
præterita; sed nunquam vitam crastini dici promisit tibi, Latet ultimus dies, ut observentur omnes dies (Homil.).
Tenez-vous prêts, dit J. C. ; parce qu'à l'heure à laquelle vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra : Z£vosestote parali ; quia, qua hora non putatis, Filius hominis veniet (Luc. xt. 40).
Le jour du Seigneur viendra comme le voleur dans la nuit, dit saint Paul : Dies Domint sicut fur in nocte, ita veniet (L. Thess. v.2).
Notre-Seigneur, dit saint Grégoire, a voulu que la dernière heure nous füt cachée, afin que nous nous en méfiions toujours ; et que, ne pouvant la prévenir, nous nous y préparions sans reliche (1).
Conservez dans votre mémoire cette belle sentence de Sénèque : Vous ignorez en quel lieu la mort vous attend; attendez-la donc vous-même en tout lieu ( Zpist. xxv1).
Hier est à moi, et aujourd’hui, à toi : Méht heri, tibi hodie (Eccli. XXXVHT. 23). Remarquez, dit Hugues de Saint-Victor, que lEcriture ne dit pas : Demain est à toi, mais aujourd’hui, et cela , soit parce que l’on meurt chaque jour, soit parce que nul n’est certain de vivre demain (Z+6. de Anima).
Dieu, dit saint Chrysostome, a voulu que nous fussions incertains de la durée de notre vie, afin que, dans cette incertitude, nous ne nous séparions jamais de la vertu : Zdcirco incertum voluit Deus esse quanto tempore duraturi simus, ut exspectatione incerta, virtutem amplexemur semper (Homil. xxni in Act. apost. ).
Comme nous ignorons complétement l’année, le mois, la semaine, le jour, l’heure et l'instant de notre mort, il faut, sous peine d’être ous, que nous employions les instants, les heures, les jours, les semaines, les mois et les années , à nous préparer à la mort...
Nouvrau-nis , combien y en a-t-il parmi vous qui passeront du berceau au tombeau ! Enfants et jeunes gens, verrez-vous les autres âges? vous l’ignorez. Votre enfance, votre jeunesse, voilà peut-être quel sera pour vous, comme pour tant d’autres, le dernier âge. Ce qu'il y a de certain, c’est que la mort aime à immoler les jeunes victimes; elle a tant frappé depuis bientôt six mille ans, {que son glaive est comme usé, elle préfère la chair tendre...
Et vous qui êtes dans l’âge viril, quand mourrez-vous? Dans vingt ans, dans dix ans, dans un an, demain, peut-être dans une heure...
Et vous, vieillards, faut-il aussi vous demander quand vous mourrez? Ah! vous savez bien que la mort n’est pas éloignée de vous;
(1) Horam ultimam Dominus noster idcirco voluit nobis esse incognitam, ut semper possit esse suspecta; ut dum illam prævidere non possumus, àd illäm sine intermissione præparemur (Homil. xint in Evang.).
lncertitude de la mort, 20 quant à l’âge.
incertitude de la mort,
30 quant à la
manière pour le corps.
Incertitude de la mort, 49 quant à La mauière pour l'âme.
mais vous n’y pensez pas. Cependant vos cheveux blancs, les rides de votre visage, vos pas chancelants, le bâton qui vous soutient , cette solitude dans laquelle vous vous voyez, car vous êtes clairsemés parmi les hommes, vous disent assez haut et assez souvent : Vieillards, pensez à la mort. Elle ne rencontre presque pas de victime qui ait l’âge de la décrépitude. Sur mille personnes, c’est à peine si l’on trouve encore un octogénaire.... Tous les trente ans, les générations se renouvellent à peu près en entier...
Quezze sera la maladie qui sera le précurseur de notre mort ? Serat-elle longue ou de courte durée? Amènera-t-elle une mort violente ou douce? Mourrons-nous d’une fièvre lente, intermittente ou pernicieuse? Mourrons-nous le matin ou le soir, de jour ou de nuit? Mourrons-nous dans notre lit, où déjà peut-être tant d’autres sont morts; dans notre maison, dans notre terre , en franchissant le seuil de notre porte, en voyage, éveillés ou endormis, seuls et sans secours, ou bien entourés des nôtres? Mourrons-nous de mort prévue ou subite? Mourrons-nous par le feu, par l’eau, par la foudre, sous l’écroulement d’un édifice , à la suite de quelque chute ou par tout autre accident? Mourrons-nous de Ja main d’un voleur ou de celle d’un assassin? Mourrons-nous d’un mal de tête, de cœur, d’entrailles, de poitrine , ou comme tant d’autres d’une attaque d’apoplexie foudroyante ? Mourrons-nous à table, au jeu, durant une soirée, à un bal, dans les plaisirs ou dans livresse? Ne sera-ce point aussitôt après le premier péché que nous commettrons? Voilà de formidables questions auxquelles nul homme ne saurait répondre autrement que par ces mots : Je l’ignore..……
Casimir IL, roi de Pologne, mourut dans un grand festin. Ladislas, roi de Hongrie et de Bohôme, succomba au milieu des préparatifs de son mariage avec Madeleine, fille de Charles, roi de France.
L'arrêt de mort porté contre Balthasar lui fut signifié durant une orgie sacrilége, et fut exécuté la même nuit.
Il arrive quelquefois que le jour d’une noce, avant que le soleil ait disparu, l’un des époux est déjà veuf...
Si c’est une chose terrible de ne pas savoir dé quelle mort notré corps sera frappé, il est infiniment plus terrible d'ignorer en quel état sera notre âme au moment de son passage du temps à l’éternité !
Aurons-nous le loisir de nous préparer à la mort et de régler nos
comptes avec Dieu? Aurons-nous la force et l'intelligence nécessaires pour faire une bonne confession? Aurons-nous les moyens de mettre ordre à notre conscience; et si nous les avons, aurons-nous la volonté de les employer? Aurons-nous un repentir suffisant?.… Obtiendrons-nous le pardon de nos péchés?... Mourrons-nous en état de grâce? Effrayantes questions qui nous forcent de rester muets, et dene répondre que par un tremblement et le silence !.…
Et en présence de ces doutes, de ces questions que nul ne saurait résoudre, nous rions..., nous nous amusons.…., nous perdons notre temps..., nous ne pensons pas à la mort! Nous oublions notre Créateur, nous ne le prions pas, nous dormons tranquilles , nous négligeons nos devoirs, nous offensons Dieu, nous ne nous préparons aucunement à mourir en chrétien !..,
Où sont les sages? Hélas ! nous sommes tous aveugles et insensés !.…
Je vais d’un tombeau à un tombeau, dit saint Grégoire de Nazianze (Distich.). C'est-à-dire : Du sein de ma mère où j'ai été enfermé neuf mois comme dans un véritable tombeau , je vais à la mort<et au sépulere.
Le berceau ressemble à une bière ; il annonce à l’enfant qu'il est dans sa destinée de mourir.
Notre vie, dit saint Grégoire pape, est semblable à une navigation. Celui qui vogue sur la mer se tient debout, s’asseoit ou se couche; mais il ne cesse d'avancer , entrainé qu'il est par la marche du navire. Telle est notre vie : que nous veillions ou que nous dormions, que nous parlions ou que nous gardions le silence, que nous marchions ou que nous nous reposions sur notre lit, de gré ou de force, nous ne cessons chaque jour et à chaque instant de nous approcher du terme où nous attend la mort (Lib. VI, epist. xxvr).
Vous avez vingt ans, trente ans, cinquante ans , dites-vous ; vous vous trompez; ces années sont à la mort, elle les a conquises sur vous. A
Tous , nous pouvons dire avec saint Pierre : Je sais que je plierai bientôt ma tente : Certus quod velox est depositio tabernaculi mei (I r. 44). Le temps se précipite; et tandis que nous n’y pensons pas , nous périssons.….. L'homme passe au milieu d’un songe ; il s’agite en vain; il amasse des trésors et il ne sait qui les recueillera : - In imagine pertransit homo, sed et frustra conturbatur ; thesaurizüf, et ignorat cui congregabit ea (Psal. xxxvtn. 7). J'ai disparu comme l'ombre qui décline : Sicuf umbra , cum declinat, ablatus sum (Psal.
La mort est proche,
vin. 23). Mes jours ont décliné comme lombre, et j’ai séché gomme l'herbe coupée : Dies mei sicut umbra declinaverunt, et ego sicut fœnum arui (Psal. cr. 12).
L’Ecriture compare la vie de l’homme et sa rapidité au passage d’une flèche, au vol de l'oiseau, au vaisseau qui vogue à pleines voiles , à une ombre, au vent, à l'éclair , à la foudre...
Demandez aux vieillards de quatré-vingts ans, à ces débris d’un autre âge, si peu nombreux, si la vie leur a paru longue ? Il leur semble qu’ils ne sont nés que d'hier. D'ailleurs, qu'est-ce que cent ans, puisqu'il faut mourir? Qu'est-ce que cent ans, lorsqu'on les a atteints? Qu’est-ce même que la vie d’aujourd’hui comparée à celle des hommes d’avant le déluge? À peine sortaient-ils de l’enfance à l’époque où les vieillards actuels sont déjà réduits en cendres, eux et les vers qui les ont dévorés..….
Voilà pourquoi, autrefois, quand on couronnait un empereur d’Allemagne , quatre sculpteurs lui présentaient des marbres de diverses couleurs , afin qu’il choisit celle qu'il préférait pour son tombeau. Ils l’avertissaient ainsi que, malgré la pompe dont il allait être entouré, il lui faudrait mourir.
Le pape Etienne IT siéga seulement quatre jours; Célestin IV, dix-sept jours; Boniface VI, quinze jours ; Sisinnius, vingt jours; Damase IT, vingt-trois jours; Pie HIT, vingt-six jours; Marcellin IT, vingtet un jours; Urbain VII, sept jours; Léon XI, vingt-sept jours. C’est lui qui en mourant disait : Oh! combien je serais plus heureux si, au lieu des clefs du ciel, j’eusse tenu celles d’un monastère ! Quam melius mihi foret, si monasterit, quam si cœli, claves tenuissem / (Hist. Eccles, )
Ainsi en est-il, dans toutes les conditions, pour la brièveté et la rapidité de la vie...
Souvenez-vous donc, vous dirai-je avec l’Ecclésiastique, souvenezvous que la mort ne tarde pas, et que le décret par lequel vous êtes condamné à descendre dans les profondeurs de la terre, vous a été communiqué ; le décret porté sur le monde : Il mourra de mort : Memor esto quoniam mors non tardat ; et testamentum inferorum quia
demonstratum est tibi ; testamentum enim hujus mundè : Morte morietur
Dèslemoment (XIV. 12).
de notre nais— sance, la mort
ne nous quitte T. 2 : 2 ? > $ ; A dom Le temps , dit saint Augustin, n’est autre chose qu’une course vers
enlève tousles Ja mort : chaque jour nous mourons; car chaque jour la -mort nous jours quelque
chose. enlève une partie de notre vie (De Civit., lib. XIII, c. x). ”
À mesure que nous croissons en âge, notre vie décroit, ditSénèque ; et le jour même que voici , nous l’avons déjà partagé avec la mort : Cum crescimus , vita decrescit ; hunc quem agimus diem , cum morte dividimus (Lib. LT, o. xx1y).
A notre entrée dans la vie, nous avons commencé de marcher à la mort et de sortir de la vie... Nous sommes nés, et soudain nous avons cessé d’être, dit la Sagesse : Vos nati, continuo desivimus esse (v. 43:).
La nourriture avec laquelle nous réparons nos forces, prouve que la mort nous enlève toujours quelque chose ; le sommeil nous prend un tiers de la vie; pendant nos six premières années, nous n'avons pas l’usage de la raison; le travail abrége la vie, les plaisirs Paltèrent, les chagrins la rongent, les maladies la dévorent, etc. Otez tout cela, que reste-t-il de notre existence? presque rien. Laissez tout cela, quelle est sa durée? à peine un demi-siècle qui disparait comme une vapeur légère.
La figure de ce monde passe, dit le grand Apôtre : Præterit figura
hujus mundi (1. Cor. vu. 31). Remarquez que lApôtre n’appelle la
vie qu'une figure, une ombre passagère. Certes , voilà la vraie définition de la vie humaine!
Le jour que voici s’en va, dit un poëte ; nous ignorons si demain naitra pour nous, et s’il nous apportera du travail ou du repos. Ainsi s’évanouit la gloire du monde :
Praterit ista dies, nescitur origo secundi ; An labor, an requies ? Sic transit gloria mundi.
Voulez-vous, dit Juste Lipse, voulez-vous que je vous parle à voix intelligible? Toutes les choses humaines ne sont qu’une fumée , une
ombre, quelque chose de vain et qui ressemble à une pièce de théâtre ; en un mot, rien :
Vis altiore voce me tecum loqui?
Humana cuncta fumus, umbra, vanitas, Et scenæ imago, et, verbo ut absolvam, nihil. (In ejus vita.)
Le monde, en effet, est un théâtre sur lequel se joue la pièce de la vie ; les hommes sont les acteurs ; ils entrent et ils sortent. Le lieu qu’occupe ce théâtre est la terre. Une génération passe, dit J’Ecclésiastique , une autre prend sa place. IL y à deux portes sur la scène,
La mort prouve notre néant et le néant de tout ce qui existe,
la naissance pour ceux qui entrent, la mort pour ceux qui sortent, Chacun revêt un costume : celui qui joue le rôle de roi, n’emportera pas sa pourpre avec lui.
La pièce finit vite... .
Ville, maison, argent, dites-moi, combien avez-vous eu de
maîtres? Ville et maison, combien aurez-vous encore d’habitants
qui se succéderont? Où est Samson , l’hercule de l’univers? où est Absalon, qui était si beau ? où est Salomon, le plus sage des rois? où sont l’éloquent Cicéron et le savant Aristote, etc. ?. Où sont tant d'hommes fameux, tant de conquérants, tant de princes, tant de riches? En un clin d’œil ils ont disparu. Où les trouver aujourd’hui ?
Cette vie n’est autre chose qu’une lente mort... Je ne sais, dit saint Augustin, si j’appellerai cette vie une mort qui vit, ou bien une vie qui meurt ( De Civit., lib. XI).
Ecoutez le poëte lyrique :
Pulvis et umbra sumus : pulvis nihil est, nisi fumus; At nihil est fumus : nos nihil ergo sumus.
Nous sommes ombre et poussière; or, la poussière n’est rien qu’une sorte de fumée; mais la fumée elle-même n’est rien : nous ne sommes donc rien.
Qui fut plus connu, plus honoré, plus célèbre et plus victorieux qu’Alexandre le Grand, roi de Macédoine ? Ecoutez le portrait qu’en fait la sainte Ecriture : Il régna premièrement dans la Grèce, et sorti de la terre de Cethim, il vamquit Darius, roi des Perses et des Mèdes. Il Livra beaucoup de batailles; il prit les villes les plus fortes, etil mit à mort les rois de la terre. Il alla jusqu'aux extrémités du monde; il reçut les dépouilles d’une multitude de nations , et toute la terre se tut devant lui : Séuit terra in conspectu ejus, Il assembla ses forces et une armée excessivement puissante, et son cœur s’éleva et s’enfla. Et il se rendit maître des peuples et des rois ; et ils devinrent ses tributaires. Après cela, il tomba sur un lit... et il mourut : ZE post hæc decidit in lectum.…., et mortuus est (1. Machab. r. 4-8). Hier, l’univers entier ne lui suffisait pas; aujourd’hui, six pieds de terre lui suffisent. Hier, il opprimait la terre ; aujourd'hui, la terre pèse sur lui et le couvre. Que dis-je? il eut peine à obtenir ce qui est accordé aux moindres des mortels , la sépulture ; car , par suite des différends qui s’élevèrent entre ses successeurs, sou cadavre demeura trente jours sans être enseveli.
MORT 345 C’est ainsi que la mort prouve le néant de Phomme.…....
Je suis sorti nu du sein de ma mère, dit Job, et j”y retournerai nu :
Nudus egressus sum de utero matris meæ, nudus revertar illuc (1. A). Job donne le nom de mère à la terre, parce qu’elle lui fournira un tombeau qui lui rappelle le sein de sa mère.
O pâture des vers, à masse informe de poussière et de corruption, à goutte de rosée, à vanité, pourquoi t’enorgueillir tant! Que cherches-tu ici-bas? qu’ambitionnes-tu ?.., Etre cendre sur la terre pour être cendre dans la terre : voilà homme!
Sur le point de mourir, Saladin, roi d'Egypte et de Syrie, ordonna qu’on portât, partout où campait son armée, son drapeau enveloppé d’un drap mortuaire, et qu'un héraut criât : De tout ce qu'il possède, voici le seul objet que le dominateur dela Syrie et de l'Egypte emportera avec lui! (Zn ejus vita.)
O homme, tu es poussière, et tu retourneras en poussière : Pulvis es, et in pulverem reverteris (Gen. 17. 19).
Voyez ce malheureux pécheur qui avait constamment oublié Dieu pendant sa vie, et qui n’avait jamais pensé à la mort pour s’y préparer. Hier, il se portait bien; aujourd’hui, il est étendu sur un lit de douleur. Le mal augmente, la fièvre ‘redouble. Trois personnes sont appelées, le prêtre, le médecin, le notaire. Que d’affaires à régler! Et cela presse , car le médecin déclare que la mort est au chevet du lit. Tous, au reste, s’en aperçoivent : ses yeux s’obscurcissent , il devient sourd , sa langue se paralyse, ses joues sont pâles et creuses, son intelligence le quitte. Prêtre, médecin, notaire , hâtez-vous, la mort va vous devancer. Chacun, en effet, s’empresse de remplir son devoir, au milieu d’une famille éplorée. La mort arrive et frappe. On n’a plus qu’un cadavre. La première personne qu’on avertit, c’est le fossoyeur. Tandis qu’on ouvre la fosse, on s’empresse d’envelopper d’un débris de linge ce débris de la mort. Déjà une odeur infecte se fait sentir : tout le monde fuit; seuls, la putréfaction et les vers approchent. On le jette sous six pieds de terre, et la fosse est fermée. Le corps est abandonné , et l’âme jugée pour l'éternité...
Sur cette tombe il faut une épitaphe, une inscription; le prophète royal s’est chargé de la faire pour tout le genre humain; la voici : La mort se repaîtra d’eux : Mors depascet eos (xLvnr. 15 ).
O'mortels, vous foulez aux pieds la terre; vous régnez sur elle : mais, tirés de la terre, vous redeviendrez terre.
En quel état la mort réduit, l'homme.
Après la mort les vers, dit un poëte; après les vers l’odeur infecte et l'horreur: ainsi tout homme est changé en quelque chose qui n’a rien de l’homme: |
Post hominem vermis, post vermem fœtor et horror : Sic in non hominem vertitur omnis homo.
Nous naissons sur la terre, dit saint Bernard, nous mourons sur la terre, retournant là d’où nous avons été tirés: Zn terra orimur , in terra morimur , reverlentes in eam unde sumus assumpti (Serm. in Psal. ).
Ecoutez Job : J'ai dit à la pourriture , vous êtes mon père ; aux vers, vous êtes ma mère et ma sœur : Putredini dixi: Pater meus es ; mater mea et soror mea vermibus (Xw11. 14).
Quelque grande qu’elle soit, la beauté humaine se change en quelque chose d’horrible; elle devient la pâture des vers et la proie de la mort...
Quand l’homme mourra, dit l’Ecclésiastique , il aura pour héritage les reptiles, et les bêtes, et les vers : Cum morietur homo hœæreditabit serpentes , et bestias , et vermes (x. 13).
Qu'est-ce que l’homme ? dit saint Ephrem : peu de chose. Qu'est-ce que l’homme? quelques vers, Qu'est-ce que l’homme ? un peu de cendre et de poussière. Qu'est-ce que l’homme? un songe. Qu'est-ce que l’homme? une ombre. Il a passé, il a cessé de paraître : Æcce transivit , ecce cessavit. Ce lion invincible , ce tyran si fort, si puissant, si orgueilleux , que tout le monde redoutait, a vu sa fin; il est étendu sur sa couche funèbre. Celui qui paraissait plus grand que tous les hommes est réduit à l'impuissance ; celui qui maîtrisait les autres est maitrisé ; celui qui les garrottait de chaines est garrotté ( De is qui in Christo dormierunt).
Et la chair de Jézabel, dit l’Ecriture , sera comme le fumier sur la face de la terre, et tous ceux qui passeront, diront : Est-ce là cette Jézabel? Et erunt carnes Jezabel sicut stercus super f'aciem terre , ita ué prætereuntes dicant : Hæccine est illa Jezabel (UV. Reg. 1x. 37).
Ayant été chargé de conduire au tombeau des rois le corps d'Isabelle de Portugal, femme de Charles-Quint , Saint François de Borgia, duc de Candie, fut tellement frappé de voir ce cadavre devenu difforme , horrible et dégoûtant qu’il ne le reconnut pas, et qu’il n’osa certifier que ce fût le corps de lPimpératrice ; mais, fixant sur lui ses regards, il s’écria : Est-ce là [sabelle, l'impératrice du monde? est-ce là
MORT. 347 cette sage et pieuse Isabelle, la joie de l'Espagne , l'honneur de l’empire, l’espérance de l’univers? Où est la beauté de son visage? où est l'éclat de ses yeux ? où est la majesté du pouvoir royal? Grand Dieu! sa chair s’est changée en pourriture , sa beauté en infection , sa splendeur en quelque chose d’horrible. Alors, éclairé par la grâce, et considérant attentivement quelle était la vanité des rois, des royaumes et de tous les biens du monde, il résolut de renoncer à tout et de servir Dieu seul : ce qu’il exécuta, Il vécut et mourut en grand saint (/n ejus vita).
Mais le cadavre descendu dans le tombeau restera-t-il au moins à l’état de cadavre? Non. Il devient, dit Bossuet, un je ne sais quoi qui n’a point de nom dans aucune langue. C’est ce que dit le prophète Ezéchiel : Je te réduirai à rien, et tu ne seras pas, et an te cherchera , et on ne te trouvera plus jamais, dit le Seigneur Dieu : /n nihilum redigam te, et non eris, et requisita non invenieris ultra in sempiternum dicit Dominus Deus (xxvI. 21).
- Il existe une épitaphe pleine de sens faite pour un roi de France, et citée par Delrio; la voici :
J'ai ri, et je pleure. J’ai été, et je ne suis plus. J’ai eu mes préoccupations, et je me repose. J’ai joué, et il n’y a plus de jeux pour moi. J'ai chanté, et je suis muet. J’ai nourri mon corps, maintenant j'alimente les vers. J'ai veillé, et je dors. J’ai souhaité la bienvenue, et je dis adieu. J’ai pris, et je suis pris. J'ai été vainqueur, je suis vaincu. J'ai combattu, la paix est mon partage. J’ai vécu confor. mément aux lois de la nature, conformément à ces lois je meurs: Je ne résiste pas : résister me serait impossible. J'ai commencé par être terre, je suis redevenu ce que j'étais. Mon pouvoir s’est évanoui. Monde périssable, adieu; et vous, vers, je vous salue. Je suis étendu sur ma couche dernière.
Risi, ploro. Fui, non sum. Studui, requiesco. Lusi, non ludo. Cecini, nunc mutio. Pavi
Corpus, alo vermes. Vigilavi, dormio. Dixi :
Salve, dico : vale. Rapui, rapior. Superavi, Vincor. Certavi, pace utor. Jure ego vixi,
Jure igitur morior. Non obsto, obstare nequirem. Terra fui quondam, rursus sum terra. Nihil sum. Terra caduca, vale; vermes salvete, recumbo.
Bientôt cette épitaphe sera celle de chacun de nous...
Ne pas penser ‘à la mort est ‘une folie,
La pensée de la mort est très-avantageuse !
Lorsque le jour de notre mort arrivera, dit saint Grégoire, que nous servira ce que nous aurons poursuivi avec tant de soin et de peine, ce que nous aurons amassé avec tant de sollicitude? Il ne faut rechercher ni les honneurs, ni les richesses, puisqu'il faudra les abandonner. Si nous voulons des biens, cherchons et aimons ceux que nous posséderons toujours ; si nous craignons des maux, craignons ceux que les réprouvés endurent et qui n’auront pas de fin (Lib. IV £pist. ad Andræam).
L’homme thésaurise, et il ne sait pour qui il amasse, dit le Psalmiste : T'hesaurizat et ignorat cui congregabit ea (xxxvnt. 7). L’imprudent et l’insensé périront ensemble , et leurs richesses passeront à des étrangers : le sépulcre sera leur demeure : Simul insipiens et stultus peribunt : et relinquent divitias suas, et sepulcra eorum domus ilorum (Psal. xLvur. 11. 42), A leur dernierinstant, les avares et tous ceux qui aiment le monde ne pourraient-ils pas prononcer ces paroles d’Agag : Ainsi donc une mort pleine d’amertume va me séparer de tout! Siccine separat amara mors (1. Reg. xv. 32). Allez donc, aveugles enfant d'Adam, fils de la terre, désirez de la posséder comme la possèdent les reptiles; ajoutez domaine à domaine, maison à maison, entreprise à entreprise, amusement à amusement ; il vous faudra mourir demain, et peut-être dès aujourd’hui !.…
O soins des hommes, oh! quel vide est au fond des choses! 0 Curas hominum, o quantum est in rebus inane!
Combien, à la mort, l’avare ne sera-t-il pas désolé d’avoir toujours travaillé pour les autres qui l’oublieront si vite, et de n’avoir rien fait pour lui-même! Quelle désespérante pensée que celle-ci : de tous les biens, de tous les plaisirs, de toutes les créatures qui étaient à ma disposition, il ne me reste que le sépulcre ! SoZum mihi superest sepulcrum (Job. xvtr. À ).
Cezur qui a toujours sa dernière heure devant les yeux, méprise facilement toutes choses, dit saint Jérôme : Facile contemnit omnia > Qui semper cogitat se esse moriturum ( Epist. cr ).
L'homme ira dans la maison de son éternité ,; dit l’Ecclésiaste : Ibit homo in domum œternitatis suce (xm. 8). Voilà ce à quoi nous devons penser...
Méditer sur la mort , c’est être philosophe, dit Platon : PAilosophia est, meditatio mortis ( De Legibus ).
Lorsqu'on se sent épris de la beauté humaine, dit saint Grégoire , il faut se demander ce que sera le corps quand la vie l’aura quitté :
On comprendra alors ce que l’on aime. Il n’y a rien qui soit plus puissant pour dompter l'appétit des sens, que de méditer sur ce que sera après la mort la personne que l’on aime vivante (4).
Un solitaire se trouvait tenté de se livrer à une affection coupable pour une personne dont l’image ne le quittait pas, lorsqu'il apprit qu'elle venait de mourir. Aussitôt il se rendit à son tombeau, leva la pierre, et plongea le manteau qu'il portait dans le dégoütant mélange de pourriture et de vers dont le cercueil était rempli. La tentation se représentant à lui après son retour au désert, il contempla le manteau souillé, infect, en s’écriant : Eh bien, mon Coprs, tu as ce que tu cherchais, rassasie-toi! Et ilse mortifia ainsi jusqu’à ce que la tentation se fût évanouie ( Vif. Patr.)
Pensons à la mort, et nous serons toujours vainqueurs du démon, du monde, et des convoitises de la chair... |
Vivez avec la pensée de la mort, dit saint Jérôme; l’heure fuit, l’instant même où je vous parle est déjà loin : Vive memor lethi, fugit hora, hoc quod loquor, inde est (Epist. xvr ad Principiam).
Là où n’est pas la pensée de la mort et sa crainte, se trouvent une vie dissolue et l’abondance des péchés ; et où ces mœurs déplorables existent, là est la perte de l’âme. Pour sauver son âme, il faut donc penser à la mort.
Retenez ces belles et précieuses paroles du même saint Jérômé : Soit que je mange , dit-il, soit que je boive, soit que j’étudie , soit que je fasse autre chose, la trompette dernière sonne toujours à mes oreilles : Levez-vous, à morts, venez au jugement : Sive comedo, sive bibo, sive studio, sive quid aliud ago; semper ultima illa tuba insonat auribus mers : Surgite, mortui, venite ad judicium ! ( Epist. ad Heliod. )
O mort, s’écrie l’Ecclésiastique , que ton souvenir est amer à l’homme qui vit en paix au milieu de ses biens! O mors, quam amara est memoria tua homini pacem habenti in substantiis suis! (xx. 1.) O mort, ton arrêt est doux pour l’homme pauvre et vertueux! O mors, bonum est judicium tuum homini indigentil (x11. 3.)
Rien, dit Sénèque, rien ne vous sera plus utile pour acquérir la tempérance en toutes choses, que la fréquente pensée de la brièveté du temps et de son incertitude, Quoi que vous fassiez, tournez vos regards vers la mort : Mihil œque tibi profuerit ad temperantiam
.(4) Caro cum concupiscitur pensetur quod sit exanimis ; intelligetur quid ametur; nil quippe sic ad domandum desideriorum carnalium appetitum valet, quam ut quisque hoc quod vivum diligit, quale sit mortuum penset ( Moral.).
Il faut se préparer à la mort; moyens à prendre pour cela.