‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 39 sur 57 · FE MORT · texte numérisé non relu

FE MORT

rerum omnium , quarn frequens cogitatio brevis œvi, ef hujus incerti. Quidquid facies, respice ad mortem (Epist. xm1). C’est un païen qui parle si bien!

Disons-nous souvent à nous-mêmes : Je mourrai : pourquoi donc m’attacher si fort aux biens, à la fortune , aux honneurs, aux plaisirs, aux créatures, à la vie, à mon corps? Je mourrai : pourquoi ne pas travailler à m’assurer une bonne et sainte mort , par la fuite du péché et la pratique de toutes les vertus? Combien sage est celui qui méprise des biens périssables , et qui ne s’occupe que des choses éternelles!

Cowme nous ignorons l’heure où la mort se présentera à nous, et qu'après la mort il est impossible de rien faire, dit saint Grégoire, il ne nous reste qu’un parti à prendre, savoir : saïsir pour le mettre à profit Le temps que Dieu nous accorde. Si nous la redoutons avant qu’elle se présente, elle ne se présentera que pour se trouver vaincue (1). 4

Quoi que vous fassiez, regardez la mort, dit saint Jérôme : Quidquid facies, respice mortem (Epist. ad Heliod. ).

Mourez souvent de votre vivant, afin de vivre après votre mort. Pour éviter la mort éternelle , il faut prévenir la mort par la pensée de la mort :

Vivens ergo sæpe morere, ut mortuus vivas :

Ne moriare, opus est mortem præcurrere morte.

(Epicarmi.)

Vivez comme si chaque jour vous deviez mourir, dit saint Jérôme: Sic vive tanquam quotidie moriturus | Epist. XVI).

Chaque jour doit être émployé comme s’il était le dernier , dit Sénèque : Omnis dies, velut ultimus ordinandus est (In Prov. ).

Méprisez pendant votre vie, dit saint Chrysostome, ce que vous ne pourrez pas avoir après votre mort : Contemne vivens , quæ post mortem habere non poteris (Homil. ad pop. ).

Vous pouvez mourir à toute heure, et chacune de vos actions peut être la dernière... Conduisez-vous comme vous désirerez

Vavoir fait à la mort et au jugement de Dieu.

(1) Quia et vénturæ mortis tempus ignoramus, et post mortem opérari non possumus; superest , ut ante mortem tempora indulta rapiamus; sic enim mors ipsa cum venerit, vincetur, si priusquam veniat, semper timeatur (Moral.).

MORT, 3b1

Que la pensée de la mort accompagne toutes vos actions et vos démarches...

Mettez ordre à vos affaires, dit Isaïe au roi Ezéchias; car vous mourrez et vous ne vivrez pas : Dispone domui tuæ ; quin morieris tu, el non vives (xxxviur. À ). Cest à nous tous que ces paroles s'adressent. .…. j

Il faut prévenir le jour de la mort qui a l'habitude de nous prévenir , dit saint Augutin : Prœveniendus est dies qui prevenire consuevit (Lib. Civit. ).

La mort vous attend partout , dit saint Bernard; si vous êtes sage, vous l’attendrez vous-même partout : Ubique te mors exspectat; si sapiens fueris ; ubique eam exspectabis (Serm. in Cant. ).

Voyons toutes les choses au flambeau de la mort... Examinons notre vocation, et prenons toutes nos résolutions en vue de notre dernier moment. Asseyons-nous par la pensée sur le tombeau, afin de connaître ce que nous sommes, ce que nous devons faire, et comment nous devons le faire...

Douceur d’une bonne mort,

La mort n’est qu'un sommeil,

ous devons, dit saint Chrysostome, quitter notre corps avec là

même facilité qu'un habit; il faut imiter Joseph abandon-

nant son manteau à l’Egyptienne : Æadem facilitate corpus exuere debemus, qua vestem ; uti Joseph pallium reliquit Ægyptic (Wn Epist. ad Philipp. ).

Les justes , dit saint Augustin, s’arment de patience pour vivre, et ils trouvent des délices dans la mort : Cum patientia vivunt, et delectabiliter moriuntur (Epist. ad Philipp. ).

Les âmes des justes sont dans la main de Dieu , dit la Sagesse , et les horreurs de la mort ne les atteindront pas : Juséorum animeæ in manu Dei sunt, et non tanget illos tormentum mortis (11. 1). Aux yeux des insensés, les justes ont semblé mourir, et leur fin a été estimée une affliction, et leur sortie d’au milieu de nous l’anéantissement : mais ils sont en paix : Visi sunt oculis insipientium mort. et æstimata est afflictio exitus illorum ; et quod a nobis est îter, exterminium : illi autem sunt in pace (Ibid. 111. 2). Même quand il mourra d’une manière soudaine , le juste sera dans le lieu du rafraichissement et du repos : Justus, si morte præoccupatus fuerit, in refrigerio erit (Ibid. 1v. 7).

Il est dit de Tobie qu'ayant beaucoup avancé dans la crainte de Dieu, il mourut en paix : Cum bono profectu timoris Dei, perrexit in pace (xiv. 4). Commandez, Seigneur, disait-il, que mon âme soit reçue en paix, parce qu'il vaut mieux pour moi mourir que de vivre plus longtemps : Præcipe in pace recipi spiritum meum ; expedit enim mihi mori magis quam vivere (Tir. 6).

La mort de celui qui craint Dieu sera douce, dit l’Ecclésiastique t Timenti Dominum bene erit in extremis (1. 13).

Pour le juste, la splendeur du midi se lève vers le soir, dit saint Grégoire; en effet, au moment mème où sa vie s'éteint, il reconnait quelle clarté l’attend : Justo meridianus fulgor ad vesperum surgit; quia quanta claritas maneat, cum jam occumbere cœperit, agnoscit (Lib. Moral., c.x11).

Cæux qui dorment dans la poussière de la terre s’éveilleront , dit Daniel : Qui dormiunt in terræ pulvere, evigilabunt (x. 2). Parlant

de là mort de Lazare, J. C. l’appelle un sommeil : Notre ami Lazare dort, dit-il, Lazarus amicus noster dormit.……. Dixerat autem Jesus de morte ejus (Joann. xr. 11-13).

Pendant que les Juifs le lapidaient, saint Etienne priait pour ses

bourreaux, et, après sa prière, il s’endormit dans le Seigneur, disent les Actes des apôtres: Æ# cum hoc dixisset, obdormivit in Domino (vi. 60). Heureux sommeil, s’écrie saint Pierre Damien! heureux sommeil! il était accompagné du repos, le repos l'était du bonheur, et le bonheur, de l'éternité : Felix somnus cum requie ,

reques cum voluptate, voluptas cum æternitatel (In Epist.)

Ma chair, dit le Psalmiste, a reposé dans l’espérance ; car, Seigneur, vous n’abandonnerez pas mon âme dans le tombeau; vous ne permettrez pas que votre saint voie la corruption (xv. 10. 11). Ce que le prophète dit de J. C., on peut le dire de la mort des justes considérée comme un court sommeil...

Non, dit le même prophète, je ne mourrai point, mais je vivrai; et je raconterai les merveilles du Seigneur : Non moriar, sed vivam ; et narrabo opera Domini (Psal. cxvir. 17).

Aux yeux des insensés, les amis de Dieu semblent mourir , dit

saint Bernard; mais aux yeux des sages, leur mort n’est qu’un sommeil, selon ces paroles du saint roi David : Lorsque le Seigneur aura envoyé le sommeil à ceux qu’il chérit, voilà que l'héritage du Seigneur leur arrivera (1).

Si vous vous endormez du sommeil de la mort, vous serez sans crainte, disent les Proverbes; vous reposerez, et votre sommeil sera délicieux : Si dormieris , non timebis ; quiesces, et suaus erit somnus tuus (rx. 24). Que ne suis-je mort! disait Job à ses amis. Je dormirais dans le silence, et je me reposerais dans mon sommeil: .….. Munc enim dormiens silerem,et somno meo requiescerem (1xr. 13). Les morts que vous pleurez vivront, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe, ceux qui ont été immolés pour moi ressusciteront; réveillez-vous, faites entendre des louanges, vous qui habitez dans la poussière : Vivent mortui tui, interfecti mei resurgent : expergiscimini, et laudate qui habitatis in -pulvere (xxwi. 19). Va, mon peuple, entre dans le lieu de ton repos, ferme la porte sur toi, dérobe-toi pour un moment, jusqu’à ce que l’indignation du Seigneur soit passée. Voici que le Seigneur sortira de son sanctuaire, afin de visiter les crimes

(1) Amici Dei mori videntur oculis insipientium, sed in oculis sapientum judicantur potius obdormire : Cum dederit delectis suis sômnum ; ecce hæreditas Domini (Serm. Lit ên Cant.).

md”

Pour le juste; la mort est désirable.

Espérance des justes à la mort.

que les habitants de la terre ont commis contre lui (xxvi. 20. 91 à C’est la voix du Seigneur à ses saints, à ceux qui meurent dans son amour. Allez, à justes! entrez pour un peu de temps dans vos tombeaux ; là, dormez et reposez-vous ; car bientôt, c'est-à-dire au jour du jugement, je vous ressuscilerai, afin de vous faire jouir de la récompense que vous avez méritée. Reposez-vous de vos travaux! La mort, en effet, n’est pas pénible pour le juste; mais elle est douce. Comparé à l’éternité, Le temps que l’on passe dans le tombeau n’est pas ce qu'est une nuit de sommeil comparée à la vie entière de l’homme,

Le sépulcre est un lit, Aussi les cimetières sont-ils appelés en langue grecque des dortoirs, des lieux de sommeil.

Je les délivrerai des mains de la mort, dit le Seigneur par la bouche du prophète Osée; je les rachèterai de la mort. O mort, je serai ta mort : De manu mortis liberabo eos , de morte redimam eos : ero mors tua, o mors (XIII. A4).

Je désire ma ‘dissolution pour être avec J. C. , dit le grand Apôtre aux Philippiens : Cupiens dissolui , et esse cum Christo (1. 23). Celui qui désire de mourir pour être avec J. C., dit saint Augustin, ne meurtpas dans la souffrance; mais il vit dans la souffrance et meurt avec délices : Qui desiderat dissolvr, et esse cum Christo, non patienter moritur, sed patienter vivit, et delectabiliter moritur (In Epist: ad Philipp. ). Celui qui est animé de l'esprit de Dieu , foule aux pieds les choses terrestres et ne désire que les biens célestes et éternels ; la mort qui les lui procure est un gain pour lui, comme le dit saint Paul : Mori lucrum (Philipp. 1. 21).

Malheur à moi, s’écrie le Prophète royal, car mon exil a été prolongé! #eu mihi, quia incolatus meus prolongatus est ! (ax1x. 5.) Délivrez, Séigneur, délivrez mon âme de prison, afin que je glorifie votre nom; les justes attendent que vous m’accordiez ma récompense : Educ de custodia animam meam ad confitendum nomini tuo; me exspectant justi, donec retribuas mihi (Psal. axur. 8).

Les justes désirent une vie meilleure que celle de ce monde...

JE n’ai point couru en vain, je n’ai point travaillé en vain, dit saint Paul : Non in vacuum cucurri, neque in vacuum laboravi (Philipp. 11. 16).

Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce qui concerne ceux qui dorment, afin que vous ne soyez pas contristés comme les autres qui

MORT DU JUSTE. 355 ont point d'espérance, écrit cet apôtre aux Thessaloniciens : Nolumus vos ignorare, fratres , de dormientibus , ut fon contristemini Sicut et cœæteri qui spem non habent (I. 1v. 12). Le temps de ma dissolution approche ….écrit-il à son cher disciple Timothée. J'ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Da reste, m'est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, juste juge, me rendra en ce jour; et non-seulement à moi, mais encore à ceux qui aiment son avénement (1).

De mème que l’impiété redoute la venue du grand Dieu , dit saint Jérôme, ainsi la piété, pleine de sécurité dans ses œuvres, la désire : Sicutimpietas magni Dei reformidat adventum , ita secura de opere suo pietas , illum præstolatur (Comment. in Epist. ad Tim. ).

Mon corps reposera dans l'espérance, dit le Psalmiste : Caro mea requiescet in spe (XV. 19).

Le juste espère dans sa mort, disent les Proverbes : Sperat justus in morte sua (XIV, 32).

Qu'iz s'agisse de ce qu'il quitte, ou de ce qu’il trouve, les avantages que le juste tire de la mort sont nombreux...

Quant à ce qu’il quitte, ils peuvent se résumer en quatre prin- Cipaux :

Premier avantage : le juste quitte son corps. Pendant que nous sommes dans la tente de nos corps , dit saint Paul , nous gémissons sous le poids : Nam ef qui sumus in hoc tabernaculo ingemiscimus gravati (II. Cor. v. 4) ; sachant que pendant que nous sommes dans le corps, nous voyageons loin du Seigneur : Scientes quoniam dum sumus in cor pore, peregrinamur a Domino (I. Cor. v. 6).

L’Ecriture sainte nomme le corps une tente; car : 1o de même qu'on n’habite que peu de temps sous une tente ; ainsi le séjour de l’âme dans lecorps est de peu de durée... 2 L'homme réside dans sa maison et il y jouit du repos , mais il sort de sa tente et part; ainsi l’âme ne se repose pas dans le corps, mais elle est toujours en mouvement, elle va, elle court à la mort; et par la mort, à l’immortalité. Car, dit saint Paul aux Hébreux, nous n’avons point ici uné cité permanente, mais nous cherchons la cité future : Von habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus..…. (xt. 14.) 3 Le

(1) Ego jam delibor, et tempus resolutionis meæ instat. Bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi. In reliquo reposita est mihi corona justitiæ, quam reddet mihi Dominus in illa die, justus judex. Non solum autem mihi, sed et lis qui diligunt adventum ejus (IL, tv. 6-8).

Avantages d’une bonne mort : 1° Dans ce que l’on quitte,

nom de tente indique que nous sommes étrangers sur la terre... 40 Comme le soldat loge dans une tente, ainsi les fidèles soldats de J. G. demeurent dans leurs corps. Ils ont à soutenir un combat assidu contre leur chair... Quitter ce corps de péché, soumis à la concupiscence, à une foule de besoins, aux maladies et aux douleurs, ce corps qui deviendra la proie de la corruption, etc. ; c’est se décharger d’un écrasant fardeau! Quitter ce corps, véritable et obscure prison pour l’âme, ce corps qui lui sert de chaîne et la tient dans l’esclavage , quel bonheur ravissant! Dépouille-toi, Jérusalem , dit Le prophète Baruch, dépouille-toi, âme fidèle, de la robe de deuil et d’affliction , et revêts-toi de l'éclat et de l’honneur de la gloire éternelle , qui te vient de Dieu: Z'rue te, Jerusalem stola luctus et vexationis tuæ; et indue te decore et honore ejus, quæ a Deo tibi est, sempiternæ gloriæ (vw. 1).

La conservation du corps, dit saint Grégoire , est de nulle valeur pour l’âme qui est percée des flèches de l'amour divin : Vilis ex fit épsa salus corporis, quia transfixa est vulnere amoris (Homil. xv in Ezeth..)

Voulez-vous, dit Sénèque, n'être point sous le joug de votre corps? habitez-le comme devant en sortir; songez que vous ignorez quand vousle laisserez, et vous serez fort alors qu'il faudra vous en séparer (Prov.).

Second avantage : le juste dit adieu au monde, au monde son ennemi juré... Il abandonne la terre, couverte de dangers et de scandales, etc. ( Voyez Monde ef Néant du monde.) |

Troisième avantage : le juste est délivré des biens d’ici-bas ; car qué sont ces biens, sinon des piéges et des maux?... (Voyez Riche )

Quatrième avantage : il quitte cette misérable vie.

Comparée à la vie éternelle , la vie présente, dit saint G Grégoire ; doit plutôt être appelée une mort qu’une vie : T'emporalis vita, cœternæ vitæ comparata, mors est potius dicenda, quam vita (Homil. xxxvir in Evang.).

La vie présente ressemble à un hiver rigoureux et continuel..…. La vie éternelle est un printemps, un été et un automne ravissants.….….

Une triple considération a porté saint Paul et les autres saints à désirer la mort : c’est la considération des trois liens qui nous tiennent enchaïinés ici-bas et nous serrent fortement. Le premier est le lien des peines du corps; le second, le lien de la concupiscence et des péchés; le troisième, le lien de la terre et des choses de la

terre. La mort brise tous ces liens; elle nous rend impassibles, impeccables , célestes et divins.

L'homme , dit saint Bernard, a un triple motif de se féliciter de la mort : il est délivré de tout travail , de tout péché, de tout danger : Triplex in morte congratulatio est, homines ab omni labore, peccato et periculo liberari….. (Transitu S. Machiæ.)

La vie présente n’est autre chose qu’une lente mort,

Sénèque enseigne que la mort n’est autre chose que la fin des maux (Prov.).

Trois choses, dit saint Bernard, rendent précieuse la mort du juste : le repos après le travail de la vie, la joie causée par le spectacle nouveau qui s’offre à lui, la certitude de ne jamais perdre la bienheureuse éternité : Tria sunt que mortem sanctorum faciunt pretiosam : quies a labore, gaudium de novitate, securitas de œternitate (Serm. xxv inter Parvos).

Pour l’âme, la mort n’est autre chose qu’une sortie de prison, la fin de son exil et de ses souffrances, l'entrée au port, le terme de son voyage, la décharge du fardeau qui l’accablait, la satisfaction de pouvoir quitter un cheval furieux et une maison qui tombait en ruine , le terme de tous les chagrins, l'éloignement de tous les dangers , la fin de tous les maux, la rupture de toutes les chaines, le solde de la dette qu’elle avait contractée envers la nature...

Celui qui plaisait à Dieu, dit la Sagesse, est devenu son bienaimé : vivant parmi les pécheurs, il a été transféré dans un autre séjour ; il a été enlevé de peur que le mal ne changeât son cœur, et que l'illusion ne déçüt son âme. Ayant vécu peu de temps, ila rempli une longue carrière. Son âme était agréable à Dieu; voilà pourquoi le Seigneur s’est hâté ‘de le retirer du milieu des iniquités (1).

Quand on donne le nom de mort à la fin de cette vie, on n’y pense pas , dit l’évêque saint Maxime; il faut plutôt la nommer léloignement de la mort, la séparation de l’âme d’avec la corruption, la disparition des ténèbres; en un mot, la cessation de tous les maux (Surius, èn ejus vita).

En vivant, dit saint Ambroise, nous altérons souvent notre innocence; en mourant, nous cessons de pouvoir suivre la voie de

(1) Placens Deo factus est dilectus :et vivens inter peccatores, translatus est, Raptus est, ne malitia mutaret intellectum ejus; aut ne fictio deciperet animam illius. Consummatus in brevi, explevit tempora multa. Placita erat Deo anima illius ; propter quod properavit educere illum de medio iniquitatum ( Sap. 1v. 10-14).

90 Dans ce que l’on trouve.

l'erreur. Ea mort nous procure donc un gain ; tandis que par l'usage de la vie, semblables aux malheureux débiteurs d’un usurier de profession, nous augmentons la dette de nos fautes (1).

Celui qui meurt voit arriver la fin des pénibles et continuels travaux de la vie; il est délivré des embarras, des douleurs, des angoisses et des persécutions qui forment le cortége de l’homme sur la terre; il se trouve à l'abri des coups des ennemis avec lesquels il était en guerre; il n’a plus à craindre ni les tentations, ni les embüches du démon...

Le Seigneur, dit le Psalmiste, protége les âmes des saints ; il les délivrera de la main des méchants (par une sainte mort ) : Custodit Dominus animas sanctorum suorum ; de manu peccatoris liberabit eos (xavi. 10). En mourant, le juste peut dire avec le prophète : Le Seigneur a délivré mon âme de la mort, mes yeux des larmes, et mes pieds de la chute; je marcherai en la présence du Seigneur dans la terre des vivants : Æripuit animam meam de morte, oculos meos a lacrymis, pedes meos a lapsu. Placebo Domino in regione vivorum (Psal. axrv. 8. 9).

Ah ! mourir c’est vivre; et vivre ici-bas, c’est mourir !.…

Je ne sais, dit saint Grégoire de Nazianze, si l’on ne devrait pas appeler notre vie une mort ; et au contraire donner à la mort le nom de vie : Æaud scio an hæc vita nostra mors potius dicenda sit, et mors e contra vitæ nomine nuncupanda (Orat de Vita humana).

Vanoxs maintenant aux avantages que le juste tire de sa mort, au point de vue de ce qu’il trouve.

Pour lui, la mort est une flèche d’or; elle lenrichit en le perçant..….

Qu'est-ce que la mort du juste, sinon la fin de ses travaux , le commencement du repos et de la paix , la fuite de la tristesse, l’arrivée de la joie , le calme après la tempête, le terme d’une périlleuse navigation, l'entrée au port du salut, une sortie d’esclavage et d’exil , le retour dans la patrie?

Au lit de la mort, le juste, dit saint Bernard, considère les dangers auxquels il a échappé, les travaux qu'il a supportés, les combats dans lesquels il a été vainqueur; et à la suite d’une vie

(2) Vivendo damna contrahimus innocentiæ ; morte finem erroris adipiscimur. Lucrum ergo morte acquiritur ; vitæ autem usu, tanquam miseris debitoribus usu— rarii nominis, ad reatum fœnus augetur ( Lib. Il de Offic., e. v ).

sainte, il attend avec une confiance pleine de sécurité la bienheureuse espérance et la venue de la gloire du grand Dieu. Oh! combien sont heureux ceux qui meurent dans le Seigneur! [ls entendent ces consolantes paroles du Saint-Esprit : Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux; car leurs œuvres les suivront : Peati mortui qui in Domino moriuntur. Amodo jam dicit Spiritus ut requiescant a laboribus suis : opera enim tlorum sequuntur illos (Apoc. xiv. 13). Ils n’entrent pas seulement en possession du repos, mais de la joie qui résulte du spectacle nouveau qui s’offre à eux et de la certitude de ne jamais perdre la bienheureuse éternité. Bonne mort que la mort du juste, à cause du repos; meilleure à cause de la nouveauté qu’il découvre ; parfaite, à cause de l’éternité qui lui est assurée! Au contraire, la mort du pécheur est très-mauvaise. Pourquoi? Elle est mauvaise parce qu’il se trouve séparé du monde; plus mauvaise, parce qu’il est séparé de son corps; très-mauvaise, parce qu’il est condamné au ver rongeur et au feu de l’enfer (Serm. in Cant.).

La mort de ses saints est précieuse aux yeux du Seigneur, dit le Prophète royal : Pretiosa in conspectu Domint mors sanctorum ejus (exv. 15).

Au moment suprême de la mort, Dieu apparaît à l'âme du juste:

* Lève-toi , lui dit-il , Iève-toi, Jérusalem (âme fidèle) ; toi qui as bu de la main du Seigneur le calice de ses épreuves; tu as bu jusqu’au fond de ce calice, tu l’as épuisé jusqu’à la lie : Ælevare, elevare, consurge , Jerusalem , quæ bibisti de manu Domini calicem iræ ejus : usque ad fundum calicis bibisti, et potasti usque ad faces (sai. 1r. 17). Je t'ai ôté ce calice , le calice de mes épreuves; tu ne le boiras plus désormais : Zece tuli de manu tua calicem, fundum calicis indignationis meæ , non adjicies ut bibas illum ultra (Tbid. zr. 22). Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de ta force , à Sion; reprends les vêtements de ta gloire , Jérusalem , cité du saint : l’incirconcis et l’impur ne passeront plus au milieu de toi. Sors de la poussière , lève-to, Jérusalem ; monte sur le trône que je t'ai préparé; romps les fers qui entourent ton cou , fille de Sion naguère captive (1). Tes angoisses d'autrefois sont livrées à l'oubli, je les ai fait disparaître pour jamais : Obliviont

(1) Consurge, consurge, induere fortitudine tua, o Sion, induere vestimentis gloriæ tuæ, Jerusalem, civitas sancti: quia non adjiciet ultra ut pertranseat per te incircumcisus et immundus. Excutere de pulvere, consurge, sede Jerusalem; solve vincula colli tui , captiva filia Sion (Isai. Lux. 1. 2).

La mort met .

le juste en possession

du bonheur

éternel.

traditæ sunt angustiæ priores, et absconditæ sunt ab oculis meis (Hbid. zxv. 16).

J'entendis , dit l’apôtre saint Jean dans l’Apocalypse, j’entendis une voix du ciel qui me disait : Ecris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur! Audivi vocem de cœlo dicentem mihi : Scribe : Beati mortui qui in Domino moriuntur | (xrv. 13.)

(Au moment de la mort) la lumière s’est levée sur le juste, dit le Psalmiste , et la joie est descendue sur ceux qui ont le cœur droit : Lux orta est justo , et rectis corde lætitia (xavr. A1 ). Justes, réjouissezvous dans le Seigneur : Zætamini justi in Domino (Ibid. xevr. 12).

La mort, dit saint Bernard, n’a plus d’aiguillon; elle apporte l’allégresse : Mors jam non est stimulus, sed jubilus (Serm. xxvI in Cant.).

Pour les justes, la mort est le commencement de la vie. Elle est leur départ pour le ciel...

Nous savons, dit saint Paul, que si cette demeure terrestre où nous habitons vient à se dissoudre, nous en avons une autre faite de la main de Dieu, et non de celle des hommes , et qui subsistera éternellement dans les cieux. Cest pour cela que nous gémissons, ajoute l’Apôtre, désirant d’être revêtus de notre habitation qui est du ciel. Si cependant nous sommes trouvés vêtus, et non pas nus (1). Ou, comme le dit saint Paulin, si, dépouillés du corps, nous ne sommes pas nus de la grâce : Si, dispoliatus a corpore, non inveniaris nudus ab opere (Epist. ).

Pour moi, vivre c’est posséder le Christ, et mourir est un gain, dit saint Paul : Wiki vivere Christus est , et mori lucrum (Philipp. r. 21). La mort est l’achat de J, C. et de la béatitude qu’il nous à préparée; c’est l’acquisition de la vie éternelle...

La mort est l'entrée dans la patrie et dans la gloire...

Par la mort, dit saint Cyprien, nous passons à l’immortalité. On ne peut arriver à la vie éternelle, sans sortir de la vie d’ici-bas An F1 mort n’est pas une mort, mais un passage : Ad immortalitatem morte transgredimur. Nec potest vita œterna succedere , nisi hine contigerit emigrare; non est exitus iste, sed transitus (De Mortal. ).

ci-bas, dit saint Bernard, le juste meurt plein de jours, et il

(1) Scimus enim quoniam si terrestris domus nostra hujus habitationis dissolva tur, ædificationem ex Deo habemus, domum non manu factam æternam in cœlis. Nam et in hoc ingemiscimus, habitationem nostram, quæ de cœlo est, superindui cupientes, Si tamen vestiti, non nudi invéniamur (IL. Cor, v. 1-3).

reparaît là où se trouve la plénitude des jours : Æic moritur Justus plenus dierum; et illic oritur in plenitudine dierum (Serm. in Sap.).

La lumière (du juste mourant) brillera comme l'aurore, dit Isaïe ; la justice marchera devant lui , et il sera environné de la gloire du Seigneur (Lvirr. 8). Votre lumière, Ô juste! brillera dans les ténèbres de la mort, et ces ténèbres seront pour vous comme le soleil. Le Seigneur vous donnera un repos éternel; il environnera votre âme de sa splendeur ; il ranimera vos ossements ; vous serez comme un jardin toujours arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent jamais : Æequiem tibi dabit Dominus semper , et implebit splendoribus animam tuam , et ossa tua liberabit ; et eris quasi hortus irriguus, et sicut fons aquarum, cujus non deficiunt aquæ (Ibid. Lvrir. 10.11). La cendre dont ils couvraient leur tête sera changée en une couronne , leurs pleurs en joie, leurs vêtements lugubres en vêtements de gloire : Z# darem eis coronam pro cinere, oleum gaudii pro luctu, pallium laudis pro spiritu mæroris (Isai. Lxr. 3).

Comme saint Etienne, le juste mourant lève les yeux au ciel , et il voit la gloire de Dieu et les cieux ouverts (Act. vn. 55). Il voit l'échelle de Jacob, les anges qui descendent et qui viennent le chercher, et, au sommet de l’échelle, Dieu qui lui dit : Bon et fidèle ” serviteur, parce que vous avez été fidèle en peu de chose, je vous donnerai beaucoup ; entrez dans la joie de votre maître : Serve bane et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, supra multa te constituam : intra in gaudium Domini tui (Matth. xxv. 21). Venez, béni de mon Père, lui dit J. C. ; possédez le royaume préparé pour vous dès l’origine du monde : Venite , benedicti Patris mei, possidete paratam vobis regnum a constitutione mundi (Matth. xxv. 34). Et ce juste va dans la vie éternelle : Zbunt.justi in vitam æternam | Matth. xxv. 46 ).

Les paiens eux-mêmes avaient conservé quelque chose de la croyance , reçue par tradition , que , pour ceux qui avaient observé les lois de la justice, la mort était le passage à une vie meilleure.

Ce que les hommes appellent la mort, dit un philosophe, est le commencement de l’immortalité, et l'acte qui crée pour eux la vie future : Hoc quod mortem homines vocant, idipsum est immortalitatis initium, et futuræ vitæ procreatio (Maxim. Tyr., serm. XXV ).

La mort, dit Cicéron , nous sépare des maux, et non des biens ; elle n’est pas une destruction qui enlève tout et qui efface tout, mais une sorte d’émigration et de changementde vie, qui, pour les

Exemplestirés de la mort des saints,

Ss +

grands hommes et les femmes illustres, est d'ordinaire la voie du ciel (4), |

Blessé à mort dans un combat acharné, Epaminondas , général Thébain, demanda s’il était victorieux de l'ennemi? Comme on lui répondit affirmativement , il dit : Ma vie touche à sa fin; mais une vie meilleure et d’un ordre supérieur va commencer pour moi. Mourant comme il meurt, c'est maintenant qu'Epaminondas naît : Nunc finis vitæ meæ, sed melius et altius initium advenit : nune Epaminondas nascitur, quia sic moritur(Plutare.).

Si nous en croyons Strabon , les Brachmanes affirmaient que la mort est une nativité à la vie véritable et heureuse.

L'âme , dit Pallade , s'échappe du corps comme d’une prison de mort et s'enfuit vers le Dieu immortel : Anëma e corpore | tanquam e carceribus morts, fugit ad Deum immortalem (Anton. in Meliss.).

Le jour de la mort que l’homme redoute tant, dit Sénèque, est la naissance du jour éternel ( Prov. ).

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur, dit le Roi- Prophète : Misericordias Domint in œternum cantabo (1xxxvu. 1).

Le juste meurt en chantant , dit saint Bernard , et en mourant il chante : O mort ! mère du chagrin, tu sers à la joie ; ennemie de la gloire, tu sers à la gloire; porte de l’enfer, tu sers d’entrée au céleste royaume; abime de perdition, tu sers à faire trouver le salut ; Ô mort! tu ouvres aux fidèles qui traversent tes domaines une large et joyeuse sortie pour arriver à la vie (2),

Ainsi, par la grâce de J. C, et sa force, saint Laurent, saint Vincent et tous les martyrs se moquaient des bourreaux, des tourments et de la mort. Ainsi les confesseurs, les anachorètes, etc., se réjouissaient à leur dernière heure. Ceux qui imitent leurs vertus se réjouiront comme eux, parce qu’ils seront vainqueurs de la mort par la mort même, et passeront de la vie présente à la vie éternelle,

La mort est un jeu pour les vrais chrétiens; la vieleur est à charge , la mort fait l’objet de leurs désirs et leur bonheur. La vie ne leur est pas enlevée, elle estchangée en une existence meilleure.

(1) A malis mors abducit, non a bonis, et mors non est interitus omnia tollens atque delens, sed quædam quasi migratio commutatioque vitæ, quæ in claris viris et feminis dux in cœlum solet esse ( Tusculan. 1).

(2) Jam cantando moritur homo, et moriendo cantat : Usurparis ad lætitiam, mater mœroris; usurparis ad gloriam, gloriæ inimica; usurparis ad introitum regni , porta inferi ; et fovea perditionis, ad inventionem salutis : transeuntibus per medium . tui fidelibus latum letumqueæ. exitun pandis ad vitam (Serm. in Cant.).

MORT DU JUSTE. 363 Par la mort, ils cessent de mourir, et commencent de vivre d’une vie qui n’aura point de fin... de

En entendant la sentence de mort portée contre lui, saint Cyprien s’écria : Je rends grâces au Dieu tout-puissant qui daigne me délivrer des chaînes du corps (/nejus vita).

Notre adversaire , dit ce grand saint, à compris que les soldats de J.C. sont invincibles, et que, par cela même qu’ils ne craignent pas de mourir, ils ne seront jamais vaincus : /ntellexit adversarius milites Christi vinci non posse, et hoc ipso invictos esse, quia mori non timent (Epist. ad Cornel.).

Les méchants, dit saint Bernard, appellent mort le passage à la vie; mais le juste regarde la mort comme la pâque la plus précieuse (1); car il meurt au monde pour vivre parfaitement de Dieu ; il entre dans la demeure admirable du Seigneur; il pénètre dans son sanctuaire ( De Nat, et Dignit. div. amor., ©. XV).

Au moment de sa mort, saint Etienne , qui ne voyait rien de ce qui se passait autour de lui, voyait J. C., dit saint Grégoire de Nazianze : Ëo tempore quo cœtera non videbat, Jesum videbat (In Act. apost, ).

Saint Nicolas mourant s’écriait : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains (Surius, èn ejus vita). |

Saint Martin disait : Permettez que je regarde le ciel plutôt que la terre, afin que mon âme, prenant le chemin qu’elle doit suivre, se dirige vers le Seigneur ( Hist. E'ecles.).

Ecoutez saint Ambroise : Je n’ai pas vécu pour craindre la mort; je ne la crains pas, car le Seigneur est bon (Possidon. Vif. S. August.).

Hélas! s’écriait saint Jérôme, que mon pèlerinage a été prolongé ! Comme le cerf qui court à une source d’eau vive, ainsi, mon Dieu, mon âme vous désire (Hist. Eccles. ):

Seigneur, disait sainte Marie Egyptienne, vous laisserez partir votre servante en paix , selon votre parole (Jn ejus vita).

Le vénérable Bède répétait : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint- Esprit (Surius, èn ejus vita).

Sainte Gorgonie disait : Je dormirai et je me reposerai en paix (Ribaden. Vié. Sanct.).

Et saint François d'Assise : Tirez, Seigneur, tirez mon âme de sa

(1) Pour bien comprendre.ces paroles de saint Bernard et l’allusion qu’elles renfer= ment, il faut se rappeler que le mot pâque a un double sens : par son étymologie de l’hébreu phasu ou phase, il signifie passage; et par son sens historique et religieux , solennité, fête, festin, union avec Dieu, etc,

prison, afin qu’elle loue votre nom; les justes attendent que je recoive ma récompense (S. Bouav. ).

Voici ce que dit saint Pierre d’Alcantara : Je me réjouis de ce que l’on vient de m’annoncer; j'irai dans la maison de Dieu (Surius, in ejus vita).

Sainte Marie de Belgique s’écria : O Seigneur notre roi, que vous êtes beau! Louez Dieu : Alleluia ! (Ribaden. Vif. Sanct.)

Prèêtez l'oreille aux paroles de saint Antoine : Lorsque le jour de la résurrection sera venu, je recevrai de la main deJ. C. ce corps que je vais abandonner, et il sera incorruptible. Puis s’adressant à ses religieux : Adieu, mes enfants, dit-il, adieu, Antoine s’en va (Vif. Patr..).

Saint Bernard entendit une voix qui lui disait : Venez, on vous attend (Zn ejus vita ).

Saint Jean Chrysostome quitta ses habits, en prit de blancs, comme pour se préparer aux noces célestes de l’Agneau ; il communia et dit: Dieu soit glorifié de tout. Aïnsi soit-il (Surius, èn ejus vita).

Je vais entrer aujourd’hui en possession d’un royaume que J. C. veut bien partager avec moi, dit saint Philéas martyr (Surius, in ejus vita).

Saint Aelred mourut en prononçant ces paroles : Seigneur, mon Dieu, je chanterai éternellement votre miséricorde, votre miséricorde , votre miséricorde ! (Godesc., in ejus vita.)

Tandis que les amisde saint Laurent Justinien pleuraient autour de lui, il s’écriait dans des ravissements de joie : Voilà l’Epoux ; allons au-devant de lui. Seigneur Jésus, je vais à vous (Surius, in ejus vita).

Sainte Maure, vierge à Troyes, mourut en prononçant ces paroles de l'Oraison dominicale : Que votre règne arrive (Godesc.).

Saint Edouard, roi d'Angleterre, voyant la reine fondant en larmes , lui dit: Ne pleurez pas; je ne mourrai point, mais je vivrai: j'espère , en quittant cette terre de mort, entrer dans la terre des vivants pour y jouir du bonheur des saints (Godesc.).

O mon Seigneur et mon époux, s’écriait sainte Térèse , la voilà donc arrivée cette heure que je désirais si ardemment ! Je touche au moment de ma délivrance. Que votre volonté soit faite. L'heure est enfin venue où je sortirai de mon exil, et où mon âme trouvera dans votre présence le bonheur après lequel elle soupire depuis si longtemps (Godesc.).

Saint François Xavier ayant les yeux baignés de pleurs et tendre-

… ment attaché sur son crucifix , prononça ces paroles : Seigneur , j'ai

mis en vous mon espérance, je ne serai jamais confondu ; et en même temps, transporté d’une joie céleste qui parut sur son visage, il rendit doucement l’esprit {Godesc.).

Après avoir dit qu’il voyait la sainte Vierge accompagnée d’une troupe d’anges, saint Stanislas de Kostka expira tranquillement (Godesc.).

Saint Louis de Gonzague remercia Dieu de ce que sa fin était proche , et pria un des pères de la compagnie de réciter le Te Deum avec lui. N dit à un autre : Mon père , nous nous en allons, et nous nous en allons avec joie (Godesc.).

Ah! quel bonheur! s’écriait saint François Régis; que je meurs content ! Je vois Jésus et Marie qui daignent venir au-devant de moi

pour me conduire dans le séjour des saints ( Godesc.).

Le bienheureux Bernard de Corléon contemplait avec transport les approches du trépas : Passons, mon âme, disait-il, passons de cette misérable vie à la félicité éternelle! Passons de la souffrance à la joie ! Passons de la corruption du monde aux divins embrassements de Dieu! (Godesc.)

Le bienheureux Nicolas de Longobard, recueillant son dernier souffle, s’écria avec une sainte joie : Au paradis! au paradis! et il expira (Godesc.). |

Tous ceux qui assistèrent à la mort du vénérable Paul de La Croix, se disaient, après qu’il eut fermé les yeux : Aujourd’hui nous avons vu comment meurent les saints (Godesc.).

Ces exemples touchants de la mort de quelques saints s’appliquent à tous. |

On peut dire de chaque juste mourant ce que l’Ecclésiastique dit d’Ezéchias : Il vit ses derniers instants avec un grand cœur : Spiritu magno vidit ultima (xuvrir. 27 ).

Le pécheur Pierre , dit saint Chrysostome, resplendit, même après sa mort, d’une lumière plus éclatante que le soleil : Piscator Petrus, etiam post mortem, resplendet, sole clarius (De S. Petro).

On pourrait placer sur le tombeau de tous les saints l'inscription si glorieuse qu’on lit dans l’église de Sainte-Marie-des-Anges , à Rome, sur le tombeau du cardinal Alciati : Virtute vixit, memoria vivit, gloria vivet : IL a vécu dans la vertu, il vit dans la mémoire des hommes, il vivra dans la gloire.

L'Eglise appelle le jour de la mort des saints, le jour de leur

Combien la mort du juste et sa mémoire sont en honneur ét en vénération,

366 MORT DÜ JUSTE.

naissance. Leur précieuse mort, en effet, les fait naïtre à la vie, à la possession de la félicité éternelle.

Le Psalmiste a fait en deux mots l’épitaphe de tous les justes : La mémoire du juste ne périra jamais: Inmemoriaæterna erit justus (ax1. T).

Après avoir vécu quatre-vingt-dix-neuf ans, Tobie, dit l’Ecriture, mourut dans la crainte du Seigneur, et ses enfants l’ensevelirent avec une sainte joie (xIv. 16).

Bénédiction du Seigneur sur la tête du juste, disent les Proverbes. La mémoire du juste est un parfum qui s’exhale dans l'avenir ; mais le nom de l’impie répandra l'infection : Benedictio Domini super caput just. Memoria justi cum laudibus ; et nomen impiorum putrescet (x. 6. 7). Le souvenir du juste est agréable et doux; sa mémoire est honorée, tellement que Dieu et les hommes le bénissent, le louent, le célèbrent. Ainsi sont glorifiés Abraham, Moïse, Jean-Baptiste, les apôtres, etc...

La maison de l’impie sera arrachée de ses fondements , dit l’Ecriture; mais les tentes des justes subsisteront à jamais : Domus tmpiorum delebitur ; tabernacula vero justorum germinabunt (Prov. xtv. 11).

Celui qui craint le Seigneur jouira d’une ineffable tranquillité à ses derniers instants; il sera béni au jour de sa mort, dit l’Ecclésiastique : Timenti Dominum bene erit in extremis, et in die defunctionis suæ benedicetur (1.13). Sa mémoire ne s’effacera pas, et son nom sera transmis de génération en génération : Von recedet memoria ejus, et nomen êjus requiretur a generatione in generationem (Ibid. xxxrx. 13). Les peuples raconteront sa sagesse, et l’assemblée des fidèles célébrera ses louanges : Sapientiam ejus enarrabunt gentes, et laudem ejus enuntiabit ecclesia (Ibid. xxxix. 14). Riches en vertu, dit encore l’Ecclésiastique, aimant la véritable beauté et vivant en paix dans leurs maisons, les justes, nos pères, ont obtenu la gloire, chacun parmi les fils de sa nation : ils ont été loués pendant leur vie ; et ceux qui sont nés d’eux ont laissé un nom qui a raconté leurs louanges. Au contraire, il est des hommes dont la mémoire n'existe pas : ils ont péri comme s’ils n'avaient jamais été; ils sont nés, et c’est comme s'ils étaient demeurés dans le néant , eux et leurs enfants avec eux. Mais nos pères ont été miséricordieux, et leur piété n’a jamais défailli. Tous les biens seront le partage de leur postérité... Leurs corps ont été ensevelis en paix, et leur nom vit de génération en génération. Que les peuples racontent leur sagesse, et que l’assemblée des fidèles célèbre leurs louanges (xL1v. 6-11. 14.15).

40 Ils sont en paix ; car ils sont morts après avoir bien employé leurs jours et chargés de saintes œuvres ; ils sont morts dans une bonne vieillesse; et même quand ils ont été enlevés à la fleur de l’âge. ils avaient une longue vie, par les vertus, le mérite, la sainteté. 20 Ils ont été ensevelis en paix ; parce que la pompe dont On a environné leurs funérailles leur était bien due, ils ont reçu un large tribut de regrets et de prières, ete. Si déjà ils ne sont pas en possession de la gloire, ils participent à toutes les prières, à toutes les aumônes, à tous les sacrifices de l'Eglise. 3 Ils sont en paix; car ils ont été ensevelis par leurs amis au milieu de ceux qu’ils avaient connus et avec lesquels ils avaient vécu en paix , en charité. 4e Ils sont en paix ; car ils attendent la résurrection glorieuse. 5o Ils sont en paix ; c’est-à-dire honorés d’une excellente réputation et d’une glorieuse mémoire.

Leur nom vit de génération en génération : £'£ nomen eorum vivit in generationem eé generationem (Eccli. xcrv. 14). Il vit tant au ciel , auprès de Dieu, des angës et des bienheureux, que sur la terre, auprès des hommes de tous les lieux et de tous les temps. Pendant que leur âme est revêtue des splendeurs de la gloire éternelle, qu’elle voit Dieu face à face et le possède tout entier, leurs Corps sont exposés à la vénération publique sur nos autels..….

Or, la source et le principe de ce souvenir , de cet honneur , de cette gloire qui leur sont accordés, c’est une vertu parfaite : car la vertu fait le nom et la mémoire, et Ja mémoire éngéndre la gloire dans le temps et dans l'éternité. Les justes sont loués, ils le seront dans tous les temps ; car, dit saint Antoine, la mémoire des saints est le chemin qui conduit à la vertu ; c’est un stimulant de sanctification (Vit. Patr.).

Que leur mémoire , s’écrie l’Ecclésiastique , soit en bénédiction ; que leurs os se raniment dans leurs sépulcres; que leur nom demeure éternellement, et qu’il passe couvert de gloire à leur postérité ! (xLvr. 44. 15.)

Le Seigneur , Ô juste, te revêtira du manteau de justice, dit le prophète Baruch ; il mettra sur ta tête un diadème d’éternel honneur : Cércumdabit te Deus diploide justitiæ, et imponet mitram eapiti honoris œterni (v. 2). Dieu fera voir en toi sa splendeur à tout ce qui est sous le ciel : Deus enim ostendet splendorem suum in te, omni qui sub cœlo est (Id. v. 3). Car voici le nom dont Dieu te gratifiera pour jamais : La paix de la justice , et l'honneur de la piété : Nominabitur tibi nomien tuum a Deo in sempiternam : Pax justitiæ, et honor

pietatis (Id. v. 4). Le Seigneur conduira les justes, portés âvec honneur comme fils du roi : Adducet illos Dominus portatos in honore sicut filios regni (Id. v. 6).

Voyez les nombreux pèlerins de toutes les nations, de tous les lieux , de tous les temps , appartenant à toutes les conditions et à tous les âges , qui sont venus s’agénouiller auprès des tombeaux des saints apôtres, et d’une multitude d’autres saints. Comptez les temples, les chapelles et les autels élevés à la gloire de ces amis de Dieu. Prêtez l'oreille aux prières-et aux offices publics célébrés en leur honneur. Toutes les paroisses catholiques de l’univers ont choisi parmi les saints, chacune son patron; et combien de paroisses portent le nom d’un même protecteur ! Quand un enfant est baptisé, ne lui donne-t-on pas le nom d’un saint , sous la sauvegarde duquel il se trouve placé ?.. Et les merveilles, les miracles par lesquels Dieu se plait à honorer les saints, à exalter leur puissance et leyr gloire , que nous disent-ils ?.… L

C’est ainsi que Dieu se plait à récompenser la vertu , le mérite...

La bonne vie Nous gémissons, dit saint Paul, désirant d’être revêtus de notre

fait la bonne mort.

“habitation qui est du ciel; si cependant nous sommes trouvés vêtus, et non pas nus : Vam et in hoc ingemiscimus , habitationem nostram , quæ de cœlo est, superindui cupientes : si tamen vestiti, non nudi inveniamur (IL. Cor. v. 2. 3).

Nous voulons aller habiter avec le Seigneur, ajoute ce grand apôtre; c’est pourquoi, soit présents , soit absents, à Corinthiens , nous nous efforçons de lui plaire : Bonam voluntatem habemus præsentes esse ad Dominum : et ideo contendimus, sive absentes , sive præsentes, placere illi (I. v.8. 9).

Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux; car leurs œuvres les suivent : Beati mortui, qui in Domino moriuntur. Amodo jam dicit Spiritus ut reguescant a laboribus suis; opera enim tlorum sequuntur illos (Apoc. xiv. 13).

Uné bonne mort, dit saint Augustin, suit presque toujours une bonne vie; et une mauvaise mort, une mauvaise vie : Fere bonam vitam, bona mors; et malam vitam, mala mors sequitur (Lib. Civit. ).

De même que celui qui n’a pas vécu à Rome , qui n’y a jamais été et qui n’y va pas, n’y peut pas mourir ; ainsi celui qui ne vit pas de Dieu et pour Dieu, peut-il mourir en Dieu? L'homme, au contraire , qui vit uni à son Créateur, se repose en lui à la mort.

MORT DU JUSTE 369 La mort est l’écho de la vie. Si la vie est un concert de vertu , de charité, de bonnes œuvres , la mort , écho fidèle, dit: Vertu, charité, bonnes œuvres. Mais si, de la vie, s'élève un bruit de blasphèmes, de haine, d’impureté, de colère , d’'impiété , de scandales , la mort le répète et dit à l'éternité : Blasphèmes , haine, impureté, colère , impiété , scandales. Le ciel entend cet horrible écho , et l'ange de la céleste justice en interdit l’entrée au pécheur.

Les bons chrétiens meurent de la mort des justes ; pourquoi ? Le Prophète royal en donne la raison : Leurs jours sont pleins, dit-il : Dies plent invenientur in eis [Lxxrr. 10). Lors même que la mort le frappe dans sa jeunesse, le juste à rempli une longue carrière par ses vertus, dit la Sagesse : Consummatus in brevi, explevit tempora multa (1v. 43).

Le juste meurt plein de jours, dit saint Bernard ; et il renaît dans la plénitude des jours. Il est comblé de toutes parts : ici-bas, de grâce; dans le ciel, de gloire; car le Seigneur donnera là grâce et la gloire (1).

Abraham , dit la sainte Ecriture , mourut dans une bonne vieillesse et plein de jours (Gen. xxv. 8). Le saint vieillard Eléazar quitta la vie, laissant non-seulement aux jeunes gens, mais à toute sa

-- nation , le souvenir de sa mort ; Comme un exemple de courage et dé force , dit encore la sainte Ecriture (IL. Machab. vr. 31 Je

Les justes sont riches en vertu; voilà pourquoi ils meurent dans le Seigneur...

Avant de quitter la terre, les justes sont morts au monde ; ils vivent de privations, de jeûnes, de pénitence, de patience; ils vivent sur la croix ; mais après la mort, ils jouissent d’une vie qui sera éternellement glorieuse.

Voulons-nous mourir de la mort des justes? vivons de leur ViBsoen Vivre en pécheur et vouloir mourir en juste, c’est vouloir Pimpossible , à moins que n’intervienne un incontestable miracle que Dieu ne doit pas et que très-probablement il ne fera ps , car il ne l’opère que rarement...

(4) Hic moritur justus plenus dicrum ; étillic oritur in plenitudine dierum. Utrobique plenus; et hic gratia, et illic gloria : quia gratiam et gloriam dabit Dominus (Serm. in Sap.),.

Te 28

Tous les maux tombent

à la fois sur le pécheur mourant.

£ Prophète royal peint en quelques lignes les maux qui fondent sur le pécheur mourant : Les douleurs de la mort m'ont environné, dit-il, et les torrents d’iniquité m'ont rempli de trouble. Les douleurs de l’enfer m'ont investi, les rets de la mort m’ont enveloppé : Circumdederunt me dolores mortis, et torrentes intquitatis conturbaverunt me. Dolores inferni circumdederunt me, præoccupaverunt me laquei mortis (xvir. 5. 6). Vos traits, Seigneur , me pénètrent de toutes parts, et votre main est descendue sur moi. Votre indignation ne laisse rien de sain en mon corps, et mes péchés m'ont inquiété jusque dans mes os. Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tête; elles sont devenues un poids qui m’accable. Mes plaies se sont corrompues et gangrenées à cause de mes égarements (1). Incliné , courbé vers la terre , je marche dans la douleur. Mes entrailles sont pleines d’un feu qui les dévore; tout mon corps n’est plus qu’une plaie : Miser factus sum et curvatus sum usque in finem : contristatus ingrediebar. Lumbi mei impleti sunt illusionibus : et non est sanitas in carne mea (Psal. xxxvir. 7. 8). Je suis languissant et brisé; je rugis dans les frémissements de mon cœur... Mon cœur est dans le trouble, ma force m’abandonne : la lumière de mes yeux s'éteint; elle n’est plus en moi (xxxvir. 9. 41 ). La terreur de la mort a fondu sur moi : Formido mortis cecidit super me (ziv. 5). La crainte et la terreur n’ont saisi, et de toutes parts je suis dans les ténèbres : Timor et tremor venerunt super me, et contexerunt me tenebræ | 11v. 6). Que la mort surprenne les méchants, ajoute le Prophète royal, qu'ils descendent tout vivants dans lPenfer : Veniat mors super illos, et descendant in infernum viventes (ziv. 16). Ils sont revètus de leur iniquité et de leur impiété comme d’un vêtement : Operti sunt iniquitate et impietate sua (xxx. 6). À l'heure de la mort, lés maux investiront l’homme qui a commis l'injustice : Virum injustum mala capient in interitu (cxxxIx. 12 ). N'ayant semé que de l’ivraie, n’ayant planté que des arbres

(1) Sagittæ tuæ infixæ sunt mihi? et confirmasti super me manum tuam. Non est sanitas in carne mea a facie iræ tuæ : non est pax ossibus meis a facie peccatorum meorum, Iniquitates meæ supergressæ sunt caput meum: et sicut onus grave, gra-

vatæ sunt super me. Putruerunt, et corruptæ sunt cicatrices meæ, a facie insipientiæ meæ (xxXVII. 3-6),

MORT DU PÉCHEUR. 37 sauvages, à la mort les pécheurs mangeront les fruitsamers qu’ils se sont préparés : ils ont médité le mal et ont conçu l’iniquité; ils se rassasieront de leurs conseils, disent les Proverbes : Comedent fructus DI@ Su, suisque consilüs saturabuntur (1. 34).

Je ferai, dit le Seigneur par la bouche du prophète Amos, je ferai des derniers instants du pécheur un jour plein d’amertume : Ponam novissima ejus diem amarum (vi. 10 ).

Mes jours ont passé, dit le pécheur mourant empruntant les paroles de Job, mes pensées se sont dissipées en torturant mon cœur : Dies met transierunt , cogitationes meæ dissipatæ sunt, torquentes cor meum (KVIT. A1).

De toutes parts, dit saint Chrysostome, des supplices affreux , la crainte de l'avenir , les souffrances du présent, le remords du passé : Acerba undique supplicia , metus futurorum, labor præsentium, dolor preteritorum (Homil. ad pop. ).

Les souvenirs de ses crimes, de ses scandales, de ses impiétés , fondent à la fois sur le pécheur mourant. Pendant sa vie, il s'était elforcé de les tenir à l'écart et il y avait presque réussi ; mais à sa mort, ils se présentent tous ensemble comme une armée ennemie, et lui disent : Nous connais-tu maintenant? nous sommes tes œuvres... Dans le présent, il voit le monde qui s’enfuit et qui le méprise , les richesses, les honneurs et les plaisirs qui s’évanouissent.. ; son corps qu'il adorait , et qui, accablé de douleurs , commence à se corrompre et à se dissoudre... ; les démons qui l’environnent , qui le saisissent , qui l’accusent...; le juste jugement de Dieu qui l’attend..., l’enfer.…, le désespoir éternel... : tous les maux fondent à la fois sur lui...

Le pécheur mourant verra, dit le Psalmiste, il s’irritera , il grincera des dents et il séchera de rage; le désir des pécheurs périra : Peccator videbit , et irascetur , dentibus suis fremet et tabescet : desiderium peccatorum peribit (axx. 10). Le pécheur tremble au souvenir de sa vie infâme et à la vue de ses accusateurs.….; il est accablé sous le poids de ses souffrances et à la pensée de se séparer de son corps, du monde , des biens , des plaisirs... ; il a en perspective la mort, les jugements terribles de Dieu, les horreurs de l’enfer , et une éternité de supplices.…...

Parce que je vous ai appelés, dit le Seigneur aux pécheurs, et que vous vous êtes éloignés; parce que j'ai étendu la main, et que vous n’avez point été attentifs; parce que vous avez dédaigné mes

Dieu s'éloigne du pécheur mourant,

37 MORT DU PÉCÉEUR.

conseils, et négligé ma menace : moi, je rirai au jour de votre mort; je vous raillerai quand ce que vous craignez sera arrivé ; lorsque le malheur fondra tout à coup sur vous, quand là mort vous envahira comme la tempête et que la détresse et l'angoisse vous inonderont. | Alors ils m’invoqueront, et je ne les exaucerai pas ; ils se lèveront dès le matin pour me chercher, et ils ne me trouveront point (4).

Dieu traitera les pécheurs comme ils l'ont traité ; il leur rendra à la mort ce qu’en bonne santé ils lui ont prodigué : le rire, l'ironie , la dérision, le mépris et l'abandon... Lorsque, semblables aux vierges folles dont parle l'Evangile, ils frapperont à la porte du pardon et de la grâce, à la porte du ciel, en disant : Seigneur, Seigneur , ouvrez-nous : Domine , Domine , apert nobis (Matth. xxv. 41), le grand Dieu leur répondra : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais point : Amen dico vobis , nescio vos (Matth. xxv. 12). Vous n'êtes pas de mes brebis...

Dieu se rit du pécheur mourant, et il le tourne en dérision, 1° en le punissant comme son ennemi, mais avec justice, à cause de ses crimes... ; 2 en l’exposant à la risée et aux railleries du ciel, de la terre et de l'enfer. ; 3° en lui reprochant ses iniquités, comme il le fera de nouveau au jugement universel... ; 4° en se réjouissant de sa juste peine; en faisant que les anges et les saints s’en réjouissent, comme ils se réjouiront , d’après l’Apocalypse, du renversement de la criminelle Babylone qui représente les pécheurs. Elle est tombée, elle est tombée cette Babylone! elle est devenue la demeure des démons, le refuge de tout esprit immonde, et le repaire de tout ce qui est impur et haïssable : Cecidit, cecidit Babylon ; et facta est habitatio dæmoniorum, et custodia omnis spiritus immundi, et custodia omnis volucris immundeæ et odibilis (xvur. 2). Triomphez d’elle, ciel, et saints apôtres, et prophètes, parce que Dieu a jugé : £xsulta super eam cœlum , et sancti apostoli, et prophetæ , quoniam judicavit Deus (Apoc. xvir. 20). 5e Dieu se rit du pécheur mourant, en le livrant à ses ennemis et surtout aux démons, qui l’accablent d’ironie en le tourmentant , le torturant et l’immolant..….

Alors, ditle Seigneur, ils m'invoqueront, et je ne les exaucerai pas ? J'unc invocabunt me, et non exaudiam (Prov.1.28). Maintenant,

(4) Quia vocavi, et renuistis: extendi manum meam, et non fuit qui aspiceret. Despexistis omne consilium meum , et increpationes meas neglexistis. Ego quoque ininteritu vestro ridebo , et subsannabo, cum vobis id quod timebatis, advenerit. Cum irruerit repentina calamitas, et interitus quasi tempestas ingruerit; quando venerit super vos tribulatio et angustia. Tunc invocabunt me, et non exaudiam : mane consurgent, et non invenient me ( Prov, 1, 24-28 ),

ils ne veulent pas écouter ma voix qui les appelle ; à la mort, lorsque de toutes parts les angoisses fondront sur eux, je ne prêterai pas l'oreille à leur voix qui implorera mon secours. Vous êtes sourds, pécheurs , vous me trouverez sourd. La douleur alors vous ouvrira les yeux, ces yeux que vos impuretés et vos passions tiennent maintenant fermés. Mais je ne vous exaucerai pas; parce que pendant votre vie vous avez détesté la discipline ; et que vous n’avez pas voulu me craindre : Z’o quod exosam habuerint disciplinam, et timorem Domini non susceperint (Prov. 1. 29 ) ; parce que vous n’avez point acquiescé à mon conseil etque vous avez accusé toutes mes corrections : Nec acquieverint consilio meo, et detraxerint universæ correptiont meæ (Prov. 1. 30). s

La raison pour laquelle le pécheur mourant n’est d'ordinaire pas exaucé par le Dieu qu'il invoque, c’est qu'il a persévéré dans les quatre crimes dont viennent de nous parler les Proverbes, crimes qui renferment quatre graves injures faites à la sagesse divine, et cela par gradation : la première , en détestant la discipline, et par conséquent la sagesse de Dieu ; la seconde , en ne recevant point sa crainte ; la troisième, en refusant d’aquiescer à son conseil, qui l'aurait porté au bien; la quatrième, en accusant et en blämant toutes les corrections de la Providence.

Av jour de la mort , toutes les pensées des pécheurs périront, dit le Psalmiste : In illa die peribunt omnes cogitationes eorum.… (GXLV. À.)

Leur espérance a disparu , dit la Sagesse : Ævacuata est spes illorum (x. A1).

La plaie du pécheur est désespérée, dit le prophète Michée : Desperata est plaga ejus (1. 9). Combien y en a-t-il qui, à leur dernière heure, imitent Caïn et disent : Mon iniquité est trop grande pour que j’obtienne grâce : Major est iniquitas mea quam ut veniam merear (Gen. 1v. 13).

Loin de se jeter dans Les bras de la miséricorde de Dieu, ils ne voient que sa justice...

Loin de considérer les mérites du sang de J. C. , ils ne voient que les nombreux et énormes crimes dont ilsse sont rendus coupables...

( Voyez Désespoir.)

Vous n’avez pas besoin, frères, dit saint Paul, que nous vous écrivions au sujet des temps et des moments; car vous savez très-bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme Le voleur dans

Le pécheur ” mourant

tombe dans le désespoir.

La mort surprend les pécheurs.

Les pécheurs meurent dans l'impénitence.

374 id MORT DU PÉCHEURe

la nuit. Lorsque les pécheurs diront : Paix et sécurité, alors viendra sur eux une soudaine ruine, et ils n'échapperont pas : Tunc repentinus eis superveniet interitus et non effugient..…. (EL. Thess. v. 1-3.) Ils avaient compté sur le temps, il leur manquera. La mort leur apparaîtra formidable et prompte, dit la Sagesse : Horrende et cito apparebit vobis (vtr. 6).

Le malheur fondra tout à coup sur eux, disent les Proverbes; la mort les envahira comme la tempête (1. 27). Leur sort sera semblable à celui d’une maison qui est renversée par un puissant tremblement de terre , à celui d’un navire qui fait naufrage, coulé par la tempête, ou mis er pièces par un invisible écueil.…..

Voilà comme: ‘ eu frappe et châtie les impies qui méprisent ses lois...

Us sont en danger et ils espèrent encore guérir ; la mort est là et ils pensent à la vie; le temps leur échappe et ils ne s'occupent pas de l'éternité. Ni leurs parents, ni leurs amis n’osent les avertir que la mort est proche. Ils veulent se tromper et ils se trompent; ils veulent être trompés et on les trompe... À demain, disent-ils, à demain les affaires... Et le lendemain ne les trouve plus; ils sont entrés dans la maison de leur éternité !.…

Sr vous ne voulez faire pénitence qu’au moment où vous ne pourrez

plus pécher , ditsaint Augustin , ce serale péché qui vous quittera ,

et non vous qui quitterez le péché : Si vis agere pœænitentiam tune ,

quando peccare non potes ; peccata te dimiserunt, non tu illa (Homil. x1I

inter L). À la mort, les pécheurs périront, dit le Psalmiste ; Pecca-

tores peribunt (XxXv1. 20 ). .

Ils périront, parce que Dieu les abandonnera.…..

Mais en ce cas, direz-vous, l’invocation de Dieu et la pénitence du pécheur à la mort, sont donc inutiles et trop tardives? Je réponds: L’invocation de Dieu et la pénitence , si elles sont sincères, ne sont jamais inutiles dans cette vie, quoiqu’elles puissent être tardives ; mais celles qui sont tardives, sont rarement sincères. Car, à la mort, le pécheur, même incrédule, impie et endurci, peut invoquer Dieu ; mais qu'est cette invocation? Elle a pour but ordinairement de demander la rémission de la peine, et non le pardon de la faute. Le pécheur désire seulement échapper à la mort , et voilà pourquoi il n’est pas exaucé : son péché ne lui est pas remis, parce qu’il ne demande pas cette rémission, Alors il estimpénitent. Ne demandant

pas la rémission de sa faute , il n’a ni celle de la peine , ni celle de la faute; et il meurt en réprouvé.….

D'ailleurs invoque-t-il Dieu du fond de son âme?.. se repent-il de tout son cœur? a-t-il la volonté, s’il revient à la vie , de ne plus offenser Dieu comme il l’a fait jusqu’au moment de la maladie? Ordinairement tout cela lui manque; et ces conditions essentielles de la contrition faisant défaut , l’impénitence est réelle.

Le pécheur mourra dans l’iniquité qu'il a commise, dit le prophète Ezéchiel : Zn injustitia, quam operatus est, morietur (xviu. 26). C'est-à-dire, le pécheur endurci Fi sans repentir mourra dans son péché et sera réprouvé..…..

L’endurcissement et la damnation doivent être attribués au pécheur , et non à Dieu. Le prophète Osée le proclame : Ta perte , Ô Israël, vient de toi-même; c’est ton propre ouvrage : Perdilio tua ex te, Israel (xx. 9). Ce n’est point Dieu, mais toi-même, Ô pécheur, qui mets obstacle à ce que tu prennes le chemin du salut; car, d’une part, tu fais, et tu veux faire ce que Dieu défend et déteste; de l’autre, tu ne fais pas et {tu ne veux pas faire ce qu’il aime et commande. Situ ne faisais pas ce que Dieu haït, il viendrait à toi. La justice qui inflige les peines ne précède pas le crime ou le péché, elle le suit et le suppose...

Pécheur, tu mourras dans une terre souillée, dit le prophète Amos : Zn terra polluta morieris (vu. 17), c’est-à-dire dans ton corps souillé par le péché et par le vice. |

Vous me chercherez, dit J. G., et vous ne me trouverez point; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché : Quæretis me, el non inventetis ; quæretis me, el in peccato vestro moriemini (Joann. vir. 34, vrrr. 21).

Vous me chercherez mal, c’est pourquoi vous ne me trouverez pas; et ne me trouvant pas, vous mourrez dans votre péché. à

Les pécheurs , dit saint Grégoire , auraient voulu , s'ils l’avaient pu, toujours vivre , afin de toujours pécher; ils montrent en effet qu’ils désirent toujours vivre dans le péché, puisqu'ils ne cessent de le commettre tant qu’ils vivent (1). Si, à leur dernier instant, ils cessent de pécher, ce n’est pas leur volonté qui met obstacle à ce qu’ils persévèrent dans le mal , mais la mort seule...

(1) Voluissent si potuissent , sine fine vivere, ut potuissent sine fine peccare ; ostendunt enim quia in peccalo semper vivere re qui nungquam desopnt pec— care dum vivunt ( Homil.).

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La mort du pécheur est très-mauvaise,

Exemples tirés de la mort des méchants.

La mort du pécheur est très-mauvaise, dit le Prophète royal : Mors Peccatorum pessima (xXxxHII. 22 ).

La mort (du pécheur) est une mort terrible , dit l’Ecclésiastique, et le tombeau vaut mieux qu’elle : Mors illius mors nequissima , et utilis potius infernus quam illa (xxvInr. 25).

La mort du pécheur est très-mauvaise; car il est abandonné de Dieu, des anges, des hommes, et condamné par sa raison et sa conscience , etc. Il est écrasé sous le poids. de ses péchés; il devient la proie de la douleur, du désespoir et des démons. |

Sa mort est très-mauvaise; car il voit déjà, pour ainsi dire, les flammes de l’enfer prêtes à l’envelopper..…. À la mort, dit le grand Apôtre, les pécheurs subiront les peines de l’éternelle perdition : Qui pœnas dabunt in interitu œternas (II. Thess. 1. 9).

Le Seigneur , dit le Psalmiste, rendra aux impies leurs iniquités, et il les perdra dans leur malice : Reddet illis iniquitatem ipsorum , et in malitia eorum disperdet eos (xcrrr. 23).

Le Seigneur , dit l’Ecriture , frappa l’impie Antiochus d’une plaie incurable et invisible; une douleur cruelle et d’affreux tourments déchiraient ses entrailles : Apprehendit eum dolor dirus viscerum, et amara internorum tormenta (Il. Machab. 1x. 3). Des vers sortaient du corps de cet impie comme d’une source ; et il vivait au milieu de ces grandes douleurs, et toute sa chair tombait peu à peu avec une infection que son armée ne pouvait soutenir (Jbid. 1x. 9). C’est ainsi que mourut Antiochus, maudit de Dieu et des hommes,

Remarquez quelle fut la mort de Pharaon, l’endurci; celle de l’impie Balthasar , et celle des Juifs déicides..….

Judas se pendit (Acé. 1. 18).

Hérode Ascalonite, qui fit massacrer Les saints Innocents et qui fut le persécuteur de J. C., mourut au milieu de souffrances semblables à celles d’Antiochus. Son neveu, Hérode Agrippa, eut le même sort, ainsi qu'Hunéric, roi des Vandales ( Æist. Æccles.).

Néron, ayant perdu le pouvoir et se trouvant réduit à l'extrémité , voulut se donner la mort; mais il n’en vint à bout qu’avec l’aide d'Epaphrodite , son secrétaire ( /bid. ).

Domitien fut massacré par un affranchi ( Zbid.).

Septime Sévère, persécuteur des chrétiens, mourut de chagrin, laissant un fils qui avait voulu lui ôter la vie et qui depuis tua son propre frère. Toute sa famille périt misérablement (Zbid. ).

Maximien fut immolé par ses propres soldats (id. ). |

Dèee périt dans un marais ( ist. Eccles. ).

Le fut tué un an après qu'il eut allumé le feu de la persécution id. ).

Valérien et Aurélien moururent de mort lente (Ibid. ).

L'empereur Carus, qui avait osé prendre le titre de Dieu , fut tué par la foudre (Zbid.). Numérien, son fils, fut tué par Aper son oncle. Le second fils de Carus fut tué par Dioclétien ( Zbid. ).

Dioclétien termina par le poison une vie qui lui était à charge et qu'il avait souillée de crimes atroces (/bid. ). e

Maximien Hercule fut forcé de s’étrangler lui-même (1bid.).

Galère fut attaqué d’une horrible maladie. Comme Antiochus , il vit sa chair se remplir de vers et tomber en lambeaux ( Jbid.).

Maximin Daia mourut dans des douleurs affreuses (/bid.).

Maxence , ayant été défait par Constantin , tomba dans le Tibre et se noya ( /bid.). $

Licinius fut mis à mort (bd. ).

Chacun sait comment périt Julien l’Apostat ( Zbid.).

La plupart des hérésiarques sont morts promptement et d’une mort infâme.

S’étant élevédans les airs avec l’aide du démon , Simon le Magicien fut privé de son point d’appui par les prières de saint Pierre; il - tomba, se brisa les jambes et expira dans de vives douleurs ( Zbid.).

Manès eut les entrailles arrachées par ordre du roi des Perses (Ibid. ).

Montan se pendit ( /bid. ).

Quelques donatistes ayant jeté la sainte eucharistie aux chiens, furent mis en pièces par ces animaux (Ibid. ).

Arius, au moment même où il se rendait à l’église des catholiques, afin de s’en emparer et de la livrer à ses sectateurs , fut saisi de douleurs ‘intolérables et il expira en déchirant ses entrailles (bi. ).

Priscillien eut la tête tranchée par ordre du tyran Maxime (Jbid.).

Léon l’Arménien, iconoclaste, fut assassiné dans l’église (/Zbd.).

L'empereur Héraclite, qui avait embrassé l’hérésie des monothélites, mourut d’une mort subite et dégoütante ( Ibid. ).

Valens , sectateur d’Arius, fut vaincu par les Gotbs, et brûlé par eux (1bid.).

Les vers dévorèrent la langue du blasphémateur Nestorius (bid.) .

L'empereur Anastase, sectateur d’Eutichès, périt par la foudre ( Ibid. ),

Le pécheur laisse une mémoire

maudite et qui périra,

A la suite d’un souper splendide, Luther mourut étouffé dans son lit. Un historien contemporain raconte qu’une multitude de démons, sous la figure de corbeaux, volèrent autour de son cadavre en faisant entendre d’horribles croassements , et l'accompagnèrent j jusqu’à la tombe. |

Zwingle fut tué, Carlostad fut enlevé par un démon et disparut. Calvin fut dévoré par les vers ; il expira en blasphémant. Henri VITE, roi d'Angleterre , mourut en désespéré (ist. de leur vie).

Combien horrible a été en général , dans tous les siècles, la fin de tous les grands pécheurs!.…. S

Leur mémoire s’est éteinte avec le bruit qu’ils ont fait, dit le Psalmiste : Periit memoria eorum cum sonitu (1x. 7).

Pécheur obstiné , le Tout-Puissant te détruira pour toujours; il t’arrachera de ta demeure et t’enlèvera ; il te déracinera de la terre des vivants , dit le même prophète : Deus destruet te in finem: evellet te, et emigrabit te de tabernaculo tuo, et radicem tuam de terra viventium (Psal. tt. 7).

Le Seigneur, dit la Sagesse , se rira des impies (à leur mort). Ils tomberont sans honneur et ils deviendront à jamais un objet d’opprobre entre les morts. Le Seigneur les brisera dans leur orgueil devenu muet, et il les arrachera de leur base ; ils seront accablés de maux et ils gémiront , et leur mémoire périra (1).

La mémoire du juste vivra au milieu des louanges, disent les Proverbes , mais le nom de l’impie tombera en pourriture : Memoria Justi cum laudibus ; et nomen impiorum putrescet (x. 7). Le nom des impies, leur réputation et leur gloire répandent une odeur de mort : le mépris et l’oubli seront leur partage, Leur nom tombera en pourriture , c’est-à-dire il sera foulé aux pieds, et disparaîtra comme l'arbre desséché et vermoulu que la tempête a couché le long du chémin. Manquant du sel de la vertu et de la divine sagesse, leur réputation ! se corrompt. Elle sentira mauvais comme un cadavre dévoré par les vers, et par suite elle sera vouée à l’exécration et à la malédiction. La gloire temporelle des impies s’affaiblit et disparait: en sorte que les hommes, lorsqu'ils se souviennent d'eux, les déchirent , les blâment , les ont en horreur...

(1) Mos Dominus irridebit, Et erunt post hæc decidentes sine honore, et in contumelia inter mortuos in perpetuum; quoniam disrumpet illos inflatos sine voce, et commovebit illos a fundamentis , et usque ad supremum désolabUtUe, et éFant gementes, et memoria illorum peribit (1v. 18. 19 ).

Ils sont de ceux dont on ne conserve aucun souvenir, dit l’Ecclésiastique; ils ont péri comme s'ils n’avaient jamais existé ; ils sont nés, et c’est comme s’ils ne l’étaient pas, et les fils des impies partagent le sort de leurs pères : £'£ sunt quorum non est memoria ; perierunt quasi non fuerint ; et nati sunt, quasi non nati ; et fili dmpiorum cum ipSis (XLIV 09.) 100

Détestés de leur vivant, ils le sont à la mort, et même après leur sépulture...

Souvenr je vous l'ai dit, écrit saint Paul aux Philippiens , et he rant je vous le dis encore, plusieurs marchent en ennemis de la croix du Christ, plusieurs dont la fin sera la perdition, et qui ont pour Dieu le ventre; ils mettent leur gloire dans leur propre honte, et ils n’ont de goût que pour les choses de la terre (1).

Si vous ne craignez pas le péché , dit saint Augustin , craignez la mort; car lorsqu'il est consommé, le péché engendre la mort. Vous ne craignez pas encore le péché, craignez ses suites , craignez l’abime où il conduit. Le péché est doux, mais la mort dans le péché est amère. Tel est le malheur des hommes , qu’en mourant ils quittent les objets pour la possession desquels ils s’étaient abandonnés au péché, et n’emportent que leur péché, qui les brülera .durant toute l’éternité (2).

Quelle est l'illusion des pécheurs ! Ils ne pensent point que le plaisir du péché, dont ils voudraient toujours jouir , leur échappe vite? et que le châtiment du péché, auquel ils voudraient pouvoir se soustraire , ne cessera de s’attacher à eux !.…

Les nations , dit le Psalmiste, ont été englouties dans la mort qui est leur ouvrage ; leur pied a été pris dans les filets qu’elles avaient tendus : /nfixæ sunt gentes in interitu, quem fecerunt. In laqueo isto quem absconderunt, comprehensus est pes eorum (1x. 16). Que les impies, s’écrie-t-il encore , soient précipités dans l'enfer, ainsi que toutes les nations qui ont abandonné Dieu : Convertantur peccatores in infernum , omnes gentes quæ obliviscuntur Deum (Psal. 1x. 18).

(1) Multi ambulant, quos sæpe dicebam vobis, nune autem et flens dico, inimicos crucis Christi : quorum finis interitus : quorum Deus venter est; et gloria in confusione ipsorum, qui terrena sapiunt (ur. 18. 19).

(2) Mortem time , si peccatum non times : peccatum enim cum consummiatum fuerit , generat mortem. Nondum times peccatum, time quo perducit peccatum. Dulce est peccatum , sed amara est mors. Ipsa est infelicitas hominum, propter quod peccant, morientes hic dimittunt ; et ipsum peccatum suum portant , ut comburat in omnem æternitatem (Homil. ad pop.).

Celui qui vit sans Dieu, meurt en réprouvé,

Il faut se préserver de la

mort du pécheur. *

La vengeance divine, dit saint Augustin, punit le pécheur en permettant qu'ayant oublié Dieu pendant sa vie , il s’oublie lui-même à la mort : Percutitur hac animadversione peccator , ut moriens obliviscatur sui, qui , dum viveret, oblitus est Dei (Homil. ad pop.).

Seigneur , s’écrie le Psalmiste , vous les conduirez à l’abime de la perdition : Deduces eos in puteum interitus (LV. 24). r

Voilà , dit ailleurs le même prophète, voilà que ceux qui s’éloignent de vous périront : Æece qui elongant se a te, peribunt (Psal. Lxxtr. 27).

Pendant notre vie, disent les pécheurs dans le livre de la Sagesse,

nous n’avons voulu donner aucune marque de vertu , et nous avons

été engloutis dans notre perversité : Virtutis quidem nullum signum voluimus ostendere ; in malignitate nostra consumpti sumus (w. 13).

Précaurionnez-vous contre le jour mauvais, dit l’Ecclésiaste :

: Malum diem præcave (vi. 15). Il faut se précautionner contre lui,

en évitant le mal et en faisant le bien , comme le dit le Prophète royal: Declina a malo et fac bonum (xxxvI1. 27).

Il ne faut pas imiter le pécheur aveugle dont le même prophète dit : Il n’a pas voulu comprendre, afin de ne pas s'appliquer aux bonnes œuvres : Noluit intelligere , ut bene ageret (xxxv. 4).

à NÉANT DE L'HOMME. à

% + A æ ÉDITONS sur les questions suivantes : [. Qu'est-ce qué l’homme au point de vue 1° de son corps ou de sa substance… ; 2° de son étendue... ; 3° de sa qualité..; 4 de son origine. ; il est fils d'Adam pécheur , et il est pécheur luimême... ; do de ses actions. ; 6° de ses infirmités 7...

IL. Où est l’hommé ? 1e sur la terre, entre le ciel et l'enfer. ; 2° quand est-il né ?.…. 3° comment est-il né ?.… 40 combien de temps vit-11? 5° quelle est sa vie?...-6o quand mourra-t-il?... 7° comment mourra-t-1l?.…

III. Quel est son état? Il est tantôt bien, tantôt mal... ; tantôt couché , tantôt debout , tantôt assis; tantôt mangeant, tantôt dormant ; tantôt riant, tantôt pleurant , ete...

IV. 1° Quel est son vêtement ?.… 20 quelle est sa nourriture ?..

Qu'est-ce que l’homme ? le jouet de l’infortune , l’image de l’inconstance, un être où se voient toutes les corruptions, une victime que le temps se plait à dépouiller , un voyageur, un étranger qui

- passe , la pâture de la mort, le but de l’envie et des calamités..….

A quoi l’homme ressemble-t-11? au roseau, à une girouette exposée aux vents... Combien a-t-il de compagnons? quatre : la chaleur et le froid , la sécheresse et la pluie...

Six choses le tiennent continuellement en haleine : la faim et la nourriture , le repos et.le travail , les veilles et le sommeil...

Ecoutez Sénèque : Qu'est-ce que l’homme? un vase brisé et fragile, un être nu , qui a besoin de secours étrangers et qui est exposé à tous les assauts de la fortune, la pâture des animaux féroces, la victime de tout. L’odorat, le goût , les veilles, le sommeil, les ali: ments , toutes choses dont il ne saurait se passer , deviennent un poison pour lui ( Consolat. ad Martiam , ce. x1).

L'homme , dit Hippocrate, est exposé à toutes les maladies dès sa naissance. Et qu'est-ce que la maladie , sinon la voie qui conduit à la mort, un acheminement vers elle? L'homme, ajoute-t-il, est inutile pendant qu’il s’instruit et qu’il implore un secours étranger; pendant qu'il croît, il est faible et dénué de sagesse; dans la vigueur de l’âge , il est audacieusement imprudent; dans le décours de là vie, il est misérable (Ita Maxim.).

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