‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 40 sur 57 · LÉ · texte numérisé non relu

LÉ

Qu'est-ce que l'homme; généralement

parlant?

Qu'est-ce que le corps de l’homme ?

st: $

Sachez, dit saint Augustin , que vous êtes homme, de me dont la conception est une faute; la naissance, une misère ; la vie, une peine, et pour lequel mourir est une nécessité. Réfléchissez donc avec soin sur ce que vous faites, et sur ce que: m1 à faire : Scito quoniam homo es, cujus conceptio culpa, nasci miseria,vivere pæna, necesse mort. Attende ergo solliciti quid agas, vel quid agere debeas

(Lib. de Spiritu et Anima, n. 51). | “ii Le corps doit vous apprendre lui-même ce qu’il est , dit saint Pierre Damien; ce qu'il offre après la mort , il le montre déjà pendant la vie : Quid sit caro, doceat ipsa caro ; quodque perhibet mortua , testetur et viva ( Epist.). à

L'homme est de tous les êtres le plus misérable, le plus infirme, le plus dégoûtant, le plus chargé de souffrances et de maladies, le plus corrompu dans ses penchants, celui qui répand le plus d’infection et pendant la vie, et surtout après la mort... Aussi saint Bernard dit : O homme, si tu considères ce qui sort de ta bouche , de tes narines, et de toutes les ouvertures de ton corps, tu n'auras jamais rencontré un aussi vil fumier : O homo , sè consideres ; quid per os, quid per nares , cæterosque meatus corporis , egrediatur; nunquam vilius sterquilinium invenisti (Medit., c. nt).

Qu'avez-vous été? dit le même Père; qu'ètes-vous? que serezvous ? Ge que vous avez été? un vil néant ; ce que vous êtes? un vase plein de corruption ; ce que vous serez ? la pâture des vers: Quid fuisti? quid es? quid eris? Quid fuistif sperma fœtidum ; quid es? vas stercorum ; quid eris ? esca vermium (Formul. Vitæ honestæ).

Solon, l’un des sept sages de la Grèce, dit.: L'homme , à sa naïssance , est la faiblesse même; pendant la vie, il a les instincts de Panimal ; lorsqu'il meurt, les vers le mangent (Teste Laertio).

Le corps, dit Trismégiste , est un lieu de corruption , une mort qui vit, un cadavre qui a l’usage de ses sens, un sépulcre qui se meut , un voile opaque (Anton. in Meliss.).

Qu'est-ce que le corps, sinon de la pourriture et des vers ? dit saint Grégoire. Et quiconque est dévoré de désirs charnels, qu’aimet-il autre chose qu'un amas de vers ? Car Le tombeau témoigne de ce qu'est la substance du éorps. Quel est le parent, quel est l’ami fidèle qui peut toucher le cadavre fourmillant de vers de son ami, quelque cher que celui-ci lui ait été (1).

(1) Quid caro, nisi putredo ac vermis est ? Et quisquis carnalibus desideriis änhelat, quid aliud quam vermem amat? Quæ enim sit carnis substantia , testäntur

$ iŸe NÉANT DE L'HOMME. 383 Ma chair, dit Job, est couverte de poussière et de pourriture , ma peau s’est desséchée et s’est contractée : Znduta est caro mea putredine - et sordibus pulveris, cutis mea aruit, et contracta est (wir. 5). J'ai dit à la pourri ire. Tu es mon père ; et aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœut Putredini diri : Pater meus es ; Mater mea, et soror mea, vermibus (Job. xvir. 14).

Saint Grégoire de Nazian%e dit avec raison : Je ne comprends pas le mélange qui est en moi; je suis l’image de Dieu, et par inon corps, je suis dans la boue. Mon corps jouit-il de la santé? il me fait une gugrre à mort; je ne puis le vaincre qu’en lui faisant la guerre à mon tour, et alors ilm’accable de tristesse. Je l’aime comme un serviteur et un compagnon, et je le hais comme un ennemi. Je le fuis comme une chaîne pesante, et je le crains parce qu’il adhère à mon être. Si je m’applique à l’affaiblir et à l'épuiser , je ne sais

plus à qui avoir recours pour les grandes actions : si, au contraire,

de le ménage comme un aide et un compagnon, il ne laisse passer ucune circonstance sans se ruer sur moi et sans m'éloigner de Dieu; il me jette à terre , il m'y attache , il me foule aux pieds. C’est un ennemi candide et doux en apparence , et un ami qui à chaque pas me tend des piéges effrayants et très-dangereux. Union et désunion étonnante! O miram conjunctionem et alienationem ! J’embrasse

. ce dont j’ai peur, et je redoute ce que j'aime : Quod metuo, amplector ; quod amo , pertimesco. Si je ne lui fais pas la guerre, il m’aime, et en m'aimant il me tue : je me méfie de lui, et je n’aurai la paix que lorsqu'il mourra (Orat. xvi). <;

Jamais homme n’a parlé d’une manière plus sensée que Cratès, lorsqu'il disait à un jeune homme qui prenait grand soin de bien vêtir et de bien nourrir son corps : Malheureux , cesse de fortifier à ton détriment la prison où tu es renfermé! O miser, desine adversus temetipsum carcerem munire ! (ta Maxim.)

Le corps qui se corrompt appesantit l’âme, dit la Sagesse; et cette habitation terrestre abat l’esprit : Corpus quod corrumpitur , aggravat animam ; et terrena habitatio deprimit sensum (1x. 15). Le Roi-Prophète avait bien compris cette vérité, lorsqu'il disait : Seigneur, mon être est devant vous comme le néant : Substantia mea tanquam nihilum ante te (xxxvim. 6).

Dieu, dit la Genèse, forma l’homme du limon de la terre : Formavit Dominus Deus hominem de limo terræ (11. 7). Le corps se

sepulcra. Quis parentum, quis amicorum fidelium, quamlibet dilecti sui , tangere carnem scaturientem vermibus potest ? (Moral. lib. XVI).

L'homme n’est que misère et que faiblesse.

La souffrance est le partage de l’homme.

; S 5 à has ch:

ressent toujours de son origine; tiré de la boue , il voudrait s’y vau trer constamment... “: |

Celui qui habite sous une tente , éprouve beaucoup de : misères , ®

d’incommodités et de besoins, il manque de lit et de siége et souvent de couverture et de rafraichissements.…. L'âme subit les mêmes épreuves sous l'abri du corps, qui n’est qu’une tente, selon l’expression de l’Ecriture. Et comme une tente est exposée à la pluie, aux vents , aux injures de l'air , aux accidents du voyage et du combat, ainsi en est-il de notre corps...

Le tyran Mézenze faisait lier à des personnes vivantes des ‘cada: vres déjà corrompus, afin de leur infliger un horrible supplice. Voilà à peu près quelle est la triste position de l'âme vis-à-vis du COTPS..... , | Écoure ; à mon âme, ce que tu es, dit Hugues de Saint-Victor ; tu es. chargée de péchés, les filets du vice t’arrètent, t’enveloppent ; séduite par les caresses des sens, tu es attachée , enchaînée aux membres Ér. ton corps, déchirée de soucis, tirée en sens contraire par Les affaires, pressée par la crainte, accablée de douleurs, livrée à l'erreur, tourmentée par les soupçons, fatiguée par les sollicitudes, étrangère sur une terre ennemie et souillée par tes relations avec des morts ( De Spiritu et Anima ).

Je comptais autrefois sur ma force, dit saint Augustin, et je n'étais que faiblesse : lorsque jai voulu courir , m’en croyant capable, c’est alors que je suis tombé le plus promptement. Plus j'ai cru pouvoir par moi-même , moins j'ai toujours pu : Quod magis credidi posse per me, Minus semper potui, Je disais : Je ferai cela, j’achèverai cette affaire , et je ne faisais ni l’un ni l’autre. Avais-je la volonté, Je n'avais pas le pouvoir d'agir; et lorsque j'avais ce pouvoir, la volonté me manquait, parce que je me confiais à mes forces : Aderat voluntas, non erat facultas ; aderat facultas, non erat voluntas : quia de meis viribus confidebam. Maintenant , je le confesse, Ô mon Dieu ; l’homme ne doit pas s'appuyer sur ses forces qui ne sont que faiblesse ; car il ne lui appartient pas de vouloir ce qu'il peut , ni de pouvoir ce qu'il veut, ni même de connaitre ce qu'il veut etce qu'il peut. Vous seul, à Seigneur, savez diriger ses pas. C’est par vos forces, et non par les nôtres, que nous pouvons vaincre nos ennemis.

LA douleur naît avec nous, et elle nous accompagne jusqu’au tom : beau , dit Ménandre (Stob., sérm, LxxxIx).

… Ambroise (

La W 1 est pleine de tant de maux qué, mise en regard, la mo ait plutôt un remède qu'un châtiment, dit saint

Vue.

Salomor grandi roi qui avait en abondance tous les biens que l’on peut trouver sur la terre, dit dans le livre de la Sagesse : Et moi

x aussi je suis homme mortel ébriblable à à tous , et de la race de celui

qui le premier naquit de la terre. À ma naissance , J'ai respiré l'air -commun à tous , j'ai été déposé sur une terre où je devais trouver d'égales douleurs; et comme il arrive à tous les enfants , mes premiers accents ont été des pleurs : Primam vOcenR , similis omnibus, emisi, plorans (Vi. 1-3).

L'enfant , dit saint Augustin, pressent , et sans le savoir prophéüise les TE tribulations qui l’attendent, et déjà il les déplore : Infans præsentit, quasi inscius, et prophetat mille vitæ œrumnas sibi "subeundos , quas deplorat (Lib. de Spiritu et Anima }. Voilà pourquoi Jérémie s’est écrié : Maudit soit l’homme qui est venu dire à mon père : Un fils vous est né, et qui l’a comblé de joie ! Maudit soit le jour de ma naissance ! Qu’aucune bénédiction ne tombe sur le : Jour où ma mère m'a enfanté ! (xx. 14. 15.) a Pour avoir une juste idée des souffrances auxquelles l’homme est sujet, il faut visiter les hôpitaux, les prisons, etc...

Levinas et la sortie de la vie sont les mêmes pour tous, dit la Sagesse : Unus infroitus est omnibus ad vitam, et similis exitus (vu. 6}

Vous brillez par les richesses, dit saint Augustin, et vous vous vantez de la noblesse de vos ancêtres; vous vous enorgueillissez de votre patrie, de la beauté de votre corps, des honneurs que les hommes vous rendent : regardez-vous vous-même; vous êtes mortel, formé de terre, et vous retournerez à la terre. Considérez ceux qui, avant vous, ont joui des mêmes prérogatives que vous. Où sont les hommes dont on enviait la prétendue grandeur? Où sont les empereurs invincibles? où sont ceux qui composaient les assemblées de la noblesse ét qui donnaient des fêtes? Où sont les chevaliers intrépides, les généraux d’armée, les gouverneurs de province ? Maintenant tout cela est poussière et cendre : leur mémoire est en oubli. Ouvrez les tombeaux, et voyez quel est le serviteur et quel est le maitre, quel est le pauvre et quel est le riche ? Distinguez, si vous le pouvez, le roi du sujet, le fort du faible, l’homme doué de beauté du nain et du crétin. Souvenez-vous done de votre néant, pour ne jamais vous enorgueillir; et ce néant vous ne l’oublierez pas si vous

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