‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 47 sur 57 · PASSIONS (LES · texte numérisé non relu

PASSIONS (LES

faste... Ils se séparent de Dieu : hommes de vie animale qui n’ont plus en eux le Saint-Esprit... (x. 12. 13. 16. 19.)

Les désordres de toute sorte , l’ignominie , l'esclavage ; la dégradation sont la famille des passions qui s’emportent et que l’on ne refrène point... |

Adam et Eve péchèrent; aussitôt les yeux de l’un et de l’autre furent ouverts, et la honte devint leur partage. Et ils entendirent la voix du Seigneur qui s’avançait dans le jardin, et pour éviter la présence de Dieu, ils se cachèrent parmi les arbres couverts de feuillage. Mais. le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Oùes-tu? Adam répondit : J'ai entendu votre voix, et comme j'étais nu, j'ai été saisi de crainte et de honte, et je me suis caché (Gen. 111. 7-10).

Nous dormirons dans notre confusion, dit Jérémie, et notre ignominie nous couvrira tout entiers, parce que nous avons péché contre Le Seigneur notre Dieu : Dormiemus in confusione nostra, et operiet nos ignominia nostra, quoniam Domino nostro peccavimus (xx. 25 ).

Les hommes qui s’abandonnent à leurs passions , dit le même . prophète, seront profondément confondus, parce qu'ils n’ont pas compris l’opprobre éternel , que rien ne peut effacer : Confundentur vehementer, quia non intellexerunt opprobrium sempiternum, quod nunquam delebitur (xx. 11). ,

Is tomberont sans honneur, dit la Sagesse, en opprobre à jamais entre les morts : £# erunt post hæc decidentes sine honore, et in contumelia inter mortuos in perpetuum (1v. 19).

Nous nous sommes lassés dans la voie de l’iniquité et de la perdition, disent les hommes qüi satisfont leurs désirs déréglés; nous avons marché dans des voies difficiles et nous avons ignoré la voie du Seigneur . Lassati sumus in via iniquitatis et perditionis, et ambulavimus vias difficiles; viam autem Domint ignoravimus (Sap. v. 7).

Ils se sont pervertis, dit le Psalmiste , et ils se sont rendus abominables : Corrupti sunt, et abominabiles facti sunt (xur. 2). Ils se sont écartés du droit chemin, ils se sont mutuellement pervertis : Omnes declinaverunt, simul inutiles facti sunt (Xbid. xrrr. 3).

La douleur et le malheur les suivent ; ils n’ont pas connu le chemin de la paix, dit encore le Psalmiste : Contritio et infelicitas in vis corum , et viam pacis non cognoverunt (XTIT. 3).

On peut appliquer à la tyrannie que les passions exercent sur l’âme ce que Jérémie dit de l’oppression que les ennemis de Ja fille de Sion faisaient peser sur elle. Tous ses persécuteurs l’ont saisie et

PASSIONS (LES }: 621 plongée dans l’angoisse : Omnes persecutores ejus apprehenderunt eam inter augustias (Lament. r. 3).

On peut encore lui appliquer la sentence du prophète Michée : L'homme à rencontré ses ennemis au seuil de sa propre maison : Inimici hominis domestici ejus (vis. 6); c’est-à-dire ici dans son âme, au fond de son cœur.

Agésilas,. roi des Lacédémoniens, disait qu'il préférait vaincre ses passions plutôt qu’une armée ennemie, tant les passions sont funestes (Ita Laertius).

Etqu’on ne prétende pas qu’on ne saurait vaincre : vouloir c’est pouvoir. Avec la grâce de Dieu et une ferme. volonté, rien n’est impossible. Si vos passions sont si vives et si fortes, c’est vous quien avez été la cause, par vos imprudences , par votre peu de vigilance, de piété et de crainte de Dieu...

Tourss les passions mauvaises, dit saint Augustin, sont les portes Dieu déteste : De : . et punit de l'enfer : Omnes pravæ cupiditates sunt portæ inferi (Sen 3 Aer

tent. CXXXVI).

Ayant en horreur les hommes qui se livrent à leurs passions, Dieu. les punit'en cette vie par la privation de ses grâces, par l’aveuglement et par l’endurcissement; à la mort, par l’impénitence finale ; dans l'éternité , par les flammes de l'enfer...

Excellence du Pater.

Le Pater renferme sept demandes.

Notre Pérc!

” E Patér ou le Notre pere est la prière la plus parfaite, la plus sublime, la plus sainte, la plus avantageuse de toutes , pour deux raisons majeures : la première est que le Pater est une

prière composée par un Dieu ; la seconde est que cette prière ren-

ferme tout ce que Dieu demande de nous , et tout ce que nous avons à demander à Dieu pour nos besoins , quels qu’ils soient...

Îc y a sept demandes dans le Pater. Les trois premières : Que votre nom soit sanctifié , Que votre règne arrive, Que votre volonté soit faitesur la terre comme au ciel, concernent l’honneur , le service, l'amour , l’adoration dus à Dieu. Les quatre dernières : Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour, Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, Ne nous lais- ‘sez pas succomber à la tentation , Mais délivrez-nous du mal, concernent notre utilité et embrassent tous nos besoins. .….

Le mot pater, père, s'adresse principalement à la première petsonne (le la très-sainte Trinité, qui est le Père ; mais ce mot s'adresse également au Fils unique et au Saint-Esprit ; il s'adresse à l’auguste Trinité tout entière.

Dieu est notre pèré, 1° parce qu’il nous a créés...; % parce qu’il nous a rachetés..…; 3° parce qu'il nous a régénérés dans les eaux du baptème...; 4° parce qu'il nous a adoptés pour enfants.…..; 3° parce que sa providence veille sur nous...; 6° parce qu’il nous a appelés à l’héritage céleste, nous ayant établis les cohéritiers de J. G. Que ne donnera pas à ses fils celui qui leur a donné d’être ses fils ? dit saint Augustin: Quid enim non det filüs, qui dedit ut filiè essent ? (Serm. 11.) Quelle dignité, quelle gloire et quel bonheur pour nous de pouvoir appeler Dieu notre père : Pater noster ! et qu'il le soit en effet! Quel honneur que nous puissions appeler Dieu notre père, s’écrie saint Cyprien, et que de même que J. C. est le Fils de Dieu , nous soyons aussi nommés fils de Dieu , fils auxquels l'éternité est promise! Nous ne devons pas oublier que si hous appelons Dieu notre père, nous devons agir en fils de Dieu, afin que, comme nous sommes heureux d’avoir pour père un Dieu,

PATER (LR). 693 il soit satisfait de nous avoir pour fils. Conduisons-nous comme étant les temples vivants de Dieu , afin qu’il devienne évident que Dieu habite en nous (1).

Notre père, Pater noster…, père de tous les hommes, qui par conséquent sont frères... Nous sommes donc tenus de prier les uns pour les autres, de nous aimer comme (les frères , de nous secourir et de nous entr'aider..…. Saint Ambroise dit : Chacun prie pour tous, et tous pour chacun. Il en résulte ce grand avantage , qu’à chacune des prières de chaque fidèle sont acquis les suffrages de tout le peuple (2).

J.G., dit saint Cyprien, veut que chacun prie pour tous , comme lui-même nous a portés tous en lui : Orare unum pro omnibus voluit quomodo in uno omnes ipse portavit (De Orat. tract. ).

Priant pour tous, nous avons part à la prière de tous...

Vous m'appellerez père, dit le Seigneur par la bouche de Jéré: mie : Patrem vocabis me (11. 19).

Dieu , dit saint Thomas, est appelé père: 10 parce qu’il est Le créateur de l’univers, selon ces paroles de J. C.: Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre : Confiteor tibi, Pater, Domine cœli et terræ (Matth. xr. 25) ; 2 parce qu'il nous a adoptés , selon ces paroles de saint Paul aux Romains : Vous avez recu l'esprit d'adoption des fils de Dieu, esprit en qui nous crions : Père , Père : Accepistis spiritum adoptionis filiorum Dei, in quo clamamus : Abba; Pater (vu. 15) ; 20 parce qu’il nous a instruits, selon ces paroles d’Isaïe : Le père fera connaître à ses enfants la vérité : Pater filiis notam facièt veritatem (xxxnr. 19); 4° parce qu'il nous corrige, selon ces paroles des Proverbes : Le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il se complait en lui comme dans son fils : Quem enim diligit Dominus, corripit ; et quasi pater in filio complacet sibi (ur. xt. — 1.5. art. 7).

Norre père qui êtes aux cieux : Qui es in cœlis. Ces paroles signifient 10 la toute-puissance de Dieu... ; 20 que Dieu notre père habite le

(1) Quantus honor ut Deurhi patrem vocemus, et ut cest Christus Dei Filius, sic et hos Déi filios nuncupemus, quibus æternitas reprômittitur, Meminisse debemus, quia quando patrem Deum dicimus, quasi filii Dei agere debemus ; ut quomodo nos nobis placemus de Deo patre, sic sibi placeat et de nobis: Conversemur quasi Deï templa, üt Deum in nobis conistet habitare ( De Orat. dom.). |

(2) Singüli orant pro omnibus, et omnes pro singulis, Ita magna remuneratio est, ut oralionibus singulorum acquirantur singulis totius plebis suffragia (De Cain., ci IX). |

Qui êtes aux cieux.

Première demande.

Secoride de maände.

plus haut des cieux, et que le ciel est notre patrie, notre héritage. 30 la nécessité d'élever notre âme au-dessus des choses de la terre. 49 qu’il ne faut demander et désirer que ce qui conduit au ciel... ; 5o que nous devons nous regarder comme étrangers sur Ja terre et mépriser le monde, ses biens, ses plaisirs, ses honneurs et ses pro-

. Vo Ve

messes. ; 6° que nous devons éviter l’enfer et par conséquent le

péché qui y conduit, et résister au démon qui voudrait devenir notre père, afin de nous tuer pour l'éternité...

Que votre nom soit sanctifié: Sancéificetur nomen tuum. Par ces paroles nous demandons d’abord la conservation des grâces que nous avons reçues au baptème.. ; 2° notre sanctification quotidienne. ; 3° que tous les hommes arrivent à la sainteté. ; 4° que Dieu soit adoré, servi, aimé par toutes les créatures. ; 50 que tous les divins attributs de Dieu soient célébrés et sa gloire répandue d’un pôle à l’autre. | |

Que votre nom soit sanctifié : Sanctificetur nomen tuum. C'est-àdire, Seigneur, que votre majesté, votre grandeur, votre puissance, votre bonté, votre miséricorde, votre justice, votre providence, etc., soient connues, bénies, glorifiées en tous temps et en tous lieux, et à jamais... Que chacun vous loue, vous aime, vous remercie et Vous craigne..…..

Que votre règne arrive : Adveniat regnum tuum. Dans la première demande, nous témoignons le désir que Dieu soit connu, aimé, servi, adoré par toutes les créatures, et que nous-mêmes arrivions à la sainteté. Dans la seconde, nous exprimons le souhait de voir rétablir le règne de Dieu... )

Il y a quatre règnes de Dieu : Le premier est le règne de Dieu sur toutes les créatures. Votre règne ; Seigneur, dit le Prophète royal, est un règne qui embrasse tous les siècles ; et votre empire s'étend des générations aux générations : Regnum tuum, regnum omnium seculorum ; et dominatio tua in omni generatione et generationem (exLrv. 43).

Le second est un règne mystique, le règne de Dieu dans les âmes par la foi et par la grâce. Il nous soustrait à la tyrannie du péché, du démon, du monde et de la chair; et fait naître en nous toutes les vertus... |

Le troisième est le > règne de Dieu dans le ciel. Quand nous disons: Que votre règne atrive , nous demandons donc de voit s'ouvrir pour nous le règne de Dieu, rémunérateur des saints,

PATER (LE ). 625 Le quatrième est le règne de Dieu tel qu'il aura lieu au jugement universel, règne qui sera le prélude du règne éternel...

Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel: Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Il y a deux volontés en Dieu : la volonté absolue et la volonté de désir.

La volonté absolue est celle par laquelle Dieu veut définitivement “une chose; par exemple, la création. A cette volonté, rien ne peut résister.

La horus de désir est celle d’après laquelle Dieu nous instruit de ce qu'il veut que nous observions dans sa loi. C’est de cette volonté qu’il est question dans les paroles du Pater : Que votre volonté soit faite : Fiat voluntas tua. Par ces mots, nous nous souhaitons à nousmêmes tous les biens ; car les élus qui font pleinement la volonté de Dieu, sont pleinement heureux et comblés de toutes les richesses de la divinité...

Que votre volonté soit faite. Or , dit saint Paul , la volonté de Dieu est votre sanctification : Hæc est voluntas Dei, sanctificatio vestra (I. Thess. rv, 3).

Quiconque, dit J.C., fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère: Quicumque f'ecerit voluntatem Patris met qui in cœlis est, ipse imeus RE el soror et mater est (Matth. x1r. 50 ).

: Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé, dit encore le Sauveur. Or, ceci est la volonté du Père qui m’a envoyé, que de tout ce qu’il m’a donné, rien ne se perde ; mais que je le ressuscite au dernier jour. Ceci est la volonté du Père qui m’a envoyé, que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour (Joann. 1v. 38-40). |

La volonté de Dieu que J. C. a faite et qu’il a enseignée, dit saint Cyprien, c’est l'humilité dans la conduite , la stabilité dans la foi, la modestie dans les paroles , la justice dans les actes, la miséricorde dans les œuvres, la discipline et la sagesse dans les mœurs ; c’est ne passavoir faire une injure, et pouvoir supporter l’injure reçue ; c’est avoir la paix avec tous et aimer Dieu de tout son cœur, l'aimer en tant que père et le craindre en tant que Dieu; préférer J. C. à tout, car il nous a préféré lui-même à tout ; adhérer inséparablement à son amour; s'attacher fortement et avec confiance à la croix; et quand il est question de son nom et de son honneur , montrer de la

Troisième de— mande.

fermeté à lui rendre témoignage dans nos paroles, de la constance à combattre pour lui, et de la patience à la mort, afin d’être couronné. En agissant ainsi , on devient le cohéritier de J. C. ; on accomplit le précepte du Seigneur ; on fait parfaitement la volonté du Père céleste (De Orat. dom.).

Nous devons conformer notre volonté à celle de Dieu : 1° dans notre conduite, c’est-à-dire vouloir ce qu’il veut , obéir à sa loi... ; 2 dans nos pensées, nos projets, nos aspirations. Ici, comme dans nos actes, notre volonté doit avoir celle de Dieu pour objet, c’est-àdire l'avoir en vue et ne voir qu’elle : par conséquent elle doit ne vouloir que des choses bonnes, conformes à la droite raison, à la conscience éclairée; et même dans ces conditions, ne les vouloir qu’autant qu’elles pourraient plaire à Dieu.

Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Les élus dans le ciel font et feront éternellement la volonté de Dieu d’une manière admirable et parfaite ; ce sera leur bonheur. Il faut, autant qu'il est en nous, prendre les élus pour modèles. Oh! que les hommes seraient heureux s'ils ne cherchaient que la sainte volonté de Dieu ! Dieu ferait lui-même la volonté des hommes, qui seraient tous des saints ; et la terre se changerait en paradis!

Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Par le mot terre on entend aussi le corps; et par le mot ciel, l’esprit. Dans ce sens, en récitant ces paroles du Pater , lhomme demande que son corps fasse la volonté de Dieu, aussi bien que son esprit; ou, comme le dit saint Cyprien, que le corps soit soumis à l’esprit comme l'esprit l’est à Dieu ( De Orat. dom. );

D’autres, par le mot terre, entendent les pécheurs; et par le mot ciel , les justes. Selon cette explication , le passage du Pater dont il est question, contiendrait le souhait que les pécheurs fissent la volonté de Dieu comme la font les justes.

Parle ciel, saint Augustin entend J. C.; et par la terre, l'Église épouse de J.C., ce qui donne la demande : Que l’Église , à mon Dieu, accomplisse votre volonté comme J. C. l'a accomplie ( De Orat, dom. ).

La paix, le repos, la joie, la sainteté, la perfection du chrétien consistent à faire abnégation de sa volonté pour se conformer à celle de Dieu , soit dans la prospérité, soit dans l’adversité; soit dans la santé , soit dans les maladies ; soit dans la vie, soit dans la mort: Qu'est-ce que Dieu déteste et punit, sinon la volonté propre? dit saint Bernard. Que cette volonté cesse, et il n’y aura plus d’enfer :

pa

Quid odit et punit Deus , nisi voluntatem ? Cesset voluntas propria, et infernus non erit (Sérm. de Resurrect. ).

Une entière conformité à la volonté divine, dit le même Père, unit l’âme au Verbe comme l’épouse l’est à son époux : 'alis enim conformatio maritat animam Verbo (Serm. xxvin in Cant.).

Et comme une véritable épouse , une épouse digne de ce nom , ne veut que ce qui plait à son époux; et que, de son côté, l'époux ne fait rien qui puisse déplaire à son épouse : ainsi l’âme qui veut être l'épouse de J. C., ne veut que ce qui plait à J. C.; et celui-ci ne fait rien qui lui déplaise. O riche et heureuse union...

La volonté de Dieu étant excellente et parfaite, il n’y a rien d’aussi avantageux que de s’y soumettre entièrement. Agir ainsi, c’est aller à une haute perfection ; ou plutôt c’est l'avoir atteinte, car toute la perfection est là, et elle n’est que la...

Dieu sait très-bien ce qui nous convient, ce qu’il nous faut et tout ce qui peut nous rendre heureux , soit pour le temps, soit pour l’éteruité, tandis que nous l’ignorons. Nous sommes donc à la fois aveugles et ennemis de nous-mêmes , quand nous mettons notre volonté à la place de celle de Dieu. Qu’arrive-t-il alors? Nous ne faisons ni la volonté de Dieu , ni la nôtre... Pharaon veut faire sa - volonté et il résiste à celle ra Dieu; voyez où il aboutit... Moïsé fait en tout la volonté de Dieu ; admirez comment à son tour Dieu fait celle de Moïse, en Égypte, au bord de la mer Rouge et dans le désert. Les anges rebelles refusent de faire la volonté de Dieu , que deviennent-ils?.… Adam suit la mème voie, quel est son sort?

Doxvez-xous aujourd’hui notre pain de chaque jour : Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Par cette quatrième demande nous prions Dieu de nous accorder tout ce qui est nécéssaire à la vie de notre âme et à celle de notre corps...

Nous demandons ce qui est à nous, et non ce qui ést aux autres...

Les rois aussi bien que les derniers de leurs sujets sont les mendiants de Dieu. Le mendiant vous demande laumône , dit saint Augustin ; et vous êtes vous-même le mendiant de Dieu : Petit a te mendicus ; et tu es Dei mendicus. Que vous demande le mendiant ? du pain ; et vous que demandez-vous à Dieu, sinon J. C., qui dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel? Quid a te petit mendicus ? panem; el tu, quid petis a Deo , nisi Christum, qui dicit : Ego sum

panis vivus qui de cæœlo descend? (Serm. xv de verh, ex sec, Matth.)

Quatrième des mande.

Donnez-nous notre pain: Panem nostrum. Le pain , dit saint Grégoire, est un don de Dieu; il est à nous, parce que Dieu nous le: donne, et que nous l’acceptons (Homil. in Evang.).

Donnez-nous notre pain, panem; nous ne demandons pas autre chose ; car le pain seul suffit... :le pain du corps... le pain de l’âme. Nous le demandons pour nous et pour les autres : Donnez-nous; et non donnez-moi : Da nobis. Donnez-nous notre pain de chaque jour, quotidianum. Nous ne demandons pas le pain du lendemain ; car le lendemain n’est pas à nous. Par là, Dieu nous enseigne à ne pas amasser sous l'inspiration de l’avarice et à ne pas nous inquiéter de l’avenir..…….

Le mot pain renferme la santé, le vêtement , le logement, etc...

Donnez-nous aujourd’hui , Lodiè ; il nous est nécessaire , et nécessaire présentement.

Nous demandons le pain matériel... ; mais nous demandons surtout le pain spirituel de âme : la gräce.… , l’eucharistie..., le salut... , la gloire éternelle...

Cinquième de- Panponnez-xous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui

mande. nous ont offensés : Dinutte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris….. Dans les quatre premières demandes nous sollicitons des biens; dans les trois dernières, nous demandons léloignement des maux...

Pardonnez-nous :. Dimitte nobis; car nous sommes tous plus ou moins coupables... De peur, dit saint Cyprien, de peur que quelqu'un ne se complaise en lui-même, s’imaginant être innocent, et qu'il ne s’épargne , enivré d’orgueil, la voix divine lui apprend ; lui révèle qu’il pèche chaque jour , puisqu'il lui est ordonné d’implorer chaque jour le pardon de ses péchés : Ne quis sibi quasi innocens placeat, et se extollendo plus parcat , instruitur et docetur peccare'se quohidie, dum quotidie pro peccatis orare jubetur (De Orat. dom.).

Pardonnez-nous nos péchés : Debita nostra. Le péché est le principe de la plus grande dette que l’homme puisse contracter envers Dieu, à cause de l’injure infinie qu'il fait à Dieu... Cette injure est si grande, que ni l’homme, ni l’ange, ni aucune créature n’a pu la réparer... Il a fallu pour cela que le Verbe se fit homme ë, répandit son sang sur la croix...

Pardonnez-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés : Sicut eë nos dimittimus debitoribus nostris. Voilà la condition à laquelle Dieu attache notre pardon. Si nous voulons qu’il nous

PATER (LE). 629 pardonne, nous devons pardonner... Il résulte de là qu’en prononçant ces paroles du Pater, celui qui conserve de la haine ou des désirs de vengeance dans son cœur, et qui refuse de les rejeter, prononce son jugement et sa condamnation. Car, dit J. C., si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra les vôtres; mais si vous ne remettez pas les leurs aux autres, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus les vôtres (1). Pardonnez, et vous serez pardonné : Dimittite et dimüttemini (Luc. vr. 37). Car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez. usé pour les autres : Æadem quippe mensura qua mensi fueritis, remetietur vobis (Luc. vr. 38).

Er ne nous laissez pas succomber à la tentation : Z'£ ne nos inducas in tentationem. Remarquez qu'il n’est pas dit : Délivrez-nous de la tentation; car, par’ elle-même, la tentation n’est pas un péché; autrement J. GC. n'aurait pas permis au démon de la lui faire subir. L’unique mal qui puisse se trouver dans la tentation, c’est d’y consentir. Le mal vient de la volonté de l’homme qui s’abandonne aux sollicitations de la chair et du démon; la tentation est un bien : elle éprouve , elle excite la vigilance, elle porte à se défier de soi-même et à fuir le danger; elle est la cause de grands mérites pour ceux

qui la combattent. Aussi les grands saints ont été ordinairement les plus tentés. Succomber à la tentation, c’est se perdre : y résister , c’est plaire à Dieu qui aide à vaincre; c’est orner sa couronne, accroitre sa récompense , s'assurer le salut, aller au ciel... Les ‘apôtres enseignaient que par beaucoup de tentations il nous faut entrer dans le royaume de Dieu : Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei (Act. xrv. 21.)

Ne nous laissez pas succomber à la tentation; c’est-à-dire : Seigneur, je ne vous demande pas de m’en délivrer, si telle n’est pas votre volonté; mais faites-moi la grâce d’y résister, de vaincre, de sortir triomphant du combat... Ces paroles nous indiquent qu’il faut craindre, et ne pas nous fier à nos forces... Elles nous avertissent du besoin constant que nous avons de la prière et de la grâce de Dieu pour ne pas prêter l'oreille à la tentation et y succomber...

Sans moi, dit J.C., vous ne pouvez rien faire : Sène me nihil potestis facere (Joann. xv. 5). Je puis tout, dit le grand Apôtre, en celui

(à) Si enim dimiseritis hominibus peccala corum, dimittet et vobis Pater vester cœlestis delicta vestra. Si autem non dimiseritis hominibus, nec Pater vester dimittet vobis peccata vestra (Matth. vi. 14. 15).

Sixième demande,

Septième demande.

Conclusion,

qui me fortifie : Omnia possum in eo qui me confortat (Philipp. 1v. 43). Si Dieu est pour nous , qui sera contre nous? dit encore PApôtre : Si Deus pro nobis , quis contra nos? (Rom. vu. 31.)

Ne nous laissez pas succomber à la tentation : 10 du démon ;.… 2o du monde; 30 de la chair ;... 4° des misères de cette vie... 5o du péché...

Mais délivrez-nous du mal : Sed libera nos a malo, c’est-à-dire du péché... Ici Dieu nous ordonne de demander notre entière déhyrance du péché, parce que, de sa nature, le péché est mauvais, tandis que la tentation ne l’est pas...

Par ces paroles, nous demandons aussi d’être préservés des maux du corps, de la maladie, etc.; mais nous ne demandons ces choses que conditionnellement, si c’est le bon vouloir de Dieu ; car les maux du corps ne sont pas des péchés. Il en est autrement des maux de l’âme, qui se réduisent au péché, parce qu’il ny a que le péché qui puisse lui nuire et la souiller ; aussi demandons-nous que le Seigneur nous en délivre.

Arxsr soit-il : Amen. Ce souhait qui termine le Pater est une courte et brûlante prière qui demande l’accomplissement de tout ce que renferme le Nofre père. Que votre nom soit sanctifié ; ainsi soit-il. Que votre règne arrive; ainsi soit-il. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel; ainsi soit-il. Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour; ainsi soit-il. Pardonnez-nous comme nous pardonnons; ainsi soit-il. Ne nous laissez pas succomber à la tentation; ainsi soit-il. Délivrez-nous du mal ; ainsi soit-il.

Remarquez que, dans le Pater, il n’est pas nominativement question de génie, de santé, de sagesse humaine, de force, d’époux, d’épouse , d'enfants, de richesse, d’honneur, de gloire et des autres biens de la nature, parce que tout cela est indifférent, et qu’on ne

doit demander ces choses ou quelqu’une de ces choses qu’autant

qu’elles peuvent être utiles à la gloire de Dieu, à notre salut, au salut et à la sanctification du prochain...

Le Pater, ditavec ferveur, est un acte de toutes les vertus. On fait un acte de foi par ces paroles : Notre père qui êtes au cieux. On fait un acte d'espérance en disant : Que votre règne arrive ; un acte d'amour en disant : Que votre nom soit sanctifié. On fait un acte d’obéissance et d'humilité par ces paroles : Que votré volonté soit faite sur la terre comme au ciel ; un acte de remerciement en disant :

Donnez-nous notre pain de chaque jour; un acte de charité fraternelle en disant : Pardonnez-nous comme nous pardonnons; un acte de crainte de Dieu et de défiance de soi-même par ces paroles : Ne nous laissez pas succomber à la tentation. Enfin , on fait un acte de contrition et de détestation du péché en disant : Délivrez - nous du mal. Le Pater ou Notre père renferme donc les vertus de foi, d’espérance , d'amour de Dieu et du prochain, d’obéissance, d’humilité,

de crainte de Dieu , de pureté, de contrition..…. Heureux par consé-

quent celui qui fait souvent, avec attention et ferveur, cette admirable et précieuse prière !...

Vorci le Pater de saint François d’Assise qu'il récitait à chaque heure de la journée : Très-saint notre père , notre créateur, notre rédempteur, notre sauveur, notre consolateur; qui êtes aux cieux, dans les anges, dans les saints; les éclairant afin qu’ils vous connaissent, . parce que , Seigneur, vous êtes lumière ; les enflammant de votre divin amour, parce que, Seigneur , vous êtes amour; habitant en eux , et les remplissant de bonheur, parce que, Seigneur, vous êtes le bien suprême et éternel, de qui viennent tous les biens et sans lequel il n’y a aucun bien véritable. Que votre nom soit sanctifié ; faites-vous connaître à nous, afin que nous n’ignorions pas la lar- “geur de vos bienfaits, la longue étendue de vos promesses, la hauteur de votre majesté, et la profondeur de vos jugements. Que votre règne arrive , afin que vous régniez en nous par votre grâce, et que vous nous fassiez parvenir à votre royaume, où se trouvent la claire vision , le parfait amour , la bienheureuse société et l’éternelle possession de vous-même. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, afin que nous vous aimions de tout notre cœur, pensant constamment à vous; de toute notre âme, vous désirant sans cesse ; de tout notre esprit, dirigeant vers vous toutes nos intentions et cherchant votre honneur en toute chose; de toutes nos forces, appliquant toute notre énergie et toutes les facultés de notre âme et de notre corps à l'exercice de votre amour et non ailleurs ; afin aussi que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes, l’excitant de tout notre zèle à vous aimer, nous réjouissant du bonheur des autres comme du nôtre, compatissant à leurs maux et n’offensant personne. Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien : donnez-nous aujourd’hui Notre-Seigneur J. C. votre Fils, en nous portant à rappeler dans notre mémoire , à comprendre et à honorer l’amour qu’il nous à témoigné, ainsi que tout ce qu'ila fait, dit et enduré pour

Pater de saint François d’Assise,

nous. Pardonnez-nous nos offenses, par votre miséricorde, et l’ineffable vertu de la passion de votre Fils hien-aimé Notre-Seigneur J. C. ,et par les mérites et l’intercession de la bienheureuse vierge Marie, et de tous les saints. Pardonnez-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et parce que nous ne pardonnons jamais assez, faites, Seigneur, que nous pardonnions entièrement, que nous aimions nos ennemis pour l’amour de vous, et que nous intercédions dévotement pour eux ; faites que nous ne rendions à personne le mal pour le mal, et qu'avec votre aide nous puissions leur être utiles en toutes choses. Ne nous laissez pas succomber à la tentation, soit cachée, soit évidente, soit soudaine et passagère, soit persévérante et importune; mais délivrez-nous du mal, passé, présent et futur. Ainsi soit-il, selon votre volonté, Seigneur, et comme il vous sera agréable (Biblioth. SS. Patrum ,t. V).

A patience, dit le grand Apôtre aux Hébreux, vous est néces- Nécessité dela saire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vousremportiezle PAtience, prix promis : Patientia vobis necessaria est, ut voluntatem . Dei

facientes, reportelis promissionem (x. 36).

Si vous supportez patiemment les épreuves en faisant le bien, c'est une grâce près de Dieu, dit l’apôtre saint Pierre. A cela vous avez été appelés, parce que le Ghrist a souffert pour vous, vous laissant un exemple , afin que vous suiviez ses traces (1).

Soyez patients avec tous, dit saint Paul : Patientes estote ad omnes (I. Thess. v. 14). Nous avons tous constamment besoin de patience ; car tout ici-bas l’exerce. Comme le grand Apôtre, nous sommes éprouvés et en péril dans les voyages, sur les fleuves, du côté des voleurs, parmi les nôtres , dans les villes, dans la solitude, du côté des faux-frères (I. Cor. xt. 26. 27 ). Que de travaux, de chagrins, de veilles , de privations, de souffrances, de déceptions! A combien d’attaques de la part de l’envie, de la jalousie, de la médisance, de la calomnie, de la haïne ne sommes-nous pas exposés ? Le démon, le monde, la concupiscence ne cessent de nous faire la guerre. Sans la patience, que deviendrions-nous?

Si notre patience est exercée, si elle nous est nécessaire, ce n’est pas chose nouvelle. Par suite de la chute d’Adam, tous les hommes ont à souffrir.

Le monde est un lieu d’exil ; c’est une terre étrangère, maudite, couverte de ronces et d’épines, qu’habitent les pleurs, et toutes les misères, les maladies et la mort. Tous les enfants d’Adam sont appelés à subir mille afflictions diverses. À tous, sans exception, il faut donc la patience : Patientia vobis necessaria est (Hebr. x. 36).

Qu’x a-t-il de plus doux et de plus patient que les brebis etl’agneau? Exemples

Quelque mal que vous leur fassiez, jamais ils ne se plaignent. Or, Ho

les prophètes comparent le Sauveur à ces deux emblèmes de 1: ce les patience et de douceur. Il a été sacrifié parce qu’il l’a voulu, dit |

(1) Si bene facientes patienter sustinetis, hæc est gratia apud Deum. In hoc enim vocati estis : quia et Christus passus est pro nobis , vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejus (I. 11, 20, 21).

Motifs de prendre patience.

Isaïe parlant de J. C, , et il n’a pas ouvert la bouche; il sera conduit à la mort comme une brebis ; il sera muet comme l’agneau entre les mains de celui qui le tond : Oblatus est quia ipse voluit , et non aperuit as Suum : sicut ovis ad occisionem ducetur, ef quasi agnus coram tondente se obmutescet (zur. 7).

Et moi, dit J. C. par la bouche de Jérémie, j'ai été comme un doux agneau qu'on porte à l'autel : Zé ego quasi agnus mansuetus qui portatur ad victimam (11, 19).

Seigneur, s’écrie Îsaïe parlant du Messie , envoyez l’Agneau qui régnera sur la terre : £'mitte Agnum dominatorem terræ (xv1. 1).

Saint Jean-Baptiste voyant venir à lui J. C., s’écrie : Voici l’Agneau de Dieu : Æcce Agnus Dei ( Joann. r. 29).

Voyez quelle admirable et constante patience J. C. a montrée, surtout durant sa passion... Si ce divin pasteur a été immolé comme un agneau, sans faire entendre de plainte, que le troupeau sache marcher sur ses traces.

Job sur son fumier, Abraham tant éprouvé, Joseph vendu par ses frères, David persécuté, Tobie devenu aveugle, Daniel dans la fosse aux lions, Suzanne calomniée, Lazare couvert d’ulcères , etc., sont des modèles d’une patience inaltérable.……..

Etudiez la vie et la mort des apôtres, contemplez les millions de martyrs qui ont enduré tous les tourments avec une patience d'agneau...

L'abbé Etienne était si patient, que celui qui l’insultait ne pouvait s'empêcher de voir et de croire que ce saint l’aimait. Il poussait la vertu jusqu’à remercier ceux qui le faisaient souffrir (Surius, in ejus vita). ;

L'empereur Théodose donna un bel exemple de patience quand il porta l’édit suivant : Si quelqu'un s'échappe jusqu’à diffamer notre nom, notre gouvernement ou notre conduite, nous ne voulons point qu'il soit sujet à la peine ordinaire portée par les lois, ou que nos officiers lui fassent souffrir aucun traitement rigoureux ; car si c’est par légèreté qu'il ait mal parlé de nous, il faut le mépriser ; si c’est par une aveugle folie , il est digne de compassion; et si c’est par malice , il faut lui pardonner (ist. Eccles.).

La vie des saints est remplie des exemples de la plus sublime patience...

L’arorre saint Paul énumère douze motifs qui doivent nous engager

à pratiquer la patience : Le premier, c’est que nous sommes

PATIENCE. 7 63b héritiers de Dieu et cohéritiers de J. C., si toutefois nous prenons patience avec lui et à son exemple : Zæredes Dei, cohæredes autem Christi, si tamen compatimur (Rom. vu. 17). Le second, c’est que si nous prenons patience, nous serons glorifiés : Si compatimur, ut et conglorificemur (Rom. vurr. 17), Le troisième , c’est que les souffrances de ce temps ne sont pas en proportion de la gloire future qui sera révélée en nous : Non sunt condignæ passiones hujus temporis ad futuram gloriam que revelabitur in nobis (Rom. vi. 18). Avecda patience dans les épreuves et les afflictions, on acquiert la gloire éternelle; c’est infiniment plus que si l’on achetait le monde entier avec une obole. Le quatrième, c’est que, supportées avec patience, les tribulations momentanées et légères d’ici-bas opèrent en nous, au-dessus de toute mesure, un éternel poids de gloire : Id enim quod in præsenti est momentaneum et leve tribulationis nostræ, supra modum in sublimitate æternum gloriæ pondus operatur in nobrs (IL. Cor. rv. 17). Le cinquième, c’est que les créatures ont l’aséurance d’être délivrées de la servitude de la corruption : Quia et ipsa creatura liberabitur a servitute corruphionis (Rom. vin. 21). Cette certitude doit nous encourager à la patience. Le sixième, c’est çue de la servitude de la corruption, nous passerons à la liberté de la gloire des enfants de Dieu : À servitute corruptionis in libertatem gloriæ filiorum Dei (Rom. vin. 21). Le septième, c’est que toute créature gémit et souffre : Scümus enim quod omnis creatura ingemiscit et parturit usque adhuc (Rom. vu. 22). Depuis le commencement du monde , les créatures ont connu la douleur ; l’homme qui n’a que peu de temps à souffrir doit donc prendre patience et ne pas chercher une exemption de maux qui n’atteindrait que lui. Le huitième, c’est que nous attendons la rédemption de notre corps : Exspectantes redemptionem corporis nostri (Rom. vur. 23). Par la patience, ce corps chargé d’infirmités deviendra impassible et glorieux. Souffrons donc avec joie. Le neuvième, c’est que notre salut vient de l'espérance : Spe enim salvi facti sumus (Rom. vin. 24). Puisque nous devons avoir Le-ferme espoir d’être bientôt délivrés et sauvés, nous devons aussi ne pas nous impatienter ni nous décourager. Le dixième, c’est que l’Esprit-Saint aide notre faiblesse et demande lui-même pour nous avec des gémissements ineffables : Spiritus adjuvat infirmitatem nostram ; ipse Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus (Rom. vu. 26). Comment, avec un tel aide, pouvons-nous murmurer et nous plaindre ! Le onzième , c’est que nous savons que pour ceux qui aiment Dieu, tout coopère au bien :

Excellence de la patience; merveilles qu’elle opère,

Seimus autem quoniam diligentibus Deum, omnia cooperantur in bonum (Rom. vur. 28). Ainsi les opprobres, l’indigence, les maladies, les persécutions et tous les maux tournent à notre avantage, si nous les acceptons avec résignation pour l’amour de Dieu. Le douzième, c’est que ceux qui sont patients par amour de Dieu sont prédestinés (Rom. vus. 29. 30). La patience assure donc notre salut et:notre bonheur éternel...

Jout païen qu'il était, Bion disait que c'était un grand mal de n'avoir pas la patience dans les maux ; car sans la patience, il n’y a pas de moment heureux dans la vie (Diog. Laert. de Vit. Phil., lib, 1V::6. vn).

Lassez par votre patience la méchanceté d'autrui, dit Tertullien : Fatigetur aliena improbitas patientia tua (De Patientia, c. vnr). Pour moi, ajoute-t-il, je serai patient en toutes choses ; autrement mon impatience serait mon bourreau : Zn omnibus patiens ero, alioquin cruciabor in impatientia mea.

Parlant des cruels tourments que le tyran Dacien fit souffrir à saint Vincent, diacre et martyr, saint Augustin dit : Tout est passé, et la colère de Dacien, et les souffrances de Vincent. Mais maintenant les tourments sont pour Dacien, et la couronne pour Vincent : Jam illa omnia transierunt, et ira Daciani, et pœna Vincentü. Nunc autem pœna Daciano, corona vero manet Vincentio (Serm. cozxxrv in S. Vincent. ).

Envoyé eu exil et voyant les chrétiens pleurer sur son passage, saint Athanase dit : Courage, mes enfants, c’est un léger nuage qui bientôt disparaitra (Mist. Æccles. ).

‘Attendez patiemment le Seigneur, et il vous délivrera, disent les Proverbes : £'xspecta Dominum, et liberabit te (exfaor

Nous sommes maudits, el nous bénissons; persécutés, et nous le supportons ; injuriés, et nous prions, dit saint Paul : Maledicimur, et benedicimus ; persecutionem patimur, et sustinemus ; blasphemamur, et obsecramus (1. Cor. 1v. 12-13). En tout, dit encore le grand Apôtre, nous sommes froiseés, mais non brisés; retardés, mais non arrêtés s persécutés, mais non délaissés ; abattus, mais sans périr : Zh omnibus tribulationem patimur, sed non angustiamur ; aporiamur, sed non destituimur ; persecutionem patimur, sed non derelinquimur ; dejicimur, sed non perimus (IL. Cor. 1v. 8.9). Voilà les services que rend la pratique de la patience et les merveilles qu’elle opère !.…. Lorsqu'elle rencontrera la patience, toute injure, faite soit avec la langue, soit avec la

PATTENCE. 631 mMaiñ , aura le sort du trait lancé contre la DS la plus dure, dit Tertullien (1).

Une once de patience vaut mieux qu’une livre de victoire, dit le cardinal Bellarmin (Comment. in Psal.)..

Gerson dit excellemment : Comme l'arche de Noé s'élevait à mesure que les eaux du déluge croissaient; ainsi l’âme pleine de patience s'élève à mesure que les tribulations grandissent (2).

Celui dont la patience ne peut être vaincue prouve qu'il est parfait, dit le vénérable Bède : C'yjus patientia vinci non potest, ille perfectus esse probatur ({nS. Jac. Comment. }.

Portée au plus haut degré, la patience désire les insultes et les souffrances, de quelque manière qu’elles viennent, et quelques graves qu’elles soient...

L'épreuve de la foi engendre la patience, dit l’apôtre saint Jacques; la patience produit une œuvre parfaite ; de telle sorte que vous soyez accomplis, justes, et ne manquant de rien : Probatio fidei patientiam operatur; patientin autem opus perfectum habet, ut sitis perfecti, et integri, in nullo deficientes (1.3. 4).

La patience rend parfait de plusieurs manières : .

Premièrement , supportant tout, et persévérant jusqu’à la fin , la * patience doue l’homme de vertus consommées, et elle les lui conserve. La patience peut se compärér au toit des édifices qui garantit de la chaleur et du froid leurs habitants; aux sacs pleins de laine qui amortissent le coup des boulets, ete... Sans la patience, il n’y a point de vertu; car toutes les vértus sont le résultat d'épreuves subies; or, la patience est nécessaire pour supporter quelqué épreuve que ce soit...

Secondement, la patience aide l’homme à achever sa course et à atteindre l’extrémité de la lice; elle lui met sur la tête une riche et divine couronne. La patience dont parle l’apôtre saint Jacques est la persévérance dans les souffrances ; c’est cette patience qui produit une œuÿre parfaite... |

Troisièmement, la patience est un bouclier et un casque qui repousse et brise tous Les traits des ennemis du salut et des passions.

(1). Omnis injuria, seu lingua, seu manu incussa , cum patientiäm offenderit , eddem exitu dispungetur, quo telum aliquod in petræ constantissimæ duritiem brie tum (Zib. de Patientia, c. Yu).

(2) Ut arca Noé, quo magis abundarent aquæ diluvii, tanto altius ferebatut; sic mansuetus animus , quo majores eruñt tribulationis aquæ, tanto ërit excelsibr (Part. IT, Serm. de Omnibus sanctis ).

Elle éloigne tous les maux , unit des biens opposés, etsurmonte tout. Il en résulte pour l’âme une douce et précieuse paix. L'homme

patient est maître de lui-même et de ses affections; il leur commande.

en roi. Un tel homme n'est-il pas parfait? C’est ce qu’exprima J. C. quand il dit : Vous posséderez vos âmes par la’ patience : In patientia vestra possidebitis animas vestras (xxI. 19). Et encore: Heureux les patients et les doux, parce qu’ils posséderont la terre : Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram ( Matth. v. 4).

Il est dit, fait remarquer saint Thomas , il est dit que l’homme possédera son âme par la patience; parce que cette vertu détruit entièrement les passions quirendent malheureux: par exemple la tristesse, la colère, l'envie, la vengeance, etc., passions qui bouleversent âme ( 2. 2. q. 136. art. 2).

Sans la patience, les vertus ressemblent à une muraille sans ciment, qui ne tarde pas à s’écrouler.……

Quatrièmement , rien ne manque à celui qui a la patience : elle supplée à tout ce qui lui fait défaut, et le conduit insensiblement à un haut degré de sainteté; ce qui fait dire à saint Grégoire : La patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus : Patientia est radix et custos omnium virtutum (Homil. xxxv). Elle est la racine et la gardienne de toutes les vertus, d’abord, parce que les adversités que supporte merveilleusement la patience, étouffent l’amourpropre, cause de toute imperfection et de tout mal; puis, parce que la patience produitsix œuvres parfaites: 1°elle subjugue la colère, la jalousie et les autres passions... ; 20 elle éprouve l’homme et ses vertus... ;. 3 elle s’éprouve elle-même... ; 4e elle procure la joie de l'esprit. ; 5° elle gouverne toutes les actions de l’homme, de telle sorte qu’en chacune il soit modéré et circonspect...; 6 elle assure la vie éternelle...

Cinquièmement , la patience rend parfait, ué sitis perfecti, integri, in nullo deficientes, parce que, semblable au tronc de l'arbre qui porte les branches, Les feuilles, les fleurs et les fruits, elle porte tout le poids de l’homme et de ses vertus, tout ce qu’il y a de pénible et de lourd dans la vie :les contradictions, les peines, les souffrances , les humiliations , les privations, etc. ; elle lui conserve un esprit, une parole , un visage calmes et paisibles. Aussi Clément d’Alexandrie assure-t-il que la patience nous procure tout bien : Omne bonum patientia nobis suppeditat (Homil., t. I ).:

Sixièmement, la patience a Dieu pour guide et, selon l’expression de Tertullien ; pour dépositaire. Dieu, dit ce grave auteur, devient

pour la patiencé un admirable dépositaire; si vous remettez entre ses mains une injure qu’on vous aura faite, il en sera le vengeur ; si un dommage, il le réparera; si une douleur, il la guérira ; si votre dernier soupir , il vous ressuscitera, Autant que la patience le veut, Dieu se fait son débiteur (1).

Saint Augustin compare la patience à une harpe, dont les tribulations seraient les cordes harmonieuses. En effet, dit-il, tout acte de patience est un hymne agréable à Dieu; que si vous vous laissez abattre dans les tribulations, vous avez brisé votre harpe : Omnis enim patientia dulcis est Deo ; si autem in ipsis tribulationibus defeceris, citharam fregisti (In Psal. xzrr ).

Septièmement, la patience produit uné œuvre parfaite : Patientia Opus per fectum habet ; car son œuvie par excellence c’est l'acceptation du martyre , c’est-à-dire l’acte le plus noble ét le plus béau que l’homme puisse accomplir avec l’aide de Dieu. La patience enfante les confesseurs de la foi et elle les couronne. Sa vie elle-même est un martyre. La patience triomphe de tout , même de Dieu...

Huitièmement, la patience nous rend très-semblables à J: C., qui

est la patience par excellence.

Neuvièmement, celui qui souffre les maux avec patience, les change én biens; il sort de cette épreuve victorieux, purifié et très-bon.

La patience est un remède à tous les maux; car par elle nous nous unissons à Dieu qui est tout bien.

Montrer de la patience, surtout dans les injures, les oublier, pardonner, combler de biens ceux qui exercent notre longanimité en nous faisant du mal, c’est une œuvre vraiment royale, ou plutôt divine.

Il appartient, dit Sénèque, il appartient à un grand cœur d’être calme, tranquille, et de mépriser les injures et les offenses. Se livrer aux emportements de la colère est le propre d’une femme : Magni animi est proprium, placidum esse, tranquillum ; et injurias atque offensiones despicere. Mulicbre est {urere in ira (In Prov.). Voilà de quellé manière les païens eux-mêmes considéraient la patience.

Le juste ne S’attriste d'aucun événement, disent les Proverbes : Non contristabit justum quidquid ei acciderit (xu. 21), L’Ecriture ne

(1) Adeo satis idoneus patientiæ sequestèr Deus : si injuriäm deposueris , penes eum ultor est; si damhium, restitutor est; si dolorem, medicus est; si mortem, resuscitator est. Quantum patientiæ licet, ut Deum habeat debitorem (Lib. de Patientia, c, x\).

dit pas qu’il n'arrive äucun mal au juste qui sé fait remarquer par sa patience. Nous voyons souvent le contraire : ainsi Job, Joseph, David, Tobie, Daniel, etc., ont été soumis à de grandes tribulations. Mais l’Ecriture dit : La patience et l'égalité d’âme du juste sont au-dessus de toute épreuve; il supporte avec résignation, joie, énergie, toutes les tribulations qui lui viennent soit de Dieu, soit des hommes, soit dn démon, soit de toute autre créature, soit même de son propre fonds. Aucune affliction ne le trouble, aucun chagrin ne l’abat ni ne s'empare de lui; mais au milieu de toutes les adversités, il reste debout, ferme, inébranlable, patient et plein de douceur; car la patience est le vrai remède des maux de la vie. Préparez votre âme aux épreuves, et vous serez heureux; le persécuteur ne peut vous enlever le bonheur que procure la patience et que Dieu lui a promis.

Saint Thomas enseigne que, dans J. C. et dans les justes, la tristesse a consisté à prévoir et à ressentir les maux, mais non à s’en troubler (2. 2. q. 136. art. 2).

Les causes. pour lesquelles le juste ne se trouble ni ne s’afflige de rien, sont : FIM

Premièrement, le peu de cas qu’il fait de toutes les choses de ce monde ; il ne s’y attache point, mais les méprise : voilà pourquoi, lorsqu'elles lui sont ravies, il ne s’abandonne point au chagrin... Songez, dit Isocrate, songez que rien de ce qui appartient à l’homme n’est stable : ainsi, dans la prospérité, vous ne vous livrerez pas à une joie outrée ; ni, dans l’adversité, à une tristesse excessive : Æxiséima nihil humanum esse stabile ; sic enim neque fortunatus eris prœæter modum lœtus ; neque infortunatus prœæter modum tristis (Plutarc. ).

Secondement, le soin avec lequel il met un frein à ses passions , source de péchés, et par conséquent de troubles et d’agitations, selon ces paroles de Jérémie : Jérusalem a péché, et par suite elle a perdu la stabilité : Peccatum peccavit Jerusalem, propter ea instabilis facta est (Lament. I. 8).

Renonçons volontiers aux biens de la terre, dit Tertullien, mais. défendons ceux qui nous viennent du ciel. Que m'importe que le monde périsse, pourvu que j’acquière la patience : Zibeñter terrena amittamus, cœlestia tueamur. Totum licet seculum pereat, dum patien: tiam lucrifaciam (Lib. de Patientia ). |

Troisièmement, la préférence qu’il accorde à la paix sur toutautre bién. Quoi qu’il lui en coûte , il s'attache à la patience...

Quatrièmement, la conviction où il est que lui-même et tout ce

PATIENCE, 641 qu’il possède est entré les mains de Dieu, et sous la garde de la Providence. IL se repose sur la bonté et la vigilance du père commun des hommes. Les enfants des dieux sont invulnérables, dit Pindare :

.Invulnerabiles filii deorum (Anton. in Meliss.).

Cinquièmement, l’union de son âme avec Dieu ; Union si étroite que cette âme ne fait, si je puis n’exprimer ainsi, qu’un avec lui. Et comme Dieu est immuable, impassible, il rend tels les hommes patients et les justes unis à lui...

Iln°y a rien d'aussi funeste que d’avoir Dieu pour adversaire, dit saint Chrysostome. S'il vient à notre aide, ni le malheur, ni lesembüches, ni toute autre chose, ne pourront nous nuire ; mais de même qu'un charbon enflammé s'éteint si on le plonge dans l’eau ; ainsi, quelque grande que soit la tristesse qui fond sur une âme, elle se dissipera et s’évanouira facilement, si elle tombe sur une conscience sans reproche. On n’est blessé que par soi-même (1).

Vous mériterez d'être maître de tout, lorsque vous pourrez vous gouverner vous-même, dit Claudien : Tunc omnia jure tenebis, cum poteris rex esse tui ( Anton. in Meliss.).

La victoire qui rend maître des villes est moins grande que celle qu’on remporte sur soi-même par la patience, dit saint Grégoire ; en effet, dans le premier cas, on soumet une puissance extérieure, tan- ‘dis que, dans le second, l'âme se dompte et se subjugue elle-même (2).

Il faut plus de force pour endurer patiemment les adversités, que pour faire des actions d’éclat ; et cela pour trois raisons, dit saint Thomas : 1° parce que les adversités qui fondent sur nous, nous semblent plus fortes que nous ; tandis que celui qui fait une action héroïque, la fait comme ayant puissance, comme étant plus fort qu’elle ; or, il est plus difficile de combattre contre quelqu’un qui vous est supérieur en force que contre un inférieur; 2 parce que celui qui résiste patiemment aux adversités sent les dangers de la lutte; tandis que celui qui attaque une ville, regarde les dangers comme étant encore éloignés : or, 1l est plus difficile de n’être pas impressionné par des maux présents que par des maux à venir;

(2) Nihil aliud tam molestum est quam Deum habere offensum, Si adsit, non afflictio, non insidiæ, non alia res ulla molestiam afferre potest : sed quemadmodum scintillam, si in profundam aquam immergas, exstinxeris; ita, quamvis magna animi dejectio, si in bonam incidit conscientiam, perit , facileque evanescit. Nemo læditur nisi à seipso ( Homil. vi in Act.).

(2) Minor eaim est victoria urbium, quia extra sunt quæ subiguuntur ; valde autem majus est quod per patientiam vincitur, quia ipse a se animus superatur, et semetipsum sibimetipsi subjicit (Homil. xxxv in Evang.),

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