EU
l’excellence de Dieu... 8° Le péché nous prive de la vie éternelle... Les théologiens prouvent très-bien que l’acte du péché passé, le. péché laisse une tache dans l’âme, une tache hideuse et habituelle ,
qui la rend infâme et abominable aux yeux de Dieu...
SUR Îz ya plus d’un point de ressemblance entre la fièvre du corps et le peché , qui est la fièvre de l’âme : 4° La fièvre affaiblit le corps; le péché affaiblit l'âme... 2° La fièvre agite le sang et les humeurs ; le péché agite les pensées et les affections... 3° On connaît la fièvre par le déréglement du pouls; l’état de péché se décèle par les préoccupations et les sollicitudes qui s'emparent de l’homme... 4 La fièvre occasionne une soif ardente; l’âme pécheresse est brülée par les désirs de la concupiscence et par le feu des passions... 5° La fièvre commence par des frissons , et finit par une chaleur intense: la fièvre de l’âme commence par la tiédeur , la négligence , la paresse, l’inertie; viennent ensuite le développement et les ardeurs de la passion : orgueil, luxure, colère, gourmandise , etc... 6o La fièvre déprave le goût ; le péché ôte le goût de la prière , de l’oraison , de la mortification , des sacrements , etc... 70 La fièvre enlève à l’homme la force , la beauté, la raison, etc.; le péché produit les mèmes effets... 8° La fièvre fait cruellement souffrir ; le péché aussi... 9° Un accès de fièvre succède à un autre accès ; l’âme possédée de la fièvre du péché va de chute en chute...
Le péché Lx péché peut être comparé à la paralysie. En effet, 4° la paralysie paralysie, lie le corps, si l’on peut s'exprimer ainsi; le péché enchaîne l'âme... . 2e La paralysie empêche tout mouvement des nerfs et des muscles ; le péché met obstacle aux mouvements de la grâce et de la volonté... 3 La paralysie est la suite de l’apoplexie ; l’immobilité de l’âme dans le mal est la suite de la chute dans le péché, que l’on peut nommer l’apoplexie de âme... 40 Par la paralysie, le corps devient un poids inerte; par le péché, l’âme est soumise à un fardeau qui l’accable... 5° La paralysie est un mal presque incurable ; souvent aussi l’état où le péché réduit l’âme devient comme incurable par la mauvaise volonté du pécheur, par son obstination à ne pas se corriger, et par la privation des grâces...
1e Le Le péché peut encore être comparé au feu. En effet, 1o de mème est un feu. : - |
que le feu durcit certains corps et blesse ou consume les autres à
ainsi le péché blesse , endurcit et consume l’âme : le péché mortel
ressemble au fer rouge, dont le seul contact brûle profondément... 2° Le feu produit des flammes : le péché développe les flammes des convoitises, de la colère, de la haine, de la luxure , ete... il allume le feu de la colère et de la vengeance divines...; il a donné naïissance au feu de l’enfer,….
. Voici, s’écrie [saïe , voici qu'ayant allumé le feu (du péché) vous êtes entourés de flammes ; marchez à la lueur de l'incendie que vous avez produit, au milieu des flammes que vous avez fait naître : Æcce vos accendentes ignem , accincti flammis ; ambulate in lumine ignis vestri, et in flammis quas succendistis (1, x1).
En commettant le péché, l’âme, qui était et devait demeurer l'épouse de J.C., le rejette; elle cède aux suggestions du démon, devient adultère et se prostitue au mortel ennemi de Dieu et des hommes ; adtère lui-même dès le commencement. Quelle ahomination! enlever son âme à J. C., cette âme qu’il a rachetée au prix de tout son sang, et la livrer au démon , la promettre à l’enter! quelle frénésie !.… |
L'Howwe qui vit dans le péché mortel abandonne le vrai Dieu; il se choisit une autre divinité qu’il adore. Cette divinité c’est lui-même À
c’est sa volonté propre , ce sont les créatures. L’avare adore Por et
l'argent; l’impudique, la chair; l’ivrogne, le vin, ete... Le pécheur se fait l’esclave des passions les plus viles et les plus dégradantes….. 0 funeste idolâtrie !.…
- Vous avez souillé ma terre, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, vous avez changé mon héritage en un lieu d’abomination : Contaminastis terram meam , et hœreditatem meam posuistis in abominationem (11.7). Mon peuple a échangé contre une idole ce qui faisait sa gloire : Populus meus mutavit gloriam suam in idolum (Xd. n.11 ). O0 cieux, soyez dans la stupeur; portes du ciel, que votre désolation soit profonde ! Obstupescite cœli super hoc, et portæ ejus desolamini vehementer (Id. 11.12). Mon peuple à fait deux maux : il m’a abandonné, moi la source d’eau vive ; et il s’est creusé des citernes , fosses crevassées qui ne peuvent contenir l’eau : Duo mala fecit populus meus : me dereliquerunt fontem aque vivæ, et foderunt sibi cisternas , cisternas dissipatas , quæ continere non valent aguas (YA. 11. 13).
En abandonnant Dieu , source de vie, tout pécheur cherche des eaux fangeuses et corrompues. En effet, dans tout péché mortel, il y à : 1° éloignement pour Dieu qui est le bien incréé et infini , et
Le péché mortel est un adultère.
Le péché mortel est une idolâtrie,
Le péché mortel est le mal suprême
de Dieu,
des anges, des
hommes, et de toutes
les créatures.
Le péché mortel éloigne de Dieu.
attachement aux biens périssables et dégoütants.; 2 mépris pour Dieu etamour pour les créatures…; 3° renoncement à Dieu en tant que fin dernière, et substitution des créatures au Créateur pour être notre terme et notre souverain bien. N'est-ce pas là, de toutes les idolâtries, la plus insolente , la plus monstrueuse et la plus criminelle ?.… Israël s’est abaissé jusqu’à Baal, et il est mort, dit Osée Zsrael deliquit in Baal , et mortuus est (xx. 1 ).
Lez péché mortel est le souverain mal de Dieu, de l’ange, de l’homme, de toutes les créatures et même de l’enfer et des damnés, dit Bellarmin; car un nouveau damné augmente la souffrance et le châtiment de ceux qui l'ont précédé dans les flammes éternelles, lun affligeant et tourmentant l’autre (Zn Psal.).
En péchant mortellement, dit saint Anselme, non-seulement nous méritons d’éprouver la colère de Dieu, mais nous insultons toutes les créatures, et nous les soulevons contre nous. La terre peut dire : Loin de vous nourrir, je devrais vous engloutir, parce que vous me souillez. Nos aliments et notre breuvage peuvent-dire : Loin de vous faire vivre, nous devrions vous servir de poison; car vous nous profanez en péchant contre celui qui nourrit les oiseaux du ciel. Le soleil peut dire : Je ne dois pas vous éclairer pour faire votre bonheur, mais plutôt pour appeler sur vous la vengeance de mon Dieu, qui est la lumière des lumières, et le forcer de vous punir (Z4b.de Similit., c: a).
Aussi l’Ecriture assure qu'au grand jour des vengeances tout l'univers combattra avec Dieu contre les pécheurs insensés : Pugnabit cum llo orbis terrarum contra insensatos (Sap. v. 21 ).
Les pécheurs s’éloignent de Dieu et Dieu s'éloigne d’eux. Seigneur, dit le Psalmiste , voilà que tous eeux qui s’éloignent de vous périront; vous avez conduit à leur perte tous ceux qui vous sont adultères : Æcce qui elongant se a te, peribunt; perdidisti omnes qui fornicantur abs te (rxxir. 27). Votre main les a retranchés, comme ces blessés de la mort qui dorment dans le sépulcre et que vous avez effacés de votre souvenir : Sicut vulnerati dormientes in sepulcris , quorum non es memor amplius : et ipsi de manu tua repulsi sunt (LXXXVII. 5).
Demeurassions-nous impunis, pécher serait subir un grand supplice ; dit saint Chrysostome; car le péché nous sépare de Dieu. Celui qui pèche est le plus malheureux des hommes; il est d’autant
PÉCHÉ MORTEL. 689 plus inalheureux qu'il est moins puni et qu'il a moins à souffrir (1). ;
Si nous ne péchons pas, Seigneur, dit la Sagesse, TOUS SAVONS que nous sommes près de vous : Si non peccaverimus, scimus quoniam apud Le sumus computati (xv. 2) ; mais si nous péchons, nous nous éloignons de vous... ,
Vos crimes ont établi une barrière entre Dieu et vous , dit Isaïe ; vos péchés vous ont voilé sa face, et vous empêchent d’être exaucés : Îniquitates vestræ diviserunt inter vos et Deum vestrum ; el peccata vestra absconderunt faciem ejus a vobis ne exaudiret (11x. 9).
Vous nous avez rejetés et repoussés , Sei gneur, dit Jérémie, votre colère s’est allumée contre noùs d’une manière terrible : Projiciens repulisti nos, tratus es contra nos vehementer (Lament. v. 22).
Comme la lumière est en opposition avec les ténèbres, la beauté avec la laideur, la pureté avec les souillures, la vérité avec le mensonge , la sincérité avec la fourberie, la vie avec la mort ; Ja bonté avec la méchanceté ; ainsi la sainteté est en opposition avec le péché, et la sainteté par essence, Dieu , l’a en horreur. Aimant la sainteté d’un amour infini, il déteste aussi d’une haine infinie le péché mortel...
Le caractère de la révolte du pécheur ressort des paroles suivantes de Jérémie : Voici ce que dit leSeigneur : Arrêtez-vous sur les chemins , et voyez, et interrogez les anciens sentiers pour connaitre la bonne voie, et marchez-y; et vous trouverez le repos pour vos âmes. Mais ils m'ont répondu : Nous n’y marcherons point. Et j’ai établi au-dessus de vous des sentinelles, et je vous ai dit : Ecoutez le bruit de la trompette. Et ils ont répondu : Nous ne l’écouterons point (2).
Dès le commencement , dit encore le Seigneur, vous avez brisé mon joug, vous avez rompu mes liens, et vous avez dit : Je ne servirai pas : À seculo confregisti jugum meum, rupisti vincula mea, et dixisti : Non serviam (Jerem. 11. 20).
La loi vous défend telle ou telle infraction, et vous dites : Je veux
(4) Magnum supplicium est peccare , eliamsi non puniamur : peccata cnim:nos à Deo separant. Peccans omnium est miserrimus; et tunc maxime miser, CUM noi punitur, et grave nihil patitur (Homil. ad pop.).
(2) Héc dicit Dominus : State super vias, et videte , et interrogate de semitis antiquis, quæ sit via bona, et ambulate in ea ; et invenietis refrigerium animabus vestris. Et dixerunt : Non ambulabimus. Et constitui super vos speculatores. Audite vocènt tubæ. Et dixerunt : Non audiemus (vr. 16.17),
Ille 4
Le péché formel est une grave désobéissance à Dieu.
Le pécheur déchire la loi
Le péché mortel est du mépris pour Dieu.
la commettre. ; elle vous ordonne tel ou tel acte, et vous dites : Je ne le ferai pas : Von serviam. Votre Créateur vous adresse cette invitation : Marchez dans la voie de mes commandements; vous répliquez : Nous n’y marcherons point : Non ambulabimus. [ jte ; Ecoutez ma voix ; vous persistez et vous faites entendre ces mots Nous ne l’éconterons point : Non audiemus.
Voici les préceptes que le Seigneur a donnés à l’homme : Un seul Dieu tuadoreras et aimeras parfaitement. Le pécheur obstiné répond : Je ne veux ni Fadorer ni l’aimer : Non serviam. — Dieu en vain tu ne jureras. —I1 me plait de le blasphémer : Non serviam. — Les dimanches tu garderas. — Ma liberté serait entravée par l'assistance à la messe et aux offices : Von serviam.— Tes pères et mères honoreras ; tu leur obéiras, tu les secourras. — Je ne suis plus à la lisière pour me laisser conduire sans résistance. Ma raison a ses droits et mon avenir aussi. Qu'ils s’arrangent; chacun pour soi. Mon serviam. — Pères et mères, vous élèverez vos enfants dans la crainte.du Seigneur; vous les surveillerez, vous les corrigerez, vous les édifierez. — Ce serait trop de gêne. Que deviendraient nos affaires et nos plaisirs ? Des étrangers bien payés en auront soin : Von serviam. — Homicide point ne seras. Tu respecteras le corps et surtout l’âme de ton prochain. Pas de scandales, pas de haïne ni de désirs de vengeance. — Tant pis pour ceux qui se scandalisent ; et quant à la vengeance, c’est le plus doux des plaisirs : Non servian.— Luxurieux point ne seras. — La passion est plus forte que moi, Etre chaste est au-dessus des forces de la nature : Non serviam. — Respecte ce qui ne appartient pas. — Chacun poursuit le gain à tout prix. La vie est une guerre où les scrupuleux seuls ont tort : Von serviam, etc.
Pécheurs, J. C. veut régner sur vous par sa loi, par sa grâce et par sa gloire; mais semblables aux Juifs maudits, vous répondez : Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous : Nolumus hunc regnare super nos (Luc. xix. 14).
Pan le péché mortel, homme déchire la loi, selon l'expression d’un prophète : Lacerata est lex (Habac. 1. 4). IT la méconnait, la méprise, Ja foule aux pieds et la tourne en dérision; il se rit des menaces et ces promesses de Dieu...
Po les fois que nous commettons un péché, ou de pensée, ou de parole, ou d'action, dit saint Augustin, nous détruisons le
PÉCHÉ MORTEL. 691 témple de Dieu, et nous faisons une injure à celui qui habite en nous ({).
Par la préférence qu’il donne aux créatures, le pécheur témoigne à Dieu un mépris souverain et renouvelle le crime dont les Juifs se sont rendus coupables en préférant Barrabas à J. C. : Von hune, sed Barrabam (Joann. xvirr. 40). Préférer le mal au bien , le vice à la vertu, la terre au ciel, une sale volupté aux pures délices de la gr le néant à Dieu, se peut-il égarement et insulte plus grands!
Dieu, par la bouche d’Isaïe , se plaint amèrement d’une telle conduite : À qui m’avez-vous comparé, dit-il, à qui m’avez-vous égalé? Cut assimilastis me et adæquastis, dicit sanctus? (xL. 25.)
Malheur, dit-il encore, malheur à vous qui me méprisez ! Ne serezvous pas méprisés à votre tour ? Væ qui spernis, nonne et ipse sperneris ? (Isai. xxx111. 1.)
‘ Cieux, écoutez; terre, prêtez l'oreille, s’écrie le même prophète; le Seigneur à parlé : Jai nourri des enfants, Je les ai élevés; et ils m'ont méprisé. Le taureau connaît son maître ; l'âne, son étable : Israël m'a méconnu (2). gti n
Celui qui me méprise, a qui le jugera, dit J. Ç. : Qui spernit me, habet qui judicet eum (Joann. xt. 48.)
âce,
Drev est notre créateur, notre rédempteur, notre providence, notre père ; il nous comble de biens temporels et spirituels..; il nous promet une gloire et un bonheur qui ne finiront point. Mais, loin de se montrer reconnaissant, le pécheur lui témoigne la plus noire ingratitude…; il se sert des dons de Dieu pour l’outrager.….
Ce n’est pas seulement à la loi de Dieu que le pécheur s’attaque; il déclare la guerre à Dieu lui-même..; il aiguise son glaive, il tend son arc, il lance ses flèches contre le Tout-Puissant..….
‘Insensé! criminel soldat de Satan! ton chef voulut aussi lutter contre Dieu. Quel fut son sort? Vaincu, renversé, maudit, il fut précipité pour jamais au plus profond de l’enfer. Oh! n’imitez pas le démon, si vous voulez éviter son irrémédiable malheur.
(1) Quoties aliquod peccatum, aut cogitando , aut loquendo , aut operando perficimus, templum Dei destruimus, et ei qui in nobis habitat injurias irrogamus (Lib. I Retraet., ©. xv).
(2) Audite cœli, et auribus percipe terra; quoniam Dominus locutus est : Filios enutrivi, et exaltavi; ipsi autem spreverunt me. Cognovit bos possessorem suum, et asinus præsepe domini sui; Israel autem me non cognovit (1203)
Le péché mortel ést uné noire ingratitude envers Dieu.
Le péché mortel attaque Dieu directement,
Le péché mortel s’efforce d’anéantir Dieu.
Lx péché mortel est une sorte de déicide. Si Dieu pouvait être mis à mort, il le serait par le trait empoisonné du péché... Le pécheur tue Dieu, au moins de désir, dit saint Chrysostome : Peccator, quantum ad voluntatem suam, Deum perimit (Homil. ad pop.). Le péché mortel est l’annihilation de Dieu, dit saint Thomas : Peccatum est annihilatio Dei (De Peccat.).
Répétons-le, si la puissance du pécheur répondait à sa volonté perverse , il détruirait Dieu... Mais, ne pouvant l’anéantir ni dans son essence, ni dans le ciel, ni dans ses œuvres, il l’anéantit du moins dans son propre cœur. Et l’homme qui agit ainsi ne suppotterait Dieu nulle part... S'il avait sur lui quelque pouvoir, il souhaiterait qu’il n’y eût pas de Dieu, parce qu’il voudrait qu’il n’y eût ni loi pour le forcer à obéir, ni justice pour le punir; or, ce désir emporte avec lui le désir de l’anéantissement de Dieu...
Quand le Fils de Dieu est venu sur la terre , ne l’a-t-on pas crucifié?.. $’il descendait une seconde fois parmi nous, les pécheurs lui feraient subir de nouveau toutes les douleurs de la passion; et si : J. C. pouvait encore souffrir, le péché mortel lui donnerait la mort... À
Malheureux pécheurs, y pensez-vous? Depuis que vous êtes en état de péché mortel, votre cœur est un gibet où vous immolez votre Sauveur; et, toutes les fois que vous péchez, vous crucifiez de nouveau le Fils de Dieu au dedans de vous, comme le dit saint Paul : Rursum crucifigentes sibimetipsis F'ilium Dei (Hebr. vr. 6.).
Oui, le péché mortel a été la véritable et unique cause de la mort de J, C. Reconnaissez, à pécheurs, combien sont graves les blessures du péché, puisque pour les guérir, J. C., couvert de blessures, a versé tout son sang ! Si la plaie que le péché fait à l’âme n’était pas mortelle, et mortelle pour léternité, jamais le Fils de Dieu ne serait mort pour la fermer.
O homme, s’écrie saint Augustin , reconnais ce que tu vaux et ce que tu dois. En considérant la grande dignité que t'a conférée la rédemption, apprends à craindre et à fuir le péché. Voici que, pour limpie , la Piété est battue de verges; pour l’insensé , la Sagesse est tournée en dérision; pour le menteur, la Vérité est immolée; pour le coupable, la Justice est condamnée; pour l’insensible, la Miséricorde est frappée; pour le pervers, la Pureté est abreuvée de vinaigre et la Douceur enivrée de fiel; l’Innocence prend la place du véritable criminel; la Vie meurt pour ressusciter celui qui était mort (De Passione).
La malice d’un seul péché mortel est si grande, c’est un tel outrage De sa nature,
envers la Majesté infinie, que toutes les prières, les humiliations, les austérités, les louanges, les adorations des saints et des anges seraient impuissantes à expier un seul péché mortel. Tout ce qu’ils feraient de grand et d’admirable ne pourrait compenser ce qu’un seul péché mortel a d’abominable. De sa nature, le péché mortel est un mal irréparable. Un exemple nous le fera comprendre : Lorsque Nabuchodonosor fit jeter dans la fournaise ardente les trois jeunes Hébreux, il les brüla autant qu’il était en Jui, bien que Dieu les ait sauvés, Ainsi, lorsque nous commettons un péché mortel, nous donnons la mort à notre âme; et quoique Dieu puisse nous ressusciter, nous assurons néanmoins, autant qu'il est en nous, les effets du péché que nous avons commis et notre damnation éternelle ; en un mot, nous éteignons la vie jusqu’à la dernière étincelle. Il faut considérer ce que produit le péché, et non ce que peut la toute-puissance du Seigneur. Celui qui renonce une fois à Dieu, y renonce pour toujours; parce qu'il est de la nature du péché de rendre éternelle, autant qu’il le peut, notre séparation d’avec Dieu.
Etant tombé dâns le péché mortel, l’homme n’avaità attendre nide
le péché mortel est irréparable,
lui-même ni des anges aucun remède qui püût le replacer dans l'état
d’innocence et lui rendre Les biens qu’il avait perdus. Alors, dans sa miséricorde , le Fils de Dieu, la sagesse incréée, pär qui tout a été fait, a pris une résolution merveilleuse, ineffable, incompréhensible aux anges et aux hommes ; il s’est uni à notre nature et, en elle et par elle , il a réparé le genre humain, qui était dégradé tout entier.
Nour homme ne souhaite voir la fin de son bonheur; or, le pécheur met son bonheur dans le péché...
S'ils le pouvaient, les pécheurs, dit sainf Grégoire, voudraient toujours vivre , afin de toujours pécher, Ils montrent que telle est leur disposition, en ne cessant de pécher qu’autant qu’ils cessent de vivre. Qu'ils ne disent donc plus: Pourquoi un enfer éternel ? IL appartient , ajoute le même Père, il appartient à la justice du Juge suprême de ne jamais mettre fin au supplice de ceux qui , en cette vie, n’ont jamais voulu être sans péché (1).
(1) Voluissent, si potuissent, sine fine vivere, ul potuissent sine fine peccare. Ostendunt enim quia in peccato semper vivere cupiunt, qui nunquam desinunt peccare dum vivunt..…. Ad magnam ergo justitiam judicantis pertinet, ut nunquam careant supplicio, qui in hac vita nunquam voluerunt carcre peccato. ( De Pænit., Can Lx),
Le pécheur voudrait toujours vivre , afin de pécher toujours.
Le péché . mortel est pire que l'enfer.
Le péché mortel comparé au serpent et an lion.
Le péché mortel comparé à un glaive d’extermination.
Erunré au véritable point de vue, le péché est pire que la mort, que la réprobation et que l'enfer, parce que le péché est en lui-même une tache, un mal ; tandis que la mort, Ja réprobation et l’enfer ne sont que la peine du péché. L'enfer n’est pas un mal, il en est le juste châtiment : ce qui est un mal, c’est ce qui conduit en enfer, c’est-à-dire Le péché...
Si, dit saint Anselme, si je voyais d’un côté le péché mortel, et de l’autre l’enfer, et que je fusse dans la nécessité de choisir l’un des deux, j'aimerais mieux me jeter dans l’enfer que de commettre le péché (1).
Mox fils, dit l’Ecclésiastique, fuyez devant le péché comme à l’aspect du serpent; car si vous vous en approchez, il vous saisira. Ses dents sont les dents du lion; elles tuent les âmes : Fi, quasi a facie colubri fuge peccata : et si accesseris ad illa, suscipient te, Dentes leonis, dentes ejus, inter ficientes animas hominum (xxx. 1-3 ). Le Saint- Esprit compare le péché au serpent armé de venin, et dont les atteintes sont cachées et mortelles. Il compare ses effets à ceux que produisent les dents du lion qui déchirent et qui broïent, ne laissant rien subsister de la victime qu’elles ont saisi...
Lorsqu'on présenta au vieux patriarche Jacob la robe ensanglantée de son fils Joseph; il s’écria : Une bête cruelle l’a dévoré, une bête a dévoré Joseph : Fera pessima comedit eum ; bestia devorabit Joseph (Gen. xxxvir. 33). Voilà ce que fait le péché mortel...
Le sanglier de la forêt a déraciné votre vigne, Seigneur, dit le Psalmiste , une bête sauvage l’a ravagée : Z'xterminavit eam aper de: sylva ; et singularis ferus depastus est eam ( Lxxix. 14).
Tout ce tableau est une allusion à l’état ou se trouve l’âme livrée au péché mortel... *
Ils ont été exterminés par la multitude des animaux féroces, dit la Sagesse : Per multitudinem bestiarum exterminati sunt (xvr. 1). Autant de péchés mortels, d’habitudes coupables, de passions tyranniques , autant d'animaux féroces qui fondent sur l’âme et la déchirent.…
Fr FRS ir . à
Tours iniquité est un glaive à deux tranchants; ses blessures sont incurables, dit Ecriture : Quasi romphæa bis acuta omnis iniquitas ; plagæ illius non est sanitas (Eccli. xxr. 4).
(1) Si hinc inferni ardorem, inde peccati horrorem cernerem , ac necessario alter utrum mibi eligendum foret; mallem in infernum insilire, quam peccatum committere ( Lib. de Similit., c. exc ).
Le Saint-Esprit a comparé le péché au serpent, au lion, au sanglier ; maintenant il le compare au glaive à deux tranchants.
Apprenez de là combien le péché mortel est grave et funeste; car il nuit infiniment plus à l’âme que le serpent, le lion et le glaive ne nuisent au corps, et que le sanglier ne nuit aux vignes et aux terres cultivées. Le péché mortel tue l’âme pour jamais, et même quelquetois le corps...
Lonsov’ezze pèche mortellement, l’âme compagne des saints et des anges et épouse de J. C. descend des hauteurs du ciel, et se précipitant dans un cloaque, elle vit parmi les bêtes impures et les reptiles venimeux; elle se vautre dans la fange ets’en nourrit. Au contraire, J’âme exempte de péché mortel est un ciel dont Pintelligence est le soleil ; la foi et la continence, la lune; et les autres vertus, les
étoiles. Toutes les vertus brillent au milieu des adversités de ce siè-
cle, comme les astres au firmament durant la nuit, dit saint Bernard (Serm. in Psal. ).
Le pécheur se blesse lui-même, dit saint Chrysostome : Nemo lœditur nisi a seipso (Homil. ad pop. ). |
Le péché est le mal suprême de la nature, de l’homme et de la societé. Ni l’homme, ni le démon, ni Dieu lui-même, ne peuvent faire autant de mal à un homme qu’il ne s’en fait lorsqu'il commet un péché mortel...
. Dieu, dit saint Augustin, imposa aux péchés une loi telle que ce qui a fait le plaisir du pécheur devienne entre les mains du Sei< gneur un instrument de punition : Deus ipsa peccata sic ordinat, ut quæ fuerunt delectamenta homini peccanti ; sint instrumenta Domino punienti ( Lib. Confess. ). ÿ
Chacun est tourmenté par où il a péché, dit la Sagesse : Per quæ peccat quis , per hæc et torquetur (xx. 17). Chaque vice porte avec lui une peine qui lui est propre... Vous l’avez ordonné, Seigneur, et il en est ainsi, dit saint Augustin, tout esprit déréglé est à lui-même
son châtiment : Jussisti, Domine, et ita est, ut sibi pœna sit omnis.
inordinatus animus (Lib. Confess. ):
Du principe du péché dérive le supplice qui l'attend, dit saint Chrysostome : Unde est fons peccati , illinc est plaga supplici (Homil. ad pop. ).
” Les choses dont nous abusons par le péché se changent d'ordinaire
Le péché mortel est la plus terrible de toutes les
chutes.
Le pécheur est à lui-même son plus cruel ennemi.
en verges pour le pécheur, dit l’abbé Rupert : Plerumque ea in quibus peccamus , fiunt flagella peccantium (De Peccat. ).
Ils ont été persécutés par leurs propres œuvres, dit la Sagesse : Persecutionem passi ab ipsis factis suis ( xr. 24 ).
Celui qui commet un péché mortel, dit saint Paulin de Nole, fait de sa vie une sorte de moulin où il moud le grain de l'ennemi, afin de nourrir le démon dont son âme affamée devient le pain délicieux : Qui peccatum operatur, de mola vitæ suæ hostile triticum molit, ut diabolum pascat , cui panis fit anima , queæ sibi fames est (Epist. 1x.)
Ceux qui s’abandonnent au péché et à l’iniquité sont les ennemis de leur âme, dit Tobie : Qui faciunt peccatum et iniquitatem , hostes sunt sunt anime suce ( xXI1. 10).
Les iniquités de l’impie sont un filet tendu sous ses pas, disent les Proverbes, ses péchés sont des cordes qui le lient : /niquitates suæ capiunt impium, et funibus peccatorum suorum constringitur (v. 22),
Lorsqu'on vit dans le péché, la vie pleine de noblesse de la vertu, qui est la vie véritable, disparait. L'espèce de vie qui reste n’est qu’une mort qui a les apparences de la vie...
Le pécheur porte constamment le pesant fardeau de son péché; c'est le joug le plus redoutable et le plus accablant.….
Le pécheur, dit saint Grégoire , perd la vie heureuse soit par le vice, soit par les peines attachées au vice : Peccator , beate vivere, sive per vitium , sive per supplicium , perdit (Lib. Moral. ).
Le péché, dit saint Jean Damascène, est la mort de l’âme immortelle : Peccatum est immortalis animæ mors (Surius, in ejus vita).
Tout pécheur qui s’abandonne aux passions vaines et brutales , devient vain et semblable aux brutes...
Le péché, dit saint Thomas, est appelé vanité, parce que : 4o le choisir, c’est faire choix d’un bien fantastique; 2 lui demander la durée, c’est la demander à quelque chose d’essentiellement transitoire.…; 30 en attendre quelque heureux résultat, c’est courir à une déception ; 4° s'attacher à lui est infructueux; de telle sorte que le pécheur peut s'appliquer ces paroles d'Isaïe : Jai travaillé en vain et sans cause; J'ai usé mes forces pour :atteindre un but qui m’a trompé (1).
Les paroles suivantes de Jérémie ne conviennent pas moins bien
(1) Peccatum dicitur vanitas, 1° quia phantasticum est in eligendo; 2 quia transitorium est in permanendo; 30 quia fallax est in exspectando ; 40 quia infructuosum. est in consequendo; ut recte usurpent illud Isaiæ (xLix. k): In vacuum laboravi, sine causa, et vane fortitudinem meam consumpsi {De Pecat. )
dans la bouche de quiconque commet liniquité : Le péché nous a conduit à travers le désert, à travers une terre inhabitable et sans chemin; terre où la soif attend le voyageur, et qui est l’image de la mort; terre que l’homme courageux n’a pas foulée aux pieds, et sur laquelle il n’a jamais dressé sa tente : 7raduæit nos per desertum, per terram inhabitabilem et inviam , per terram sitis , et imaginem mortis, per terram in qua non ambulavit vir, neque habitüvit homo (11. 6).
Le pécheur qui abandonne Dieu etqui met son espoir dans l'homme et dans le péché ‘1° verra échouer toutes ses espérances de bien-être; 2 il ne produira aucun fruit... ; 3° il sera privé de la céleste rosée de la grâce et de la sagesse. ; 40 il demeurera abandonné de Dieu et des hommes... ; 5 il sera exposé en vente comme un esclave et acheté par les démons et par les passions tyranniques.
Le pécheur, dit ailleurs Jérémie, aura le sort de la bruyère du désert; il ne verra pas venir de rafraichissement, mais il demeurera au milieu de l’aridité du désert , dans une terre couverte de gel et inhabitable : Ærit quasi myriccæ in deserto, et non videbit cum venerit bonum ; sed habitabit in siccitate in deserto, in terra salsuginis et inhabitabile (xvu. 6). Remarquez les trois effets du péché qu’indique le prophète : 1° le désert, c’est-à dire l’éloignement du secours et de la société de Dieu , des anges et des saints; 2 la sécheresse, c’est-à-dire le manque de grâces, de vertu et de force; 30 la stérilité : le pécheur ne produit pas de bonnes œuvres...
Jérusalem , dit encore le même prophète, Jérusalem s’est enfoncée dans son péché, aussi est-elle devenue la proie de l'instabilité ; tous ceux qui la glorifiaient l’ont méprisée, parce qu'ils ont vu son ignominie : Peccatum peccavit Jerusalem , propterea instabilis facta est : omnes qui glorificabant eam, spreverunt illam ; qua viderunt ignominiam ejus (1. 8). |
La première cause de l’instabilité du pécheur, c’est son éloignement de Dieu...; la seconde cause, c’est l’inconstance naturelle au cœur de l’homme qui , très-vaste et capable d’une multitude de choses, nourrit une infinité de désirs. Mais , par là même, aucune créature, aucune passion, aucun plaisir, toutes choses bornées , étroites et viles ne peuvent le remplir ni le rassasier : il lui faut Dieu , et le pécheur ne l’a pas... L’âme raisonnable, dit saint Bernard , peut être occupée de tout ce qui n’est pas Dieu , elle ne peut pas en être remplie : Anëma rationalis cæteris omnibus occupari potest, repleri omnino non potest (Serm. in Cant.). La troisième cause de l'instabilité du pécheur vient de ce que toutes les voluptés ‘créées
Le péché mortel ravit à l'homme tous
les biens.
40 T1 lui enlève
la grâce.
698 PÉGHÉ MORTEL,
qu’il poursuit sont flottantes , fugitives et mêlées de beaucoup de fiel et de tourments où elles aboutissent et se perdent; car le dégoût et les pleurs sont le terme de toute joie. Ce qu’éprouvant, après une satisfaction trompeuse, le pécheur cherche une joie nouvelle qu’il voit bientôt se troubler et de laquèlle il passe à une autre, s’y abandonnant d’abord, et puis s’en lassant presque aussitôt. Voilà comment, de désirs en satiété et de satiété en désirs, il erre malheureux ; vagagond , cherchant le bonheur où du moins le repos et ne trouvant ni l’un ni l’autre. La quatrième cause de l'instabilité du pécheur , c’est que, de même qu’une vertu en amène autre, un vice amène un autre vice... La cinquième cause, c’est que les remords de la conscience ne permettent pas au pécheur de goûter un moment de paix. C’est le remords qui a rendu Caïn errant et vagabond (Gen. 1v. 14). La sixième cause, c’est que le pécheur est agité d’une foule de désirs pervers; tellement, dit saint Ambroise, que le péché peut être regardé commeune ardeurdésordonnéeet une fièvre brûlante del”âme (Serm. x1v). La septième cause, c’est que, par le péché, l'âme juste perd sa virginité, c’est-à-dire son innocence, et devient une prostituée; aussi cherche-t-elle de toutes parts des amants aussi vains et aussi trompeurs qu’elle. N’est-il pas évident que le pécheur est à luimême son plus mortel ennemi ?.…
Ls péché mortel fait perdre à l’âme la grâce sanctifiante, qui est le plus précieux des trésors...
La grâce est le principe de la gloire... Celui, dit J. C., qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine d’eau jaillissante pour la vie éternelle : Qui biberit ex aqua, quam ego dabo ei, non sitiet in œternum. Sed aqua, quam ego dabs ei, fiet in eo fons aquæ salientis in vitam æternam (Joann. 1v. 13. 14). J. G. appelle sa grâce eau jaillissante, eau vive, parce qu’elle vient du ciel, qui est la vie, et qu’elle y conduit. Soit de sa nature, soit par sa destination et par la promesse de Dieu, la grâce est la semence qui produit la gloire.
Dieu se communique à l’âme par la grâce ; et par cette communication, il élève l’âme jusqu'à lui, la transforme en lui et la divinise..….
J. G. marche sur les eaux, il soutient Pierre, il calme la tempête et, en un instant, il fait toucher la barque au rivage. Par sa grâce, ce divin Sauveur opère en nous des merveilles analogues : il nous aide à fouler aux pieds le siècle, calme les tempêtes de la
concupiscence et des tentations, et nous amène au port du salut éternel.
Lorsque Dieu descend dans une âme par la lumière de sa grâce, cette âme se fond comme la cire au feu : elle pleure ses égarements, elle s’enflamme, elle devient douce, et s’abandonne aux soins de son céleste époux. Alors, en elle, les montagnes de l’orgueil s’écroulent ;
celles de l'ambition et de la vanité disparaissent, ainsi que les vallées
étroites de la lâcheté, de la crainte, de la tiédeur et de la paresse...
C'est la grâce qui rend méritoires toutes nos œuvres...
Oh ! si nous connaissions le prix de la grâce et tous ses avantages, avec quelle ardeur nous la désirerions, et comme , loin de nous exposer à la perdre, nous travaillerions à nous la procurer, à la conserver et à l’augmenter en nous ! Comme tout Le reste nous paraîtrait vilet méprisable !.…
La grâce 1° chasse tout péché mortel...; 2 elle rend l’homme agréable à Dieu. ; 3 elle lui confère la rectitude et la sainteté : sa volonté, son esprit, toutes ses facultés sont soumises à Dieu et à sa
- loi, en un mot, elle rend l’homme semblable à Dieu et tel qu’Adam.
était avant sa chute. ; 40 elle fait de nous les fils adoptifs de Dieu, ses héritiers, les cohéritiers et les membres de J. CG... ; 5° elle amène avec elle toutes les vertus et les sept dons du Saint-Esprit...; 6v elle assure la possession de la gloire. ; 7° elle est le principe et la cause de la satisfaction pour les péchés commis, et le préservatif qui les fait éviter. 1e
La grâce a pour premier fruit la paix.…; pour second, l’espérance de la gloire...; pour troisième, la grandeur d’âme et la joie dans les adversités.…… Comparés à la grâce, tous les diamants de l’Orient, toutes les couronnes des rois, tout l’or du monde ont la valeur de quelques grains de sable, dit la Sagesse : Omne aurum in comparatione illius , arena est exiqua (Vi. 9).
Or cette grâce inestimable, un seul péché mortel la détruit et
l’anéantit !.… Quelle perte! quel malheur !.. 7
Ds l'ange le plus richement doué, le plus éclatant de beauté et le plus heureux, le péché mortel à fait le démon le plus pauvre, le plus hideux, le plus misérable... |
‘Toute la beauté de la fille de Sion l’a abandonnée, s’écrie Jérémie en pleurant : ÆZ4 egressus est a filia Sion omnis decor ejus (Lament. 1. 6).
Qu’y a-t-il de plus beau que l’âme’créée à l’image de Dieu,
20 Le péché mortel détruit la beauté de l’âme.
80 Le péché mortel met en fuite Ja sagesse,
49 Le péché
mortel prive
de tous les méritesacquis,
remplie de sublimes facultés, capable de connaître, d’aimer, de servir son Créateur et de posséder la gloire éternelle?
Lorsqu'elle est dans l’état de grâce habituelle, l’âme est plus resplendissante que les étoiles et que le soleil lui-même. Si nous pouvions voir son incomparable beauté, nous en serions ravis, et nous la prendrions pour -une divinité, car elle est revêtue de la beauté même de Dieu... Mais lorsqu'elle a le malheur de tomber dans un seul péché grave, quel affreux changement s’opère en elle ! Toute sa beauté disparait en un instant; aux yeux de Dieu, elle devient
plus repoussante et plus dégradée que les sauvages les plus déchus
et les plus hideux le sont aux yeux de l’homme civilisé, Que dis-je? elle est mille fois plus horrible que le cadavre à demi rongé par les vers et qui répand linfection autour de lui. Si elle pouvait être vue, elle ferait mourir d’épouvante tous ceux qui l’apercevraient.
LA sagesse, dit l’Ecriture, n’entrera pas dans l’âme qui veut le mal ; elle n’habitera pas le corps esclave du péché : l’Esprit-Saint se retirera devant l’iniquité : /n malevolam animam non introibit sapientia , nec habitabit in corpore subdito peccatis. Spiritus Sanctus corripietur à superveniente iniquitate (Sap. 1. 4. 3).
Si la sagesse règne sur l’âme exempte de péché mortel et la gouverne , la folie dirige l’homme qui s’abandonne au péché.
Surrosez qu'une seule personne réunisse toutes les vertus; que depuis vingt, trente ou cinquante ans, elle ait erû en perfection ; qu’elle soit très-sainte, etc.; un seul péché mortel lui enlève le mérite de toutes ses prières, de toutes ses mortifications , de tous ses jeûnes, de toutes ses aumônes , de toutes ses confessions et ses communions, en un mot, de tous ses actes de vertu : tellement que si elle venait à mourir dans cet état , rien de tout cela ne lui serait compté ; elle serait exclue du ciel, et condamnée à l’enfer, C’est une vérité consignée dans nos livres saints : Si, dit le Seigneur par la bouche du prophète Ezéchiel, si le juste sort de la justice (qui est l’état de la grâce) et commet l’iniquité, je creuserai une fosse sous ses pas , il mourra dans son péché, etle souvenir de sa justice et du bien qu'il a fait ne demeurera pas dans Ja mémoire des hommes (1)
(1) Si conversus justus a justitia sua fuerit , et fecerit iniquitatem': ponam offendiculum coram co, ipse morietur : in peccato suo morietur, et non erunt in memoria justitiæ ejus, quas fecit (x11. 20).
PÉCHÉ MORTEL. 701 Tour le bien que fait homme en état de péché mortel est perdu pour le ciel, et ne sera pas récompensé. Si le pécheur reste dix, vingt ou trente ans dans cet état, toutes ses prières, toutes ses bonnes œuvres, etc., ne sont d'aucun mérite pour la vie éternelle. Il faut avoir la grâce sanctifiante , pour mériter et la gloire et un accroissement de gloire. Pécheur qui n’a pas reculé devant le péché mortel, ose dire : Je suis riche et opulent, et je n’ai besoin de rien. Tu ne sais pas, te répond le Seigneur dans l’Apocalypse, tu ne sais pas que tu es malheureux, et misérable, et pauvre, et aveugle, et nu : Quia dicis : Quia dives sum, et locupletatus, et nullius ego ; et nescis quia tu es miser, ef miserabilis, et pauper, et cœcus, et nudus (ini. 17 LÉ
Mais cela étant, dira-t-on , il faut donc abandonner la prière, la moftification, l’aumône, la confession, et se livrer au désespoir !
Non; il faut au contraire prier davantage, jetner, se repentir , s’approcher souvent du tribunal de la pénitence et avoir confiance en Dieu. Il est vrai que faites en état de péché mortel, ces œuvres ne seront pas récompensées dans l'éternité; mais elles disposeront le pécheur à se.convertir et à obtenir miséricorde; biens infinis qu’il n’obtiendrait pas, s’il persévéfait dans son iniquité, s’il ne faisait rien pour en sortir , et surtout s’il désespérait,
On demandera peut-être si les mérites acquis dans l’état de grâce et perdus par suite d’un péché mortel , ne seront pas rendus, lorsqu'on sera rentré en état de grâce? Ils seront rendus intégralement ; c’est l’enseignement de l'Eglise, dés saints Pères et le tous les théologiens..……
Qu'est-ce que le corps lorsqu'il est privé de vie et réduit à l’état de cavadre? c’est la chose la plus vile, la plus dégoûtante, la plus embarrassante, Telle est l’âme qui a perdu la vie par le péché mortel...
Ce que l’âme est au corps , Dieu l’est à l'âme; et comme l’âme est la vie du corps, la grâce est la vie de l’âme. Quand l’âme se sépare du corps, la vie s’en va; quand Dieu se sépare de l’âme, l’âme ne vit plus. Or, c’est le péché mortel seul qui produit cette funeste séparation... O péché mortel, que tu es à redouter !.….
Un seul péché mortel détruit toutes les vertus, tous les biens et toutes les richesses spirituelles. 11 enlève l’obéissance, l’amour de Dieu, la paix, le bonheur, l’innocence, etc. Il empêche la bonne Mort...
5o Le péché mortel empêche qu'on eu acquière de nouveaux.
60 Le péché mortel enlève la vie de l'âme;
7o Le péché mortel détruit toutes les vertus:
il fait perdre le ciel,
Le péché mortel attire sur l’homme
tous les maux :
40 Il le rend vil et méprisable.
‘26 Le péché mortel jette dans l’aveuglement:
Le péché mortel ferme la porte du ciel; il prive du trône , de la couronne et de la gloire éternelle, de la vue de Dieu, de sa possession et de sa jouissance pour toute l’éternité !.…
Le péché mortel peut donc se comparer à un voleur et au pire de tous les voleurs; car il dépouille l’homme de ses biens les plus précieux ; et après les lui avoir enlevés, il l’accable de maux et des ? maux les plus grands.
0 Jérusalem , s’écrie le prophète Jérémie , que tu es devenue méprisable! Quam vilis facta es! (1. 36.) Le péché est la suprême dégradation de l’homme; comme la suprème dégradation d’une vierge est la prostitution qui lui enlève la pudeur, la virginité et l'honneur. Saint Augustin dit admirablément : L’excellence et le bien de la nature humaine paraît surtout en ce qu’il lui est donné de pouvoir s'attacher à la nature du bien souverain etinébranlable. Que si elles’ y refuse, elle se prive du bien absolu, et c’est son suprême malheur ; car, par la justice de Dieu , elle tombe rapidement dans les souffrances et dans l’ignominie. Que peut-il exister de plus affreux et de plus digne de mépris, que de vouloir trouver le bien dans l'abandon du bien véritable. On ne sent quelquefois pas le mal dè la perte du bien supérieur, lorsqu'on possède le bien inférieur qu’on aime. Mais il est de la justice divine que celui qui, par sa volonté, perd ce qu’il aurait dù aimer, c'est-à-dire Dieu, perde aussi avec douleur ce qu’il à aimé ( De Civit. ).
Le pécheur ne sent pas combien le péché est dégradant et combien il rend l’homme vil; mais, afin qu’il le sente, Dieu lui envoie les douleurs du A de
Cz que je fais, jenele comprends point, dit saint Paul : Quod enim operor, non intelligo (Rom. vit. 15).
40 Le pécheur ne comprend pas toute la malice du péché: car , s’il la comprenait, il ne le commettrait jamais... 20 Le pécheur ne comprend pas bien ce qu'il fait quand il pèche, parce qu'il agit contre le jugement de sa conscience et de sa raison...
Ne vous associez point aux œuvres stériles de ténèbres, dit ailleurs saint Paul, mais plutôt blâmez-les; car ce qu’ils font en secret est honteux à dire : Nolile communicare operibus infructuosis tencbrarum; magis autem redarguite : qua enim in occulto fiunt ab à ipsis , turpe est dicere (Ephes: v.11.142).
Le péché est appelé une œuvre de ténèbres : 1° parce. que le
péché étant une œuvre honteuse et condamnable , le pécheur hait la lumière et cherche les ténèbres. ; 2° parce que le péché aveugle intelligence, la raison... Le péché a toujours son principe, ou daus l’erreur, ou dans l’imprudence, le défaut d'examen et de réflexion. Lorsqu'on le commet, il fait méconnaitre la loi qui est le guide sûr de la conscience et de la sagesse. Enfin, après qu’il est commis , il augmente encore les ténèbres où l’âme se trouvait déjà plongée.
O0 pécheur aveugle qui vous êtes endormi dans votre état, levezvous et sortez d’entre les morts, et J. C. vous éclairera, continue le grand Apôtre : Surge qui dormis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Christus (Ephes. v. 14).
Le pécheur, dit saint Chrysostome, ne fait point d’action parfaitement digne de louanges ; il n’en peut présenter une seule et ne comprend pas les choses du salut : on dirait un homme qui dort. J'ajoute qu'il rêve et qu’il se représente des voluptés et des chimères; c’est vraiment un homme endormi (1).
Ils ont dormi leur sommeil, dit le Psalmiste, et tous ces pécheurs qui se croyaient riches n’ont rien trouvé dans leurs mains : Dormierunt somnum suum, et nihil invenerunt omnes vèri divitiarum in manibus suis (LXXv. 5).
Ne tombez pas dans le péché, dit saint Augustin, et le Soleil .de justice ne se cachera pas pour vous; mais si vous y tombez, il disparaîtra comme le soleil à son «coucher, Si vous voulez être éclairé, soyez vous-même une fumière; car si vous aimez les ténèbres et les passions ténébreuses , elles nous priveront de la lumière, et vous aveugleront (2).
Le péché est une erreur pratique, l’erreur de la vie et des mœurs, selon ces paroles des Proverbes : Ceux qui font le mal sont dans l'erreur : £'rrant qui operantur malum (xiv. 22).
Il y & beaucoup d’analogie entre le péché et les ténèbres : 10 Comme les ténèbres privent l’homme de la lumière; ainsi le péché le prive de la grâce, qui est une lumière céleste... 2 Celui qui marche dans les ténèbres ne voit rien, et il tombe souvent; le pécheur ne voit
{1) Peccator vacat et caret actione honesta, nec intelligit ca quæ salutis sut; æque est dormiens. Rursum somnia videt et imaginatur voluptales, et ea. quæ non subsistunt, æque est dormiens ( Homil. ad pop. ).
(2) Noli cadere in peccatum , et non tibi occidet hic sol, Si tu feceris casum, tibi faciet occasum. Si videre lucem cupis, esto et tu, lux; si énim tencbräs et tencbrosäs ‘cupiditates ames, obtenebrabunt, imo excæcabunt te (In Psal. ) J
rien de ce qu'il devrait voir, et il fait de fréquentes chutes... 3° Les oiseaux de ténèbres ne peuvent supporter l'éclat du jour : les pécheurs fuient la lumière de la raison et de la grâce ; elle Les fatigue, selon ces paroles de J. C. : Quiconque fait le mal, hait la lumière, et ne s’y expose point, de peur qu’on n’attaque ses œuvres : Qui male agit odit lucem , et non venit ad lucem , ut non arquantur opera ejus (Joann. 17. 20). 40 Les péchés sont les œuvres du démon , prince des ténèbres... 5° La plupart des péchés se commettent dans l'ombre... 6° Les péchés ont pour cause les ténèbres ; ils dérivent de l’aveuglement volontaire qui porte le pécheur à se livrer à une passion passagère au prix de son repos, de la paix de sa conscience, du bonheur éternel et de la possession de Dieu : ce qui est certainement la plus grande et la plus nuisible des folies, folie qu’on peut taxer de fureur et de rage... T° Les péchés aveuglent l'esprit d’une manière étonnante. ; 8° ils conduisent aux ténèbres de l'enfer. .….
Les grands pécheurs sont si aveugles qu’ilsne se reprochent rien ; plus ils ont d’iniquités sur la conscience, moins ils y pensent. Les
aveugles! ils devraient se rappeler ces paroles de saint Jean : Si
nous disons que nous n’avons point de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous : Si dixerimus quoniam peccatum non habemus , ipsi nos seducimus , et veritas in nobis non est (L 1. 8); et ces autres paroles de l’apôtre saint Jacques : Tous nous faillissons en beaucoup de choses : Zx multis offendimus omnes ( ir. 2)
Quiconque demeure en Dieu ne pèche point, dit saint Jean , et quiconque pèche, ne l’a point vu, ni connu : Omnis qui in eo manet, non peccat; et ommis qui peccat, non vidit eum, nec cognovit eum (LG)
Le Prophète royal dit : Qui peut comprendre tous les égarements
du cœur? Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées : Delicta
quis intelligit? ab occultis meis munda me (xvimr. 43. 14). Mes péchés , dit ailleurs le même prophète; m'ont précipité dans une fosse profonde ; dans des lieux de ténèbres et à l'ombre de la mort : Posuerunt me in lacu inferiori, in tencbrosis, et in umbra mortis (LxxxVIT, 7). Mon péché, qui est mon mortel ennemi, m'a plongé dans les ténèbres comme les morts anciens : Collocavit me in obscuris Sicut mortuos seculi (cxixr. 3). Mes péchés m'ont plongé dans les ténèbres, comme les morts éternels, dit à son tour la fille de Sion par la bouche de Jérémie : Zn tenebrosis collocavit me quasi morluos sempiternos (ur. 6).
L'homme qui veut pécher est tellement aveuglé, qu'il se sert du
langage dont usa le serpent avec Eve : Pourquoi cette défense ? Pourquoi ne pourrait-on se livrer à tel plaisir? IL n’y a pas tant de mal qu’on le dit; c’est une pieuse exagération. Quoi! pour une jouissance d’un moment, un enfer éternel! cela n’est point : Cur præcepit vobis Deus ut non comederetis ?.…. nequaquam moriemini (Gen: nr. 1. 4). Comme Eve, il remarque que tel ou tel fruit doit être bon à manger, beau à voir, et d’an aspect désirable; il le cueillé et le goûte. Alors ses yeux s'ouvrent, et il se trouve nu; dépouillé de la grâce et de l'amitié de Dieu (Gen. nr. 6.7). Le fruit de l’orgueil, de la volupté, de la gourmandise, de l'amour du monde, semble bon et beau, parce qu’on a la vue altérée, le goût dépravé, le cœur malade; on s’en repait, et on a le sort d’Adam et d’Eve.... Le châtiment ouvre les yeux que le péché avait fermés, dit saint Grégoire : Oculos quos culpa claudit, pœna aperit (Lib. in Genes.); mais il est trop tard : on aurait dû les ouvrir avant la chute. ….
Dans son aveuglement, mon peuple a fait deux maux, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie; il n’a abandonné, moi la source d’eau vive, et il s’est creusé des citernes crevassées qui ne peuvent retenir l’eau (11. 3). Abandonner Dieu, lé seul et le suprême bien, pour un rien, pour ce qui est même au-dessous de rien, quel aveuglement!.….
On prouve, dit saint Augustin, on prouve avec évidence quel bien et quel grand bien est Dieu, par cela même qu'aucun de ceux qui s’éloignent de lui n’est heureux ; car ceux qui se plongent dans les Jjouissances des voluptés empoisonnées , ne peuvent s'empêcher de craindre quelque douleur. Et ceux qui ; égarés par plus d’orgueil ; ne sentent aucunement quel mal c’est d’avoir abandonné Dieu ; laissent néanmoins voir à ceux qui savent le reconnaître quelle est leur misère (1).
Comme en Dieu seul est le vrai bonheur, le pécheur qui le rejette s'expose à toutes les amertumes. Après avoir abandonné la source de la vie; qu’il le veuille ou non, il s’attache à la source de la mort, du malheur et de toutes les calamités. N'est-ce pas là le suprême aveuglement?.…
Vous avez placé au-dessus de vous un nuage épais qui intercepte
(À) Quantum et quale bonum sit Deus, etiam ex hoc evidenter ostenditur, quod nulli a Deo recedenti bene est; quia et qui gaudent in mortiferis voluptatibus, sine doloris timore esse non possunt. Et qui omnino malum desertionis suæ, majore superbiæ tumore non sentiunt, aliis, qui hoc noverunt discernere, quanta sit miseria, apparet (/n Genes. ),
30 Le péché mortel rend esclave:
votre prière, dit Jérémie : Opposuistè nubem tibi, ne transeat oratio (Lament. 11. 44).
Les péchés sont appelés nuages : 1° parce qu’ils sont d’épaisses et noires vapeurs qui sortent du cœur corrompu comme d’un marais fangeux.…. ; 2° parce qu'ils privent lâme de la lumière et de la chaleur du soleil éternel qui l’eussent rendue belle et féconde.. ; 30 parce que si la grêle et la foudre nous viennent des nuages, la colère et les châtiments de Dieu nous viennent du péché... ; 4° parce que si les auages séparent la terre du ciel, et empèchent l'œil de pénétrer jusqu'aux plaines d'azur du firmament, les péchés séparent Fhomme des saints , des anges et de Dieu, et ne lui permettént de voir. ni le jugement qui l'attend, ni l’enfer qui s'ouvre pour l’engloutir..…
Le démon, par ses piéges, tient les pécheurs captifs sous sa volonté, dit le grand Apôtre : À diaboli laqueis captivi tenentur ad ipsius voluntatem (U. Tim. n. 26). On peut les comparer à loiseau qu’un enfant retient par un fil ; il vole, mais il n’est pas libre.
De l’âme qui était le temple de Dieu, le péché mortel fait une demeure de Satan...
Les pécheurs, dit Bossuet , sont esclaves de celui qui s’est déclaré l'ennemi de Dieu ; esclaves de Satan, de cet esprit noir , ténébreux , furieux et désespéré, qui ne respire que la haine, la dissension , l'envie ; esclaves de cet esprit superbe, trompeur, jaloux, qui s’étant perdu sans espérance et abimé sans ressource, n’est plus désormais capable que de cette noire et maligne joie quirevientà des méchants d’avoir des complices, à un envieux d’avoir des compagnons, à un superbe renversé d’entrainer avec soi les autres ; esclaves du démon dont la haïne est implacable. Elle est telle cette hame , remarquez ceci, et étonnez-vous de cet excès, elle est telle contre le pécheur, qu'il se plait, non-seulement à désoler, mais encore à souiller l'âme, à la dégrader. Il aime encore mieux corrompre que tourmenter;, ôter l’innocence que le repos, et rendre méchant que malheureux. Si bien que , lorsque ce victorieux cruel s’est rendu le maître d’une âme , il y entre avec furie, il la pille, il la ravage, il la viole : ce corrupteur la viole, non tant pour se satisfaire que pour la déshonorer et l’avilir. Il la porte à s’abandonner à lui, il la souille, puis il. la méprise ; il la traite comme ces femmes qui deviennent le mépris de ceux à qui elles se sont lâchement et indignement prostituées.
Voici, dit Isaie, voici que vous avez été vendus au milieu dé
PÉCHÉ MORTEL. 70% vos iniquités : Æéde in iniquitatibus vestris venditi estis (1. 1}. Vous avez été vendus pour rien : Gratis venundati estis (I. 1tr. 3).
Dieu vend les pécheurs, c’est-à-dire les livre au démon ; car, par lui-même, le démon n’a aucun droit sur l’homme, füt-il pécheur ; mais Dieu le lui livre comme un être vil, méprisable, coupable de lèse-majesté divine; il le lui livre comme la justice humaine livre un condamné au bourreau qui doit le torturer et le punir...
Mais le pécheur n’est pas seulement l’esclave du démon , il Pest encore de la concupiscence, des passions et du péché.
Déchargeons-nous de tout poids et du péché qui nous envelappe , dit saint Paul : Deponentes omne DORA , et Circumstans nos peccatum (Hebr. xrr. 4).
1° La concupiscence nous enveloppe, nous faisant une guerre acharnée et mettant obstacle à ce que nous opérions le bien. 2 Le péché nous enveloppe, c’est-à-dire nous enchaîne et empêche la liberté de nos mouvements, 3 Il nous enveloppe, c’est-à-dire ils’attache fortement à nous... |
Le pécheur est vendu sous le péché, dit saint Paul : Venundatus sub peccato (Rom. vir. 14). Pour bien saisir la portée de cette expression, il faut se rappeler que les Romains avaient coutume de couronner de fleurs les prisonniers de guerre qu’ils mettaient en vente, ce qui s'appelait vendere, venundare sub corona. Par suite, venundari sub peccato signifie littéralement être vendu ou livré par Dieu au démon, avec le poids des péchés que lon a commis placé sur Ja tête, comme une terrible couronne.
L’Ecriture sainte nous apprend que les Hébreux opprimés par Pharaon furent employés à confectionner, avec de la boue, des hriques, pour la cuisson desquelles le roi leur fournissait une certaine quantité de paille. Gommentant le passage de l’Exode qui parle de ce travail (c. 1 et v), saint Bernard dit : Sous le joug de Pharaon, on fait des ouvrages de boue; Pharaon , le démon, nous donne la paille, c’est-à-dire les pensées légères et coupables ; la paille s’enflamme vite et est consumée en un instant. Les mauvaises pensées suggérées par le démon produisent rapidement un grand feu dans l'esprit, la chair corrompue s’y prêtant. Avec la paille enflammée on faisait cuire la boue , ou terre. détrempée, pour en faire des briques ; avec la paille de la délectation, les mauvaises pensées, qui sont-comme de la boue, s’échauffent, se changent en actes et en habitudes qui deviennent solides et résistantes comme la terre durcié au feu (/n Ætod.). |
äù Le péché mortel rend captif.
50 Le péché mortel donne la mort au corps.
Malheur, dit Isaïe, malheur à vous qui trainez l’iniquité avec ses liens de vanité, et le péché comme les traits d’un char : Væ qui trahatis iniquitatem in funiculis vanitatis, et quasi vinculum plaustri peccatum ! (v. 18.) {
Le Prophète, dit saint Jérôme, appelle le péché un lien de vanité , parce que le péché est bientôt tissu ; -qu’il est vain en lui-même et futile comme une toile d’araignée ; mais lorsque nous voulons en sortir, nous nous y trouvons emprisonnés par des liens trèssolides (1).
Samson est pris dans les piéges de Dalila; il perd sa force, ül devient faible , il est vaincu, livré aux Philistins, qui lui arrachent les yeux et le contraignent à tourner une meule comme une bête de somme. Qu'est-ce que Dalila, sinon la concupiscence ? et que sont les Philistins, sinon les passions impétueuses de l’âme? Lors donc qué l’homme se livre au péché, il perd soudain ses forces , et devient faible ; et aussitôt le démon , le monde, la chair le saisissent, le lient, lui arrachent les yeux de l'intelligence, et le rendent esclave comme l’est la bête de somme attachée à la meule d’un moulin.
Le pécheur devient l’esclave de ses passions. Il a autant de tyrans qu'il a de passions diverses... L’Evangile dit du prodigue qu'il se fit l’esclave d’un maître avare et dur (Luc. xv. 45. 16): plus malheureux que le prodigue, le pécheur se fait l’esclave d’une multitude de maitres dont la cruauté est incomparable...
Le pécheur est plongé par le péché dans une prison obscure; ou plutôt c’est le péché lui-même qui est sa prison...
(Le péché ) a bâti autour de moi, pour que je ne sorte pas,. dit le prophète Jérémie ; il a appesanti mes chaines : Circumædificavit adversum me ut non egrediar; aggravavit compedem meum (Lament. (ur. 7).
Le péché mortel, dit saint Augustin ; met en prison l’homme qui le commet ; la rechute ferme à clef la porte de cette prison ; et l’habi: tude la mure ( De Morib. Kecles. \.
Le péché mortel ne ne surtout dans la prison de l’enfer.…:
Lx salaire du péché , c’est la mort, dit saint Paul : Stipendia peccati mors ( Rom. vi. 23). Salaire terrible! l’aiguillon du péché c’est la
(1) Peccatum vocat vanitatem, quia facientibus peccatum facile texitur, et adeo inane in se est ac futile, uti aranearum tela : sed cum inde exire volnérinus solidissimis vinculis nectimur ur. Isaia. ).
mort, dit ailleurs le même apôtre : Stimulus peccati mors (1. Cor. XV. d6).
Dieu avait créé l’homme immortel de corps et d’ime, mais le péché lui fit perdre cette immortalité. Le Seigneur le lui annonça par ces terribles paroles : Tu es poussière, et tu retourneras en poussière : Pulvis es , ét in pulverem reverteris (Gen. nr. 19 ).
En voyant quels cruels ravages exerce la mort, nous devons comprendre l’énormité du péché mortel... Il entre dans le monde et la mort le suit... |
Cæzur qui n’aime point Dieu et ses frères demeure dans la mort, dit l’apôtre saint Jean : Qui non diligit, manet in morte (L. nr. 14). Or, celui qui pèche mortellement , cesse d’aimer Dieu; il est donc frappé de mort.
La mort de l’âme a lieu par la privation de la grâce sanctifiante et l’abandon de Dieu. Lorsque l'âme est séparée de Dieu , il lui arrive ce qui arrive au corps , lorsqu'il est séparé de l'âme... Dieu est la vie de l’âme; s’il s'éloigne d’elle, elle meurt...
Le péché consommé engendre la mort, dit l’apôtre saint Jacques : Peccatum cum consummatum fuerit, generat mortem (1. 15 ).
Je connais tes œuvres, dit Dieu dans l’Apocalypse, en s’adressant au pécheur; tu parais vivant, mais tu es mort : Scio opera tua; nomen habes quod vivas et mortuus es (1x. 1).
L'âme qui a péché, mourra, dit Ezéchiel : Anima quæ peccaverit , ipsa morietur (XVI. 20 ).
On sait, dit saint Augustin , on sait que plusieurs portent des âmes mortes dans des corps vivants : Multi in corporibus vivis, animas mortuas portare noscuntur (Lib. I de verbis Domini).
Le péché est la mort de l’âme immortelle, mort qui laisse homme vivant et à laquelle la mort du corps ni l'éternité ne mettent de fin. C’est la seconde mort, la pire de toutes...
Vora, s’écrie le prophète Jérémie, voici ce que dit le Seigneur : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme..., et dont le cœur s'éloigne de l'Eternel! Maledictus homo qui confidit in homine.…., et a Domino recedit cor ! (xvir. 5.)
David exprime énergiquement la force avec laquelle Ia malédiction divine s'attache au pécheur obstiné. Il a aimé la malédiction, dit-il, et elle viendra sur lui; il n’a pas voulu de la bénédiction , et elle s'éloignera de lui. Il s’est revêtu de la malédiction comme d’un
60 Le péche mortel donne la mort à l'âme,
To Le péché mortel attire la malédiction
8° Le péché
mortel est l'unique cause de la mauvaise mort,
9° Le péché mortel précipite dans l'enfer, qui est l’éternelle mort.
manteau ; elle est entrée comme l’eau dans ses entrailles , et elle a pénétré comme l'huile dans ses os. Qu'elle devienne à jamais son vêtement et la ceinture qui presse ses reins. Tel est le salaire que Dieu réserve à ses ennemis (1). Si la malédiction d’un père est si terrible pour ses enfants, qu'est la malédiction de Dieu !.….
La mort des pécheurs est très-mauvaise, dit le Psalmiste : Hors peccatorum pessima (xxxrtr. 22). La mort du pécheur est une mort terrible, dit l’Ecclésiastique : Mors illius, mors nequissima (Eccli, XXvIII. 25).
A la mort, dit le Prophète royal, l’impie verra et. il s’irritera; il grincera des dents , il séchera de rage; le désir des impies périra : Peccator videbit, et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : desiderium peccatorum peribit (ur. 9 ).
La mort dans le péché ou dans l'impénitence finale , “est une mort dans le désespoir, une mort irréparablement malheureuse, la mort des réprouvés…..
Si vous ne craignez pas le péché, dit saint Augustin, craignez du moins la mort éternelle, O misère des pécheurs! en mourant ils laissent l’objet qui les porte au péché, et ils emportent leurs péchés, principe d’une éternelle damnation. Il n’y a pas de mort pire que celle qui conduit là où la mort ne meurt point. Malheureux pécheurs ; ce qu’ils veulent n’est pas, et ce qu'ils ne veulent pas existe. Ils voudraient toujours le plaisir du péché, et ce plaisir passe soudain ; ils ne voudraient pas la peine du péché , et non-seulement elle est, mais, s’ils ne se convertissent , elle sera éternelle (2).
Le pécheur, dit l’Apocalypse, boira du vin de la colère de Dieu, qui est mêlé au vin pur dans le calice de sa colère; et il sera torturé par le feu et par Le soufre. La fumée de leurs tourments montera dans les siècles des siècles; et ils n'auront de repos n1 jour ni nuit (3). ”
: (4) Dilexit maledictionem, et veniet ei; et noluit benedictionem, et elongabitur ab co, Et induit maledictionem sicut vestimentum, et intravit sicut aqua in interiora ejus , et sicut oleum in ossibus ejus. Fiat ei sicut vestimentum, quo operitur : et sicut zona, qua semper præcingitur. Hoc opus eorum, qui detrahunt apud Dominum (cvrr. 18-20 ).
(2) Infelices peccatores, quod volunt, non est; quod nolunt, adest. Vellent semper peccati delectationem , et transit subito ; nollent pœnam pb à et adest, et erit æterna, si non PP (Homil. bd inter L).
(3) Bibet de vino iræ Dei quod mixtum est mero in calice iræ ipsius, et cruciabitur igne et sulphure. Et fumus tormentorum eorum ascendet in secula seculorum; nec habent requiem die ac nocte ( x1v. 40, 11). -
PÉCHÉ MORTEL. 711 Celui qui pèche mortellement travaille pour la seconde mort, c’est-à-dire pour l'enfer, dit saint Ambroise : Qui peccat, fructum facit morti secunde , id est fructificat gehennæ (Sexm. mi). Que fait autre chose le pécheur, lorsqu'il pèche mortellement , smon allumer en lui le feu éternel?
( Pour les tourments de l'enfer, voyez Enfer.)
Si nous foulons aux pieis le péché mortel, nous brisons la puissance de Satan; mais si nous nous y livrons, le péché appellera en nous le démon, ou plutôt il nous transformera en démons, Celui qui possède Dieu est en quelque sorte transformé en Dieu; celui qui a le démon dans son cœur devient lui-même un démon: il porte le sceau de cette bête infernale,
Lorsque l’homme vit selon ses penchants, et non selon Dieu, il devient semblable au démon, dit saint Augustin ; car, pour demeurer dans la vérité, l’ange lui-même a dû vivre non selon l’ange, mais selon Dieu (1).
Par le péché, l'ange devint démon ; par le péché, l'homme a le même sort... Celui qui pèche est du démon, parce que le démon pèche dès le commencement, dit saint Jean : Qui facit peccalum ex diabolo est, quoniam ab initio diabolus peccat (L. Tr. 8). Le mème apôtre appelle les pécheurs fils du démon : F'ilii diaboli (K mx. 10).
* Le démon est le prince du péché, le père des maux, dit saint Cyrille : Princeps peccati diabolus est, et pater malorum (Homil.).
Le péché mortel, dit saint Ignace martyr, est un germe de Satan
qui transforme l’homme en démon (Æpist.).
Voyez combien le péché est funeste ! C’est lui qui a engendré tous les maux dont l’homme est la proie, et la mort soit temporelle , soit éternelle...
Pour savoir ce qu’est le péché, attachez-vous à l’unique désobéissance d'Adam, et considérez combien de maladies, de souffrances, d’angoisses , de pauvreté elle à apporté aux millions d'hommes qui, depuis biéntôt six mille ans, se sont déchirés aux épines de la terre; ‘et sur ce nombre, quelle multitude est descendue pour l’éternité dans les profondeurs de l’enfer? Considérez que , pour expier cette
(1) Cum homo secundum se vivit, non secundum Deum , similis est diabolo ; quia nec angelo sécundum angelum , sed secundum Deum vivendum fuit, ut staret in veritate (Lib. I Reéract.).
109 Le péché mortel fait de l'homme une espèce de démon,
110 Le péché mortel produit par lui-même tous les maux.
désobéissance, le Fils de Dieu a dû mourir crucifié entre deux voleurs, et vous comprendrez quel mal est un seul péché! Alors, si la passion vous sollicite, vous lui répondrez : Je ne veux pas our si peu faire naïtre en moi des regrets qui seraient peut-être inutiles et éternels.
Le péché mortel enfante neuf infirmités ou calamités principales, contre lesquelles le Saint-Esprit nous donne des forces : 10 les maladies, l’adversité et tous les maux infligés au corps et à l'âme... ; 2° l'ignorance dans l'intelligence. ; 3° la faiblesse dans la volonté... ; 40 l’oubli dans la mémoire. ; 5° le peu de force et de stabilité de nos désirs, qui souvent ne résistent pas aux sollicitations de la * fhair...; 6° le feu de la concupiscence...; 7° la peine que nous avons à entreprendre des œuvres héroïques.; 8 la difficulté que nous rencontrons à persévérer dans le service de Dieu et dans la ferveur... ; 9 les efforts que nous sommes obligés de faire pour prier Dieu comme il faut...
Toutes les fois que l’âme pèche, elle recoit une hlessure seedit Origène; si le péché est mortel, la blessure est mortelle. Oh! si nous pouvions voir comment l’homme intérieur est constamment blessé en nous par toutes sortes de péchés! Les œuvres qui constituent le péché mortel brisent et déchirent l’âme. Si nous pouvions voir l'état où elle se trouve alors, nous résisterions certainement au péché, cette résistance dût-elle nous coûter la vie; mais égarés par les cupidités du siècle, enivrés par les vices, nous ne pouvons ni remarquer ni sentir le nombre et la gravité des coups que nous portons à notre âme en péchant (Æomil. vis in Num. ).
Pécheur, le péché vous rend misérable, malheureux, pauvre, aveugle et nu, dit l’'Apocalypse (ur. 47 ).
J’entendis une voix qui me dit : Venez et voyez. Et voilà qu’apparut un cheval pâle, dit saint Jean , et celui qui était dessus avait nom la Mort, et l'enfer le suivait; et il lui fut donné pouvoir sur les quatre parties de la terre, pouvoir de tuer par l’épée, et la faim, et la mort, et les bêtes de la terre (Apoc. v. 8). Voilà de quels ravages le péché mortel a été la cause.
L'Egypte a été frappée successivement de dix plaies qui sont : 1° le changement des eaux en sang ; 2 les grenouilles ; 3° les moucherons ; 4e les mouches; 8° la perte des animaux ; Ge les ulcères ; T° la grêle ; 8° les sauterelles; 9° les ténèbres; 40° la mort des premiers-nés. Ces plaies sont l'emblème de celles qu'attirent sur eux les pécheurs et qui sont : 10 la discorde. ; 2 les querelles et les
tumultes.…. ; 3o les sollicitudes qui les tourmentent...; 4e la colère et les haïnes.. ; 50 la privation des biens temporels qu’ils possédent ou qu’ils envient.. ; 6° les remords de la conscience... ; 70 l’obstination dans le mal... ; 8 la tyrannie des passions qui les dévorent.… ; % l’aveuglement où ils sont plongés.… ; 10° la mort et la damnation de leur âme...
Mon âme, dit le Psalmiste , est rassasiée-de maux, et ma vie a touché aux portes de la mort : Æepleta est malis anima mea, et vita mea inferno appropinquavit (1zxxxv. 4)..Votre colère, Seigneur, s’est appesantie sur moi, vous avez fait passer sur ma tête tous les flots de votre fureur : Confirmatus est furor tuus, et omnes fluctus tuos induxisti super me (Xbid. LXxxvIr. 8).
Adam et Eve tombent, aussitôt viennent la concupiscence, la honte, la connaissance de leur nudité, la crainte, le soin de se cacher, les excuses, l'expulsion du paradis, les douleurs de l’enfantement, l’assujettissement de la femme à l’homme, la malédiotion de la terre et du travail, les sueurs , les épines, la stérilité, la mort, la corruption , la perte de Dieu et du bonheur éternel, l'enfer , ete... Dans Adam et Eve coupables , remarquez encore cinq funestes effets du péché : 40 la science du mal... ; 2 la perte des biens qu’ils possédaient...; 3° la confusion... ; 4e les remords de la conscience... ; 5° leur fuite devant Dieu; ils redoutent ses reproches et la sentence qu’il va porter sur eux... Avec le péché, dit saint Bernard, passe le plaisir qui ne doit plus revenir, et vient le remords qui ne doit plus quitter : Zn peccato transit jucunditas non reditura ; manet anxietas non relictura (Serm. in Psal.).
Six châtiments ont été décernés par Dieu contre Adam et sa postérité, châtiments qui répondent aux divers péchés qu’il a commis. Le premier péché d'Adam fut la désobéissance, en punition de laquelle il sentit naître la rébellion de sa chair et de ses sens. Le second fut la gourmandise, en punition de laquelle il fut condamné au travail et à la fatigue. Le troisième fut le vol du fruit défendu , en punition duquel il fut soumis à la faim, à la soif, au froid, à la chaleur, aux maladies, ete. Le quatrième fut l’infidélité qui le porta à ne pas ajouter foi.à la pavole du Seigneur, pour croire à celle du serpent, en punition de quoi il devint sujet à la mort... Le cinquième fut l'ingratitude, en punition de laquelle il fut privé des choses . nécessaires à l’existence et qu'il avait reçues de Dieu , et destiné à redevenir cendre et poussière... Le sixième fut l’orgueil, en
punition duquel il fut privé du paradis, du bonheur céleste, de la
714 PÉCILÉ MORTEL,
compagnie des anges, de la possession de Dieu et condamné à l'enfer...
. Le Seigneur mit un signe en Caïn, dit la Genèse : Posuitque ren nus Cain signum (1V. 45). Voyez ici les résultats et les châtiments du second péché commis sur la terre : 4e le tr emblement des membres; 2° Ja fuite et l'exil ; 3 la crainte et la consternation ; 4° la révolte de la terre elle-même contre Caïn; 5° il demeure errant...
En punition de nouveaux péchés commis par les hommes, Dieu ensevelit la terre sous les eaux du déluge. Dans la suite, il anéantit Sodôme et Gomorrhe sous une pluie de feu et de soufre, etc...
Parce que nous n’avons point obéi à vos préceptes, Seigneur, dit Tobie , nous avons été livrés au pillage, à la captivité et à la mort, et vous nous avez rendus la fable et le jouet de toutes Les nations : Quoniam non obedivimus præceptis tuis, ideo traditi sumus in direplionem, et captivitatem, et mortem , et in fabulam, et in vmproperium Omnibus nationibus (tr. 4).
Les barbares tirent leurs forces de nos péchés, dit saint Jérôme : Nostris peccatis barbari fortes sunt (Epist x ad Heliodorum ).
La justice grandit une nation, mais le crime rend les peuples misérables, disent les Proverbes : Juséitia elevat gentem, miseros autem Jacit populos peccatum (xiv. 34).
Les misères que le péché appelle sur la tête des peuples sont terribles et nombreuses ; ce sont les injustices, les exactions, la famine, la guerre , la peste, les séditions, les révolutions, l’anarchie, la honte et tous les forfaits. Voyez où l’iniquité des Juifs les a conduits.
Deux maux fondront soudain sur toi, la stérilité et la viduité, dit {saie aux coupables habitants de Juda : Venient tibi duo hœc subito, sterilitas et viduitas (XLVIX. 9).
Les péchés font disparaître la dignité , la charité , la foi et toutes les vertus, le culte divin, la religion, les rois, les royaumes et les peuples.
La puissance du péché est telle qu’il brise les pécheurs comme un vase d'argile...
Recueillez les axiomes suivants , ils aident à comprendre quelle est la malice et la grandeur du péché :
4 Le péché est le pire de tous les maux qui sont sous le soleil, qui ont été et qui seront. Qui a fait de l’ange un démon? le péché. Qui a chassé Adam et les hommes du paradis terrestre et les a dispersés sur cette terre de misères? qui les a condamnés à la mort et à l’ener? le péché.
2 Un seul péché, même véniel, est un plus grand mal que tous les autres maux réunis; car seul le péché attaque Dieu. Le péché est l’unique mal, l’unique désordre ; tous les autres maux , châtiments du péché, sont une justice et le rétablissement de l'ordre détruit par le péché.
30 Comparés au péché, non-seulement les autres maux ne sont pas des maux; mais ils méritent le nom de biens, puisqu'ils sont le résultat de la justice vengeresse qui remédie au péché par la peine, et qui ramène ainsi le désordre à l’ordre...
4 Le péché est un déicide ; il est le seul glaive qui donnerait la mort à Dieu, très-bon et très-grand, s’il pouvait en effet mourir.
8 Le Fils de Dieu a consenti à se faire homme, à souffrir et à mourir plutôt que de laisser le péché sans expiation. Qui.est-ce qui a cloué J. C. sur la croix, sinon le péché? Le péché est donc un christicide. \ . +
6° Si tous les anges bons et mauvais, toutes Les créatures et le Créateur lui-même se réunissaient contre un homme, et qu’ils missent toute leur puissance à l’accabler et à le torturer, ils ne pour- 4 raient lui faire autant de mal qu’il s’en fait en commettant un seul péché, même véniel. nn à 44
To La malice du péché ne peut être compensée par aucun bien créé; tellement qu'il ne serait pas permis de faire un seul péché véniel pour convertir le monde entier, ou pour tirer tous les damnés de l'enfer. On peut dire en toute vérité que la malice du péché n’est pas seulement comme infinie, mais qu’elle est incompréhensible, C’est donc avec raison que les martyrs et les saints ont résisté au péché jusqu’à préférer de mourir plutôt que de le commettre.
Voici une sentence de saint Augustin qui mériterait d’être écrite en lettres d’or : 11 y a un bien suprême, Dieu; et un mal suprême , le péché : l’un, en vue duquel il faut désirer les autres biens; mais quant à lui, il faut le désirer pour lui-même : l’autre, en vue duquel il faut éviter les autres maux; inais quant à lui, il faut l’éviter pour lui-même (1).
O coupable fille de Jérusalem, âme plongée dans le péché mortel, à qui te comparerai-je, à qui es-tu semblable, à qui t’égalerai-je? s’écrie Jérémie : Cui comparabo te ? cui assimilabo te, filia Jerusalem ? cui exæquabo te? (Lament. 11. 13.)
(1) Unum est summum bonum; unum summum malum : illud propter quod appetenda sunt bona cætera ; ipsum autem propter ipsum. Hoc propter quod decli= . nanda sunt mala cætera; ipsum autem propter seipsum ( Sentent.).
Le péché mortel est un mystère infer-
nal.
Affreux état de l’âme qui à commis le péché mortel,
716 PÉCGHÉ MORTEL.
Notre héritage est passé à des étrangers, et nos demeures ont été occupées par l’ennemi , nous sommes comme des enfants privés de leur père : Hæreditas nostra versa est ad alienos, domus nostræ ad extraneos : pupillé facti sumus absque patre (Lament. v. 2. 3). La joie de notre cœur s’est éteinte; nos chants se sont changés en lamentations. La couronne de notre tête est tombée : malheur à nous, parce que nous avons péché! Defecit qgaudium cordis nostri ; versus est in luctum chorus noster. Cecidit corona capitis nostri ; væ nobis quia peccavimus! (Lament. v. 15. 16.) Souvenez-vous, Seigneur, de ce qui nous est arrivé; voyez, et regardez notre opprobre : Xecordare, Domine, quid acciderit nobis : intuere , respice opprobrium nostrum (Lament. v. 1 ).
Le péché est la cause de tous les maux temporels et spirituels...
Le péché mortel est le seul mal et le mal suprème de Dieu, de l’ange, de l’homme et de toutes les créatures.
Le mystère d’iniquité s'opère, dit le grand Apôtre : Mysterium operatur iniquitatis (IL. Thess. 11. 7).
Sur le front de la prostituée dont parle l’Apocalypse, était écrit le mot mystère : ZE in fronte ejus nomen scriptum : mysterium (xvn. 3 ). Le péché mortel peut porter la même inscription...
I m'est impossible, dit saint Thomas, il m’est impossible de comprendre comment celui qui est en état de péché mortel peut rire et se réjouir : Capere nequeo, qua ratione, existens in peccata mortali, possit ridere et lætari (De Peccat. ).
Une vierge de J. C. disait en mourant : Je me retire de ce monde sans avoir jamais pu comprendre comment une créature faite à l’image de Dieu, capable de le connaître, de l'aimer, de le servir et de le voir dans la bienheureuse éternité, peut commettre volontairement un seul péché mortel contre son divin Créateur et Rédempteur.
Le péché mortel suppose un aveuglement prodigieux. Qu’on ne se résigne pas à tout souffrir plntôt que de se livrer au péché, si abominable en lui-même, si détesté de Dieu, si énergiquement condamné par la loi divine, la raison et la conscience ; au péché, qui ravit tous les biens et plonge dans tous les maux : c’est vraiment un mystère infernal : Mysterium iniquitatis.
Pour vous faire une idée de l’état où se trouve une âme souillée par le péché mortel, représentez-vous :
1° Une ville prise d'assaut et où règne la destruction et le pillage. ;
2° Un vaste incendie... Encore y aura-t-il cette différence que, dans un incendie, on appelle au secours, et que tous les voisins s’empressent d’en donner ; tandis que l’âme qui a laissé s’allumer en elle le feu infernal du péché, est muette et qu’elle se laisse dévo: rer sans crier vers Dieu et lui demander aide et protection. ;
3° Un horrible et formidable naufrage;
4o Les ravages qui accompagnent une guerre implacable. ;
5° Les souffrances que produit la famine. ;
Go Celles qu’apporte la peste... ; |
To Représentez-vous encore un homme qui, dans un lieu solitaire, au fond d’une sombre et immense forèt, au milieu des ténèbres de la nuit, tombe entre les mains de voleurs et d’assassins.…. ;
8° Ou bien un malheureux attaqué par un lion, un tigre, un énorme serpent. ;
9 Ou bien un captif que l’on enfermerait dans un cachot ténébreux, peuplé de scorpions et de vipères… ;
10° Ou bien un patient entre les mains de bourreaux acharnés et ingénieux... ;
11° Ou bien enfin un corps étendu dans le tombeau et livré à là corruption et aux vers.
(L’orateur sacré peut peindre avec de vives couleurs ceux dé ces tableaux qui lui fourniront les traits les plus propres à saisir son auditoire et à à lé pénétrer d'horreur pour le péché.)
Lx péché a ses sources en nous-mêmes; ce sont : la volonté , l'intelligence, l'imagination , l'ignorance , les mauvaises habitudes, la concupiscence, etc... ; 4° La volonté est la cause immédiate de l’acte coupable, ou du péché mortel : elle le veut... 2 L'intelligence le propose à la volonté; elle lui conseille de s’assurer un prétendu bien sensible , en dus le bien réel et en désobéissant à la loi divine qui défend d’aimer ce bien... 3° L’imagination représente vivement à la volonté les charmes de ce faux bien, et elle s’efforce d'obtenir son consentement... 40 L’ignorance arrive au même but que l’imaginätion , en cachant à la volonté la laideur et la malice du péché... So La mauvaise habitude, partant de la fréquence même du con: sentement que la volonté a donné au péché, l'engage à le vouloir encore... 6° Enfin, la concupiscence est là éâuse propre et
Sources du péché.
Diverses manières de pécher.,
puissante de la tentation, et par conséquent du péché. Elle meut l'intelligence , imagination, la volonté et les presse de commettre le péché. Elle fait naître le défaut de réflexion, l’ignorance et la passion ; elle amène les rechutes et la mauvaise habitude ; elle cache la malice du péché en prodiguant les promesses d’un bonheur qui n’est qu’un faux bonheur. C’est donc très - justement qu’on la nomme le principe , l'arsenal, le foyer du péché; et encore , comme s’exprime saint Paul, la loi des membres qui combat la loi de Pesprit, et qui captivé l’homme sous la loi du péché qui est dans les membres (1).
La concupiscence, lorsqu'elle à concu, énfante le péché, dit l’apôtre saint Jacques; et le péché, quand il a été consommé, éngendre la mort : C'oncupiscentia cum conceperit , parit peccatum : peëcatum vero cum consummatum fuerit , generat mortem (1. 15).
La concupiscence se présente-t-elle? dit saint Augustin : repoussez-la ; gardez-vous de la suivre : elle est illégitime, elle est licen- . tieuse, elle est infâme, elle rend l’homme ennemi de Dieu : Surrexit concupiscentia? nega te illi; noli eam sequi : illicita est, lasciva est, turpis est, alienat a Deo (Lib. Confess. ).
La première tanière de pécher, dit saint Jérôme, c’est de penser à ce qui est mauvais ; là seconde, c’est de s’arrèter à cette pensée ; la troisième, c’est de passer de la pensée à l’action ; la quatrième, c’est de ne point faire pénitence après Le péché et de s’y complaire (E'pist. vur). :
Le premier degré du péché, dit l’abbé Rupert, c’est de lui donner entrée dans la volonté : alors le pécheur est mort dans sa maison; le second, c’est de passer de la volonté à l’action : par là le pécheur déjà mort est porté en terre ; le troisième , c’est de contracter l’habitüde du mal : par là le pécheur est enterré ; le quatrième, c’est de se complaire dans le péché et de résister à Dieu, qui appelle à la pénitence; c’est de lutter, par esprit d’orgueil, contre la loi divine, qui fait des reproches : ce degré peut être comparé à la putréfaction. Agir ainsi, c’est s’abandonner au démon , c’est montrer la résolution de demeurer impénitent et révolté, c’est défendre son crime. Aussi ce crime devient pleinement indigne de pardon , et comme irrémissible (/n Evang.). |
- (4) Video aliam legem- in membris meis, repugnantem legi mentis meæ, et Sa vantem me in lege peccati, quæ est in membris meis (Rom. vit, 23).
Saint Chrysostome, saint Augustin et saint Thomäs enseignent
qu'il est plus difficile de zendre juste le pécheur et qu’il faut pour cela une plus grande puissance que pour créer le ciel et la terre. En effet, le péché et la grâce, le pécheur et Dieu sont plus éloignés, plus opposés que le néant ne l’est de l’existence. Dieu et le péché sont deux extrêmes, deux contraires à un degré infini. Puis, rien ne résiste à Dieu, sinon la volonté du pécheur. Enfin, la grâce et la justification sont d’un ordre surnaturei et divin; 1l faut une suprême puissance pour que le pécheur dégradé et tombé. par son péché audessous de toutes les créatures et même au-dessous du néant, soit élevé au-dessus de toutes les créatures, jusqu’à la justice, et devienne l’ami de Dieu, son fils adoptif , et en quelque sorte participant de la nature divine.
Les pervers se corrigent difficilément, dit l’Ecclésiaste : Perversi difficile corriguntur (1. 13). Car , 40 ils péchent; or, le péché est la plus grande des folies, puisque c’est préférer les sens à la raison ; la passion à la vertu, la créature au Créateur, c’est-à-dire une obole à un million , un grain de blé à une moisson abondante , une goutte d’eau à l'Océan, un grain de sable à l'univers, la mort à la vie, l'enfer au ciel , le suprème et éternel malheur au suprême et éternel bonheur. Quiconque agit de la sorte, ne semble-t-il pas incorrigible?.… 2 Les pervers se corrigent difficilement, parce qu’ils persévèrent avec obstination dans le péché; ils s’y complaisent peu à peu, ne se trouvent point condamnables et souvent se louent, blämant les justes. 30 Ils se corrigent difficilement, parce qu’ils ne permettent pas qu’on les reprenne et qu’on les corrige, mais qu’ils mébprisent et tournent en ridicule ceux qui leur enseignent le bien ét qui les invitent à le pratiquer. Aussi la sainte Ecriture dit-elle que le cœur de tels insensés ést un plomb vil, et qu'ils mourront dans lindigence du cœur : Cor impiorum pro nihilo. In cordis egestate morientur (Prov. x. 20. 21); c’est-à-dire dans une grande privation d'intelligence et de raison... 4° Ils se corrigent difficilement , parce qu'ils ne veulent pas s'améliorer ; ils fuient la lumière et l'ont en horreur...
Drev, dit saint Augustin, doit punir Le péché, parce que le sceptre de son empire est un sceptre de justice. Le péché doit être puni; autrement il ne serait pas péché. Prévenez Dieu si vous ne voulez pas qu’il vous punisse ? Punissez-vous vous-même; car il faut que le péché soit puni, soit par: vous, soit par lui. Reconnaissez votre faute;
Difficulté et miracle dé la justification:
Le péché doit être puni.
Que faut-il pour faire un.
péché mortel?
afin qu’il vous la pardonne, Vous pardonnez, Seigneur, à celui qui confesse ses iniquités ; vous pardonnez, mais seulement à celui qui se punit. Ainsi sont sauvegardées la miséricorde et la justice : la miséricorde , parce que l’homme est délivré du joug qui l’accablait ; la justice, parce que le péché est puni (1).
Tout péché, dit encore saint Augustin, est un désordre. Sous un Dieu juste, tout désordre doit être réprimé; mais pour atteindre ce but il faut punir son auteur : or, l’auteur du péché, c’est le pécheur lui-même (/n Psal. xuv).
LA tentation à trois degrés : Premièrement, la suggestion où la pensée de la chose mauvaise, qui ordinairement né constitue pas un péché, parce que souvent elle est suscitée par le démon, sans qu’il y ait de notre faute, et sans que nous y consentions.….. Secondement, la délectation, qui a lieu lorsque l’âme, négligeant de repousser la suggestion, la recoit, au contraire, avec un plaisir
- imparfait; alors il n’y a que péché véniel..….. Troisèmement, le
Il faut éviter . le péché
mortel, et ne pas y rester.
consentement volontaire et délibéré ; alors, si la gravité de la matière y est jointe, il y a péché mortel... C’est ce qui’a fait dire à saint Isidore : Par ces accroissements ; comme par autant de degrés, le péché arrive à sa pleine puissance; la suggestion produit la délectation; la délectation, le consentement; le consentement; l’action; l’action , l’habitude; l’habitude, la nécessité (2):
Nous qui sommes morts au péché; comment vivrons-nous en lui ?
dit le grand Apôtre : Qui enim mortui sumus peccato , quomodo adhuc vivemus in illo? (Rom: vr. 2.) |
. Nous sümmes morts au péché par le baptême, par notre vocation à la vie chrétienne, etc. Il faut travailler constamment à éviter le
péché; et si on avait le malheur d’y tomber, faire tous ses efforts pour en sortir...
Que font la plupart des pécheurs? Lorsqu'il faudrait se tenir
. (2) Peccatum puniturus est Deus, quia virga directionis est virga regni ipsius. Puniendum est peccatum : si puniendum non esset, nec peccatum esset. Præveni illum : non vis ut te puniat? tu puni. Puniendum ergo erit, aut a te, aut ab ipso. Tu agnosce, ut ille ignoscat. [gnoscis, Domine, confitenti ; ignoscis, sed seipsum punienti. Ita servatur misericordia et veritas : miscricordia, quia homo libératur; veritas, quia peccatum punitur (/n Psal. xzix).
(2) Istis fomitibus quasi quibusdam gradibus convalescit omne. peccatum : sugbestio operütur deléctationem, delectatio consensum consensus 6perationem, operatio RSPHO EUR L 7 UeIECE y P OP consuctudinem, consuetudo necessitatem (Lib. Sentent.),
debout, ils tombent; et lorsqu'ils devraient se relever, ils restent dans leur chute... |
Pour ne pas tomber dans le péché mortel et pour en sortir :
40 Il faut craindre le péché.
L’impératrice Eudoxie ayant adressé des menaces à saint Jean Chrysostome, les courtisans de cette princesse eux - mêmes lui dirent : Vous cherchez en vain à l’effrayer; Chrysostome ne craint que le péché : Frustra illum terres, Chrysostomus nil nisi peccatum timet (Hist. Eccles.).
J'ai appris à connaitre la fermeté d’Ambroise , disait l’empereur Théodose : la crainte de la majesté impériale ne l’amènera jamais à transgresser la loi de Dieu : Novi ego constantiam Ambrosi, et quod nullo regiæ majestatis terrore, legem divinam transgredietur (Hist. Eccles. ).
Si je voyais d’un côté le péché, et de l’autre l'enfer, dit saint Anselme , et que je dusse nécessairement choisir entre les deux, je choisirais l'enfer. J'aimerais mieux entrer pur de tout péché en enfer, que d'aller au ciel avec la souillure du péché : Mallem, purus a peccalo gehennam intrare, quam peccati sorde pollutus, cælorum regna tenere (Lib. de Similit., c. ax).
20 Il faut éviter soigneusement le péché...
Fuyez devant le péché comme à laspect du serpent, dit le Saint- Esprit; car, si vous vous en approchez, il vous saisira. Ses dents sont des dents de lion; elles tuent les âmes : Quasi a facies colubri fuge
peccata : et si accesseris ad-illa, suscipient te. Dentes leonis, dentes jus , interficientes animas hominum (Eccli. xxr. 2. 3).
Abstenez-vous de toute apparence de mal, dit le grand Apôtre : Ab omni specie mala abstinete vos (I. Thess. v. 22).
Si nous ne foulons pas aux pieds les péchés, dit saint Bernard, ils nous terrasseront ; si nous ne les réprimons pas, ils feront peser sur nous leur joug : Mist calcati fuerint, conculcabunt nos ; nisi premantur, oppriment nos (Serm. in Psal.).
3 Il faut prier.
Nous devons dire avec le Psalmiste : Seigneur, n’entrez pas en jugement avec votre serviteur, parce que nul homme vivant ne sera juste devant vous : Non intres in judicium cum servo tuo; quia non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens (exzr1. 2). Mon Dieu, venez à mon aide : Seigneur, hâtez-vous de me secourir : Deus in adjutorium
meum intende : Domine , ad adjuvandum me festina (Psal. LxIx, 4). IT, 46
Moyens pour ne pas tomber dans le péché mortel, et pour en sortir,
4o Il faut aimer mieux mourir que de commettre un seul péché mortel.
Si l’hermine poursuivie par les chasseurs trouve devant elle un marais fangeux, et qu’elle ne puisse échapper à la mort qu'en le traversant, elle préfère se laisser prendre et tuer, disant en quelque sorte : Jaime mieux mourir que de me salir : Malo mori quam fœdari. Ces paroles devraient ètre la devise du chrétien...
Dès l’âge le plus tendre, saint Louis, roi de France, apprit de Blanche, sa pieuse mère, à préférer la mort au péché mortel (Hist. Eccles. ).
Saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, disait : J’aimerais mieux être jeté dans un immense brasier, que de commettre volontairement un seul péché (/n ejus vita).
Voyez Joseph, Suzanne, Daniel et ses compagnons, le saint vieillard Eléazar, etc...
Les païens eux-mêmes confessaient qu'il vaut mieux souffrir et mourir que de violer les lois de la vertu : Melius est mort, quam facere aliquid contra bonum virtutis. Ces paroles sont attribuées par Diogène Laërce à Aristote. Quand je saurais que les hommes l’ignoreront et que Dieu me le pardonnera , dit Sénèque , je ne voudrais pas faire le mal à cause de ce qu’il y a d’indigne de l’homme dans le mal pris en lui-même : Z# si scirem homines 1ynoraturos et Deum ignosciturum , tamen peccare nollem , ob peccati turpitudinem.
Qu'est-ce que le péché, sinon un ulcère , une lèpre, un cloaque empoisonné, un monstre dans le monde des intelligences, un crime de lèse-majesté divine, le foyer où s’alimente le feu de l’enfer, le produit de Satan, le fils de la mort...
5° IL faut se rappeler la présence de Dieu.
Seigneur , dit le Psalmiste, vous avez placé nos iniquités devant vous, et notre vie a été éclairée par le rayonnement de votre visage : Posuisti iniquitates nostras in conspectu tuo , seculum nostrum in tlluminatione vultus tui (1xxx1X. 8). Où irai-je pour me dérober à votre esprit? où fuirai-je pour n'être plus en votre présence ? Quo bo a spiritu tuo ? et quo a facie tua fugiam? ( Psal. exxxvnT. 7.)
Le chaste Joseph répondit à l’infâme Putiphar qui le sollicitait au crime : Comment pourrais-je commettre ce mal, et pécher en présence de mon Dieu? Quomodo possum hoc malum facere, et peccare in Deum meum? (Gen. xxxix. 9.)
(Voyez Présence de Dieu.)
IEU prescrivit la circoncision à Abraham à cause du péché originel , etafin de détruire la tache qu'il i pp à l’âme ( Gen. xvir, 10).
J. G. lui-mème s’est soumis à la circoncision par humilité et par obéissance à la loi de Moïse; mais, exempt de tout péché et impeccable par nature , il n’en avait pas besoin (Luc. 17. 21).
J. C. a établi le sacrement de baptême pour effacer le péahé originel...
Par un homme, dit le grand Apôtre, le péché est entré dans le monde ; et par le péché, la mort; et ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché : Per unum hominem peccatum in hunc mundum intravit, et per peccatum mors ; et ita in omnes homines mors pertransit, in quo omnes peccaverunt (Rom. v. 12).
Tous , même les enfants, ont donc péché; mais les enfants ne peuvent avoir de péché actuel; il faut, par conséquent, qu’ils naissent avec un péché d’origine contracté en Adam...
Le Prophète royal confesse le péché originel :
Considérez , Seigneur, dit-il, considérez que j'ai été engendré dans l’iniquité, et que ma mère m’a conçu dans le péché : £cce in iniquitatibus conceptus sum : et in peccatis concept me mater mea (1. 6).
Le péché originel est un dogme de foi...
Quoique séparés du peuple juif, les anciens peuples avaient eux-
mêmes conservé quelque souvenir de la chute du premier homme
et de la malédiction divine attirée par là sur sa race.
Pan l’envie de Satan , dit la Sagesse, la mort est entrée dans l’univers: /nvidia diaboli, mors introivit in orbem terrarum (11. 24. — Voyez le 1° chapitre de la Genèse ).
Quoique la désobéissance d’Eve ait précédé celle d'Adam, Adam n’en est pas moins la cause première du péché originel, de ses suites et de sa propagation, comme il est la cause première de la génération. Parce qu'il est notre chef, en lui avait été placée l’innocence et la justice originelles. Ceci rend très-probable le sentiment que, malgré la chute d’Eve, si Adam n’eüt pas péché, 1l n’y eût pas
L'existence du péché originel est certaine.
Causes du péché originel.
Comment se contracte le péché originel.
Suites funestes du péché originel : elles prouvent l'existence de ce péché.
eu transmission de la faute originelle. Ce sentiment est celui de saint Thomas et d’un grand nombre de théologiens.
Tous ont péché en Adam, dit saint Paul (om. v. 12). Tous, parce que , dit saint Augustin, tous les hommes ont été primitivement ce seul homme, c’est-à-dire Adam : Quia omnes homines fuerunt ille unus homo, scilicet Adam (Lib. de Peccat. merit., c. x). Tous les hommes ont été ce seul homme par leur origine; 1l les a tous contenus en germe et représentés... De même que le péché actuel ou l’acte du péché passe , mais laisse après lui le péché habituel , c’est-à-dire une tache dans l’âme; ainsi le péché originel, en tant qu’acte de désobéissance d’Adam , est passé, mais il a laissé à tous les hommes une tache que chacun d’eux apporte en naissant. IL est péché actuel et péché habituel.
Ne voit-on pas souvent le déshonneur et l’infamie du père passer à ses enfants, et le crime d’un prince imputé à toute une nation...
Nous portons la peine d'Adam, étant sujets à l'ignorance , à la concupiscence , aux maladies et à la mort, etc... Nous naissons donc coupables, car l’homme n’est pas sorti dans ces conditions des mains du Créateur; tout ce que Dieu avait créé était très-bon, dit PEcriture : Zrant valde bona { Gen. 1. 31 ).
Le sang d'Adam a été infecté par son crime; mais tous les hommes viennent de ce sang impur ; ils naissent donc tous souillés du péché originel...
L’exception faite en faveur de la Vierge immaculée n’affaiblit pas la loi générale ; il n’y a point de loi, quelque générale qu’elle soit, qui ne puisse avoir des exceptions. Le souverain législateur a le droit de dispense. Par le droit suprème qu'il a sur toutes les créatures, Dieu placa la volonté de tous les hommes dans la volonté d'Adam, afin que sa postérité Füt censée faire ce que lui-même ferait de bien ou de mal. La volonté d’Adam a donc été la volonté de toute sa race. Dieu à agi ainsi afin qu’Adam fût le type, ou plutôt, si l’on peut s'exprimer ainsi, l’antitype de J. C., dont la volonté, la satisfaction et les mérites doivent ètre les nôtres. Car, dit saint Paul, J. C. s'est fait à nous sagesse venue de Dieu, et justice, et sancüfication, et rédemption : Christus factus est nobis sapientia a Deo, et
Justitia , et sanctificatio, et redemptio (1. Gor. 1. 30).
Le péché originel, dit Tertullien, nous à valu notre faiblesse ; elle ne nous vient pas de la nature : LZanguorem istum culpa meruit , natuwra non habuit (De Pœnit., n. 5).
Par le péché originel, dit saint Prosper, l’homme a perdu la science du bien; l'iniquité a mis en fuite la justice; l’orgueil a détruit l'humilité; la concupiscence a porté atteinte à la continence; linfidélité a chassé la foi; la captivité a pris la place de la liberté; la vertu n’a pu rester où une si grande foule de vices a fait invasion (Sentent.).
Je vois dans mes membres, dit saint Paul, une autre loi qui combat la loi de mon esprit, et me captive sous la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? (1) |
Ce que je fais, dit encore l’Apôtre, je ne le comprends point; le bien que je veux, je ne le fais point; et le mal que je hais, je le fais : Quod enim operor, non intelligo : non enim quod volo bonum, hoc ago ; sed quod odi malum , illud facio (Rom. vu. 15).
Nous aussi, dit-il ailleurs, nous étions autrefois insensés , incrédules, livrés à l’erreur, esclaves de nos désirs et de diverses sensualités, agissant par malice et par envie, haïssables et nous détestant les uns les autres (2).
Je vis dans la droite de celui qui était assis sur le trône, dit saint Jean dans l’Apocalypse , un livre écrit, scellé de sept scéaux : Vidi in dextera sedentis. supra thronum , librum scriptum , signatum sigillis septem (v.1).
Beaucoup de docteurs pensent que ce livre était l'emblème de la coulpe et de la peine du péché d’Adam, péché par lequel Adam s’est lié et nous a liés à la vengeance de Dieu. Les sept sceaux signifient les sept maux nés de ce péché et qui sont : 1° l’offense de Dieu... ; 20 la peine du dam... ; 3 la peine du feu de l’enfer et des afilictions de.cette vie. ; 40 la nécessité de mourir. ; Be le joug de Satan... ; 6° de l'éloignement pour Dieu et un penchant violent vers les créatures..; 7° la concupiscence et l'ignorance. Seul, J. C. a pu briser ces sept sceaux, c’est-à-dire détruire ces sept maux...
Le cardinal Bellarmin énumère dix misères ou peines infligées à la nature humaine à cause du péché originel : 4° l'ignorance de l’esprit; 2 la perversité de la volonté ; 3 la concupiscence;
(1) Video aliam legem in membris meis, repugnantem legi mentis meæ, et caplivantem me in lege peccati, quæ est in membris meis. Infelix ego homo , quis me liberabit de corpore mortis hujus? ( Rom, vit. 23.24.)
(2) Eramus enim aliquando et nos insipientes, increduli, errantes, servientes desideris et voluptatibus variis, in malitia et invidia agentes, odibiles , odicntes invicem ( Tié, 11,8),
40 le travail et les douleurs du corps; 5° la mort; 60 la colère de Dieu; Te l'esclavage sous le joug du démon; 8° les procès, les disputes, les séditions et les guerres ; 99 la révolte des animaux contre l’homme et la guerre qu'ils lui font; 10° tous les maux prévus ou imprévus qui arrivent à l’homme, soit du ciel, soit de la terre, soit de la mer (/n Æecles.).
Concluez de là:ce que c’est que le péché, combien il est terrible et quelle est sa malice. Le seul péché d’Adam a attiré, attire et aîtirera jusqu’à la fin du monde, sur Adam et sur son innombrable postérité, tous les maux dont il vient d’être question...
Mais si Dieu punit ainsi dans les enfants le péché d’Adam, qui leur est comme étranger, comment punira-t-il les péchés que chacun de nous commet volontairement ? S'il punit ainsi dès cette vie, dans les enfants innocents, et bien plus, dans les justes et les saints, une désobéissance d'Adam, comment punira-t-il tant d’impuretés, de jalousies, de blasphèmes, de scandales, de meurtres, d’hérésies, que chaque jour les grands pécheurs accumulent pour l'enfer...
Par le péché d'Adam, l’âme a été dégradée dans son intelligence, qui est livrée à l’aveuglement et à l'ignorance; dans sa volonté, qui s'éloigne de Dieu et qui est entraînée vers les biens périssables ; dans sa mémoire, qui oublie le bien et qui se souvient du mal; dans sa sensibilité, jouet de diverses craintes et frayeurs; dans l’appétit irascible (1), par sa faiblesse et par une foule de convoitises.
(1) L'appétit trascible est la faculté par laquelle l’âme se porte à surmonter les difficultés qu'elle rencontre à la poursuite du bien ou à la fuite du mal. Il est d'ordinaire opposé à l'appétit concupiscible, qui est l'appétit par lequel l’âme se porte vers un bien sensible , ou vers un objet qui lui plait,
ELUI qui méprise les petites choses se perdra peu à peu : Qui spernit modica, paulatim decidet (Eccli, xix. 1). Si, dit saint Grégoire, si nous négligeons le soin des petites choses, insen-
siblement séduits, nous tinirons par tomber audacieusement dans de grandes fautes. Car celui qui néglige de déplorer les péchés véniels qu’il a commis et de les éviter, décheoïit de l’état de justice, non pas tout à coup, mais par degrés et insensiblement, Il faut avertir ceux qui sont habitués au péché véniel, de considérer avec attention qu’il arrive quelquefois qu’une chute légère est, en quelque sorte, plus nuisible qu’une faute grave; car on remarque plutôt une faute grave.et on s’en repent plus vite; mais on ne tient pas compte d’une faute légère, et elle est d'autant plus dangereuse qu’on la commet sans scrupule. D’où il arrive souvent que l'âme accoutumée aux fautes légères finit par n’avoir plus horreur des fautes graves : corrompue par ses nombreuses infractions, elle arrive à un point de hardiesse, de mépris et de malice tel, qu’elle ne craint plus les péchés mortels, parce qu’elle a appris à commettre sans crainte les péchés véniels (Lib. X Woral., c. xIx).
Il y avait à Béthanie un certain Lazare qui était dans un état de langueur. Ses sœurs envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, voilà que celui que vous aimez est malade, A cette nouvelle, Jésus répondit : Cette maladie n'est pas pour conduire à la mort... Et il resta deux jours dans le mème lieu. Puis il dit à ses disciples : Allons de nouveau en Judée... Jésus vint donc et il trouva que Lazare était dans le tombeau depuis quatre jours. Et il dit : Où l’avez-vous mis ? Ceux qui se trouvaient là répondirent : Venez et voyez. Jésus vint au tombeau. C'était une caverne, et une pierre en fermait l'entrée. Jésus dit : Enlevez la pierre. Marthe, sœur de Lazare, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais...
Ce récit est le tableau de la vie et de la chute définitive de l’homme qui n’évite pas soigneusement le péché véniel. 4° Ce n’est d’abord chez lui qu’une langueur de l'âme... Mais 2° cette langueur s'aggrâve et devient maladie... 3° Il tombe dans un sommeil léthargique, c’est-à-dire dans l’insouciance de son état... 4° La mort, ou
Le péché véniel est le chemin qui
mène aux
grandes chutes.
le péché mortel arrive. ; 5° puis la putréfaction ou la corruption du cœur.
Une faute, dit saint Bernard, vous paraît d’abord telle qu’on ne peut la supporter ; puis vous la jugez moins grave; bientôt vous ne
la sentez plus ; enfin elle vous devient une jouissance : Primum __ aliquid videtur tibi importabile ; judicabis non adeo grave ; nec senties ; paulo post ctiam delectabit (Serm. in Cant.)
Il suffit d’une étincelle pour produire un vaste incendie...
Les moindres précautions ne sont pas à négliger. 1 faut, dit saint Cyprien, il faut fermer, je ne dirai pas les portes, mais jusqu'aux moindres ouvertures, de crainte que par un trou l’ennemi ne pénètre dans le camp. Tout le pourtour d’une ville doit ètre fortifié, de peur qu’elle ne périsse entièrement par un endroit faible ; car, dit Salomon, celui qui méprise les petites choses se perdra peu à peu (1).
Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait fermenter toute la
masse? dit saint Paul : Nescitis quia modicum fermentum totam massam corrumpit? (1. Cor. v. 6.) Celui qui ne repousse pas les péchés véniels, dit saint Isidore, s’expose à tomber dans les plus grands crimes; car le péché véniel engendre, pour ainsi dire, le péché mortel. Les vices croissent promptement et sans qu’on s’en apercoive : si l’on ne fait aucune attention au péché véniel, arrivera bientôt le péché mortel. Evitez donc soigneusement l’un , afin de vous préserver complétement de l'autre (De Norma bene vivendi).
L’âme consacrée à J. C., dit saint Jérôme, est attentive aux grandes et aux petites choses; car elle sait qu’il faudra rendre compte même d’une parole inutile : Mens Christo dedita , et in majoribus , el in minoribus intenta est, sciens etium pro otioso verbo reddendum esse rationem ( Ad Heliodorum ).
Gardez-vous de ne tenir compte de vos fautes, sous le prétexte qu’elles sont légères , dit saint Augustin ; car les gouttes d’eau finissent par remplir les fleuves, et par entraîner les rochers et les arbres avec leurs racines : Noli despicere peccata tua, quia parva sunt ; nam etiam pluviarum guttæ flumina complent , ‘et moles trakunt , et arbores cum suis radicibus tollunt. (Serm.1xiv de Temp.).
(1) Omnes rimæ , ne dicam portæ, claudendæ sunt; ne per unum foramen castra omnia penctrentur ; et universa sunt componenda munimento, ne per modicum non munitum tota civitas ruat; sicut Salomon repetit , dicens : Quis pernit modica, paulatim decidet (Serm, in Eccles,),
Les fautes légères amènent les fautes graves. Les premières sont d'autant plus dangereuses que, se dissimulant, elles pénètrent sans peine dans l’âme, se cachent dans le cœur, et y préparent une épouvantable ruine...
L’âme consacrée à Dieu, dit saint Bernard, doit éviter avec autant de soin les moindres péchés que les plus grands; car ceux qui tombent dans les plus grands excès, commencent par de petites infractions : Mens Deo dicata, sic caveat minora vitia, ut maÿora ; quia a minimis incipiunt, qui in mazima proruunt (Serm. in Cant. ).
On ne devient pas grand criminel tout d’un coup...
Qu'importe , dit saint Augustin, qu'importe qu’un vaisseau soit entr'ouvert par le choc d’une vague puissante et coulé bas, ou que, pénétrant insensiblement dans la cale, sans que la négligence des matelots y mette obstacle, l’eau remplisse le bâtiment et le submerge! Dans l’un et l’autre cas, le naufrage n’a-t-il pas également lieu? (1)
Les suites du péché véniel sont funestes : car 1° si ce péché ne bannit pas Dieu du cœur, il contriste l’Esprit-Saint qui habite en nous ; or, faire de la peine à un ami qui vient rendre visite, c’est lui faire comprendre qu’il peut se retirer et qu’on se passera bien de sa présence... 20 Il met obstacle à l’abondance des grâces... 30 Il diminue dans l’âme le feu de l’amour divin... 4e Il la jette dans l’état fatal de la tiédeur , état très-dangereux, puisque le Seigneur dit dans l’A pocalypse : Que n’êtes-vous froid ou chaud ? Mais parce que vous êtes tiède, et ni froid ni chaud, je vous vomirai de ma bouche : Utinam frigidus esses aut calidus ; sed quia tepidus es, et nec frigidus, nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo (m1. 48. 16). 5° Le péché véniel prive de plusieurs faveurs que J. C. accorde ordinairement aux âmes vigilantes et fidèles, comme sont les consolations sensibles , la paix du cœur , etc... 6° Il affaiblit les forces de l’âme, augmente les passions et Les fortifie. Il en résulte que si une violente tentation ou bien une occasion entraînante se présente, l'homme épuisé par les nombreuses blessures que lui a faites le péché véniel, est facilement ébranlé, donne son consentement et succombe, selon ces paroles des Cantiques : Les renards ravagent les vignes : Vulpes demoliuntur vineas (11. 15). 7° En présence de la négligence et du mépris des petites choses, le démon devient plus puissant et plus
(1) Quid interest ad naufragium, utrum uno grandi fluctu navis aperiatur et obruatur; an paulatim subrepens aqua in sentinam, et per negligentiam derelicta atque contempta, impleat navem atque submergat? ( Episé. cvirr ad Seleuciam, )
Malice du péché véniel.
hardi à solliciter les hommes et à les faire tomber dans le péché mortel. Au contraire, celui qui s’observe afin d'éviter les fautes vénielles, présente des entraves au démon, etne lui permet pas de le renverser et de lui.enlever la vie de l’âme par le péché mortel.
J’ose avancer quelque chose d'étonnant, dit saint Chrysostome , et qu'on n’a pas encore entendu dire, c’est qu’il me paraît qu’on ne doit pas éviter avec autant de soin les péchés mortels que les péchés véuiels ; en effet, la nature elle-même nous porte à avoir horreur des grands excès; tandis qu’elle néglige et méprise les fautes légères sous le vain prétexte qu’elles ne sont pas infâmes. Ce mépris et cette négligence empêchent bientôt l’âme de trouver la générosité et la force nécessaires pour ne les pas commettre, et à la suite des blessures qu’elles causent à l’âme, vient la mort. Par cette voie, vous verrez se produire toutes les grandes iniquités; car nul homme ne tombe d’un seul coup jusqu'aux dernières profondeurs du mal et jusqu’au fond de l’abime. L’âme a une certaine honte et une certaine pudeur naturelle qu’elle ne peut pas rejeter de suite, mais elle le fait par degrés et peu à peu (Æomil Lxxxvinr in Matth. ).
Læs considérations suivantes aideront à comprendre quelle est la malice du péché véniel, 1° Le péché véniel, aussi bien que le péché mortel, est une désohéissance à Dieu... Il renferme de même un certain mépris de Dieu et de sa loi sainte... 2 Après le péché mortel c’est le plus grand des maux. Il fait plus d’injure à Dieu que toutes les bonnes œuvres imaginables ne pourraient lui procurer de gloire, D’après les saints Pères et les théologiens , tous les mérites des apôtres , des martyrs, des saints et des anges , et même ceux de l’auguste mère de Dieu ne suffiraient pas pour effacer un seul péché véniel, etréparer l’injure qu’il fait à Dieu. Pour cela les mérites de J. G. sont nécessaires... 3° Le péché véniel est le mal de Dieu. D’où il suit que la gloire et l'honneur dus à Dieu étant infiniment au-dessus de ce qui regarde les créatures, même les plus nobles et les plus parfaites , il ne serait pas permis de commettre un péché véniel pour leur éviter les plus grands maux et pour leur procurer les plus grands biens...
Salvien dit excellemment : Dans les choses qui blessent Dieu , il n’y a rien de léger : Vihil leve œstimetur , quo læditur Deus (Lib. VI).
Tous les péchés attaquent et offensent Dieu; mais la plus légère offense envers ce souverain maitre est un plus grand mal que tous les maux qui pourraient accabler les créatures. Celui qui aime
Dieu doit done fuir et éviter soigneusement même le péché véniel..….
Le péché véniel est une souillure, une tache pour l’âme; les autres maux, quels qu’ils soient, ne sontque la peine ou le châtiment du péché. Or, la plus légère de ces taches est plus grave que toutes les peines; celles-ci en effet ne sont pas des maux, mais des biens; car elles sont l’œuvre de la justice vengeresse qui corrige le péché par le châtiment et ramèné ainsi le pécheur à l’ordre.….
Saint Augustin déclare qu’il ne serait pas permis de dire un léger mensonge pour sauver tous les réprouvés : parce que le mensonge est le mal de Dieu, tandis que le supplice des réprouvés n’est que le mal de l’homme. Or, les plus grands maux de l’homme n'étant que le mal de la créature, ce pur néant, ne sont pas aussi grands que la moindre offense envers Dieu, offense qui attaque une majesté infinie (Z1b. Confess.).
Il faut donc éviter avec soin tout péché véniel.
Les païens eux-mêmes ont compris que se préserver des fautes légères n’était pas une chose indifférente en soi. Ce n'est pas, dit Plutarque, ce n’est pas une médiocre preuve que nous avançons en vertu, si nous évitons de notre mieux les moindres fautes. Agir ainsi c’est prouver qu’on a déjà acquis des mérites qu’on veut conserver intacts (De Profectu virtutum).
Les juste lui-même n’est pas exempt de chutes légères; mais il les déplore et se relève, disent les Proverbes : Septies cadet justus, et resurget (xx1v. 46). Si nous disons que nous n’avons point de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous, dit l’apôtre saint Jean : St dixerimus quoniam peccatum non habemus , ipsi nos seducimus , et veritas in nobis non est (L. 1. 8.) Tous nous faillissons en beaucoup de choses, dit l’apôtre saint Jacques : Zn multis offendimus omnes (rx. 2.) Ne faire aucune faute , c’est le propre de Dieu , dit Clément d'Alexandrie : MVihil omnino peccare, proprium est Dei (Lib. I Pædag., c. 11).
Nous devons faire tous nos efforts pour ne pas tomber, et pour nous relever aussitôt après nos chutes...
Rien ne peut mieux nous faire connaître combien le péché véniel est un grand mal, que les châtiments dont Dieu le punit dans cette vie et après la mort. Les livres saints en fournissent un grand nombre d'exemples. Moïse est exclu de la terre promise en punition d’un
Combien on commet de péchés véniels.
Punition du péché véniel.
doute léger sur la toute-puissance de Dieu... David voit périr soixante-dix mille de ses sujets, en punition d’une faute de vanité... Les Bethsamites, pour avoir regardé l’arche avec curiosité ; Osa, pour l'avoir touchée, sont frappés de mort. A la suite d’un mensonge, Ananie et son épouse ont le même sort. Dieu punit souvent par des maladies et par d’autres afflictions temporelles, des fautes qui ne sont que vénielles. Il les punit aussi par des peines intérieures beaucoup plus rigoureuses, telles que la sécheresse dans l’oraison, le dégoût des exercices de piété, les tentations contre la foi et contre la pureté, les tentations de découragement et même de désespoir, et par d’autres peines intérieures, qui souvent sont si difficiles à supporter, que ceux qui les éprouvent sont exposés à abandonner le service de Dieu, et par conséquent à se perdre...
Dans l’autre monde, Dieu punit le péché véniel par le purgatoire...
"AMERTUME , dit saint Cyprien, ne peut s’allier avec la douceur; les ténèbres, avec la lumière ; la pluie, avec la sérénité; la guerre, avec la paix; la stérilité, avec la fécondité; la séche-
resse, avec l'humidité; la tempête, avec le calme : ainsi le pécheur ne peut s’allier avec Dieu et sa grâce (Lib. L, epist. vin).
Nul ne peut servir deux maitres, dit J. C. : Nemo potest duobus dominis servire (Matth. vi. 24). Quelle alliance peut-il exister entre le Christ et Bélial? dit le grand Apôtre : Qu«æ conventio Christi et Belial? (WE. Cor. vi. 15).
C’est le pécheur qui le premier rompt toute communication avec Dieu , et ce n’est qu’à la suite de cet abandon que Dieu s'éloigne.
Le pécheur dit à Dieu : Retire-toi de moi, je ne veux pas connaître tes voies : Dixerunt Deo : Recede a nobis, scientiam viarum tuarum nolumus (Job. xxr. 14). Comme les Juifs, il s’écrie : Je ne veux pas que J. C. règne sur moi : Nolumus hunc regnare super nos (Luc. xix. 14). Non pas lui, mais Satan : Non hunc, sed Barrabam (Joann. xvIt. 40 ).
À moins qu’on ne l’abandonne lui-même, Dieu , dit saint Augustin, n’abandonne personne, et 1l ramène à lui beaucoup de déserteurs : Qui, nisi prius deseratur, neminem deserit, et multos desertores ad se convertit (In Psal.).
Celui qui abandonne Dieu est justement abandonné par lui , dit saint Fulgence : Juste deseritur a Deo, qu deserit Deum (Epist. vr).
A yant pris une épouse par le commandement exprès du Seigneur, Osée reçut l’ordre de donner des noms prophétiques à chacun de ses enfants. Le troisième fut appelé Non mon peuple; car, dit Dieu : Vous n’êtes plus mon peuple, et je ne serai plus votre Dieu : Voca nomen ejus : Non populus meus, quia vos non populus meus , ef ego non ero vester (1. 9).
Ce que le Seigneur dit ici du peuple d'Israël, s’applique surtout au grand et malheureux peuple que formeraient les pécheurs, s'ils se trouvaient réunis.
Dans le ciel, les anges et les saints; ici-bas, le soleil, la lune, les étoiles, la terre, les mers et toutes les créatures; dans l’enfer, les
Le pécheur n’a point de com— munication avec Dieu.
Le pécheur désobéit à Dieu.
Le pécheur méprise Dieu.
Le pécheur est ingrat.
réprouvés et les démons eux-mêmes obéissent et obéiront éternellement à Dieu ; seul, le pécheur lui résiste. Les êtres dépourvus de raison obéissent ; le pécheur, qui a la raison en partage, refuse obéissance. O rébellion détestable et criminelle!
Eh quoi! s’écrie saint Augustin, vous homme, qui commandez à la créature , vous refusez de servir le Créateur! Vous exercez une domination, et vous ne voulez pas reconnaitre le maitre de toutes choses! Craignez la patience du Seigneur, si vous ne voulez pas éprouver la sévérité de ses jugements (1).
Pécheurs, vous avez brisé mon joug, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, vous avez rompu les liens qui vous unissaient à moi, et vous avez dit : Je ne servirai pas : Confregisté jugum meum , rupisti vincula mea, et dixisti : Non serviam (11. 20).
Ils n’ont pas voulu prêter l'oreille à mes paroles, dit encore le Seigneur ; ils ont suivi des dieux étrangers afin de les servir : IVoluerunt audire verba mea, abierunt post deos alienos, ut servirent &is (Jerem. xr. 10).
Jonas désohéit à Dieu; il se lève pour fuir de devant la face du Seigneur : £'t surrexit Jonas ut fugeret a facie Domini (1. 3).
Jci , dit saint Chrysostome , Jonas est la figure des pécheurs qui, semblables à des hommes ivres, ne font pas attention où ils vont ni où ils posent le pied; mais qui, suivant leurs passions , se perdent par leur propre folie et désobéissance (Æomil. ad pop.).
J’ar nourri des enfants, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe; je les ai élevés , et ils m'ont méprisé: Filios enutrivi, et exaltavi; ipsi autem Spreverunt me (1.2). Pécheurs, vous préférez la créature au Créateur, le néant à Dieu, le vice à la vertu, l’enfer au ciel; quel plus profond mépris pouvez-vous témoigner au Seigneur! Il est votre roi, votre maître, votre père, et vous le méprisez! Ah! vous ne le mépriserez pas comme juge!
Consiérez, pécheurs, et appliquez-vous les paroles de J. C. à Saul,
ennemi du Sauveur et de l'Eglise : Saul, Saul, pourquoi me per-
sécutes-tu ? Saule, Saule, quid me persequeris ? ( Act. 1x. 4.) Pourquoi me persécutez-vous pour me faire mourir, moi qui
(1) Qui creaturæ imperas , creatori non servis! Qui dominatum exerces, et Do= pp non agnoscis! Time Dominum patientem, ne severum sentias judicem entent,. ). À
vous poursuis afin de vous faire vivre? Je suis doux, bon, miséri- Cordieux : je ne vous ai pas fait de mal; je ne vous ai jamais offensés; pourquoi me traitez- vous comme un ennemi? Je suis votre créateur. , votre bienfaiteur.…., votre ami... votre père... Je vous ai inscrits dans mes mains et dans mon cœur... Pourquoi me persécutez-vous? Quid me persequeris? C'est pour vous que je suis descendu sur la terre et que je me suis fait homme; c’est pour vous que je Suis né dans une établie; que j'ai souffert et travaillé pendant trente-trois ans; que je suis entré en agonie au jardin des Oliviers; que j’ai enduré dans Jérusalem tant d’outrages divers; que je suis monté au Calvaire et que je suis mort sur une croix... Pourquoi me persécutez-vous? Quid me persequeris ?... Ne vous ai-je pas comblé de biens temporels et spirituels? Ne vous ai-je pas promis mon royaume éternel et ma gloire ?... Pourquoi me persécutez-vous? Quid me persequeris ?.…. Ë
Le fils prodigue partit pour une région étrangère et lointaine, et il y dissipa son bien dans une vie d’excès et de débauche : Peregre profectus est in regionem longinguam, et ibi dissipavit substantiam suam vivendo luxuriose (Luc. xv. 13). Telle est la conduite du pécheur; il dissipe tous les dons de la nature ét de la grâce qui lui ont été accordés... ; il perd la grâce de Dieu , la charité et toutes les vertus... , son âme et ses nobles facultés... Son intelligence s’hébète tellement qu’elle né remarque plus ni Dieu ; ni la beauté et les richesses de la vertu, ni l’infamie du vice. Sa mémoire s’affaiblit : il ne se rappelle plus la loi de Dieu , les bienfaits qu’il a reçus de son Créateur, ni ses propres devoirs... Sa volonté se déprave au point qu'il préfère le mal au bien , la créature au Créateur , le démon à Dieu, l’enfer au ciel. Au lieu de se revêtir de J, C, , il se revêt de Satan. De là une incomparable pauvreté de bon sens, de raison, de courage, de bonnes œuvres, etc... Toutes les forces de son âme et de son corps qui doivent être consacrées au service du Créateur, il les ravale au service de la créature, de ses passions et de la débauche... Tous les jours il mésuse des dons précieux qu’il a reçus au saint baptème ; il profane la noblesse de son âme, et ruine son aptitude à la vertu...
Arès que le prodigue eut consommé tous sès biens, il y eut une grande famine dans le pays où il se trouvait, et il commença à sentir le besoin. $’en allant donc, il se mit au service d’un maitre
Le pécheur dissipe tousles dons de Dieu.
Le pécheur vit dans la pénurie , la disette et la faim.
Le pécheur tombe dans l’esclavage et la dégradation.
qui l’envoya à sa maison des champs pour garder les pourceaux. Et il désirait remplir son ventre des siliques que mangeaient les pourceaux; mais personne ne lui en donnait : Cupiebat implere ventrem suum de siliquis, quas porci manducabant , et nemo ill dabat (Luc. xv. 14-16). Juste châtiment du prodigue et du pécheur qui limite. Il a follement consommé ses biens avec des compagnons aussi dissolus que lui; et en punition, lorsqu'il meurt de faim, il ne | trouve personne qui veuille lui donner une partie des provisions faites pour de vils animaux...
Ecoutez saint Chrysostome : Le faste dissolu de l’enfant prodigue, dit-il, eut pour punition la faim, en sorte que la peine vengeresse sévit là où la faute avait été commise. Mais combien cruel est le service auquel il est réduit! lui qui prend soin d’un troupeau de pourceaux ne peut manger avec eux (1). Ge qui arriva à l'enfant prodigue est la figure du triste état où finissent par se trouver réduits tous Les pécheurs, et surtout les impudiques..…..
Le pécheur est dépouillé de la parure des vertus et de la grâce. IL perd la gloire qu’elles devaient lui procurer et l'héritage du royaume des cieux...
JE me suis plongé dans la vase de l’abîime , et elle fuit sous mes pieds, peut dire le pécheur avec le Psalmiste : Znfitus sum in limo profundi, et non est substantia (Lxvur. 2 ). J'ai vogué en pleine eau dans la mer empoisonnée du mal, et la tempête des passions m’a englouti : Veni in altitudinem maris, et tempestas demersit me (Psal. Lxvur. 2).
Le Seigneur humilie les pécheurs jusque dans la poussière : Humilians peccatores usque ad terram (Psal. exLvI. 6).
Considérez, dit saint Paulin de Nole à Sévère, considérez l’existence des pécheurs, et vous les verrez semblables à la bète de somme qui a un bandeau sur les yeux et qui tourne la meule d’un moulin. Aveuglés par l’impureté de leur vie et par les égarements de leurs sens, ils ne voient plus rien, et tournent sans cesse avec une peine effroyable dans le cercle de leurs vices , trainant la meule du péché et ne pouvant parvenir à rompre la chaîne qui les attache à cette meule dont ils se servent pour broyer leur innocence , leur âme,
(1) Luxuriæ fames tortor opponitur , ut ibi ultrix pœna sæviat, ubi pœnalis reatus exercerat. Quam crudele ministerium ! quia neque convivit porcis, qui vivit porcis (In Luc., c.xv).
PÉCHEUR. 737 leur cœur, leurs vertus et la couronne qui leur était promise pour l'éternité. Cette meule est d’un poids incalculable, car elle est faite de leurs iniquités.... Les pécheurs peuvent aussi être comparés à des chevaux , par lesquels Satan et tout l’enfer avec lui se font trainer... ( £'pist.)
Saint Jérôme appelle les pécheurs des cadavres animés par les démons ( Zpist. ).
La sainte Ecriture parle souvent de l’affreux esclavage auquel les pécheurs sont réduits. L'impie, disent les Proverbes, est enveloppé dans ses iniquités comme dans un filet; il est lié par ses péchés comme avec des cordes : /niquitates sucæ capiunt impium, et funibus peccatorum suorum constringitur (v. 22 ). Celui qui s’abandonne au plaisir s’avance , ignorant qu’on le mène à la captivité : Ignorans quod ad vincula stultus trahatur (Prov. vir. 22 ). Tous les pécheurs sont liés d’une chaîne de ténèbres , dit la Sagesse : Una catena tenebrarum omnes erant colligati (wir. 17).
Les pécheurs sont esclaves du démon.…., esclaves de leurs passions et de leurs iniquités.…, esclaves de la mort... En péchant, l’homme qui auparavant exerçait sur Dieu lui-même’ un certain empire,
devient l’esclave de l’enfer et de toutes les créatures, même les plus faibles.
R1EN n’est faible comme le pécheur, et fort comme le juste. En voici les raisons : 1° La concupiscence et les passions qui conduisent au péché amollissent l'esprit et efféminent le cœur; mais en triomphant d'elles, la vertu rend l'esprit et le cœur forts et éneérgiques. 2° Les remords rongent le pécheur et l’abattent ; la tranquillité de la conscience du juste le soutient et le rend inébranlable, 30 Le pécheur n’a pas la grâce de Dieu, tandis que le juste la possède : or, la grâce est toute-puissante ; par elle on peut accomplir les entreprises les plus difficiles, les œuvres les plus héroïques. Voyez les apôtres, les martyrs, les missionnaires, les vierges, etc. Sans la grâce, au contraire, on ne peut rien faire de bien. Le juste est magnanime et plem de confiance ; le pécheur est pusillanime, timide et chancelant. Craignant de compromettre sa fortune, sa réputation ou sa vie , le pécheur est infidèle à sa foi et commet des crimes qui lui font perdre le ciel et l’éternelle félicité; le juste, lui, ne craint que ce qui doit être craint et se rit du reste...
Quelle ne fut pas la faiblesse des Juifs? Sitôt qu’ils étaient éprouvés de Dieu , ils murmuraient, ils blasphémaient..…. Ainsi en est-il