‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 53 sur 57 · INT · texte numérisé non relu

INT

Le pécheur est la faiblesse même.

Le pécheur ait son âme.

Le pécheur est la nourriture du démon.

de tous les pécheurs..... En effet , où puiseraient-ils la force nécessaire pour accomplir les grandes et saintes actions ?

Chez eux, dit Hugues de Saint-Victor, il n’y a ni mortification de la chair, ni larmes de componction , ni sérénité de la conscience. Ils n’ont plus la connaissance de soi-même , le zèle de la justice, la ferveur de la sagesse, la bonne odeur de la miséricorde , la douceur de la contemplation , la suavité des biens éternels ; la pratique de la pénitence , le mépris des choses périssables, la consolation de la chavité fraternelle, la soif et le désir des récompenses célestes , l'amour du bien (Lib. de Anima ). Réduits à leurs propres forces, qui ne sont que faiblesse , ils sont incapables de toute action surnaturelle. Ils ressemblent aux feuilles d'automne, que la séve ne nourrit plus, et que les vents détachent facilement des rameaux pour les disperser de côté et d’autre.

Cezor qui aime l’iniquité hait son âme, dit le Prophète royal : Qui diligit iniquitatem odit animam Suam (x. 6). IL faut bien qu'il ne puisse la souffrir, puisqu'il ne pense jamais à elle, ne la nourrit pas, ne la revêt point, ne lui parle point, ne la visite point , et n’emploie ni médecin ni remède pour la guérir, elle qui est malade et à l’agonie.... 11 faut bien qu’il la déteste, puisqu'il la vend pour unrien, pour un vil plaisir, pour une honte... Il faut bien qu'il l’abhorre , puisqu'il la prive de toute liberté, de toute paix, de toute consolation, de tout bonheur, la livre à ses ennemis et lui donne la mort...

Quam, dit saint Augustin, quand il fut dit au démon : Tu mangeras la terre, il fut dit au pécheur : Tu es terre et tu iras en terre. Le pécheur a donc été donné pour nourriture au démon. Ne soyons pas terre, si nous ne voulons pas être dévorés par le serpent qui séduisit Eve (1). Le démon se nourrit des pécheurs comme d’un mets exquis... L'homme qui, par imprudence, aveuglement ou fureur, désire, recherche, embrasse les choses de rien au lieu des grandes choses ; celui qui préfère les biens fragiles aux biens solides, ce qui passe à ce qui est éternel, la volupté à la pureté, la terre au ciel, la chair à l'esprit, etc.; celui-là n’a plus de cœur. Vénus,

(1) Quando dictum est diabolo : Terram manducabis, dictum est peccatori : Terra es, et in terram ibis. Datus est ergo in cibum diabolo peccator. Non simus terra , si nolumus manducari a serpente ( Lib. 1 de Agone christianor., &.n).

Mammon, Bacchus, etc., c’est-à-dire Le démon de la volupté, celui de l’avarice ou de la bonne chère, le lui ont dévoré...

Panranr des pécheurs, l’apôtre saint Jean dit : Et maintenant beaucoup sont devenus des antechrists : L'£ nunc antichristi multi facti sunt (1. 11. 18).

Que fait en effet Le pécheur? Le Psalmiste le dit en deux mots : Le pécheur a irrité Dieu : Æxacerbavit Dominum peccator (x. 4). Il a combattu contre le Seigneur. N'est-ce pas le rôle que doit prendre l’Antechrist?.…. Par l’Antechrist , saint Augustin entend non-seulement le grand ennemi qui luttera contre Dieu à la fin des temps, mais toute la multitude des impies opposée à J. C. (Zn Epist. S. Joann. )

Cependant il est certain, il est de foi qu’il y aura un être quisera le véritable Antechrist.

Îz y a des pécheurs tellement corrompus et coupables, qu'ils ne paraissent être tout entiers qu’un instrument du péché; il n’y a presque pas d’iniquités qu’ils n’aient commises ; ils sont ensevelis dans le crime comme le riche dans l’enfer : Sepultus est in inferno (Luc. XVI. 2). On peut dire d’eux qu'ils sont vendus sous le péché, selon l'expression de saint Paul : Venundatus sub peccato (Rom. vir. 14). Le grand Apôtre en trace le portrait que voici : Il y aura des hommes qui s’aimeront eux-mêmes, avides, arrogants, superbes, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, souillés de crimes, insensibles , implacables , détracteurs, dissolus , farouches , ennemis des bons, traîtres , insolents, enflés d’orgueil , aimant les voluptés et reniant la vertu (1). :

Saint Pierre appelle le pécheur, et surtout le pécheur incorrigible : un pourceau qui se vautre dans la boue : Sus lota in volutabro luti (IL 11. 22).

C’est avec raison que cet apôtre compare les pécheurs aux pourceaux; car, 4° ainsi que ces bêtes immondes recherchent et aiment les choses sales et dégoütantes, de même le pécheur recherche et aime les passions qui réduisent l’homme à l’état de brute... 2° Le péché est quelque chose de hideux et d’infect comme les lieux que

(1) Erunt homines seipsos amantes, cupidi, elati, superbi, blasphemi , parentibus non obedientes , ingrati, scelesti , sine affectione, sine pace , criminatores, incontinentes, immites, sine benignitate, proditores, protervi, tumidi et voluptatum amalores , virtutem abnegantes (I Tim. 111, 2-5).

Le pécheur est une sorte d’antechrist.

La vie du pécheur est détestable.

les pourceaux aiment à fréquenter... 3° Le pécheur se nourrit comme ces animaux... 4° Le pourceau ne s'occupe que de son ventre; il ne regarde que la terre et se couche dans la boue ; il n’est au fond qu’une masse de chair : qu’est autre chose le pécheur!, et que fait-il de différent ? 5° Le pourceau n’a aucun sentiment, il ne connaît pas son maître, et quelquefois il le dévore : ainsi agit le pécheur obstiné et ingrat; il ne connaît pas Dieu, et il crucifie J. CG. 6° On engraisse le porc pour le tuer et le manger : le pécheur s’immole lui-même, et sert de nourriture à Satan...

Les pécheurs, disent les Proverbes, abandonnent le droit chemin et ils s'engagent dans des voies ténébreuses (tr. 13). Ils se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal ; ils tressaillent de joie dans les actes les plus coupables : Lætantur cum malefecerint, et exsultant in rebus pessimis (Ibid. 11. 14). Leurs voies sont perverses, et leur conduite est infâme : Quorum viæ perversæsunt, et infames gressus eorum, (Ibid. 11. 15).

Que peut vouloir et poursuivre un cœur mauvais, corrompu, dépravé, flétri, habité par le démon , sinon le mal et l’infamie? Une fontaine dont les eaux sont amères donne-t-elle autre chose que de l’'amertume ?.…

La voie perverse du pécheur est une voie étrangère : Perversa via viri aliena est (Prov. xx1. 8). Vous demandez à quoi elle est étrangère? Elle est étrangère 10 à la justice, c’est-à-dire à ce que la saine raison dit être droit, probe, honnête. Par conséquent, elle est étrangère 2 à la dignité de l’homme , qui consiste dans la rectitude de la raison et dans la pureté de la conscience. L'homme vraiment digne de ce nom consulte ces deux guides; il se garde de vivre et d’agir comme la brute ; il fuit le mal, qui n’est autre chose qu’une dissonance entre l’œuvre, ou l’action , et la nature raisonnable. Mal faire ne convient qu’à l’animal, qui n’est pas dirigé par la raison , mais par la fantaisie et la concupiscence. 3° La voie des pervers est étrangère à Dieu; car Dieu à établi dans l’homme le jugement et la droite raison, afin que celui-ci suivit leur impulsion en toutes choses. 4e La voie des pécheurs est étrangère à la société et à la manière de vivre des hommes raisonnables, qui obéissent à la droïture et à l’équité. 5° Elle est étrangère à lui-même; car l’homme qui pervertit ses voies s'éloigne de lui-même, et se met en opposition avec les lois de son existence. En effet, vivre selon Dieu et la raison, c’est le propre de l’homme; et celui qui vit selon Dieu, vit toujours selon la raison et la conscience. Au contraire , celui qui vit en hostilité avec,

Ja raison éclairée par Dieu, prend une voie étrangère à la nature humaine.

Il y à trois choses qui sont très- mauvaises, dit saint Augustin : l’âme du pécheur qui persévère dans le péché , les anges déchus qui la conduisent, et l'enfer où elle va. Rien n’égale ces trois maux. Mais il y a trois choses incomparablement bonnes : l’âme fidèle qui persévère dans le bien, les saints anges qui la guident , et le ciel où elle tend ( De Salutarib. document. , c. xuix ).

Pécheur, dit le prophète Baruch , tu habites la terre de tes ennemis, une terre étrangère ; tu t’es souillé avec les morts selon Dieu; tu es devenu semblable à ceux qui descendent dans l’abime. Tu as abandonné la fontaine de la sagesse : Zn terra inimicorum es , in terra aliena ; coinquinatus es cum mortuis ; deputatus es cum descendentibus in infernum. Dereliquisti fontem sapientiæ ( mr. 10-12).

La mémoire des pécheurs a péri avec bruit, dit le Psalmiste : Perüit memoria eorum cum sonitu (1x. 7). Ceux qui me méprisent seront méprisables, dit le Seigneur : Qui contemnunt me erunt ignobiles (I. Reg. 11. 30 ).

La réputation du pécheur, et surtout du pécheur scandaleux, est abominable pendant sa vie, à sa mort et après sa mort...

CoumenTanr ce passage de l’histoire du prodigue : Son maître l’envoya à la campagne pour garder des pourceaux , saint Chrysostome dit : Voyez ici l’épouvantable métamorphose que subit le pécheur, et la juste peine de la folle liberté qu’il s’est donnée! Celui qui n’a pas voulu obéir au meilleur des pères, est forcé de se faire l’esclave d’un étranger; celui qui n’a pas voulu servir Dieu , est forcé de servir le démon; celui qui n’a pas voulu demeurer dans la maison paternelle, est envoyé au fond d’une campagne sauvage pour y être tourmenté par de révoltantes convoitises ; celui qui n’a pas voulu rester dans la société de ses frères et des princes ses égaux, est réduit à devenir le compagnon et le serviteur des pourceaux ; celui qui n’a pas voulu se nourrir du. pain des anges, demande, sous l’aiguillon de la faim , à se rassasier des restes de ces vils animaux (/n Luc., e. x). 0 changement affreux !.… ,

Jésus-Curisr, dit le grand Apôtre, a effacé le seing de la sentence de condamnation portée contre nous : Delens quod adversus nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis (Goloss, 1, 14),

La mémoire du pécheur est exécrable.

Le pécheur est puni par où il pèche,

Le pécheur est l'instrument de sa condamnation.

Combien le pécheur est malheureux.

Ce seing de condamnation, dit Origène , est le seing que le pécheur appose à ses péchés et qui les constate ; car celui qui pèche écrit luimême son péché , et en prend la responsabilité ( Æomil. xt in Genes. LE Autant de péchés nous commettons, autant de lettres munies de notre seing et de notre sceau nous adressons à la justice de Dieu, afin qu’elle en tienne compte et que notre châtiment soit certain...

Îc n’y a, dit saint Augustin, il n’y a rien de plus malheureux que le bonheur des pécheurs, qui nourrit leur impiété, principe de chàtiment , et qui fortifie en eux la volonté perverse, cet ennemi intérieur : Mihil est infelicius felicitate peccantium ; qua pœnalis nutritur impietas , et mala voluntas velut hostis interior roboratur (Sentent. LT T

Dans sa charité sans bornes, saint Paul ne cessait de déplorer le funeste avenir des pécheurs. Ecoutez-le : Souvent je vous l'ai dit, et je vous le dis encore avec larmes : plusieurs marchent en ennemis de la croix du Christ, plusieurs qui auront pour fin la perdition et qui se font un Dieu de leur ventre ; ilsse glorifient dans leur propre honte, et n’ont de goût que pour les choses de la terre (1).

Tous les hommes, il est vrai, naissent dans le malheur; mais seuls, les pécheurs vivent et meurent malheureux...

Malheureux sont ceux qui rejettent la sagesse et la règle, dit l'Esprit-Saint : leur espérance est vide, leurs travaux sont infructueux, et leurs œuvres inutiles : Sapientiam et disciplinam qui abji-

. cit, tnfelix est, et vacua est spes illorum , et labores sine fructu, et inu-

tilia opera eorum (Sap. 11. 411).

Combien, dit saint Bernard , combien est à plaindre le pécheur, lorsqu'il regarde le ciel, ce séjour de la lumière incréée , des divines louanges, des sublimes gloires et des grâces infinies! Combien plus malheureux il est encore lorsqu'il reporte ses yeux sur la terre et qu’il y voit les âmes ferventes, solides dans la foi, grandes dans l'espérance , belles de charité, fécondes en vertus et en bonnes œuvres , sur lesquelles descendent, et la rosée du ciel , et les bénédictions du Seigneur ! Avec quelle amertume, quel chagrin , quelle douleur , quels remords, lui, si avide de gloire et de vanité, voit-il ces âmes si pures , si honorées, si riches , si heureuses; tandis que , plongés dans la stérilité, dans les ténèbres et dans la disette de tout

(4) Multi ambulant, quos sæpe dicebam vobis , nunc et flens dico ; inimicos crucis Christi, quorum finis interitus ; quorum Deus venter est, et gloria in confusione ipsorum, qui terrena sapiunt (Philipp. 1m. 18.19).

PÉCHEUR, | 743 bien, lui et ceux qui l’imitent savent qu’ils sont l’opprobre des hommes , des anges et de Dieu! (Serm. in Cant. )

La prospérité même des pécheurs fait leur malheur, puisqu'elle les aveugle et les perd, disent les Proverbes : Prosperitas stultorum perdit illos (1. 32).

Le péché, dit saint Thomas, est l'éloignement pour le bien suprême et incréé, et l’attachement au bien caduc et créé. Assurément celui qui s'éloigne de Dieu , et qui néanmoins prospère, est d'autant plus près de sa perte, qu’il est plus éloigné de l’amour de la règle (1).

Les pécheurs se perdent par la tranquillité ; car lorsqu'ils jouissent d’une certaine paix, ils se plongent dans les excès avec fureur et persévérance. La paix et la prospérité des pécheurs aboutit à un malheur épouvantable et sans remède...

Le pécheur, dit Salvien, se plonge d’autant plus profondément dans une corruption de mœurs rare et insondable, qu’il est plus gâté par la prospérité; il oublie Dieu, et s’oublie lui-même entièrement. S'il sort de ce repos, ce n’est que pour se livrer avec plus de fureur aux excès de l’ivrognerie et de la débauche, tellement qu'il ne vit plus que de rapines, de crimes et d’infamies. Il profite de la tranquillité et de la prospérité dont il jouit pour se couvrir d’opprobre et pour se livrer au mal avec plus de licence et de sécurité : de cette manière il se rend indigne de tous les dons célestes. (Lib, IT ad E'ecli. ).

Lorsque le pécheur est en paix et qu’il s’abandonne aux excès du crime, Dieu n’est pas loin et il ne tarde pas à frapper, dit saint Paulin de Nole. La prospérité déprave le jugement et fait oublier la fragilité humaine, L’adversité réprime et humilie; la prospérité rend orgueilleux. Il est rare que dans cet état on montre de la prudence ; au contraire , on abandonne la voie droite, et on suit des chemins ténébreux. Alors surtout qu'ils se livrent au mal, les pécheurs se réjouissent, disent les Proverbes, ils tressaillent de joie dans liniquité : Lætantur cum malefecerint, et exsullant in rebus pessimis { Lib. IT, c. x1v, epist. v).

Même lorsqu'ils rient, les pécheurs , dit saint Augustin, sont torturés par la conscience du mal qu’ils ont commis; en riant , ils meurent : Æidendo exterius interna malorum conscientia cruciantur , atque

(1) Peccatum est aversio a bono summo et increato, ac conversio ad bonum caducum et creatum. Qui enim a Deo avertitur et prosperatur, tanto perditionis fit propinquior, quanto a zelo disciplinæ invenitur alienus ( De Peccatis).

ridendo moriuntur (Sentent. xcrir). Riant et se réjouissant, les pécheurs, dit saint Grégoire, ressemblent à des bœufs qui marchent à l’abattoir, à des hommes ivres qui vont à une chute, à des frénétiques qui courent à leur perte. lsaïe dit en parlant d’eux : L’impudence de leur visage les trahit; comme Sodôme, ils ont publié leurs crimes et ne les ont point cachés. Malheur à eux! ils ont mérité leurs maux (Comment. in Isai., lib. IT, ce. 1x).

Celui qui pèche est le meurtrier de son âme, disent les Proverbes : Qui peccaverit lædet animam suam (var. 36). Le pécheur insulte son . âme, il la maltraite, il en est le tyran, il l’enlève à la sagesse, à elle-même et à Dieu; il la livre au démon et à l'enfer. Il devient son propre bourreau, se dépouille de la paix, de la grâce, de la gloire et de tout bien, se couvre de l’infamie du vice et s’assure le remords, la colère de Dieu, les flammes de l'enfer, et tous les maux pour l'éternité. ….

L'erreur et les ténèbres sont créées pour les pécheurs, dit la sainte Ecriture : £'rror et tenebræ peccatoribus concreata sunt (Eccli. n. 16). La voie des pécheurs parait unie et bien pavée; mais à l’extrémité se trouvent l'enfer, les ténèbres et les châtiments : Via peccantium complanata lapidibus; et in fine illorum inferi, et tencbræ , et pænæ (Tbid. xxr. 11). Le chemin de la concupiscence, dans lequel sont engagés les pécheurs, paraît d’abord facile, doux, agréable, délicieux, comme une voie garnie de larges dalles ; mais bientôt il devient inégal, escarpé, épineux, triste; il fatigue et il aboutit à l’enfer éternel. Le chemin de la vertu est tout différent...

Celui qui parle à un pécheur endurci est comme celui qui parle à un homme plongé dans un profond sommeil. Il ressemble , dit la sainte Ecriture , à l’homme qui explique à un insensé les règles de la sagesse, et qui, à la fin de son discours, dit : Quel est celui-ci ? Pleurez sur le mort, parce qu’il a perdu la lumière ; pleurez sur linsensé, parce qu'il a perdu la raison. Le deuil du mort dure quelques jours; mais il faut gémir sur l’insensé et sur le pécheur tous les jours de leur vie (Æecti. xxn. 8-13). C’est avec raison que le Saint-Esprit compare le pécheur à l’homme qui dort. Car, 40 l’un est livré au sommeil ordinaire, l'autre au sommeil du crime. 2° Comme l'intelligence est empêchée par le sommeil , ainsi la raison et la prudence du pécheur sont enchaînées par la concupiscence. 3 Celui qui dort vit de la vie animale et non de celle de la raison; il en est de même du pécheur. 4 Celui qui dort est le jouet des songes et des fantômes; le pécheur est le jouet des vaines

apparences que lui offrent les créatures , les biens de la terre et les passions. Platon lui-mème dit : Que sont tous les attraits de cette vie? que sont tous les biens et toutes les espérances des mortels, sinon des songes que l’on fait éveillé? Quid sunt omnes hujus vitæ illecebræ ? quid sunt omnes res et spes mortalium , nisi somnia vigilantium ? (Dialog. 5.)

Après avoir comparé le pécheur à l’homme qui dort, la sainte Ecriture le compare à celui qui est mort...

Malheureux pécheur, dit Dieu par la bouche de Jérémie , comprends donc et vois combien il est funeste et amer d’avoir abandonné le Seigneur ton Dieu, et de n’avoir plus ma crainte près de toi : Scito, et vide, quia malum et amarum est reliquisse te Dominum

- Deum tuum, et non esse timorem met apud te (11. 19).

Pécheurs, disent les Proverbes, ne donnez pas votre honneur à des étrangers, et vos années à un maître cruel : IVe des alienis honorem tuum, et annos tuos crudeli (x. 9). Tout homme qui commet un péché mortel abandonne son honneur, la grâce, le titre d’enfant et d’héritier de Dieu, à des étrangers, c’est-à-dire aux démons ; et les années de sa vie à un maitre cruel, c’est-à-dire à Satan.

Qui sont ceux qui sont étrangers pour nous, dit saint Grégoire, sinon les esprits de malice, qui sont à jamais éloignés de la patrie céleste? Et quel est le cruel, sinon l’Apostat, qui par son orgueil s’est frappé de mort éternelle, et qui, perdu, met tout en œuvre pour faire partager son triste sort au genre humain ? Le pécheur, qui a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, abandonne done son honneur à des étrangers; il consacre sa vie à faire les volontés d’esprits méchants et cruels ( Zn hæc verba Prov.).

Le péché et le démon sont les ennemis implacables du pécheur, ses tyrans et ses bourreaux; ils le mettent à mort.

Voici, dit le Psalmiste, voici que le méchant a engendré le mal; il a conçu la douleur , et il a enfanté l’iniquité : Æ'ece parturiit injustitiam, concepit dolorem, et peperit iniquitatem (vit. 15).

Le pécheur, dit saint Chrysostome, conçoit la douleur du péché, et s’il ne se repent pas, il enfante la mort. Avant que l’enfant soit hors du sein de sa mère, il lui cause de vives douleurs; mais quand il en est sorti, il fait sa joie. Au contraire, le péché concu est un serpent dans les entrailles de l’homme, il lui donne la mort, à moins que le pécheur ne s’en délivre par le repentir et la pénitence. La conception du péché est la naissance du serpent dans le cœur ; lorsque le péché est consommé, ce serpent répand son venin, et il

Châtiments du pécheur.

produit une maladié mortelle. Celui qui enfante le péché tombe sous le coup du jugement et de la condamnation ; et s’il persévère, il sera éternellement réprouvé. La mère allaite volontiers son enfant, mais le péché donne la mort à celui qui l’a commis : le péché est pire que le démon (Æomil. ad pop. ).

Le même saint appelle le péché une bète féroce. Seul, le péché blesse l’homme , dit-il : lorsqu'il est détruit, tout est facile et tranquille ; tant qu’il demeure, tout est souffrance, agitation, perte. Le péché est un démon puissant : Magnus dæmon peccatum est (Homil. ad pop.).

Avx fils de la contention qui n’acquiescent point à la vérité, mais q ,

qui acquiescent à l’iniquité, la colère et l’indignation , dit le grand *

Apôtre. Trouble et angoisse dans l’âme de tout l’homme qui fait le mal; gloire, honneur et paix à quiconque fait le bien (4).

Le Seigneur, dit le Psalmiste , a en horreur l’impie et celui qui chérit l’iniquité. IL fera pleuvoir sur eux des embüches : le feu et le soufre, et le vent des tempêtes sont ce qu’il leur prépare : Pluet super peccatores laqueos ; ignis et sulphur, et spiritus procellarum pars calicis eorum (x. 6. 7). Le pécheur est destiné à recevoir toutes les flagellations : Multa flagella peccatoris (Psal. xxxr. 10). Ne soyez point désireux de la prospérité des méchants , et ne portez pas envie à ceux qui commettent l’iniquité : ils sécheront aussi promptement que l’herbe coupée ; ils tomberont comme la fleur des champs : Moi æmulari in malignantibus , neque zelaveris facientes iniquitatem : quoniam tanquam fænum velociter arescent , et quemadmodum olera herbarum cito decident (Psal. xxxvi. 1.2). Les pécheurs périront : Peccatores peribunt (Psal. xxxvr. 20). Les ennemis de Dieu disparaîtront ; ils s’'évanouiront comme la fumée : Znimici Domini deficientes, quemadmocum fumus deficient (Psal. xxxvr. 20), Votre indignation , Seigneur, n’a rien laissé de sain dans mon corps, et mes péchés ont porté le trouble jusque dans mes os. Mes iniquités se sont élevées pär-dessus ma tête; elles sont devenues un poids qui m’accable. La pourriture et la corruption se sont formées dans mes plaies, à cause de mes égarements. Misérable et courbé vers la terre, je marche dans la douleur durant tout le jour. Mon cœur est livré à l'agitation,

(2) Lis qui sunt ex contentione, et qui non acquiescunt veritati, credunt auteminiquitati, ira et indignatio. Tribulatio et augustia in omnem animam hominis operantis malum. Gloria autem et honor, et pax omni operanti bonum (Rom. 11. 8-40),

ma force m’a abandonné , la lumière de mes yeux s’est éteinte; elle n’est plus en moi (Psal. xxxvir. 6. 10).

Le salut est loin des pécheurs : Zonge a peccatoribus salus (Psal. CxXVII. 154).

Dans la main du Seigneur est une coupe pleine d’un vin trouble;

-il Vépanche çà et là, mais la lie qui s’y trouve ne s’épuise pas; tous les pécheurs de la terre y boiront : Caliz in manu Domini vini meri plenus misto : et inclinavit ex hoc in hoc; verumtamen fox ejus non est exinanita ; bibent omnes peccatores terræ (Psal. LxxIV. 9 ).

Si tu fais le bien, dit le Seigneur à Caïn , n’en recevras-tu pas la récompense ? Si tu fais le mal, ton péché ne paraïtra-t-il pas soudain sur le seuil de ta porte : Vonne si bene egeris , recipies ? St autem male , statim in foribus peccatum aderit ? (Gen. 1v. 7.)

Se tenant à la porte du pécheur comme un dragon vigilant ou comme un dogue intraitable , le péché, ou plutôt la peine du péché l’assaille et en tire vengeance : aussitôt le péché commis ; elle se précipite sur lui, le déchire, le met en pièces. Ge dragon , ce dogue;, est le remords de la conscience, le trouble de l'esprit , la révolte de la raison; c’est la colère de Dieu suspendue sur la tête du pécheur; c’est l’angoisse et toutes les calamités présentes et futures par lesquelles l’éternelle justice le châtie.

La peine marche sur les traces de tout criminel , dit le poëte : Noxa caput sequitur.

La peine, dit Horace, a rarement abandonné le coupable , qu’elle suit d’un pied boiteux, et dont le sort est de porter nuit et Jour au dedans de lui-même un témoin invisible, et de subir les coups de verge que lui applique la conscience , infatigable bourreau :

Raro antecedentem scelestum

Deseruit pede pœna claudo.

Nocte dieque suum gestare in pectore testem , Occultum quatiente animo tortore flagellum.

La conscience est à la fois Le vengeur de la divinité , le juge et le bourreau du coupable.

I n’y a pas de tortures plus redoutables que celles qu'inflige la conscience d’avoir fait le mal, dit saint Augustin : le pécheur, n'ayant plus Dieu au dedans de lui, n’y trouve plus aucune consolation : Vullæ pœnæ graviores sunt quam malæ conscientiæ , in qua cum non habetur Deus, consolatio non invenitur (Lib. Confess. )

LD

Le pécheur est en quelque sorte frappé des dix plaies de l'Égypte ; il éprouve le sort des soldats de Pharaon, ensevelis dans les flots de la mer Rouge.

Remarquez : 1° que les Égyptiens furent châtiés par l’entremise de presque toutes les créatures : par la terre, l’eau , l'air et le feu ; par les nuées, la grêle et la foudre ; par les animaux, grenouilles , mouches et sauterelles ; par le soleil et les astres ; par les hommes, Moïse et Aaron ; par les anges et par Dieu lui-même...

2 Ils furent frappés dans toutes leurs richesses : dans les fruits qu’ils retiraient de la terre et dans leurs bestiaux , dans leur or et leur argent; dans leur corps, par des ulcères ; dans leur famille , par la mort de leurs premiers-nés..….

30 Ils furent aussi frappés dans tous leurs sens : dans la vue, par les ténèbres et les spectres ; dans l’ouïe , par le bruit des tonnerres ; dans le goût, par une soif dévorante à laquelle ils n’avaient à donner que du sang; dans l’odorat, par la putréfaction d’insectes privés de vie, et par l’infection qui s’en répandait au loin; dans le toucher, par la douleur que leur causèrent les ulcères et la piqûre des mouches; enfin, dans l'intelligence et dans l'imagination, par de continuelles afflictions et des terreurs de toute espèce. Voilà le sort des pécheurs , et une imparfaite image de l’enfer,.….

Comme tout tourne au bien des saints » de même tout tourne au détriment des impies et des pécheurs, dit l’Ecclésiastique : Omnia Sanctis in bona; sic et impüs et peccatoribus in mala convertuntur (xxxrx, 39),

Malheur, s’écrie Îsaïe , malheur à la nation coupable , au peuple Chargé de crimes, à la race perverse, aux fils sacriléges ! Væ genti Deccatrici, populo gravi iniquitate, semini nequam, filis sceleratis! (1. 4.) Les rebelles et les pécheurs seront brisés ensemble ; ceux qui ont abandonné le Seigneur seront consumés : C'onteret sceleratos et peccalores simul ; ef qui dereliquerunt Dominum consumentur (14. 1. 28). Pécheur , tous les fléaux viendront au-devant de toi : la dévastation ; là ruine , la faim et le glaive; qui est-ce qui te consolera? Occurreruné Hibi vastitas, et contritio, et fames, et gladius : quis consolabitur te ? (Id. zr. 49.)

0 mon peuple, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie , je t'avais planté comme une vigne choisie dans les ceps les plus purs:

Comment es-tu devenu pour moi une vigne étrangère qui port e des fruits amers ? Ægo plantavi te vineam electam > OMne semen verum ; quomodo erga conversa es mihi in pravum, vinea aliena P

(11. 21.) Je ferai de Jérusalem un amas de sable et un repaire de dragons; je livrerai les villes de Juda à la désolation, et personne n’y habitera : £'4 dabo Jerusalem in acervos arenæ ; et cubilia draconum ; et civitates Juda dabo in desolationem, eo quod non sit habitator (Id. 1x1). Pourquoi votre terre a-t-elle péri et est-elle devenue aride comme le désert, et n’y passe-t-on plus? Quare perüt terra, et exusta sit quasi desertum, eo quod' non sit qui pertranseat ? (Jerem. 1x. 12.) Et le Seigneur a dit : Parce qu’ils ont abandonné la loi que je leur avais donnée, qu'ils n’ont point écouté ma voix, et qu’ils n’ont point marché selon mes commandements; parce qu'ils ont suivi et la perversité de leur cœur, et Baal. Cest pourquoi, voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Je nourrirai ce peuple d’absinthe et je l’abreuverai de fiel. J’enverrai après eux le glaive jusqu’à ce qu'ils soient dévorés. La mort montera par vos fenêtres, elle entrera dans vos maisons, elle exterminera vos enfants et vos jeunes gens (Jerem. 1x. 13-16. 21). J’amènerai sur eux des maux dont ils ne pourront sortir, dit le Seigneur. Prophète, ne prie pas pour ce peuple : Z'ece ego inducam super eos mala, de quibus exire non poterunt. Tu, noli orare pro populo hoc (Id. xr. 11.14). | Que le pécheur, que l’orgueilleux , le voleur, livrogne , l’impudique , sachent qu’en péchant ils ne font autre chose que de se pré- parer des verges , soit pour cette vie, soit surtout pour l’autre. Par leur orgueil et leur désobéissance , Adam et Eve ne préparèrent-ils pas, à eux et à tous leurs descendants, des verges avec lesquelles la race humaine a été frappée, et le sera jusqu’à la fin du monde?

Les pécheurs sèmeront le vent, et ils moissonneront la tempête, dit Osée : Ventum seminabunt , et turbinem metent (vu. 7). Vous avez cultivé l’impiété, vous avez moissonné le crime, vous avez mangé le fruit du mensonge, dit ailleurs le même prophète : Arastis impietatem, iniquitatem messuistis, comedistis frugem mendaci (Osee. x. 13).

Celui qui sème l’iniquité moissonnera les maux, disent les Proverbes; et la verge qui le brisera est prête : Qui seminat iniquitatem , metet mala, et virgairæ suæ consummabitur (xxir. 8).

Ne vous y trompez pas, dit le grand Apôtre, on ne se rit point de Dieu. Ce que l’homme sème, il le recueillera. Celui qui sème dans la chair, de la chair recueillera la corruption : Molite errare, Deus non irrideltur. Quæ seminaverit homo , hœæc et metet. Qui seminat in carne sua, de carne et metet corruptionem (Gal. vi. 7. 8).

… Les péchés peuvent être appelés le bois qui entretient le feu de Penters,.

Le pécheur n’est à sa place que dans l'enfer.

J'ai vu, dit Job, jai vu le souffle de Dieu faire périr les artisans de l'iniquité, ceux qui sèment les douleurs et qui les recueilleront ; le vent brülant de sa colère les a consumés : Vidi eos, qui operantur iniquitatem , et seminant dolores, et metunt eos, flante Deo pertisse, et spiritu iræ ejus esse consumnptos (1V. 8. 9).

J'ai vu, ditle Psalmiste, j'ai vu l’impie exalté dans son orgueil et élevé comme le cèdre du Liban; j’ai passé, et il n’était plus ; je Vai cherché , et je n’ai pas trouvé sa place : Vidi impium superexaltatum, et elevatum sicut cedros Libani. Et transivi, et ecce non erat : et quæsivi eum, et non est inventus locus ejus (XXXVE. 35. 36).

Parzanr de Judas, saint Pierre ditque ce traitre a quitté l’apostolat pour aller à sa place : U£ abiret in locum suum ( Act.r. 25). Il alla à la corde , et de là dans l’enfer : voilà sa place. À cause de ses vices, 1l n’était pas à sa place lorsqu'il était apôtre. Il n’était pas à sa place sur la terre, il la quitta; ni dans l'air, l'air lui manqua ; encore moins yeüût-ilété dans le ciel. A l’homme digne de l’enfer, il faut l'enfer...

Quant aux timides , dit le Seigneur dans l’Apocalypse, aux incrédules, aux exécrables, aux homicides, aux fornicateurs, aux empoisonneurs , aux idolâtres et à tous les menteurs, leur partage sera dans l’étang de feu ardent et de soufre , qui est la seconde mort (1).

Les nations criminelles, dit le Psalmiste, ont été ensevelies dans la mort qu’elles se sont préparée : Znfixæ sunt gentes in interitu quem fecerunt (1x. 16).

Que les pécheurs, dit le même prophète, retournent dans l’enfer : Convertantur peccatores in infernum (1x. 18). L'enfer les vomit, que l'enfer les reprenne... L'écrivain sacré dit que les pécheurs doivent retourner dans l’enfer, parce que, comme pécheurs, ils sont venus de là. Dieu a fait l’homme droit et innocent; c’est l’enfer, ou Satan, qui l’a fait pécheur..……

La flamme des passions et du péché a d’abord brülé les pécheurs, puis la flamme de l’enfer les dévore : Ælamma combussit peccatores (Psal. av. 18).

Vous, à mon Dieu, dit le Prophète royal, vous ferez descendre dans l’abime les impies : Tu vero, Deus, deduces eos in puteum interitus (uiv. 24).

(1) Timidis, et incredulis, et execratis, et homicidis, et fornicatoribus, et veneficis, et idololatris, et omnibus mendacibus, pars illorum erit in stagno ardenti igne et sulphure : quod est mors secunda (xx. 8 ).

Quoique ayant péché dans le temps, le pécheur, dit saint Bernard, est puni par un enfer éternel, à cause de son inflexible volonté et obstination dans le mal. En effet, il est certain que ce qui a été court selon le temps et selon l’œuvre , est long dans la volonté OpIniâtre , tellement que si le pécheur ne mourait pas , il ne voudrait jamais cesser de pécher, où plutôt qu'il voudrait vivre toujours, afin de pouvoir toujours pécher. On peut lui appliquer, dans un sens tout différent de celui où elles ont été dites, ces paroles de l’Écriture : Consommé en peu de temps, il a rempli une longue carrière. Pour n’avoir pas voulu changer d'intention, le pécheur voit très-juste-

ment mis à sa charge le cours de beaucoup d'années et même l’éternité (1).

(1) Ab hoc, procul dubio, inflexibilis et obstinatæ mentis punitur æternaliter malum, licet temporaliter perpetratur; quia, quod breve fuit tempore, vel opere, longum esse constat in pertinaci voluntate ; ita ut, si nunquam morerètur, nunquam velle peccare desineret; imo, semper vivere vellet, ut semper peccare posset. Proinde potest et de isto per contrarium dici : consummatus in brevi, explevit tempora multa. Quod merito multorum, imo, omnium temporum receperit vicem, qui nullo tempore voluerit mutare intentionem (Serm. in Psal. ).

Qu'est-ce que la pénitence?

Nécessité de la pénitence.

ÉNITENCE dérive des mots peine et tenir; c’est, à proprement parler, l’action de tenir la peine, de se l'appliquer, pœnæ tenentia..….…. En elle-même, la pénitence, dit saint Ambroise, est la douleur du cœur, et l’amertume de l’âme pour les péchés que l’on a commis : Pænitentia est dolor cordis , et amaritudo animæ pro malis que quisque admisit (De Pœnit.). | La pénitence est la réforme d’une vie désordonnée , l’entier changement de mœurs dissolues..… La pénitence est une mort qui ne prive pas de la vie; elle tue l’homme de péché , elle immole les convoitises de la chair; elle les sacrifie à Dieu...

En ces jours-là, dit l'Evangile, vint Jean-Baptiste, prêchant dans le désert de Judée, et disant : Faites pénitence : Venit Joannes prædicans et dicens : Poœnitentiam agite (Matth. 117. 1.2). Faites de dignes fruits de pénitence : Facite fructum dignum pœnitentiæ (Id. ii. 8). Il disait encore : Déjà la cognée est à la racine des arbres. Tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu : Jam securis ad radicem arborum posita est. Omnis ergo arbor quæ non facit fructum bonum, excidetur, et in ignem mittetur (I. mr. 10).

Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous également , dit J. CG. : Nisi pœrtentiam habueritis, omnes similiter peribitis (Luc. x. 3). Et pour mieux inculquer la nécessité de la pénitence, il répète : Je vous le dis : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous également : Dico vobis : Si pœnitentiam non egeritis, omnes similiter peribitis (Luc. xur. 5). Je suis venu appeler les pécheurs à la pénitence, dit-il encore : Veni vocare peccatores ad pœnitentiam (Luc. v. 32).

Si la grâce est attachée à la pénitence, dit saint Ambroise, celui qui dédaigne de faire pénitence renonce à la grâce : Si gratia est ex ponitentia, qui fashidit pœnitentiam, abdicat gratiam (De Pœnit.).

Saint Pierre ayant reproché aux Juifs d’avoir crucifié J. C., le Fils de Dieu, le vraie Messie, un grand nombre d’entre eux furent touchés de repentir, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Que

ferons-nous, frères? Saint Pierre leur dit : Faites pénitence : Pœnitentiam agite (Act. 11. 38.39).

Je châtie mon corps, dit le grand Apôtre, et je le réduis en servitude, de peur que peut-être, après avoir prêché les autres, je ne sois moi-même réprouvé : C'astigo corpus meum , et in servitutem redigo, ne forte postquam alüs prœdicaverim , ipse reprobus efficiar (I. Cor. 1x. 27).

D’après vos ordres, Seigneur, dit le Psalmiste, j'ai marché dans la rude voie de la pénitence : Propter verba labiorum tuorum, ego custodivi vias duras (xvi. 5).

La viande qui n’est pas salée se gâte; sans le sel de la pénitence, les mœurs se corrompent et le corps se laisse aller au désordre, ou du moins au relâchement.

Vous êtes déchu de votre charité première, dit le Seigneur dans Apocalypse à l’ange d’Ephèse. Souvenez-vous donc d’où vous êtes tombé, et faites pénitence, sinon bientôt je viendrai à vous, et J'ôterai votre chandelier de sa place, à moins que vous ne fassiez pénitence : Caritatem tuam primam reliquisti. Memor esto itaque unde excideris ; et age pœnitentiam : sin autem , venio tibi, et movebo candelabrum tuum de loco suo , nisi pænitentiam egeris (m1. 4.5).

Jamais, dit saint Grégoire, jamais Dieu n’épargnera celui qui pèche , parce qu’il ne laisse pas le délit sans en tirer vengeance. Ou le pécheur se punit lui-même , ou Dieu, entrant en jugement avec lui, le frappe (1).

L'empereur Théodose, ayant voulu s’excuser d’avoir fait massacrer plusieurs habitants de Thessalonique , en apportant l'exemple de David qui avait fait périr Urie, saint Ambroise lui répondit : Puisque vous avez imité David dans son égarement, imitez-le dans sa pénitence : Quem secultus es errantem, sequere pænitentem (Pauli diac. Vit. imp. Theod. )

Si nous ne faisons pénitence , dit l’Ecclésiastique , nous tomberons dans les mains du Seigneur, et non dans les mains des hommes : Si pœnitentiam non egerimus , incidemus in manus Domini, et non in manus hominum (11. 28).

Mortifiez vos membres, dit saint Paul aux Colossiens : Mortificate membra vestra (xx. 5).

(1) Delinquenti Dominus nequaquam parcèt, quia delictum sine ultione non deserit. Aut enim ipse in hoc se pœnitens punit, aut hoc Deus cum homine vindicans percutit (Lib. IX Moral, ec, xxvir).

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