‹ Les trétaux de Charles MonseletChapitre 17 sur 45 · I.ES FRKKF.S KsiAUIE». — , · texte numérisé non relu

I.ES FRKKF.S KsiAUIE». — ,

Pourquoi pas deux?

M. Gramer dk Cassagnac. — Non! retranchons l'esprit ; l'esprit est une chose puérile.

M. ViviKU. — J'avais cppendant une historiette assez ^'entinienl aiguisée... à propos do rasoirs. Ah! ah! [Il rit tout seul.)

M. Gr.vmer de Cassagnac. — Pas d'historiette!

[Tout à coup, on entend un bruit dans l'escalier comme quelqu'un qui tumbe. l'n cri, des plaintes.)

.M. Barbey d'Airemlly. — Avcz-vous entendu?

„ i Oui, oui , nous savons...

Les FRERES ESCLDIER. — - .

I Uui, oui, nous savons...

M. Gramer de Cassagnac. — Qu'y a-t-il? On nous dérange encore.

I C'est une marche qui manque.

C est une marche qui manque.

M. Vivier. — Ah ! mon Dieu ! un malheur est si vite arrivé.

Nous la ferons remettre.

Les frères Escidier. — ..,

Nous la ferons remettre.

.M. Harrey D'AruEvii.i.v. — Courons! il y a peut-être une victime. {On s'empresse dans t escalier i on rapj)orte un vieux monsieur fracassé.)

Le vieux .Monsiei r. — Merci, merci... Je suis mourant. {On l'assied dans un fauteuil.)

.M. Vivier. — Pauvre homme!

M. Granier de Cassagnac, soupçonneux. — C'est peut-être im bohème.

M. Vivier. — Que veniez -vous faire ici?

Le vieux Monsieur. — Je venais m'abonner. [Mouvement général de stupeur.)

l Nous n'avons pas

] chance.

Les FRERES ESCUDIER. — {^^

jNous n avons pas de ( chance.

M. Gramer de Cassagnac. — Il est encore temps; il est toujours temps. Votre nom? votre adresse?

Le vieux. Monsieur. — Mon adresse... ell(^ est sur moi, avec toutes mes quittances d'abonnement... du Globe, de l'Epoque, du Pouvoir...

M. Granier de Cassagnac. — Digne vieillard!

Lk vieux Monsieur. — Du Cojistitutionnel; car je suis un fidèle, moi...

M. Granier de Cassagnac. — Nous le voyons bien... Allez-vous mieux?

Le vieux Monsieur. — Merci... au contraire... Hatez-vous de m'inscrire... pour un abonnement de six mois. [Il expire.)

M. Granier de Cassagnac. — Ah! [Il se penche et pose la main sur la poitrine du vieux monsieur.)

M. Barbey d'Aurevilly, à 51. Vivier. — Il lui tàte le cœur.

M. Vivier. — Non; il cherche son adresse.

M. Granier de Cassagnac, après un silence. — Mort au champ d'honneur!

Ji(JtdtfJtiJi(JiiJ:i:fuXdfi:SiiJ^L^^

Il vient de mourir un homme, bien connu de M. le baron Taylor, qui laisse après lui des plans bizarres, des projets de toute sorte. Entre autres choses, cet homme avait rêvé une organisation nouvelle pour la Société des Gens de Lettres, organisation fondée sur les habitudes et les mœurs de chacun de ses membres. Pour arriver à un ensemble suffisant d'études, il n'avait pas reculé devant l'établissement d'une petite police particulière, chargée de le renseigner jour par jour sur les illustrations et les quarts d'illustrations de notre temps. Nous avons obtenu communication de (lueUjues-uns de ces rapports ; leur singularité, leur nouveauté nous engagent à les placer sous les veux de nos lecteurs.

Lundi, M. Paul Foucber est sorti de chez lui à huit heures du malin; il paraissait d'excellente humeur et bourdonnait, en marchant, de manière à rappeler le mol d'Edouard Ourliac : un hanneton crépu.

Le brouillard étant assez épais, M. Foucher alla donner contre une borne-fontaine du boulevard des Capu-

cines; il se confondit en excuses pendant cinq minutes environ, au bout desquelles, reconnaissant son erreur, il continua son chemin.

Un ami l'accosta, en le saisissant à bras le corps, comme s'il eût voulu arrêter le jeu d'une mécanique. Rendu immobile, M. Paul Foucher sourit et demanda : — Quoi de nouveau? — Nous étions trop éloigné pour entendre la réponse de l'ami ; cependant nous crûmes distinguer les mots d'Henri IV, d'obsèques, Pont-Neuf. M. Paul Foucher tira alors son carnet avec empressement et y traça quelques lignes.

Il entra ensuite au café Cardinal où il lut tous les journaux, y compris l'Echo de le Métallurgie et l'Azur, gazette des teinturiers. M. Louis Lurine s'étant approché pour lui souhaiter le bonjour, M. Paul Foucher lui mit dans la main une pièce de cinq francs, en disant : — Payez-vous !

Vers midi, il se dirigea vers les bureaux du Pays, toujours pour se procurer des nouvelles. M. Marco de Saint-Hilaire, à qui il s'adressa , lui murmura à l'oreille quelques paroles, parmi lesquelles nous pûmes

saisir : Friedland l'aile gauche... la xictoire...

M. Paul Foucher le remercia avec effusion. Il ne fit que passer dans les bureaux de la Presse; mais il s'arrêta pendant une demi-heure au Constitutionnel , où nous pensons qu'il eut un entretien de la plus haute importance avec M. Boniface, car il lui dit au moment de se séparer : — Oui, vous avez raison, l'horizon s'assombrit; pouvez-vous me prêter un parapluie?

A trois heures, il ne restait plus à M. Foucher qu'à terminer ses visites par la Patrie. Un petit désagré-

LA POLICE LITTÉUAIRE 4 53

ment l'y attendait. M. Delamarro avait depuis la vcillo transft^ré son cabinet de rédaction dans un autre corps de logis. N'étant pas prévenu do ce déménagement, M. Paul Foucher se trompa d'escalier, tomba de l'imprimerie dans les docks de la vie à bon marché, et, guidé par sa myopie, demeura enfermé pendant une heure, — on ne sait comment, — dans un de ces réduits oïl jusqu'alors M. Clairville avait seul le privilège d'égarer la Muse.

Cest ce qui explique pourquoi l'Indépendance belge n'eut pas de correspondance particulière ce jour-là.

Page 1