‹ Les tréteaux de Charles Monselet: avec un frontispice dessiné et gravéChapitre 16 sur 44 · AU PETIT-FILS DE M. LEGOUVE, EN SON BERCEAU · texte numérisé non relu

AU PETIT-FILS DE M. LEGOUVE, EN SON BERCEAU

Puisqu'on fit de toi, cher petit bonhomme,

Un être public, en te dédiant

Un écrit moral qu*eût signé Prud'homme,

Et que tu liras, en Tétudiant ;

Je veux à mon tour, voix douce mais nette.

Sans que ta nourrice au pied mesuré

Cesse d'agiter ta barcelonnette,

T'adresser ces vers, enfant préféré.

Car irne faut pas que tu puisses croire,

Un jour, que le monde était aussi laid

Et que la critique était aussi noire

Que les dépeignit l'auteur du Pamphlet. *

Quand tu seras grand, on viendra te dire

Que les gazetiers sont tous des méchants,

Parce qu'un d'entre eux, ardent à médire,

A de ton aïeul persifflé les chants.

On ajoutera : — Ces gens n'ont point d'âtres

Oii sécher leurs mains, oîi chauffer leur cœur ;

Ils sont mal vêtus, hargneux et verdâtres :

Tout impuissant est doublé d*un moqueur 1

Je te vois déjà faisant la grimace

Devant ce portrait, qu'ils auront rêvé.

Veux-tu regarder un critique en face?

Tourne l'œil vers moi, petit Legouvé.

Sans réaliser le beau pentélique,

Ni ces profils purs que l'art grec frappa,

Je n'ai rien d'atroce et de famélique,

Et je suis plus gros que ton grand-papa.

ï*as plus tard qu'hier, à l'heure oli je passe.

Pour régler ma montre, au Palais-Royal,

Un honnête couple a dit à voix basse :

— Tiens ! M. Bidaux, l'adjoint d'Epinal !

C'est que, vois-tu bien, de quel nom qu'on nomme

L'auditeur qui fuit les accents du luth.

On peut sans cesser d'être un honnête homme

Bâiller aux Français comme à l'Institut.

5 Novembre 1857.

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