AU PETIT-FILS DE M. LEGOUVE, EN SON BERCEAU
Puisqu'on fit de toi, cher petit bonhomme,
Un être public, en te dédiant
Un écrit moral qu*eût signé Prud'homme,
Et que tu liras, en Tétudiant ;
Je veux à mon tour, voix douce mais nette.
Sans que ta nourrice au pied mesuré
Cesse d'agiter ta barcelonnette,
T'adresser ces vers, enfant préféré.
Car irne faut pas que tu puisses croire,
Un jour, que le monde était aussi laid
Et que la critique était aussi noire
Que les dépeignit l'auteur du Pamphlet. *
Quand tu seras grand, on viendra te dire
Que les gazetiers sont tous des méchants,
Parce qu'un d'entre eux, ardent à médire,
A de ton aïeul persifflé les chants.
On ajoutera : — Ces gens n'ont point d'âtres
Oii sécher leurs mains, oîi chauffer leur cœur ;
Ils sont mal vêtus, hargneux et verdâtres :
Tout impuissant est doublé d*un moqueur 1
Je te vois déjà faisant la grimace
Devant ce portrait, qu'ils auront rêvé.
Veux-tu regarder un critique en face?
Tourne l'œil vers moi, petit Legouvé.
Sans réaliser le beau pentélique,
Ni ces profils purs que l'art grec frappa,
Je n'ai rien d'atroce et de famélique,
Et je suis plus gros que ton grand-papa.
ï*as plus tard qu'hier, à l'heure oli je passe.
Pour régler ma montre, au Palais-Royal,
Un honnête couple a dit à voix basse :
— Tiens ! M. Bidaux, l'adjoint d'Epinal !
C'est que, vois-tu bien, de quel nom qu'on nomme
L'auditeur qui fuit les accents du luth.
On peut sans cesser d'être un honnête homme
Bâiller aux Français comme à l'Institut.
5 Novembre 1857.