SCENE II
Bruno, seul, lisant les cartes qu'on vient de hii remettre — « Cosnard, ancien gérant de la Filiale, rue Bleue, 19. » C'est le petit, celui qui a proféré le nom d'Ancelot... le monstre! — Voyons l'autre : « Mâchefer (Victor), auteur du Tulipier et ses produits. » A la bonne heure ! un confrère. (Il sort du lit.)
t36 LE DUEL
Qui diable aurait pensé que ce Butireux f&t aussi rageur? Le dernier des pitres, eh bien I quoi? est-ce une insulte? Evidemment, non; cela rentre daDsTappréciation de la manière de Técrivain. Elargissons la critique. Fumiste en démence? il est clair que c'est une plaisanterie, un mot. On ne prend pas ces choses-là au pied de la lettre. En somme, mon article n*a rien de malveillant. Je me souviens même d'avoir supprimé répithète de « gottreux du Valais, ^ dont l'énergie me plaisait singulièrement; mais j'ai obéi à un sentiment exagéré des convenances. Ce Butireux veut procéder par l'intimidation avec moi; il mérite une leçon. Pas de pitié pour Butireux 1 Je tuerai Butireux. [Il va à son lavabo,)
Tuer Butireux ! Et pourquoi? Verser le sang d'un de ses semblables, d'un membre de la Société des Gens de Lettres! Oh I Bruno, tu deviens cruel I Et que veux-tu faire de ce sang, bête féroce? le veux-tu boire ? comme dit Jean-Jacques Rousseau. Reviens à des sentiments plus humains, songe au candidat BertronI [Il met ses bottes,)
Mais je ne puis reculer. Ces gens qui sortent d'ici ont murmuré des paroles de provocation ; une faiblesse compromettrait du même coup ma jeune renommée et les intérêts du Trombone artistique et littéraire, U ne faut pas qu'on dise : — Bruno a can^ devant Butireux. Périsse Butireux plutôt qu'un principe 1 Allons chercher des témoins. [Il sort.)