‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 81 sur 112 · LB MONSIEUR · texte numérisé non relu

LB MONSIEUR

Comment donc, monsieur, pour une dame, certainement. {Il lit.) « Don Alvarès, à la recherche de sa femme (( enlevée par des pirates d'Alger, la retrouve en vente <c dans un marché d'esclaves; quinzième siècle. »

M. PBUDHOHMB.

Monsieur, c'est à charge de revanche. Belle dame , vous aviez deviné juste en disant que c'était un Espagnol : don Alvarès, sujet historique. Des pirates, les Turcs, l'avaient enlevée. L'action se passe au quinzième siècle ; on était encore en pleine barbarie , les mœurs n'avaient pas alors le vernis d'aujourd'hui.

KAOAMB PASTéRIS,

Je crois bien, enlever des femmes!

M. PBODHOIIMB.

Ce don Alvarès dut être fort désolé, car son épouse est très-bien.

MADAME PA5TBBtS,

Elle a tout au plus vingt ans.

m W. PRUDHOMM£ AU SALOH.

Lui porte aur m phyaiononùe vingi-cinq à yingt-sept ms ; unp union bien «ssortie. Enân, le mari se met à sa recherche dans les pays les plus lointains. Il arrive chez les Turcs. Vous n'ignorez pas qti'ils trafiquent sur les femmes?

KADAlfB PASTÉaiS.

Les barbares I

M. PSDOHOHMB.

n croit reconnaître une taille chérie ; il lève le voile. 0 joie l c'est son épouse. Voua pensez s'il est heureux. Le contentement se lit sur son visage. Voilà ce que j'appelle un siyet bien rendu.

MADAME PASTÉBIS.

C'est très^téredsani.

M. PRODHOMME.

Nous «a verrons bien d'autres. Tenez, ce décrotteur. Oh! c'est parfait; la dame trousse un peu sa robe. On voit même le mollet; hé ! hé 1

MAOjaU PASTSaiS.

C'est lEOp.

Mm nODHOMMB.

Au contraire, ce n'est peut-être pas assez ; hé ! hé !

MADAME PASTEBIS.

Oh! vous êtes trop libre, monsieur Prudhomme. Mais, c'est particulier, une femme nue, à droite, et qui fume.

M. PBUDHOMMB.

OÙ voyez-vous?... Là-bas, j'aperçois. Ced demande des explications. C'est une modèle.

M. FKUDflOMMIAU 8AL0K. ttt

Comment, une modèle?

Coi, qui sert aux artistes.

MADAME PASTtelS.

Et elle se déshabille ainsi, sans rien, devant deux cents personnes? car ils sont deux cents !

Que voulez'VOfis! c'est son état de se désbabiUer.

MADAMB PASTimS.

Fil l'horreur.

M# PRODBOMMB.

C'est un mal pour un bien; il n'y a pas de peinture possible sans cela.

MADAMB PAtTlÉBIS*

Mais elle n'a pas b.^soin de fumer, et sans chemise, surtout.

Je irpus Tabandcmne sur ce point. Vous derez bieu sentir que te ne tout pas des femmes de mœurs très-régulières; cependant on en a vu...

MAttAtfS PAST^KIS.

Je ne le crois pas; une créature qui se prive de tous ses effets devant un tas d'hommes... Non, on ne m'ôtera jamais cette idée-Ut I

M. PBCDHOMHI.

Les artistes ne laisseraient jamais entrer qui que ce tûX quand ils ont une modèle. .

■ADAMB PASTiaiSé

Voyez-vousbieo? C'est assez clair.

H, PAUDH01IM&

Cependant un jour feu Drolling me laissa voir sa modèle; il est vrai qu'elle était habillée...

KAOAMB PASTiRIS*

A la bonne heure.

«• PRDDHOIOIE.

Feu Drolling est celui qui a peint au Louvre V Intérieur d'une Cuisine^ un bijou, c'est ravissant; les marmites sont à prendre à la main. On compterait volontiers chaque brique du plancher; mais il prenait son temps. H me disait, à moi qui vous parle : « Monsieur, j'ai mis quatre mois à peindre le balai. )>

HADAMS PASTiRIS.

Quelle patience 1

M. PRUDHOnOIB.

Oui, nous avons des personnes qui pensent qu'on dessine par-dessous la jambe ; ces personnes se trompent. Feu Drolling toujours disait : « Le génie sans la patience n'est rien, » et il avait raison. Je lui portai un jour, par plaisanterie, un soldat dessiné par moi en traits à la » plume. Je no vous dis pas cela, madame, pour me flatter; il le trouva très-^ièn et le fit encadrer.

MADAKR PAStiRIS.

Vous êtes vraiment un homme universel, monsieur Prudhomme... Vous étiez né artiste I

Page 1