LES ENVIES D’UN MARI DE FEMME GROSSE
Jocrisse disait que son père était mort en lui donnant le jour, ce qui ne peut pas être pris au sérieux; et cependant Bondonneau, qui n’est pas un Jocrisse, a des allégations de la même force. Il est prévenu d’un tas de petits vols, à raison desquels le voici en police correctionnelle.
M. le président. — Vous avez été arrêté en flagrant délit de vol d’un gilet à l’étalage d’un brocanteur.
14 les envies d’un mari de femme grosse.
Bondonneau. — C’est vrai, m’sieu, je l’avoue; ça n’était pas pour le vendre, je vous le jure; me trouvant sans argent et ayant absolument besoin d’un gilet... il commence à ne pas faire chaud...
M. le président. — On en a trouvé un chez TOUS.
Bondonneau. — Un gilet fait avec du dwp de billard, oui; mais je ne peux pas m’en servir; il est si tellement vert que, chaque fois que je le mets, il me purge. (Rires dans V auditoire .)
M. le président. — Singulière explication. On a saisi chez vous tout un bazar : un couteau à papier, un abat-jour, une bobèche en verre, un paquet de pains à cacheter, une photographie du shah de Perse, un pot de pommade...
Le prévenu. — Je m’en sers jamais; j’ai pas de cheveux... on peut voir.
En effet, entre la tête du prévenu et une tête de veau, il n’y a guère de différence que dans les traits.
M. le président. — Un démêloir... (Rires), un tire-bouchon, un polichinelle. (Nouveaux rires.) Que vouliez- vous faire de tout cela ?... et j’en passe.
Le prévenu. — Rien, monsieur.
M. le président. — Comment, rien?
Le prévenu. — Monsieur, on n’a peut-être jamais rien vu d’aussi extraordinaire que mon caractère; tant que ma femme n’est pas enceinte