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LES AVOCATS

Je comprends à merveille la pensée de ce spirituel magistrat; à sa place, j’aurais fait la même

DE LA POLICE CORRECTIONNELLE

proposition. Non que je n’aime pas les avocats, tant s’en faut, Seigneur! je ne leur reproche qu’une chose : c’est de plaider!... j’entends : devant la police correctionnelle, où le président peut les arrêter par ces mots : La cause est entendue ! c’est-à-dire : Ne continuez pas ! vous avez gagné votre procès. Ce qui a rarement lieu au civil et ne se voit jamais en cour d’assises. De sorte que, toujours dans l’attente de cette interruption désirée, l’avocat parle, parle, produit deux fois, trois fois, les mêmes arguments, recommence à satiété la même analyse des faits, le même relevé des témoignages favorables à son client, la lecture des mêmes certificats ; en fin de compte, prononce trois plaidoiries au lieu d’une. Les doyens du barreau vont même jusqu’à quatre, comme pour prouver que les vieux rasoirs sont les meilleurs, et c’est ainsi qu’on a pu croire que les avocats de police correctionnelle sont pris à l’heure, comme les fiacres.

Ce qui est admirable en eux, c’est leur facilité à plaider le pour et le contre - ils ont trente-sept manières de démontrer l’existence d’un délit et, de ( l’autre côté de la barre, ils en auraient tout autant pour prouver que ce même délit n’existe pas; d’oü l’impossibilité, pour un avocat, de désarçonner son contradicteur. Si d’un argument vainqueur il vous le coupe en deux, comme Godefroy de Bouillon coupa ce Sarrasin dont la moitié resta à cheval.

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la moitié de l’avocat pourfendu reste également à cheval sur sa cause, sans qu'il soit autrement paralysé dans ses moyens ; au contraire, il se gargarise aussitôt des syllabes les plus éclatantes et, d’un organe de plusieurs kilos au-dessus du ton naturel, il riposte par un contre-argument qui aplatit son adversaire, mais comme on aplatit un ressort à boudin, qui se redresse après le coup porté.

Conviction à part, c’est merveilleux.

La conséquence de pareilles luttes est généralement le renvoi dos à dos des parties, c’est-à-dire la

perte du procès des deux avocats et aussi de leur éloquence ; effet de la loi de la statique en vertu de

DK T * POLICE CORRECTIONNELLE.

laquelle deux forces identiques s’annulent en se rencontrant.

Il est juste de dire que les avocats plaident moins pour le tribunal que pour leurs clients; ceux-ci en veulent si bien pour leur argent que, même ayant eu gain de cause sur une brève plaidoirie, ils marchandent le prix des honoraires convenus, sous prétexte que leur défenseur n’a guère parlé. J’entendais un jour un homme dire à son voisin de banquette, admirateur d’un avocat à ce moment à la barre : « Vous allez entendre le mien. C’est bien autre chose que ça I Un gars qui vous a une gueule! »

Toute la clientèle de police correctionnelle est dans cette appréciation du barreau.

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