LES PREVENUS
Du moins, si les consciencieux défenseurs reviennent à l’infini sur la même chose, c’est tou-
DE LA POLICE CORRECTIONNELLE
jours de leur procès qu’il s’agit, tandis que, la plupart du temps, témoins et prévenus parlent de tout, excepté de l’affaire, notamment des chopines bues. Ce qu’il est bu de chopines avant d’arriver au fait suffirait ù désaltérer tout un auditoire au mois de juillet.
C’est évidemment pour cela que les présidents qui écoutent imperturbablement plaider trois fois la même chose, par respect pour la liberté de la défense, limitent cette liberté aux délinquants qui se défendent eux-memes, et s’opposent absolument à la lecture de plaidoyers écrits d’avance par des prévenus éloquents, mais non improvisateurs. Nous avons ainsi, un jour, perdu une plaidoirie qui devait être fort réjouissante, à en juger par la péroraison seule, que put lancer son auteur : « Je donne mon âme à Dieu, mon cœur à S. M.
l'Empereur, et j’abandonne mon corps à la jurisprudence qui vous caractérise. »
C’est ce prévenu qui, à propos de l’interdiction de sa lecture, a dit ce mot, célèbre au Palais : « J’ai passé bien souvent en police correctionnelle, mais, je le déclare, je n'ai jamais été présidé comme cela.