L'OIE AUX MARRONS
Le gendarme. — J’ai voulu le faire en aller de force ; alors il m’a résisté avec violence ; c’est làdessus que je lui ai dressé procès-verbal pour rébellion et outrage à la pudeur.
Le prévenu. — Ça s’appelle outrage à la pudeur? Alors, gendarme, pourquoi, quand je m’ai plaint à vous que le chien du charron fait des outrages à la pudeur dans mon escalier...
M. le président. — Voyons, expliquez-vous.
Le prévenu. — Le soir, on descend sans lumière, on ne sait pas où on met les pieds ; on a beau ne pas être un réactionnaire, ça n’est pas agréable.
M. le président. — Qu’avez- vous à dire pour votre défense ?
Le prévenu. — Mon président, j’ai à dire d’abord que la chose que dit le gendarme (pas la rébellion, l’autre), ça n’était pas dans le bal. Rires.)
Le gendarme. — Il n’aurait plus manqué que ça.
Le prévenu. — C’est pour dire que ce n’était pas en public.
M. le président. — C’était sur la voie publique.
Le prévenu. — Il faisait noir, qu’un nègre luimême en aurait eu peur.
M. le président. — Enfin, vous reconnaissez les faits?
l’oie aux marrons.
Le prévenu. — Sans l’oie aux marrons, ça ne serait pas arrivé, et même si le gendarme avait
attendu deux minutes
Le tribunal le condamne à six jours de prison. Le père Gendrin. — Merci bien, m’sieu le tribunal, messieurs et la compagnie, j’ai l’honneur de vous présenter mes respects. (Au gendarme , en sortant :) Manquez pas, gendarme, de dire au charron que son chien... (Il sort.)