LA CASQUETTE AFFRANCHIE
Pinson n’a échappé à une contravention qu’en commettant un délit, de telle sorte que d’une façon ou d’une autre il ne pouvait pas échapper à la police correctionnelle; seulement il s’est volontairement placé dans un cas plus grave que celui oü l’eût mis la contravention.
Un sergent de ville expose ainsi les faits :
Je passais, sur les onze heures du soir, au moment où plusieurs personnes s’étaient rassemblées
3lO LA CASQUETTE AFFRANCHIE.
devant une petite poste et riaient aux éclats en regardant le prévenu, qui était en état d’ivresse et faisait mille efforts pour introduire dans la boîte aux lettres un paquet assez volumineux; les uns criaient : a II entrera! » les autres: « Il n’entrera pas !» Je m’approche, et je vois cet individu jurant comme un forcené après son paquet qui ne pouvait pas entrer; je le lui retire des mains : c’était une casquette. ( Rires bruyants dans l'auditoire.) Je lui demande s’il était fou; il me répond : « Attendez, je vas le saucer dans le ruisseau pouf qu’il entre mieux. » ( Nouveaux rires.) Je regarde cette casquette; il avait collé dessus un timbre-poste et une adresse sur la visière; l’envoi était pour le département de la Creuse.
« Voyons, dis-je à cet homme, rentrez chez vous, allez vous coucher ; vous êtes ivre et vous ne savez ce que vous faites. » Il me répond très poliment : « J’y vas, mon sergent; je mets à la poste cette casquette-là que j’envoie à mon fils, et je rentre chez moi tout de suite après. » Je lui retire de nouveau le paquet des mains; il me l’arrache et saute sur la boîte aux lettres pour essayer encore de le fourrer dedans. En ce moment, une foule nombreuse nous entourait et grossissait à chaque instant. Je saisis cet homme, je lui prends son paquet pour la dernière fois; alors il m’envoie un coup de poing et me saute à la gorge en criant ;