LES DEUX NÉGOCIANTS
Cent pas plus loin. Turban dit à son tour à Sariol :
a Je vas faire comme toi, je vas me payer un polichinelle.
— Oui, mais tu vas me donner deux sous.
— Certainement, ça va tout seul. »
11 boit un polichinelle et rend à son associé la pièce de deux sous que celui-ci lui avait remise un instant avant.
Arrivés à la route de la Révolte, Sariol reprend :
« Ma foi, tant pis! je profite du bon marché; puisque ça ne me coûte que deux sous au lieu de quatre, je vas boire un autre verre. »
Adhésion de l’associé, auquel il redonne la même pièce de deux sous. Cinq minutes après, celui-ci reprend ;
a Au fait, tu as raison, ça ne nous revient qu’à deux sous au lieu de quatre, ma foi, c’est pas la peine de s’en priver. »
Et il avale un second polichinelle, en rendant une seconde fois la fameuse pièce de deux sous.
Arrivés au petit pont situé à l’entrée de Saint- Denis, nos deux négociants avaient déjà échangé cinq ou six fois l’éternelle pièce de deux sous, et ne cessaient de s’applaudir de leur découverte d’eau-de-vie à quatre sous le poisson. Inutile de dire qu’arrivés au champ de foire ils n’avaient pas