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CHAPITRE IIL

Les ^'ampires. — Prague. — Les trois villes. — Légende de Libussa la belle rein» de Bohême. — La tour mortelle. — Les amoureux de la reine. — Le prince noir.

— Comment le prince noir monta à la tour en n'en redescendit point. — Libussa meurt d'amour. — Ce qu'était le prince noir. — Les Otlocar. — PLilippe Otlocar.

— Le château de Messein. — Constance. — L'inconnu. — Visites des vam[iires.

— Duel de Philippe et du vampire. — Le cimetière de Prague. — Exlnnnalion du vampire. — Squelette percé d'un fer rouge. — La lèvre du vampire. — Le vampire transformé en franc-comle. — Dernière lutte. — Dénouement heureux et tranquille. — De la différence essentielle qui existe entre un franc-juge et un vampire.

C'était au commencement du seizième siècle, dans ce pittoresque pays que les fantaisistes de tous les âges ont aimé et chanté.

La Bohême, contrée délicieuse, qui n'a d'autre tort que d'avoir donné son nom à ces populations batraciennes (d'artistes et de sa vants), qui salissent la boue de nos ruisseaux.

La Bohême était, à cette époque, un pays d'un asp jct sauvage, couvert de forêts presque impénétrables, où s'ouvraient des préci'

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pices affreux, creusés aux pieds de hautes montagnes. Ce n'est pas cependant que le paysage y fût généralement triste, au contraire. UIlmi ne saurait donner une idée du charme qui ressortait de cette longue suile de tableaux où les contrastes les plus étranges se présentaient au regard ravi.

Ici, des pics neigeux qui s'élançaient audacieusement vers le ciel -, là, des gouffres au fond desquels poussait une végétation luxuriante.

Des petits villages entiers cachés derrière les feuilles vertes des mélèzes j des forteresses redoutables penchant sur le flanc des montagnes leurs murailles noires et haut-crénelées.

Ilarement, ce pays avait été le théâtre de luttes sanglantes.

Le sol y était trop accidenté pour fournir un champ de bataille convenable à deux armées belligérantes^ quelques seigneurs s'y étaient donné de temps en temps le plaisir de petites guerres d'intérêt qui n'avaient rien de bien dangereux d'ailleurs pour la tranquillité générale.

Ceux que l'ambition ou le désir delà guerre emportait, quittaient le pays, avec quelques vassaux armés à leurs frais, et allaient se mettre à la solde de quelque haut baron de l'Allemagne.

C'est ainsi, du reste, que se recrutaient normalement les armées du moyen-âge.

Point de cohésion entre les diverses parties d'une même troupe, point d'unité, une confusion pittoresque de bannièroset de drapeaux, mais nul ordre, mais pas la moindre attache !

Ces bannières qui marchaient ensemble aujourd'hui, pouvaient marcher demain les unes contre les autres.

Cette situation a été la cause de cet état de trouble incessant dans lequel l'Europe a été tenue pendant si longtemps. La paix froissaif trop particulièrement les intérêts de ces bandes nomades, de ces capitaines de fortune, pour que la paix pût durer quelque peu.

Nous dvons vu les condottieri quitter l'Italie pour aller servir, tan-

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tôt le. duc de Bourgogne, lanlôt le roi de France, celui, en un mot, qui leur offrait les meilleurs gages, ou leur donnait une plus grande part du butin.

L'Italie a toujours été la terre classique des hommes qui se vendent et ne se livrent pas. — La Suisse, au moins, produit des marchands de leur propre chair qui accomplissent le marché. — La Bohème fournissait son petit contingent aux guerres du moyen-àge et ne faisait point trop parler d'elle.

Elle avait donc été protégée de toute invasion étrangère par la conformation même de son sol.

Les habitants y vivaient heureux, sous la domination quelquefois un peu brutale de leurs seigneurs^ ils payaient leurs redevances, faisaient leurs corvées, et, pour le reste. Dieu y pourvoyait.

Seulement, depuis quelques années, un germe de trouble et de terreur y avait été jeté, et ce germe avait été fécondé en peu d'instants, de telle sorte qu'au moment où nous prenons ce récit, le pays tout entier semblait avoir été envahi par une même épouvante superstitieuse.

Les Vampires !!

Voilà le mot qui était dans toutes les bouches, qui faisait trembler les mères, les pères, toutes les jeunes filles.

Les vampires !

C'est-à-dire la chose redoutable entre toutes! — la mort lente et honteuse !

Le mystère le plus effrayant et le plus souillé que jamais ait inventé la superstition.

Les vampires I

Ces monstres fabuleux, à l'existence desquels un fait récent, que tout le monde connaît, — et qui a eu lieu dans le cimetière Montparnasse, à Paris, — force de croire.

Comment les vampires, êtres malfaisants, s'étaient-ils introduits

en Bolicmc, cVsl ce que nul n'aurait pu dire 5 mais ils y étaient, c'est ce dont personne ne voulait douter I

Un soir de l'année 1503, un homme gravissait le chemin qui conduisait de Mctnik à Prague; la nuit n'était pas encore tout à fait venue, et à travers les premières ombres transparentes du soir, on distinguait, à peu de distance, les silhouettes pittoresques de la Vieille- Ville ou du Burg.

Prague offre, en effet aujourd'hui, cette particularité singulière de trois villes juxtaposées, qui représentent chacune une époque dis tincte de la vie politique de la Bohême.

La Nouvelle-Ville ou Neustadt.

La Vieille-Ville ou la Burg.

La Ville-Blanche oif Wisschrad.

La Ville-BIanchcou lFmc/<rrtf/ rappelle les commencements de la Bohême 5 c'est la ville sacrée par excellence, qui garde encore aujourd'hui comme un dépôt, dans son enceinte, le palais des anciens rois, et la magnifique cathédrale.

C'est le berceau de ce pays ; c'est de là que sont sorties les plus merveilleuses légendes des temps primitifs.

La Burg, au contraire, est la ville féodale-, la conquête de l'esprit du moyen-àge, l'art symbolique de cette époque de foi ; la ville des États, aussi, résumant ce mélange inouï de tyrannie et de liberté, qui était le rêve politique des bourgeois de celte époque.

Enfln, la Ville-Neuve, Neustadf, c'est l'esprit moderne dans tout son éclat, sa vivacité, avec ses formes précises et positives.

Trois villes, enfin, différentes d'aspect et presque de mœurs, qui racontent, parleurs monuments, l'histoire de l'époque à laquelle elles reinonteût.

Do ces trois villes, Wisschrad, la Ville-Blanclie, est, sans contredil, la plus intéressante, la plus digne d'allircr l'allenlion de l'historien.

Elle est pleine de souvenirs populaires : tous les paysans de la Bohême vous raconteront les légendes qui s'y rapportent. Une, surtout, doit trouver place dans ce récit, en ce qu'elle se rattache précisément à cette tendance vers le merveilleux, qui est le fond môme de l'histoire que nous allons raconter.

C'est la légende de la reine Libussa.

Vers le sixième ou septième siècle, il y avait en Bohême une reine du nom de Libussa : une reine chrétienne.

Elle était jeune, la reine Libussa-. elle était belle, et se faisait aimer ciiaque jour davantage par ses sujets.

Il n'y avait qu'une voix sur elle ; et, dans tout le pays, chacun se répandait en louanges sur sa vertu, sur sa beauté, sur sa sagesse. Voilà ce qu'on disait de Libussa, la reine.

Elle avait dix-huit ans à peine, et jamais encore on n'avait pu élever le moindre doute sur sa virginité, — ce qui est étrange, ajoute le chroniqueur, Bohême dépourvu d'illusions.

Elle vivait chastement et saintement, et repoussait systématiquement tous les princes qui venaient demander sa main.

Comme elle était seule au monde, Libussa, comme elle était libre et reine, elle n'éprouvait pas le besoin de se donner un maître, et pendant longtemps, on partagea ce sentiment autour d'elle.

Mais, au bout de quelques années, cependant, l'opinion publique sembla changer à cet égard. On pensa que la reine Libussa pouvait mourir i qu'alors le pays serait déchiré parla guerre civile; que bien des prétendants se mettraient sur les rangs, et que les divisions qui s'en suivraient jetteraient naturellement le trouble et le désordre dans le royaume.

La reine une fois mariée, au contraire, le pays se trouvait à l'abri de ces éventualités terribles -, si la mort venait à la frapper, son époux

s i LES TRIBUNAUX SECRETS.

reslait, Cl après son époux, leurs enfants... Celte suite de succès seurs naluri'ls suffisait à rassurer le pays ; et, en peu de temps, cette idée prit racine dans tous les esprits.

Les hommes que l'on choisit pour féconder les reines sont, en général, des hommes sains, bien épaulés, qui sortent de familles antiques habituées à ce genre d'affaires depuis des siècles, et qui produisent une énorme quantité d'enfanis.

Quand ils ne produisent pas d'enfants, on peut, d'ailleurs, les réformer : c'est la loi.

Les Bohèmes, comme on voit, avaient flairé, en ces âges de ténèbres, l'idée des superbes haras royaux que tiennent Gollia, Cobourg, Mecklimbourg, Mcinembourg, et autres provenances, en nos jours de lumières.

Le conseil des anciens s'assembla, et des remontrances furenf faites à la reine Libussa.

On lui fit respectueusement part des craintes légitimes de son peuple, et on la supplia de choisir un époux.

a Heureux, ajoutaient les anciens, celui sur lequel tombera le choix de noire reine bien-aimée ! »

La reine, surprise d'abord et courroucée peut-être, réfléchit cependant, cl, pour ne pas repousser absolument la proposition qui lui était faite, elle déclara qu'elle épouserait le prince qui serait assez courageux pour monter à la tour de Wtsschrad, par le chemin que l'on avait pratiqué à l'extérieur de cette tour même.

Voilà ce que dit la reine.

Les anciens saluèrent sept fois, et se retirèrent contents.

Il faut, en définitive, peu de chose pour contenter les sénateurs, .quand ils ont un bon caractère.

L'annonce de l'acceptation de la reine Libussa remplit tous ses sujets de joie , mais quand on apprit la condition qu'elle y mettait, la consternation devint générale ^ ce qui donne à penser que cette tour

de Wisschrad était fort haute, et l'escalier extérieur incommode au suprême degré.

Il était évident, disait-on, que cette condition n'avait été présentée par la reine que pour éloigner à jamais tout prétendant.

La reine n'avait pas eu, en effet, d'autre pensée, et elle se réjouit dans le fond de son cœur d'avoir songé à ce subterfuge. Libussa, la reine de Bohême, avait de l'esprit , vous verrez !

La tour de Wisschrad était bàlie sur un rocher a pic, dominant un précipice dont nul, dit-on, n'avait jamais pu sonder la profondeur-, un chemin extérieur montait jusqu'à son sommet, et à mesure qu'il montait, il allait toujours en rétrécissant, de telle sorte que, rendu en un certain endroit, c'est à peine si le pied pouvait s'y poser!...

Cette tour était connue dans toute la Bohême, et cette sorte de galerie extérieure, qui conduisait de la base au sommet, était communément redoutée sous le titre de Chemin de la inoti.

Le titre n'avait rien d'engageant, mais il exprimait faiblement le danger de ce chemin impossible.

Malgré la terreur qu'inspirait généralement ce lieu d'horreur, les prétendants à la main de la reine Libussa ne manquèrent paset quand on eut fait annoncer que la reine-vierge appartiendrait à celui qui serait assez heureux pour surmonter robstacle offert au courage de tous, on vit accourir plusieurs princes étrangers qui réclamèrent le dangereux honneur d'essayer le trajet mortel.

Avant de faire la périlleuse ascension, tous étaient admis à voir la jeune reine.

Aucun, après l'avoir vue, n'eut l'idée de reculer.

Pendant quelque temps, les fêtes se succédèrent-, et, après chaque fête, un prince montait -.mais l'issue de toutes ces entreprises fut terrible-, nul de ceux qui partaient du pied de la tour ne parvenait au sommet.

Avant d'arriver à la fin du voyage, le vertige s'emparait de leurs sens, et ils roulaient bientôt au fond du précipice...

86 LES TRIBUNAUX SBCRETS

Tous, tous I

Si bien (iiic l'Allomngnc fui menacée do voir se perdre celle race ulile des « maiis de reines » qu'elle seule produit, et qui fait sa {gloire éternelle !

Il en mourut tant et tant!

Vingt-neuf Gollia, trente-trois Cobourg, onze Lippe, treize Meineiigen, Nassau, Saxe,Darmstadl, dix-buit Augustcmboug, Slreliiz, enfin de quoi remplir cinq almanacbs!

Quelques années se passèrent ainsi ^ la reine ne songeait nullement à adoucir la rigueur de la condition qu'elle avait mise à l'obtenlion de sa main, et les prétendants n'arrivaient dans la ville sainte que pour y mourir victimes de leur courage et de leur amour !

Leur mort ne paraissait laisser, d'ailleurs, aucun remords dans le cœur de la reine ^ elle se flallait, au contraire, d'avoir ainsi écbappé au danger qui la menaçait, et elle ne manquait jamais d'engager chacun de ceux qui tentaient l'cnlroprise, à y renoncer, en leur racontant la funeste issue des premières tentatives.

Jusqu'alors aucun de ceux qu'elle avait vu partir, n'avait éveillé dans son cœur une pitié sympathique.

Vous étiez bien cruelle, ô Libussa, reine de Bohême!

De nos jours, chaque reine use tout au plus deux ou trois sujets de la fabrique allemande.

Et nous avons des princesses protestantes, papesses et munies de cravaches, qui retombent douze fois en douze ans dans la position intéressante, avec la complicité d'un seul Cobourg!

Mais gardons mieux désormais le ton grave et fatigant, qui convient à l'histoire !

Déjà le conseil des anciens de Bohême désespérait des destinées de l'empire ^ le peuple commençait à murmurer de tant de cruauté j chaque jour, les prétendants devenaient moins empressés, et l'on prévoyait l'instant où nul n'oserait se présenter.

Une année entière s'était écoulée sans qu'aucun prince fût arrivé à la cour.

Libussa respirait-, clic comptait bien avoir suffisamment effrayé les réiardataires, et elle se flattait de jouir bientôt seule du souverain pouvoir!

Un jour cependant devait changer soudain tout cela.

Un prince étranger, qui n'était ni Gotha, ni Lippe, ni Schauembourg, ni Augustembourg, ni Philippstadt, ni Rudolstein-Aschaffcmboiirg, était arrivé dans Wisschrad 5 et sans dire quel motif l'y amenait, il vint demander asile au château même de la reine.

Il avait une suite nombreuse; il apportait des présents magnifiques 5 il était jeune, beau et riche -, la belle Libussa raccuciliit avec son plus doux sourire.

Le prim e avait, dit-on, les allures les plus singulières-, il portait d'habitude une armure noire, montait un cheval noir-, une plume noire se balançait en tout temps sur le cimier de son casque.

Quinze jours environ se passèrent sans que le prince étranger laissât rien percer de ses projets : ce n'étaient à la cour que fêles et tournois de toutes sortes-, des bals, des festins, des plaisirs à profusion 5 la reine n'avait jamais été si joyeuse 5 jamais sa beauté n'avait brillé d'un plus vif éclat-, jamais son regard n'avait eu déplus charmantes et de plus vives étincelles !

C'est qu'aussi jamais, non plus, la cour de Wisschrad n^ avait reçu un homme si distingué, si digne surtout d'attirer le regard des femmes, et de toucher leur cœur !

Toutes les dames de la cour le disaient, du moins, et la belle Libussa n'avait jamais osé les contredire.

Une nuit, fa fête était au plus haut degré de sa splendeur au palais de la reine; on avait oublié le passe pour ne songer qu'au présent, et le plaisir mêlait et emportait dans un même tourbillon enivré, tout ce que la Bohême contenait de plus illustre !.,.

88 LKS TIUIM NM\ ?1 CUliTS.

Le prince noir (c'osl ainsi qn'on rappelait, cl on l'appelait ainsi parce qn'il était tout liabilic de noir), le prince noir prenait peu de part à la jiiie qui ré{înait autour de lui. Son regard ne quittait pas la reine Libussa-, et, chose étrange, le regard de la reine n'évitait aucune occasion de le rencontrer.

Rien ne manquait à Tallégresse commune, quand, soudain, tout se lut ; un sourd murmure parcourut l'assemblée émue, les visages pâlirent, et l'on entendit les cris étouffés de plusieurs femmes dominer un moment le bruit de la musique.

Le prince noir venait d'annoncer, à ceux qui l'entouraient, que le lendemain il tenterait l'ascension de la tour de Wisschrad.

Quand ce propos arriva jusqu'à la reine, elle ne put dissimuler la peine qu'elle en ressentit-, elle pâlit, elle aussi, s'affaissa sur ellemême, et se laissa enfin tomber entre les bras de ses femmes.

Cet incident mit naturellement fin à la fête, et chacun quitta le château, se demandant avec terreur ce que deviendrait la reine, si le prince noir échouait dans son entreprise.

Le prince noir se relira dans son appartement, sans laisser paraître la moindre émotion, et se prépara, en prenant un repos salutaire, à l'entreprise périlleuse du lendemain.

Vers le milieu de la nuit, il fut réveillé par le bruit de sa porte qui s'ouvrait, et quand il regarda, il vit la reine Libussa elle-même entrer dans sa chambre.

Elle était vivement émue, la reine Libussa 5 ses cheveux tombaient en désordre sur ses épaules -, elle portait sur ses joues la trace récente de larmes, et ne paraissait pas disposée à cacher son trouble et sa douleur.

Elle s'approcha doucement du prince, et le considéra un moment avec une sympathique pitié.

— J'ai appris, lui dit-elle, sans prendresoucid'excusersa démarche.

j'ai appris, seigneur, que vous aviez l'intention de tenter demain l'ciscension de la tour de Wisschrad.

Le prince s'inclina respectueusement sans répondre.

Il faut Croire, pour la décence de ce livre, qu'il avait eu le temps de passer ses pantoufles.

— Cette ascension est périlleuse, poursuivit la reine -, tous ceux qui l'ont tentée avant vous y ont péri j je viens vous prier d'y renoncer, pour vous, pour moi, pour tous ceux qui vous aiment et tiennent à ne pas vous voir périr.

Le prince noir sourit.

— Pardon, madame, pardon, répondit- il, mais il m'est impossible, du moins pour cette fois, d'accéder à votre désir 5 moi aussi je vous aime, madame ; j'ai l'ambilion d'obtenir voire main, et comme mes devanciers, je ne reculerai devant aucun danger pour arriver à mon but.

— Mais c'est la mort !

— La mort, soit !

— Attendez, au moins.

— Et pourquoi donc?... Mourir dans quelques jours, mourir demain, n'est-ce pas la même chose? Je vous aime, et je n'ai nul espoir d'être aimé.

— Qu'en savez- vous ?... murmura Libussa, la reine. Le prince noir fit un soubresaut.

La reine Libussa laissa retomber ses grands cils sur ses beaux yeux. En avait-elle trop dit, Libussa, la reine de Bohême? Le prince noir attendait.

— Écoutez moi, prince, poursuivit la belle Libussa, dévoilant peu à peu tout son cœur, écoutez : cette condition que j'ai mise à l'obtention de ma main, je puis la retirer-, ma main appartiendrait, dès lors, à celui-là seul que mon cœur aurait choisi ; et tenez ! je rougis de honte en le disant, mais jusqu'aujourd'hui j'ai ignoré ce que c'était que

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