‹ Les tribunaux secretsChapitre 24 sur 42 · IL · texte numérisé non relu

IL

170 LES TRIBUNAUX SECRKTS.

a 240 Si, après avoir fait baptiser ses enfants, le nouveau chrétien leur fait laver la partie de la tôle (jui a reçu le saint chrcine -,

«20" S'il a fait plonger, sept jours après leur naissance, ses enfants dans un bassin où l'on a mis avec l'eau, de l'or, de l'argent, de la semence de perle, du blé, de l'orge et d'autres substances , suivant la coutume des Juifs, en même temps que l'on a prononcé certaines paroles;

« 2G0 S'il a tiré l'boroscope de ses enfants au moment de leur naissance, et annoncé ce qui doit leur arriver pendant leur vie, à l'inspection des astres, espèce de superstition particulière aux fatalistes 5

« 27® S'il s'est marié en observant les rites prescrits dans la loi de Moï:^e;

a28o S'il a fait le n/«î/n, cérémonie qui consiste à donner un repas à ses amis et à ses parents, la veille du jour où l'on doit entreprendre un voyage -, on le nomme le repas de séparation;

« 30" Si, au moment de faire le pain, il prend une partie de pâte,

et la fait brûler en signe de sacrifice, à l'exemple des Juifs, qui font à

ieu l'offi ande d'une masse de pâte, comme des prémices des biens

li leur appartiennent-,

a 31" Si, à rarliclc de la mort, il a tourné le visage du côté de la tnuraille, ou s'il a été mis par quelqu'un dans cette posture avant d'expirer •,

et 32" S'il a lavé ou fait laver dans l'eau chaude le corps, d'un homme lorsqu'il est mort ; s'il lui a fait raser le visage, les aisselles, et d'autres parties -, s'il l'a fait ensevelir dans un linceul neuf, avec des chausses, une chemise et un manteau-, s'il lui a mis sous la tête un oreiller fait avec de la terre vierge, ou une pièce de monnaie dans la bouche \

« 33® S'il s'est adressé aux morts pour faire leur éloge, ou s'il leur a récité des vers tristes ;

« 34" S'il a répandu l'eau des cruches et des autres vaisseaux dans

la maison du mort et dans celles des voisins, pour se conformer à la coutume des Juifs 5

« 350 S'il s'est assis derrière la porte du défunt, en signe de deuil, ei s'il a mangé du poisson ou des olives, au lieu de viande, pour honorer sa mémoire ^

«V 36<> S'il reste enfermé dans sa maison pendant un an, après les funérailles de quelqu'un, pour prouver sa douleur^

« 37«> S'il a fait enterrer un mort dans une terre vierge, ou dans le cimetière des Juifs. »

L'édit qu'on vient de lire est sévère, il ne laisse aux malheureux qu'il poursuit aucune chance d'échapper au tribunal de l'inquisition.

Mais on doit faire observer qu'il s'altaque seulement aux Juifs relaps, c'est-à-dire deux fois apostats.

L'effet de cet édit fut immense ; un grand nombre de Juifs se convertirent-, et bien que l'on pîit douter de la sincérité de cette conveision, due à de pareils moyens, cependant on ne saurait nier qu'il en dut résulter un grand bien pour l'Espagne.

La politique ici se servait déjà de la religion comme d'un instrument.

Mais Torquemada dépassa bientôt le but qu'il s'était d'abord assigné, et il donna le signal de sanglantes horreurs.

Nous raconterons cette histoire avec impartialité, et le lecteur pourra juger lui-même si le saint-office d'Espagne n'est pas pure ment et simplement une machine politique qui échappe à la main de l'Église pour devenir une arme dans celle des rois patriotes.

Ce sont les Juifs et les Maures que le saint-office poursuit avec acharnement, et les Juifs et les Maures, qu'on ne l'oublie pas, sont les plus mortels, les plus irréconciliables ennemis de l'Espagne.

C'est une lèpre et un danger !...

L'intérêt de l'Église disparait complètement 5 il ne s'agit plus de

la foi, ce ne sont pas des héréliqiies que l'on cherche à ramener à i'orliiodoxie; c'est l'intérêt de l'Espagne qui est en jeu, ce sont des ennemis qu'il faut frapper, c'est toute une population qu'il importe u'exlirpcr et de faire disparaître.

Tiioîiias Torquemada a, sur-le-champ, compris toute la vérité de la situation-, il a deviné l'intenlion de ses maîtres, il a surpris leur secret, et il s'est mis à l'œuvre.

Homme de passion, il s'est dévoué au service des passions des autres, tout en trouvant moyen de satisfaire ses propres vengeances.

On ne peut plus dire, en effet, que ce soit le fanatisme qui l'inspire ; c'est la cruauté dans tout son dévelopi)emcnt, d'une pari, tandis que, de l'autre, c'est le machiavélisme érigé en doctrine politique.

Ces réserves une fois faites, nous n'avons qu'à raconter brièvement et fidèlement celle dramatique histoire de l'inquisition, si souvent défigurée à plaisir. Nous rétablirons bien des faits erronés qui ont défrayé jusqu'ici les historiens de hasard, et nous laisserons le public *Jégager lui-même la conséquence juste de ces faits.

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