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CHAPITRE II

Suite de l'inquisition. — Les Albigeois. — Raymond de Toulouse. — Le légat Pierre de Castelnau. — Sa mort violente. — Honteuses tergiversritions du comte Raymond. — Le catéchisme des hérétiques. — Progrès do l'Iiérésie. — Première persécution. — Décision des conciles. — 1,'hérésie a Rome. — Vhéréticaiion. — Naissance de l'inquisition régulière. — Peines et pénitences.

L'inquisition commence aux Albigeois ; c'est là son point de départ matériel, et ce n'est point la faute de cette institution si elle a eu une aussi fatale origine.

Les Albigeois occupaient au douzième siècle cette partie de \h France aui est comprise entre la Garonne et la rive droite du Rhône. Ouoi qu'en aient dit certains historiens, cette population nous a toujours paru fort turbulente et occupée, presqu'exclusivement, du soin de faire de l'opposition à quelque chose ou à quelqu'un.

A répoquooù nous prenons celle hislolre, il esldu moins conslanl que les Albigeois conspiraient, el ils assistaient à des réunions secrètes que, de notre temps, on aurait appelées des clubs.

r,uillabert de Castres et mailre Sicard élaienl les orateurs habituels de ces réunions, cl comme la violence n'a jamais manque son effet sur les masses passionnées, ils ne se faisaient pas scrupule d'exalter rimagination de leurs naïfs auditeurs, et de jeter le trouble dans leur esprit.

Au château deFacyaux, c'étaient les enseignements de Guillabert de Castres que Ton allait écouter; au château de Lombers, c'était la parole de Sicard.

Une tribune était préparée pour eux, et du haut de cette tribune, ils dominaient la foule et dogmatisaient.

Ils prenaient habituellement pour texte de leurs prédications la corruption du clergc, ses honteuses habitudes de débauches, ses richesses scandaleuses; ils disaient que les plus simples religieux ne marchaient jamais qu'escortés d'un nombreux domestique, que le cortège des abbés était égal à celui des rois; ils tonnaient contre l'autorité des papes, en appelaient à la vengeance du peuple, el leur annonçaient des jours meilleurs.

La foule attentive recueillait avec respect de tels enseignements-, l'heure à laquelle ces scènes se passaient, le heu dans lequel ces réunions tumultueuses avaient lieu, les jetaient dans une sorte d'exaltation fanatique, et bien souvent, tous sortaient de ces assemblées l'esprit en proie au trouble le plus violent, le plus désordonné.

Un nombre considérable d'abus existait alors, en effet, et les deux prédicants avaient quelque raison d'élever la voix; c'était la conslante occupation des papes de combattre ces abus, et ils n'ava ieni pu encore réussir à les extirper complètement.

La simonie, entre autres, s'exerçait presque ouvertement.

Mais ces abus pouvaient être réformés ; l'autonlé cléricale "«

L INQUISITION. nS

négligeait aucune occasion de les punir-, il y avait danger patent à prendre ul pareil sujet pour texte de prédications faites à de pauvres paysans.

Le mal fut, en effet, terrible, cten peu de mois, toute la contrée des Albigeois fut infestée par riiérésie naissante.

Les Albigeois se distinguèrent dès lors, entre eux, par les appellations de parfaits et de croyants.

C'était une organisation complète.

Les parfaits vivaient, dit-on, avec la plus grande sobriété et dans la continence la plus absolue. Ils s'interdisaient l'usage de la viande, des œufs et du fromage, ne proféraient jamais ni serments ni blasptiêmes, et portaient un habillement noir.

Les croyants, moins sévères pour eux-mêmes, suivaient néanmoins une règle constante. Ils avaient une médiocre conliance dans la miséricorde de Dieu, et pensaient ne pouvoir se sauver s'ils ne recevaient, en mourant, l'imposition des mains.

Nous ajouterons à ces détails les circonstances qui accompagnaient les cérémonies habituelles de leurs réceptions :

Lorsque quelqu'un se rend aux hérétiques, celui qui le reçoit lui dit :

— Ainsi, si tu veux être des nôtres, il faut que tu renonces à la foi que lient l'Eglise de Rome.

Le récipiendaire répondait :

— J'y renonce.

— Reçois donc des bons hommes le Saint-Esprit. Et alors on lui soufflait sept fois dans la bouche. On lui disait encore :

— Renonces-tu à cette croix que le prêtre t'a faite, au baptême, sur la poitrine, les épaules et la tête, avec l'huile et le chrême?

— J'y renonce.

— Crois-tu que cette eau opère ton saluf

ÎTO LES TRIBUNAUX SECKETS.

— Je ne le crois pas.

— Rei)onct'S-lu à ce voile, qu'à Ion baplème, le prèlre t'a mis sur 1.1 lèle?

— J y renonce.

Quand ces demandes et ces n'^ponses él.iienl faites, tous les assistants lui imposaient les mains sur la tèle el lui donnaient un baiser.

On le révélait d'un vêlement noir et, dès-lors, il élait comme un d'entre eux.

Malheureusement pour les Albigeois, ce mouvement de l'opinion vers une opposition contre l'autorité de Rome, coïncidait avec une sorte d'insurrei'lion morale qui, de toutes parts, semblait également menacer le Saint-Siège.

La philosophie commençait son travail et répandait le doute partout.

Abailard, cet eunuque de la pensée et de l'amour , avait déjà jeté le trouble en France, et après sa mort, Pierre le Lombard avait continué son œuvre. Pierre de Bruys et Arnaldo de Brixia suivent son exemple.

De toutes parts, chacun se préparait à saper de son mieux le grand édifice catholique.

Le pape sentait que l'autorité lui échappait, que la religion était menacée*, il s'indignait! Déjà la prédication ne suffisait plus pour contenir le mouvement insurrectionnel, et ramener les esprits égarés à la foi du Christ! On commençait à faire un mauvais parti aux prêtres.

En ces siècles barbares encore, la défense devait être naturellement aussi violente que l'attaque;

Un jour, l'évêque de Carcassonne prêchait dans cette ville ; on essaya de lui imposer silence.

« Vous ne voulez pas m'écouter, leur dit-il ; croyez-moi, je pousserai contre vous un si grand mugissement , que des extrémités du monde viendront des gens qui détruiront cette ville j et tenez pour

certain que vos murs , fussent-ils de fer et de hauteur prodigieuse, ne pourront vous défendre de la juste vengeance que tirera le souverain juge de votre incrédulité et de votre malice. »

Mais ceux de Carcassonne le chassèrent de la ville, défendant expressément, par la voix du hérault, que nul, pour acheter ou vendre, osât communiquer avec lui ou quelqu'un des siens.

Dom Vaisselle raconte que le peuple en vint bientôt à un tel degré d'exaspération et de haine contre les prêtres cath'^iiques, que c'était une coutume populaire très-répandue de dire, en parlant d'une action infâme : J'aimerais mieux être prêlre que d'avoir fait cela!

Comme on le voit, une lutte était imminente -, le moindre incident devait la faire éclater.

Eu 1 198 , frère Ra^uier et frère Gui, tous deux de l'ordre de Citcaux, auxquels on adjoignit Pierre deCastelnau, archidiacre de Maguelonne, reçurent de Rome des pouvoirs illimités, et partirent pour aller visiter les provinces infestées d'hérésie, et tenter de les faire revenir à l'orthodoxie.

Le pape désirait user de tous les moyens de douceur qui étaient à sa disposition, avant de pousser les choses à l'extrême.

Les trois commissaires partirent donc-, mais malgré l'ardeur qu'ils apportaient dans leur mission, malgré le secours de Dominique et de l'évêque d'Osma , Diego de Azèbes , leur éloquence ne ramena au bercail aucune brebis égarée.

Raymond VI, comte de Toulouse, était alors le plus puissant prince de tout le midi de la France.

C'était une nature singulièrement irrésolue-, il n'avait jamais su prendre un parti, et pendant tout le temps que dura la croisade, il se laissa dominer tantôt par la cruauté, tantôt par l'intérêt, et fut peutêtre Tunique cause de tout le mal qui fut fait à son peuple.

<ï Dès le berceau, dit un auteur contemporain, il chérit et choya « les hérétiques 5 et comme il les avait dans sa terre, il les honora de

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