II
>: loutcs manières. Encore aujourd'hui, à ce que l'on assure, il mène «; partout avec lui des IkM-étiquos, afin que s'il venait à mourir, il •i meure entre leurs mains. 11 dit au vénérable évêque de Toulouse, « comme l'évéque me l'a raconté lui-même, que les moines de Citeaux « ne pouvaient faire leur salut, puisqu'ils avaient des ouailles livrées * à la luxure.
« Le comte disait encore à l'évéque de Toulouse qu'il vînt la nuit « dans son palais, et qu'il entendrait la prédication des hérétiques \ «t d'où il est clair qu'il les entendait souvent la nuit.
« Il se trouvait un jour dans une église où on célébrait la messe ; <t or, il avait aveclui un bouffon qui, comme font les bateleurs de «: cette espèce, se moquait des gens par grimaces d'histrion. Lorsque <: le célébrant se tourna vers le peuple en disant : Dominusvohiscum. j le scélérat de comte dit à son bouffon de contrefaire le prêlre. Il .' dit une fois qu'il aimerait mieux ressembler à un certain hérétique « de Castres, dans le diocèse d'Alby, à qui on avait coupé les memc hres, et qui traînait une vie misérable, que d'être roi ou empereur. »
Il faisait si peu de cas du sacrement de mariage, que toutes les fois que su femme lui déplut, il la renvoya pour en prendre une autre. Je ne dois pas passer sous silence que lorsqu'il avait sa première femme, il l'engagea souvent à prendre l'habit religieux. Comprenant ce qu'il voulait dire, elle lui demanda exprès s'il voulait qu'elle entrât à Citeaux ; il dit que non.
Elle lui demanda encore s'il voulait qu'elle se fit religieuse à FontevrauU -, il dit encore que non.
Alors elle lui demanda ce qu'il voulait donc.
Il répondit que si elle consentait à se faire solitaire, il pourvoirait à tous ses besoins, et la chose se fit ainsi.
Il fut toujours si luxurieux et si lubrique, qu'il abusait oc sa propre sœur, au mépris de la religion chrétienne.
Dès son enfance, il recherchait ardemment les concubines ae son
père; aucune femme ne lui plaisait guère, s'il ne savait qu'elle n'eût appartenu à son père.
« Le comte jouait un jour aux écliecs avec un certain chapelain, et, tout en jouant, il lui dit : Le Dieu de Moïse, en qui vous croyez, ne vous aiderait guère à ce jeu 5 et il ajouta : Que jamais ce Dieu ne me soit en aide !
(I Une autre fois, le comte devait aller ùe Toulouse en Provence, pour combattre quoique ennemi-, se levant au milieu de la nuit, il alla à la maison où étaient rassemblés les hérétiques toulousains, et leur dit :
« — Mes seigneurs et mes frères, la fortune de la guerre est variable; quoi qu'il m'arrive, je remets en vos mains mon corps et mon âme!
a Un jour que ce maudit comte était malade dans l'Aragon, le mal. faisant beaucoup de progrès, il se fit faire une litière, et, dans cette litière, se fit transporter à Toulouse-, et, comme on lui demandait pourquoi il se faisait transporter en si grande hâte, quoique accablé par une grave maladie, il répondit :
V — Parce qu'il n'y a pas de bons hommes dans celle terre, entre les mains de qui je puisse mourir. >
3Ialgré l'exagéralion passionnée qui perce dans cette appréciation du caractère du comte de Toulouse, on peut en induire que Raymond Vî n'était pas précisément un homme d'une moralité respectable, et il est bien certain que le spectacle des mœurs dissolues de SB cour ne contribuait pas peu à maintenir son peuple dans l'hérésie.
Pierre de Castelnau ne se trompa pas, et, dès les premiers moments, il vit bien de quel côté il fallait attaquer de préférence. D'ailleurs, il comptait sur la faiblesse connue du comte, et espérait ramener facilement à composition.
Pierre de Castelnau était un homme de la trempe de saint Domi-
180 LES TKim'NAUX SECRKTS.
nique; avec moins dMnlcliigcncc, il avait une foi aussi ardente, une exaltation plus absolue, et moins de douceur aussi dans le caractère. L'iiérôsie était pour lui un objet d'horreur, et il ne comprenait pas la longanimité dont le pape avait fait preuve jusque là. Il avait été nourri des enseignements de Dominique, et, comme il avait plus de détermination dans l'esprit, il n'hésita pas à s'adresser directement au comte de Toulouse,
Ses remontrances n'eurent pas, bien entendu, tout le succès qu'il en attendait. On lui rappDrla mémo, que, suivant sa coutume, Raymond VI avait appris à son fou à imiter sa voix et ses gestes, et, qu'à de certaines heures de la journée, il le faisait, en effigie, bàtonner par ses gens.
Car il n'est rien de si audacieux dans l'ombre que les gens qui ont peur au soleil.
Pierre de Castelnau s'indigna de tant d'obstination et de persévè rance dans l'insulte, et, sans allcndre davantage, d se rendit à Toulouse, et alla voir le comte.
II lui parla d'abord dignement, et comme il convenait au caractère officiel dont il était revêtu : il lui démontra que sa conduite encourageait les Albigeois dans leur hérésie; il lui dit que la neutralité n'était plus possible, que le temps des hésitations était passé, qu'il fallait prendre un parti, et se décidera défendre ouvertement les héréliques, ou prêter un concours loyal aux légats du pape.
Mais le comte désirait ne pas s'engager, il ne répondit rien de précis-, bref, la discussion s'envenima, et le comte de Toulouse s'emporta jusqu'à menacer de la main Pierre de Castelnau.
Ce dernier ressentit profondément l'offense, et partit en annonçant au comte qu'd le rendait responsable devant Dieu des maux que son impiété allait causer.
Assurément, celte colère du légat était peu évangélique-, mais tout prêtre n'est pas nécessairement un saint, et pourquoi chargerait-on
la niosiirc commune envers un homme, à cause de riiubit qu'il porte?
Pierre de Castelnau, dans sa retraite, était accompagné de son collègue-, ils se dirigèrent vers le Rliône ^ mais, comme la nuit approchait, ils en remirent le passage au lendemain, et se retirèrent dans une mi.^érable auberge située à quelque distance.
L'irritation de Pierre de Castelnau s'était calmée; il n'éprouvait maintenant qu'une profonde pitié pour son ennemi, et priait le ciel de l'éclairer.
La nuit était venue-, une nuit sombre et désolée. Le vent soufflait avec une âpre violence-, on entendait le mugissement du fleuve; la pluie fouettait rudement la porte de l'auberge.
On servit un mauvais souper aux deux légats du pape, et ils s'entretinrent, avec tristesse, des événemenls de la journée.
Pendant que Pierre de Castelnau et son compagnon se disposaient ainsi à passer une assez mauvaise nuit, le comte de Toulouse était resté au château de Saint-Gilles, assez mécontent de lui-même et du légat; et seul, avec son fou, il se demandait, avec inquiétude, ce qui allait advenir de tout ceci.
Le fou le regardait avec malice, et riait sournoisement des inquiétudes de son maître ; puis, à un moment où le comte ne pensait déjà plus à lui, il alla s'agenouiller à ses pieds, et se prit à lui sourire.
— La nuit est bien sombre, lui dit-il, en frissonnant; monseigneur n'est-il pas d'avis que les légats sont des fâcheux, et qu'ils vont tristement déranger notre existence.
— Qui t'a dit cela ? demanda vivement le comte.
— Je le lis dans vos regards, monseigneur, répondit le fou.
— Eh bien! qu'y faire? poursuivit Raymond VI; les légats sont partis, ils vont fomenter la guerre, m'excommunier peut-être, et toute ma cour avec moi... qu'y faire?
48'i LES TRIBUNAUX SECRETS.
— Mnnsoigrncur, prononça doucement le fou, demandez-moi ce que je ferais à votre place.
— Que ferais-tu donc, toi?...
— Tant de choses arrivent, monseigneur, tant de malheurs nous frappent, sans que nous sachions d'où ils viennent...
— Que veux-tu dire? inlcrrompit Raymond.
— Les légats sont seuls...
— Eh bien !
— Ils peuvent se noyer en passant le Rhône, être attaqués dans le bois qui l'avoisine... saurait-on demain à qui attribuer cette catastrophe? non, sans douie; et demain, nous serions délivrés de leurs menaces.
W se tut, et ajouta quelques secondes après, d'un ton grave :
— Car ils vous ont menacé, monseigneur! C'était vrai.
Le comte de Toulouse ne répondit pas, et devint pensil.
Or, comme Pierre de Castelnau et son collègue étaient attablés dans l'auberge où ils devaient passer la nuit, deux hommes à mine suspecte entrèrent, et demandèrent une chambre. Nul ne prit garde à eux, et la nuit se passa sans événement.
Le lendemain, les légats se levèrent de bon matin.
Ils devaient traverser le Rhône en bateau -, ils pressaient le pas.
Les deux inconnus avaient sans doute le même projet, car lorsque Pierre de Castelnau sortit de l'auberge, ils suivirent son exemple, et prirent la même direction que lui.
Ils étaient armés de lances, portaient de longs manteaux bruns, et sous leurs manteaux de voyage, on voyait, de temps à autre, briller la poignée d'une épée.
l'inquisition. ^83
Cependant, on était arrivé au bord du fleuve -, une barque, préparée pour recevoir les légats, attendait, amarrée à la berge. Dès qu'on les vit venir, il se fit un grand mouvement-, chacun courut à la barque avec empressement, si bien que Pierre de Caslelnau se trouva tout h coup seul entre les deux hommes aux longs manleaux.
Il eut alors comme un pressentiment de sa fin prochaine, et voulut presser le pas. Mais un des hommes s'était approché de lui, et il tomba presqu'aussitôt, frappé au bas des côtes d'un coup de fer de lance. La blessure était mortelle.
Au cri qu'il poussa en tombant, les bateliers accoururent, mais les assassins avaient déjà pris la fuite.
Pierre de Caslelnau était baigné dans son sang, et pouvait à peine parler. On voulut se mettre à la poursuite des hérétiques, et parcourir les environs. Pierre arrêta tout le monde : « Que Dieu leur pardonne, dit-il d'une voix mouvanie, puisque je leur pardonne !i>
Et il rendit le dernier soupir !
On comprend sans peine l'indignation qu'un pareil crime souleva dans toute la chrétienté ! Mille voix s'élevèrent de toutes parts pour demander vengeance , et toutes désignèrent le comte Raymond comme l'instigateur du meurte.
C'était l'incident que chacun attendait-, dès ce moment, la croisade contre les Albigeois fut résolue, et immédiatement prêchée.
Kous n'avons pas l'intention de raconter cette croisade sanglante ; elle n'amena, bien entendu, aucun résultat satisfaisant, et ne fil qu'éloigner davantage encore les Albigeois de la foi du Christ. Le comte Raymond fut obligé de faire une pénitence publique, et il mit autant de lâcheté à consentir à cet acte, qu'il avait mis de cruauté à faire tuer Pierre de Caslelnau. Sans énergie, toujours prêt à trahir son peuple pouvu qu'il y trouvât son intérêt, il ne sut même pas proléger ceux que son exemple avait, en quelque sorte, poussés à l'hérésie, et \\ les abandonna à Simon de Montfort.
ISi LES TRIBUNAUX Sl.CRETS.
Après celte eroisadc, qui avait mis un moiiienl l'Europe en T'u, et en présence des résultats négatifs qu'elle avait produits, les conciles se rassemblèrent de toutes parts, et se mirent à l'œuvre pour venir en aide à Taulorité menacée.
Des mesures furent prises immédiatement-, et c'est réellement de celte époque que datent les commencemenls de l'inquisition.
L'examen des décrets rendus par ces conciles peut seul nous donner une idée précise de la progression dans la sévérité des mesures, et, sous ce point de vue, il nous est impossible de les passer sous silence.
En 1229, il y eut à Toulouse un concile, auquel assistèrent le comte Raymond réconcilié, les archevêques de Narbonne, de Borileaux, d'Auch, beaucoup d'évêques et des députés de Toulouse et de plusieurs autres villes.
On y régla, avec l'envoyé du pape, la manière de se conduire envers les hérétiques. Les mesures qui y furent prises différent peu de celles qu'avaient décrétées les conciles de Vérone et de Lairan.
Une seule semble importante et nouvelle.
C'est celle qui chargea les évêques de nommer, dans chaque paroisse de leurs diocèses, un, deux ou plusieurs prêtres, et de les obliger, par serment, à faire une recherche exacte et fréquente des hérétiques dans quelque lieu qu'ils se réfugient : de les faire arrêter ; de prendre toutes les précautions nécessaires pour empêcher leur évasion, et d'informer l'évêque et le seigneur du lieu ou le gouverneur de leur arrestation.
La même disposition porte que nul ne pourra être puni comme hérétique qu'après avoir été déclaré tel par l'évêque.
Les hérétiques qui se seront convertis volontairement, ajoute la môme décision, ne pourront continuer d'habiter le même pays, parce qu'il est suspect d'être infesté d'hérésie ; afin de prouver leur éloignement pour l'erreur dans laquelle ils sont tombés, ils porteront sur
leurs habits deux croix, une de chaque côté de \a poitrine -, ceux que la cruauté de la mort portera à se convertir, seront mis en réclusion, sous la juridiction de l'évéquc; dans chaque paroisse, il sera dressé une liste de tous les habitants, dont ceux qui auront atteint Tàge de quatorze ans parmi les hommes, et douze parmi les femmes, promettront, avec serment, de professer la religion catholique, de détester riiérésie, de quelque nature qu'elle soit, et de poursuivre les hérétiques; lisseront obligés de renouveler ce serment tous les deux ans-, et ceux qui refuseront de le faire, seront suspects d'hérésie-, tous les habitants portés sur la liste, se présenteront au tribunal de la pénitence, dans leurs paroisses respectives, trois fois l'année, à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, cl celui qui y manquera, sera également traité comme suspect d'errer dans la foi.
A notre époque de liberté, de pareilles dispositions semblent reculer les limites de la tyrannie.
Il faut, pour les apprécier, changer de milieu et voir l'Europe entière menacée d'une immense conflagration.
Quand l'incendie, dévorant, enveloppe et fait craquer déjà les poutres d'une maison, mesure-t-on son effort?...
Mais, de grâce, cependant, ne croyez pas qu'il faille aller si loin dans les siècles passés pour trouver une oppression mille fois plus odieuse!
La Terreur de 1793 perfectionna ces rudiments de persécution, et notre guillotine, plus civilisée que le bûcher, laissa échapper moins de victimes.
El parce que la Terreur tuait au nom de la liberté, faut-il renier la liberté?
Non! cent fois non! Ne confondez jamais l'abstraction avec l'homme, l'idée avec le fait.
L'homme est fils d'Adam, pécheur, et l'idée vient du ciel.
En 1233, un autre concile s'assembla à Melun : le comte de Tou-
Ji. ^ 24
186 I.FS TIUISINAIX SECRKTS.
louso, qui semblait vouUiir mchclcv ses péc/tés, y assista, ainsi <\no. rarchcvèquc de Narbonne, accompagné de ses suffragants.
Dos ilisposilions y furent prises, cl presque toutes sont conformes aux i)récédenlcs:
a On y décréta surtout, dit Lorcntc, dans son Histoire de l'Inquisition, que tous les barons, les clievalicrs, les commandants des villes et les autres vassaux du comte, seraient tenus d'y prendre toutes les mesures nécessaires pour découvrir, faire arrêter efpunir les héré> tiques -,
« Que toute ville où il en serait trouvé, payerait un marc d'argent pour chacun, à celui qui les aurait dénoncés et fait arrêter;
« Que toutes les maisons qui leur auraient servi d'asile, seraient rasées, ainsi que celles où ils auraient prêché, et que les biens des propriétaires de ces maisons seraient confisqués -,
« Qu'on mettrait le feu à toutes les cavernes où l'on pourrait croire qu'il s'en serait réfugié ; que toutes les propriétés des hérétiques seraient saisies, sans que leurs enfants eussent le droit d'en réclamer la moindre partie 5 que leurs fauteurs, receleurs ou défenseurs seraient condamnés à la même peine-, que tout habitant suspect d'hérésie, serait obligé de faire sa profession de foi, après avoir prêté serment de dire la vérité, sous peine d'être puni comme hérétique j
« Que les réconciliés porteraient les deux croix sur la poitrine, de manière que tout le monde put les voir; et qu'ils seraient dépouillés de leurs biens, ou subiraient toute autre peine de droit, s'ils refusaient de se conformer à cette disposition. »
La même année, un autre concile se tenait à Beziers, et un nouveau règlement y fut décrété pour la recherche des hérétiques.
11 y était ordonné à toute personne d'arrêter les hérétiques-, aux curés, de former une liste de tous ceux de leurs paroissiens suspects d'hérésie, et de les faire assister, tous les dimanches et les jours de
L'LNQUISITION. 1 87
fcîe, aux offices de Téglise, sous peine d'être condamnés eux-mêmes à perdre leurs bénéfices, après avoir été averlis une fois.
Un autre article obligeait les hérétiques réconciliés à porter les deux croix sur leur vêtement extérieur, l'une sur la poitrine et l'autre sur Tépaule-, elles devaient être faites de drap jaune, avoir trois doigts de large, deux palmes et demi dehaul, et deux de droite à gauche 5 et si l'habit était accompagné d'un capuchon, cette partie devait aussi en porter une 5 ceux qui ne se conformeraient pas à ces articles, seraient déclarés relaps et dépouillés de leurs biens.
Pendant que de semblables mesures étaient prises de toutes parts, et que la recherche des hérétiques devenait, pour ainsi dire, universelle, l'hérésie redoublait d'audace, et allait chercher des sectaires jusque dans le sein de Rome même !
Ceci est dans l'ordre naturel. L'exagération de l'attaque amène l'exagération de la défense.
Ainsi s'était fondée dans le sang des martyrs la religion du Christ elle-même.
Mais le successeur de saint Pierre, délié jusqu'au pied de son trône, dut se souvenir que les clefs saintes de l'Eglise étaient confiées à sa garde.
Et quand Rome elle-même fut souillée par les pratiques folles et impies de ce fanatisme furieux, dont l'histoire incrédule se détourne elle-même avec dégoiît, le pape lança une nouvelle bulle contre ces possédés.-
Il faut lire les écrivains du temps, pour comprendre à quel degré de vertige étaient arrivés ces Albigeois. Leurs hérélications ou consolations par le fer firent couler autant de sang que les effroyables batailles de Carcassonne et de Beziers.
Leur exaltation en était venue à ce point qu'ils se frappaient entre eux dans leurs synodes enragés, et que celui qui deman'^ait la con-
solalion des saints, tombait mort, toujours au milieu de lo'tures inou'ios.
A une époque plus moderne, les convulsionnaircs ont rappelé celte étrange pratique des Albigeois.
Et pour trouver quelque chose de plus analogue encore, il faudrait, en vérité, exhumer les inventions dénaturées du marquis de Sade!
Plus une chose est absurde dans son excentricité, plus elle conquiert de partisans fanatiques : témoin le succès de tous les charlatans. — Les extravagances des parfaits mirent l'Europe à deux doigts de sa ruine.
Il y allait non-seulement de l'autorilé des papes, qui éliiit ouvertement méconnue, mais du repos, de l'unilé même de la chrétienté.
Le souverain pontife n'hésita plus, et, en 1231, la terrible bulle parut.
Dans cette bulle, il ordonne que tous les condamnés soient livrés au juge séculier, pour recevoir le juste châtiment de leur crime, après avoir été dégradés, s'ils étaient engagés dans l'étal ecclésiastique-, que si quelqu'un demandait à se convertir, il subit une péni tence et la peine de la prison.
Que ceux qui auraient embrassé la doctrine de ces faux prêtres fussent réputés hérétiques, et que les habitants qui les auraient reçus dans leurs maisons, protégés ou défendus, fussent excommuniés, et surtout déclarés infâmes et privés du droit d'occuper aucun emploi public, de déposer en justice, de faire aucune disposition testamentaire, d'avoir part à aucun héritage ou de porter aucune demande devant la loi, si, après leur excommunication, ils négligeaient de demander leur réconciliation à l'Église catholique.
La bulle portait que s'ils étaient juges, aucun procès ne serait plaidé à leur audieacc, et que les jugements qu'ils auraient prononcés seraient déclarés nuls.
LINQÏIISITION. 1 89
S'ils étaient avocats, on ne leur permettrait point de défendre aucune cause.
S'ils étaient notaires, leurs actes n'auraient aucune validité.
Quant aux prêtres, ils devaient être dégradés et dépouillés de leurs bénéfices.
Les personnes qui ne fuiraient pas le commerce de ces excommuniés seraient condamnées à l'excommunication et soumises à d'autres peines; celles qui, étant suspectes d'hérésie, ne s'empresseraient point de détruire le soupçon, par la voie de l'épreuve canonique, ou de quelque autre manière proportionnée à leur qualité et aux causes du soupçon, devaient être excommuniées et réputées hérétiques, si, au bout d'un an, elles n'avaient point satisfait à ce qu'elles devaient à l'Église.
Il était défendu d'admettre leurs réclamations et leurs appels, et les notaires ni les avocats ne pouvaient leur prêter leur ministère dans aucune transaction, ni pour aucun procès, sous peine d'être interdits pour toujours.
Il était défendu aux prêtres de les admettre à la participation des sacrements, et de recevoir leurs aumônes et leurs offrandes; la même défense, à l'égard de ce dernier article, était faite aussi aux hospitaliers, aux templiers et aux autres ordres réguliers.
Le gouvernement de Rome prêta, en colle circonstance, un concours actif au pape Grégoire L\-, le sénateur Annibal et les autres membres du gouvernement rendirent différentes lois municipales, dans le but de faire rechercher et punir les hérétiques.
Une de ces lois obligeait le sénateur de Rome à faire prendre les hérétiques qui se trouveraient dans la ville, et surtout ceux qui auraient été découverts par les inquisiteurs du Saint-Siège, ou par d'autres catholiques-, de les retenir en prison jusqu'à leur condamnation par l'Église, et de les punir huit jours après qu'ils auraient été condamnés.
1P0 LI'S Tllim NAUX SI'CUETS.
La même loi, enlrunt dans une voie funeste, accordait le tiers des biens du co.jpable au délateur -, un autre, au sénateur juge 5 et le troisième devait être employé aux frais de réparation des murs de Rome.
Il était dit aussi, dans ce code de la justice municipale des Romains, que les maisons qui auraient servi de lieu de rassemblement secret aux hérétiques seraient rasées pour toujours-, de même que celles des habitants qui auraient reçu des hérétiques l'imposition des mains.
Celui qui connaîtrait des partisans de riiérèsic et ne les dénoncerait pas, serait condamné à une amende de vingt livres-, et, s'il était hors d'état de l'acquitter, il serait sujet à la proscription jusqu'à ce qu'il ait satisfait à la loi ^ si quelqu'un avait protégé, défendu ou caché des hérétiques, il serait dépouillé de la troisième partie de ses biens, qu'on emploierait aux mêmes dépenses municipales-, si cette peine était insuftisantc pour ramener les hérétiques à la foi, ils seraient bannis de Rome pour toujours.
Comme on le voit, c'était une mise hors la loi commune, dans toute sa rigueur; mais il n'était pas encore question de bûcher ^ la résistance seule, et les meurtres innombrables commis en désespoir de cause par les hérétiques, amenèrent les inquisiteurs sur le terrain des sanglantes représailles.
Les bûchers s'allumèrent. Dans les premiers temps, il n'y avait pas de procureur fiscal chargé d'accuser les personnes suspectes. Les accusés étaient interrogés verbalement par les inquisiteurs, et voici à peu près les questions convenues qu'ils leur adressaient.
Si la personne était simplement hérélique, on lui faisait subir l'in terrogatoire suivant :
Savez-vous qui nous cherchons ici?
Avez-vous entendu quelqu'un parier des hérétiques?
Crovez-vous à ce qu'ils disent ?
L'LNQUISrnON. 1 9 1
Connaissez-vous les avis que nous avons donnes aux hcréliqucs?
Connaissez-vous des hércliques dans le pays?
Savez-vous si quelqu'un, dans ceUe contrée ou dans cette ville, reçoit des hérétiques dans sa maison ?
Connaissez-vous les lieux où se réunissent les hérétiques?
Quels sont ceux qui assistent à leurs sermons, et quelle matière ils traitent dans ces sermons?
Quel jour ou quelle nuit, et à quelle heure, ont lieu ces cérémonies?
Les assistants communiaient-ils, et avec quoi?
Disaient ils leur benedicile?
Quelques paroles y sont-elles prononcées contre la foi?
Combien d'années avez-vous été hérétique?
Qui vous a instruit, et avec qui l'avez-vous été?
Qui vous a entraîné vers les hérétiques?
Avez-vous caché des hérétiques, après la publication des injonctions qui leur ont été faites?
Avez-vous fait un pacte avec les hérétiques, pour ne pas vous trahir réciproquement?
Si la personne suspecte était juive^ ou appartenait par des liens quelconques à la nature hébraïque, c'était l'interrogatoire suivant auquel on l'obligeait de répondre :
Quel est ton nom et ton surnom?
Où es-tu né?
Tes parents sont-ils ou ont-ils été Juifs?
Où sont-ils nés?
As-tu des frères ou des sœurs?
Quelques-uns d'entre eux ont-ils été baptisés?
Es-lu Juif ou Chrétien?
Quelle est la loi qui te semble meilleure, et dans laquelle tu veuilles mourir?
As- tu une femme et des enfants?
^02 LES TKIIJL'NAUX SECRETS.
Ta femme et les enranls sont ils baptisés?
As-lii été baptisé?
Quand, o[ où?
Oiiol nmii t'a-t-on donné, ol quelles personnes étaient avec iniî
Dis-nous le nom de ees personnes, et où elles sont?
Ces personnes sont-elles retournées au judaïsme?
Ont-elles des femmes?
Quand devins-lu Chrétien ?
As-tu été confessé?
As-lu communié?
As-tu appiis le Paler nosler, VAve Maria et le Credo?
Peu à peu, cependant, Tinquisilion prit des formes plus arrêtées, et elle fut traitée avec tout le cérémonial qu'exigeait une institution à laquelle on attachait tant d'importance, et qui allait avoir une si grave mission à remplir.
Lorsque l'inquisiteur arrivait dans une ville où il se proposait d'entrer en fonctions (et qui était ordinairement le siège de l'évêché), '1 en informait d'office le magistral, et l'invitait à se rendre auprès de lui, en lui indiquant le jour et l'heure où il était attendu, afin de prendre connaissance de l'objet de sa mission. Le commandant de la ville se présentait aussitôt chez l'envoyé de l'inquisition; il prêtait serment entre ses mains de faire exécuter toutes les lois contre les hérétiques, et de fournir les moyens nécessaires pour les découvrir et les arrêter. SI le représentant de l'autorité royale refusait d'obéir, l'inquisiteur avait recours à l'excommunication.
Mais ce cas ne se présentait que fort rarement, car, ainsi que nous l'avons dit, c'était plutôt l'intérêt de la royauté que celui des papes que les inquisiteurs étaient appelés à servir.
Si le gouverneur ne faisait aucune difficulté d'exécuter les ordres qui lui étaient donnés, l'inquisition indiquait un jour de fête pour se
rendre avec le peuple dans l'église , où il devait annoncer aux liabitanls l'objet de sa mission.
A ia suite de celte publication, l'inquisiteur déclarait que les personnes coupables d'hérésie, qui se présenteraient d'elles-mêmes pour s'accuser avant leur mise en jugement et l'expiration du terme de grâce, obtiendraient l'absolution, et n'auraient ù subir qu'une légère pénitence canonique; mais si elles attendaient qu'on les eût dénoncées après ce délai (qui était ordinairement d'un mois), elles seraient poursuivies suivant toute la rigueur de la justice.
Quand des dénonciations avaient lieu , elles étaient enregistrées' dans un livre particulier-, mais elles n'avaient aucun effet jusqu'à ce qu'on eût vu si les personnes dénoncées se présentaient de leur propre mouvement ^ après l'expiration du terme accordé, le dénonciateur était demandé ; on lui annonçait qu'il y avait trois manières de procéder pour découvrir la vérité : l'accusation, la dénonciation et l'inquisition.
On lui demandait à laquelle il donnait la préférence.
La plupart déclaraient que le motif qui les portait à faire des dép-^nciations n'était que la crainte d'encourir les peines dont la loi menaçait ceux qui ne déféraient pas au saint-ofliceles hérétiques-, ils désiraient que leur dénonciation fiit tenue secrète, à cause du danger de mort auquel ils seraient exposés si elle était connue, et ils nommaient les personnes qu'ils croyaient plus en état de parler sur le dénoncé.
Il y en avait même qui déclaraient que leur intention n'était pas de faire croire que le dénoncé fût hérétique, puisqu'ils n'en savaient rien ^ mais seulement de dire l'impression qu'avait faite sur leur esprit une certaine rumeur publique qui semblait rendre ceshommes suspects en matière de foi.
L'inquisiteur interrogeait les témoins, assisté du greffier et de deux prêtres qui étaient chargés de veiller à ce que les déclarations fussent fidèlement rédigées ; quand les déclarations étaient faites, on en fai •
194 Li:s TRÎBT'NAUX SECUETS.
sait la lecturo. Elle avait lieu en pr6sencc des témoins, à qui on dfmandait s'ils avouaient ce qui venait d'être lu.
Si le crime ou le soupçon d'iiérésie était prouvé dans l'instruction préparatoire, on arrêtait le dénoncé, et il était traduit dans la prison ecclésiastique, lorsqu'il n'y avait pas dans la ville de couvents dominicains, qui ordinairement en tenaient lieu.
Après son arrestation , le prévenu était soumis à Tiiiterrogaloire, et l'on procédait ensuite contre lui, d'après les règles, en comparant ses réponses avec les témoignages de l'instruction préliminaire.
Si, au contraire, le crime imputé à l'accusé n'était pas constant, on le déclarait dans le jugement, et on l'acquittait, en lui remettant une copie de cette déclaration. Toutefois, on ne lui cachait pas moins le nom de son dénonciateur -, on supposait toujours que ce dernier n'avait point agi par haine , et qu'il n'avait prétendu que rapporter simplement ce qu'il avait vu ou entendu, afin de se conformer à l'édit concernant les hérétiques.
Quand l'accusé reconnaissait son erreur, l'abjuration se faisait quelquefois dans le palais habité par l'inquisiteur, quelquefois dans le couvent des dominicains, plus souvent dans la principale église de la ville, qui servait aux auto-da-fé.
Elles étaient accompagnées de cérémonies, qui variaient suivant les circonstances.
Le dimanche avant cette espèce de solennité , on annonçait dans toutes les églises de la ville le jour où elle devait avoir lieu , et Ton recommandait aux habitants d'assister au sermon que l'inquisition ferait à cette occasion.
Au jour indiqué, le clergé et le peuple s'y réunissaient autour d'une estrade, où l'accusé était placé debout , la tête nue, afin qu'il pût être aperçu par tout le monde.
On chantait la messe, et l'inquisition interrompait l'office divin après l'épître, prêchait contre les hérésies qui avaient donné lieu à
la cérémonie du jour : il annonçait que celui que l'on voyait sur Téchafaud était suspect d'y être tombé-, afin de le prouver, il rapportait les actions, les paroles et les écrits qui faisaient la matière du procès, et terminait cet exposé en disant que le coupable était prêt à abjurer et que toutes les dispositions avaient été faites pour cela.
On présentait ensuite à celui-ci la croix et l'évangile, et on lui fai sail lire son abjuration, qu'il était obligé de signer, s'il savait écrire. L'inquisition lui donnait ensuite l'absolution, le réconciliait, prononçait la sentence, et lui imposait les peines et les pénitences qu'on ju geait utiles.
La nature des peines variait suivant le degré de la faute reprochée à l'accusé.
•Parmi ces peines, il faut compter celle qui consistait à porter l'habit de pénitent, connu en Espagne sous le nom de san benito^ qui est une corruption de saco henito; son véritable nom en espagnol était zamarra.
. Le premier devint le nom vulgaire, parce que, depuis le temps des Hébreux, on appelait sac Fhabit de pénitence.
Avant le treizième siècle, on avait coutume de bénir le sac, et c'est ce qui lui fit donner le nom de benito.
C'était une tunique fermée comme la soutane des prêtres, que l'on obligeait les réconciliés à porter, ainsi que l'atteste l'acte suivant.
Il y est dit :
« A tous les fidèles chrétiens qui auront connaissance des pré- « sentes lettres, Fr. Dominique, chanoine d'Osraa, le moindre des « prêcheurs, salut en Jésus-Christ :
c En vertu de l'autorité du seigneur abbé de Citeaux, légat du « Saint-Siège apostolique (que nous sommes chargés de représen- « ter), nous avons réconcilié le porteur de ces lettres, Ponce « Roger, qui a quitté, par la grâce de Dieu, la secte des hérétiques, « et lui avons ordonné (après qu'il nous a promis, avec serment,
« d'écouter nos Drdres) de se laisser conduire, trois dimanches de « suite, depuis la porte de la ville, jusqu'à celle de l'église. Nous a lui imposons également, pour pénitence, de ne manger ni viande, « ni œufs, ni fromage, ni aucun autre aliment tiré du règne animal, « et cela pendant sa vie entière, excepté les jours de Pâques, de la (c Pentecôte, de la Nativité de Notre-Seigneur, auxquels jours nous « lui ordonnons d'en manger, en signe d'aversion pour son an- « cienne hérésie, de faire trois carêmes par an, sans manger de pois- « son pendant ce temps-là-, déjeuner en s'abstcnant de poisson, a d'huile et de vin, trois jours par semaine pendant toute sa vie, si ce « n'est pour cause de maladie, ou travaux forcé^de la saison^ de « porter un habit religieux, tant pour la forme que pour la couleur, a avec deux petites croix cousues de chaque côté de la poitrine; « d'entendre la messe tous les jours, s'il en a la facilité, et d'assis- « ter aux vêpres les dimanches et fêtes -, de réciter exactement l'of- « fice du jour et de la nuit, et le Pater sept fois dans le jour, dix « fois le soir, et vingt fois à minuit-, de vivre chastement, et de faire « voir la présente lettre, une fois par mois, au curé du lieu de « Cereri, sa paroisse, auquel nous ordonnons de veiller sur la cona duite de Roger, qui devra accomplir fulèicment tout ce qui lui est « commandé, jusqu'à ce que le seigneur légat nous ail f;iit con- « naître sa volonté, et si ledit Ponce Roger y manque, nous ordon- « nous qu'il soit regardé comme païen, hérétique et excommunié, « et qu'il soit éloigné de la société des fulèlcs. »
Les pénitences imposées aux hérétiques varièrent, du reste, à l'infini, et prirent même un caractère plus grave, à mesure que l'opposition devenait plus violente.
Mais, avant d'entrer plus avant dans les détails de l'histoire, disons de suite ce qu'était l'inquisition, et quelle organisation elle reçut, quand elle fut officiellement constituée en tribunal.
Au sommet de rédilice, le pape ^ le pape, chef spirituel de l'Eglise,
prenant une part cha(iue jour moins directe à son action -, au dessous de lui, les cardinaux; plus bas, les grands inquisiteurs-, plus bas encoro les petits inquisiteurs-, et, enfin, dans l'ombro, toute celte famille ténébreuse d'officiers subalternes que l'inquisition traînait partout après elle.
Le saint office se composait à Rome, de cardinaux et de con5M/teiirs. Les cardinaux étaient les juges, les consulleiirs représentaient le barreau.
Après les consulteurs et les cardinaux venaient les secrétaires et le procureur fiscal, et une grande multitude d'officiers subalternes. Le saint-office exerçait une autorité suprême sur toutes les inquisitions particulières d'Italie, celle de Venise exceptée. Elles devaient lui rendre compte de toutes les affaires importantes, le consulter sur toutes les questions majeures, attendre ses réponses, s'y conformer sans réclamation, et obéir scrupuleusement à ses ordres, quels qu'ils fussent.
Ce que l'on appelait à Rome le saint-office, s'appelait, en Espagne, le conseil suprême de l'inquisition.
Toutes les inquisitions particulières de ces deux royaumes dépendaient de leur conseil respectif.
Le roi d'Espagne nommait le grand inquisiteur, et la confirmation de cette nomination était le seul droit (jue les papes pussent exercer sur les inquisitions établies au-delà des Pyrénées.
Le conseil suprême était composé du grand-inquisiteur et de cinq conseillers-, un de ces conseillers devait être dominicain : cette condi» tion était de rigueur.
Les autres officiers étaient : un procureur fiscal, un secrétaire de la chambre du roi, deux secrétaires du conseil, un alguazil chef, un receveur, deux relateurs et deux qualificateurs.
Les officiers attachés, d'une manière permanente, au service de l'inquisition, jouissaient, en Espagne, de privilèges fort étendus (ils
^98 LKS TRIBUNAUX SECRKTS.
n'étaient justiciables que de l'inquisition)-, ce qui explique pourquoi beaucoup de grands seigneurs demandèrent, avec instance, h en faire partie.
Le conseil suprême exerçait sur les inquisitions inférieures d'Espagne la même autorité que le saint-office exerçait de Rome sur toutes celles d'Italie.
Les inquisitions inférieures étaient composées, en Italie, d'un inquisiteur assisté d'un vicaire, d'un procureur fiscal, d'un fabeltion ou notaire, et de quelques consulleurs ; en Espagne, de trois inquisiteurs-juges, de trois secrétaires, d'un alguazil-chef et de trois receveurs-qualificateurs ou consulteurs.
Enfin, au-dessous du conseil suprême fonctionnaient deux corporations qui méritent de fixer l'attention. L'une était VUermandad, l'autre, la Cruciala. VJIermandad était un corps de sbires ou d'espions, répandu nonseulement dans toutes les villes, mais encore dans tous les bourgs et dans tous les villages.
Il n'était point de si petit hameau qui n'eût son représentant de VJIermandad.
L'inquisition n'avait pas d'agents plus actifs, plus rusés, plus dévoués. Toute espèce de rôle leur était propre, et pour quelques maravédis, ils se livraient à l'espionnage le plus effronté.
La Cruciala était une société d'un ordre plus relevé, et les membres qui la composaient se recrutaient d'habitude dans les premières classes de la société. Une grande partie des évêques, archevêques et presque tous les grands seigneurs espagnols étaient entrés dans cette confrérie.
La Cruciala avait pour but de veiller sur les mœurs des catholiques,
et de les déférer s'ils manquaient à remplir leurs devoirs de chrétiens.
En dehors de ces deux corporations, dit Pierre Zaccone, il en
existait une troisième, connue communément sous la dénomination
de milice du Christ ou famille de l'inquisition. C'était, en quelque sorte, un ordre de chevalerie institué sur le modèle de celui des Templiers. Elle s'était formée sous le pontificat d'Honorius III, et n'avait pas tardé à se rendre digne de la mission qu'elle s'était imposée, puisque quelques ar.nées après sa fondation, le pape Grégoire IX écrivit une lettre pour féliciter ses membres du zèle qu'ils mettaient à seconder les évéqucs et les inquisiteurs, en employant les armes qu'elle avait reçues pour la défense de la religion et la ruine de ses ennemis.
Jusqu'alors, cependant, l'inquisition n'a fait qu'accomplir une mission de propagande. On ne parle point encore de ces tourments, de ces questions, de ces bûchers qui ont ensanglanté l'Espagne pendant plusieurs siècles. C'est ce que nous verrons dans les chapitres ■\iii suivent.