‹ Les tribunaux secretsChapitre 27 sur 42 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Suite de l^nquisid'on. — La danseuse juive. — La jniverie de Sarragosse. — Ramiro Saiicliez et la belle' Agar. — Le sang de l'enfant. — Les Sbires. — Le cliréiitn-juif-maure Pierre Arbuès, premier inquisiteur de Sarragosse. — La chambre des tourmenis. — La question. — La Garduna. — Statuts de Xhonorable confrérie. — Carillo le postulant. — Sancbez et Pierre Arbuès. — Entrevue de Ramiro Sancliez et d'Agar.

Le l®"" août de l'année 1484, vers six heures du soir, il y avait foule sur la place de Sarragosse.

Malgré la sévérité des édits publiés par Tordre de l'inquisiteur, Pierre Arbuès, ou maître Epila, comme on l'appelait, la curiosité avait été plus forte que la crainte, et les Espagnols, rassemblés en cercle, regardaient et applaudissaient.

L'objet de cette attention si vive étaii une jeune fille, juive de nais* sauce, qui se livrait, avec une grâce toute charmante, aux évolutions

L'INQIISITION- 201

d'une danse originale, et souriait naïvement aux applaudissements qui l'accueillaient et aux pièces de monnaie qui tombaient comme une pluie autour d'elle.

La jeune Agar avait seize ans au plus, mais elle était extraordinairenient développée, et on lui en eût bien donné dix-huit.

Son costume rehaussait d'ailleurs singulièrement sa beauté.

Elle portail une sorte de tunique blanche, ornée de paillettes élincelantes, et dont la coupe heureuse laissait voir ses brunes épaules et ses jambes rondes et fines. Un turban aux couleurs éclatantes parait son front, et de charmantes babouches chaussaient son pied si petit, qu'on l'aurait pris volontiers pour le pied d'un enfant.

Agar dansait avec toute la gaieté d'un jeune faon échappé à sa mère; elle tournait en cadence, frappant le sol de son petit pied, une main sur la hanche, et son tambour de basque dans l'autre.

Les flots noirs de ses cheveux dénoués couraient sur ses épaules nues, son œil brillait d'une ardeur mal contenue, et, à chaque pièce qui tombait dans son escarcelle, un fin el doux sourire effleurait ses lèvres colorées.

Les Espagnols qui l'entouraient consentaient bien cependant à l'admirer et à Tapplaudir-, mais ils se lussent gardés de tenter de la protéger, dans le cas oîi la police de Sarragosse eût trouvé à redire à son industrie.

C'est ce qui ne manqua pas d'arriver peu après.

En effet, une demi-heure à peine s'était écoulée ainsi, que le rassemblement formé autour de la jeune danseuse se dispersa peu à peu, el qu'Agar se trouva bientôt seule, au milieu de la place.

Mais elle était vraisemblablement habituée à ces sortes d'interruptions-, car, dès qu'elle vit ce mouvement de retraite s'opérer autour d'elle, elle s'arrêta tout court dans ses évolutions chorégraphiques, ramassa son escarcelle, qu'elle vida dans sa poche, et se

Page 1