‹ Les tribunaux secretsChapitre 36 sur 42 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Suite de l'inquisition. — Service» qu'elle a rendus aux marchands de chaussettes,

— La fausse sainte Madeleine de l;i Croix. — Son (Mifance. — Comnicni elle lit la connaissanco du démon. — L'ermite de sept ans. — Miiaclcs de Madeleine de ]a Croix. — Elle fait la connaissance d'un démon supplémentaire. — llalban et Python, esprits infernaux. — Aveux de Madeleine, ses extases, ses rétractations.

— Difficulté d'exorciser ^ la fois deux diables t^^s-inslruils. — Condamnation de Madeleine. — Petite histoire insignifiante pour flnir un chapitre. — Rebecca etLeporello. — Le faux familier. — Amour des Juifs pour leurs petits. — Bernard Gottor, etc., etc. — l'alerme. — La basilique de Saint- Joseph. — Un philosophe qui suit les femmes. — Dangers et amertumes de la ingamic. — Terranova et la vice-reine. — Camargo. — Conspiration contre l'inquisition. — iraverses et aventures déconvenues, et tribulations d'un philosophe immoral. — La première femme de Camargo. — Expédient loyal employé par ce philosophe.

Oh ! certes, il vaudrait mieux raccommoder des bottes, ou même composer des poëmes épiques, que d'écrire, comme nous le taisons, ôur ces odieux sujets.

Jamais nous n'avons senti à ce point la dureté des temps qui nom force à compulser d'horribles bouquins et à vivre nuit et jour ave;; cette iiiquisilion, dont le nom seul nous crispe tous les nerfs!

Voiià donc la récompense d'une vie frugale et candide !

Au lieu du repos souhaité ardemment, il nous faut interroger de

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morceaux de papier dont un chiffonnier, qui se respecte, ne voudrait pas; il nous faut respirer la poussière détestée des bibliothèques-, il nous faut dévorer l'insipide et funeste pâture qui jaunit les érudits maigres.

Nous sommes, en un mot, la dernière et la plus infortunée victime de cette inquisition homicide.

Et nous comprenons maintenant la haine des malheureux écrivains qui l'ont approchée.

Mais ridée nous est venue de nous venger sur les pauvres gens qui, par hasard, liront ce livre. L'idée nous est venue de faire ici, — avec soin et méthode, — une dissertation de quatre cent soixantedeux pages sur l'inquisition, — de prouver définitivement que cette haïssable vieille était une jolie femme et une bonne personne, — de prouver qu'elle est morte en odeur de sainteté sous le poids de la calomnie.

Que ne peut-on pas prouver, quand on a le temps?

Assurément, ce faisant, nous n'aurions pas entassé tant de mensonges que les esprits forts et portiers de lettres qui ont frappé le bon Dieu sur le dos d'Ignace de Loyola.

Il y avait bien des choses à dire, allez, en faveur de l'inquisition, bien des choses sérieuses.

Et tenez, vous qui avez peut-être l'honneur de vendre des pruneaux, et même de la ficelle, qui sait s'il y aurait encore des épiciers sans l'inquisition ?

Nous parlons avec gravité. Les démolisseurs du moyen-âge ne plaisantaient pas, et les Juifs anlropophages auraient avalé le genre humain tout entier!

Tel juif, à l'heure où nous sommes, monopolise déjà l'existenrr de cinq ou six cent mille chrétiens. Et il compte faire encore oi;-;!ques économies. Reculez cette fortune, faites-lui remonter les siècles capitalisez, calculez l'usure commerciale, multipliée par l'allraciii;:;

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israiMitc, et voyez si ce brave homme ne possédait p&s quatre ou cinq fois la valeur de notre globe terrestre.

Oiiôbilanls, c'est Tinquisition qui est votre vbie mère! SdJls clic, les Albigeois communistes auraient rendu la bonliquo ;;îtj)ossih1c, cf si vous aviez échappé à ce danger, l'apnétit étonnant de la postérité de Jacol)-Israël n'eût fait de vous tous qu'une bouchée!

Vous ne seriez pas électeurs! von<5 n'approfondiriez pas les mystères scienlifiiiues du jeu de dominos. Vous n'atirlez pas de petits garçons, habillés en militaires les jours de fêtes nationales!

Croyez-le bien, c'est la pensée des loisirs que Tiiiquisilion vous a faits qui nous attendrit en faveur de cette institution farouche.

Sans vous, fils de Mercure, sages et modestes trafiquant?, que deviendrait la France, dont vous êtes l'élite?

Le centre de Paris n'est-il pas rue aux Ours? et n'est-ce pas au quartier des F^ombards qu'on sent battre le vrai cœur de la patrie?

Quand nous songeons que nous écrivons pour voiis et pour vos épouses tant aimables, le courage nous revient, car vos applaudissements, remplis d'intelligence, sont la plus magnitique de toutes les gloires!

Après l'histoire de Miguel Guttierez de Saavedra, le faux nonce, vient naturellement se placer celle de Madeleine de la Croix, la fausse sainte.

Madeleine de la Croix, religieuse de Saint-François, du couvent de Sainte-Elisabeth, de la ville de Cordoue, était née à Aquilar, de parents pauvres, vers l'année 1487, avait pris l'habit de religieuse en 1 504, et avait acquis, en peu de temps, une telle réputation de

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sainteté, qu'elle fut nommée abbesse dudit couvent, en 1533, et réélue on 1 536 et en 1 539.

Malheureusement, elle ne le fut point en 1542, et dès qu'elle fut ren'rée dans les rangs des religieuses ordinaires, on ne tarda pas à découvrir sa fourberie, et elle fut enfermée, le 1 " janvier 1 544, dans les prisons secrètes de Tinquisition de Cordoue.

La vie de Madeleine n'est pas, à coup sûr, aussi accidentée, aussi semée d'aventures que celle de Saavedra : mais elle offre certaines particularités qu'il nous a semblé curieux de rapporter au lecteur :

« La bonne réputation que Madeleine de la Croix s'était faite partout, dit un témoin important, entendu dans le procès qui lui fut intenté, réputation à laquelle chacun rendait justice depuis si longtemps, m'inspira le désir de la connaître, dans un moment où ce que l'on m'en racontait excitait mon admiration, et où je voyais tout le monde s'entretenir de sa sainteté, non-seulemenl le peuple, mais encore les personnes de la plus grande considération, telles que cardinaux, archevêques, évéques, ducs, comtes, savants, religieux de tous les ordres.

a J'avais appris, surtout, que le cardinal de Séville, don Alphonse Maurique, était venu de Séville pour la voir dans son couvent, et que, dans ses lettres, il la nommait sa très-chère fille, et se recommandait à ses prières; que les inquisiteurs de Cordoue lui témoignaient un grand respect, et que le cardinal Queynones, général des religieux franciscains, avait fait exprès le voyage de Rome, suivant l'opinion commune, pour voir et entretenir sa sœur Madeleine de la Croix.

ce J'avais vu arriver aussi don Jean Reggio, nonce de la cour de Rome, qui voulait satisfaire sa curiosité, cl notre impératrice, ellemême, lui avait envoyé son portrait, qui est encore dans le couvent, anfin qu'elle se souvint d'elle dans ses prières.

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« Ce portrait était accompagné du bonnet et de la chemise de baptême du prince Philippe, que Madeleine devait bénir-, la princesse l'.ippolait, dans ses lettres, sa très-chère mère et la plus heureuse ( réature qu'il y eût au monde.

tt On pailail d'elle dans presque toute la chrétienté, et on n'éle- \ail pas le moindre doute sur son mérite, ni sur sa sainteté-, les prédicateurs la louaient dans leurs chaires ; chacun lui rendait le même hommage, soit en public, soit en particulier-, elle éttiit l'objet de la plus douce affection de tous les confesseurs de la conununauté et des provinciaux de l'ordre, et les personnes les plus avancées dans les voies de la piété croyaient reconnaître, dans Madeleine de la Croix, une nouvelle manière de vivre saintement.

«Elle était, en effet, affable envers tout le monde, charitable avec modestie, compatissante, et d'un si bon exemple, qu'elle engageait tout le monde à servir Dieu.

« Sa conversation avait porté uu grand nombre de personnes a embrasser la vie religieuse.

a Son adresse à conduire les affaires était si merveilleuse, qu'on venait la consulter de tous côtés, et que son couvent pouvait être comparé à une chancellerie.

« Madeleine ne se bornait pas, cependant, à opérer des conversions^ le nombre de ses prophéties était considérable, et l'on se rappelait, avec un étonnement religieux, qu'elle avait annoncé à jour fixe la mort du marquis de Villena-, l'envoi du chapeau de cardinal au P. Qiiignones, général de son ordre-, l'emprisonnement du roi François b^, et son mariage avec la reine veuve de Portugal, sœur de l'empereur Charles-Quint !

a Plus tard, quand on connut la vie entière de Madeleine de la Croix dans ses plus petits détails, il n'y eut pas assez d'élonnemeiu pour en accueillir le récit.

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« Madeleine de la Croix était née, comme nous l'avons dit, à Aguilar, de parents fort pauvres.

a Comme elle menait une vie misérable, à l'âge de cinq ans, elle lui visitée par le démon, qui lui apparut sous la forme d'un auge de lumière, et lui annonça qu'elle serait une grande sainte !

« Le démon lui fit ainsi plusieurs visites, et, à chaque fois, il l'exhortait à mener une vie dévote.

« Ce démon était, comme on voit, un démon de bon conseil.

« Un jour, entr'autres, il se présenta à Madeleine sous la figure du Christ, et l'engagea à se crucifier comme lui.

« Madeleine était naïve ou rusée : elle se crucifia au moyen de clous qu'elle avait enfoncés dans le mur.

« Le mauvais ange lui dit alors de le suivre, et elle voulut obéir, mais elle tomba par terre, et se brisa deux côtes.

« Tous ces détails font partie du récit présenté par la fausse sainte elle-même.

« Cependant Madeleine était animée de la plus grande ferveur-, elle avait conçu l'ardent désir de devenir une sainte, et dès l'âge de sept ans, elle commença à mener une vie austère ; une nuit même, elle quitta la maison paternelle, s'enfuit d'Aguilar, et se retira dans une grotte située dans les environs, bien décidée à y vivre en ermite.

« Mais son père n'entendait pas raillerie -, il alla la chercher, la ramena de près, et surveilla dès lors toutes ses actions.

a Pendant quelque temps, cette surveillance dérangea un peu ses plans -, mais elle n'en continua pas moins à vivre comme par le passé ^ et dés l'âge de douze ans, elle passait déjà pour sainte, malgré le fouet que lui prodiguait son bonhomme de père.

« Le démon ne cessait d'ailleurs de la fréquenter, et il emprun- \aU chaque fois une nouvelle figure pour se présenter à elle : c'est ainsi qu'elle crut recevoir, à différentes reprises, les bienheureux u. a»

I^Of LES TRIBUNAITX SECRETS.

qu'elle linnorait le plus, sainl Jérôme, saint Dominique, saint François, saint Antoine.

« Tous li'6 jours, la passion de Madeleine se développait davantage, et il lui eût été impossible, dès celte époque, de renoncer à l'espoir qu'elle avait conçu de devenir une grande sainte.

« Le choix des moyens lui importait peu ^ et certes, il est assez curieux de la voir s'adresser au démon pour avoir l'entrée du paradis.

« Ce fut alors qu'elle se décida à entrer dans le couvent de sainte Elisabeth, et qu'elle y fut élue abbesse, en raison de sa grande réputation.

«Du reste, elle ne ménagea rien pour conserver la position qu'elle s'était faite. Et c'est de cette époque que datent ses premières impostures.

« Chaque fois qu'elle était sur le point de recevoir la communion, elle avait la coutume de jeter des cris perçants, et de feindre des extases sans ÛD.

« Elle poussa même, dit-on, cette feinte si loin, qu'un jour on lui perça les pieds et les mains avec des épingles, pour s'assurer qu'elle ne souffrait pas du contact des objets extérieurs , et bien qu'elle éprouvât de très-vives douleurs, elle n'en fit rien paraître, et conserva la même attitude impassible et souriante.

« Souvent, elle se crucifia, comme dans son enfance, se perça les pieds et les mains avec des clous énormes, afin de pouvoir montrer ses blessures pendant les cérémonies religieuses auxquelles les jours de fête donnaient lieu.»

On doit penser quel effet prodigieux ces manifestations devaient produire à une époque où la superstition se mêlait trop souvent aux pratiques religieuses.

Le peuple était dans l'enthousiasme, et le renom de la sainte devenait universel.

Tant que le mot de cette comédie ne fut pas révélé au public, la

réputation de Madeleine de la Croix alla toujours grandissant, et de tous les points de la Péninsule, on venait la voir et la consulter

Tout ce qu'elle disait était accueilli comme article de foi, et elle trouva dans son imagination mi!!e contes qu'elle fit ainsi accepter par los religieuses avec lesquelles elle habitait.

Le moment arriva où ses inventions atteignirent l'absurde et l'impiété la plus révoltante.

Une fois, entre autres, elle fit croire à ses compagnes, que le jour de l'Annonciation de la sainte Yierge, elle avait conçu du Saint- Esprit, elle, Madeleine, l'enfant Jésus; qu'elle l'avait enfanté le jour de Noël ; qu'elle l'avait enveloppé dans ses cheveux qui, de noirs qu'ils étaient, devinrent rouges.

L'enfant l'avait quittée, disait-elle, quelque temps après.

Un autre jour, pendant qu'elle était au chœur avec les religieuses une colombe y entra et vint se placer sur son épaule.

Elle déclara inamédiatementque c'était le Saint-Esprit, bien que ce fût tout simplement Balban^ son démon familier, fait observer un chroniqueur.

Les religieuses ne se prosternèrent pas moins devant lui et l'adorèrent.

Mais le succès que ses premières fables avaient obtenu tourna la tête à la pauvre Madeleine, et elle poussa l'audace jusqu'à faire solennellement le vœu de rester onze ans sans prendre aucune nourriture.

Pour accomplir ce vœu, elle fut obligée de mettre quelques religieuses dans sa confidence, et, c'était là l'écueil, malgré toute l'adresse qu'elle déploya, une pareille prétention éveilla les soupçons.

Quelques religieuses l'observèrent et parvinrent enfin à découvrir le mot de cette énigme.

Madeleine de la Croix n'avait pas été tant de fois abbesse sans exciter beaucoup de jalousie autour d'elle. Parmi les religieuses du

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couvent de Sninte-Elisabeth, il y en avait plusieurs qui avaient eu , commo elle, l'ambition de parvenir au promior rang, et elles avaient conservé un vif dépit de se voir continuellement repoussées.

Elles se liguèrent entre elles, prévjiireiil le provincial, le gardien et les confesseurs, et ne négligèrent aucune occasion de la trouver en défaut.

Mais la réputation de la sœur Madeleine était parfaitement établie; on ne pouvait, en un jour , détruire ce qu'elle avait eu tant de peine h édilicr : on douta de leurs assertions, et nulle n'osa se prononcer.

Les religieuses ne se tinrent pas pour battues, elles firent une propagande active -, et quand vint le jour d'élire une nouvelle abbesse, ces religieuses l'emportèrent sur le parti de celles qui voulaient nommer encore Madeleine.

Le choix de la majorité se fixa sur l'une d'elles.

Madeleine, cependant, avait au moins autant d'activité que ses rivales i elle ne manqua pas de répandre que ce revers était une épreuve que le ciel lui envoyait, et elle se montra résignée et soumise, comme il convenait au caractère du rôle qu'elle avait joué jusqu'alors.

Les aumônes que l'on avait apportées à Madeleine étaient immenses.

Elle les employait le plus souvent au profit du couvent qu'elle avait fait rebâtir presqu'enlièrement-, mais lorsqu'elle eut cessé d'être à la tête de la maison, elle disposa à son gré des dons qu'on lui envoyait, parce que leurs auteurs s'en rapportaient à elle pour l'emploi qu'il convenait d'en faire.

Cela lui donnait un gand nombre d'adhérents au dedans et au dehors du monastère.

Elle était si forte, cette femme, dans la position bizarre qu'elle avait prise, qu'elle ne pouvait, en quelque sorte, être vaincue que par ellemême.

Il en fut ainsi.

Madeleine de la Croix tomba malade vers Tannée 4543, et la peur

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delà ^ijon aidant, elle fit alors par écrit et de vive voix l'aveu de tout co qu'elle avait imaf^iné pour tromper le monde et la communauté.

Elle voyait bien d'ailleurs, dit-elle, que les soupçons se muiti pliaient autour d'elle, et d'un jour à l'autre, ses fourberies dcvaiciil être découvertes,

Madeleine aima mieux aller au devant du danger, et fit une con fission détaillée de toutes ses fautes. Son confesseur avait assemblé, à cet effet, toutes les religieuses de la communauté, et, en leur présence, Madeleine avoua tout.

Son aveu ressemble , d'ailleurs, terriblement à une nouvelle fourberie.

Elle dit qu'elle avait connu plusieurs démons depuis son enfance, et qu'elle les gardait depuis l'âge de treize ans, à la suite d'un pacte qu'elle avait fait avec le diable, et par lequel celui-ci s'était engagé à la faire passer pour sainte; que ce démon s'appelait Balban, et avait lin compagnon qui s'appelait Python,

Elle dit encore qu'avec le secours de ce démon, elle sortait de son couvent de temps en temps, arrivait dans celui des Franciscains ou dans tout autre, voyait tout ce qu'on y faisait, et racontait ensuite ce qu'elle avait vu, pour donner lieu de croire qu'elle avait le don de divination et de prophétie.

Elle raconta qu'un jour elle était allée à Rome, où elle avait entendu la messe et communié de la main d'un prêtre qui était en état de péché mortel.

Et quand on lui fit observer qu'on ne s'était pas aperçu de son absence, elle répondit que, pcinlijiil ^Cô absences. Python prenait sa figure et la remplaçait dans toutes les fonctions publiques qui lui étaient imposées par son rang.

Ceci était assurément plus romanesque et plus intéressant que sa sainteté même

On comprend avec quelle curiosité toutes les particularités de sa

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confe-^sion furent accueillies^ petits et grands ne s'entretenaient, de tous côtés, que de Madeleine de la Croix, et toute l'Espagne était en mouvement, comme s'il s'était agi d'une révolution.

Mcideleine fil durer le plaisir longtemps : elle feignit, à plusieurs reprises, de se trouver mal, prétendit que le démon ne voulait pas la quitter ; elle rétracta môme, différentes fois, tout ce qu'elle avait avoué.

Enfin, toute la mise en scène des imposteurs habiles.

II fallut en venir aux exorcismes ; mais le diable se fit tirer l'oreille.

Quand on eut fini avec Balban, il fallut recommencer avec Python.

Puis, quand on eut commencé avec Python, cet espiègle de Baiban revint ne sais par où.

Et ce jeu de cache-cache menaçait d'aller toujours.

Du reste, Madeleine se laissait exorciser de la meilleure grâce du monde -, et, au moment où on s'y attendait le moins, le 24 du mois de décembre 1543, le provincial s'étant présenté, la malade renouvela et approuva tranquillement les confessions qu'elle avait faites.

Les sbires de l'inquisition vinrent alors se saisir de sa personne, et la conduisirent enfin dans les prisons du saint-office.

Là, les jeux innocents étaient proscrits.

A dater de cet instant, le procès de Madeleine ne fut pas long. Elle s'était accusée elle-même ^ elle avait trompé toute l'Espagne^ sa fourberie avait eu trop de retentissement, pour qu'il y eût la moindre hésitation dans le cœur de ses juges.

Les témoins ne manquèrent pas, cependant.

Elle avait abusé de la crédulité el de la bonne foi de tous^ chacun avait une petite vengeance à exercer, et nul ne fit défaut.

Madeleine fut condamnée à sortir de la prison en habit de religieuse et sans voile, la corde au col, un bâillon dans la bouche, et un ciergo allumé dans la main ; à se rendre, en cet état, à la cathédrale de Cordoue, où devait être préparé un échafaud, sur lequ*^!

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elle était tenue d'entendre la lecture de son jugement, et le sermon d'usage; à être enfermée ensuite dans un couvent de religieuses de l'ordre de saint François, hors de la ville; à y passer le reste de ses jours, sans voile, et privée du droit de voter et de paraître dans les assemblées de la communauté;

A toanger tous les vendredis au réfectoire, au rang des religieuses en pénitence ;

A ne pouvoir jamais parler à d'autres qu'aux religieuses de sa communauté, au confesseur et au prélat, sans la permission expresse de l'inquisition ;

A ne communier qu'au bout de trois ans, si ce n*est en cas de maladie grave ; et si elle manquait à quelqu'un des articles de son jugement, elle devait être considérée comme relaps et comme ayant abjuré la foi catholique.

Rien, dans cette sentence, ne témoigne de la rigueur habituelle de l'inquisition, et cependant, Madeleine de la Croix avait porté évidemment atteinte aux intérêts de la religion, en se jouan» de la foi publique avec tant d'impudence.

L'histoire de l'inquisition nous offre aussi plusieurs exemples de fourbes prenant le costume de l'un de ses membres, soit pour couvrir des projets de vengeance, soit pour cacher des vols audacieux, soit pour mener à bonne tin des entreprises amoureuses.

Il ne faudrait point exagérer l'importance de ces faits isolés ; mais il esi néanmoins certain que plusieurs chroniqueurs en ont abusé pour mettre sur le compte, déjà si chargé du saint-ofûce, bon nombre de méfaite apocryphes.

Nous tinirons ce chapitre par une petite aventure à laquelli^ l'in-

quisition se trouve môlée, et qui ne laisse pas que d'ôtre fort curieuse.

Vers l'année 1538, il y avait, à Tolède, deux jeunes gens : une jeune fille, du nom de Rcbccca ; un garçon, du nom de Lcporello, qui s'aimaient depuis leur enfance de l'afleclion la plus tendre.

Leporello avait vingt ans, Rebecca en avait seize à peine.

C'étaient deux enfants qui avaient vécu l'un prés de l'autre, et avaient grandi en se tenant par la main.

Leporello ne pouvait quitter Rebecca, et Rebecca n'avait de joie réelle que lorsque Leporello était auprès d'elle.

Un jour, ils s'étaient aperçus l'un et l'autre que l'âge leur était venu, sans qu'ils s'en fussent doutés. Rebecca eut de vagues tristesses, et Leporello de brûlantes ardeurs.

Le père de la jeune fille ne tarda pas à s'apercevoir de ces changements, et craignant d'exposer ainsi deux jeunes gens dont le cœur s'éveille à des dangers qu'ils n'auraient peut-être, ni l'un ni l'autre, la force de combattre, il signifia à Leporello de cesser ses assiduités auprès de Rebecca.

Ce fut un coup terrible pour les deux amoureux ; mais la jeune fille crut trouver dans son esprit un excellent moyen de faire revenir son père sur sa décision, et conseilla à Leporello d'aller lui demander sa main.

La pauvre Rebecca connaissait bien peu les Juifs en général, et ?^n père en particulier.

Son père avait amassé à grad'peine une fortune considérable ; c'était un des plus riches marchands de Tolède, et il n'avait qu'un enfant.

Pendant quarante années, Maurlque, tel était le nom du père de Rebecca, avait empilé maravedis sur maravedis, bravant les dédains qui s'attachent toujours à la profession de grippe-sous^ et se promettant une éclatante revanche pour ses vieux jours.

Son idée, h ce Maurique, qui cachait une orgueilleuse ambition sous son pourpoint pelé, était d'allier sa richesse à la grandeur d'une famille de la cour.

Il tenait à cela par dessus tout.

F.eporello, le pauvre garçon, ne valait rien pour cela, et le père Maurique eût consenti à ne pas marier sa fille, plutôt que de la lui donner.

Leporello se lamenta pendant quelques jours, se répandant en plaintes amères sur l'avarice du père de Rebecca; mais ces plaintes étaient stériles, et Rebecca cherchait vainement comme lui, dans son imagination, un moyen de sortir de cette impasse.

C'étaient (\cn\ enfants qui ne savaient rien de la vie, — qui ne savaient qu'aimer.

— Leporello, disait la fille de Maurique, Leporello, s'il me faut appartenir à un autre qu'a toi, je mourrai !

Et Leporello se tordait les bras, en se demandant comment il empêcherait sa charmante maîtresse de mourir, et il était vraiment bien malheureux.

Un soir, enfin, Leporello parut avoir pris un parti décisif; il quitta Rebecca, l'air radieux, la joie sur le front, l'espoir dans le cœur, et lui promit que, le lendemain, il lui apporterait de bonnes nouvelles.

Il n'en fallait pas davantage pour rendre Rebecca heureuse, el comme son amant, elle espéra.

Leporello partit.

Il err.i quoique temps h travers les rues étroites et sombres de Tolède, el arriva enfin à l'une des extrémités du plus misérable de ses faubourgs. Puis, après avoir longtemps hésité, il frappa en dernier

lieu à la porte d'une petite maison qui semblait isolée du reste de la

ville.

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