III. Enfin à la réaction cutanée spéciale du malade
I. — En ce qui concerne les infections secondaires, elles existent assez souvent.
Dans la plupart des cas, il est difficile de savoir quelle part leur revient dans la lésion où elles se rencontrent. Je pense cependant que leur rôle y est presque nul. J’ai vu un nombre considérable de folliculites agminées trichophytiques où non seulement la suppuration folliculaire existait, mais où l’exubérance des lésions rappelait l’anthrax vrai, au moment où il nécessite une intervention chirurgicale active.
Eh bien, maintes fois, dans ces lésions encore non ouvertes, j’ai pu puiser, dans vingt abcès folliculaires de la lésion, des semences trichophytiques pures. Malgré l’observation la plus minutieuse je n’ai pu saisir aucun rapport entre l’existence ou la non existence des infections secondaires et un changement de forme dans une lésion trichophytique. Bien plus, j’ai pu voir deux lésions identiques d’un même sujet, dont l’une donnait invariablement une semence pure, et l’autre un grand nombre de colonies bactériennes mélangées aux colonies trichophytiques, cela sans différence appréciable entre les lésions.
Par conséquent, sans affirmer la nullité du rôle des infections
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
bactériennes secondaires dans la physionomie des lésions trichophytiques c’est l’opinion que l’étude expérimentalerend probable.
IL — C’est la virulence variable du parasite qui fait la lésion variée.
C’est cette seconde hypothèse qui me paraît de beaucoup la plus probante. Cependant, en fournir la preuve expérimentale est difficile. On mesure généralement la virulence d’un microbe par l’espèce animale à laquelle son inoculation est fatale. Par le poids relatif de l’animal qui meurt, on peut préciser à peu près le degré d’une virulence microbienne, mises à part les espèces animales douées pour ce microbe d’une immunité naturelle.
Ainsi, pour ne citer que des faits connus de tous, une culture de bacillus anthracis peut tuer le bœuf, ou le mouton, ou le cobaye, ou la souris. La culture atténuée qui tue la souris naissante peut ne pas tuer la souris adulte ; celle qui tue la souris adulte ne pas tuer le cobaye,... etc. C’est donc parle pouvoir léthal d’une culture que l’on mesure le plus ordinairement le degré d’une virulence microbienne : il va de soi que cette mesure est inapplicable à des microbes qui ne tuent pas.
Pour cette évaluation, on pourrait se baser sur le nombre relatif des inoculations négatives obtenues avec des cultures différentes.
Si telle culture donnait quatre insuccès pour une inoculation positive, et telle autre quatre succès pour une inoculation négative, on pourrait penser que la première est d’une virulence moindre que la seconde.
Mais encore faudrait-il ne comparer entre elles que les cultures des mêmes espèces trichophytiques, inoculées aux mêmes espèces animales.
D’ailleurs les résultats des inoculations, en ce qui concerne les mycoses externes, sont trop évidemment liés au détail technique du manuel d’inoculation, pour qu’on puisse faire de ce moyen d’évaluation un procédé rigoureux.
Une autre méthode d’évaluation de virulence est fournie par le degré du pouvoir pyogène des espèces trichophytiques à culture blanche, c’est je crois le procédé le plus sensible.
11 est facile de vérifier le pouvoir pyogène décroissant de ces cultures, à mesure qu’elles deviennent plus âgées.
La culture obtenue d’un sycosis anthracoïde peut, au bout de quelques mois de culture en milieux artificiels, ne plus pouvoir
donner lieu à de la suppuration chez le cobaye et chez 1 homme ne plus causer qu’un cercle trichophytique banal.
Un ordre inverse de faits est aussi probant. On peut voir dans une épidémie grave de trichophytie les inoculations se multiplier et la lésion alors devenir d’apparence progressivement plus inflammatoire.
Malheureusement, tous ces faits ne sont pas des preuves, ils ne peuvent fournir que des présomptions. Je crois que certaines ■espèces animales renforcent la virulence de certaines espèces tnchophytiques, mais je ne puis appuyer celte opinion d’un nombre suffisant d’expériences pour l’affirmer.
III. — Quant au rôle que la réaction tégumentaire spéciale d'un sujet peut jouer dans la forme de sa lésion. Ce rôle si important dans les dermatoses d’origine interne, et si savamment mis en lumière par mon excellent maître et ami M. Brocq, me paraît nul, en ce qui concerne les lésions trichophytiques.
Pour que ce rôle fût prouvé, il faudrait dans une nombreuse ■épidémie scolaire, familiale ou hospitalière, rencontrer parmi des individus porteurs de lésions semblables, un sujet porteur d’une lésion spéciale relevant (exclusivement) du même parasite. Or, c’est ce que je n’ai jamais vu, bien que l’ayant beaucoup cherché.
Ce qu’on voit quelquefois, très rarement du reste, ce sont deux lésions objectivement différentes sur le même individu, un cercle trichophytique du bras, un sycosis végétant de la barbe, {moulage n° 1281 du musée Baretta).
Mais l’hypothèse d’une réaction tégumentaire individuelle n’explique point de tels faits, à moins qu’il ne faille admettre -qu’un même sujet puisse réagir différemment en un point et en un autre de son tégument...
Ces faits, je crois, s’expliquent mieux d’une autre manière. Un ■trichophyton pyogène, doué d’une virulence affaiblie, peut ne plus causer qu’une lésion presque banale, à peine folliculitique en quelque point, sur la peau vague, parce que celle-ci ne présente aucun infundibulumépidermiqueprofond. Et le même trichophyton, quand la peau de la région envahie est autre, quand les espaces interpapillaires présentent les follicules profonds des poils de la barbe, y détermine une lésion différente, en raison de la profondeur sous-tégumentaire où sa multiplication se produit.
Ce serait une cause anatomique, la profondeur du follicule
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
pilaire, et non pas une raison d’ordre physiologique qui différencierait la lésion trichophytique.
Si ce cas était moins exceptionnel, ce point serait facile à vérifier. Car si ce que je pense est vrai, on ne devrait jamais rencontrer la folliculite agminée de la peau glabre avec un sycosis de forme atténuée (je n’ai d’ailleurs jamais rencontré cette concomitance), mais au contraire seulement, un sycosis encore végétant avec un cercle follieulitique très atténué de la peau glabre.
Je ne discuterai pas plus longuement ces faits, non seulement parce qu’étant tout à fait exceptionnels, ils ne doivent pas nous arrêter trop longtemps; mais aussi, parce que nous nous sommes cantonnés jusqu’ici le plus possible sur le terrain solide que l’expérimentation permet d’occuper avec sécurité et certitude et qu’il ne nous convient pas de discuter trop longuement des hypothèses.
Pour résumer ce qui précède et ce que je crois, je dirai :
I. Dans la forme objective des lésions trichophytiques, c’est de beaucoup l’espèce parasitaire qui semble avoir le rôle causal le plus, important. Et la presque totalité des faits d’expérimentation vient régulièrement appuyer cette proposition;
II. Cependant il semble que la virulence variable des espèces puisse avec un même trichophyton créer des lésions d’aspect quelque peu varié ;
III. Le siège de la lésion et la profondeur des éléments anatomiques de nature épidermique (infundibulum pilaire) peut également jouer un rôle dans la forme des trichophyties de la barbe, plus inflammatoires que les trichophyties d’autres sièges dues aux mêmes espèces parasitaires;
1Y. Quant au rôle de la réaction spéciale de certains téguments à l’action parasitaire;
Y. Quant au rôle des infections secondaires , cryptogamiques ou bactériennes ;
Ces deux causes semblent de nul effet dans la détermination do la forme objective des lésions trichophytiques.