LES INOCULATIONS DE TRICHOPHYTIE
Les inoculations de trichophytie peuvent servir à étudier plusieurs problèmes :
1° On peut rechercher, par elles, les conditions de réceptivité du sujet, nécessaires à l’implantation du germe trichophytique;
2° Dans quelle mesure et sous quelles influences peut varier le pouvoir d’accommodation du germe trichophytique au milieu humain ;
3° Les inoculations peuvent prouver le rôle parasitaire actif des nombreuses espèces de trichophy ton distinguées plus haut ;
4° Prouver aussi le rapport de teiles espèces trichophytiques avec telle lésion, ou en un mot la spécificité morbide de chaque espèce trichophytique;
5° On peut chercher aussi si tous les trichophytons peuvent contaminer tous les animaux indistinctement, et, dans le cas contraire, quelles espèces trichophytiques sont inoculables ou spontanément existantes sur chaque espèce animale;
6° Enfin, on peut se demander si les trichophytons peuvent causer, sur certaines espèces animales, d’autres maladies que les manifestations cutanées que nous connaissons.
Je m’occuperai successivement de chacune de ces questions et des faits que j’ai obtenus qui me paraissent propres à les eclairer.
I. — Les conditions de réceptivité du sujet aux inoculations trichophytiques. Excrétion sudorale alcaline. Rôle protecteur de la sueur
acide.
Les mycoses sont difficilement inoculables. Cette proposi- “on est vérifiée par tontes les espèces cryptogamiqnes, pathogènes. par le trichophy ton en particulier. Le nombre des inoculations négatives dépasse celui des inoculations positives si le
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
manuel opératoire suivi est celui dont on use vulgairement, celui dont la vaccination jennérienne est le schéma.
En ce qui concerne le trichophyton, je dus chercher quelles causes pouvaient empêcher le développement d’une semence portée expérimentalement dans l’épiderme.
Or, c’est un fait d’observation courante que, dans les épidémies trichophytiques familiales, certains individus sont respectés. Dans la plupart des cas, on peut invoquer de simples différences dans le nombre et la nature des contacts entre les individus. Il faut aussi faire la part des accidents fortuits d’inoculation... Mais un jour on m’amena deux enfants, dont un teigneux et un sain, qui couchaient ensemble depuis des semaines, sans qu’aucune contagion s’en fût suivie.
Dans un cas semblable, ne fallait-il pas chercher dans le sujet resté sain les causes d’une immunité si extraordinaire ?
Les trichophytons étant extrêmement sensibles à la réaction acide ou alcaline de leur milieu de culture, fait que j’ai vérifié après Verüjsky l’idée me vint que la réaction sudorale du sujet pouvait jouer un rôle dans les conditions de réceptivité de l’homme pour la teigne: parce que, dans ce fait, le seul de ce genre que j’aie observé, la réaction sudorale de l’enfant était d’une acidité extrêmement marquée, à ce point d’être sensible à l’odorat comme la sueur d’odeur aigrelette des rhumatisants.
Un tégument baigné de sueur acide était-il donc impropre à la contagion?
Pour vérifier ce point spécial, je pris dès lors l’habitude de noter la réaction sudorale de tous les malades qui se présentaient avec une trichophytie circinée des régions glabres. Chez tous les malades examinés à ce point de vue, la réaction se montra ou bien neutre, ou bien franchement alcaline 2 .
Il s’imposait donc de tenir compte de ces résultats dans l’expérimentation et de chercher la proportion comparative des
4. Le développement des spores est arrêté par lg r ,33 d’acide tartrique ou \&,\§ d’acide acétique par litre de milieu nutritif (Verüjsky, loc. citât.).
2. Examinant aussi et d’une façon plus suivie la réaction sudorale de plusieurs individus bien portants, je pus constater qu’elle variait chez le même sujet avec une quantité de causes : exei^ice physique, digestion, état émotif. Et cette réaction momentanée peut se prolonger beaucoup après l’acte qui l’a causée. D'un jour à l’autre, sur un même sujet, on peut noter des différences dans l'acidité de la réaction sudorale, et l’on peut même observer des phases de plusieurs jours où la réaction acide normale se trouve intervertie.
LES TRICHOPllYTLES HUMAINES
échecs cl inoculation chez les individus a reaction sudorale acide et chez les individus à réaction sudorale alcaline.
Je comptais sept échecs sur huit inoculations sur un sujet de réaction acide, j’obtins quatre résultats positifs sur huit essais avec un sujet de réaction sudorale alcaline
Il semble donc bien que l’acidité normale de la sueur soit un obstacle à l’invasion du tégument par les parasites cryptogamiques.
Une autre série d’expériences s’imposait. En rendant alcaline la sueur normalement acide d’un sujet, augmenterait-on la proportion relative des inoculations positives ?
J’obtins après l’ingestion quotidienne de 12 grammes de bicarbonate de soude, une réaction sudorale nettement alcaline, et la proportion des résultats positifs devint ce qu’elle était sur les sujets à sueur normalement alcaline.
Un premier fait semble donc prouvé, à savoir que l’alcalinité anormale de la sueur prédispose à la contagion trichophytïque et inversement que l’acidité normale de la sueur et de l’épiderme qu’elle traverse est une défense naturelle contre le trichophyton.
IL — Accoutumance du trichophyton aux milieux acides.
Malgré ce fait acquis, la réceptivité trichophytïque gardait bien encore des points obscurs. Car, malgré une réaction sudorale acide, on peut obtenir sans ingestion préalable de sels alcalins quelques inoculations positives (1 sur 8). L’alcalinité sudorale n’est donc pas une condition nécessaire de la réussite, et dans certains cas le trichophyton peut croître malgré une excrétion sudorale légèrement acide.
Sur ce point, l’inoculation et la culture sont bien d’accord ; car le trichophyton pousse dans des milieux faiblement acides, quand les éléments chimiques du milieu (sucre et azote albuminoïde) répondent à ses besoins physiologiques. Et le milieu qui fournit de ce fait la meilleure démonstration est le moût de bière qui est toujours faiblement acide.
Le trichophyton montre même une accoutumance progressive aux milieux acides, et il est facile, par des ensemencements successifs sur une série de milieux d’une réaction acide croissante, d’obtenir des cultures florissantes sur des milieux où la spore d’un trichophyton sans accoutumance préalable ne se serait aucunement développé.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
On peut ainsi faire croître le trichophyton en des milieux contenant jusqu’à 0,18 d’acide oxalique 0/0, alors que l’adjonction de 1 er ,33 du môme acide 00/00 suffirait à arrêter une culture poussée en milieu alcalin.
11 n’est donc pas très étonnant que dans quelques cas une semence de trichophyton, si elle se trouve être robuste, puisse garder sa vitalitéet croître dans un tégument, même quand il est baigné de sueur acide.
III. — Conditions de vitalité et d’adaptation des semences trichophytiques dans les inoculations expérimentales.
Quelles causes peuvent augmenter la résistance des semences trichophytiques aux conditions défavorables du milieu, ou encore rendre ces semences plus malléables, plus capables de s’adapter à ces conditions ?
: A priori , on peut penser que les influences extérieures : chaleur, humidité, dessication, peuvent jouer un rôle dans la vitalité d’un germe cryptogamique. Mais certaines autres conditions, touchant la vitalité des semences trichophytiques, peuvent plus facilement se vérifier.
Si d’avance on accoutume un trichophyton à un milieu, il s’y implantera de nouveau avec plus de facilité.
Ainsi, on obtient plus facilement des inoculations positives sur l’homme, en se servant d’une squame ou d’un poil trichophytique comme matière d’inoculation, qu’en se servant d’une culture.
De même, dans une épidémie trichophytique, le nombre des contagions croît en proportion géométrique. Après des contagions isolées, les cas se multiplient en peu de jours 1 .
Les faits expérimentaux tendent à la même conclusion que
1. Ce fait s’est manifesté avec la plus grande évidence dans l'épidémie hospitalière, citée plus haut. Les passages successifs du même germe sur un grand nombre d’individus avaient à ce point exalté sa virulence qu’il a produit en trois mois quarante-sept inoculations au personnel d’infirmières qui pansaient les petits teigneux. Et cependant il s’agissait d’un trichophyton banal (trichophyton méga- Josporon endolhrix à mycélium fragile), nullement d’une espèce particulièrement robuste ou virulente, comme certains trichophytôns animaux.
Des infirmiers de l’hôpital Saint-Louis manient un aussi grand nombre de malades, cependant ils passent, quelquefois une année entière, sans aucune contamination. Mais, dans ce cas, la provenance des trichophyties qu’ils soignent est extrêmement variable.
LES TRICIIOPIIYTIES HUMAINES
les faits d’observation clinique, car une culture accoutumée aux milieux de cultures alcalins donne à l’inoculation moins de résultatspositifs qu’une culture suivie en milieux acides. L’adaptation de ces dernières au milieu épidermique normalement acide se montre comme plus facile.
11 n’en demeure pas moins d’ailleurs que, dans l’inoculation d’une culture trichophy tique, la semence, pour croître en milieu humain , doit faire un effort véritable d’adaptation. Ainsi une culture qui ne porte pas encore de graines n’est pas inoculable. Le parasite dans la lésion n’est constitué que par des cellules mycéliennes et, cependant, il faut inoculer des spores externes pour amener un résultat positif.
La'clinique et l’expérimentation prouvent donc le pouvoir d’adaptation du trichophyton à son milieu vivant ou artificiel; elles prouvent de plus que cette adaptation est progressive et qu’elle demande un certain effort, réalisable seulement par les parties les plus différenciées et les plus robustes du végétal : sa spore mycélienne et sa spore externe.
IV. — Technique des inoculations trichophy tiques. — Inoculation dans une vésicule intra-épidermique de sérum.
Si l’on conserve le procédé ordinaire des inoculations intraépidermiques, même en tenant compte des faits que nous venons d’établir, le chiffre des inoculations négatives restera encore important.
Les raisons de ces échecs sont multiples :
On ne peut inoculer qu’une parcelle de culture visible; cette parcelle minuscule est presque insécable ; il faut parvenir à la loger aseptiquement, non pas sous l’épiderme, mais dans l’épiderme et relativement à l’épaisseur de l’épiderme; cette parcelle si petite qu’on la suppose reste encore grosse.
Or, il peut arriver dans les manœuvres d’inoculation bien des fautes :
1° Ou bien, si l’on cherche à l’inoculer par de simples scarifications superficielles, la parcelle portée sur les égratignures faites n’y adhérera pas. Elle tombera et on pourra même la retrouver sur le bord déclive du verre de montre recouvrant la région inoculée ;
2° Ou bien, si l’on fait avec une aiguille flambée un séton sous l’épiderme, séton dans lequel on insinuera la parcelle trichophy-
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
tique, il y a des chances pour que le séton entame le derme, et alors, l’expérience prouve que l’inoculation reste négative. Ou bien on n’aura traversé qu’une couche cornée sèche, dans laquelle le végétal manquera de l’humidité nécessaire à son développement, ou bien sera baigné d’un liquide sudoral acide qui le tuera ;
3° Il peut arriver une troisième faute, c’est de ne pas avoir stérilisé suffisamment la région. L’inoculation se traduit par un point de folliculite et avorte.
Il fallait donc trouver un procédé, une technique précise qui permit d’inoculer le trichophyton exactement entre l’épiderme et le derme et autant que possible dans un milieu humide et alcalin.
Toutes ces conditions sont réalisables. Nombre de traumatismes de la peau détachent l’épiderme du derme, précisément au point où la végétation du trichophyton s’effectue : entre l’épiderme corné et la couche muqueuse de Malpighi.
Que l’on détermine d’abord ce soulèvement épidermique, l’ampoule, la vésicule ainsi formée se remplira d’un liquide qui est du sérum presque pur, c’est-à-dire d’un liquide nettement alcalin.
On aura créé ainsi un véritable milieu artificiel de culture, propice à la végétation trichophytique et cela, au lieu même où s’effectue la végétation du parasite, au-dessous de l’épiderme corné.
Dans cette vésicule, la semence sera entourée d’un milieu nutritif et protecteur qui aidera à son premier développement. De ce point, la culture s’étendra dans la couche épidermique cornée avoisinante et son accommodation au milieu s’établira d’une façon progressive, au point même où l’on veut que la prolifération s’effectue.
Le procédé est très simple et le voici dans son détail :
On prend une allumette de bois, on la laisse se consumer de façon qu’elle soit réduite à l’état de braise et on la porte sur la peau. Il se produit une brûlure locale et quelques heures après une petite vésicule est née, Elle s’est formée entre l’épiderme corné et sa couche muqueuse, condition requise; elle est remplie de sérum alcalin, condition exigible aussi. C’est dans cette vésicule qu’on inocule par piqûre après stérilisation de la région.
L’expérience montre qu’on obtient par ce moyen une inoculation positive à peu près à coup sûr.
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C’est par ce moyen que les vingt-six inoculations obtenues sur moi et sur mon garçon de laboratoire, qui s’y est prêté, ont été faites.
' Il y a des espèces trichophytiques assez virulentes pour qu’on n’ait pas besoin de recourir à une technique d’inoculation spéciale. Telles sont, par exemple, les espèces trichophytiques à culture blanche. Pour elles, en chargeant de la culture les mors pointus d’une pince à grille, et en pinçant en plusieurs points la région à inoculer, on peut être à peu près certain du succès. De même chez les animaux.
Mais quand il s’agit des trichophytons endothrix, on peut considérer la technique dont la description précède comme nécessaire. Autrement, les insuccès sont plus nombreux que les réussites, aussi bien chez les animaux que chez l’homme.
Y. — Les inoculations positives, preuves du rôle parasitaire des différentes espèces trichophytiques.
Quand une inoculation se montre positive, c’est vers le quatrième ou cinquième jour après l’inoculation; il se reforme autour de la yésicule d’inoculation une aréole inflammatoire analogue à celle qui entourait' la vésicule de la brûlure quelques heures après sa formation ; puis, deux jours après, avec la vésicule pour centre, le premier cercle trichophytique devient distinct; il a environ un centimètre de diamètre. Il se traduit, quelle que soit l’espèce trichophytique qui le cause, par une lésion papuleuse plate, d’une rougeur assez accusée, même quand le cercle trichophytique définitif n’aura pas d’apparence inflammatoire.
Son aire est marquée d’un pointillé rouge qui est l’ouverture des glandes sudoripares ; l’ensemble de cette surface est un peu plus chagriné que la peau normale.
Le premier cercle se dessine, en apparence en dehors de la zone déjà envahie, recouvrant de la peau saine. 11 est plus surélevé que la surface qu’il circonscrit et, à mesure que son rayon s’agrandira, son centre aura plus de tendance à se déprimer. En même temps, son épiderme d’abord épaissi et chagriné devient lisse et comme vernissé, craquelé seulement de quelques cassures ou marqué par quelques plis très fins. La couleur de cet épiderme central est un peu bistrée, et cette teinte tranche avec la teinte générale de la peau saine qui est plus pâle, et aussi avec celle du cercle trichophytique toujours plus vultueuse.
Analyse expérimentale 159
Ce cercle, d’abord constitué seulement par un épaississement épidermique., une infiltration des couches épidermiques, se recouvre peu à peu de squames, de croûtelles ou de fines vésicules ; et graduellement son orbe va s’élargissant.
Tel est l’aspect sous lequel se présente ordinairement le cercle trichophytique obtenu par inoculation. On ne doit considérer l’inoculation comme positive que quand la lésion atteint deux centimètres de diamètre. Quand l’espèce inoculée était bénigne, j’ai laissé ses dimensions s’accroître du double.
Successivement, pour toutes les espèces trichophytiques, la preuve de leur rôle parasitaire a été faite par l’inoculation à l’homme. Il n’y a que pour les triehophytons animaux, pyogènes sur l’homme qu’après avoir produit une lésion anthracoïde dès son début, je me suis abstenu d’inoculations humaines et me suis tenu aux inoculations animales.
Les inoculations à l’homme des commensaux du trichophyton non seulement n’ont pas donné lieu au cercle trichophytique, je l’ai dit, mais ils n’ont même donné lieu à aucun phénomène appréciable. Et il m’est arrivé de reprendre intacte, après plusieurs jours, sous l’épiderme séché de la vésicule, la particule de semence que j’y avais déposée.
Par cette série d’inoculations à l’homme qui n’a pas occupé moins de six mois, j’ai pu vérifier un grand nombre défaits. Parmi eux, celui de la liaison étroite du trichophyton et de son commensal dans la lésion, et aussi l’innocuité des commensaux du trichophyton, inoculés seuls. Enfin le fait principal, le plus important : la pluralité des espèces végétales qui donnent lieu au cercle trichophytique.
En comptant tous les insuccès du début, les inoculations humaines se sont élevées au nombre d’une centaine environ. Je n’en retiens comme positives que vingt-six. Cette disproportion tient surtout à ce fait que les triehophytons peuvent fournir une végétation parasitaire appréciable, commencer la lésion trichophytique, puis mourir spontanément, et leur commencement de cercle s’éteindre.
Ces cas assez nombreux sont décomptés pour plus de certitude; et cependant, il m’est arrivé maintes fois, d’extraire par le râclage de l’épiderme voisin de la brûlure, des rameaux mycéliens jeunes ayant pénétré entre les couches cellulaires.
Doit-on attribuer à l’acidité des couches épidermiques cette
mort du trichophyton dans une lésion à son début? Je ne sais, mais le phénomène est fréquent. Peut être se reproduit-il, même dans les inoculations trichopliytiques accidentelles, et faut-il plusieurs inoculations trichophytiques toutes positives pour que l’une au moins parcourre en entier son évolution.
Y r I. — Les inoculations trichophytiques au point de vue de la
différenciation des espèces par les caractères de leur lésion.
Un fait très important, dans ce que j’ai avancé touchant les trichophytons animaux, c’est que les lésions trichophytiques sont distinctes entre elles parce qu’elles sont causées par des trichophytons distincts entre eux.
Il n’y a nul doute que la preuve de cette proposition ne puisse être fournie par les inoculations expérimentales. Mais d’une part, en ce qui concerne les trichophyties pilaires, je ne me suis pas cru autorisé à tenter cette preuve. La tondante même, causée par le trichophyton endothrix à mycélium fragile, est une maladie qui peut durer six et huit mois. Elle ne peut donc être considérée comme bénigne, bien qu’elle guérisse toujours sans laisser aucune trace.
D’autre part, les plus différenciées des trichophyties circinées sont des folliculites douloureuses s’accompagnant d’une réaction inflammatoire très vive; elles laissent après elles des cicatrices varioliformes. Enfin, à toute période de leur durée, elles peuvent s’accompagner de contamination de la barbe sous forme de sycosis. Ces considérations ne permettent pas de considérer leur inoculation à l’homme comme innocente.
Après un premier essai, aussitôt arrêté, j’ai dû me borner à des inoculations animales, bien qu’elles soient moins évidemment probantes, parce que la lésion trichophytique varie d’une espèce animale à une autre, comme la culture en changeant de milieu.
J’énoncerai donc les résultats que donnent les inoculations de culture sur les animaux.
1° Les trichophytons de l’homme (trichophyton mégalosporon endothrix) s’inoculent difficilement au cobaye, aulapin et au chat (inoculations dans la vésicule d’une brûlure) et guérissent spontanément en cinq ou six semaines ;
2° Les trichophytons animaux au contraire (trichophyton ectothrix) s inoculent avec une extrême facilité, par toute méthode Leur lésion est serpigineuse et leur durée indéfinie ;
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 161
3° Mais les espèces pyogènes sur l’homme ne sont pas pyogènes sur toutes les espèces animales, et en particulier, ne le sont pas sur le cobaye.
Chez eux c’est une tondante grave qui se produit, et c’est seulement au niveau de la plaque alopécique du début que l’on observe des folliculites suppurées, d’ailleurs toujours infectées secondairement.
Les trichophytons à grosse spore se traduisent donc toutes sur le cobaye par une trichophytie tondante avérée. C’est leur évolution très différente qui les distingue. Les unes (endothrix) guérissant spontanément, les autres non (ectothrix).
Pour prouver la lésion spécifique de chaque, trichophyton, il faudrait des inoculations multipliées à l’homme, et surtout des lésions qu’on laisserait évoluer en toute liberté.
Nous avons vu que, pour un très grand nombre d’espèces pyogènes, on ne doit pas y songer. Il faut en dire de même de toutes les inoculations au cuir chevelu de l’enfant, sans exception. 11 ne reste donc de possibilité d’expérimentation que pour les trichophyties des régions glabres, et d’espèce non pyogène, les seules réellement bénignes. Cette expérience, même limitée de tous points, rencontre déjà de vraies difficultés ; on ne peut laisser grandir une lésion trichophytique, qui peut devenir la cause de contagions nouvelles et multiples, sans la protéger. Et même en la protégeant, il est difficile de laisser, même sur soi, une lésion trichophytique prendre une extension un peu considérable.
C’est de plus une gêne permanente pour le patient, une gêne lui interdisant nombre de rapports sociaux...
C’est ce qui m’a empêché de poursuivre systématiquement ces expériences dans le but de différencier les espèces par les caractères de leur lésion. Les plus importantes différenciations auraient dû porter précisément sur les espèces dont l’inoculation était dangereuse.
On ne peut savoir tout ce que la seule preuve du pouvoir parasitaire des espèces a exigé à elle seule de temps et de patience.
VII. — Reprise du parasite dans la lésion trichophytique inoculée.
La reprise du trichophyton dans la lésion trichophytique d’inoculation est facile à la condition d’observer quelques précautions.
LES TRICH0P11YTIES HUMAINES
Inversement à ce qu’on observe pour les cultures dont l’extraction est humaine, chez les animaux la culture est plus facile à obtenir avec la squame qu’avec le poil ; et l’on peut dire avec vérité que le poil trichophytisé — envahi dans son épaisseur — est chez l’animal beaucoup plus rare que chez l’homme.
Une exception doit être faite pour les trichophytons (à grosse spore) du cheval; mais, hors cette exception, on peut dire que l’évolution des trichophyties animales est proprement tégumentaire. Le poil est souvent expulsé plutôt qu’envahi. Ainsi, même chez le cobaye inoculé de trichophyties animales, le poil cassé est excessivement rare. Il est entier ou il n’est pas.
L’inoculation ayant été faite à la nuque, le plus souvent les oreilles sont envahies secondairement en moins d’une semaine; au bout de quinze jours, latrichophytie des oreilles se traduit par une desquamation sèche, écailleuse, quelquefois même fissuraire. On recueille les squames et on les ensemence par parcelles.
J’ai pu ainsi, après cinq mois de trichophytie serpigineuse sur le cobaye, reprendre letrichophyton à cultures blanches d’espèce équine qui continuait son évolution. A ce moment, la fourrure de l’animal était dans l’état le plus délabré. Elle était parcourue de bandes glabres et présentait de larges tonsures. Les oreilles, antérieurement atteintes déjà, et qui avaient semblé guérir momentanément, étaient de nouveau malades.
La culture a été obtenue positive de trois points différents du corps, toujours en partant des squames épidermiques.
Ce cas est le schéma de ce qu’on peut obtenir avec tous les trichophytons animaux. C’est toujours par la squame reprise et ensemencées en parcelles que j’ai pu extraire letrichophyton inoculé.
VIII. -— Les espèces animales sensibles aux diverses espèces trichophy tiques.
Cette étude est à faire en totalité.
Ce ne sont pas mes essais sur le cobaye, sur le lapin et sur le chat qui pouvaient apporter la lumière sur ce point. Ce sont des recherches qui ne pourront être pratiquées avec fruit que dans les écoles vétérinaires. Mon installation précaire de laboratoire d’hôpital ne m’a permis qu’à grand’peine de conserver des animaux de petite taille, sans même y comprendre le chien. Or, c’est le cheval qui me paraît jouer le rôle le plus important dans les contagions trichophy tiques animales de l’homme.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE